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Mystica Verba Profaris est un vieux dilemne débattu mille fois … par les Templiers !

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Mystica Verba Profaris est un vieux dilemne débattu mille fois …

…”Mystica Verba Profaris”, inscription gravée dans la pierre d'une voûte de la nef de la Chapelle Templière de TOMAR (Portugal) et de sa signification.

Certains véhicules de tradition veulent que la signification de Mystica Verba Profaris (inscription de Tomar, mais aussi d'une dalle de la Cathédrale de Prague, soit “tu prononceras les paroles mystérieuses”.

Cette traduction est largement éronée si l'on en croit divers éminents spécialistes du latin templier féodal.

Au reste mystica ne devrait pas être retenue pour mystérieux (qui est mysteria) mais mythique (dans le sens du ''Mysthe'').

La signification officielle - retenue dans les textes romains (Comte de Jerphagnon Ancien Conservateur adjoint de la Bibliothèque du Vatican) et qui émane de travaux de ces éminents spécialistes de la traduction, est:

“Ne souilles pas la myste parole” - Parole étant pris en son sens de Verbe Initial(comme dans Au commencement était le Verbe .) Souiller étant plutôt pris dans le sens de “profaner” c'est à dire trahir ..

Pour Henry Clairvaux, tout comme pour les “authentiques templiers”, mais il est vrai qu'il y en a peu, ceci conduit à la traduction réelle suivante:

“Ne trahis pas le Verbe”

La Légende rapporte en effet que pour accéder ''de l'autre côté” du temple visible: le candidat devait prononcer un son (parole) sans aucune déformation. Elle dit aussi que toute déformation au lieu d'ouvrir “la porte de ce qui domine” (céleste) ouvre, à l'inverse la porte de ce qui est dominé (celle des enfers .) …

Cette formule rejoint une autre ancienne formule “secrète” du Temple qui est “Res non Verba” qui se traduit par “des Actes et non des mots” (Faire et non Dire) ce qui signifie que le Verbe évoqué est un Acte (de création, de construction, voire de destruction) et non simple verbiage .. Cette formule rejoint elle même celle de la “parole perdue” dont la prononciation parfait génère une vibration qui peut bouleverser l'ordre des éléments … Ce “son” est également évoqué dans les traditions orientales et extrême orientales mais aussi dans les traditions celtiques.

Il est ou serait la Clef, ( le Sésame ), des Portes du Temple Intérieur et Extérieur, c'est à dire de l'Universel.

Il est, lorsqu'il est bien maîtrisé, la contraction du ” SON MOT DE PASSE DE TOUS LES CIELS ” [ évoqué d'ailleurs par JESUS ], et qui se compose comme suit:

” aaa ooo zezophazazzzaïeozaza eee iii zaieozoakhoe ooo uuuÿthoêzaozaez êêê zzêêzaoza khozaêkheudêÿtuyuaalethukh.ÿ”

Ce Son ordinairement appelé “OM” ou “Aum” ou encore “Heaume” fut d'ailleurs l'une des clefs du Chant Messin, base du Chant Grégorien. On doit le rapprocher du OIW, [ prononcer OYOUNE ], le SON GERME de LUMIERE chez les CELTES. Ce son ne pouvait être prononcé par un profane.

Il est aussi à rapprocher, d'une certaine manière du “cri” de certains arts martiaux, le “cri” qui paralyse ou tue …

Selon “l'échelle des commandeurs”, le “Verbe Initial” serait une formule baptisée “Phrase de la Parole Perdue'' qui est : Le Verbe - Formule expliquant la création ( Shem ), sache l'entendre ( - a ) si tu es assez fort pour être l'Initié ( Israël ): La Formule de l'Ineffable ( Adonaï ) doit toujours rester le Guide de notre Lignée ( Elohenou ); Cette formule ( Adonaï ), c'est la Loi de Conservation de l’énergie, Loi Unitaire de la Matière et de l'Esprit qu'en abrégé on appelle l'Unité ( Ehad ), soit la prononciation: ” Shema Israël Adonaï Elohenou Adonaï Ehad “.

D'autres évoquent le son “I.N.R.I.” (comme l'écriteau de la Sainte croix ?) qui seraient les Lettres Initiales de la Parole Perdue et Retrouvée, savoir : I(aninim) pour Eau, N(our) pour Feu, R(uach) pour Air, I(ebschach) pour Terre, sont les symboles des 4 Eléments, mais aussi , I(gne) N(atura) R(enovatur) I(ntegro) pour “par le Feu la Nature sera régénérée”.

Toujours est-il que Mystica Verba Profaris se traduit ” en langage templier ” par :

“Ne trahis pas le Verbe” .

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 7 janvier, 2010 |16 Commentaires »

Livre de la Sagesse

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Livre de la Sagesse 

Chapitre 1 

  

1 

Aimez la justice, vous qui êtes les juges de la terre; que vos pensées sur le Seigneur soient selon la droiture, et cherchez-le d'un coeur sincère; 

2 

car il se laisse trouver par ceux qui ne le tentent point, et il se manifeste à ceux qui se confient à lui. 

3 

En effet, les pensées perverses séparent de Dieu, et sa puissance, quand on la met à l'épreuve, accuse les insensés. 

4 

La sagesse n'entre pas dans une âme qui médite le mal, et n'habite pas dans un corps esclave du péché. 

5 

L'Esprit-Saint, éducateur des hommes, fuit l'astuce; il s'éloigne des pensées dépourvues d'intelligence, et se retire quand approche l'iniquité. 

6 

En effet, la Sagesse est un esprit qui aime les hommes, et il ne laisse pas impuni le blasphémateur pour ses discours, car Dieu est le témoin de ses reins, le véritable scrutateur de son coeur, et il entend ses paroles. 

7 

Car l'Esprit du Seigneur remplit l'univers, et lui qui contient tout, sait tout ce qui se dit. 

8 

Aussi celui qui tient des discours impies ne saurait rester caché, et la justice vengeresse ne l'oublie pas. 

9 

Car il y aura une enquête sur les desseins du l'impie; la rumeur de ses paroles arrivera jusqu'au Seigneur, pour le châtiment de ses iniquités. 

10 

Une oreille jalouse entend tout, et le bruit des murmures ne lui échappe pas. 

11 

Gardez-vous donc des murmures inutiles, et préservez votre langue du blasphème; car la parole la plus secrète ne sort pas impunie, et la bouche qui ment donne la mort à l'âme. 

12 

Ne courez pas après la mort par les égarements de votre vie; et n'attirez pas sur vous la perdition par les oeuvres de vos mains. 

13 

Car Dieu n'a pas fait la mort, et il n'éprouve pas de joie de la perte des vivants. 

14 

Il a créé toutes choses pour la vie; les créatures du monde sont salutaires; il n'y a en elles aucun principe de destruction, et la mort n'a pas d'empire sur la terre. 

15 

Car la justice est immortelle. 

16 

Mais les impies appellent la mort du geste et de la voix; la regardant comme une amie, ils se passionnent pour elle, ils font alliance avec elle, et ils sont dignes, en effet, de lui appartenir. 

Chapitre 2 

  

1 

Ils se sont dit, raisonnant de travers: «Il est court et triste le temps de notre vie, et, quand vient la fin d'un homme, il n'y a point de remède; on ne connaît personne qui délivre du séjour des morts. 

2 

Le hasard nous a amenés à l'existence, et, après cette vie, nous serons comme si nous n'avions jamais été; le souffle, dans nos narines, est une fumée, et la pensée, une étincelle qui jaillit au battement de notre coeur. 

3 

Qu'elle s'éteigne, notre corps tombera en cendres, et l'esprit se dissipera comme l'air léger. 

4 

Notre nom tombera dans l'oubli avec le temps, et personne ne se souviendra de nos oeuvres. Notre vie passera comme une trace de nuée; elle se dissipera comme un brouillard, que chassent les rayons du soleil, et que la chaleur condense en pluie. 

5 

Notre vie est le passage d'une ombre; sa fin est sans retour, le sceau est apposé et nul ne revient. 

6 

«Venez donc, jouissons des biens présents; usons des créatures avec l'ardeur de la jeunesse, 

7 

enivrons-nous de vin précieux et de parfums, et ne laissons point passer la fleur du printemps. 

8 

Couronnons-nous de boutons de roses avant qu'ils ne se flétrissent. 

9 

Qu'aucun de nous ne manque à nos orgies, laissons partout des traces de nos réjouissances; car c'est là notre part, c'est là notre destinée. 

10 

«Opprimons le juste qui est pauvre; n'épargnons pas la veuve, et n'ayons nul égard pour les cheveux blancs du vieillard chargé d'années. 

11 

Que notre force soit la loi de la justice; ce qui est faible est jugé bon à rien. 

12 

Traquons donc le juste, puisqu'il nous incommode qu'il est contraire à notre manière d'agir, qu'il nous reproche de violer la loi, et nous accuse de démentir notre éducation. 

13 

Il prétend posséder la connaissance de Dieu, et se nomme fils du Seigneur. 

14 

Il est pour nous la condamnation de nos pensées, sa vue seule nous est insupportable; 

15 

car sa vie ne ressemble pas à celle des autres, et ses voies sont étranges. 

16 

Dans sa pensée, nous sommes d'impures scories, il évite notre manière de vivre comme une souillure; il proclame heureux le sort des justes, et se vante d'avoir Dieu pour père. 

17 

Voyons donc si ce qu'il dit est vrai, et examinons ce qu'il lui arrivera au sortir de cette vie. 

18 

Car si le juste est fils de Dieu, Dieu prendra sa défense, et le délivrera de la main de ses adversaires. 

19 

Soumettons-le aux outrages et aux tourments, afin de connaître sa résignation, et de juger sa patience. 

20 

Condamnons-le à une mort honteuse, car, selon qu'il le dit, Dieu aura souci de lui.» 

21 

Telles sont leurs pensées, mais ils se trompent, leur malice les a aveuglés. 

22 

Ignorant les desseins secrets de Dieu, ils n'espèrent pas de rémunération pour la sainteté, et ils ne croient pas à la récompense des âmes pures. 

23 

Car Dieu a créé l'homme pour l'immortalité, et il l'a fait à l'image de sa propre nature. 

24 

C'est par l'envie du diable que la mort est venue dans le monde, 

25 

ils en feront l'expérience, ceux qui lui appartiennent. 

Chapitre 3 

  

1 

Les âmes des justes sont dans la main de Dieu, et le tourment ne les atteindra pas. 

2 

Aux yeux des insensés, ils paraissent être morts, et leur sortie de ce monde semble un malheur, 

3 

et leur départ du milieu de nous un anéantissement; mais ils sont dans la paix. 

4 

Alors même que, devant les hommes, ils ont subi des châtiments, leur espérance est pleine d'immortalité. 

5 

Après une légère peine, ils recevront une grande récompense; car Dieu les a éprouvés, et les a trouvés dignes de lui. 

6 

Il les a essayés comme l'or dans la fournaise, et les a agréés comme un parfait holocauste. 

7 

Au temps de leur récompense, ils brilleront; comme des étincelles, ils courront à travers le chaume. 

8 

Ils jugeront les nations et domineront sur les peuples, et le Seigneur régnera sur eux à jamais. 

9 

Eux qui ont mis en lui leur confiance, ils comprendront la vérité, ses fidèles habiteront avec lui dans l'amour; car la grâce et la miséricorde sont pour ses élus. 

10 

Mais les impies auront le châtiment mérité par leurs pensées perverses, eux qui ont méprisé le juste, et se sont éloignés du Seigneur. 

11 

Car qui rejette la sagesse et la correction est voué au malheur; leur espérance est vaine, leurs efforts sont infructueux, et leurs oeuvres sans profit. 

12 

Leurs femmes sont insensées, leurs enfants pleins de malice, et leur postérité est maudite. 

13 

C'est pourquoi heureuse la femme stérile et sans tache, dont la couche ne connaît pas la souillure! Elle aura son fruit à la visite des âmes. 

14 

Heureux encore l'eunuque qui de sa main n'a pas fait l'iniquité et qui n'a pas conçu de pensées criminelles contre le Seigneur! Il recevra une récompense de choix pour sa fidélité, et il aura dans le temple du Seigneur le sort le plus désirable. 

15 

Car du travail des bonnes oeuvres le fruit est glorieux, et la racine de la prudence ne périt pas. 

16 

Mais les enfants des adultères n'atteindront pas leur fin, et la race sortie d'une couche criminelle disparaîtra. 

17 

Si leur vie est longue, ils seront comptés pour rien, et leur vieillesse à la fin sera sans honneur. 

18 

S'ils meurent promptement, ils n'auront pas d'espérance, ni de consolation au jour du jugement. 

19 

Car la race injuste a toujours une fin funeste. 

Chapitre 4 

  

1 

Mieux vaut la stérilité avec la vertu; sa mémoire est immortelle, car elle est connue de Dieu et des hommes. 

2 

Quand on l'a sous les yeux, on l'imite; quand elle n'est plus là, on la regrette; couronnée dans l'éternité, elle triomphe, ayant remporté la victoire dans des combats sans souillure. 

3 

Mais la nombreuse postérité des impies est sans utilité; issue de rejetons bâtards, elle ne jettera pas de racines profondes, et ne s'établira pas sur un fondement assuré. 

4 

Alors même qu'ils se couvriraient pour un temps de verts rameaux, fixés au sol sans solidité, ils seront ébranlés par le vent, et déracinés par la violence de l'ouragan. 

5 

Leurs rameaux seront brisés encore tendres, leurs fruits sont inutiles, trop verts, pour être mangés, et impropres à tout usage. 

6 

Car les enfants nés de sommeils impurs sont témoins du crime contre leurs parents quand on les interroge. 

7 

Mais le juste, lors même qu'il meurt avant l'âge, trouve le repos. 

8 

Une vieillesse honorable n'est pas celle que donne une longue vie; ni celle qui se mesure au nombre des années. 

9 

Mais la prudence tient lieu pour l'homme de cheveux blancs, et l'âge de la vieillesse, c'est une vie sans tache. 

10 

Etant agréable à Dieu, il était aimé de lui, et, comme il vivait parmi les pécheurs, il a été transféré. 

11 

Il a été enlevé de peur que la malice n'altérât son intelligence, ou que la ruse ne pervertît son âme. 

12 

Car l'enchantement du vice obscurcit le bien et le vertige de la passion pervertit un esprit sans malice. 

13 

Arrivé en peu de temps à la perfection, il a fourni une longue carrière. 

14 

Car son âme était agréable au Seigneur; c'est pourquoi le Seigneur s'est hâté de le retirer du milieu de l'iniquité. 

15 

Les peuples le voient sans y rien comprendre, ne se mettant pas ceci dans l'esprit que la grâce de Dieu et sa miséricorde sont avec ses élus, et qu'il a souci de ses saints. 

16 

Mais le juste qui meurt condamne les impies qui survivent, et la jeunesse arrivée si vite à la perfection condamne la longue vieillesse de l'homme injuste. 

17 

Ils verront la fin du sage, mais sans comprendre les desseins de Dieu sur lui, ni pourquoi le Seigneur l'a mis en sûreté. 

18 

Ils verront et se moqueront, mais le Seigneur se rira d'eux; 

19 

et après cela ils seront un cadavre sans honneur, ils seront parmi les morts dans l'opprobre pour toujours. Le Seigneur les brisera, et, réduits au silence, les précipitera; il les ébranlera de leurs fondements, et ils seront détruits jusqu'au dernier; ils seront dans la douleur, et leur mémoire périra. 

20 

Ils viendront pleins d'effroi à la pensée de leurs péchés, et leurs crimes, se dressant devant eux, les accuseront. 

Chapitre 5 

  

1 

Alors le juste sera debout en grande assurance, en face de ceux qui l'ont persécuté, et qui méprisaient ses labeurs. 

2 

A cette vue, ils seront agités d'une horrible épouvante, ils seront dans la stupeur devant la révélation du salut. 

3 

Ils se diront, pleins de regret, et gémissant dans le serrement de leur coeur: «Voilà donc celui qui était autrefois l'objet de nos moqueries, et le but de nos outrages! 

4 

Insensés, nous regardions sa vie comme une folie et sa fin comme un opprobre. 

5 

Comment est-il compté parmi les enfants de Dieu, et sa part est-elle parmi les saints? 

6 

Nous avons donc erré, loin du chemin de la vérité; la lumière de la justice n'a pas brillé sur nous, et sur nous ne s'est pas levé le soleil. 

7 

Nous nous sommes rassasiés dans la voie de l'iniquité et de la perdition, nous avons marché dans des déserts sans chemin, et nous n'avons pas connu la voie du Seigneur. 

8 

A quoi nous a servi l'orgueil, et que nous a rapporté la richesse avec la jactance? 

9 

Toutes ces choses ont passé comme l'ombre, comme une rumeur qui s'enfuit; 

10 

comme le navire qui fend l'onde agitée, sans qu'on puisse découvrir la trace de son passage, 

11 

ou comme l'oiseau traversant les airs, sans qu'on relève aucun vestige de sa route; mais il bat à coups de plumes l'air léger, d'un puissant élan il le déchire, s'y fait un chemin en agitant ses ailes; puis, on n'y voit aucun indice de son passage; 

12 

ou comme, lorsque la flèche a été lancée vers son but, l'air qu'elle a fendu revient aussitôt sur lui-même, et l'on ne sait plus par où elle a passé: 

13 

Ainsi nous-mêmes, nous sommes nés et nous avons cessé d'être, et nous n'avons à montrer aucune trace de vertu; et dans notre iniquité, nous avons été retranchés.» 

14 

En effet, l'espoir de l'impie est comme le duvet que le vent emporte, comme le givre léger que disperse l'ouragan, comme la fumée qu'un souffle dissipe, comme le souvenir de l'hôte d'un jour qui s'évanouit. 

15 

Mais les justes vivent éternellement; leur récompense est auprès du Seigneur, et le Tout-Puissant a souci d'eux. 

16 

C'est pourquoi ils recevront de la main du Seigneur le magnifique royaume et le splendide diadème; car il les protégera de sa droite, de son bras, il les couvrira comme d'un bouclier. 

17 

Il saisira son zèle comme armure, et il armera la création pour se venger de ses ennemis. 

18 

Il revêtira comme cuirasse la justice, et prendra pour casque un jugement sincère. 

19 

Il prendra la sainteté comme un bouclier inexpugnable. 

20 

De son inexorable colère il fera un glaive aigu, et l'univers combattra avec lui contre les insensés. 

21 

Les traits de la foudre bien dirigés partiront, et, du sein des nuages, comme d'un arc bien tendu, voleront au but marqué. 

22 

Sa colère, comme une baliste, lancera une masse de grêle; l'eau de la mer se soulèvera contre eux, et les fleuves se précipiteront avec furie. 

23 

Le souffle de la puissance divine s'élèvera contre eux, et les dispersera comme un tourbillon: et ainsi l'iniquité fera de toute la terre un désert, et la malice renversera les trônes des puissants. 

Chapitre 6 

  

1 

Ecoutez donc, ô rois, et comprenez; écoutez l'instruction, vous qui jugez les extrémités de la terre. 

2 

Prêtez l'oreille, vous qui dominez sur la multitude, qui êtes fiers de commander à des foules de peuples. 

3 

Sachez que la force vous a été donnée par le Seigneur, et la puissance par le Très-Haut, qui examinera vos oeuvres et sondera vos pensées. 

4 

Parce que, étant les ministres de sa royauté, vous n'avez pas jugé avec droiture, ni observé la loi, ni marché selon la volonté de Dieu; 

5 

terrible et soudain, il fondra sur vous, car un jugement sévère s'exerce sur ceux qui commandent. 

6 

Aux petits, on pardonne par pitié; mais les puissants sont puissamment châtiés. 

7 

Le souverain de tous ne reculera devant personne, il ne s'arrêtera par respect devant aucune grandeur; car il a fait les grands et les petits, et il prend soin des uns comme des autres. 

8 

Mais les puissants seront soumis à une épreuve plus rigoureuse. 

9 

C'est donc à vous, ô rois, que s'adressent mes discours, afin que vous appreniez la sagesse et que vous ne tombiez point. 

10 

Ceux qui observent saintement les saintes lois seront sanctifiés, et ceux qui les auront apprises auront de quoi répondre. 

11 

Mettez donc vos complaisances dans mes paroles, désirez-les, et vous aurez l'instruction. 

12 

La sagesse est brillante, et son éclat ne se ternit pas; facilement on l'aperçoit quand on l'aime, facilement on la trouve quand on la cherche. 

13 

Elle prévient ceux qui la cherchent, et se montre à eux la première. 

14 

Celui qui se lève matin pour la chercher n'a pas de peine: il la trouve assise à sa porte. 

15 

Car penser à elle, c'est la perfection de la prudence, et celui qui veille à cause d'elle sera bientôt libre de soucis; 

16 

elle-même va de tous côtés chercher ceux qui sont dignes d'elle, elle se montre amicalement à eux dans leurs voies, et les assiste dans tous leurs desseins. 

17 

En effet, son commencement le plus assuré est le désir de l'instruction. 

18 

Or le soin de l'instruction conduit à l'amour, l'amour fait qu'on obéit à ses lois, l'obéissance à ses lois assure l'immortalité, 

19 

et l'immortalité donne une place près de Dieu. 

20 

Ainsi le désir de la sagesse conduit à la royauté. 

21 

Si donc, ô rois des peuples, vous mettez votre plaisir dans les trônes et le sceptre, honorez la sagesse, afin de régner éternellement. 

22 

Mais ce qu'est la sagesse et son origine, je vais l'exposer, sans vous cacher les mystères de Dieu. Je remonterai jusqu'au début de la création, je mettrai au grand jour ce qui la concerne, et je ne m'écarterai pas de la vérité. 

23 

Loin de moi de faire route avec l'envie dévorante! Elle n'a rien de commun avec la sagesse. 

24 

Le grand nombre des sages fait le salut de la terre, et un roi sage la prospérité de son peuple. 

25 

Recevez donc l'instruction par mes paroles, et vous vous en trouverez bien. 

Chapitre 7 

  

1 

Je suis moi-même un mortel, semblable à tous et descendant du premier qui fut formé de terre. 

2 

J'ai été formé quant à la chair dans le sein de ma mère, pendant dix mois prenant consistance dans le sang, par la semence de l'homme, durant le repos du sommeil. 

3 

Moi aussi, à ma naissance, j'ai respiré l'air commun à tous, je suis tombé sur la même terre, et, comme celui de tous, mon premier cri fut un gémissement. 

4 

J'ai été élevé dans des langes et avec des soins infinis. 

5 

Aucun roi n'a eu un autre commencement d'existence. 

6 

Il n'y a pour tous qu'une seule manière d'entrer dans la vie et d'en sortir. 

7 

C'est pourquoi j'ai prié, et la prudence m'a été donnée; j'ai invoqué, et l'esprit de sagesse est venu en moi. 

8 

Je l'ai préférée aux sceptres et aux couronnes, et j'ai estimé de nul prix les richesses auprès d'elle. 

9 

Je ne lui ai pas égalé les pierres les plus précieuses, car tout l'or du monde n'est auprès d'elle qu'un peu de sable, et l'argent, à côté d'elle, doit être estimé comme de la boue. 

10 

Je l'ai aimée plus que la santé et la beauté; j'ai préféré la posséder plutôt que la lumière, car son flambeau ne s'éteint jamais. 

11 

Avec elle me sont venus tous les biens, et des richesses innombrables sont dans ses mains. 

12 

Et je me suis réjoui de tous ces biens, car la sagesse les amène avec elle; j'ignorais pourtant qu'elle en était la mère. 

13 

Je l'ai apprise sans arrière-pensée, et je ne cache point ses trésors. 

14 

Car elle est pour les hommes un trésor inépuisable; ceux qui en usent ont part à l'amitié de Dieu, à qui les recommandent les dons acquis par l'instruction. 

15 

Que Dieu me donne d'en parler comme je le voudrais, et de concevoir des pensées dignes des dons que j'ai reçus! Car c'est lui qui conduit la sagesse, et qui dirige les sages. 

16 

Nous sommes dans sa main, nous et nos discours, et toute la prudence et le savoir-faire. 

17 

C'est lui qui m'a donné la véritable science des êtres, pour me faire connaître la structure de l'univers, et les propriétés des éléments, 

18 

le commencement, al fin et le milieu des temps, les retours périodiques du soleil, les vicissitudes des temps, 

19 

les cycles des années et la position des étoiles, 

20 

la nature des animaux et les instincts des bêtes, la puissance des esprits et les raisonnements des hommes, les différentes espèces des plantes et la vertu des racines. 

21 

Tout ce qui est caché et à découvert, je l'ai appris; 

22 

car la sagesse, ouvrière de toutes choses, me l'a enseigné. En elle, en effet, il y a un esprit intelligent, saint, unique, multiple, immatériel, actif, pénétrant, sans souillure, infaillible, impassible, aimant le bine, sagace, ne connaissant pas d'obstacle, bienfaisant, 

23 

bon pour les hommes, immuable, assuré, tranquille, tout-puissant, surveillant tout, pénétrant tous les esprits, les intelligents, les purs et les plus subtils. 

24 

Car la sagesse est plus agile que tout mouvement; elle pénètre et s'introduit partout, à cause de sa pureté. 

25 

Elle est le souffle de la puissance de Dieu, une pure émanation de la gloire du Tout-puissant; aussi rien de souillé ne peut tomber sur elle. 

26 

Elle est le resplendissement de la lumière éternelle, le miroir sans tache de l'activité de Dieu, et l'image de sa bonté. 

27 

Etant unique, elle peut tout; restant la même, elle renouvelle tout; se répandant, à travers les âges, dans les âmes saintes, elle en fait des amis de Dieu et des prophètes. 

28 

Dieu, en effet, n'aime que celui qui habite avec la sagesse. 

29 

Car elle est plus belle que le soleil, et que l'arrangement harmonieux des étoiles. Comparée à la lumière, elle l'emporte sur elle; 

30 

car la lumière fait place à la nuit, mais le mal ne prévaut pas contre la sagesse. 

Chapitre 8 

  

1 

La sagesse atteint avec force d'un bout du monde à l'autre, et dispose tout avec douceur. 

2 

Je l'aimai et la recherchai dès ma jeunesse; je cherchai à l'avoir pour épouse, et j'étais épris de sa beauté. 

3 

Elle fait voir la gloire de son origine en ce qu'elle habite avec Dieu, et le maître de toutes choses l'aime. 

4 

Car c'est elle qui initie à la science de Dieu, et qui choisit parmi ses oeuvres. 

5 

Si la richesse est un bien désirable en cette vie, quoi de plus riche que la sagesse, qui opère toutes choses? 

6 

Si la prudence préside au travail, qui mieux que la sagesse est l'ouvrière de tout ce qui existe? 

7 

Aime-t-on la justice? Les labeurs de la sagesse produisent les vertus; elle enseigne la tempérance et la prudence, la justice et la force, ce qu'il y a de plus utile aux hommes pendant la vie. 

8 

Désire-t-on une science étendue? Elle connaît le passé et conjecture l'avenir; elle pénètre les discours subtils et résout les énigmes; elle connaît à l'avance les signes et les prodiges; elle sait les événements des temps et des époques. 

9 

Aussi ai-je résolu de la prendre pour compagne de ma vie, sachant qu'elle serait pour moi une conseillère de tout bien, et une consolation dans mes soucis et mes peines. 

10 

Par elle, me disais-je, j'aurai de la gloire dans les assemblées, et, jeune encore, de l'honneur auprès des vieillards. 

11 

On reconnaîtra ma pénétration dans les jugements, et devant moi les grands seront dans l'admiration. 

12 

Si je me tais, ils attendront que je prenne la parole; si je parle, ils tiendront les yeux fixés sur moi; et si je prolonge mon discours, ils mettront la main sur leur bouche. 

13 

Par elle, j'obtiendrai l'immortalité, et je laisserai à la postérité un souvenir éternel. 

14 

Je gouvernerai des peuples, et les nations étrangères me seront soumises. 

15 

En entendant parler de moi, des rois redoutables me craindront: je me montrerai bon au milieu du peuple, et vaillant à la guerre. 

16 

A mon retour dans ma maison, je me reposerai auprès d'elle; car sa société ne cause aucune amertume, ni son commerce aucun ennui, mais le contentement et la joie. 

17 

Méditant ces pensées en moi-même, et réfléchissant en mon coeur que l'immortalité est le fruit de l'union avec la sagesse, 

18 

qu'il y a dans son amitié une noble jouissance, et dans les oeuvres de ses mains des richesses inépuisables, qu'on acquiert la prudence dans un commerce assidu avec elle, et la gloire à prendre part à sa conversation: j'allai de tous côtés, cherchant le moyen de l'avoir avec moi. 

19 

J'étais un enfant d'un bon naturel, et j'avais reçu en partage une bonne âme; 

20 

ou plutôt, étant bon, je vins à un corps sans souillure. 

21 

Mais, sachant que je ne pourrais obtenir la sagesse si Dieu ne me la donnait, - et c'était déjà de la prudence que de savoir de qui vient ce don, - je m'adressai au Seigneur, et je l'invoquai, et je lui dis du fond de mon coeur: 

Chapitre 9 

  

1 

«Dieu des pères, Seigneur de miséricorde, qui avez fait l'univers par votre parole, 

2 

et qui, par votre sagesse, avez établi l'homme pour dominer sur toutes les créatures que vous avez faites, 

3 

pour régir le monde dans la sainteté et la justice, et exercer l'empire dans la droiture du coeur, 

4 

donnez-moi la Sagesse qui est assise près de votre trône, et ne me rejetez pas du nombre de vos enfants. 

5 

Car je suis votre serviteur et le fils de votre servante, un homme faible, à la vie courte, et peu capable de comprendre le jugement et les lois. 

6 

Quelqu'un serait-il parfait parmi les enfants des hommes, s'il manque de la sagesse qui vient de vous, il sera compté pour rien. 

7 

Vous m'avez choisi pour régner sur votre peuple, et juger vos fils et vos filles. 

8 

Et vous m'avez dit de bâtir un temple sur votre montagne sainte, et un autel dans la cité où vous demeurez, sur le modèle du saint tabernacle que vous avez préparé dès l'origine. 

9 

Avec vous est la Sagesse qui connaît vos oeuvres, qui était là quand vous faisiez l'univers, et qui sait ce qui est agréable à vos yeux, et ce qui est juste selon vos commandements. 

10 

Envoyez-la de vos cieux très saints, envoyez-la du trône de votre gloire, afin qu'elle m'assiste dans mes labeurs, et que je connaisse ce qui vous est agréable. 

11 

Car elle connaît et comprend toutes choses, et elle me conduira avec prudence dans mes oeuvres, et me gardera par sa gloire. 

12 

Et ainsi mes oeuvres vous seront agréables, je gouvernerai votre peuple avec justice, et je serai digne du trône de mon père. 

13 

Quel homme, en effet, peut connaître le conseil de Dieu, ou bien peut pénétrer ce que veut le Seigneur? 

14 

Les pensées des homme sont incertaines, et nos opinions sont hasardées. 

15 

Car le corps, sujet à la corruption, appesantit l'âme, et sa demeure terrestre accable l'esprit aux pensées multiples. 

16 

Nous avons peine à deviner ce qui est sur la terre, et nous trouvons avec difficulté ce qui est sous notre main: qui donc a pénétré ce qui est dans le ciel? 

17 

Qui a connu votre volonté, si vous ne lui avez pas donné la Sagesse, et si vous n'avez pas envoyé d'en haut votre Esprit saint? 

18 

Ainsi ont été rendues droites les voies de ceux qui sont sur la terre, et les hommes ont appris ce qui vous est agréable, et ils ont été sauvés par la Sagesse.» 

Chapitre 10 

  

1 

C'est la sagesse qui garda le premier homme formé par Dieu, pour être le père du genre humain, le seul créé; 

2 

elle le tira de son péché, et lui donna le pouvoir de gouverner toutes les créatures. 

3 

S'étant éloigné d'elle dans sa colère, l'injuste périt avec sa fureur fratricide. 

4 

Quand, à cause de lui, la terre fut submergée, la sagesse la sauva, dirigeant le juste sur un bois sans valeur. 

5 

Lorsque les nations étaient confondues dans leur commune iniquité, la sagesse connut le juste et le conserva sans reproche devant Dieu, et le garda invincible contre sa tendresse pour son fils 

6 

Ce fut elle qui, au milieu de la ruine des méchants, sauva le juste, qui s'enfuit loin du feu descendu sur les cinq villes. 

7 

En témoignage de leur perversité, cette terre désolée continue de fumer, les arbres portent leurs fruits hors de saison; monument d'une âme incrédule, une colonne de sel reste là debout. 

8 

Ayant négligé la sagesse, non seulement ils ont été privés de la connaissance du bien, mais ils ont laissé aux vivants un monument de leur folie, afin que leurs crimes ne puissent tomber dans l'oubli. 

9 

Mais la sagesse a délivré du malheur ses fidèles. 

10 

C'est elle qui conduisit par des voies droites le juste fuyant la colère de son frère, qui lui montra le royaume de Dieu, et lui donna la science des choses saintes; elle l'enrichit dans ses pénibles labeurs, et fit fructifier ses travaux. 

11 

Elle l'assista contre d'avares oppresseurs, et lui fit acquérir des richesses. 

12 

Elle garda contre ses ennemis, et le protégea contre ceux qui lui dressaient des embûches; elle lui donna la victoire dans un rude combat, pour lui apprendre que la piété est plus puissante que tout. 

13 

Elle n'abandonna pas le juste vendu, mais le préserva du péché; 

14 

elle descendit avec lui dans la fosse, et ne le quitta pas dans les chaînes, jusqu'à ce qu'elle lui eut procuré le sceptre royal, et la puissance sur ses oppresseurs; elle convainquit de mensonge ceux qui l'avaient accusé, et lui donna une gloire éternelle. 

15 

Elle délivra des nations qui l'opprimaient le peuple saint et la race sans reproche. 

16 

Elle entra dans l'âme du serviteur de Dieu, et, par des signes et des prodiges, elle tint tête à des rois redoutables. 

17 

Elle rendit aux saints le salaire de leurs travaux, elle les conduisit par une route semée de merveilles, et fut pour eux un ombrage pendant le jour, et comme la lumière des étoiles pendant la nuit. 

18 

Elle leur fit traverser la mer Rouge, et les conduisit à travers les grandes eaux. 

19 

Elle submergea leurs ennemis, puis des profondeurs de l'abîme elle les rejeta. 

20 

C'est pourquoi les justes enlevèrent les dépouilles des impies, et chantèrent votre saint nom, Seigneur, et louèrent de concert votre main qui combattait pour eux. 

21 

Car la sagesse ouvrit la bouche des muets et rendit éloquente la langue des enfants. 

Chapitre 11 

  

1 

Elle fit réussir leurs oeuvres par la main d'un saint prophète. 

2 

Ils firent route à travers un désert inhabité, et dressèrent leurs tentes dans des régions sans chemin. 

3 

Ils résistèrent à leurs ennemis, et tirèrent vengeance de leurs adversaires. 

4 

Ils éprouvèrent la soif et vous invoquèrent, et l'eau leur fut donnée d'un rocher escarpé, et d'une pierre, l'apaisement de leur soif. 

5 

Ce qui avait fait le châtiment de leurs ennemis devint pour eux une bénédiction dans leur détresse. 

6 

En effet, tandis que les eaux d'un fleuve intarissable étaient troublées par un sang impur, 

7 

en punition du décret qui frappait de mort les enfants, vous donniez à vos fidèles, contre tout espoir, une eau abondante, 

8 

leur montrant ainsi, par la soif qu'ils ressentirent alors, de quel châtiment vous frappiez vos adversaires. 

9 

Après cette épreuve, quoique punis avec miséricorde, ils surent comment étaient tourmentés les impies jugés dans la colère. 

10 

Vous avez éprouvé les uns comme un père qui avertit, et vous avez châtié les autres comme un roi sévère qui condamne. 

11 

Absents ou présents, ils furent également tourmentés. 

12 

Un double chagrin les saisit, et ils gémissaient au souvenir de ce qui était arrivé. 

13 

Car en apprenant que leurs propres tourments tournaient à l'avantage des fugitifs, ils reconnurent la main du Seigneur. 

14 

Celui qu'ils avaient autrefois exposé et rejeté avec mépris, ils l'admirèrent à la fin des événements, lorsqu'ils eurent souffert une soif bien différente de celle des justes. 

15 

En punition des pensées extravagantes de leurs perversité, qui les égaraient et leur faisaient adorer des reptiles sans raison et de vils animaux, vous leur envoyâtes en châtiment une multitude de bêtes stupides: 

16 

pour leur apprendre que l'on est puni par où l'on a péché. 

17 

Il n'était pas difficile à votre main toute-puissante, qui a fait le monde d'une matière informe, d'envoyer contre eux une multitude d'ours ou de lions féroces, 

18 

ou des bêtes nouvellement créées, pleines de fureur et inconnues, respirant une vapeur enflammée, exhalant une fumée infecte, ou lançant par les yeux de terribles éclairs, 

19 

capables, non seulement de donner la mort par une blessure, mais de foudroyer de peur par leur seul aspect. 

20 

Et, sans cela même, ils pouvaient périr par un simple souffle, poursuivis par la justice, et dispersés par le souffle de votre puissance. Mais vous avez tout réglé avec mesure, avec nombre et avec poids. 

21 

Car la souveraine puissance est toujours à vos ordres, et qui donc résisterait à la force de votre bras? 

22 

Le monde entier est devant vous comme l'atome qui fait pencher la balance, comme la goutte de rosée matinale qui tombe sur la terre. 

23 

Mais, parce que vous pouvez tout, vous avez pitié de tous, et vous fermez les yeux sur les péchés des hommes pour qu'ils se repentent. 

24 

Car vous aimez toutes les créatures, et vous ne haïssez rien de ce que vous avez fait; si vous aviez haï une chose, vous ne l'auriez pas faite. 

25 

Et comment un être subsisterait-il, si vous ne le vouliez, se conserverait-il, si vous ne l'aviez appelé à l'existence? 

26 

Mais vous pardonnez à tous, parce que tout est à vous, Seigneur, qui aimez les âmes. 

Chapitre 12 

  

1 

Car votre esprit incorruptible est dans tous les êtres. 

2 

C'est pourquoi vous châtiez avec modération ceux qui tombent, et, quand ils pèchent, vous les avertissez et vous les reprenez, afin que, renonçant à leur malice, ils croient en vous, Seigneur. 

3 

Vous aviez en haine les anciens habitants de votre terre sainte, 

4 

parce qu'ils se livraient à des oeuvres détestables de magie, 

5 

à des cérémonies impies, et à des meurtres cruels d'enfants, dévorant des chairs humaines et s'abreuvant de sang. Ces initiés à d'abominables mystères, 

6 

ces parents meurtriers d'êtres sans défense, vous vouliez les détruire par la main de nos pères, 

7 

afin que cette terre que vous honorez entre toutes reçût une digne colonie d'enfants de Dieu. 

8 

Cependant, comme ils étaient hommes, vous avez usé de clémence, et vous avez envoyé, comme avant-coureurs de votre armée, des frelons pour les faire périr peu à peu. 

9 

Non qu'il vous fût impossible de faire tomber ces impies, dans une bataille rangée, sous la main des justes, ou de les exterminer d'un seul coup par des bêtes féroces, ou par un ordre rigoureux 

10 

mais, en exerçant vos jugements par degré, vous leur donniez lieu de faire pénitence, quoique vous sussiez bien qu'ils étaient une race perverse, que leur malice était innée, et que leurs pensées ne changeraient jamais; 

11 

car c'était une race maudite dès l'origine. Ce n'est pas non plus par crainte de personne que vous vous êtes montré indulgent pour leurs péchés. 

12 

Qui en effet pourrait vous dire: «Qu'avez-vous fait?» Qui pourrait s'opposer à votre jugement? Qui vous accuserait de faire périr les nations que vous avez faites? Qui viendrait plaider contre vous la cause d'hommes impies? 

13 

Car il n'y a pas d'autre Dieu que vous, qui prenez soin de toutes choses, afin de montrer que vous ne jugez pas injustement. 

14 

Il n'y a ni roi ni tyran qui puisse se lever contre vous, pour la défense de ceux que vous avez châtiés. 

15 

Mais, comme vous êtes juste, vous réglez tout avec justice, et vous regardez comme une chose contraire à votre puissance de condamner aussi celui qui ne mérite pas de châtiment. 

16 

Car votre puissance est le fondement de la justice, et c'est parce que vous êtes le Seigneur de tous que vous usez d'indulgence envers tous. 

17 

C'est à ceux qui ne croient pas à votre toute-puissance que vous montrez votre force, et vous confondez l'audace de ceux qui la connaissent. 

18 

Maître de votre force, vous jugez avec douceur, et vous nous gouvernez avec une grande indulgence, car la puissance est avec vous quand vous le voulez. 

19 

En agissant ainsi, vous avez appris à votre peuple que le juste doit être humain, et vous avez inspiré à vos enfants la joyeuse espérance que, s'ils pèchent, vous leur accordez le temps du repentir. 

20 

Si, en effet, vous avez puni, avec tant de ménagement et d'indulgence, les ennemis de vos serviteurs, bien qu'ils fussent dignes de mort, leur donnant le temps et l'occasion de se convertir de leur malice, 

21 

avec quelle circonspection jugez-vous vos enfants, dont les pères ont reçu de vous des serments et des alliances, jointes à de magnifiques promesses! 

22 

Quand vous nous corrigez, vous flagellez nos ennemis mille fois plus fort, pour nous apprendre, quand nous jugeons, à songer à votre bonté, et, quand nous sommes jugés, à espérer en votre miséricorde. 

23 

Voilà pourquoi vous avez tourmenté par leurs propres abominations les injustes qui passaient leur vie dans la folie. 

24 

Car ils s'étaient enfoncés si loin dans les voies de l'erreur, qu'ils regardaient comme des dieux les plus vils des animaux, s'étant laissé tromper comme des enfants sans raison. 

25 

Aussi comme à des enfants sans raison, leur avez-vous envoyé d'abord un châtiment dérisoire. 

26 

Mais ceux qu'une correction dérisoire n'a pas amendés, subiront un châtiment digne de Dieu. 

27 

Châtiés par ceux qu'ils prenaient pour des dieux, ils furent exaspérés de leurs souffrances, et, voyant Celui qu'ils avaient autrefois refusé de connaître, ils le reconnurent pour le Dieu véritable; c'est pourquoi la suprême condamnation tomba sur eux. 

Chapitre 13 

  

1 

Insensés par nature tous les hommes qui ont ignoré Dieu, et qui n'ont pas su, par les biens visibles, voir Celui qui est, ni, par la considération de ses oeuvres, reconnaître l'Ouvrier. 

2 

Mais ils ont regardé le feu, le vent, l'air mobile, le cercle des étoiles, l'eau impétueuse, les flambeaux du ciel, comme des dieux gouvernant l'univers. 

3 

Si, charmés de leur beauté, ils ont pris ces créatures pour des dieux, qu'ils sachent combien le Maître l'emporte sur elles; car c'est l'Auteur même de la beauté qui les a faites. 

4 

Et s'ils en admiraient la puissance et les effets, qu'ils en concluent combien est plus puissant celui qui les a faites. 

5 

Car la grandeur et la beauté des créatures font connaître par analogie Celui qui en est le Créateur. 

6 

Ceux-ci pourtant encourent un moindre reproche; car ils s'égarent peut-être en cherchant Dieu et en voulant le trouver. 

7 

Occupés de ses oeuvres, ils en font l'objet de leurs recherches, et s'en rapportent à l'apparence, tant ce qu'ils voient est beau! 

8 

D'autre part, ils ne sont pas non plus excusables; 

9 

car, s'ils ont acquis assez de science pour arriver à connaître le monde, comment n'en ont-ils pas connu plus facilement le Maître? 

10 

Mais ils sont bien malheureux, et ils mettent leur espérance en des objets sans vie, ceux qui ont appelé Dieu des ouvrages de la main des hommes, de l'or et de l'argent travaillés avec art, des figures d'animaux ou une pierre inutile, ouvrage d'une main antique. 

11 

Voici qu'un artisan a coupé un arbre facile à travailler; il en ôte adroitement toute l'écorce, et, le façonnant avec habileté, il en fabrique un meuble utile pour l'usage de la vie. 

12 

Son travail achevé, il emploie ce qui reste à faire cuire ses aliments, et satisfait sa faim. 

13 

Quant aux derniers débris, qui ne sont plus d'aucun usage, au bois tordu et plein de noeuds, il le prend, le taille pour occuper ses loisirs, et, par un travail habile, lui donne une figure: il le fait ressembler à un homme. 

14 

Ou bien il en fait l'image de quelque vil animal, le peint de vermillon, en recouvre la surface d'une couleur rouge, et fait disparaître sous un enduit toutes les taches. 

15 

Puis, lui ayant disposé une habitation convenable, il le place contre la muraille et le fixe avec du fer. 

16 

Il prend bien garde qu'il ne tombe, sachant que le Dieu ne peut s'aider lui-même, car ce n'est qu'une statue qui a besoin d'appui. 

17 

Cependant il le prie au sujet de ses biens, de ses mariages et de ses enfants, et il ne rougit pas de parler à ce qui n'a point d'âme. Il demande la santé à ce qui est sans force, 

18 

la vie à ce qui est mort, le secours à ce qui ne peut rendre aucun service, un heureux voyage à ce qui ne peut se servir de ses pieds. 

19 

Pour assurer ses profits, ses entreprises, le succès de son travail, il demande l'énergie à ce qui a les mains les plus débiles. 

Chapitre 14 

  

1 

En voici un autre qui pense à prendre la mer, et se dispose à voyager sur les flots en fureur: il invoque un bois plus fragile encore que le vaisseau qui le porte; 

2 

car, ce vaisseau, c'est la passion du lucre qui l'a inventé, et c'est l'habileté de l'ouvrier qui l'a construit. 

3 

Mais, ô Père, c'est votre providence qui le gouverne, vous qui avez même ouvert un chemin dans la mer, et une route sûre au milieu des flots, 

4 

montrant par là que vous pouvez délivrer de tout péril, afin que, même sans la science de la navigation, on puisse se mettre en mer. Vous ne voulez pas que les oeuvres de votre sagesse restent inutiles; c'est pourquoi les hommes, confiant leur vie à un bois fragile, 

5 

traversent les vagues sur un radeau, et échappent à la mort. 

6 

Et jadis, alors que les géants orgueilleux périssaient, l'espérance de l'univers échappa sur une barque, et, gouvernée par votre main, laissa au monde la semence d'une postérité. 

7 

Car béni est le bois qui sert à un juste usage. 

8 

Mais l'idole, oeuvre de la main des hommes, est maudite, elle et son auteur: celui-ci parce qu'il l'a faite, celle-là parce qu'étant périssable, elle est appelée Dieu; 

9 

car Dieu hait également l'impie et son impiété, 

10 

et l'oeuvre et l'ouvrier seront pareillement châtiés. 

11 

C'est pourquoi les idoles des nations seront visitées, parce que, créatures de Dieu, elles sont devenues une abomination, un scandale pour les âmes des hommes, un piège pour les pieds des insensés. 

12 

L'idée de faire des idoles fut le principe de la fornication, et leur invention a amené la perte de la vie. 

13 

Il n'y en avait pas à l'origine et il n'y en aura pas toujours. 

14 

C'est la vanité des hommes qui les a introduites dans le monde; aussi leur fin prochaine est-elle arrêtée dans la pensée divine. 

15 

Un père accablé par une douleur prématurée a façonné l'image d'un fils qui lui a été trop tôt enlevé; et cet enfant qui était mort, il s'est mis à l'honorer comme un Dieu, et il a institué parmi les gens de sa maison des rites pieux et des cérémonies. 

16 

Puis, cette coutume impie, s'affermissant avec le temps, fut observée comme une loi, et, sur l'ordre des princes, on adora les statues. 

17 

Quand on ne pouvait les honorer en face, parce qu'ils habitaient trop loin, on se représentait leur lointaine figure, et l'on façonnait une image visible du roi vénéré, afin de rendre à l'absent des hommages aussi empressés que s'il eût été présent. 

18 

Et, pour le succès de la superstition, ceux qui ne le connaissaient pas y furent amenés par l'ambition de l'artiste. 

19 

Celui-ci, en effet, désireux de plaire au maître puissant, épuisa tout son art à embellir le portrait. 

20 

Et la foule des hommes, séduite par l'élégance de l'oeuvre, regarda comme un Dieu celui qui naguère était honoré comme un homme. 

21 

Ce fut un piège pour les vivants que les hommes, sous l'influence de l'infortune ou de la tyrannie, eussent donné à la pierre ou au bois le nom incommunicable. 

22 

Bientôt ce ne fut pas assez pour eux d'errer dans la notion de Dieu; vivant dans un état de lutte violente, par suite de leur ignorance, ils appelaient du nom de paix de tels maux. 

23 

Célébrant des cérémonies homicides de leurs enfants ou des mystères clandestins, et se livrant aux débauches effrénées de rites étranges, 

24 

ils n'ont plus gardé de pudeur ni dans leur vie, ni dans leurs mariages. L'un tue l'autre par la trahison, ou l'outrage par l'adultère. 

25 

C'est partout un mélange de sang et de meurtre, de vol et de tromperie; de corruption et d'infidélité, de révolte et de parjure, 

26 

de persécution des gens de bien, d'oubli des bienfaits, de souillure des âmes, de crimes contre nature, d'instabilité dans les unions, d'adultère et d'impudicité. 

27 

Car le culte des idoles sans nom est le principe, la cause et la fin de tout mal. 

28 

Leurs divertissements sont de folles joies, et leurs oracles, des mensonges; ils vivent dans l'injustice et se parjurent sans scrupule. 

29 

Comme ils mettent leur confiance en des idoles sans vie, ils n'attendent aucun préjudice de leurs parjures. 

30 

Mais un juste châtiment les frappera pour ce double crime: parce que, s'attachant aux idoles, ils ont eu sur Dieu des pensées perverses, et parce qu'ils ont fait par fourberie des serments contre la justice, au mépris des plus saintes lois. 

31 

Ce n'est pas la puissance des idoles par lesquelles ils on juré, c'est la châtiment dû aux pécheurs qui atteint toujours la prévarication des impies. 

Chapitre 15 

  

1 

Mais vous, ô notre Dieu, vous êtes bon, fidèle et patient, et vous gouvernez tout avec miséricorde. 

2 

Lors même que vous péchons, nous sommes à vous, connaissant votre puissance; mais nous ne voulons pas pécher, car nous savons que nous sommes comptés parmi les vôtres. 

3 

Vous connaître est la justice parfaite, et connaître votre puissance est la racine de l'immortalité. 

4 

Nous n'avons pas été égarés par l'invention d'un art funeste, ni par une figure barbouillée de diverses couleurs, vain travail d'un peintre: 

5 

objets dont l'aspect excite la passion de l'insensé, qui s'éprend pour la figure inanimée d'une image sans vie. 

6 

Affectionnant le mal, ils sont dignes de telles espérances, aussi bien ceux qui les font que ceux qui les aiment ou les adorent. 

7 

En effet, voici un potier qui pétrit laborieusement la terre molle; il façonne chaque vase pour notre usage, et de la même argile, il fait des vases qui sont destinés à de nobles emplois, et d'autres à des emplois tout contraires, sans distinguer nullement à quel usage chacun d'eux devra servir: c'est le portier qui en est juge. 

8 

Ensuite, par un travail impie, de la même argile, il façonne une vaine divinité, lui qui, naguère fait de terre, retournera bientôt au lieu d'où il a été tiré, quand on lui redemandera son âme qui lui avait été prêtée. 

9 

Pourtant il ne s'inquiète pas de ce que ses forces s'épuisent, ni de ce que sa vie est courte; mais il rivalise avec ceux qui travaillent l'or et l'argent, il imite ceux qui travaillent l'airain, et met sa gloire à exécuter des figures trompeuses. 

10 

Son coeur est comme de la cendre, son espérance est plus vile que la terre, et sa vie est de moindre valeur que l'argile. 

11 

Car il méconnaît celui qui l'a fait, qui lui a inspiré une âme agissante, et a mis en lui un souffle de vie. 

12 

Il regarde notre existence comme un amusement, la vie comme un marché où l'on se rassemble pour le gain; car, disent-ils, «il faut acquérir par tous les moyens, même le crime.» 

13 

Car celui-là sait bien qu'il est plus coupable que tous les autres, qui, de la même terre, façonne des vases fragiles et des idoles. 

14 

Mais ils sont tous très insensés, et plus malheureux que l'âme d'un enfant, les ennemis de votre peuple qui le tiennent dans l'oppression! 

15 

Car ils ont regardé comme des dieux toutes les idoles des nations, qui ne peuvent user de leurs yeux pour voir, ni de leurs narines pour respirer l'air, ni de leurs oreilles pour entendre, ni des doigts de leurs mains pour toucher, et dont les pieds sont incapables de marcher. 

16 

C'est un homme qui les a faites, et c'est celui à qui on a prêté le souffle qui les a façonnées. Il n'est pas d'homme qui puisse faire un Dieu semblable à lui, 

17 

car, étant mortel, il ne fait de ses mains impies qu'une oeuvre morte; il vaut mieux que les objets qu'il adore, car au moins il a la vie, et eux ne l'ont jamais eue. 

18 

Ils rendent un culte aux animaux les plus odieux, lesquels, jugés d'après la stupidité, sont pires que les autres. 

19 

Il n'y a rien de bon en eux qui fasse naître l'affection, comme à l'aspect d'autres animaux; ils échappent à la louange de Dieu et à sa bénédiction. 

Chapitre 16 

  

1 

C'est pourquoi ils ont été justement châtiés par des créatures semblables et tourmentés par une multitude de bêtes. 

2 

A la place de ces fléaux, vous avez accordé des bienfaits à votre peuple, et, pour satisfaire son ardent désir, vous lui avez préparé un aliment merveilleux, des cailles en nourriture: 

3 

de sorte que les uns, malgré leur désir de manger, à l'aspect répugnant des insectes envoyés contre eux, prirent en aversion même leur appétit naturel, tandis que les autres, après une légère privation, goûtèrent une nourriture nouvelle. 

4 

Car il fallait qu'une disette inévitable affligeât les premiers, les oppresseurs, et qu'il fût seulement montré aux autres comment leurs ennemis étaient tourmentés. 

5 

En effet, lorsque ceux-ci souffraient de la fureur de bêtes cruelles, et qu'ils périssaient sous la morsure de serpents tortueux, votre colère ne dura pas jusqu'à la fin; 

6 

ils furent troublés un moment, en vue de leur correction, et ils eurent un signe de salut, pour leur rappeler les préceptes de votre loi. 

7 

Car celui qui se tournait de son côté était guéri, non par l'objet qu'il avait sous les yeux, mais par vous, qui êtes le sauveur de tous. 

8 

Mais par là, vous avez aussi appris à nos ennemis que c'est vous qui délivrez de tout mal. 

9 

En effet, la morsure des sauterelles et des moucherons les fit périr, et il ne se trouva aucun moyen de sauver leur vie, parce qu'ils méritaient d'être châtiés de la sorte. 

10 

Vos enfants ne furent pas vaincus par la dent des serpents venimeux, car votre miséricorde vint à leur secours et les guérit. 

11 

C'est pour que vos paroles leur revinssent en mémoire qu'ils étaient blessés, et promptement guéris, de peur que, venant à les oublier entièrement, ils ne fussent exclus de vos bienfaits. 

12 

Ce ne fut ni une herbe, ni un médicament qui les guérit, mais votre parole, Seigneur, qui guérit tout. 

13 

Car vous avez puissance sur la vie et sur la mort; vous menez aux portes du séjour des morts et vous en ramenez. 

14 

L'homme, dans sa méchanceté, peut bien donner la mort, mais non ramener l'esprit une fois sorti, ni délivrer l'âme que le schéol a reçue. 

15 

Mais il est impossible d'échapper à votre main. 

16 

Les impies qui prétendaient ne pas vous connaître ont été flagellés par la force de votre bras; des eaux extraordinaires, la grêle et des pluies inexorables les ont tourmentés, et le feu les a consumés. 

17 

Ce qui était le plus étrange, c'est que, dans l'eau qui éteint tout, le feu n'était que plus ardent, car l'univers combat pour les justes. 

18 

Tantôt la flamme s'adoucissait, afin que les animaux envoyés contre les impies ne fussent pas consumés, et que ceux-ci, à cette vue, reconnussent qu'un jugement de Dieu les poursuivait. 

19 

Tantôt elle brûlait au sein même de l'eau, avec plus de force que n'en comporte la nature du feu, afin de détruire tous les produits d'une nation impie. 

20 

Au lieu de cela, vous avez rassasié votre peuple de la nourriture des anges, et vous leur avez donné du ciel, sans travail, un pain tout préparé, procurant toute puissance et approprié à tous les goûts. 

21 

Cette substance, envoyés par vous, montrait la douceur que vous avez envers vos enfants, et ce pain, s'accommodant au désir de celui qui le mangeait, se changeait en ce qu'il voulait. 

22 

La neige et la glace soutenaient la violence du feu sans se fondre, afin qu'ils sussent que le feu, qui brûlait dans la grêle et étincelait dans la pluie, détruisait les récoltes de leurs ennemis, 

23 

et qu'il oubliait ensuite sa vertu propre, pour l'entretien des justes. 

24 

Car la créature, soumis à vous, son Créateur, déploie son énergie pour tourmenter les méchants, et se relâche pour procurer le bien de ceux qui se confient en vous. 

25 

C'est pourquoi, se pliant alors à tous ces changements, elle était aux ordres de votre grâce, qui nourrit tout, selon la volonté de ceux qui étaient dans le besoin; 

26 

afin que vos enfants que vous aimez, Seigneur, apprissent que ce ne sont pas les différentes espèces de fruits qui nourrissent les hommes, mais que c'est votre parole qui conserve ceux qui croient en vous. 

27 

Car ce qui résistait à l'action destructive du feu se fondait aisément, échauffé par le moindre rayon de soleil: 

28 

afin d'apprendre à tous qu'il faut devancer le soleil pour vous rendre grâces, et vous adorer dès le lever du jour. 

29 

Quant à l'ingrat, son espérance fondra comme la glace d'hiver, et s'écoulera comme une eau inutile. 

Chapitre 17 

  

1 

Car vos jugements sont grands et difficiles à expliquer; aussi les âmes sans instruction se sont-elles égarées. 

2 

Alors que les méchants s'étaient persuadés qu'ils pouvaient opprimer la nation sainte, enchaînés par les ténèbres et prisonniers d'une longue nuit, enfermés sous leur toit, ils gisaient-là, fuyant eux-mêmes votre incessante providence. 

3 

Alors qu'ils imaginaient rester cachés avec leurs péchés secrets, sous le voile épais de l'oubli, ils furent dispersés, saisis d'une horrible épouvante, et effrayés par des fantômes. 

4 

Les réduits où ils se renfermaient ne les préservaient pas de la crainte: des bruits effrayants retentissaient autour d'eux, et des spectres leur apparaissaient avec des visages lugubres. 

5 

Il n'y avait pas de feu capable de donner de la lumière, et les flammes brillantes des astres ne pouvaient éclairer cette horrible nuit. 

6 

Parfois seulement, leur apparaissait une masse de feu, allumée d'elle-même, effrayante, et, épouvantés de cette vision dont ils n'apercevaient pas la cause, ils jugeaient ces apparitions plus terribles encore. 

7 

L'art dérisoire des magiciens était à bout, et leur prétention à la sagesse honteusement convaincue de fausseté. 

8 

Eux qui se faisaient forts de chasser des âmes malades la terreur et le trouble, ils étaient malades eux-mêmes d'une peur ridicule. 

9 

Car, quoiqu'il n'y eût rien de terrible pour les effrayer, le passage des animaux et le sifflement des serpents les terrifiaient; 

10 

et ils mouraient de frayeur, se refusant à voir cet air auquel nul ne peut échapper. 

11 

- Car la perversité est craintive, condamnée qu'elle est par son propre témoignage; pressée par sa conscience, elle s'exagère toujours le mal. 

12 

La crainte, en effet, n'est pas autre chose que l'abandon des secours qu'apporterait la réflexion. 

13 

L'espérance étant moindre au fond du coeur, on s'effraie d'autant plus d'ignorer la cause de ses tourments. - 

14 

Eux, pendant cette nuit d'impuissance, sortie des profondeurs du schéol impuissant, endormis du même sommeil, 

15 

étaient tantôt agités par des spectres terrifiants, tantôt abattus par la défaillance de leur âme; car une épouvante subite et inattendue s'était répandue sur eux. 

16 

De même tous les autres, quels qu'ils fussent, tombant là sans force, étaient retenus comme enfermés dans une prison sans verrous. 

17 

Le laboureur, le berger, l'ouvrier occupé aux rudes travaux de la campagne, surpris par le fléau, étaient soumis à l'inévitable nécessité; 

18 

car tous étaient liés par la même chaîne de ténèbres. Le vent qui sifflait, le chant mélodieux des oiseaux dans les rameaux épais, le bruit des eaux précipitant leur cours, 

19 

le fracas des pierres qui roulaient, la course invisible des animaux bondissants, les hurlements des bêtes féroces, l'écho se répercutant dans les cavités des montagnes, tout les faisait pâmer d'effroi. 

20 

Car tandis que tout l'univers était éclairé d'une lumière brillante, et se livrait sans obstacle à ses travaux, 

21 

sur eux seuls s'étendait une nuit pesante, image des ténèbres qui devaient les recevoir; mais ils étaient encore plus à charge à eux-mêmes que les ténèbres. 

Chapitre 18 

  

1 

Cependant une grande lumière brillait pour vos saints; les Egyptiens entendaient leur voix sans voir leur visage, et, malgré leurs souffrances passées, les proclamaient heureux. 

2 

Et parce que, après avoir été maltraités, ils ne se vengeaient pas, ils leur rendaient grâces, et leur demandaient pardon de les avoir traités en ennemis. 

3 

A la place de ces ténèbres, vous avez donné à vos saints une colonne de feu, guide dans une route inconnue, soleil inoffensif pour leur glorieux pèlerinage. 

4 

Ils méritaient bien d'être privés de lumière, et d'être emprisonnés dans les ténèbres, ceux qui tenaient enfermés vos enfants, par qui la lumière incorruptible de votre loi devait être donnée au monde. 

5 

Ils avaient résolu de faire périr les enfants des saints, et, l'un de ces derniers ayant été exposé et délivré, vous leur avez, pour leur châtiment, enlevé la multitude de leurs fils, et vous les avez engloutis tous ensemble dans les flots impétueux. 

6 

Cette nuit avait été connue d'avance par nos pères, afin que, sachant bien à quelles promesses ils avaient cru, ils eussent meilleur courage. 

7 

Et ainsi votre peuple attendit la délivrance des justes et l'extermination de ses ennemis. 

8 

De même que vous avez châtié nos adversaires, du même coup vous nous avez glorifiés en nous appelant à vous. 

9 

En effet, les pieux enfants des saints offraient leur sacrifice en secret, et faisaient d'un commun accord ce pacte divin: que les saints participeraient aux mêmes biens et aux mêmes dangers; - chantant déjà d'avance les hymnes de leurs pères. 

10 

Pour leur faire écho, retentissaient les cris discordants des ennemis, et l'on entendait des lamentations sur les enfants qu'on pleurait. 

11 

L'esclave et le maître étaient punis de la même peine, et l'homme du peuple souffrait la même chose que le roi. 

12 

Ils avaient tous pareillement, dans un seul genre de mort, des morts sans nombre, et les vivants ne suffisaient pas aux funérailles, car leurs plus nobles rejetons avaient été exterminés en un instant. 

13 

Ils avaient refusé de croire à cause de leurs sortilèges; quand arriva l'extermination des premiers-nés, ils reconnurent que ce peuple était fils de Dieu. 

14 

Pendant qu'un profond silence enveloppait tout le pays, et que la nuit était arrivée au milieu de sa course rapide, 

15 

votre Parole toute-puissante s'élança du haut du ciel, de son trône royal, comme un guerrier impitoyable, au milieu d'une terre vouée à l'extermination, 

16 

portant comme un glaive aigu votre irrévocable décret; elle était là, remplissant tout de mort; elle touchait au ciel et se tenait sur la terre. 

17 

Aussitôt des visions de songes effrayants les troublèrent, et des terreurs inattendues tombèrent sur eux. 

18 

Jetés par terre çà et là à demi-morts, ils révélaient la cause pour laquelle ils mouraient. 

19 

Car les songes qui les troublaient la leur avaient révélée, afin qu'ils ne mourussent pas sans savoir pourquoi ils étaient si rudement frappés. 

20 

L'épreuve de la mort atteignit aussi les justes, et il y eut dans le désert une destruction de la multitude; mais votre colère ne dura pas longtemps. 

21 

Car un homme sans reproche se hâta de combattre pour les coupables; prenant les armes de son ministère, la prière et l'encens expiatoire, il résista à la colère divine et mit un terme au fléau, montrant qu'il était votre serviteur. 

22 

Il vint à bout de cette sédition, non par la force corporelle, ni par la puissance des armes; mais il dompta par la parole celui qui les châtiait, en rappelant les serments faits aux pères et les alliances. 

23 

Lorsque déjà les morts étaient tombés en tas les uns sur les autres, s'interposant, il arrêta la colère, et ferma à l'Exterminateur le chemin des survivants. 

24 

Car sur la robe qui tombait jusqu'à terre était tout l'univers; les noms glorieux des pères étaient gravés sur les quatre rangées de pierres précieuses, et votre majesté sur le diadème de sa tête. 

25 

Devant ces symboles, l'Exterminateur se retira, il en fut effrayé; car la seule expérience de votre colère était suffisante. 

Chapitre 19 

  

1 

Mais une colère sans miséricorde poursuit les impies jusqu'à la fin. Car Dieu savait d'avance quelle serait leur conduite: 

2 

Qu'après avoir permis aux justes de s'en aller, et pressé leur départ avec grande instance, ils en auraient du regret et se mettraient à leur poursuite. 

3 

En effet, ils n'avaient pas encore achevé leurs deuils, et ils se lamentaient encore aux tombeaux de leurs morts, qu'ils s'engagèrent dans un autre dessein de folie, et poursuivirent comme des fugitifs ceux qu'ils avaient conjurés de s'éloigner. 

4 

Une juste nécessité les entraînait à cette fin, et leur faisait oublier ce qui venait de leur arriver, afin qu'ils subissent dans la pleine mesure le châtiment 

5 

et que, tandis que votre peuple bénéficiait d'un glorieux passage, ils trouvassent une mort étrange. 

6 

Car la création tout entière fut transformée dans sa nature, obéissant aux commandements particuliers qui lui étaient donnés, afin que vos enfants fussent conservés à l'abri de tout mal 

7 

Ainsi on vit une nuée couvrir le camp de son ombre; là où il y avait auparavant de l'eau, apparut la terre ferme; la mer Rouge ouvrit un libre passage, et les flots impétueux se changèrent en un champ de verdure. 

8 

Ils y passèrent, - toute une nation, - protégés par ta [sic] main, ayant sous les yeux de merveilleux prodiges. 

9 

Comme des chevaux en pâturage, comme des agneaux bondissants, ils vous glorifiaient, Seigneur, vous, leur libérateur. 

10 

Car ils se rappelaient encore ce qui s'était passé en leur séjour au pays étranger: comment, à la place des autres animaux, la terre avait produit des moustiques, et le fleuve, au lieu de poissons, une multitude de grenouilles. 

11 

Plus tard, ils virent encore une étrange production d'oiseaux, lorsque, poussés par la convoitise, ils demandèrent une nourriture délicate: 

12 

pour les satisfaire, des cailles montèrent du côté de la mer. 

13 

Mais le châtiment tomba sur les pécheurs, non sans être signalé d'avance par de violents éclairs. Il souffrirent justement pour leurs crimes, 

14 

car ils avaient montré pour l'étranger la haine la plus odieuse. D'autres n'avaient pas voulu recevoir des gens qui ne les connaissaient pas; ceux-là avaient réduit en esclavage des étrangers qui leur avaient fait du bien. 

15 

Il y a plus, - car voici une autre considération en faveur des premiers: C'est en ennemis qu'ils recevaient ces étrangers; 

16 

ceux-là, au contraire, accueillirent votre peuple avec des fêtes; et, après l'avoir admis à la jouissance de leurs droits, l'accablèrent de cruelles souffrances. 

17 

Aussi furent-ils frappés d'aveuglement, comme ceux qui assiégeaient la porte du juste, lorsque, enveloppés de ténèbres profondes, ils cherchaient chacun l'entrée de la porte. 

18 

Car les éléments échangeaient leurs propriétés, comme dans le psaltérion les sons changent de rythme; tout en conservant le même ton. C'est ce qu'on peut voir clairement par les faits qui se sont passés. 

19 

Les animaux terrestres devenaient aquatiques, et ceux qui nagent passaient sur la terre. 

20 

Le feu dépassait dans l'eau sa vertu naturelle, et l'eau oubliait sa propriété d'éteindre. 

21 

D'autre part, la flamme n'atteignait pas la chair des frêles animaux répandus tout autour, et ne fondait pas cet aliment céleste, semblable au givre et fusible comme lui. 

  

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 2 janvier, 2010 |2 Commentaires »

Statuts Secrets des frères élus de la Milice du Temple

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Ici commencent les statuts secrets des frères élus de la Milice du Temple,  approuvés par Roger de Montagu, précepteur de Normandie et Robert de Barris, procurateur de Normandie.

Art. 1. - Les temps préparés par les saints sont révolus. II faut faire pénitence, le royaume de Dieu étant proche pour ceux qui ont été baptisés dans le feu et le Saint-Esprit.

Art. 2.3.4. - Des chapitres secrets et de la manière de les tenir: portes closes, un veilleur sur le toit. Les Frères Élus doivent être avertis par un signe secret, immédiatement après none, qu'un chapitre sera tenu dans la nuit.

Art. 5.6.7. - Comment il faut s'assurer des personnes aptes à recevoir l'initiation. Leur montrer l'insuffisance de la règle commune, les attirer hors de la Babylone moderne, l'Église, dont l'enseignement est vide. L'Église n'est que la Synagogue de l'Anté-Christ. Mais les élus s'élèvent sur les hauteurs de la Vérité. Certains sont venus d'Outre-Mer nourris de la manne divine et ayant des visions. Ils sont saints. Dieu étant auprès d'eux, et possèdent le Trésor céleste de la Sagesse.

Art. 8. - Il est interdit d'admettre parmi les Élus, les Frères qui méprisent la règle officielle, parce que celui qui est négligent dans les petites choses le sera bientôt dans les grandes.

Art. 9. - L'ignorance étant la source de beaucoup d'erreurs, nul ne sera adonis parmi les Élus s'il ne connaît, au moins, le « Trivium et le Quadrivium ». Exception faite pour les musulmans qui n'ont aucune part à la Babylone romaine et à ses erreurs.

Art. 10. - Seront exclus rigoureusement les descendants d'Arefast, homme-lige du due de Normandie Richard II, qui, par sa trahison, a causé le martyre d'Étienne et de Lisoë à Orléans. Clercs ou Laïcs qu'ils soient exclus de la fraternité des Élus jusqu'à la septième génération.

Art. 11. - Rituel de la réception des Élus : serment de garder le secret de l'Ordre, la moindre indiscrétion étant punie de mort. Le récepteur baisera successivement le néophyte sur la bouche, pour lui transmettre le souffle, au plexus sacré, lequel commande la force créatrice, à l'ombilic, enfin au membre viril, image du principe créateur masculin.

Art. 12. - Acte de Foi au Dieu Créateur et à Son Fils qui n'est pas né, n'est pas mort, n'a pas été crucifié et n'est pas ressuscité. Haine éternelle au tyran séculier et à sa synagogue de l'Ante-Christ annoncé par Jean.

Art. 13. - Le néophyte foulera la Croix au pied et crachera dessus ; il recevra ensuite la tunique blanche avec la ceinture.

Art. 14. - Celui qui croirait avoir licence de se permettre de vitupérer Jésus, Fils de Marie, en raison de l'outrage infligé par nous au bois de la Croix, sera exclu des chapitres et son instruction ne sera pas poussée plus avant.

Art. 15. - Les chapitres ne doivent pas durer au-delà de la troisième nuit. Ils se termineront par ces mots que dira le précepteur, le visiteur ou le Maître : « Allez, et ne jetez pas ce qui est saint aux chiens, ni vos perles aux pourceaux, de peur qu'ils ne se retournent contre vous et vous dévorent. Dans la liberté qui vous est acquise comme vrai chrétien de Dieu, vous devez rester et ne jamais lever la main vers le Ciel comme ceux qui sont dans les liens de l'esclavage. Que le Dieu protecteur remplisse vos cœurs de foi, de paix et de joie ; afin que vous soyez pleins d'espérance et de la force du Saint-Esprit ». Le Prieur ou visiteur étend alors les mains vers les Frères, les bénit sans faire le signe de la Croix, et dit : « Que le Dieu de la Sagesse, de la Lumière ci de la Paix soit avec tous! Amen ». Les Frères sortent en silence.

Aux chapitres de réception, le précepteur dit en général : Nous plions le genou devant le Père de tout, de qui vient toute paternité au Ciel et sur la Terre (la main sur la tête du néophyte) afin qu'il te fortifie (ici le nom du néophyte) en vertu de la richesse de sa grâce, par son Esprit dans l'homme intérieur et que le vrai Christ demeure par la foi dans ton cœur fortifié et mieux établi, afin qu'avec tous les Élus et les Saints, tu comprennes ce qu'il y a de large, de long, de haut et de profond dans la science supérieure et dans l'amour du vrai Christ et afin que tu sois rempli de Dieu en surabondance ».  Ces prières, les cérémonies et les coutumes mêmes de l'Ordre devront être souvent variées pour que les indiscrets et les malintentionnés ne les puissent surprendre.

Art. 16 - Les statuts secrets ne seront traduits en aucune langue vulgaire et ne seront jamais mis entre les mains d'aucun Frère. Ils seront lus à haute voix les jours de l'Epiphanie, du Vendredi-Saint, de la Saint-Jean et de la Saint-Michel au cours du chapitre nocturne, expliqués et suivis de nouvelles ordonnances.  Le précepteur apaisera les querelles, les mésintelligences, les incidents domestiques. Il n'y aura pas de réception ces jours-Ià.

Art. 17. -Les statuts de l'Ordre ont été apportés d'Outre-Mer par les Maîtres, ils ne sont en contradiction ni avec les Évangiles ni avec les préceptes des Apôtres. Leur doctrine est celle-ci : renoncer au monde, mater les désirs de la chair, poursuivre les brigands voleurs, usuriers, détracteurs, fornicateurs. Par le travail matériel et moral faire notre vie, ne causer de tort à aucun homme de bien, recevoir avec amour ceux qui s'intéressent à notre savoir, obéir à Dieu avant d'obéir à l'homme. Si nous nous en tenons à ces règles de vie, nous n'avons nul besoin des sacrements qui sont vendus dans la synagogue de Satan, et si nous ne tenons pas notre règlement, les sacrements ne nous donneront rien pour notre salut. Ceci est la somme de notre justification, le résumé de notre savoir, à quoi aucune cérémonie ne peut rien ajouter.

Art. 18. - Attention, Frères, que personne ne vous tente, parce qu'il y a beaucoup de faux christs menteurs. Ils sont l'Anté-Christ et renient le vrai Christ par leur vie souillée. Le royaume de Dieu n'est pas dans les mots des dogmes, mais dans la vertu. II n'est pas dans le boire et le manger, mais dans la justice, la paix et la joie de l'Esprit-Saint. Ce n'est pas la pratique extérieure qui fera venir le Royaume de Dieu, et ceux qui le prétendent, mentent. Le Royaume de Dieu est en nous. L'Église du vrai Christ au temps du Pape Sylvestre s'est changée en synagogue de l'Anté-Christ, et la Rome de Pierre, en Babylone moderne. De là sont venus autrefois les Pharisiens et maintenant les faux prophètes du peuple et les maîtres-menteurs qui, s'asseyant dans les chaires des Conciles, patronnent des sectes de perdition en reniant le Dieu qui les a rachetés. Ils honorent Dieu des lèvres et il est loin de leur cœur.

Art. 19. - Les Élus sont parmi les sept cents dont il est écrit qu'ils ne plient pas le genou devant Baal. Ils ont été choisis et ne sont pas de ceux à qui Dieu a donné des yeux pour ne pas voir, des oreilles pour ne pas entendre, un esprit pour les punir. Sur nous aussi étaient les ténèbres, mais le jour de l'élection est venu. Rejetons les œuvres de ténèbre, que nous commettions dans la Synagogue de l'Anté-Christ et revêtons nous des armes de la lumière, soyons un corps et une âme. Élus dans l'espérance de la vocation, soyons de ceux qui n'ont qu'un Seigneur dans la foi, le baptême de l'Esprit, un Dieu Père de tous, qui est au dessus de nous tous et en nous tous.

Art. 20. - Les Élus étaient la race de choix, la sainte assemblée, le peuple de l'acquisition dans lequel il n'y a ni Juifs, ni Sarrasins, ni libres, ni esclaves, ni hommes, ni femmes - qui est « Un » dans le vrai Christ-Dieu, nous vous annonçons un Dieu qui est révélé dans le Monde, nous vous annonçons un Christ fils unique de Dieu, qui était de toute éternité en Dieu, qui n'est jamais né, n'a jamais souffert, qui ne peut pas mourir, qui est omniscient, qui a anime l'âme du fils de Marie et qui a ainsi été dans le monde, que le monde n'a point connu parce que les hommes charnels n'ont pas compris ce qu'est l'Esprit. Tenez pour certain que le fils de Marie et de Joseph a tout lait : son enseignement, ses miracles, ses œuvres saintes, par la force et la puissance de ce vrai Christ qui était de toute éternité émané de Dieu, qui pour un temps s'était uni à l'âme de Jésus, mais qui n'a jamais apparu charnellement. Parce que le fils de Joseph et de Marie a été, saint, libre de tout péché et crucifié, nous vénérons en Dieu et nous le prions. Mais le bois de la Croix, nous le tenons pour le signe de la bête dont il est question dans l'Apocalypse.

Art. 21. - Si vous vivez selon l'esprit de Dieu qui vit en vous et vous guide, vous n'êtes plus sous la loi mais sous la grâce. Délivrés des liens de la mort dans lesquels vous avez été détenus, servez avec un esprit renouvelé et dans le vieil esprit des Saintes Écritures. Avant votre délivrance vous étiez prisonniers de la loi. Cette loi était votre maître en Christ, afin que par cette loi vous soyez justifiés et choisis. Ayant été choisis, vous n'avez plus de maître, vous avez la liberté des fils de Dieu. Dieu vous ayant choisi et vous l'ayant reconnu, ne vous tournez plus vers les faibles, les insuffisants enseignements de la synagogue de l'Anté-Christ et servez-le de tout votre cœur.

Art. 22. - Inutile de jeûner. Le Templier est délié du carême et des autres jeûnes, mais il doit prendre garde ce faisant de ne scandaliser personne. Tout est pur pour les purs. Mangez de la viande et remerciez Dieu qui vous donne l'abondance.

Art. 23. - Si un Juif ou un Sarrasin, que la nouvelle Babylone condamne, vous invite à manger mangez de tout ce qui vous offert et méprisez les hypocrites qui réprouvent le mariage et évitent la nourriture que Dieu a créée, au lieu de remercier Dieu de ce qu'il donne à l'homme.

Art. 24. - Si vous voyagez vers l'Orient ou vers l'Espagne, vous devez conduire la guerre avec justice et charité, chercher à protéger le faible et à punir le coupable Ne pensez surtout ni à votre gloire propre, ni à profiter de la cupidité des princes, ni à vous enrichir par la rapine. Pendant la période de paix, vous devez songer souvent que votre Dieu est aussi celui des Juifs et des Sarrasins et que ceux qui, derrière le voile du christianisme, s'attachent à poursuivre l'hypocrisie frauduleuse du Pape, sont plus agréables à Dieu que ceux qui mésusent des vertus de notre Saint Ordre, dans le but de satisfaire à leur propre gloire et non pour la glorification de Dieu.

Les Frères sont tenus à faire des stages dans les maisons de l'Ordre où il y a beaucoup d'Elus afin que par des conversations fréquentes ils augmentent en eux-mêmes la lumière de leur élection. Et, comme nombreux sont les fils de nos pères qui sont dispersés dans le monde et occupés à diverses professions ou métiers, nous vous engageons à les reconnaître à l'aide des signes appropriés. Si vous passez à Orléans, allez pieusement vers les murs de la ville où les glorieux martyrs de la science divine « Stéphanus et Lisoë », avec dix autres fils de nos pères, ont été brûlés sur l'ordre du Roi, Robert le Pieux, et des évêques. De cela, nous vous supplions en Dieu.

Art. 25. - Les lois courantes, qu'elles soient de l'Ordre ou de la Synagogue de l'Anté-Christ, doivent être accomplies devant les yeux des hommes; afin de ne pas occasionner de scandale. Observez notre régime, observez également les lois de Rome. Dans votre cœur n'honorez cependant que la loi écrite de vos cœurs par l'Esprit Saint.

Si l'un de vous a contrevenu à une loi, qu'il se confesse à un de nos prêtres, ou, à défaut du prêtre-Élu, à un laïc-Élu. Tertullien a dit: « Nous, laïcs, ne sommes-nous pas aussi prêtres? C'est l'Église qui a établi une différence entre prêtres et laïcs. Là où trois sont ensemble, il y a une Église parce que chacun vit pour sa foi et dans sa foi. »

Art. 26. - Dans toutes les maisons du Temple, les Élus doivent tenir les grades supérieurs ainsi que celui d'administrateur. De même, les Élus doivent tenir ensemble dans les Chapitres, pour la nomination des visiteurs, précepteurs, procurateurs et autres supérieurs, le Grand Maître excepté qui ne doit pas être un Élu.

Art. 27. - Si un Frère Élu a obtenu la charge de Prieur ou de Préfet, il doit travailler à mettre en état les ateliers de la maison tels que nos usages secrets le réclament, ce qu'il doit faire avec un maître maçon qui soit un descendant de nos Pères. Si celui-là n'est pas encore initié et s'il est habile, vous pouvez lui révéler la lumière. Qu'il se hâte d'édifier le chapitre afin que la lumière de Dieu dissipe bientôt les ténèbres de la synagogue de l'Anté-Christ. Que le prieur rende serviable le chapelain de la maison et si celui-ci est récalcitrant, qu'il le chasse et en prenne un autre. Les chapelains doivent persuader les Frères chevaliers, servants d'armes et Frères servants de se confesser au Supérieur de la maison, lequel a le pouvoir de les délier de leurs péchés, aussi bien les péchés cachés par la honte que ceux qu'ils ont avoués. A ceux qui douteraient de ce privilège, dites que le Pontife suprême et le prêtre supérieur de notre Ordre a reçu ce privilège du Christ, fils de Dieu.

Art. 28. - Les bibliothèques de l'ordre doivent toujours posséder les Écritures Saintes, les Pères de l'Église, les œuvres de Maître Jean Eugène sur la division de la nature, le livre d'Altonis Vercellensis, sur la pressuration ecclésiastique, le monologue et le prosloguim d'Anselme de Canterbury, le livre de canon des concordances et des non concordances de Gratiani, le livre des sentences de Maître Pierre Lombard, le livre de Maître Gilbert sur la Trinité de Jean de Salisbury et, enfin, tous les écrits qui ont été condamnés par les Pharisiens de la Synagogue de l'Anté-Christ, par exemple le divin écrit de Maître Amalrich de Béna et de David de Dinant, dans lesquels vous puiserez des trésors de sagesse. Afin que vous ne soyez pas surpris dans votre inexpérience par les cours de Justice des princes et des évêques, nous vous ordonnons de vous mettre à l'étude sans tarder des décrets et des lois.

Art. 29. - Si un Frère s'oublie, soit par légèreté, soit par bavardage, et fait connaître la plus petite partie des statuts secrets ou de ce qui se passe dans les chapitres nocturnes, qu'il soit puni selon la grandeur de sa faute par une détention à temps dans les chaînes et soit exclu à jamais des Chapitres. Si la trahison est prouvée et s'il a parlé avec mauvaise intention, qu'il soit condamné à la prison perpétuelle ou même mis à mort secrètement si le bien général l'exige.

Si l'on vous interroge en justice sur les usages, lois statuts et entreprises secrètes de l'Ordre, résistez à cette tyrannie en niant et en jurant de votre ignorance. L'accusation de faux serment tombera avec la malédiction divine non pas sur vous, mais sur les iniques inquisiteurs. A vous, au contraire, la récompense de la vérité méconnue.

Art. 30. - Si un Frère est mourant, un autre Frère doit se tenir auprès de lui, ne pas le laisser seul et tâcher d'appeler un Élu. Le malade doit demander à voir un Élu d'une maison voisine s'il n'y en a pas de présents dans la sienne. Si le mourant est tourmenté par des scrupules, l'Élu doit le tranquilliser, l'entendre en confession et le déclarer délivré de tous ses péchés, quels qu'ils soient. Ne jamais permettre que le malade s'entretienne avec un Frère clerc ou laïc qui ne soit pas Élu. Le mort sera enterré avec sa ceinture rouge, on dira pour lui la Messe du Saint-Esprit, en vêtements rouges et sur la pierre tombale on gravera le plus vieux signe du salut, le Pentalpha .

 

 

Ici commence le liber consolamenti ou Statuts secrets rédigés pour les Frères Consolés de la Milice du Temple, par Maître Roncelinus

Art. 1er. - Le peuple qui marchait dans l'obscurité a vu une grande lumière et ceux qui étaient dans l'ombre de la mort ont vu cette lumière. Pour nous aussi la lumière a lui. Nous étions tous dans le deuil et nous avons été consolés, dans la terreur et l'esclavage et nous avons reçu l'esprit d'adoption des enfants qui nous fait crier: « Un seul est notre Père, Maître, Sauveur, Consolateur - Un seul est notre Dieu et son Esprit donne au nôtre l'assurance que nous sommes fils de Dieu ».

Art. 2. - A vous, Frères, il est donné de connaître les secrets du royaume de Dieu; heureux nos yeux et nos oreilles qui voient et entendent. Sachez que Papes, Rois, Évêques, Abbés et Maîtres ont désiré voir et entendre ce que vous entendez et voyez, mais ils ne l'ont ni vu ni entendu et ne le connaîtront jamais.

Art. 3. - Le temps est venu où l'on n'adorera le Père ni à Jérusalem, ni à Rome. L' Esprit est Dieu et, si vous êtes en Dieu, vous l'adorerez en Esprit et en Vérité. Sachez que tout ce que Jésus a dit par le vrai Christ, est esprit et vie en Dieu. C'est l'esprit de Dieu qui vivifie. La chair de Jésus ne peut servir à rien.

Art. 4. - Dieu est Amour et quiconque reste dans l'amour reste en Dieu et Dieu en lui. Nous vous parlons en secret de ce qui reste caché aux enfants de la Babylone nouvelle qui sera réduite en cendre et en poussière par les plus humbles serviteurs de Dieu. Nous vous parlons de la Sagesse de Dieu, révélée à nos Pères qui nous l'ont transmise pour notre gloire et notre bien. Aucun prince ou grand prêtre de ce temps ne l'ont connue. S'ils l'avaient connue, ils n'adoreraient pas le bois de la Croix, et n'auraient pas brûlé ceux qui possédaient le Vrai Esprit du Vrai Christ.

Art. 5. - Vous qui êtes les Temples de Dieu, construits sur les fondements de la Sagesse et de la Sainteté antiques, sachez que Dieu ne fait point de différence entre les personnes: Chrétiens, Sarrasins, Juifs, Grecs, Romains, Francs ou Bulgares, parce que tout homme qui prie Dieu est sauvé.

Art. 6. - Le Consolé est délivré du joug que les enfants de Babylone ont établi sur des dogmes faux. Parmi les Juifs et les Sarrasins, soyez comme si vous étiez des Sarrasins et des Juifs. Avec les fils de Babylone, soyez comme les fils de Babylone bien que par l'Élection et le Consolamentum vous soyez libérés.

Rendez-les heureux et tâchez d'attirer à vous ceux dont les yeux s'ouvrent, mais agissez avec prudence à cause de l'Évangile éternel et afin d'éviter le scandale.

Art. 7. - A vous qui êtes saints, tout est permis. Cependant, il vous faut garder d'abuser de cette permission. Ne laissez jamais rien soupçonner de ce que vous êtes autour de vous. Ayez dans vos maisons des lieux de réunion vastes et cachés, auxquels on accédera par des couloirs souterrains, pour que les Frères puissent se rendre aux réunions sans risques d'être inquiétés.

Art. 8. - Il y a des Élus et des Consolés dans toutes les régions du monde. Là où vous verrez construire de grands bâtiments, faites les signes de reconnaissance et vous trouverez beaucoup de justes instruits de Dieu et du Grand Art. Ils en ont hérité de leurs pères et maîtres et sont tous frères. Dans ce cas, sont les Bons Hommes de Toulouse, les Pauvres de Lyon, les Albigeois, ceux des environs de Vérone et de Bergame, les Bajolais de Galicie et de Toscane, les Bégards et Bulgares.

Par les chemins souterrains vous les amènerez à vos chapitres et, à ceux qui concevraient quelque crainte, vous conférerez le Consolamentum en dehors des chapitres, devant trois témoins.

Art. 9. - Vous recevrez fraternellement les Frères de ces groupements et de même les Consolés d'Espagne et de Chypre recevront fraternellement les Sarrasins, les Druses et ceux qui habitent le Liban Et si l'Esprit divin animait des Sarrasins ou des Druses, vous pouvez les admettre comme Élus ou comme Consolés.

Art. 10. - Nul frère ne sera reçu s'il ne compte trente-cinq ans d'âge et s'il n'a acquis les vrais fruits de son élection. Pour le prouver, il justifiera de son instruction et de ses connaissances dans les décrets avant son admission.

Art. 11. - Il est expressément recommandé de s'entourer des plus grandes précautions vis-à-vis des moines, prêtres, évêques, abbés et docteurs de la science, parce qu'ils agissent en traitres afin de se rouler plus librement dans la boue de leurs crimes. Si vous les admettez après une longue probation, que ce soit en dehors du chapitre, en présence de trois Frères, et sans rien leur révéler des statuts et coutumes de l'Ordre.

Art. 12. - Avec les laïcs qui servent Dieu dans la simplicité de leur cœur, il est permis de prendre moins de précautions et de les recevoir soit comme Élus, soit comme Consolés, après une probation raisonnable.

Art. 13. - Rituel de « Consolamentum » : le néophyte écrira sa confession générale et l'adressera au Précepteur. I1 confirmera cette confession par serment, en présence de deux témoins, et elle sera conservée dans les archives du chapitre. Il dira ensuite les Psaumes, l'Antienne tirée du Deutéronome et il sera béni par tous les Frères, qui poseront leur main droite sur sa tête, après quoi il jurera silence, obéissance et fidélité.

Le précepteur l'absout de tous ses péchés. Il le délie de tous les commandements de l'Église au nom de Dieu qui n'est pas engendré et qui n'engendre pas, au nom du vrai Christ qui n'est pas mort et ne peut mourir. On récite alors les trois Prières:

Pendant la première, le néophyte se tient debout, les mains levées.

Durant la seconde, il s'agenouille, les bras en croix.

Pour la troisième, il se prosterne la face contre terre.

 

Art. 14-15-16.

-La première prière est celle de Moïse: «Magnificetur, fortitudo Domini… » suivie de ces mots: Dixit que Dominus vivo ego et implebitur gloria Domini universa terra. Après quoi le précepteur coupe un peu de la barbe, des cheveux et de l'ongle de l'index droit du néophyte en disant: « Sers Dieu, tu souffriras plus dans ton cœur que dans ton corps en signe de l'alliance de Dieu avec l'esprit de l'homme ».

- La seconde prière est celle du fils de Marie qui est appelé Jésus: « Pater aeterne glorifica nos… » (Saint jean, c. XVII), suivie de: « Facta est vox de coelo, iste filius meux dilectus in quo mihi bene complacuit ». Le récepteur passe ensuite un anneau à l'index droit du Frère en disant: « Fils de Dieu, prends cet anneau en signe de ton union éternelle avec Dieu, la Vérité et nous-mêmes ».

- La troisième prière dite de Baphomet, est celle qui sert d'ouverture au Coran et qui porte le nom de « Fatiha ». Le récepteur ajoute: « Un Maître, une Foi, un Baptême, un Dieu Père de tous, et chacun qui invoque le nom de Dieu est sauvé ». I1 relève alors le néophyte et oint ses paupières avec l'huile sainte en disant : « je te veux oindre, ami de Dieu, avec l'huile de la Grâce, afin que tu voies la Lumière de notre Baptême du Feu et qu'elle brille pour toi et pour nous tous sur le chemin de la Vérité et de la Vie Éternelle ».

Art. 17. - La figure de Baphomet est retirée de sa châsse et le récepteur dit: « Le Peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière et elle a brillé pour ceux qui étaient assis dans les ombres de la mort. I1 y en a trois qui rendent témoignage à Dieu et au monde, et ces trois sont: Un » (Saint-Jean).

Tous les Frères s'écrient: « Yah Allah! », c'est-à-dire, « Splendeur de Dieu », baisent l'image et la touchent de leur ceinture. Le récepteur prend ensuite le néophyte par la main et dit: « A présent le Fils de l'Homme est glorifié et Dieu est glorifié en Lui. Voici un nouvel ami de Dieu, qui parle à Dieu quand il lui plaît, à Dieu auquel vous devez rendre grâce, parce qu'il vous a conduit là où vous désiriez aller et qu'il a exaucé vos désirs. Que la Lumière Divine reste dans nos cœurs et nos esprits. Amen ». Pour terminer la cérémonie, on chante le chant tiré du Livre de la Sagesse, chant qui marque la fin du chapitre.

Art. 18 - Le néophyte est conduit aux archives où on lui enseigne les : mystères de la science divine, de Dieu, de Jésus enfant, du véritable Baphomet, de la Nouvelle Babylone, de la nature des choses, de la vie éternelle ainsi que la science secrète, la grande Philosophie, Abrax et les talismans. Choses qui toutes doivent être rigoureusement cachées aux ecclésiastiques admis dans l'Ordre.

Art. 19. - Il est interdit dans les maisons où tous les Frères ne sont pas des Élus ou des Consolés, de travailler certaines matières par la science philosophique et donc de transmuter les métaux vils en or et en argent. Ceci ne sera jamais entrepris que dans les lieux cachés et en secret.

Art. 20. - Il est rigoureusement interdit de choisir pour Grand-Maître un Consolé. Les autres postes et charges principaux de l'Ordre sont réservés aux Élus et aux Consolés.

Source : http://www.lesfilsdelavallee.fr/?f042f32908431fa90d25e42d87ff6ec2=429b9974e01e734a791262c51ff8f937

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 2 janvier, 2010 |1 Commentaire »

Les Vrais Templiers modernes

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Les Vrais Templiers modernes, hommes et femmes adultes de notre temps, héritiers des hautes valeurs spirituelles et morales des Templiers du moyen âge, participent par leurs interfaces et les actions de leurs membres, soit directement, soit indirectement, au maintien du devoir de mémoire.

Devoir de mémoire afin que l’on n’oublie pas le sacrifice des martyrs, ni les  tortures subies par les hommes, les femmes ou les enfants,  quelle que soit leur religion, quelle que soit leur race ou leur nationalité, au nom de  principes tels que le racisme, la xénophobie ou l’intégrisme.

L’intégrisme dogmatique, qu’il soit politique ou religieux, ainsi que la haine raciale et a xénophobie restent des plaies bien vivaces et la honte de l’humanité.

Nous pensons que le devoir de mémoire doit rappeler que nulle race n’est supérieure à une autre, que nul, fût il chef d‘état, ne peut indûment persécuter, déporter ou faire déplacer des familles ou des peuples.

Les Templiers du XXIème siècle, Chrétiens œcuméniques, reconnaissent  le droit à l’existence et au développement harmonieux des autres religions tolérantes. Ils reçoivent dans les rangs de l’Ordre du Mérite du Temple des personnalités reconnues, quelle que soit leur religion : toutes les grandes religions modernes ne parlent elles pas dans leurs écritures sacrées de tolérance ? ? Le Christ, après tout, était Juif…

Il est reconnu par les Israélites comme un prophète …Il existe des “Arabes” Chrétiens , des “Chinois” Chrétiens , des “Africains” Chrétiens ainsi que  des  ”Eurasiens” Musulmans ou des “Eurasiens” Bouddhistes : on voit bien l’illusion  entretenue par les dictateurs (politiques ou religieux).

 La France est composée de Gaulois ( Goths, Visigoths, Parisii, Francs, Vandales…tout un ensemble de peuplades ) , de Romains ( eux mêmes constitués d’Ombres, de Sabins, de Volsques, ’Etrusques… Tout un autre ensemble de peuplades), et desdescendants de tous ceux qui, au cours des siècles, ont décidés de s’y implanter, etd’y travailler (quelle que soit leur religion : Chrétiens catholiques, Protestants, Juifs, Musulmans, Athées…): ce qui fait un peuple est son vécu en commun et les valeurs qu’il partage, plus qu’une limitation géographique, par définition construite, ou une race ou religion : beaucoup reste encore à faire en ce sens, il ne faut que se référer à ce qui vient de se passer dans les Balkans pour en avoir une illustration. Les Templiers du XXI ème siècle, dans leur rôle de Templiers,  ne se réclament pas d’une nationalité particulière, et reconnaissent le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes . Chaque membre respecte la fidélité individuelle de chacun des autres membres envers son pays.

Les Templiers du XII éme siècle ont créé une économie moderne pour l’époque, ils ont crée lé système « bancaire » avec les lettres de crédit, ils ont fondé un système économique performants. Ils ont été un lien social entre les peuples et ont accepté en leurs rangs des membres de classes sociales différentes.

Les Templiers du XXI siècle se veulent être promouvant à leur image en aidant au renforcement du lien social, au sein de chaque nation, au sein de la communauté internationale, et cela sans volonté d’hégémonie ni prétentions particulières.

De part leur vocation de tolérance, de fraternité, de charité, de défense des valeurs fondamentales de l’humanité, les Templiers modernes s’opposent de toutes leurs forces à la manipulation des esprits, à l’exploitation des faibles et des enfants, à la haine ou la discrimination  raciale et à la dictature sous toutes ses formes.

Par ces aspects, le devoir de mémoire n’est pas seulement le rappel actuel ou futur des sacrifices consentis par nos anciens pour la défense de la liberté et de la démocratie, c’est aussi une action vers le futur afin que de telles atrocités ne soient plus possibles.

Les Templiers modernes aident par leurs actions, au rappel des valeurs fondamentalesde l’humanité. Ils soutiennent toutes les organisations, associations, fondations qui ont la même vocation ou qui participent, directement ou indirectement, au maintien du lien social, au soulagement de la misère, à la compréhension entre les peuples, au développement économique et social, au rappel des horreurs du passé et à la prévention de leur récidive dans le futur.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 9 décembre, 2009 |9 Commentaires »

Queste du Graal au service d’une science sociale Templière

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Queste du Graal au service d’une science sociale Templière

I - Les Universaux

Aristote nous a fait remarquer que l’être humain est le seul animal à avoir le sentiment du Bien, du Vrai et du Juste, et que c’est précisément ce sentiment qui est à l’origine de la vie familiale, comme de la vie en communauté et en société. Or, comme nous le savons, ces sentiments sont à la base des concepts que nous qualifions d’universels et qui sont communs à tous les êtres humains. Le savoir de ces concepts est ce domaine de la connaissance qui est en rapport avec la théorie éthique, car ce sont précisément ces notions qui conditionnent le comportement humain. Nous savons, à ce propos, que c’est au nom de principes que nous agissons et en vue de les accomplir.

Pendant longtemps on s’est posé la question de savoir quelle était l’origine de ces concepts. Plus précisément de savoir si elle est « à priori » ou « à posteriori ». Cette interrogation trouva dans la théorie de la réminiscence platonicienne une réponse d’ordre mythologique. Ce n’est que par la suite, avec Aristote et plus tard avec Kant et Schopenhauer, que nous allons arriver à une réponse satisfaisante. Il ne s’agit pas ici de signaler l’apport propre, en ce qui concerne cette problématique, de chacun de ces penseurs. Leurs contributions sont plutôt des moments d’un processus dont le résultat nous semble être le suivant. Il convient, en effet, de faire la différence entre les concepts d’ordre général et les concepts que nous appelons universels. Car à la base de cette problématique, comme on le sait, il y a le fait que nous trouvons dans le monde phénoménal aussi bien des singularités que des particularités, mais nous n’y trouvons pas les notions universelles.

En effet lorsqu’il est question, par exemple, du chien, nous savons que nous trouvons des singularités (ce chien-ci) et des particularités (les races et les bâtards), mais nous ne trouvons pas l’idée du chien, ”l’en-soi” du chien comme aurait dit Platon. Or c’est, précisément, cette notion de quelque chose qui existe empiriquement, dans sa dimension singulière et particulière, que nous appelons les concepts généraux.

Pour ce qui est des valeurs d’ordre universel, les universaux, nous constatons que leur existence empirique n’est pas du même ordre que celle des choses dont on vient de parler. Nous disons, en effet, que quelqu’un est bon mais cette qualification n’a pas le même degré de réalité que le chien ou le cheval. La bonté dont il est question est une valorisation. Elle ne fait pas partie de la substance de l’être ainsi qualifié, ce qui est le cas du chien. Nous disons, pour cette raison, que tout chien est un chien et qu’un chien n’est pas plus chien qu’un autre chien. Par contre, nous ne pouvons pas dire qu’une personne est bonne ou juste en elle-même. Nous disons plutôt qu’une personne est bonne et juste si elle participe à tel ou tel système de valeurs ou si son comportement coïncide avec l’idée du Bien ou du Juste. C’est la même chose lorsque nous parlons du Vrai et du Beau. Par conséquent, nous constatons que les concepts généraux ont un fondement empirique effectif, ce qui n’est pas le cas des concepts d’ordre universel. Pour cette raison, nous pouvons dire que les concepts généraux sont des notions « à posteriori ». Ce qui veut dire, plus précisément, que nous ne pouvons pas arriver à l’idée du cheval si nous ne connaissons pas l’animal en question, et ce, dans ses différentes manifestations. Car, pour revenir à l’exemple du chien, supposons qu’un groupe humain ne connaisse que l’existence d’une race de cet animal, le chien nu de chine en l’occurrence, il est clair que pour ces gens l’en-soi du chien ne doit pas avoir de poil et ne doit pas aboyer. Comme on peut le comprendre aisément, ces personnes auront pris l’idée du chien nu de chine comme l’en-soi du chien en tant que tel. Cet exemple nous montre la difficulté problématique d’une telle conceptualisation. On comprend facilement que l’erreur réside ici dans le fait que l’en-soi d’un particulier est conçu comme l’en-soi du genre. Ceci est d’autant plus vrai que dans sa réalité comme dans son concept le particulier ne peut pas être l’universel.

En ce qui concerne les universaux nous constatons que ce ne sont pas les déterminations singulières et particulières qui conditionnent l’universel et sont, donc, la cause de son existence. Nous constatons que ce sont plutôt ces valeurs qui se manifestent au niveau des singularités et des particularités pour leur faire participer de leur universalité. Pour cette raison nous disons que si Jean est bon c’est parce qu’il participe à la dimension de la bonté. Par conséquent, les valeurs universelles conditionnent, selon leur logique, la dimension axiologique des singularités et des particularités. Il se pose, dès lors, la question de savoir quelle est l’origine de ces valeurs. En effet, comme nous l’avons déjà souligné, les universaux ne peuvent pas être « à posteriori », car leurs déterminations sont plutôt des manifestations de ces valeurs. Par conséquent il serait absurde de dire que les déterminés produisent le déterminant.

Nous considérons, dès lors, que puisque les universaux ne sont pas « à posteriori » ils ne peuvent être que des concepts « à priori ». C’est pour cette raison que nous disons que ces valeurs sont communes à tous les humains. Mais ceci ne veut pas dire que ces concepts soient innés. Nous avons plutôt affaire à des catégories qui sont le produit de la capacité synthétique de la raison. De là que l’être humain, en tant qu’être rationnel, est capable d’orienter sa propre existence à partir de cette dimension signifiante qui est celle de valeurs d’ordre universel. En tout état de cause, c’est cette communauté de sentiments, dont parle Aristote, qui est censée être le moteur de son activité“nomothétique”. On ne peut comprendre l’importance de cette dimension, si on ne tient pas compte du fait que l’être humain est un animal qui n’a pas été programmé par la Nature. Si bien que son comportement doit être réglé. Ceci d’autant plus que cet être est le seul capable de se détruire inter-espèce, voire de s’affirmer dans cette déstructuration.

II - L’en-soi éthique de l’humain

Erreur ! Source du renvoi introuvable. Dire que les règles conditionnent les comportements, est une évidence aussi grande que dire que l’action a besoin de règles pour se manifester d’une manière cohérente. La codification est ainsi la base des comportements et de l’action en général Nous appelons raison pratique la raison qui pose des normes. Par contre, la raison théorique est celle qui s’interroge sur la logique même de cette production normative. Dans ce sens nous disons qu’une production normative est axiologique, lorsqu’elle correspond à la logique des valeurs d’ordre universel. Donc à l’idée du Bien, du Vrai et du Juste! Les universaux sont ainsi le point de départ de la réflexion axiologique.  Par conséquent, au point de départ de cette réflexion axiologique il y a l’idée simple de ces valeurs. Car les valeurs d’ordre universel sont perçues, tout d’abord, en tant que forme simple : comme noyau des universaux. Or ce noyau, est ce que nous appelons dans nos espaces sacrés la pierre cubique éthique (parfaite) ou l’Absolu à la Loge Blanche plus particulièrement concernée par ces problématiques. La Pierre symbolique se présente ainsi comme le point de départ de toute réflexion axiologique. Mais cet Absolu est une entité abstraite, une dimension purement théorique, dont la forme première est le noyau des universaux. Il convient de retenir, en ce qui concerne cette problématique, que pour la conscience l’idée du “Summum Bonum” n’est pas une donnée immédiate à la perception. Il s’agit plutôt d’une dimension se situant par delà l’immédiateté, donc d’une dimension transcendantale. Nous devons entendre par transcendantale ici non pas ce qui est en dehors de l’Être, mais plutôt ce qui s’oppose à l’immédiateté de la conscience. En tout état de cause, cette universalité est l’essence du soi. Elle est le fondement de la raison et de la conscience.  La Pierre Éthique se présente ainsi comme cette dimension symbolique qui est, en elle-même, le contenu des valeurs d’ordre universel. L’œuvre du Chantier est, dès lors, l’universalité éthique de l’humain. Il est, plus précisément, ce que la conscience générale appelle Dieu : le Summum Bonum.

Pour cette raison Voltaire disait que l’éthique vient de Dieu, comme la lumière du soleil.3 La croyance dans un Absolu  n’est pas, dès lors, un acte de foi, mais une exigence de la raison. Il est important, toutefois, de retenir qu’en tant que figure simple l’absolu est une catégorie universelle. Il peut se présenter, soit comme l’en-soi de l’humain, soit comme la synthèse des valeurs d’ordre universel. L’en-soi de l’humain est, quant à lui, sa forme universelle, sa figure générique. Cette figure peut, évidemment, être perçue comme ego-transcendantale. Il est clair que ce n’est pas cette dimension qu’on peut considérer comme l’en-soi éthique de l’humain. On peut, à la rigueur, concevoir que l’en-soi éthique ait la forme d’un ego- transcendantal, mais cette forme ne peut pas être confondue avec l’en-soi d’une communauté donnée. Car la catégorie de l’en-soi peut être la manifestation d’une communauté particulière. C’est ainsi que, pour prendre un exemple, l’en-soi des chinois a nécessairement les yeux bridés, mais cela ne peut pas être le cas de l’en-soi de l’humain. Par conséquent, nous ne devons pas confondre l’en-soi de l’humain avec l’en-soi d’une communauté particulière. Cela dit, le problème essentiel n’est pas celui de savoir s’il convient ou non d’attribuer à l’En-soi éthique la forme d’un ego-transcendantal. Ce qui est important, à ce niveau-là, c’est de comprendre qu’une forme particulière – l’ego-transcendantal d’une communauté donnée – ne convient pas à un contenu universel. Cela étant souligné, il est important de retenir que l’essentiel ici n’est pas la forme. Ce qui est fondamental c’est le contenu. Or le contenu de l’En-soi éthique est, comme nous l’avons signalé, l’ensemble des universaux. Par conséquent c’est cette dimension éthique qui est, nécessairement, le moteur de toute action axiologique. On peut, par conséquent, définir le contenu de l’En-soi éthique de l’humain comme le noyau des valeurs universelles. C’est cette unité qui constitue, en elle-même, sa vérité. Car, du point de vue purement conceptuel l’En-soi éthique de l’humain est cette unité simple dont la vérité est son unité et son dévoilement. En effet, le processus à travers lequel cet en-soi se réalise est  la manifestation de la justice. En d’autres termes, la raison d’être de l’En-soi éthique de l’humain est celle de son accomplissement. Et c’est, justement, au niveau de cette finalité que l’En-soi éthique de l’humain est le règne du Bien. Car le pour-soi de la justice se concrétise dans l’en-soi et le pour-soi du Bien. Ainsi, la manifestation de ce processus est le résultat du dévoilement de la substance éthique de l’humain.

III - Des valeurs particulières

L’objectivation des valeurs est, dès lors, un processus qui a comme point de départ une dimension première, censée être la manifestation même des valeurs d’ordre universel. Dans l’histoire de la culture humaine le mouvement de réalisation de sa destiné s’est manifesté comme un processus qui peut être composé de moments. La communauté familiale se réalise dans la communauté sociale, et celle-ci dans la communauté universelle. L’interdit de l’inceste va jouer comme on sait un rôle de première importance dans le passage de la communauté familiale à la communauté sociale. La survie de cette espèce, particulièrement fragile au sein de la nature, n’a pu se réaliser que grâce à la formation de communautés de plus en plus  vastes. De plus, les luttes inter-communautaires ont conduit ces structures simples, à former des alliances de plus en plus importantes. Ces différentes contraintes sont à la base des formations sociales dans lesquelles apparaît la nécessité de réguler l’agressivité, et d’éviter les vendettas et la guerre de tous contre tous. Un des principes moraux qui va s’imposer, d’une manière générale, est celui de l’amour du prochain, entre les membres d’une même communauté. Ce qui exclut le lointain : celui qui est différent, parce qu’appartenant à d’autres manifestations de l’humain. Cette solidarité intercommunautaire est exprimée d’une manière très simple par Le Coran, lorsqu’il est dit : « Il n’appartient pas à un croyant de tuer un croyant. » « Les croyants doivent se considérer comme des frères ». Par contre, on peut et on doit tuer tous les incroyants. Pour cette raison il est dit : « Tuez les polythéistes, partout où vous les trouverez. ». Il est dit aussi : «Ceux qui se détournent, tuez-les partout où vous les trouverez ». De même pour les transgresseurs : « Tuez-les partout où vous les rencontrerez. » Il doit être de même avec les amis du diable. En tout état de cause :  « Lorsque vous rencontrerez les incrédules, frappez-les à la nuque ». Car dit-il : « Ce n’est pas vous qui les avez tués ; mais Dieu les a tués. »

Dans un autre domaine, comme la pratique du prêt avec intérêt, La Torah souligne précisément cette différence entre les membres de la communauté du peuple dit élu et les autres. Dans ce texte il est dit, en effet : « Tu pourras tirer un intérêt de l’étranger, mais tu n’en tireras point de ton frère ». Par conséquent : « Tu pourras presser l’étranger mais tu relâcheras ton frère ». Cela dit, la question se pose de savoir qui est le frère selon ce discours. En effet, le passage suivant est à ce niveau-là particulièrement clair : « ne faites pas la guerre à vos frères, les enfants d’Israël ». Il en est de même dans cet autre passage : « C’est des nations qui vous entourent que tu prendras ton esclave vous les garderez comme esclaves à perpétuité. Mais à l’égard de vos frères, les enfants d’Israël, aucun de vous ne dominera avec dureté sur son frère ».

Par conséquent, cette différence n’est pas simplement celle de l’exclusion, dans le sens de dire que l’autre est un autre et doit rester dans sa différence. Il s’agit bien d’un discours qui implique la domination totalisante des autres. Ce processus de la domination absolue connaît plusieurs moments. Tout d’abord, le Dieu de ce peuple donne à sa communauté une terre qui appartient à d’autres peuples. C’est ce que l’on nomme : la donation. Laquelle est formulée comme suit dans le passage suivant. Tout d’abord l’Éternel dit à Abraham : « Je donne ce pays à ta postérité, depuis le fleuve de l’Égypte jusqu’au grand fleuve, au fleuve de l’Euphrate. ». Puis il lui dit : «Je te donnerai, et à tes descendants après toi, le pays que tu habites comme étranger, tout le pays de Canaan, en possession perpétuelle, et je serai leur Dieu ». À propos de ces passages, il convient de retenir que par la première donation, l’Éternel donne à son peuple la presque totalité du Moyen-Orient, le monde civilisé de l’époque. La deuxième donation est par contre, comme on le sait, celle de ladite Terre Promise. Pour ce qui est des populations vaincues, les ordres de l’Éternel sont précis : « Tu dévoreras tous les peuples que l’Éternel , ton Dieu, va te livrer tu ne jetteras pas sur eux un regard de pitié. » Bien évidemment, l’Éternel sait que son peuple ne pourra pas exterminer tous les gens de la contrée. Le besoin de serviteur en est une des causes essentielles, si ce n’est pas la plus importante. Pour cette raison il dit à son peuple : « Ne vous mêlez point avec ces nations qui sont restées parmi vous. » Il convient toutefois de préciser que ces ordres ne sont pas restés, dans cette histoire dite sacrée, sans incidence effective. Le massacre des peuples vaincus, n’ a pas été pure rhétorique. Ceci est d’autant plus vrai que la parole de l’Absolu ne peut avoir que cette dimension. Pour cette raison il est dit : « Vous observerez et vous mettrez en pratique toutes les choses que je vous ordonne ; vous n’y ajouterez rien, et vous n’en retrancherez rien ». Le fait est, comme l’ont souligné certains théologiens que Dieu peut tout sauf retrancher une seule de ses paroles, car l’Absolu n’exprime pas de jugements relatifs. Sa parole ne peut être qu’absolue ; elle ne peut prendre corps que pour l’éternité. C’est d’ailleurs la dimension propre de l’Ancien Testament. Le fait est que par delà la donation, il y a la promesse. Plus précisément la promesse de domination universelle. On peut constater cette dimension dite messianique dans les passages suivants : « Tout lieu que foulera la plante de vos pieds sera à vous. Nul ne tiendra contre vous. L’Éternel, votre Dieu, répandra comme il vous l’a dit, la frayeur et la crainte sur tout le pays où vous marcherez ». « Demande-moi et je te donnerai les nations comme héritage, les extrémités de la terre pour possession ; tu les briseras avec une verge de fer, tu les briseras comme le vase d’un potier ». Nous pouvons citer d’autres passages. Ce choix est considérable. Il convient toutefois de retenir que dans ce projet messianique, de domination universelle, il ne peut y avoir de compassion. Pour cette raison il est dit : « Car la nation et le royaume qui ne te serviront pas, périront. Ces nations-là seront exterminées. La logique qui conditionne ce discours est la suivante : l’Absolu se donne un peuple avec le but de gouverner le monde à travers son peuple :

 « Mon alliance lui sera fidèle ; je rendrai sa postérité éternelle, et son trône comme les jours des cieux ».

     IV - La négation des universaux

On ne peut pas comprendre la logique de ce discours de la domination,si on ne tient pas compte du fait qu’il repose sur la croyance27. Plus précisément, sur la croyance des présupposés suivants.

Premièrement, sur le simple fait que le dieu d’un peuple est le Dieu de tous.

Deuxièmement, sur l’idée selon laquelle la volonté de ce Dieu ne peut être que la manifestation du Bien en tant que telle. De là que la conscience croyante ne peut que répéter à l’infini : “Que ta volonté soit faite dans les cieux et sur la terre.”

Ceci indépendamment du fait que, selon cette doctrine, tout doit conduire à la réalisation de ce projet : Le Peuple Élu comme Seigneur du monde. Or, comme on le sait, les choses ne se sont pas passées ainsi. Le détournement du cours de ce projet, fut précisément la conséquence de l’universalisation de la suprématie de ce Dieu. Car il est important de prendre conscience du fait que cette parole ne pouvait pas se réaliser, si les nations n’acceptaient pas ce Dieu comme étant le Dieu en tant que tel. De plus, l’accomplissement de ce projet ne pouvait pas se réaliser s’il n’y avait pas une sorte de compensation pour ceux qui avaient à subir le poids écrasant d’une telle domination, où les seigneurs sont tout, et le reste de l’humanité moins que rien. C’est ainsi que va apparaître la différence essentielle entre le judaïsme et le christianisme. Car cette différence ne se situe pas uniquement au niveau de l’instance de légitimation : le centralisateur des valeurs. Donc au niveau du fait que pour le judaïsme l’Un est un 1 simple, tandis que dans le christianisme nous avons affaire à une unité qui est en elle-même une trinité. La différence essentielle entre ces deux religions se situe, nous semble-t-il, au niveau eschatologique. Par conséquent, des fins dernières. En effet, pour le judaïsme les morts d’Israël doivent se réincarner, revenir à la vie sur cette terre. De telle sorte que ces personnes ne connaîtront pas une deuxième mort, mais vivront éternellement sur cette terre dans la présence de l’Éternel. Par contre les christiens iront dans l’au-delà, après le jugement dernier. Le ciel apparaît ainsi comme la récompense des souffrances dans l’en-deçà. Pour cette raison il est dit : « Venez à moi, vous tous qui piétinez sous le fardeau : je vous soulagerai”. Ou encore : « C’est en effet chose agréable à Dieu que d’endurer des afflictions et des peines injustes pour motif de conscience envers Dieu ». À ce propos, il est important de rappeler que l’au-delà fut à ses origines une obsession égyptienne, comme l’avait déjà souligné Hérodot . Il n’est pas risqué de soutenir que cette dimension fut introduite en Palestine par les Cananéens. Donc par cette population palestinienne qui occupa l’Égypte de moins 1750 à moins 155534. Quoiqu’il en soit, la donation du royaume des cieux et non pas du royaume du monde  va donner naissance à une nouvelle alliance. Normalement, ce nouveau pacte ne devait pas invalider l’ancien ; il ne devait pas non plus provoquer le remplacement du peuple juif dans son rôle du Peuple  Élu. Pour cette raison Paul nous dit : C’est aux israélites «qu’appartient l’adoption, la gloire, les alliances, la foi, le culte, les promesses et les patriarches “

Pour cette raison Paul ajoute : « En effet, ce n’est pas en vertu de la religion que la promesse d’avoir le monde en héritage, a été faite à Abraham ou à sa postérité ; c’est en vertu de la justice de la foi. ». De là que lorsqu’on lui posa la question : “leur incrédulité anéantira-t-elle la fidélité de Dieu ?” Il répondit : “loin de là !”. C’est, d’ailleurs, la raison pour laquelle Paul dit aux hébreux : « Car assurément ce n’est pas à des anges qu’il vient en aide, mais c’est à la postérité d’Abraham. ». Le fait est que la nouvelle alliance va donner naissance à une lutte pour la fidélité et à l’affirmation de la volonté messianique. Certains peuples vont ainsi revendiquer, au nom de la promesse, le droit à la domination, c’est-à-dire le droit divin de conquête et d’extermination des incroyants. Dans la pratique, par conséquent, si l’esprit du peuple de l’Éternel a été intégré par d’autres nations comme étant l’Esprit Absolu, ce n’est pas parce que ces nations ont accepté sa volonté de domination, mais plutôt pour s’approprier la logique de cette volonté. Le conquistador Lopez d’Aguerrie a exprimé cette problématique d’une manière on ne peut plus transparente lorsqu’il dit : « Dieu a fait le ciel pour ceux qui le méritent et la terre pour ceux qui sont forts ».  Or si un homme aussi inculte que ce personnage qui s’est dénommé lui-même : « Fort Chef de la Nation du Marañon » a pu percevoir l’enjeu principal de ce système de valeurs, il est évident que d’autres personnalités,mille fois plus compétentes, ont pu le percevoir clairement. Mais si ce ne fut pas le cas, c’est parce que cette conscience réfléchie s’est concentrée sur l’idée selon laquelle le dieu un d’un peuple est le Dieu en tant que tel. Ainsi l’esprit d’un peuple ( “Volksgeist” ) est devenu esprit du monde (« Weltgeist »). De là que la morale n’a pas été considérée comme ce qui est en-soi et pour-soi juste et bon, mais comme ce qui est la manifestation de la volonté du dieu du Peuple Élu. De là que la donation et la promesse, la volonté conquérante et messianique, sont considérées comme la manifestation de ce qui est en lui-même le Bien Suprême. Dans ce système de valeurs le rôle de chaque peuple, dans la pratique, est de reproduire le modèle du Peuple Élu. Donc, de devenir ce que Pierre Chaunu a appelé un « Israël bis ». Un modèle particulier tend, par conséquent, à s’imposer comme modèle universel. Mais cette prétention à l’universalité implique non seulement la négation des universaux, mais aussi la négation des valeurs des autres particularités. La négation de l’altérité implique, par conséquent, non seulement la négation de son être, mais aussi la négation des manifestations de son esprit : de ses productions culturelles.
V et VI- La prétention à l’Absoluité

L’Absolu ne peut donc pas être le EDieu d’un peuple, ou la manifestation de son esprit. À ce propos là, il convient de rappeler que L’Ancien Testament répète constamment que l’Éternel est « le Dieu des Hébreux ». De plus il est dit clairement que c’est la part de Jacob qui a fait le monde et qu’Israël est la tribu de son héritage. Or, la partie de ce peuple, dont il est question, n’est autre que son esprit. Car par définition l’esprit d’un peuple est son produit, donc, une partie de son être. Ceci indépendamment du fait que cette partie soit considérée comme le fondement de sa substance, elle ne cesse pas pour autant d’être une partie de son être. Bien évidemment, cette relation de la partie au tout, du produit à son producteur, n’exclut pas la prétention à l’absoluité. Plus précisément, le fait qu’un esprit particulier puisse se considérer comme l’esprit absolu en tant que tel.

En l’occurrence il est dit que la part de Jacob, du Peuple Élu, a fait le monde. Par conséquent que la partie d’une simple partie est la cause même de la totalité de l’univers et, donc, de l’être comme tel. Ce jugement est contraire à la logique même de l’être, pour laquelle la partie est une simple part d’un tout et ne peut pas être supérieure à ce tout, et encore moins à la totalité qui est l’être comme tel. Nous constatons aussi cette prétention à l’absoluité, de la façon la plus radicale qui soit, dans ce célèbre passage de la Genèse où il est raconté que Jacob se bat avec Dieu, et que dans cette lutte il a failli l’emporter. Il est clair que dans cette anecdote ce qui importe ce n’est pas simplement le fait que l’Absolu est considéré comme une simple détermination, mais aussi le fait que le producteur – Jacob, l’essence de la communauté en question – peut être supérieur à son produit : son esprit. Par conséquent le seul sujet capable de modifier la substance de son esprit est la communauté productrice. En tout état de cause, du point de vue philosophique, l’Absolu ne peut pas être une détermination. C’est précisément pour cette raison que l’idée selon laquelle l’Absolu puisse être une personne, une singularité humaine, est une idée totalement contraire au concept même de cet absolu. C’est précisément ce que nous constatons dans le cas de la mystique christienne. En effet, Pierre Chaunu nous rappelle à ce propos que la mystique ”christocentrique” ne vise pas au-delà du Christ ». Nous constatons aussi cette dimension ”christolatrique” dans le cas des Mormons. En effet, selon la Bible de ce mouvement, le Christ est « le Seigneur Dieu Omnipotent » Il y est dit aussi : « Le Christ, le Seigneur qui est le Père Éternel même ». Rappelons que c’est justement à cause de cette dimension du culte de certaines personnes et des images que le judaïsme et l’islam ont soutenu que le christianisme est polythéiste. En tout état de cause l’adoration de l’homme-dieu a toujours été considérée par ces religions comme une impiété qui n’a rien à voir avec l’idée monothéiste. Pour cette raison Le Coran souligne que « ceux qui disent : « Dieu est en vérité le Messie, fils de Marie », sont impies » et pourtant Notre Dame est Mère de tous les Hommes…

En effet, pour cette forme de conscience dite monothéiste, Dieu ne peut pas être une immanence, il ne peut être qu’une transcendance. C’est d’ailleurs pour cette raison que le concile fondateur du christianisme, le Concile de Nicée a introduit l’idée de la Trinité. Il s’agissait alors, pour les opposants d’Arius de contrebalancer l’immanence du Christ avec la Transcendance de l’Éternel et du Saint Esprit. Mais indépendamment de cette mise en relation, la conscience christienne continua d’un point de vue purement dogmatique à soutenir que le Christ est le vrai homme et le vrai Dieu. Il n’est, dès lors, pas difficile de comprendre la raison pour laquelle la dogmatique christienne va s’éloigner à un moment donné de la philosophie. Ce qui s’est produit après avoir essayé d’intégrer cette forme de réflexion de l’universalité comme telle. Donc, du logos se manifestant dans le monde. Car, comme on le sait, cette tentative d’intégration de la philosophie dans la théologie dite monothéiste fut l’oeuvre de la scolastique. Par conséquent, aussi bien de la théologie musulmane que de la théologie christienne. Ce qui nous donne deux oeuvres importantes : celle d’Averroès et celle de Thomas d’Aquin.

Pour Arius, en effet, le Christ ne pouvait être qu’un prophète, et non pas un Dieu, ni le fils de Dieu. Mais toutes ces affirmations ne peuvent pas gommer le caractère particulier de cet esprit. Certes, la conscience croyante ne peut pas se poser ce genre de questions. Pour elle, l’Éternel est le Dieu en tant que tel. L’universalisation du particulier n’est pas pour elle un problème essentiel. Tous ces problèmes ne sont, pour cette conscience, que des rides sur les eaux calmes du même. Par contre, pour la conscience qui s’interroge, la dimension purement universelle d’une particularité n’est pas une évidence sans faille. C’est justement cet état de choses qui va conditionner la nécessité de l’universalisation conceptuelle de cette particularité. En d’autres termes, de l’intégration de la philosophie aristotélicienne dans la théologie de la révélation. C’est ainsi que le dieu du peuple élu va devenir l’être, voire la substance même de cette totalité, en tant que nature productrice et premier moteur. De plus, par delà la problématique purement ontologique qui fait que tout phénomène a sa raison d’être dans la substance – dans le premier moteur -, se pose la question éthique. Plus précisément la question de savoir si le Bien et le Mal ont oui ou non la même origine. Car, il est important de comprendre que si tout phénomène est une manifestation – ontologiquement parlant – de la substance, il est clair qu’aussi bien le Mal que le Bien ont la même origine. De là que le « Summum Bonum » se présente comme étant à l’origine du Bien comme du Mal. Ce qui mène, comme on comprend aisément à la présentation concrète d’un Dieu d’Amour défendu depuis toujours par le Temple et transcendant toutes les doctrines religieuses. Puis, par delà cette problématique ontologique se pose la question de savoir si la loi morale est le résultat de l’Absolu  en tant que tel. Donc, de sa coïncidence avec l’idée même du Bien. Or si tel est le cas, il en résulte clairement que cette instance suprême ne peut être conforme qu’à l’idée même du Bien. Auquel cas son action ne peut pas être le résultat de sa volonté. Il devient ainsi une dimension sans volonté. Ce qui est contraire à la figure de l’Éternel d’Israël. Car comme on le sait cette figure est, dans son être même, volonté de la Volonté. La philosophie aristotélicienne ne pouvait, par conséquent, que mener à la négation de l’Eternel en tant que pouvoir. C’est précisément cette problématique qui va être saisie par Etienne Templier évêque de Paris. Lequel publie le 7 mars 1277 son « Syllabus » de 219 articles condamnant la théologie des philosophes et, donc, de la scolastique. Cette condamnation va être reprise par d’autres autorités. Ce qui fait dire à Pierre Chaunu qu’au « seuil du dernier quart du XIIIème siècle une partie affirme, contre les prétentions de la philosophie, les droits de la Révélation christienne dans son concept d’Amour universel.. Il s’agissait de légitimer l’Éternel à partir des valeurs d’ordre universel. Ce qui mène à considérer cet Absolu comme une manifestation des universaux eux-mêmes. À partir de là, le Juste, par exemple, ne peut être autre chose que ce qui est conforme à l’idée de la justice.  Par conséquent ce qui n’est pas conforme à cette idée, n’est que la manifestation du Mal en tant que tel, donc au diable Il en résulte, dès lors, que la logique axiologique contenue dans la philosophie première ne pouvait conduire qu’au rejet de l’Éternel d’Israël en tant qu’instance éthique par excellence. C’est précisément cette problématique qui va être pressentie par Etienne Templier, et qui va le pousser à condamner la théologie des philosophes, plus précisément, la scolastique. La pensée de cette rupture est exprimée par le nominalisme et plus concrètement par Duns Scot et par Okham. Pour ces penseurs la loi morale n’est pas indépendante de la volonté de Dieu, mais plus exactement sa propre manifestation. Dès lors, pour faire référence au paradigme principal de cette théodicée, le droit divin de conquête (la donation) et de destruction des peuples conquis n’est pas une manifestation diabolique, mais plutôt la réalisation du « Summum Bonum » dans le monde à quoi est opposé le Dieu d’Amour du Temple

C’est justement ce rapport conflictuel entre la philosophie et la théologie de la révélation que nous allons trouver exprimé d’une façon particulièrement percutante chez Luther. En effet selon lui, « on n’est pas juste parce qu’on pratique la justice. Ce n’est qu’une fois justes que nous sommes capables de réaliser la justice ». Or, selon cette logique, seuls ceux qui seront intégrés par la communauté des croyants, seront capables d’accomplir le Bien dans le monde. Pour cette raison il est question, dans la logique de cette croyance, de communauté de saints ou de saints du dernier jour. Cela dit, ce retour à la théologie de la révélation, dans sa dimension purement particulière, n’a pas impliqué l’abandon de la volonté de légitimation axiologique de la déité défendue par ces doctrines. Le néothomisme espagnol avec Suarez, parmi d’autres, nous montre jusqu’à quel point cette conscience est capable d’attribuer à l’instance transcendante de ces particularités la logique des valeurs d’ordre universel. Ceci sans qu’une telle attribution ne produise un quelconque dévoilement de la dimension hautement négative de ces systèmes de valeurs.

La démarche cartésienne est, à ce niveau là , particulièrement significative. Pour Descartes, en effet, il s’agit de montrer l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme. Or, Dieu est pour lui l’Absolu, donc l’En-soi  du monde. De là qu’il ne peut être que la synthèse de valeurs d’ordre universel. Rappelons que sa démarche n’est pas uniquement métaphysique, elle est aussi ontologique. Toutefois ce qui importe c’est qu’il ne s’appuie pas sur la philosophie première – celle d’Aristote -, mais sur la logique intuitive qui est en rapport avec le concept de l’Absolu. Pour cette raison, son discours ne sera pas suspecté d’être contraire à la théologie de révélation. Bien que les jansénistes de l’époque aient très bien senti que le dieu de Descartes n’avait rien à voir avec le dieu du Peuple Élu. Ceci est, remarquons-le, d’autant plus évident que Descartes oublie de signaler,  Il s’agit de l’article 40, des célèbres 95 thèses du 31 octobre 1517. Il est très important de remarquer que ces thèses portaient comme titre : Disputatio contra scholasticum theologiam. Il est aussi significatif de noter que la thèse  termine par le jugement suivant : « contre les philosophes ». De plus la thèse 42 est formulée comme suit : « c’est une erreur que de dire : sans Aristote on ne saurait être théologien? Au contraire, on ne devient théologien que sans Aristote ». Citées par Pierre Chaunu dans Les temps des Réformes, Fayard, Paris 1975, p. 36.

 VII - La substance éthique de l’humain

Du point de vue purement axiologique, l’Absolu Éthique est, dans sa forme première, le noyau simple des universaux. Les universaux, comme nous l’avons déjà souligné, sont des catégories « à priori » de la conscience humaine. Aristote avait signalé, à ce propos que l’être humain est le seul animal à posséder le sentiment du Bien, du Vrai et du Juste. De plus, il nous dit que c’est cette communauté de sentiments qui permet l’existence de communautés particulières et qui conditionne l’existence de la communauté universelle donc celle d’un Dieu d’Amour. En d’autres termes, cette communauté de sentiments est ce que nous appelons le Graal éthique. Donc cette essence universelle se manifeste, aussi bien au niveau des particularités que des singularités. Pour ce qui est des singularités, il est clair que tout être humain possède en lui-même la conscience de cette dimension en tant qu’étincelle et comme fond, pour employer des termes développés par Maître Eckhart. C’est précisément cette dimension éthique qui permet à l’être humain non seulement d’institutionnaliser les valeurs d’ordre universel, mais aussi de connaître la conscience de culpabilité lorsqu’il a réalisé une action contraire aux principes conditionnés par ces valeurs d’Amour.. De plus, c’est cette communauté de sentiments qui nous permet de soutenir que les valeurs universelles sont communes à tous les êtres humains et évidentes en elles mêmes. Par conséquent, quoique l’être humain n’ait pas, à la différence de l’animal, de freins naturels à l’agression inter-espèce, il possède nécessairement l’intuition du fait que le crime n’est pas un acte noble. Car en dernière instance, comme disait Sénèque, l’homme est une chose sacrée pour l’homme. De plus, au niveau de cette perception l’être humain est conscient du fait que la bienveillance et le respect de l’autre sont les conditions de la coexistence sociale. Car il ne peut y avoir existence sans coexistence.

Aristote nous rappelle aussi que l’homme est un animal qui n’est pas destiné à vivre dans la solitude. Cet être est, par conséquent, un être qui est en acte un animal familial et social. Mais il est en puissance un animal politique et, en dernière instance, un animal cosmopolite. C’est cette dernière dimension qui a été perçue par les stoïciens. Par exemple Marc-Aurèle nous disait qu’en tant qu’Antonin il était romain, et qu’en tant qu’être humain il était membre de la communauté universelle des hommes. Nous constatons que l’être humain est, par nature, un animal familial et qu’il tend spontanément à vivre en groupes plus vastes. Dès lors d’une manière générale, l’être humain est en puissance un animal politique et cosmopolite. À ce propos, il est important de comprendre quelle  dimension politique renvoie à l’existence d’un ordre social se reproduisant selon la logique du conventionnel et non pas à travers un système de croyances. Par contre, la dimension cosmopolite implique, dans son effectivité, la communauté des nations se réalisant dans l’universalité des rapports. Cela étant dit, le problème que pose ce devenir, est celui de savoir quelle est la logique de sa manifestation. Pour saisir la logique de ce processus, nous devons tenir compte du fait que toute action se réalise en vue d’une fin, car c’est au nom des valeurs que nous agissons et en vue de les accomplir. On peut ainsi dire que les principes qui conditionnent l’action sont la cause de son résultat. De plus, nous devons tenir compte du fait que toute cause est contenue dans   une  malveillance généralisée qui ne peut être que la manifestation d’une misanthropie fondamentale dans son résultat. Qu’il n’y a pas de rapport indifférent entre la cause et son résultat ; car tout résultat est le résultat d’une cause déterminée. Nous partons ici de la thèse selon laquelle le référentiel axiologique par excellence n’est autre que l’unité des valeurs d’ordre universel. C’est ce que nous appelons l’En-Soi  éthique du monde, ou la substance éthique de l’humain. Bien évidemment cette substance se manifeste tout d’abord comme simple ensoi, puis s’extériorise dans le processus de son dévoilement comme pour-soi.

Mais ce n’est qu’à hauteur de son accomplissement que cette substance éthique devient en-soi et pour-soi. Tout ceci veut dire, plus précisément que l’Absolu Éthique est tout d’abord une dimension qui n’est pas encore consciente d’elle-même. Ce n’est que dans son propre développement que cette puissance parvient à la conscience d’elle-même. Pour cette raison nous disons que cette dimension est un pour-soi. Mais ce n’est qu’au niveau de son être accompli que se produit la conciliation entre la conscience éthique et son être ; nous parlons alors d’en-soi et de pour–soi, plus exactement de ce qui est en et pour soi. Ce mouvement peut aussi être saisi comme le processus qui est, dans sa forme première, la vérité : le règne de l’unité simple des valeurs d’ordre universel. Car la vérité de cette substance éthique dans sa plus grande simplicité est celle d’être l’unité pure des valeurs d’ordre universel. Ce qui veut dire que le noyau éthique – l’instance purement théologique, le «Summum Bonum» - n’est pas quelque chose d’extérieur aux universaux, mais ces valeurs en eux-mêmes. Ce n’est qu’au niveau de son développement, du processus d’accomplissement de cette substance, que l’Absolu Éthique se manifeste comme justice. Car c’est à travers la justice que sa dimension se réalise. Mais ce n’est qu’au niveau de son accomplissement que nous pouvons parler du règne du Bien, du Summum Bonum d’Amour. Il s’avère clair, dès lors, que du point de vue purement axiologique l’ensoi éthique n’est pas uniquement une puissance transcendant la conscience, mais aussi une mesure immanente à son être même et de l’âme. À proprement parler cette mesure n’est pas, originairement, une puissance extérieure à la conscience. Elle est plutôt, en tant qu’en-soi éthique, le résultat de l’objectivation générique de cette conscience. De là que son dévoilement est le résultat du retour de cette conscience à elle-même donc à la source Christique du Temple. Par conséquent, l’être-extériorisé, en tant qu’universalité de l’humain, cesse d’être simple “extranéation”, pour devenir conscience de la substance éthique en elle-même et pour elle-même. C’est précisément ce processus du dévoilement de la substance éthique en elle-même que nous allons essayer de saisir. 

VIII - Le dévoilement de la substance éthique

Mais avant de prendre le chemin du dévoilement de la substance éthique en elle-même, il convient de tenir présent à l’esprit que le Dieu des philosophes n’est pas la vision des religions dites révélées. Il ne coïncide pas non plus avec l’Absolu néoplatonicien. Plus précisément, l’Eschaton, absolu et ineffable de Damasius. Il ne s’agit, par conséquent, ni d’un Ego-transcendantal, ou d’un dieu personnel, ni d’un premier moteur ou d’une substance de type spinoziste.

Nous n’avons pas, dès lors, affaire à un Absolu panthéiste, mais plutôt à ce qui peut être considéré comme la substance de l’être pensant. Cela dit, cette dimension est métaphysique, mais elle n’est pas un Ego-transcendantal ; laquelle es essentiellement volonté de la Volonté. L’En-soi éthique du monde est, plus précisément, le résultat de cette communauté de sentiments propre à l’humain. Lequel, au niveau générique, vous donne l’En-soi éthique. Plus exactement, l’unité simple de l’universalité de ces valeurs. Par conséquent, l’En-soi éthique est dans sa forme première l’unité simple des valeurs d’ordre universel.

Nous constatons, par conséquent, que l’être humain est cet animal non codifié par la nature, mais capable de se codifier lui-même. Son comportement étant conditionné par cette codification. Car c’est au nom de valeurs que nous agissons et en vue de les accomplir. Cette activité tire, ainsi, son origine de cette puissance qui est la communauté de sentiments ; lesquelles sont en rapport avec l’idée d’Amour, de la justice et du bien. C’est l’universalité de ces valeurs d’Amour qui donne les universaux. Plus précisément, ces sentiments en tant que référentiels de l’action Maçonnique Templière. Car l’humain possède non seulement la communauté de ces sentiments, mais aussi la nécessité de leur universalisation. Pour cela même il est question de l’unité et de l’universalité de la raison normative.

Par conséquent, en deçà de toute production signifiante il y a une instance à laquelle nous faisons référence et à partir de laquelle nous dévoilons la logique de la normativité et de l’action. Cela dit, il est important de comprendre que cette instance n’est pas uniquement transcendante, elle fait aussi partie de notre être même. Mais dans ce rapport entre l’universalité et la singularité il y a tout d’abord le fait que toute singularité est une manifestation de l’universalité, puis, il y a le fait que l’universalité est le fondement de la singularité. Nous pouvons, par conséquent, soutenir, suivant cette philosophie du logos, que l’universalité est aussi bien transcendante qu’immanente. De sorte qu’en tant que transcendance, l’universalité est l’En-soi éthique de l’humain, tandis que comme immanence elle est conscience morale. Il faut, toutefois, avoir présent à l’esprit que ces instances sont en puissance et en acte. Ce qui veut dire que le Graal est dans sa forme première simple noyau des universaux, et ce n’est que dans son dévoilement que cette puissance manifeste son contenu en tant que substance éthique de l’humain.

Puis, de son côté la singularité est dans sa forme première – non pervertie par le mensonge du monde – simple conscience morale. Ce n’est qu’à travers son accomplissement que cette détermination devient savoir de cette conscience. Par conséquent, toujours suivant cette philosophie du logos, l’universel se réalise à travers la conscience et celle-ci s’accomplit dans la réalisation pleine et entière de la puissance contenue dans l’universalité de sa substance éthique. Cela étant dit, il est important de comprendre que la réalisation de ce processus commence effectivement avec la prise de conscience du fait que les singularités et les particularités sont au même niveau des manifestations de l’universalité. Par conséquent il n’y existe pas d’être humain plus humain qu’un autre, de la même façon qu’il n’y a pas de peuple plus humain qu’un autre. Cette égalité, dans l’universalité est une dimension en puissance. Elle ne devient en acte que dans et par son accomplissement. C’est-à-dire par la réalisation d’une communauté d’égaux au niveau du particulier et d’une communauté des nations, se manifestant dans l’universalité des rapports, au niveau international d’un gouvernement supra-national. Par conséquent, l’être humain ne réalise pas, dans son processus d’accomplissement, une finalité qui lui est extérieure, mais plutôt une dimension qui fait partie de sa substance. Ainsi la finalité qui s’agite au sein de cette aventure, n’est autre que le droit effectif de tout un chacun à l’universalité de l’humain. Ce logos implique, dès lors, comme on peut le comprendre aisément, le dépassement, de tout système de valeurs tendant à imposer la suprématie des uns par rapport aux autres. Donc, d’une manière générale, l’idée de Peuple Élu et de race supérieure mais affirme le concept d’un peuple d’Amour voulu par notre Dame du St Esprit.

 
IX - L’univeralité de la raison

Jusqu’ici nous sommes parvenus à l’idée selon laquelle l’En-soi éthique est axiologiquement parlant, le point de départ de la réflexion englobante. Car, comme Kant l’avait signalé, la pensée tire sa cohérence d’une source unique, à laquelle elle emprunte son unité et sa logique finaliste. Or, comme nous l’avons souligné, si le point de départ éthique est une instance qui prêche la domination et l’écrasement de l’altérité, on ne doit pas s’étonner si le résultat pratique est conforme à cette exigence : la production de l’horreur et de l’universelle désolation. Car les systèmes de valeurs sont la cause de l’action, et tout effet est contenu en puissance dans sa cause.

Pour ce qui est des systèmes de valeurs, il est important de savoir que ce qui compte c’est leur finalité effective et non pas sa légitimation immédiate. Car, comme l’avait compris Protagoras, il n’est pas difficile de se cacher derrière le masque de la justice. L’imposture angélicale n’est que l’appât pour éveiller l’envie de mordre. En effet, comme on le sait, c’est au nom de bien et de la justice que l’universalité du crime a pu se manifester comme simple banalité. Cela étant souligné, il est important de constater que la philosophie première veut nous montrer que la raison peut gouverner l’histoire et que la raison doit gouverner l’histoire. Mais l’esprit de la raison ne peut pas éclairer l’être du monde et son devenir, si la cause première de son dévoilement n’est pas en elle-même l’unité des valeurs d’ordre universel. Car c’est cette unité qui est sa vérité. Puis, c’est à travers la justice que cette vérité déploie son contenu.

Mais, ce n’est que dans son être accompli que cette totalité se manifeste comme le règne du bien. Ainsi, le chemin qui mène à l’accomplissement de l’humain en lui-même, est l’itinéraire même de la raison universelle et de l’universalité de la raison de la Queste des Chantiers. Car il faut retenir que la philosophie du logos pose comme principe absolu, l’unité et l’universalité des universaux. Cela veut dire, par conséquent, que ces valeurs sont communes à tous les êtres humains et évidentes en elles mêmes. C’est en tout cas cette communauté qui est la source même de leur universalité et de leur unité. Cependant il est vrai que cette affirmation d’unité et d’universalité n’est pas actuellement acceptée par tout le monde. Karl O. Apel nous signale, concernant cela, que certains théoriciens considèrent que l’universalisme est un « euro-centrisme sournois ». À ce propos il est essentiel de saisir que, s’il est bien vrai que dans toute entreprise conquérante les valeurs avancées sont dites d’ordre universel, il est vrai aussi qu’elles ne le sont pas effectivement. Car dans ces conditions la conscience malfaisante est suffisamment réveillée pour savoir qu’elle doit avancer avec le masque de la justice. Ce qui est, alors, l’instrument de légitimation du crime ne sont pas les valeurs universelles comme telles, mais la prétention à l’universalité éthique de valeurs qui ne le sont pas. Il est important de comprendre à ce propos que l’universalisation d’un particulier donné ne peut conduire qu’à la négation des autres particularités comme de l’universalité elle-même. À l’époque des grandes conquêtes on disait, par exemple, que le dieu des chrétiens était l’Absolu comme tel. En effet, au sein de ce système de valeurs on entend par dieu tantôt l’homme-dieu, tantôt l’ego-transcendantal de l’esprit du peuple élu, tantôt, encore, l’unité de ces deux  Rappelons, à ce propos, que pour Hegel ce gouvernement de la raison n’est pas un devoir-être, mais une effectivité. Ce qui est une position particulièrement anti-axiologique. Car la raison n’est pas encore de l’ordre des choses, mais de l’ordre de l’idéal car juste.Or, il est clair qu’une singularité ne peut pas être un absolu et il en va de même en ce qui concerne l’idée d’un ego-transcendantal. Car, comme l’a bien observé Leszek Kolakowski : « Si on accepte l’hypothèse que le dieu personnel est le vrai gouverneur du monde, alors il n’est pas l’Absolu ». L’Absolu ne peut-être que Dieu d’Amour unifié

Cela dit, il convient d’ajouter à cette remarque que l’Éternel ne se présente pas uniquement comme absolu au sens néoplatonicien, mais aussi au sens éthique. Comme le souligne le philosophe allemand, les prophètes « ne faisaient qu’allumer leur flamme au flambeau d’un démon assoupi ». Ce qui veut dire que pour l’auteur de La Phénoménologie de l’Esprit, les valeurs véhiculées par cet esprit non pas été empruntées au « Summum Bonum », mais bel et bien à une puissance satanique d’où l’importance de la révélation du Dieu d’Amour du Temple né de Notre Dame. Dès lors, il apparaît que ces valeurs en question ne participent pas à l’absoluité éthique. Ce qui est le cas de l’en-soi éthique. Rappelons, à ce propos, que la raison pratique kantienne postule dieu comme le Souverain Bien. ou, ce qui revient à la même chose que le Souverain Bien est Dieu ce qui a coûté la vie aux templiers Par conséquent, la philosophie du logos pose le Souverain Bien non pas comme l’absolu ontologique, mais comme un absolu métaphysique. En effet, l’absolu ontologique est l’Un en identité à lui-même, tandis que l’absolu métaphysique est l’instance axiologique du Dieu fait Homme. Or, ce que nous posons comme instance axiologique c’est précisément l’unité simple des valeurs d’ordre universel : le noyau des universaux. Bien évidemment ce noyau qui est l’En-soi éthique ne peut pas avoir la prétention d’avoir créé l’Être mais d’être le Fils de l’Etre. Ce qu’il conditionne c’est le processus par lequel se produit le dévoilement de la substance éthique de l’humain. En tant que tel l’En-soi éthique est le premier moteur de l’action chez l’être humain. Pour cette raison Héraclite avait souligné le fait que toutes les lois humaines se nourrissent de l’Un divin, et que cet Un n’est autre que le Graal. C’est ainsi que le commandement : “tu ne tueras point”, est en lui-même purement éthique car il implique le respect de l’altérité dans son intégrité physique. Pour cette raison Sénèque disait que l’homme est une chose sacrée pour l’homme. La cause de cette exigence étant le fait que l’existence implique la coexistence, et que la vie en communauté n’est pas possible si on ne respecte pas l’intégrité de l’altérité. Donc, tu ne dois pas faire à l’autre ce que tu ne veux pas qu’on te fasse. Pour ces raisons, tous les êtres justes s’accordent pour dire que le commandement selon lequel on ne doit pas tuer son semblable, est une exigence hautement éthique. Permettant, par conséquent, la coexistence entre les êtres humains. Mais cet impératif du respect de l’altérité se transforme en une règle misanthropique à partir du moment où sa validité n’est que particulière.  Ce qui renvoie à l’idée du «Primus movens» aristotélicien, lequel, comme le souligne Kolakowsky, dans sa parfaite séparation ne peut être “cause de quoi que ce soit”(Op. cit, p.51). Il ne peut pas être non plus, éthiquement parlant, conçu comme «Maximus ens», car le tout est par définition l’unité des contraires. Donc l’espace où le négatif est en tant que tel l’autre du positif. Par conséquent le lieu du rapport indifférent de l’un avec l’autre. Plus précisément, à partir du moment où il est dit : “tu ne tueras pas les membres de ta communauté, par contre tu pourras tuer tous les autres”. Ainsi, ce qui est la manifestation même de la justice, se transforme en son contraire et ce qui est considéré comme la loi divine devient démoniaque. Ainsi ce glissement est le résultat de la négation de l’universalité qui doit être la sienne alors que le Christien dira « Tu aimeras ton prochain universel comme toi-même »

X - Égalité et différence

Il y a, à la base du dévoilement de l’En-soi éthique les déterminations essentielles de son logos. Premièrement : la logique du rapport entre les différents niveaux de l'Être. Deuxièmement, la logique de la différence au sein de l’éthique, et troisièmement, la logique de sa différence au sein de sa manifestation “englobante”. En ce qui concerne le premier point, il est important de savoir que lorsque nous parlons de l’être du monde, nous nous trouvons devant trois niveaux différents. Soit nous parlons du singulier (cet homme-ci, ce chien-ci, etc., etc.), soit nous nous référons au particulier (cette communauté sociale, cette race de chien, etc., etc.), ou bien encore nous faisons référence à une réalité dans sa dimension générique (l’homme, le chien, etc., etc.) Pour ce qui est de ces trois dimensions, nous devons tenir compte, en premier lieu du fait que le singulier et le particulier sont d’ordre empirique, tandis que l’universel ne l’est pas. L’universel est, comme déjà souligné auparavant, une catégorie abstraite. Plus précisément c’est ce que Platon appelait les “ensoi”. Puis, en ce qui concerne le rapport entre ces trois catégories, nous devons tenir compte du fait que le singulier comme le particulier sont des manifestations de l’universalité. Nous disons ainsi que toute singularité est au même niveau qu’une autre une manifestation de son universalité. Pour cette raison nous disons qu’un chien n’est pas plus chien qu’un autre, même lorsqu’il s’agit d’une race différente. Il en est de même pour ce qui est de l’être humain. Nous ne pouvons pas dire, par exemple, que la condition humaine se concrétise d’une manière plus adéquate dans un être humain plutôt que dans un autre. Car, lorsque nous disons qu’une personne est plus humaine qu’une autre, nous voulons signifier par là que cette personne a une valeur morale supérieure à l’autre. Il en est de même en ce qui concerne les particularités. En l’occurrence nous ne pouvons pas dire qu’une race de chien soit plus canine qu’une autre. Idem pour ce qui concerne les sociétés et les communautés humaines. Tout au plus nous n pouvons exprimer qu’une préférence. C’est le cas lorsque nous disons, pour rester au niveau de l’humain, que nous préférons telle ou telle manifestation culturelle, ou telle ou telle nationalité plutôt qu’une autre. Cela fait, par conséquent, que l’universel est l substance des singularités et des particularités. Il joue, pour ainsi dire, le rôle de substrat. Car il est ce par quoi le singulier et le particulier sont ce qu’ils sont et rien de plus. Or, dans ce rapport nous devons tenir compte du fait que l’universalité prime aussi sur la particularité. Ceci dans le sens où Socrate est un être humain avant d’être un grec.

En tout cas, cette détermination immédiate de l’universalité sur les singularités fait que tout être se reconnaît dans son genre.  En effet, un chien ne prendra jamais un autre chien, quelle que soit sa différence raciale, pour ce qu’il n’est pas : par exemple un mouton ou un cochon.

Par conséquent, la détermination, la manifestation immédiate de l’universalité dans les singularités est ce qui donne la dimension de l’égalité des singularités entre elles. À ce propos, au niveau religieux il est dit que tous les hommes sont les fils de Dieu. Ce qui veut dire que d’un point de vue purement Christique il n’y a pas d’un côté des fils légitimes, et de l’autre, des fils adoptifs dont leur rôle serait de servir les premiers. Ce qui rend obsolète les lectures juives. Pour cette raison la philosophie première a parlé d’isothymia : égalité en dignité. Car tous les êtres humains ont le même besoin de reconnaissance et de respect de leur dignité. Pour cette raison il est dit que la voie vers la solidarité et la fraternité universelle passe par le respect de la dignité de tous les êtres qui la composent. Mais comme nous venons de le signaler, cette égalité est en puissance. Elle ne peut devenir en acte que dans et par le dévoilement de cette puissance à travers la réalisation de la substance éthique de l’humain. Ceci veut dire, par conséquent, que la réalisation accomplissante de l’humain n’est pas le résultat du développement de son imagination créatrice, mais bel et bien de ce qui est contenu en puissance dans le logos de son être. Cela étant souligné, nous passons maintenant au développement du deuxième point. Plus précisément, à la logique de la différence au sein de l’éthique. Ceci nous renvoie à la loi ontologique de base qui n’est autre que la loi des contraires. Car comme il a été souligné par la pensée théorique depuis son aube : la loi des contraires est le fondement de l’Être. En ce qui concerne la problématique du rapport entre le positif et le négatif, il est important de signaler que pour Aristote cette loi ne se manifeste pas de la même manière au niveau physique qu’au niveau éthique. En effet, au niveau physique, soi le positif s’oppose au négatif, soit le négatif se trouve contenu dans le positif. Par contre, dans le domaine de l’éthique le négatif est ce qui s’oppose au positif, soit par excès, soit par défaut. Le positif se présente ainsi comme la proportion raisonnable comme ce qui est contraire aux extrêmes. La dimension générique est contenue pareillement dans tous les hommes.  Il faudrait plutôt dire déroulement, car il s’agit du développement d’une dimension qui est en puissance et est, par là même, la finalité de cet être. Toutefois, cette explication au sein de la différence fondamentale ne doinas faire croire que le positif est une sorte de centrisme. Il convient plutôt de comprendre que selon la philosophie du logos, le positif est plutôt la mesure comme telle : la mesure raisonnable. Par conséquent, cette mesure est d’ordre axiologique, correspondant à l’idée du juste, donc, à ce qui est conforme à l’idée de la raison. Pour cela même Aristote nous dit que la raison est cette faculté capable de faire la différence entre ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. En ce qui concerne la problématique de la logique des contraires, il convient de rappeler qu’elle s’oppose à la thèse hégélienne selon laquelle le vrai ne s’oppose pas au faux comme à une dimension différente en tant que telle. Pour lui, en effet, l’autre est en tant qu’autre, l’autre et le non autre de son autre. Ce qui veut dire concrètement que le négatif est un moment du positif. Donc, il n’y a pas de négatif pur ou de positif pur. Ce qui implique, comme on peut aisément le comprendre, une relativisation des contraires. Or ce que pose la philosophie première c’est justement le contraire. Plus précisément le fait que les valeurs d’ordre universel ne sont pas des relatifs, mais plutôt des absolus

Car si les universaux ne sont pas des absolus, il nous serait impossible de parler de l’En-soi éthique comme de l’absolu éthique du monde. Bien évidemment l’absolu ne doit pas être pris dans le sens ontologique, mais plutôt dans un sens éthico métaphysique. Car les universaux sont, pour nous humains, des référentiels éthiques en dernière instance.

Cela étant souligné, passons maintenant à la troisième détermination du logos se manifestant, comme point de départ, de l’En-soi éthique du monde. Plus précisément, avec la logique de sa différence, au sein de sa manifestation englobante. En effet, nous avons déjà souligné que l’En-soi éthique est cette vérité qui se manifeste à travers la justice et s’accomplit comme le règne du Bien, de l’Amour.

Nous avons ainsi affaire à ce processus de dévoilement de l’idée de la justice. Plus précisément à la manifestation première de l’idée de la justice. Car il est important de comprendre que ce dévoilement n’est pas le résultat d’un mouvement arbitraire, mais celui d’une nécessité. En effet, l’En-soi éthique est en lui-même un être en puissance. Il ne devient vérité effective que dans et par son développement. Son dévoilement se présente, ainsi, comme la manifestation de la raison en elle-même. Cela dit ce processus de dévoilement se concrétise au sein de la raison pratique elle-même. Donc de cette pratique dont la finalité est la production d’un ordre institutionnel. En d’autres termes dans ce mouvement la moralité qui est en elle-même devient pour elle-même : elle s’objective au niveau des institutions. Pour cette raison nous disons que la moralité s’objective à travers la raison pratique et se concrétise dans un ordre du monde donné, dans un ordonnancement institutionnalisé comme en est porteur le projet de notre Ordre.

 Mais, au sein de cette logique l’acte créateur n’est pas une pratique définitive. Il s’agit bien d’un processus dont la finalité englobante est la concrétisation d'une communauté d’égaux au niveau universel. Il convient, toutefois, de rappeler que ce processus d’objectivation se manifeste au sein du monde réel. Donc, en dernière instance, au sein de la loi des contraires. Par conséquent, la raison théorique qui est à la base de la pratique de la raison ne peut se diffuser que selon la logique de cette loi. En réalité c’est cette diffusion qui nous intéresse ici en premier lieu. Mais nous devons tenir compte du fait qu’il y a ici concordance entre le principe de cette manifestation et la logique de l’être au sein duquel cette diffusion se concrétise. Car le social est comme tel ce rapport entre l’Etat et la société civile. Plus précisément la relation entre le règne de la propriété publique (res-publica) et le règne de la propriété privée. De telle sorte que cet ordre (social) ne peut pas exister en dehors de ce rapport. Par conséquent, il ne peut pas y avoir société sans État, ou ordre social où tout est État. Il doit y avoir nécessairement rapport de l’un avec l’autre. Bien évidemment, la question de savoir quelle est la proportion raisonnable au sein de ce rapport, est un autre problème. Nous aborderons cette question plus loin. Ce qui nous intéresse pour le moment c’est de constater que l’ordre social comporte deux dimensions différentes : l’État et la société civile. Il s’avère, dès lors, clair, que le logos devant conditionner l’existence d cette réalité ne peut se manifester que suivant la loi des contraires. Par conséquent la question se pose de savoir quelle règle de la justice est susceptible de se manifester selon la logique des contraires. C’est encore Aristote qui nous donne le point de départ de ce mouvement lorsqu’il nous dit que la justice veut que l’égal soit traité en égal et l’inégal en inégal. De plus il nous signale que la justice se manifestant selon la logique de l’égalité est la justice corrective, et celle s’extériorisant selon la logique contraire (de l’inégalité) est la justice distributive. Nous voilà donc armés de deux concepts axiologiques permettant de saisir le dévoilement, le déroulement, de l’En-soi éthique dans le monde. À savoir le principe de la justice susceptible de se manifester comme mécanisme d’ordre objectif.

XI - La justice corrective et la justice contributive

Le principe de la justice veut que l’égal soit traité en égal et que l’inégal soit traité selon sa propre détermination. Dès lors la question se pose de savoir en quoi nous sommes égaux et en quoi nous sommes inégaux? Plus précisément, dans quel domaine doit s’exercer la justice corrective et dans quel autre la justice distributive? En ce qui concerne le principe de l’égalité, nous avons vu que nous le sommes du point de vue générique. Ce qui fait que toute singularité est au même niveau une manifestation de son universalité que n’importe quelle autre. Cela fait, par conséquent, qu’entre égaux l’échange doit être proportionnel. Le rôle de la justice est de garantir et de promouvoir cette égalité. Plus précisément, de rétablir cette égalité, là où elle est violée. De sorte que si A et B sont en rapport d’égalité ce qu’ils échangent doit être proportionnel. Mais si un échange donné ne l’est pas, nous disons qu’il y a injustice des deux côtés, car il y a, en l’occurrence, un gagnant et un perdant. Le rôle de la justice est, dès lors, de rétablir la proportionnalité. Le gagnant doit ainsi indemniser le perdant à hauteur du préjudice subi. Le but de cette correction étant de rétablir la proportionnalité conforme ou principe de l’égalité. Pour cette raison nous disons qu’entre égaux le juste est l’égal et le proportionnel, tandis que l’injuste est l’inique et ce qui n’est pas proportionnel. Mais, la justice corrective ne se rapporte pas uniquement à l’égalité dans le domaine de l’échange et des contrats. Ce principe de l’égalité s’accomplit dans le domaine du droit pénal et des droits politiques. Pour cette raison, il est question d’égalité devant le droit (isonomia) et l’égalité devant le pouvoir (isocratia). Ainsi la justice corrective participe d’une manière extrêmement significative à  l’accomplissement du principe de l’égalité de chances qui conditionne ce processus menant à l’accomplissement de la communauté d’égaux. Cela dit, comme nous venons de le souligner, la justice corrective trouve son complément dans la justice distributive. Mais avant de développer ce domaine, il est important de rappeler que la logique de l’égalité ne peut pas se manifester sans le principe de la liberté. Car le sujet capable de se manifester au sein du logos de la raison universelle, ne peut être qu’un être qui est en lui-même cause de lui-même. La liberté est ainsi consubstantielle à cet être qui pense son monde à partir de lui-même. Ceci est d’autant plus vrai que penser est pensé pour soi-même. Puis, comme nous l’avons entrevue, dans cette action de la réflexion, la conscience de soi se rapporte, à travers elle-même, à sa substance générique. Pour cette raison, le développement de la substance éthique est non seulement accomplissement de l’être du monde, mais aussi accomplissement de soi même la raison et l’intellect sont ainsi, comme l’a souligné l’Aristote, la fin de notre nature réunis dans l’Amour Divin

Cela dit, la liberté implique la responsabilité. Car en tant que sujet qui est pour lui-même, la singularité est non seulement responsable de ses actes, mais aussi de sa pensée. Puis, c’est à travers la pensée que nous assumons le rôle de la raison dans l’Histoire. L’action rationnelle est, quant à elle, celle qui est conforme à la finalité axiologique de l’humain. Le processus d’individualisation est ainsi la condition même du développement de la substance éthique de l’humain. La liberté, le chacun pour soi, est dès lors le point de départ et le fondement de ce mouvement d’accomplissement de la raison en elle-même. Car, comme nous l’avons déjà démontré, l’ordre social se reproduit grâce à la logique de l’individualité. De sorte que la société produit l’individualisme et l’individualisme reproduit l’ordre social. La finalité de ce processus étant l’individualisme accompli dans la liberté et dans l’égalité. Mais, comme nous l’avons signalé, plus haut, le mouvement de production de cette finalité axiologique implique non seulement la réalisation pleine et entière de conditions de la justice corrective, mais aussi de la justice distributive. En effet, cette dernière forme de la justice est celle qui a pour relation le principe de l’inégalité. Car comme l’avait indiqué Aristote, nous sommes inégaux par rapport à la constitution et à la distribution de la chose publique. Ce qui veut dire, plus précisément, que la justice distributive présuppose la justice contributive. Donc, la constitution, via les prélèvements obligatoires, de ce qui doit être distribué. Nous allons, par conséquent, commencer avec le problème de la contribution.

En effet, la justice contributive veut que l’inégal soit traité en inégal. Car il faut être conscient du fait que la société civile est le règne de l’inégalité. Il y a des gens qui ont plus de richesses que d’autres, c’est-à-dire d’une manière générale ceux qui sont très fortunés, tandis qu’au contraire beaucoup de personnes n’ont pas les moyens d’assurer une vie dans la dignité. C’est justement cette inégalité qui fait que des États se trouvent dans l’impossibilité manifeste de prélever tout ce dont ils ont besoin d’une manière égalitaire. Car si l’on avait à diviser les besoins des États entre le nombre de contribuables, il est clair qu’il y aurait beaucoup de personnes qui ne pourraient pas payer la part qui leur reviendrait Il s’agit, par conséquent, de prélever selon le principe de l’inégalité. Plus précisément, selon la capacité de chacun. Ce qui veut dire que les riches doivent contribuer d’une manière plus significative que ceux qui n’ont pas beaucoup de moyens. Bien évidemment, dans ces conditions, ceux qui n’ont rien ne doit être acquittés de toute contribution. D’une manière générale nous savons que les prélèvements obligatoires se réalisent de deux manières différentes : les impôts directs et les impôts indirects. On peut aussi parler de prélèvement à la source, mais cette ponction est très proche de la contribution directe. Mais, pour éviter toute confusion, nous allons nous limiter aux deux formes classiques des prélèvements obligatoires. Nous allons aussi, pour les mêmes raisons, laisser de côté les prélèvements lors de l’entrée des biens dans un territoire donné. Car ce mode de prélèvement est une forme d’impôt indirect. Par conséquent, en ce qui concerne les impôts directs et indirects, nous constatons que les premiers sont faits selon le principe de l’inégalité, tandis que les deuxièmes s’opèrent selon le principe de l’égalité. Car, pour ce qui est de l’impôt indirect toutes les personnes qui achètent un bien donné payent la même chose, aussi bien ceux qui ont beaucoup de moyens que ceux qui n’ont rien. Pour cette raison, dans les pays où il y a un souci de nivellement social, tous les biens ne sont pas frappés de la même taxe. On fait alors la différence entre lesproduits de première nécessité et les produits de luxe. Ces derniers subissent dès lors une taxe supérieure aux biens de première nécessité. En agissant de la sorte on pense réduire l’impact inégalitaire de l’impôt indirect. Ce qui est le cas lorsque ces différences sont bien dosées.

Cela dit, il est important de rappeler que dans l’Empire Romain comme dans les pays dits sous-développés, la presque totalité de la contribution est formée par les impôts indirects. Cela explique l’importance des inégalités sociales dans ces réalités. Nous constatons, en tout cas, que les pays les plus nivelés sont ceux dont l contribution dépend le moins de l’impôt indirect. Car la contribution, selon le principe de la justice, doit se réaliser selon le principe de l’inégalité. Doivent donc être taxés ceux qui ont les moyens et non pas ceux qui n’en ont pas. Nous trouvons cette logique dans l’article 13 de la première « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen », où il est dit concrètement : «La contribution doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés ».

XII - L’État de Droit

La justice contributive nous mène ainsi à la justice distributive. Car la chose publique est, du point de vue comptable, l’ensemble des richesses mises, à la disposition de ceux qui contrôlent l’État. Par conséquent de ceux qui sont légitimés par la loi de la majorité.

En effet, le pouvoir dont il est question ne peut être qu’un ordre conditionné par la loi, par la pratique de la raison. Il s’agit, par conséquent, d’éviter que la chose publique soit objet d’appropriation ou de monopole par une clique quelconque. La justice corrective correspond ainsi à un ordre où le niveau, d’objectivation de la moralité est particulièrement important. Car, il faut être conscient que la “patrimonialisation” de la chose publique correspond à la logique d’un ordre qui n’a pas encore atteint l’objectivation de l’État de droit. En effet, au sein de cet ordre qui est celui où le droit impose sa propre logique, la chose publique ne peut pas être objet d’appropriation, car elle est par définition la chose de tous. Or l’ensemble de ces richesses doit jouer un rôle de nivellement social. Plus précisément doit permettre la réalisation de la finalité éthique de l’État.

De sorte que la finalité éthique de l’État, telle qu’elle s’extériorise avec la justice distributive, ne peut se manifester qu’au sein d’une logique institutionnelle qui est celle de l’État de droit. Cela fait que le développement de ce processus institutionnel est antérieur à la concrétisation de la justice distributive. Par conséquent, cette forme de justice a comme double fondement, d’un côté, la contribution fiscale selon son concept de la justice et de l’autre côté, la manifestation accomplissant du droit dans les institutions. Nous allons, pour ces raisons, essayer de saisir la logique de ce mouvement avant d’expliciter la justice distributive.

Nous l’avons déjà souligné, le point de départ de l’objectivation de la moralité dans les institutions, est la production de l’individualité. Car l’individualisme est un produit du droit. Il présuppose une capacité normative et implique la sécurité juridique.

Dans l’histoire du monde moderne cet acte de création se produit en Angleterre avec l’Habeas Corpus Act, en 1679. En effet, avec l’Habeas Corpus, l’État reconnaît et garantit la liberté et la sécurité des individus. Ce qui mène nécessairement au développement de la justice numérique selon laquelle un vaut un et pas plus qu’un. Or l’individualisme déclenche le processus de son propre accomplissement à travers l’égalité devant le droit et l’existence d’un droit commun à tous les membres de la communauté sociale. Ainsi l’individualisme va permettre le développement de la loi du plus grand nombre. Laquelle est en elle-même la puissance régulatrice de l’ordre social. Car l’institutionnalisation de l’individualisme secrète nécessairement le pluralisme l’apparition des minorités agissantes, des élites du pouvoir. Ce changement implique donc le passage du principe de la souveraineté appartenant au Roi, au principe de la souveraineté populaire, du plus grand nombre. De sorte que l’individualisme donne naissance au pluralisme, à l’apparition des partis politiques. Puis, c’est le développement d constitutionnalisme. Plus précisément du règne d’une loi fondamentale capable de réguler le rapport entre les élites du pouvoir. Car, les élites du pouvoir ont en commun dans la finalité de leur action, l’accès au pouvoir. Il faut, par conséquent, qu’une puissance supérieure puisse les départager dans leur lutte pour le pouvoir. Cette puissance n’est autre que la loi du plus grand nombre. Pour cette raison le constitutionnalisme énonce le principe de cette suprématie. Le peuple joue ainsi le rôle d’arbitre et donne le pouvoir tantôt aux uns, tantôt aux autres. Le constitutionnalisme est, quant à lui, la manifestation de l’État de droit.

Par conséquent, le point de départ du jeu politique. Il convient de rappeler, à ce propos, que c’est par convention que nous appelons État de droit cet ordre gouverné par une loi fondamentale. Car, en dernière instance, tout État est un ordre juridique mais dans un ordre non encore réglé par la pratique de la raison instituée, l’instance suprême est l’arbitre de celui qui contrôle le pouvoir.

Pour cette raison nous ne pouvons pas parler de politique, mais plutôt d’autocratie plus ou moins diluée par la volonté des pairs du royaume, par l’aristocratie. En effet comme l’a souligné Aristote, le règne du politique est celui dans lequel le pouvoir est donné aux lois et non pas au Roi, puisse-t-il être l’homme le plus sage. Il nous dit aussi qu’au sein de ce monde (du politique) nous ne devons pas donner le pouvoir suprême aux hommes, mais à la raison. Laquelle, en tant que raison pratique, s’objective dans un ordre institutionnel conditionné par une norme supérieure. Il devient évident, dès lors que le politique présuppose le règne de la loi du plus grand nombre. Bien entendu, le principe de la souveraineté du plus grand nombre n’implique pas l’automatisme de son universalisation. L’Histoire nous montre, précisément, que l’universalité est une dimension qui est en puissance. Elle ne peut se réaliser que dans et par la conscience collective de sa nécessité. Par contre, nous constatons un automatisme entre l’individualisme et le pluralisme, plus précisément entre la formation de l’individualisme et celle du pluralisme. L’expérience de l’Habeas Corpus Act nous montre, en effet, que c’est l’acte d’institutionnalisation de l’individualisme qui produit le pluralisme.

Nous avons par la suite un autre automatisme qui est celui qui mène à l’État de droit, au règne du « nomos », au constitutionnalisme. Car les partis politiques ont tous la même finalité : l’accès au pouvoir. Il faut, par conséquent, l’existence d’une force supérieure capable de les départager. De là l’institutionnalisation de la souveraineté populaire, du principe du plus grand nombre. Donc le peuple, plus ou moins élargi, joue le rôle d’arbitre ; en déterminant, selon le principe du plus grand nombre, ceux qui accèdent au pouvoir. Cela étant souligné, il est important de comprendre que selon la philosophie politique du logos, le pluralisme ne veut pas dire démocratie. En effet, l’État de droit peut se manifester soit comme État oligarchique, soit comme État démocratique. L’ordre oligarchique est, quant à lui, celui où le principe de l’égalité devant le pouvoir  –  l’ « isocratia » - n’est pas encore accompli. Nous constatons très souvent que dans un tel ordonnancement la dimension même de l'« isonomia » n’est pas encore accomplie non plus. Ceci fait, par conséquent, que le système oligarchique est celui où une minorité alterne au pouvoir. De telle sorte que se sont toujours les mêmes qui y accèdent. Ainsi, comme disait Aristote, le reste de la population est frappé d’indignité.

Dans ces conditions, la société se trouve divisée, comme le voulait l’Abbé de Sieyès, entre citoyens actifs et citoyens inactifs. De sorte que les citoyens actifs sont les vrais sujets du pouvoir. Les citoyens inactifs ne sont là, dans ces conditions, que pour jouer un rôle d’arbitre et légitimer ceux qui accèdent au pouvoir.

L’Histoire passée nous montre et nous démontre que le pouvoir oligarchique est très souvent lié à l’existence d’une minorité ethnique et/ou culturelle. Laquelle se caractérise aussi par le fait de contrôler l’essentiel des richesses sociales. À l’époque moderne, avec le développement de l’appareil de l’État, la dimension oligarchique est plutôt liée au phénomène du nomenklaturisme. Plus précisément à l’existence d’une minorité de seigneurs de la chose publique. Par conséquent, à l’existence du statut de permanents dans l’administration publique. Ainsi, le monopole de la chose publique par une caste de permanents entraîne le fait non seulement que cette minorité produit l’élite politique, mais aussi qu’elle tend à se reproduire en tant qu’élite sociale. Ceci fait, par conséquent, que la classe nomenklaturiste devient l’élite politique et la classe dominante par excellence. Il convient, bien entendu, de souligner que la manifestation fondamentale de ce phénomène nomenclaturiste est non seulement le fait qu’elle tend à occuper l’ensemble de l’espace du pouvoir, mais aussi qu’elle tend à s’auto-reproduire. donc à se transformer en une véritable caste sociale. De sorte que le nomenklaturisme, avec la dimension castifiante qui lui est consubstantielle, est en lui-même la négation de la finalité axiologique du social.

Par conséquent de ce processus qui tend à assurer et promouvoir l’égalité des chances entre les membres de la communauté sociale. Il est important de noter que le phénomène du nomenklaturisme n’est pas un produit de la révolution libérale. Il va se développer surtout avec la crise de l’entre- deux-guerres mondiales. D’une manière générale cette pratique a été légitimée par le principe de l’efficacité. Max Weber considérait, à ce propos, que la bureaucratie est la forme la plus rationnelle de gouvernement. Ceci parce que, selon ce discours, une élite administrative ne peut être efficace si elle n’est pas libérée du problème de l’insécurité de l’emploi. Or, ce que ces arguments oublient c’est de tenir compte du fait que l’efficacité ce rapport a la capacité optimale d’une action en vue d’une fin. Nous disons par exemple que tel ou tel moyen est plus efficace en vue de telle ou telle fin. Par conséquent, l’efficacité renvoie à la capacité des moyens employés en vue d’une fin. En d’autres termes, l’efficacité n’est pas une fin, mais ce qui est le plus adéquat à la réalisation d’une fin. Par conséquent, lorsqu’on soutient qu’une élite est plus efficace qu’une autre, on oublie de dire par rapport à quelle fin elle l’est. S’agit- il, en l’occurrence d’une fin qui est en elle-même générale, ou plutôt particulière? Car ce qui est sous-entendu, n’oublions pas, dans l’argument que nous analysons, c’est l’idée du bien-être général. Or, dans la pratique nous avons affaire à une finalité qui est essentiellement particulière. Il ne s’agit donc pas du bien-être général, mais plutôt de la sauvegarde des intérêts de ceux qui contrôlent le pouvoir. Ce n’est, dès lors, pas un hasard si le phénomène nomenklaturiste produit l’inégalité devant le droit du travail et secrète une différence bien claire entre ceux qui sont dans la sécurité de l’emploi et ceux qui ne le sont pas, parce que soumis à la loi de l’offre et de la demande dans le marché du travail. Il convient de remarquer, en ce qui concerne cette problématique, que le discours apologétique considère que cette dualité n’exclut pas le principe de l’égalité des chances. Car selon les principes tous les citoyens ont la possibilité de se présenter comme candidats aux fonctions publiques. Mais, comme on le sait, ces possibilités sont très rares, car généralement les places sont prises. Ce qui rend ce principe inefficace. Tout en garantissant la dualité sociale dont nous venons de parler. Le mouvement marxiste va, pour sa part, considérer nécessaire de surmonter cette dualité. Il ne s’agit pas pour ce mouvement de rétablir le principe de la concurrence, propre à l’univers individualiste, mais de créer les conditions de la sécurité de l’emploi pour tous, entraînant par conséquent, que dans la concrétisation de cette idéologie aussi bien les chefs, que les gardiens et les ouvriers auront de postes à vie. Ainsi, on aura comme résultat non seulement le fait que les chefs resteront des chefs, les gardiens des gardiens et les ouvriers des ouvriers, mais aussi et surtout que les chefs produiront des chefs  et ainsi de suite. Ce qui mène, comme on peut le comprendre, à la castification du social. Par conséquent, au dépassement de la logique du monde individualiste. Plus précisément, du monde qui est en lui-même la manifestation de la substance éthique de l’humain. Cela étant souligné, il est important de rappeler que le terme nomentklatura est un concept qui s’est développé à partir de la pratique du marxisme. Il voulait signifier, lors de sa formation, l’ordre hiérarchique dans la fonction publique. Ce n’est donc pas un accident si le concept de nomenklaturisme dérive d’une expérience qui en elle-même est la négation de l’objectivation de la moralité.

Car il est important de comprendre que la moralité sociale s’objective, comme nous l’avons déjà signalé, à travers le droit, l’économie et le politique. Ce qui veut dire que ces domaines du savoir et de la pratique sociale sont des moyens. Moyens qui existent en vue de l’accomplissement de la fine éthique contenue dans leur propre substance. Pour ces raisons, nous pouvons dire que l’action est rationnelle lorsqu’elle est conforme à sa fin. Dès lors se pose aussi la question de savoir si les moyens sont ou non conformes à la fin en vue de laquelle ils existent. Car les fins sont toujours supérieures à leurs moyens. De là, la nécessité de saisir clairement la logique de ce processus

 

XIII - La Démocratie

Comme nous l’avons souligné plus haut, la démocratie est la manifestation    accomplissante de l’État de droit. Ceci veut dire que dans la démocratie aussi bien «l’isonomia» que « l’isocratia » trouvent leur réalisation pleine et entière. Cela veut dire, par conséquent, que dans l’ordre démocratique le principe d’égalité atteint un niveau plus élevé, car il n’y a plus de différence entre citoyens actifs et inactifs.

 La démocratie se présente ainsi comme la formation où l’État de droit trouve son accomplissement. Il est toutefois important de comprendre que l’État démocratique n’implique pas l’État de justice. Plus précisément l’ordre où la justice sociale manifeste sa plénitude. Ainsi, le but de l’État démocratique n’est pas de réaliser la justice sociale consciente d’elle-même, mais d’empêcher la monopolisation de la chose publique.

En effet la chose publique est la propriété de tous et ne peut être, selon son concept, ni objet d’appropriation, ni objet de monopole par une minorité quelconque. De sorte que la non-appropriation de cet ensemble de richesses est une exigence de l’État de droit. Pour cette raison, la patrimonialisation ou la simple appropriation de la chose publique est considérée comme une pratique perverse, contraire à l’esprit de l’existence sociale. Le monopole de la chose publique est, quant à lui, contraire à l’esprit de démocratie. De ce point de vue, la démocratie joue un rôle régulateur : elle empêche l’existence d’une caste de seigneurs de la chose publique, donc d’une nomenklatura. La forme que prend cette puissance régulatrice est précisément le principe de l’alternance pure. Par conséquent le fait que tous les citoyens, comme nous le dit Aristote, ont le droit d’être à tour de rôle gouvernant et gouverné.

Ceci veut dire plus concrètement que premièrement, les fonctions publiques sont temporaires et que deuxièmement tous les citoyens ont le droit de postuler à ces fonctions. De telle sorte que l’alternance ne concerne pas uniquement l’élite politique, mais aussi l’ensemble du corps administratif. C’est, précisément, ce qu’on appelle en France le système de la spoliation. Terme qui est en lui-même, hautement significatif, car la classe de permanents tend à considérer la perte de ce qu’elle considère un droit acquis, comme une spoliation voir les énarques. Il s’avère clair que du point de vue de la théorie politique pure l’État de droit se manifeste soit sous la forme oligarchique, soit sous la forme démocratique, faisant que le règne de l’État de droit s’accomplit avec la démocratie. En effet du point de vue logique l’« isonomia » trouve sa réalisation pleine et entière dans l’« isocratia »; et c’est, justement, dans la démocratie que ce processus trouve son accomplissement. Ceci veut dire, par conséquent, que dans la démocratie la différence entre les citoyens actifs et les citoyens inactifs n’existe plus, car tous sont des sujets du pouvoir. De sorte que dans un tel ordre ce ne sont pas toujours les mêmes qui sont au pouvoir et exercent les fonctions administratives.

 En effet, dans une telle réalité de la même manière qu’il n’y a pas de postes politiques à vie, il n’y a pas de fonctionnaires à vie comme en France. Car, comme disait Aristote si ce sont les mêmes qui sont toujours au pouvoir, cela veut dire que le reste de la population est frappé d’indignité. Par conséquent, la démocratie, par le biais de l’alternance pure, accompli «l’isothymia», l’égalité en dignité. Cet accomplissement passe comme nous l’avons déjà souligné par la réalisation de l’« isonomia » et de l’« isocratia ». Dans ces conditions la chose publique n’est plus une source de privilèges, ni de profits. Les ressources communes sont ainsi destinées à promouvoir et assurer l’égalité de chances au sein de la communauté sociale.

Car la démocratie ne réalise pas l’État de justice ; donc l’État conditionné par l’universalité de la raison. Par conséquent, l’ordre démocratique ne fait que préparer les conditions de l’État de justice. Plus précisément, de l’égalité de chances et du nivellement social par le haut. Il est donc clair que la démocratie est le résultat d’un processus – le mouvement du politique en lui-même – qui commence par l’institution de la sécurité juridique et de l’individualisme et connaît comme moments essentiels :

le pluralisme (politique) et l’État de droit. Il convient de remarquer que dans ce mouvement nous avons affaire à un processus nécessaire. Car l’individualisme sécrète nécessairement le pluralisme et le régulateur englobant qui le constitutionnalise, c’est-à-dire l’État de droit.

En ce qui concerne ce mouvement nous devons garder présent à l’esprit que le processus qui mène du pluralisme à l’État de droit implique le principe de la souveraineté populaire et de la loi du plus grand nombre. Ainsi le suffrage (plus ou moins universel) est le mécanisme régulateur de cet ordre pluriel qui a besoin d’un pouvoir unifié. Ce qui est, en lui-même, le jeu du politique.

Bien évidemment lorsque nous parlons de nécessité dans un processus, nous voulons dire qu’il ne peut pas en être autrement. Nous avons, par conséquent, affaire au sein de ce mouvement à des automatismes. Ce qui n’est pas le cas du processus qui va de l’oligarchie à la démocratie et à l’État de justice. En effet le dépassement de l’horizon oligarchique n’est pas le produit d’un quelconque automatisme. Il s’agit bien d’un mouvement qui est le résultat du développement de la conscience sociale. Donc de la conscience nécessaire à l’accomplissement du principe de l’égalité contenu dans la logique de cet ordre.

En effet, le principe de la liberté contenu dans l’institutionnalisation de l’individualisme – plus ou moins développé – permet la réalisation accomplissante du principe de l’égalité contenu dans l’« isonomia » et l’« isocratia ». Car l’égalité numérique – donc le fait qu’un vaut un et pas plus d’un – est le fondement même de la finalité axiologique : de la communauté d’égaux. Laquelle est, au sens strict du terme, le résultat de l’accomplissement de la communauté juridique en elle-même. Pour ce qui est de la communauté juridique; elle réalise le principe de l’égalité qui lui est consubstantiel, tout en respectant le différence principale du genre humain qu’est la différence entre l’homme et la femme. En effet le principe de la parité, dans la représentation, dont il est question actuellement trouve son fondement dans cette dualité.

Cette exigence manifeste sa plus haute légitimité dans le cas du pouvoir législatif. En effet la production normative ne concerne pas uniquement les hommes, elle concerne aussi les femmes. Il est dès lors essentiel, du point de vue de l’égalité et de la justice, que ce pouvoir soit paritaire. Bien sûr cette exigence est non seulement inscrite dans la logique de la production normative, mais aussi dans celle de l’exécution de ces normes. Dans la pratique de la sphère politique, la revendication du principe de la parité, trouve sa cohérence avec la nécessité rationnelle de surmonter la personnalisation dans la représentation démocratique. Nous ne choisissons pas les hommes sinon, comme disait Aristote, la raison politique. Ce qui veut dire qu’au niveau de la rationalité politique, ce qui compte , ce ne sont pas les personnes – dites “messianiques” - mais les principes et les programmes véhiculés par les différents mouvements politiques. De sorte que lorsque les partis politiques substantiellement démocratiques se présentent devant les électeurs, ils doivent tenir compte aussi bien du pluralisme social comme de la parité entre les hommes et les femmes.Cela dit nous devons être conscients du fait que ce processus d’accomplissement est la manifestation de la raison instituante. Donc de la raison théorique capable de réaliser pratiquement sa propre finalité axiologique.

Ce qui est l’aventure politique par excellence, car la politique est la manifestation de la raison instituante et ne peut pas être réduite aux simples conséquences du suffrage plus ou moins universel, et encore moins au simple maintient d’un pouvoir étatique.
IV - Pouvoir et politique

Du point de vue de la philosophie du logos, la moralité s’objective au niveau institutionnel, à travers le droit, l’économie et la politique. Dans ce sens la politique est le moyen le plus noble de la raison instituante. Donc de ce processus qui va de la création de l’individualisme à la réalisation pleine et entière de la communauté juridique. Dans cette logique, la politique n’est pas le résultat d’un «rapport de force», mais plutôt la manifestation de la raison instituante. Pour cette raison, le modèle de la pratique politique, dans sa manifestation première n’est pas Le Prince de Machiavel, mais plutôt le mouvement historique de la révolution anglaise qui va de l’ Habeas Corpus Act (1679) à la déclaration des droits. En ce qui concerne la première thèse qu’on appelait jésuitique il y n'a pas si longtemps, il convient de rappeler qu’ il est vrai que la fin justifie les moyens, au nom des fins que nous agissons et en vue de les accomplir. Mais nous ne devons pas perdre de vue que toute fin n’est pas axiologique et qu’éthiquement parlant les moyens doivent être conformes à la logique de la finalité. Dans ce sens la conquête du pouvoir, en tant que manifestation de la volonté de puissance, n’est pas une perspective axiologique. Pour cette raison soutenir que « Le pouvoir est ce qui se conquiert et se conserve dans l’État (et cela définit proprement le politique) »c’est exprimer un jugement anti-éthique, et contraire à la raison politique. En effet, le but de l’action politique n’est pas l’État en tant qu’État, mais plutôt une de ses manifestions. Nous parlons ainsi, à ce propos, d’État oligarchique, d’État démocratique et d’État éthique. Car ce n’est pas la même chose que de maintenir et de consolider un ordre qui sauvegarde l’intérêt de ceux qui contrôlent le pouvoir, que de promouvoir un ordre qui assure l’intérêt de tous. C’est pour cette raison que nous disons qu’il y a des finalités qui correspondent à l’idée de justice et d’autres qui en sont sa négation.

 Pour cela même il est hautement problématique de soutenir que « l’ordre de la cité – le juste – peut être ou bien ceci ou bien cela, une chose et son contraire »  car si tel est le cas, tout ordre étatique est juste. C’est d’ailleurs la conclusion à laquelle parvient cette forme de pensée. En effet, selon ce discours, « le juste est, et il n’est rien que cela, ce que le souverain définit comme étant juste ». Ce qui revient à dire que « le juste doit être compris comme la forme prise par le principe de souveraineté énoncée universellement. Quant à cet énoncé, il est en lui-même le droit positif. ». Cette position positiviste ne peut pas être comprise si on ne tient pas compte que, pour cette forme de conscience, les valeurs d’ordre universel sont de simples fantasmes de la pensée idéaliste. C’est précisément cette position qui mène Alain Badiou à dire que « l’État est dans son être, indifférent à la justice ». Par conséquent, si la justice en tant que valeur universelle est un non-sens, il est évident que seul le droit positif est sa manifestation effective. De là que « ce qui est juste de ce côté-ci des Pyrénées peut être injuste de ce côté - là ».

 
 

Cela étant souligné passons à la thèse selon laquelle la modernité en théorie politique commence avec Le Prince de Machiavel. En effet, l’argumentation des partisans de cette thèse, est de soutenir qu’avec l’auteur du Prince nous n’avons plus affaire à une légitimation d’ordre transcendantale, mais à un discours qui ne tient pas compte que de l’efficacité. Car « le prince bien armé est celui qui réussit ». Ce qui légitime, dès lors, c’est « la capacité de maintenir l’État ou le fonder s’il n’existe pas car, « la prééminence du bien de l’État », est « le but de l’action politique ».

Cela dit, soutenir que les Borgia n’ont pas, alors, fait appel à la légitimation religieuse, c’est tout simplement oublier la position qu’occupait Alexandre VI. Certes, par rapport à l’Italie Alexandre VI n’a pas employé la dimension messianique, c’est-à-dire la promesse de la domination universelle, car les princes italiens de l’époque étaient trop lucides et trop cyniques. Ils savaient très bien, par exemple, que la dimension messianique était le prétexte de la volonté de domination. Car le salut du monde n’était, pour eux, que le manque de l’imposture angélique et qu’au fond des Borgia il n’y avait que haine et mépris absolu. C’est la raison pour laquelle les papes de l’époque ont brandi l’arme du salut avec tous les autres, mais pas avec les potentats de l’Italie.

L’arme de l’excommunication ne fut pas employée par Alexandre VI avec les Médicis, par exemple, mais elle le fut avec l’illuminé de Florence : le Dominicain Jérôme Savonarole. De telle sorte que l’unique arme qu’Alexandre VI a pu employer contre les potentats italiens fut celle de la force. C’est précisément ce que Machiavel va nous montrer en faisant l’apologie dans Le Prince. En effet pour arriver à ses fins, la suprématie des Borgia, Alexandre VI n’a pas lésiné sur les moyens, les crimes, la vente des fonctions ecclésiastiques et la vente des indulgences ainsi que les faveurs à la couronne espagnole, comme la donation du Nouveau Monde et le statut de la pureté de sang du 22 décembre 1495. Cela fait qu’Alexandre VI est resté dans l’histoire de la papauté romaine, riche en horreurs, comme l’homme qui a commis le plus d’abominations. Cela étant souligné, il convient de retenir que du point de vue de la philosophie du logos, la pratique politique n’est pas le résultat du dépassement de la légitimation dite transcendantale, pour ne tenir compte que de l’efficacité dans la construction ou le maintient de l’État. En effet, pour cette philosophie, le politique est produit de la conventionnalité. De sorte que le processus politique est ce mouvement qui a comme point de départ la production de l’individualisme. Ce qui, comme nous l’avons souligné, mène nécessairement au pluralisme, à l’État de droit et au principe de la souveraineté populaire.

Par conséquent l’expérience du Prince de Machiavel, n’est pas un mouvement politique, mais pré-politique. Car de la même manière que l’échange par le biais du troc est une pratique pré-économique, de la même manière la lutte pour le pouvoir, en dehors de la loi du plus grand nombre, est une pratique pré-politique. La grande différence entre ces deux instances étant que le troc n’est pas une pratique immorale, tandis que l’action conquérante du pouvoir, comme celle du Prince de Machiavel, l’est au sens pur du terme.

Cela dit, la raison politique ne se propose pas uniquement la création d’un ordre post-domestique — c’est-à-dire d’un État conditionné par le droit — mais d’un système capable d’assurer l’égalité des chances entre ces membres. Cette perspective éthique est, bien évidemment, contraire à l’esprit antihumaniste qui semble fleurir comme le malheur par temps de désolation.

V - La pesanteur oligarchique

Comme nous l’avons déjà signalé, Aristote nous a fait comprendre que la chose publique – la res-publica – est l’ensemble des richesses et des possibilités de vie en communauté, mis à la disposition de ceux qui contrôlent le pouvoir. Pour éviter toute confusion nous allons laisser de côté l’immobilier et les services publics, pour ne nous occuper, pour le moment, que des budgets publics. Nous avons vu plus haut que cet ensemble de richesses est constitué par la contribution sociale et qu’elle est mise à la disposition de ceux qui contrôlent le pouvoir. Plus précisément par ceux qui ont la légitimité du plus grand nombre.

Nous avons aussi souligné le fait qu’en ce qui concerne la chose publique, la propriété de tous, le phénomène de l’appropriation – la patrimonialisation dit-on actuellement – ne peut pas se poser au sein de l’horizon du politique. L’appropriation de la chose publique est une dimension  propre au monde pré-politique. Plus précisément dans ces ordres où ceux qui contrôlent le pouvoir se considèrent comme les pères de la communauté. Ce pouvoir patriarcal ne peut pas exister au sein d'un ordre conditionné par le principe de l'égalité. C'est la raison pour laquelle l'appropriation de la chose publique au sein du politique est la manifestation du mal social, de la corruption. Le problème essentiel qui se pose ainsi au sein du monde politique – donc de celui où la moralité tend à s’objectiver dans les institutions – est celui du monopole de la chose publique. Ce qui donne l’ordre oligarchique. Lequel, comme nous l’avons vu, est conditionné par le principe de la permanence de l’élite administrative de gauche ou de droite , ce sont d’abord et avant tout des énarques

Mais l’élite administrative, de par son caractère permanent, tend  secréter l’élite politique. De telle sorte que la loi de la circulation des élites, propre au monde individualisé, se transforme, essentiellement, au sein du système oligarchique en simple roulement de l’élite du pouvoir à l’intérieur de cet espace.

Ainsi, l’alternance politique est le résultat des tendances contenues dans l’élite administrative. Par conséquent dans ce système, d’une manière générale, l’élite politique qui parvient au pouvoir sort du sein de l’élite administrative, tandis que l’élite politique perdante réoccupe les postes qu’elle avait abandonnés à l’intérieur de l’élite administrative. De sorte que, pour l’essentiel, les élites politiques sont une émanation de l’élite administrative.

 Le cas de l’énarchie en France est un exemple particulièrement significatif de la logique d’un ordre de permanents au sein de l’élite administrative. Nous constatons, en effet, que les élites politiques qui contrôlent le pouvoir – soit de droite soit de gauche – sont issues de cette élite administrative. De sorte que dans l’alternance politique nous avons affaire, pour l’essentiel, à des énarques de droite ou des énarques de gauche. L’expérience de l’effondrement du socialisme réel, nous montre la pertinence de cette loi sociologique. En effet, cet effondrement va provoquer la perte du pouvoir politique du parti communiste, car après la rupture la nomenklatura reste en place. Dans certains cas elle parvient même à contrôler le pouvoir. C’est le cas en particulier de la Russie. Mais dans les pays où les communistes perdent le pouvoir politique, comme en Pologne ou en Hongrie, par exemple, nous constatons qu’après une période de transition les anciens communistes vont revenir au pouvoir par le biais de l’élite administrative.

De sorte que la période de transition, qui correspond en Pologne avec le pouvoir de Solidarité, est un moment historique de courte durée, pendant lequel la nomenklatura non seulement se divisa – en tendance de droite et de gauche – mais s’appropria aussi l’essentiel de la chose publique. Par conséquent, l’essentiel des biens immeubles contrôlés par l’État communiste. Cela fait que lorsque les anciens communistes vont revenir au pouvoir, par le biais du suffrage universel, ils seront déjà une classe ploutocratique. Certes, nous constatons pendant cette période de transition des expériences très diverses, où le trait commun est la transformation de l’ancienne élite administrative communiste en classe ploutocratique. Cet enrichissement étant le résultat d’un pillage, en général pas très légal, de l’ensemble des richesses contrôlé par un ordre où la presque totalité des biens immeubles étaient dans le domaine de la chose publique. Nous assistons ainsi, dans ces pays, à une extraordinaire concentration des richesses dans les mains d’une petite minorité qui, ironie de cette histoire, considérait hier encore que la propriété privée des moyens de production était la manifestation du mal dans le monde. Cela dit, revenons sur le problème des structures oligarchiques. Cette fois-ci sur celles qui correspondent aux pays dits sous-développés ou, en tout cas, en voie de paupérisation. Pour ce qui est de ces sociétés, nous constatons que plus un pays s’appauvrit, plus les inégalités sociales augmentent. Ce phénomène est non seulement le résultat de la réduction de sa capacité productive, mais aussi de la surcharge du poids de la fonction publique.

 Car ladite loi des avantages acquis fait que cette charge tend à augmenter et cela malgré le blocage de l’embauche dans ce secteur. Ce qui tend à provoquer le blocage de la mobilité verticale. Donc le vieillissement du personnel dans la fonction publique et le chômage dans les jeunes générations. Dans le cas des pays dits sous-développés l’appauvrissement aggravé par la surcharge du poids de la fonction publique, ne peut que conduire au dysfonctionnement de ces systèmes institutionnels. Ce qui tend à provoquer l’apparition d’états d’exception, pouvant conduire à l’anarchie et à la guerre civile. Donc au dépassement des principes de base de l’État de Droit. Du point de vue strictement théorique l’état d’exception tend à sécréter la dictature. Par conséquent l’apparition d’un système autoritaire capable d’assainir l’ordre institutionnel, soit par le renversement de la minorité qui vit des ressources publiques, pour la remplacer par une nouvelle – pour cause, moins affamée de privilèges et de sinécures - soit par la structuration d’un ordre institutionnel plus conforme à la logique de la modernité. Il convient toute fois de remarquer que la dictature – au sens que les romains ont donné à ce terme – est la manifestation d’un état d’exception. Elle correspond à la logique de l’article 16 de la constitution française de 1958. Elle est conditionnée par la convention et ne propose pas le dépassement effectif de l’horizon de l’État de droit. Bien évidemment, nous constatons que dans les pays du Tiers-Monde ce phénomène tend à prendre la forme de la dictature dite tropicale. Plus précisément de la constitution d’un ordre autocratique, où la sécurité de la classe ou de l’ethnie qui contrôle le pouvoir, est intimement liée à la suprématie du despote. Ce processus, comme on peut le comprendre, est en lui-même le résultat de la régression à la logique pré-politique. Donc à la constitution d’un ordre où les règles de l’existence en communauté sont destinées à maintenir et sauvegarder les intérêts et la volonté de puissance de ceux qui contrôlent le pouvoir. Cela étant souligné, revenons au problème de la pesanteur des systèmes oligarchiques. Nous constatons, d’une manière générale, que ces systèmes s’adaptent difficilement aux changements de conjoncture. Dans le monde de l’accumulation élargie, les cycles économiques font partie de la réalité.

Ceci veut dire plus prosaïquement qu’il ne peut pas y avoir de croissance sans récession. La croissance à l’infini est, comme on le sait, un voeu pieux de la conscience dite technocratique. En tout état de cause, nous ne pouvons pas sortir du rapport des contraires, et le contraire de la croissance est précisément la récession.

Puis, à côté des cycles économiques il y a les crises elles-mêmes. Lesquelles ne sont pas, comme on tend à le croire, d’ordre purement structurel, comme nous l’a appris la théorie marxiste. En effet, les crises globales ne nous semblent pas être le résultat du fait que le système de la reproduction élargie soit en contradiction avec les forces productives, comme l’a soutenu Marx. Car si tel

avait été le cas par exemple pour la crise des années Trente, il est clair que la croissance économique n’aurait pas pu se produire par delà cette crise. Pour ce qui est de la crise actuelle – dite du capitalisme keynésien – nous constatons que cette crise a épargné d’une manière générale l’économie des États -Unis. Par contre, nous observons que cette crise a été particulièrement sévère pour  les pays du tiers-monde. En tout état de cause, nous notons que toutes les régions économiques n’ont pas été touchées de la même manière.

Le concept de la crise structurelle nous paraît ainsi particulièrement inadéquat pour expliquer ce dysfonctionnement global que nous remarquons depuis le milieu des années soixante -dix. On peut, dès lors, se poser la question de savoir si la théorie des cycles longs de Kondratief est susceptible d’expliquer ce dysfonctionnement. Par rapport à cette thèse, nous pouvons constater que malgré tous les efforts de certains économistes, il est impossible de trouver ces cycles dans la réalité historique. En effet ces cycles longs des civilisations méso-américaines ne nous semblent pas fonctionner dans le monde moderne.

Cela dit, la non-effectivité de ces thèses, n’implique pas une négation de réalité des crises économiques. Particulièrement des cycles économiques tel que nous les observons dans la réalité de l’économie classique. Il en est de même en ce qui concerne les crises globales comme celles des années Trente et la crise que nous connaissons actuellement.

En ce qui concerne les cycles économiques de l’époque classique, il est important de constater, comme l’ont fait Sismondi et Marx, qu’il s’agissait de crises de surproduction ou ce qui veut dire la même chose, d’insuffisance de la demande. Cette inélasticité de la demande était alors la conséquence de l’or comme étalon.

C’est la raison pour laquelle Adam Smith, dans son œuvre principale, considérait que le passage au règne du papier monnaie était une solution rationnelle. L’expérience dite keynésienne va montrer, pendant les célèbres Trente Glorieuses, la rationalité de cette thèse. Ceci est particulièrement vrai si on considère que la relance de la consommation doit se faire surtout d’une manière qualitative, par le biais du crédit et non pas par la seule émission monétaire. Cette thèse de Smith nous montre jusqu’à quel point la théorie économique classique est concernée par le problème de la régulation des cycles économiques. Mais ce qui nous intéresse ici c’est surtout le problème de la régulation du poids de l’État, de ce que Smith appelle le secteur improductif. Il est important de remarquer, à ce propos, qu’Adam Smith ne réfléchit pas cette régulation en termes éthiques, de justice sociale, mais d’une manière objective. C’est justement la thèse de l’équilibre budgétaire. Plus précisément la thèse selon laquelle la capacité productive du social ne doit pas être écrasée pas le sur-poids des improductifs. Pour cette raison il faut, selon Smith, que les dépenses (de fonctionnement) soient conditionnées par les recettes. De telle sorte que lorsqu’il y a abondance des recettes —donc expansion économique— l’État peut créer des emplois, tandis que dans le cas contraire il est obligé de réduire ces effectifs. Le principe de l’équilibre budgétaire ne peut donc être efficace que si les emplois publics sont temporaires à durée déterminée. Par conséquent la loi de l’équilibre budgétaire est pour Smith la seule règle capable de rendre inefficace, ce qu’il appelle « la maxime qui paraît avoir été, dans tous les âges, celle des maîtres de l’espèce humaine » : « tout pour nous et rien pour les autres »  Cette digression sur les cycles économiques nous montre jusqu’à quel point le système oligarchique est un ordre  particulièrement rigide et supporte mal les changements conjoncturels. Ceci s'avère être particulièrement vrai dans le cas des crises globales. La récession économique tend à accentuer le caractère dual de ces formations sociales. Ce qui ne peut que provoquer des bouleversements sociaux. Car, comme l’a bien signalé Tocqueville, une «haine immortelle et de plus en plus allumée, anime les peuples démocratiques contre les moindres privilèges ». Bien évidemment nous devons comprendre le terme de démocratique, employé ici par Tocqueville, comme équivalent à l’individualisme.

Quoi qu’il en soit, on peut constater aisément que les structures oligarchiques sont plus conformes aux sociétés qui ne connaissent pas un niveau élevé d’individualisme qu’à celles qui sont dans la situation contraire.

En effet, les mécanismes de régulation sociologique des structures proprement démocratiques, rendent ce système plus conforme aux aléas des crises économiques. Ceci est particulièrement vrai dans le cas des crises globales, car elles sont plus longues et plus fortes que les crises liées aux cycles économiques.

En tout état de cause, un système est d’autant plus viable qu’il est capable de s’auto -réguler lorsque des chocs négatifs se produisent. De là, la nécessité de mécanismes d’ajustement et par conséquent le danger des rigidités structurelles. Le fait est que le principe de l’alternance pure est justement ce mécanisme de régulation, non seulement en vue des chocs négatifs, mais aussi en vue d’assurer un minimum de justice sociale, et ceci pour différentes raisons. Premièrement en empêchant le monopole de la chose publique par une minorité quelconque. Deuxièmement, en évitant la formation d’une caste de seigneurs de la chose publique, ce qui est le destin de toute nomenclature. Enfin troisièmement, en entravant toute tendance à l’augmentation des inégalités sociales lors des crises économiques.

 

XVI - La justice distributive

Comme nous venons de le signaler la démocratie n’implique pas l’État de justice. La démocratie n’est pas en elle-même l’ordre conditionné par la raison axiologique. Elle est, selon cette logique, l’ordre conditionné par le droit d’une manière accomplissante. Et ce n’est qu’à partir de ces conditions que cet ordre donne la possibilité de création, de développement de l’État de justice.

Par conséquent, l’État de droit s’accomplit dans l’ordre démocratique et l’ordre démocratique dans l’État de justice. Car comme nous l’avons souligné l’État de droit peut se manifester soit comme ordre oligarchique, soit comme ordre démocratique. Il convient, à propos de cette division, de retenir que l’ordre oligarchique est celui où la logique de la juridicité n’est pas encore accomplie, car au sein de ce système « l’isonomia » n’existe pas encore. Ce phénomène est le résultat du fait que dans ce système ce sont toujours les mêmes qui sont au pouvoir. Par conséquent, le résultat du fait que l’élite administrative est composée de permanents. Dès lors l’élite administrative secrète l’élite politique.

En effet l’élite politique est une émanation de l’élite administrative, lorsque celle-ci est composée de permanents. De sorte que l’alternance politique se manifeste essentiellement comme une alternance politique au sein de l’élite administrative elle-même. D’ailleurs au sein de ce système les partis politiques sont une émanation de l’élite administrative. Ils sont en quelque sorte les instruments de pêche aux voix de cette élite.

Car il convient de garder à l’esprit que dans l’ordre oligarchique la grande majorité est là pour légitimer, par son suffrage, ceux qui accèdent au pouvoir. Par conséquent dans la logique de cet ordre, ceux qui se présentent au suffrage universel n’ont pas grand chose à proposer, si ce n’est que d’assurer la sécurité et le règne des illusions. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si dans un tel ordre la démagogie – le discours des promesses sans lendemain – tend à jouer un rôle aussi important. Comme nous l’avons souligné, l’ordre démocratique est celui dans lequel le principe de l’alternance pure fonctionne d’une manière efficace. En tout état de cause nous avons affaire avec la démocratie à un ordre dans lequel l’élite administrative n’est pas composée de permanents. En effet, dans le système démocratique l’élite administrative est une émanation de l’élite politique. Ce qui veut dire, plus concrètement, qu’avec le changement politique nous assistons à un changement de l’ensemble de l’élite du pouvoir ce qui est le cas aux Etats-Unis. C’est précisément ce changement que nous appelons le principe de l’alternance pure. Le régime démocratique joue d’un côté un rôle régulateur dans la mesure où il permet la réalisation effective du principe de l’alternance, ce qui est en quelque sorte la raison d’être de l’État de droit, et de l’autre côté, cet ordre assure le principe de la justice sociale à deux niveaux différents. Premièrement, en empêchant le monopole de la chose publique par une quelconque minorité. Deuxièmement en permettant la réalisation pleine et entière du principe de l’égalité devant le droit.

En ce qui concerne le phénomène de la régulation, il convient de rappeler que l’État de droit surgit comme conséquence du pluralisme. Sa fonction essentielle est ainsi, au niveau politique, de réguler le principe de l’alternance, permettant ainsi l’accès au pouvoir tantôt à une tendance, tantôt à une autre. Or cette alternance ne peut être effective que lorsqu’elle concerne l’ensemble dl’espace du pouvoir. Ce n’est donc pas un hasard si toute élite politique tend à produire sa propre élite administrative. Car ceux qui arrivent au pouvoir ont besoin non seulement de satisfaire leur propre clientèle, mais aussi de s’assurer la loyauté de ceux qui réalisent pratiquement leur perspective sociale. Cela dit la véritable dimension éthique de la démocratie se manifeste concrètement d’une part lorsqu’elle empêche le monopole de la chose publique par une infime minorité – donc la formation d’une caste de seigneurs de la chose publique – et de l’autre côté, lorsqu’elle permet la réalisation pleine et entière du principe de l’égalité devant le droit, plus précisément de l’« isonomia » et de l’«isocratia».

Pour ce qui est du principe de l’égalité, il convient de souligner que nous avons affaire ici à un processus que la raison pratique réalise à travers la convention, pour l’objectiver dans un ordonnancement institutionnel. Ce mouvement commence avec la prise de conscience du fait que l’universalité est le fondement, la substance, de toute singularité, comme de toute particularité.

Pour cette raison nous disons que tout être humain est avant tout un Homme. Le vocable d’humanisme renvoie précisément à cette dimension. Ce qui faisait dire par exemple à Montesquieu : “ Je suis tout d’abord un Homme, puis un français ”. Ceci peut nous sembler actuellement une lapalissade, mais avait encore à l’époque de la formation de l’État de Droit une importance fondamentale. Car c’est ce principe de l’égalité générique, au sein d’un monde des dissemblables, qui va permettre la réalisation de la logique de l’égalité, donc de l’égalité devant la loi et de l’égalité devant le pouvoir. Ainsi le principe de l’égalité devant le droit va être mis en marche pas l’État de droit. Pour ce faire cet État met fin aux législations particulières et impose le droit commun, la « common law ». Mais ce processus de l’égalité devant le droit ne s’accomplit pas dans la forme oligarchique. En effet dans cet ordre, comme nous l’avons souligné il n’y a pas d’égalité devant le droit du travail et il n’y a pas non plus d’égalité devant le pouvoir. En ce qui concerne la logique de cet ordre, nous avons affaire, en réalité, à une structure duale. Du point de vue économique cette dualité se manifeste par la différence entre le secteur protégé et le secteur  non-protégé. Puis du point de vue politique nous constatons la différence, malgré le suffrage universel, entre les citoyens actifs et les citoyens inactifs. Plus précisément entre les vrais sujets du pouvoir et ceux dont le rôle est de légitimer ceux qui accèdent au pouvoir. Il convient de noter, en ce qui concerne cette structure oligarchique, qu’elle npeut que garantir les droits fondamentaux aux membres de la communauté sociale. En effet des droits comme la liberté de réunion, de circulation, de parole et de croyance font partie de la raison d’être de l’État de droit. Car cet État est un ordre fondé sur le principe de l’individualisme et donc de la liberté. En d’autres termes la sécurité juridique qui est la condition «sine qua non» de l’État de droit, implique avant tout la protection contre l’arbitraire du pouvoir et, par conséquent, le libéralisme débridé. Pour cette raison nous disons que l’État de droit présuppose le principe de la liberté et la loi du plus grand nombre. De sorte qu’au sens strict du terme l’État de droit est cette forme du pouvoir qui est limitée par la juridicité. Ainsi l’ordre oligarchique est cette structure du pouvoir, dont la fonction principale est de créer les conditions de la liberté en vue du développement du principe de l’égalité. Mais ce n’est que dans la démocratie que le principe de l’égalité peut s’accomplir. En effet c’est au sein de cet ordre que l’alternance pure et l’égalité devant le droit et le pouvoir se réalisent pleinement. Par conséquent ce n’est qu’à partir de cet ordre que les lois et les institutions existent en vue de promouvoir et garantir l’intérêt général et non pas l’intérêt de ceux qui gouvernent. Ce n’est dès lors qu’à partir de la logique démocratique que la justice distributive peut s’objectiver pleinement. Car cette justice se rapporte à la distribution de la chose publique selon des critères d’ordre axiologique. En effet l’apparition de l’État de droit implique le dépassement de l’État patrimonial. Par conséquent la prise de conscience du fait que la chose publique est la propriété de tous et doit permettre la réalisation de la fin éthique de l’État.

De ce point de vue l’État se doit de contribuer, par son action distributive, au nivellement du social et non pas à l’augmentation des inégalités. Les dépenses publiques sont au centre de cette problématique, car l’État dépense essentiellement soit pour son fonctionnement, soit pour aider ceux qui sont dans le besoin. C’est ainsi qu’à l’époque moderne nous avons affaire au budget de fonctionnement et à celui de la sécurité sociale.

Mais ces dépenses doivent se faire, selon la logique de la justice distributive, suivant des critères d’ordre axiologique. Plus précisément pour ce qui est des dépenses de fonctionnement le critère éthique n’est autre que celui de la capacité de chacun de contribuer au bien-être général. Ceci veut dire par conséquent que les fonctions publiques ne peuvent pas, éthiquement parlant, être attribuées selon des critères comme ceux de la famille, de l’amitié ou tout autre de type partisan. À ce propos on parlait dans le temps de mérite, plus précisément de coïncidence par rapport aux valeurs dominantes et de dévouement envers ceux qui contrôlent le pouvoir. Un tel critère, comme on peut le comprendre aisément, ne correspond pas à la logique d’un monde égalitaire; plus précisément à un gouvernement d’hommes libres sur des hommes libres.

Pour ce qui est des dépenses sociales, le critère éthique n’est autre que celui des besoins. L’État se doit, par conséquent, d’aider ceux qui sont dans le besoin et non pas ceux qui n’ont pas besoin. Car, comme nous venons de le souligner le but éthique de l’État est celui de créer, comme le disait déjà Aristote, une communauté d’égaux en vue de bien vivre. Ainsi les aides sociales à ceux qui sont dans le besoin permettent de créer les conditions du nivellement social, en permettant à ces derniers sans ressources, de développer leurs propres capacités. Cela fait, par conséquent, que les aides sociales doivent jouer un rôle niveleur de première importance, permettant à tous d’œuvrer dans la dignité mais pas de vivre dans une assistance indigne. Car c’est par ce biais que l’État réalise sa mission sociale fondamentale : le règne du Bien dans son monde.
XVII - L’État de Justice et le Règne du Bien

Comme nous venons de le voir, la réalisation de la substance éthique de l’humain est un processus qui se manifeste dans et par la conventionnalité.  Mais ce mouvement ne peut pas se mettre en marche s’il n’y a pas une prise de conscience de la nécessité de création d’un monde fondé sur le principe de l’autonomie. Plus précisément du fait que tout être humain est capable d’assumer sa propre existence et être, par là même, cause de lui-même. En d’autres termes dans ce mouvement d’auto -réalisation de l’humain en lui-même, nous avons affaire à un processus dans lequel la dimension générique de l’humain tend à se présenter comme le fondement de son être, de ce qu’elle est du point de vue théorique, comme du point de vue pratique. En effet au niveau purement logique, l’universel qualifie le particulier et le singulier.  Nous disons ainsi que toute singularité est humaine de la même façon que l’est toute particularité. Mais pour ce qui est de la singularité, nous devons tenir compte du fait que l’universalité est sa substance, tandis que sa particularité en est une détermination plus ou moins essentielle. Nous pouvons dire par conséquent que Socrate est avant tout un être humain et qu’il est grec d’une manière plus ou moins essentielle. Par conséquent l’universalité qualifie la singularité, en première instance, dans sa dimension ontologique. La reconnaissance de cette détermination est justement ce que nous appelons l’humanisme. Laquelle part du fait que le fondement de l’humain est le même pour tous et qu’il n’y a pas un humain qui soit, ontologiquement, plus humain qu’un autre. C’est justement la prise de conscience de cette dimension essentielle qui va conduire à la reconnaissance d’un côté du droit au respect de tout un chacun, et de l’autre, du fondement égalitaire de tous.

Par conséquent c’est parce que nous sommes tous humains, au même degré, que nous devons le respect à tout être humain, quelle que soit sa manifestation phénoménale : masculin ou féminin, jeune ou vieux, blanc ou noir, et ainsi de suite. Mais à ce principe de l’égalité ontologique s’oppose le principe de l’inégalité éthique. C’est ainsi que nous disons qu’il y a des êtres humains qui ont une dimension éthique fondamentale que nous qualifions de bonté, d’équité et de justice, tandis qu’il y en a d’autres qui sont la manifestation contraire de ces valeurs. Pour cette raison nous disons que les premiers sont très humains, tandis que nous les considérons plutôt les deuxièmes comme inhumains. Cela fait que d’une manière spontanée les êtres humains tendent à avoir le plus haut respect aux premiers et les plus grands mépris de ceux qui sont la manifestation du mal en tant que tel : la misanthropie, la criminalité et le génocide. Bien évidemment c’est cette dernière qui est la plus haute manifestation du Mal, car elle va au-delà de la haine de l’altérité ou de la négation effective de tel ou tel humain, pour s’objectiver en tant que pure universalité du crime.

Cela dit, la réalisation de la substance de l’humain n’implique pas uniquement l’accomplissement de la logique contenue dans son fondement générique, mais aussi de celle de son éthicité. Nous avons vu, en effet, que le développement du logos de l’humain peut s’exprimer comme ce processus qui va de la prise de conscience du principe d’égalité contenu dans sa dimension générique, à la réalisation du règne de la communauté d’égaux. Mais cette communauté d’égaux n’est pas uniquement particulière, elle doit avoir aussi, pour être pleinement accomplie, une dimension universelle :  celle de la communauté des nations. Cela dit l’accomplissement de l’humanisme ne peut se produire qu’au sein de l’État de justice. Et c’est à partir de cet ordre du social que peut rayonner nécessairement l’universalité des valeurs. Donc la possibilité de la réalisation de l’égalité des chances au niveau du social et des nations entre elles. Car la singularité est non seulement un animal politique- destiné à réaliser ses potentialités dans la cité -, mais aussi un être cosmopolite. Plus précisément un être capable de se réaliser dans l’universalité des rapports au sein de la communauté des nations.  En effet l’humain est par définition et dans son effectivité aussi bien une partie du social qu’une partie de la communauté universelle, de la réalité donnée du genre. Et c’est justement en tant que partie d’un tout que la singularité est concernée par le bien être de ce tout auquel elle appartient. La singularité n’est pas, dès lors, uniquement concernée par la vie de sa communauté immédiate, mais aussi par celle de toute l’humanité.

Le rapport que nous constatons ici, au niveau de l’engagement générique est la conséquence du fait qu’il n’y a pas d’existence sans coexistence. Ceci est vrai aussi bien pour les singularités que pour les communautés particulières. Au niveau des singularités nous savons très bien, comme le disait Aristote, que l’être-humain est cet animal qui n’est pas destiné à vivre dans la solitude. Nous avons besoin de l’altérité, aussi bien dans ce qui est essentiel à la vie, que dans ce qui l’est moins. Pour cette raison nous disons que la fraternité est un bien, comme le sont aussi les rencontres fortuites mais décidées par un Grand Architecte.

Pour ce qui est des communautés particulières, nous savons que les nations ne sont pas auto -suffisantes, qu’elles sont besoin les unes des autres. Ce qui crée des rapports de dépendance malgré le degré nécessaire d’autonomie et d’indépendance des nations. Il convient de rappeler à ce niveau que la conscience de la nécessaire normativisation des liens entre les nations, va surgir avec la consolidation du règne du droit. Ce n’est donc pas un hasard si cette prise de conscience va se produire avec Kant. Par conséquent l’objectivation du droit entre les nations, en vue de créer une véritable communauté de nations, n’a pu apparaître qu’avec le dépassement du droit divin de conquête. Donc avec le dépassement du système de valeurs fondant le droit de destruction et de domination absolue de la différence.

Car comme disait Isaïas : «les peuples qui ne voudront pas te servir devront être exterminés» (60, 12). En tout état de cause, la création d’un ordre international capable d’éviter les injustices réciproques ne peut pas être fondée sur la logique de la parole exprimée par Luc dans le Nouveau Testament : “ Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu m’avoir pour roi, amenez-les et massacrez-les, en ma présence ” (19,27). Mais sur la conception exprimée de puis longtemps par le Cercle premier de notre Ordre.

Cela étant souligné, il est important de comprendre que la singularité se réalisant dans l’universalité des rapports est concernée nécessairement par l’ordre de son monde. L’avènement du «Grand village», dont parlé déjà Ma Luhan, fait en effet que l’ailleurs n’est plus l’absolument lointain. Nous sommes, à cause des médias modernes, constamment en contact avec les événements du reste du monde. La douleur comme la joie de ceux dont nous avons à peine entendu parler, font partie de notre atmosphère.

Cette ouverture du monde fait que la singularité pensante se sent de plus en plus concernée par l’ordre de son univers. De là, la nécessité d’un engagement se manifestant au niveau de l’universalité elle-même. En d’autres termes au sein d’un monde se manifestant dans l’universalité des rapports, l’engagement rationnel se présente comme étant celui qui se réalise avec les valeurs d’ordre universel défendues par notre Ordre.  Par conséquent le discours selon lequel dans le juste comme dans l’injuste, ma patrie a toujours raison, est un discours qui se dévoile immédiatement comme anti-axiologique.

Rappelons à ce propos qu’Albert Camus disait en parlant de la guerre d’Algérie : entre la Justice et ma mère, je choisis ma mère. Ce qui veut dire qu’entre la dénonciation de l’injustice des troupes d’occupation et le sentiment national, Monsieur Camus a pris la lourde décision de se ranger du côté de ce dernier. Or comme on peut aisément le comprendre, en faisant un tel choix, Monsieur Camus n’a pas honoré son rôle de Maçon. Car le Maçon est, par définition, celui qui réfléchit son monde par rapport aux valeurs d’ordre universel. Ceci d’autant plus que nous avons affaire, en l’occurrence, au concept de la justice.

Par rapport à cette problématique, – la prise en compte de l’idée de la justice, dans le rapport entre les êtres humains –, il est évident que le règne d’un ordre social capable de le promouvoir, ne peut que rendre son objectivation plus urgente, comme une tâche infinie à accomplir. Cet ordre comme nous l’avons vu, n’est autre que l’État de justice. Car cet ordonnancement ce donne comme but, de son activité principale, la lutte pour la justice.

Nous avons souligné à ce propos que l’État de justice est celui de l’ordre démocratique qui réalise la justice distributive. Par conséquent c’est cet État qui se donne comme but la création d’une communauté d’égaux. Plus précisément de l’égalité de chances. Pour cela même l’essentiel de la chose publique n’est pas destiné aux dépenses de fonctionnement, mais aux dépenses sociales.

Cela dit cet ordre ne peut pas s’accomplir sans la prise de conscience du fait que la raison peut guider l’Histoire et que la raison doit conditionner l’ordre du monde. Car, comme nous l’avons souligné, dans ce processus l’être réalisera sa propre substance éthique, laquelle est en elle-même et par elle-même une substance rationnelle. Cette prise de conscience mène, en tout cas, à cette nécessité de l’assomption, de la part de la singularité consciente, de sa dimension éthique fondamentale. Donc du seul engagement par rapport aux valeurs d’ordre universel. Car comme nous l’a fait comprendre Aristote, le sujet de la pensée est celui qui ne fait pas confiance aux hommes – aux êtres dits providentiels et messianiques – mais à la raison.

Ainsi la singularité engagée par rapport aux valeurs d’ordre universel, est une manifestation consubstantielle du règne de la raison. Nous avons alors affaire à un engagement qui n’a rien à voir avec le militantisme partisan. Car la pensée est un jugement et on ne peut pas, par définition, être à la fois juge et partie. Les intellectuels dits organiques sont précisément ceux dont le rôle est de faire l’apologie du mouvement ou du courant auquel ils appartiennent ; tout en ignorant que la réflexion fondamentale est essentiellement axiologique. Pour cette raison nous disons que la philosophie est essentiellement axiosophie : savoir des axes essentiels qui conditionnent le logos du monde. Le rôle de la conscience axiologique, au sein du règne de la moralité objective, peut être compris aisément si on tient compte du fait que la loi de la majorité légitime ceux qui accèdent au pouvoir et non pas ce qu’ils font avec ce pouvoir. Cela veut dire plus précisément que la loi du plus grand nombre participe à la production de la justice, mais n’est pas cause de justice.

Par conséquent par delà la loi de la majorité, il y a celle des valeurs d’ordre universel. Car au-delà de la légitimité normative se manifeste la légitimité axiologique, donc l’instance de légitimation en dernière instance : celle du tribunal de la raison universelle.

Ainsi, l’engagement axiologique des intellectuels est la condition même de l’accomplissement de l’État de justice. En effet le règne du Bien dans le monde ne peut pas se produire sans l’action de la conscience axiologique qui se donne comme but de son action principale la lutte pour la justice au niveau universel. Par conséquent aussi bien de la justice concrète au niveau national qu’au niveau universel.

Le règne du Bien, au niveau particulier, comme au niveau universel, se présente ainsi comme l’accomplissement de l’En-soi éthique dans le monde. Ce que l’être humain expose à travers la mise en pratique de la raison, n’est autre chose – comme nous l’avons souligné tout au long de cette réflexion – que le contenu axiologique de sa propre substance. Mais il s’agit de bien comprendre que ce processus d’accomplissement n’est pas seulement un mouvement de production normative. En effet l’activité axiologique est indissociable de celle se rapportant à la réflexion dans sa dimension universelle.

En réalité la réflexion axiologique est le point de départ, car la raison pratique est une manifestation de la raison théorique. Pour cela même il a souvent été signalé qu’il ne peut pas y avoir action rationnelle sans théorie rationnelle. De plus il convient de tenir présent à l’esprit que la singularité est le sujet de la pensée. Ce qui veut dire concrètement que la puissance contenue dans l’En-soi éthique de l’humain ne peut manifester la logique de son contenu que dans et par la pensée. Plus précisément par la pensée pleinement consciente de la nécessité d’un engagement sans faille par rapport aux valeurs d’ordre universel.

C’est seulement ainsi que la pensée axiosophique – du savoir du logos de l’humain – pourra réaliser son oeuvre essentielle qui est d’un côté, la réflexion sur le contenu éthique de la substance de l’humain, et de l’autre côté, le jugement des systèmes de valeurs qui ont conditionné et qui conditionnent l’ordre du monde. En ce qui concerne cette dernière dimension, nous devons tenir compte du fait que la pensée universelle n’est pas simple réflexion, mais qu’elle est aussi jugement du monde.

À ce propos Hegel avait déjà signalé que l’histoire du monde est jugement du monde.

Nous devons toutefois tenir compte du fait que ce jugement est en tant que tel une simple puissance et qu’il ne peut devenir acte pur que lorsque l’historicité – les événements du monde – est réfléchie à partir des valeurs d’ordre universel. Par conséquent du point de vue axiologique il ne s’agit pas « d’oublier ce qui fâche et les souvenirs cruels qui divisent », mais plutôt de comprendre le pourquoi des horreurs pour arriver à la conciliation de l’humanité avec elle-même et préparer le règne de l’Amour. Pour ce qui est de la communauté sociale, il est important d’avoir présent à l’esprit que la communauté juridique est la condition même de son accomplissement, car elle permet la réalisation du pluralisme social. En effet dans un monde se réalisant dans l’universalité des rapports, il est dans l’ordre des choses que le cosmopolitisme soit une dimension effective au sein même de toute société particulière. Mais la coexistence de la diversité dans l’égalité, ne peut se réaliser pleinement qu’à l’intérieur d’une communauté juridique. Donc dans cet horizon qui se situe par delà la communauté raciale.

Par conséquent, le pluralisme social ne peut exister dans la plénitude de son être qu’au sein d’une communauté juridique. Donc à l’intérieur d’un monde où les différences ethniques, religieuses et culturelles sont rendues indifférentes par le principe de l’égalité numérique. Plus précisément par le fait qu’un vaut un et pas plus d’un? De là que tout citoyen est socialement une entité juridique, pareille à une autre, quelque soit la différence ethnique, religieuse ou culturelle. Dès lors le cosmopolitisme — l’oecuménisme propre à un monde se réalisant dans l’universalité des rapports — trouve sa correspondance, au niveau particulier des réalités nationales dans le pluralisme social. Car il est clair que la logique des communautés raciales ou religieuses n’est pas conforme aux exigences d’un monde où la libre circulation des marchandises, des capitaux, des personnes et des idées sont des dimensions essentielles.

En effet la communauté des nations, se réalisant dans la plénitude de ses capacités, porte en elle-même la nécessité de la substantialisation de la dimension générique de l’humain. Donc de la concrétisation d’une communauté universelle de nations, où la libre circulation des êtres et des choses soit la condition même de son épanouissement vital.

Nous pouvons dès lors soutenir que l’État de justice ne peut pas créer les conditions du règne du Bien au niveau universel, sans l’émergence de la conscience axiologique dans sa plénitude, capable de réaliser son oeuvre de vérité et de justice. Par conséquent non seulement de reconnaître ce qui est mais aussi condamner tous les systèmes de valeurs et d’action qui ont nié l’universalité de l’altérité et produit l’universalité du crime. Car il est clair que sans cette oeuvre fondamentale l’avènement du règne de la communauté universelle des nations ne pourra pas se réaliser et l’être humain ne parviendra pas à accomplir ce qui est de l’ordre de son devoir-être, comme de son pouvoir-être dans le monde. C’est donc à partir des circonstances de la lutte pour l’État de justice que la raison universelle pourra, enfin, rayonner dans toute sa plénitude et illuminer les chemins du monde dans son être, comme dans son devenir, ce devenir est la volonté des Hommes de lumière, dont le rôle essentiel sur cette terre est d’éclaircir l’univers humain à la lumière de l’expérience partagée dans nos espaces sacrés et dans l’Amour de notre Dame du St Esprit qui nous permet de rejeter dans le néant l’horreur de l’infamie de l’exploitation de l’Homme par l’Homme au sein de nos sociétés, de nos organisations économiques, de nos structures religieuses, de notre monde culturelle……

Le Temple est en lui-même l’Esprit de ce que le Dieu d’Amour a voulu et veut faire réaliser par Tous les Hommes, une cité unique où la lumière du vrai Dieu brillera à jamais.

Je dédie ma contribution à Jean du Bois de Croix qui fût mon procureur lors de mon accession au grade Royal du Temple, à lui qui pesta contre le présent travail estimant que la vision de l’Amour n’était pas assez présente, à lui qui trouvera toujours au fond du tunnel noir de l’âme humaine l’étincelle qui lui permettra de dire « Il n’est pas si mauvais.. ». Je t’aime, toi mon F.°., toi qui porte la Croix de tes nouvelles fonctions, toi qui a refusé l’apport des Compagnons du Temple pour laisser la place à tous ceux des loges bleues qui ont du talent comme tu le dis….. Merci à toi de m’avoir permis de ne pas renoncer à un moment de mon initiation Templière où le doute m’habitait, où le vieil Homme me dominait, tu sais être le petit parmi les grands, le mendiant qui attend les miettes, c’est pour cela  tu es Grand dans le cœur de tous, et c’est pour cela qu’aujourd’hui tu peux t’asseoir dans le siége de Pierre notre Maître.

                           Bonne Queste, ne m’oublies pas dans tes prières

                    Marc de Dieu le Veut, Templier de son état, Serviteur de Dieu
http://jeanduboisdecroix.vip-blog.com/

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 1 décembre, 2009 |Pas de commentaires »

Prier et combattre

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Dictionnaire européen

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fait l’écho du dynamisme d’un champ d’étude en plein renouveau, en intégrant mieux

qu’ils ne le sont les frères de ces institutions – Templiers, Teutoniques, Hospitaliers et

autres Calatravans –, aux préoccupations des connaisseurs et des amateurs du Moyen

Âge. Cette mine de documentation, à l’intersection de l’histoire militaire, spirituelle,

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Publié dans:L'ordre des Templiers |on 21 novembre, 2009 |Pas de commentaires »

- Histoire Templière -

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- Histoire Templière -
Ordre Souverain des Frères Aînés de la Rose
Croix
(Aussi, les Frères Élus et les Frères Consolés)
(© 2009 Philippe L. De Coster)
Le Graal et ses enquêtes à travers les âges depuis les
Croisades dans l’emprise de l’imagination
Occidentale, beaucoup plus que d’autres légendes
traditionnelles et historiques, on émerveillés beaucoup
de personnes. C’est l’incarnation d’un rêve, une idée
d’application universelle qui apparaît en des centaines
de lieux différents. Et, malgré son histoire, de
l’intérieur ou de l’extérieur, sa authenticité peut être
retracée en grande partie, mais qui est en même temps
évasif par des spéculations de tout genre, comme une
étincelle de lumière dont la lueur est seulement
voyante à la fin du tunnel, ou un réflexion vaguement
et rapidement dans un miroir. Et, malgré son histoire lointaine et médiévale, ce
grand thème est encore bien vivant de nos jours, comme la mémoire des
illustres Chevaliers Templiers, qui inlassablement continue de maintenir notre
fascination. La légende et le mystère du Graal ont résonnés à travers les siècles
passés. Et, pour la plupart du temps la légende du Graal manque d’évidence
historique, pendant que beaucoup ont essayé de trouver un rapport qui noue les
deux, c’est-à-dire les Templiers et le Graal.
Le Graal pour les Frères Aînés de la Rose
Croix, plus réaliste, n’est rien
d’autre que de se trouver à la recherche de la connaissance, comme à l’époque
des Croisades, en Terre Sainte parmi les Juifs et les Musulmans. La religion
juive entraîna les Templiers à retrouver l’arche de l’alliance ; des rouleaux
manuscrits sous la montagne à l’endroit du Temple. Ils trouvèrent un nombre
restreint de manuscrit. D’autres Templiers étaient à la recherche de connaissance
chez les Musulmans, parmi les érudits accoutumés aux sciences métaphysique
(occulte), l’alchimie et le gnosticisme. Ils étaient des accomplis dans le Grand
OEuvre, et ses divers arts.
Parmi les Musulmans, le cheikh Arstân fit cette allusion à un des hadiths,
« Craignez la clairvoyance du croyant, car il regarde par la lumière divine ! »
(Rapporté par Bukhârî) Il ne s’agit pas de lumières créées et matérielles, mais
d’une transparence parfaite de la créature aux actes, attributs et Essence divins.
L’être entier du gnostique est donc devenu lumière, et n’a pas besoin de la
lumière du dehors comme intermédiaire entre le monde et lui.
La réalisation initiatique de l’homme est comme un processus en marche, ou un
potentiel, alors qu’elle est déjà effective. N’ayant pas quitté son « ego », le
gnostique contemple les signes divins dans le monde extérieur et intérieur. La
« vision certaine » n’est pas d’une nature différente de la Foi Chrétienne ou
Islamique, ou encore de la science exotérique : elle en est l’accomplissement.
Un certain nombre de Templiers recherchaient donc les éléments Gnostiques,
Hermétiques, et Alchimiques. D’autres proposent que les Templiers furent les
prédécesseurs des Franc-maçon modernes.
Le 13 octobre 1307, le Roi, craignant qu’un jour ou l’autre l’Ordre du Temple
de Jérusalem ne se dressât devant lui, fit en sorte que tous les Templiers fussent
arrêtés, mandant en plus à ses officiers que ses lettres qui portaient
commandement d’arrêter les Miliciens fussent ouvertes en un même jour et à la
même heure, sous peine d’encourir son indignation. Ce qui fut exécuté, même la
personne du Grand-Maître de l’Ordre, Jacques de Molay, qui était au Temple de
Paris. Le Roi se saisit immédiatement du Temple de Paris, et y alla loger, y mit
aussi son trésor et les Chartes de France, et saisissait tout le reste des biens des
Templiers.
C’est à cette époque médiévale de l’histoire, que l’Ordre du Temple fut le
dernier Ordre Initiatique Occidentale qui secrètement réunit sa propre culture
avec celle des Frères Orientaux.
Ceci se passe en Palestine, où avec des buts et raisons politiques différentes, sa
milice oeuvra ensemble avec les troupes des Croisades, et avec eux les
Chevaliers de Saint Jean de l’Île de Rhodes. Barnardo da Chiaravalle (Saint
Bernard) (1090-1153) créa la Règle du Temple, restaura l’Ordre Cistercien,
avec la devise «
Salve caput cruentatum ». Il étendit sa protection à partir de
l’Ordre qui toucha les plus illuminés Rabbins (prêtres Juifs) séjournant sous le
joug de la puissance temporelle et religieuse de l’Europe dans les communautés
Juives de l’Espagne, de la France, de l’Allemagne et de l’Italie.
Il voulait leur assistance pour dissoudre les mystères cachés de beaucoup de
documents collectionnés et conservés à Jérusalem par « ses » moines guerriers,
qu’ils reçurent par les alliances secrètes qu’ils tenaient avec les hautes
interprètes de la chevalerie Islamique.
La documentation historique nous indique d’une construction érigée par « la
Maison de la Sagesse (Bayt Al Hykma
) », où leurs réunions avaient lieu à partir
de l’année 1100.
L’essor culturel fut d’une grande ampleur. Il est certes le fait des Arabes et des
Musulmans mais aussi des Chrétiens, des Juifs, et des Persans qui y
participaient.
Arnauld de VILLENEUVE (Arnau de Vilanova ou Arnaldus de Villanova) vers
1235 - vers 1311, médecin, théologien, diplomate, astrologue et alchimiste
Catalan profita de son séjour à la cour d'Aragon pour traduire des textes arabes
ou hébreux, pour en faire profiter l'école de Montpellier. Au cours du Moyen
Age les pays islamisés avaient une tradition médicale orientée vers
l'enseignement, l'organisation et l'exercice pratique de la profession ainsi que la
construction d'hôpitaux. La littérature médicale en langue arabe est certes
abondante, mais elle manque d'originalité. La médecine arabe a eu le mérite de
conserver et transmettre de nombreux textes grecs et latins oubliés ou perdus au
cours de la première période du Moyen Age Occidental.
La Haute Hiérarchie Templière ne concéda jamais leurs secrets politiques et
initiatiques en dehors de leur Commanderies et Temples. Pendant ses dernières
années de détention dans les cachots françaises, le Grand Maître de l’Ordre,
Jacques de Molay, avait le temps de s’occuper de construction, sous le couvert
des frères mineurs de l’Ordre (moines et constructeurs des Temples qui plus tard
représentèrent la partie ésotérique de la Franc-maçonnerie), et quatre groupes de
Dignitaires et Officiers du Temple d’Écosse, France, Allemagne et l’Italie. En
fin de compte, ils devenaient la partie ésotérique de la Franc-maçonnerie. Ce fut
l’année 1313.
Suivant les derniers ordres du Grand Maître, un groupe de sept Templiers qui
étaient initiés dans les secrets de l’Ordre, les Chevaliers Gaston de la Pierre de
Phoebus, Guidon de Montanor, Gentili da Foligno, Henri de Monfort, Luis de
Grimoard, Pierre Yorick de Rivault et César Minvielle, avec quinze autres
personnages, arrivèrent à l’Île de Mull en Écosse, où d’autres frères attendaient
leur arrivée.
Sur cette île, le 24 juin 1313, le Chevalier Aumonte fut élu comme Grand Maître
par l’assemblée régente. Le Templier Guy de Montanor, docteur en alchimie, au
septième degré de la hiérarchie initiatique et disciple du Grand Maître, fonda
l’Eglise Templière avec les autres initiés dans le secret de la fraternité, afin de
perpétuer l’enseignement qui avait été transmis.
Leur emblème (voir représentation ci-dessus) fut un pélican avec ses jeunes
surmontés d’un chapeau de cardinal à six pompons, portant la devise : « Dium
sib cæteris ».
En Octobre 1316, quatre Templiers initiés dans le Secret des Secrets (le Secret
Royal), Guidon de Montanor, Gaston de la Pierre Phoebus, Pietro il Buono di
Lombardia et Richard l’Anglais, avec vingt-quatre autres frères, tous
appartenant à l’Eglise Templière, partirent pour la France, ce qui fut sous la
souveraineté du Roi Philippe V. Ils demandèrent une audience à Jacques
d’Euse, élu Pape d’Avignon au « nomen (nom) » de S.S. Jean XXII. La réunion
fut acceptée immédiatement, qui eût lieu le 17 novembre 1316.
Les résultats de cette réunion furent l’assurance
protectrice entière de la part du Pape pour ces moines
guerriers, et le plan d’une Règle pour un nouvel Ordre,
dont les membres seront appelés les Frères Aînés de la
Rose
Croix. Ce groupe chevaleresque subissait de
grosses pertes par leur voyage turbulent et tragique à la
rencontre des frères en Angleterre ; pendant qu’en France
il y avait un homme qui était resté en tant que garant de
la Règle du Pape, le vieux recteur de l’Ordre Hospitalier
du Pont-Saint-Esprit.
La raison pour cette convention fut le développement et transmission de la
puissance de l’art alchimique, que les Templiers possédaient. En outre, cette
même « puissance » en plus de l’existence de l’Eglise Templière séparée de
l’Eglise-mère fut un grand souci pour le nouveau Pape.
En effet, le Pape fut constamment en état d’alerte pour maintenir sa suprématie
et autonomie sur les pays Européens, détruis par les conflits entre les différentes
factions monarchiques et impérialistes, se contredisant continuellement l’un et
l’autre. Pour eux la puissance financière était plus importante que la valeur des
armes, contredisant ainsi ce que chantaient les ménestrels et poètes à la court.
Et, malgré tout, à Avignon, le 5 janvier 1317, la Règle de l’Ordre fut remis aux
Frères Aînés de la Rose
Croix, à condition que parmi les trente-trois membres
désignés par le Haut Collège soit également le Cardinal J. Lavie de Villemur
(Jacques de Via), le neveu de Pape. Malheureusement il mourut
d’empoisonnement alimentaire, le 6 mai de la même année. A sa mort, le Haut
Collège des Frères Aînés, qui suivirent la Règle devait être recomposé pour
obtenir trente-trois membres (l’âge du Christ), qui désigna à la place du décédé,
un important Templier et gentilhomme, le Provençal Enguerand de Ners et avec
lui la nouvelle administration, c’est-à-dire le « Conseil Suprême », qui se
constitue comme suit :
Imperator à titre posthume : Gaston de la Pierre PHOEBUS
Deuxième Imperator : Cardinal-Evêque d’Avignon J. de Via
Sénéchal-Coadjuteur : Della Rovere
Grand Commandeur : Pierre le Bon de Lombardie
Grand Commandeur Adjoint : Richard dit l’Anglais
Commandeur : Guidon de Montanor
Hiérophante Majeur : Yves Lancel de l’Isle
Hiérophantes : Ortholain et Odona
Garde de Scels et Trésors : Louis de Grimoard
Grand-Maître : Henri de Montfort
Grand-Maître : Pierre, Yorick de Rivault
Grand-Maître : Baron de la Pierre
Grand-Maître : César Minvielle
Grand-Maître : Jean-Marie de Senectaire
Soit quatorze Chevaliers formant le Conseil Suprême. Quant aux dix-neuf
Maîtres-Guides, les notes n’en ont retenu que 6 : Henri Manfred de la Pierre
PHOEBUS (fils de Gaston), Gentilis de FOLIGNO, Luis d’Arville, Renault des
Pins et LE ROUX de Bretagne. On remarquera que dès le premier Conseil, deux
personnages se couvrent déjà d’un pseudonyme : le baron de la PIERRE, et LE
ROUX de BRETAGNE. Ce dernier a adopté tout simplement le « surnom » de
son aïeul Jean Ier de Bretagne, et dont la devise est significative, notamment
(
Secretum meum) – Mon secret.
L’Ordre échappa au contrôle direct du Pape en quittant Avignon, déménagea à
la Commanderie de Monfort sur Argens en 1333, afin d’organiser leur destinée à
partir de ce lieu.
Ce fut un petit château donné aux Templiers en 1207 par
Alphonse d'Aragon, Comte de Provence, qui n'avait strictement rien à voir avec
les Templiers. Celui que nous connaissons aujourd'hui a remplacé l'ancien
château des Templiers.
Le château, ancienne commanderie templière un haut
lieu de l’Ordre, se trouve au nord perché sur un promontoire dominant la rivière.
Les Chevaliers y restaient toute une année. Ils débutaient leur séjour à Montfort
sur Argens par une Messe Solennelle, à qui ils donnèrent la Communion
Mystique à tous les participants, pour continuer dans l’invisible ce que plus tard
fut appelé, « le Mythe Rosicrucien ».
Depuis lors aucun Templier ne s’est jamais déclaré comme tel, tout en
enseignant les adeptes dans le plus grand secret. A partir du 16 janvier 1992, si
un initié, ou un adepte d’une autre obédience initiatique dûment reconnue, le
Martinisme par exemple, vient demandé l’adoubement nous lui conférons après
avoir fait les recherches nécessaires quant à l’ authenticité de sa candidature.
Cependant, dans l’avenir et c’est à partir de ce jour le candidat à l’adoubement
devra passer les tests des sept degrés initiatiques O.S.F.A.R.
C. Pour chaque
degré, il aura trois mois d’assimilation d’enseignement théorique, et finalement
devra nous envoyer un travail, appelé « Procès Verbal » pour estimation. A la
fin de ce terme, il ou elle pourra recevoir l’adoubement. Celui ou celle qui est
accepté comme Templier de l’Ordre Souverain des Frères Aînés de la Rose
Croix, a accès à l’histoire, mais pas ceux du dehors. Néanmoins, il est obligé de
maintenir le plus grand silence quant à nos secrets, en mémoire de nos
cinquante-huit Imperators et Chevaliers tout au long de l’histoire F.A.R.
C,
surtout envers ceux des premiers temps des persécutions templières.
Les fraternités Sufis du Caire, Luxor et Damase, et les Communautés religieuses
du Mont Athos ont toujours été intéressées aux archives de la branche templière
la plus proche de l’Europe. Nous trouvons en ces lieux les réponses à beaucoup
de questions concernant la vérité templière, et de ce qui se posent encore de nos
jours.
Ces frères ont préservés ce qu’en Europe fut annulé ou mystifié par les
puissances temporelles, qui dans le secret, mais avec enthousiasme avaient
suivis la mystique dite hérétique, comme déviation surnommée moderne, ou des
institutions complètement exotériques. Ils sont les prétendus nouveaux des
Templiers ou Rosicruciens.
Mais, qui furent ses inspirateurs de ce mouvement initiatique en Europe ? Ce fut
un mouvement lié à la science et le mysticisme qui désormais continue son
oeuvre en autres champs d’action, et avec des « uniformités extérieures »
différentes. Ils maintenaient le Secret des secrets, ou le symbole des Mystères
initiatiques.
Sur la voie de la Règle Rosicrucienne – les Frères Élus et les Frères
Consolés.
La réunion (et la convention) eût lieu en 1317 avec les Chevaliers du Temple,
ratifiée par le Pape Jean XXII avec la bulle «
Spondent pariter ». Ce Pape, avec
le peu qu’il était autorisé de savoir, était amène d’écrire le traité incontestable
alchimique, « Le Traité de l’Art de Transmutation », publié après son décès en
1557. Nous omettons tous les éléments collatéraux et détails secondaires ; nous
rappelant que ce Pape après sa mort, laissa clandestinement dans sa résidence
d’Avignon la somme de 25.000.000 pièces d’or (une somme absolument
extraordinaire à l’époque). L’intérêt de ce détail est important, car dans l’avenir
un nombre innombrable de Princes de l’Eglise s’intéressèrent à l’Art
Alchimique. Il y a beaucoup de témoignages documentés à ce sujet, et nous
laissons aux septiques le fardeau de démontrer l’inverse. Nous laissons ici le
courant de promiscuité qui s’est accumulé de la réunion de l’Ordre du Temple,
pour continuer notre parcours.
Nous allons soustraire de l’ouvrage « Histoire des Templiers et les Croisades »
(Paris, Byblos Tome 1), quelques articles des documents de l’époque où la
Règle des Frères Mineurs, aussi une extension directe de l’Ordre du Temple des
Haut Dignitaires. Le document original de la Règle existe en deux copies ; la
première se trouve au Vatican, la seconde à Hambourg. Ce document fut
préservé par Br. Mathieu de Tramlay jusqu’en 1205, et ensuite par Robert de
Samfort, provincial du Temple en Angleterre (année 1240) et par le Maître
Roncelin de Fos.
Nous allons analyser quelques articles de la Règle des adeptes mineurs afin de
comprendre leur attitude ainsi que leurs sentiments envers les Frères Élus.
Article 11 :
L’admission rituelle de l’Élu : le serment pour la présentation du
secret de l’Ordre, car chaque indiscrétion est punissable par la mort. Le
réceptionnaire embrasse le néophyte sur les lèvres afin de transmettre le souffle
du plexus sacré qui transmet la force créatrice à l’endroit du nombril, et le
membre viril, image du principe masculin. (Cet article fut mis en cause par les
Inquisiteurs comme étant une pratique homosexuelle.) Au fait, la référence à
cette transmission symbolique du Maître vers les Centres inférieures (Cakras) de
l’initié, ne se prête à aucune équivoque.
Article 13 :
Le néophyte piétinera sur la Croix et y crachera, et c’est ainsi qu’il
obtiendra la tunique blanche avec ceinture. (Ce qui symbolise le mépris envers
les instruments de torture que les dévots aiment et adorent tellement dans leurs
cultes exotériques.
Article 14 :
L’homme qui s’imagine être autorisé d’injurier Jésus, le fils de
Marie, parce que nous avons insulté le bois de la Croix, sera exclu des Capitoles
et son éducation ne sera pas prolongée.
Article 20 :
Les Élus constituent la Haute Assemblée, le peuple des acquisitions,
où il y a n’y Juifs, ni Sarrasins, ni libres, ni esclaves, mais hommes et femmes.
A l’homme qui demeure dans le vrai Christ-Dieu, nous lui annonçons un Dieu
qui se manifeste lui-même au monde, un Christ seul fils d’un Dieu, qui fut avec
Dieu éternellement, qui n’est jamais né, et n’a jamais souffert, ne sait pas
mourir, est omniscient, a aimer et a joint l’âme du fils de Marie, et ainsi il était
dans le monde. Un Dieu que le monde n’a jamais connu, parce que l’homme
charnel n’a pas compris ce que l’Esprit est. On peut définitivement affirmer que
le fils de Marie et Joseph a tout accompli : son enseignement, ses miracles et son
oeuvre sacré, par la puissance et la force de ce vrai Christ, qui émane de Dieu
depuis l’éternité. Il joignit pour une période l’âme de Jésus, mais il n’a jamais
apparut en chair et en os. Depuis que le fils de Joseph et de Marie fut un saint,
exempt de tous péchés et crucifié, nous l’adorons en Dieu et lui adressons notre
prière. Seulement, nous considérons le bois de la croix comme étant le signe de
la Bête mentionné dans l’Apocalypse.
Les Frères Consolés
Article 8 :
Il y a des Élus et des Consolés dans chaque partie du monde. Là où
vous trouverez des grands bâtiments en construction (les Temples) et les signes
d’identification qui y sont apportées … (ce que je ne mentionne pas
publiquement), vous allez découvrir beaucoup de personnes éduquées par Dieu
et le Grand Art. Ils les ont hérité de leurs pères et maîtres, qui sont tous des
Frères… (Une autre omission)… par la voie souterraine vous allez les conduire
aux Capitoles, et ceux qui craints vous allez les désigner le « Consolamentum »
en dehors des capitoles, devant trois témoins.
Article 9 :
Vous allez fraternellement recevoir les Frères de ses groupes, et
pareillement pour les Consolés (les Rosicruciens) de l’Espagne et de Chypre ;
vous allez faire de même pour les Sarrasins, les Druses et ceux qui vivent au
Liban. Si l’Esprit anime les Sarrasins ou les Druses, vous allez les admettre
comme Elus ou Consolés.
Article 18 :
Le néophyte sera conduit aux archives où il sera enseigné dans les
mystères divines, de Dieu, de l’Enfant Jésus, le vrai Baphomet, la Nouvelle
Babylone, des choses naturelles, de la vie éternelle et la science secrète, la
Grande Philosophie, Abraxas et les Talismans (objets théurgiques ). Toutes ces
choses seront cachées pour les ecclésiastiques (profanes ou non initiés) admis
dans l’Ordre.
Article 39 :
Il est défendu dans les Maisons où tous les Frères ne sont pas des
Élus ou des Consolés de travailler des matériaux par la science philosophique,
ou la transmutation des métaux de bases en or ou argent. Le travail sera
seulement entreprit dans des lieux gardés et secrets.
Nous allons maintenant prendre en considération qui était les aspirants de ce
mouvement initiatique en Europe. Ce fut un mouvement relié à la science et le
mysticisme qui continue le travail dans d’autres champs d’action et avec des
différents uniformes extérieurs.
De ces propriétés il est difficile d’imaginer comment un ordinaire templier ou
Mythe Rosicrucien serait porteur du Secret des secrets, ou symbole des Mystères
initiatiques, compensé en un mot, le « Graal ». Et, pourtant, ils ont grandement
contribués.
La Croix philosophique symbole de la Rose et Croix, comme montre l’image,
gravée au 19
ème, contient le plan symbolique du temple d’Ezéchias (le Temple
Circulaire, contenant quatre éléments dans la Chambre Carrée.
La Croix est souvent mal comprises en Franc-maçonnerie notamment pour la
Croix Teutonique reproduit ci-après. Il est préférable de se rappeler qu’entre
deux croix, il n’y a pas de rapport, même pas ésotérique.
Étudions soigneusement ce plan et la disposition des Symboles, car son contenu
signifie la réalisation de l’emplacement philosophique correcte de la Doctrine
des Mystères Mineurs dans le Temple Maçonnique.
Notes Supplémentaires sur la Règle de l’Ordre
sans Imperator, Siège vacant en permanence.
L'Ordre est constitué de Pays placés sous la responsabilité du Grand Maître
Philippe Laurent De Coster, Gand, Belgique.
A l'Ordre proprement dit s'associent diverses Commanderies.
Tout candidat doit être parrainé par un membre de l'Ordre. L’acceptation par un
Templier de cette vraie responsabilité, lui fait prendre conscience de son
parrainage et l'implique devant les Frères Aînés de la Rose
Croix, et devant le
Grand Architecte, l’Unique, sur les trois plans.
L'Ordre du Temple de Jérusalem est initiatique. Il ne promet pas de pouvoirs
supra normaux et n'offre pas d'occultisme populaire des superstitieux. Il
propose la Voie de la recherche scientifique, alchimique, ésotérique ou
métaphysique, le gnosticisme, en un mot « la gnose ». Ardue, semée d'embûches
et de possibles chutes mais, au prix de l'effort, pleines de révélations et de
découvertes lumineuses que l’on tiendra dans le plus grand secret.
L'Ordre est dirigé par les Grands-Maîtres des Commanderies de pays placés,
assisté par des comités collégiaux variés.
Le Grand-Maître représentant de l'autorité de l'Ordre, fait appliquer par les
instances au pouvoir de juridiction et orientations générales de la vie et de
l'activité de l'Ordre.
Tout membre de l'Ordre, quel que soit son grade, sa fonction et même sa dignité
lui doit respect et obéissance.
En cas de “disparition” du Grand-Maître pour quelque raison que se soit, la
Règle prévoit sa suppléance et son remplacement immédiat.
Du cheminement dans l'Ordre.
Tout candidat accepté est reçu comme adepte. Peu importe ce qu'il a été et fait,
maintenant ou en d'autres temps. Pour lui seul doit compter le fait de SERVIR.
L'arbre est reconnu à ses fruits. L'ordre lui demande de se conformer à ses règles
et critères. A moins qu'il ne le sache, les occasions lui seront données pour
montrer qui il est.
Si l’adepte réussit ses épreuves, il est admis au grade de profession temporelle,
ce qui implique aussi un grade plus dans le comportement, notamment la
profession proprement dite, ce qui signifie l’adoubement. L’armement
(l’adoubement) chevaleresque est comme un sacrement définitif et surtout
irréversible.
Comme Chevalier de l’Ordre des Frères Aînés de la Rose
Croix, il se situe
dans l'Ordre ; et, depuis qu’il appartient à l'Ordre, il pourra être appelé à
différentes fonctions et missions et même par la Grâce Divine l’aidant, aux
distinctions et au sacerdoce Templier si Dieu le veut, connu en Latin par le

Magni Sacerdotes Templariorum”.
Les activités de l'Ordre
On appartient à l'Ordre en qualité personnelle pas dans une autre quelque qu'elle
soit. A l'intérieur on doit prendre en compte « l'étiquette spécifique à ce monde »
une fois franchi le seuil. Dans le monde, mais pas de ce monde, à voir même nos
secrets.
La vie dans l'Ordre est particulièrement faite par les apports de ses membres. On
y entre pour donner et non pour recevoir. Tout cela dégage un total de valeurs
supérieur à la simple addition. Ce total est égal à l'Unité.
En conséquence le Templier n'espère rien pour lui.
Sa contribution est double sur les trois plans du corps de l’Âme (le Soi
Supérieur) et de l'Esprit :
·
Individuellement:
·
Par ses efforts sur soi-même en tout lieu, moment et circonstances de sa
vie personnelle, familiale, sociale et professionnelle.
·
Pour se connaître mieux, se dominer, se dépasser constamment.
·
·
S'interdisant tout jugement définitif sur qui ou quoi qu'il soit.
·
·
Acceptant de mettre en doute la conception qu'il a de soi-même.
·
·
Prenant en considération l'idée que les autres ont de lui.
·
Collectivement:
Assumant la part qui lui revient dans les travaux, les cérémonies et charges de
son Ordre sous toutes ses formes, en tout lieu et moment où on le lui ordonne.
Quelques qu'aient été jusqu'à présent son expérience de la vie, ses opinions
cachées ou révélées, ses convictions théoriques ou pratiques d'une croyance ou
d'une confession philosophique et religieuse -même quand il n'en a eu aucune -
seules compte:
·
Sa Foi dans le Grand Architecte, l’Unique, et Son Esprit en chacun de
nous, et dans l’ordre transcendant de tout ce qui existe.
·
Son respect des Lois Cosmiques et son désir d'approfondir sa
connaissance (la gnose) afin de s'ajuster toujours mieux à elles.
·
Sa sincérité dans la quête des Voies de L'unité et de lumière tant sur le
plan personnel que sur le plan mondial.
Tout le conduit par le moyen de l'investiture à prononcer les trois VOEUX de:
Charité, Simplicité, Obéissance
L'Ordre oblige, par la même, chacun à:
·
Méditer
·
Écouter.
·
Discipliner sa pensée, sa langue, ses gestes.
·
Vaincre ses imperfections, ses désirs.
·
Combler ses lacunes personnelles.
·
Être présent dans l'Ordre.
·
Participer activement à ses travaux.
·
Vivre templièrement chaque instant de son existence.
·
Aimer et servir son prochain quel qu'il soit.
Telle est en résumé la Règle basique pour chacun.
Tout templier doit participer à l'office de sa commanderie ou de sa Province (par
défaut, au service religieux de sa confession) et se rendre à autant de
convocations qui lui seront faites.
L'Ordre Souverain des Frères Aînés de la Rose
Croix n'est pas une religion. Il
fait parti de LA RELIGION, fondée par le Pape d’Avignon, Sa Sainteté Jean
XXII. Bien plus que Chrétien, l’Ordre est plutôt christique.
C'est dire que s'il vient pour convertir (au sens étymologique) il se propose
comme un point de convergence pour réunir au delà des barrières formelles et
théologiques. L'Ordre n'oublie certainement pas, que le Pape est le Vicaire du
Christ, chef de l'Eglise de Pierre que reconnaît l'Ordre. Rappelez-vous que, au
moyen âge, il ne dépendait que du Saint Père à l'exclusion de toute autre
dépendance.
Pour cela L'Ordre du Temple consacre à Sa Sainteté, une piété filiale, une
fraternelle déférence et obéissance dans la mesure où il ne contredit pas
l'immense espérance d'une reconnaissance qui effacerait la dissolution inique de
1312 et qui depuis ce moment tache de boue la face de l'Eglise.
L’investiture est donnée aux Frères qu’après les avoir éprouvés dans leurs
comportements journaliers. Les grands tests sont : la charité, l’altruisme, le
dévouement, la fidélité… et, par-dessus tout, être capable de garder un secret.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 11 novembre, 2009 |Pas de commentaires »

La Stricte Observance dite Templière.

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Les Réformes spirituelles du Rite Ecossais Rectifié (1)

 Jean. van Win-GPDB

Ce titre comporte trois concepts juxtaposés : celui de rite, celui d’écossais, celui de rectifié. Voyons-les en détail afin de comprendre clairement sur quoi nous allons réfléchir ce midi.

Le Rite : en maçonnerie, un rite est un sous-groupe d’un ensemble, composé essentiellement de certaines valeurs de base partagées par ce sous-groupe, et d’une structure particulière, c’est à dire d’un certain nombre de grades. Exemples : le RER en comporte 4 + 2 ; le REAA 33 ; le RF 3 + 4 Ordres de grades. Ce n’est qu’au début du XIXe siècle que l’on commence à qualifier certains systèmes maçonniques de rites. Auparavant, dans le système rectifié, on utilise indifféremment les mots Régime et Rite, qui sont en réalité synonymes.

La première édition du Régulateur des Chevaliers Maçons, par lequel le Grand Orient de France «  régule » en effet les hauts grades du rite français en 1801, s’appelle : «  Régulateur des Chevaliers Maçons selon le Régime du Grand Orient de France ». Il s’agit bien entendu du futur rite français, qui n’existe pas encore sous cette appellation qui ne lui sera donnée que par opposition au futur REAA.

Régime signifie donc à la fois gouvernement et système, ce qui est exactement la définition du rite. Le mot régime cède définitivement la place au mot rite au début du XIXe siècle. Le fait d’utiliser soit «  rite écossais rectifié » soit «  régime écossais rectifié » n’a pas la moindre signification [1]

Ecossais : cet adjectif n’implique pas le moindre rapport ni avec les cornemuses, le whisky, les kilts ou le monstre du Loch Ness. Ecossais signifie tout simplement que la structure particulière du rite comporte des grades dits hauts, c’est à dire des développements thématiques rituels ultérieurs à celui du grade de maître. Le grade d’Ecossais est le premier qui apparut en France vers 1743, certains FF Maîtres marquant par cette distinction nouvelle leur souci de se distinguer du vulgum pecus, d’autres manifestant un souci d’approfondissement.

Rectifié : cet adjectif est synonyme de réformé. Il vient du verbe latin ‘rectificare’, c’est à dire redresser, remettre dans le droit chemin.[2] Le RER apparaît en effet vers le milieu du XVIIIe siècle, à un moment où la maçonnerie française connaît des déviations et des innovations blâmables ; certains FF de la région lyonnaise ont décidé de retourner à ce qu’ils considéraient comme la véritable maçonnerie des origines.

Bref : le rite se dit réformé, rectifié. Par rapport à quoi ? Par rapport, bien entendu, à ce qu’était devenue la maçonnerie française à l’époque où Jean-Baptiste Willermoz, né en 1730, y entre à l’âge de 20 ans, soit en 1750.

Petit rappel historique.

On sait que la maçonnerie obédientielle vit le jour à Londres en 1717. Et non la maçonnerie spéculative, comme on l’écrit souvent. Ce sont en effet quatre loges spéculatives qui s’associent et créent une petite fédération qu’elles intitulent modestement Grande Loge de Londres et de Westminster. En 1723, cette fédération publie des Constitutions sous la plume du généalogiste impécunieux James Anderson. Vers 1725 apparaît, venu d’on ne sait où, le grade de Maître. Vers 1730, des loges anglaises s’installent à Paris, quoique les stuartistes fervents affirment qu’il y eut des loges jacobites en France dès 1688.

De 1730 à 1750 environ, la progression est fulgurante, le succès des «  frimessons ou frimaçons » est énorme. Dès 1743, soit 13 ans après son implantation en France, apparaissent des Maîtres Ecossais qui se disent supérieurs aux simples Maîtres et exigent d’être traités avec des privilèges et des honneurs particuliers. Déjà…

Les rituels anglais, utilisés par les loges françaises souvent peuplées de résidents britanniques, connaissent dès le début des « améliorations » qui stupéfient les Anglais et ravissent les Français : ajout d’une élégante et frivole houppe dentelée sur les tableaux de loge [3], port de l’épée, port abusif du cordon de l’Ordre du Saint-Esprit ( en réalité strictement réservé à une centaine de nobles triés sur le volet),  maintien du chapeau en loge ( comme le Roy et les Grands…), hommage rendu à la verbosité par la création du poste d’orateur, inconnu des Anglais, dramatisation des rituels afin d’épouvanter (sic) les candidats [4], toutes innovations qui francisent la pratique maçonnique et laissent rêveurs et interloqués les flegmatiques fondateurs anglais…

Autre innovation de nos bouillants voisins d’outre-Quiévrain : les hauts grades. Ils ne sont en réalité qu’ultérieurs : la vanité les fait hauts.

En 1736, le chevalier Ramsay prononce, ou ne prononce pas, peu importe, un discours qui laissera des séquelles en France, mais aussi dans le reste du monde civilisé : il prétend que la maçonnerie ne doit rien aux vulgaires ouvriers des chantiers, mais tout aux Croisés qui partirent à la conquête des Lieux Saints. Les maçons sont en réalité des chevaliers maçons. Ce discours met le feu aux poudres d’une société dans laquelle le passage de l’état de bourgeois à l’état noble constituait, pour certains, une véritable obsession.[5] Les ‘chevaliers maçons’ auraient rang de gentilhomme en loge, et, moyennant finance, se verraient traiter en prince, sublimes ou illustrissimes selon les cas, gardant coiffe en tête, portant l’épée etc…Une telle opportunité, au sein de la stricte société de classes dans laquelle elle vit le jour, ne laissa pas de susciter un enthousiasme fébrile ; on se bouscule aux portillons de la promotion sociale.

Et de 1730 à 1750, la course aux vanités se poursuit dans le plus grand désordre. Les organismes maçonniques foisonnent, se multiplient, se séparent, se subdivisent, s’excommunient, se combattent, fusionnent, divorcent derechef, et donnent un lamentable spectacle de division, d’improvisation et de chamailleries sans fin.

Tout chaos engendre quelque jour un ordre, de même que tout ordre génère tôt ou tard son chaos. Certains maçons, soucieux d’organisation, s’avisent de récupérer une partie de cette énergie omnidirectionnelle dans des systèmes structurés de leur invention ou d’importation, dont ils seraient, bien entendu, les chefs. Et voici qu’apparaissent, ici et là : le chapitre de Clermont, la Stricte Observance Templière, le Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident, le Conseil des Chevaliers d’Orient, l’Ordre de l’Etoile Flamboyante, le Régime Ecossais Trinitaire, les Illuminés Théosophes, les Philalèthes, et j’en passe, non sans signaler quelques grades des plus savoureux à mon goût : les Architectes Africains, et quelque système pratiquant le grade d’Ecossais Vrai d’Ecosse ou mieux encore, celui d’Ecossais Napolitain…

La maçonnerie de Louis XV, surnommé le Bien-Aimé, connaît non seulement la pagaille, mais encore le commerce des hauts grades de pacotille, le trafic des influences, des malversations, des escroqueries, la vente au prix fort de diplômes et de décors, même dans des charrettes suivant les troupes en campagne…

C’est dans ce contexte trouble qu’apparaît, en 1750 et à Lyon, Jean-Baptiste Willermoz. Il est né en 1730. Initié à 20 ans, il est Vénérable de sa loge l’année suivante. Quoique fort déçu et insatisfait de cette maçonnerie frivole et équivoque ( il n’est heureusement pas le seul !), il crée, en 1760 et à l’âge de 30 ans, une Grande Loge des Maîtres lyonnais qu’il affilie à la Grande Loge de France. Cette dernière, qui connaît de profonds désordres sous la grande maîtrise du prince de Clermont, voit ses travaux suspendus en 1766 et voici notre Jean-Baptiste en chômage maçonnique.

La grande idée de J.B. Willermoz.

C’est à cette époque que naît probablement l’idée centrale de toute sa vie et qu’il s’efforcera de mener à bien en dépit de la brutale interruption des activités maçonniques causée par la Révolution d’abord, et la Terreur ensuite. Cette idée est celle de la réforme spirituelle de l’Ordre maçonnique, par un retour aux sources authentiques qu’il a abandonnées.

Retour aux sources, fort bien ; mais quelles sources ?

Plusieurs rencontres capitales vont l’aider à préciser ce point essentiel et à mettre en œuvre un projet remarquable et unique dans toute l’histoire de la maçonnerie [6], car il résulte, au plan de de la pensée, de la volonté et de l’action et de l’organisation, des efforts inlassables d’un seul homme.

Willermoz.

Cet homme est moyennement doué au plan intellectuel, avouons-le d’emblée, bien que sa réussite professionnelle et son aisance sociale ne fassent pas de doute. Sa formation est élémentaire : il ne fréquente pas l’école. A 20 ans, il est déjà un négociant en soieries établi et sérieux. Toute sa vie, il poursuivra des grades maçonniques susceptibles de lui apporter « des mystères de plus en plus sublimes ». Il créera un système maçonnique cohérent et riche en symboles ; il correspondra avec les princes et les aristocrates les plus en vue de la future Allemagne. Il faut aussi l’imaginer, le carnet de commandes à la main, discutant chiffons dans l’arrière-boutique de quelque décorateur-garnisseur du faubourg Saint Honoré…Il importe donc, à présent, de consacrer un certain temps aux rencontres maçonniques que fait Willermoz ; il en naîtra une œuvre réformatrice dont nous sommes les héritiers plus ou moins fidèles. Encore faut-il que nous en soyons bien conscients.

Et voici qu’apparaît Martinez.

En 1766 donc, Willermoz est en chômage maçonnique. Peu après, il est accueilli à Paris par un catholique converti d’origine espagnole, Don Martinez de Pasqually de Latour. Je ne nous parlerai que très peu de ce personnage modérément recommandable.  Dépeint comme inculte, prétentieux, besogneux, occultiste buvant à toutes les sources, Martinez possède toutefois un magnétisme tel qu’il s’impose à certains comme un prophète inspiré. Vers la fin du siècle, la maçonnerie verra ainsi surgir nombre d’individus du même style, toujours issus de la tendance dite mystique de l’ordre et jamais de sa branche rationaliste, pataugeant dans les plus discutables substituts de la spiritualité chrétienne : Joseph Balsamo, obscur artisan sicilien se disant comte de Cagliostro qui finira étranglé dans les prisons du pape ; le comte de Saint Germain, un industriel délirant qui avait déjeuné avec Jésus et César ; Anton Mesmer et ses baquets à magnétiser ; et enfin Casanova, aventurier rocambolesque et obsédé sexuel impénitent, qui, délaissant un instant l’érotisme pour l’ésotérisme, a laissé un des textes initiatiques les plus intelligents de toute la maçonnerie du XVIIIe siècle.

Le douteux Pasqually crée l’Ordre des Chevaliers Maçons élus Coëns de l’Univers. Il y reçoit aussitôt des hommes importants et distingués, tels Bacon de la Chevalerie, Louis-Claude de Saint Martin et, bien entendu, Jean-Baptiste Willermoz. L’Ordre Coën comportait sept grades, trois classiques plus quatre purement Coëns, coiffés par le grade de Réau Croix, qui est davantage une ordination destinée à ceux qui sont aptes à reconnaître des preuves d’ordre surnaturel. Ce dernier grade doit rendre son détenteur semblable à Dieu.

Vaste programme pour un illettré. Pour un lettré aussi, du reste.

Je ne m’étendrai pas sur ce personnage. Si on essaie de comprendre quelque chose à la pensée obscure que Martinez communique en un langage approximatif, on s’aperçoit qu’elle se résume en fait à ceci : l’homme possède en lui une parcelle de divinité, engluée dans la matière. Ce germe lui permet de se réconcilier avec Dieu, ce qui garantit son salut après la mort. Cela s’appelle la « réintégration »  dans la divinité. [7]

Clavel résume comme ceci l’Initiation Coën : «  l’initiation doit régénérer le sujet, le réintégrer dans sa primitive innocence et dans tous les droits qu’il a perdus par le péché originel ». Nous retrouverons bientôt ces notions dans le rite rectifié de Willermoz que nous analyserons dans quelques instants. Martinez disparaît pour les îles en 1772 et pour l’Orient céleste en 1774.

Revenons donc à Willermoz qui, tout en vivant son état de Réau Croix, n’en demeure pas moins en recherche d’une maçonnerie sérieuse, ordonnée, riche d’un enseignement utile aux hommes : mais la France ne lui offre pas ce qu’il attend. Il entre alors en correspondance avec la RL ‘La Candeur’ de Strasbourg, loge qui a quitté la GL de France pour s’affilier à la GL d’Angleterre. Elle entre aussi en contact avec le système allemand dit de la Réforme de Dresde, que l’on connaît mieux sous son appellation de la Stricte Observance  (Templière).

La Stricte Observance dite Templière.

Le promoteur essentiel de ce régime, de cette obédience ou de ce système, comme l’on voudra, est le baron Carl von Hund. Initié à Paris en 1741, il médite lui aussi dès 1743 un nouveau régime destiné à se propager en Allemagne. En 1751, il crée une loge templière et en 1754 il participe à la fondation du célèbre chapitre de Clermont. En principe, il va alors propager ce système de hauts grades français et templiers en Allemagne. On y trouve les trois grades symboliques habituels, trois grades écossais, soit le Maître Ecossais, le Novice et le Chevalier du temple, et enfin, trois grades nouveaux : le chevalier élu de l’Aigle, le chevalier illustre ou Templier, et le Sublime chevalier illustre.

En Allemagne non plus, on ne craint pas l’enflure des adjectifs. Hund prétend avoir été investi, par un Supérieur Inconnu venu d’Ecosse, de la dignité de Grand Maître du Temple. Il établit sur cette base, vers 1763-1764, le régime de la Stricte Observance Templière. Il divise l’Europe en neuf provinces templières, chacune se subdivisant en prieurés, ceux-ci en préfectures, celles-ci en commanderies qui coiffent les loges écossaises elle-mêmes souchées sur des loges symboliques. C’est déjà toute l’armature du futur Rite Ecossais Rectifié qui est conçue en 1763.

Hund est mal entouré ; on lui souffle une idée saugrenue qu’il traduit dans un «  plan économique » ( on dirait aujourd’hui un plan financier ou un business plan) consistant tout simplement à réclamer au prochain concile les biens matériels considérables confisqués aux Templiers en 1314. Ces extravagances précipitent la chute de Hund.

Les divers Convents se suivent…

Au convent de Kohlo, en 1772, il est déchu de la grande maîtrise. Ce convent met sérieusement en doute l’origine templière de l’Ordre, l’existence des Supérieurs Inconnus fondateurs, et rejette le « plan économique ». Néanmoins, ce système, maintenant moribond, aura été, de 1754 à 1772, soit 18 ans durant, le facteur déterminant d’unification de la maçonnerie allemande, et même de la maçonnerie scandinave.

Deux ans après son cuisant échec, en 1774, Hund se préoccupe de la France. Il délivre une patente au baron Weiber, avec pleins pouvoirs pour rétablir les Directoires des provinces templières de langue française.

Les Français surestimaient l’importance qu’avait ce régime en Allemagne, qui n’a jamais dépassé 80 loges, mais qui comptait dans ses rangs des personnages de premier plan, avec lesquels Willermoz se flattera d’entretenir une correspondance. Celle-ci, planquée par lui durant la Terreur, fut partiellement retrouvée au XIXe siècle par le plus rocambolesque des hasards : les correspondants principaux étaient Ferdinand de Brunswick, Charles de Hesse-Cassel et Charles de Sudermanie. Cette correspondance, publiée par Steel-Maret, est essentielle pour comprendre la pensée de Willermoz.

Les Français vont donc prendre contact, en Allemagne, avec ce nouveau régime templier. Et plus particulièrement Jean-Baptiste Willermoz, toujours appâté par tout régime étranger qui lui assurerait l’ordre au sein de l’Ordre, qui lui donnerait des règles précises et minutieuses à l’observance desquelles il vouerait toute sa besogneuse dévotion.

Willermoz crée donc avec Weiber un nouvel Ordre templier, selon l’axe Strasbourg, Lyon, Bordeaux, Narbonne, plus la Savoie. Il va aussi convaincre l’ex Grande Loge, devenue Grand Orient de France en 1773, de reconnaître son régime ou système, comme seule structure régulière de hauts grades. Accord que Philippe d’Orléans, duc de Chartres et Grand Maître, ratifie en 1776.

Brillante victoire de Willermoz !

En Allemagne, la SOT est en pleine déconfiture. Les fantasmes templiers et les mensonges « maçonnico-stuartistes » de Hund sont découverts. Il perd tous ses pouvoirs au convent de Brunswick en 1775 et meurt l’année suivante.

Les Français s’aperçoivent alors que leur système avait en réalité peu de rapport avec celui des loges allemandes. Ils en profitent pour se débarrasser de toute sujétion et convoquent bien entendu un nouveau convent dans ce but. Willermoz jubile une fois encore ! Il s’agit en effet d’organiser.

Avec le F. Salzman, il décide d’utiliser le cadre formel de la maçonnerie réformée pour y introduire l’enseignement Coën hérité de Pasqually.

Le Convent dit des Gaules se réunit à Lyon en 1778. C’est une pleine réussite. Les 4 grades de la maçonnerie réformée française comprennent désormais : l’apprenti, le compagnon, le maître et le Maître Ecosssais (et) de Saint André. Les rituels sont complètement revus par Willermoz lui-même. Après les quatre grades symboliques vient alors l’Ordre Intérieur, suivi,  à cette époque, d’une structure secrète comportant les classes de Profès et de Grands Profès

(ce qui est encore une invention de Carl von Hund, aujourd’hui disparue, quoique feignent de prétendre certains amateurs de mystères romantiques, profondément nostalgiques des Supérieurs Inconnus…). De nos jours, c’est la « classe » qui a disparu ; pas nécessairement la qualité.

Mais le contenu de ces grades est l’œuvre de Willermoz et se trouve complètement transformé par l’introduction, dans la classe des Profès, de sa version de la doctrine de la réintégration élaborée par Martinez de Pasqually.

Le Convent des Gaules change le nom de l’Ordre, qui devient : «  Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte ». Cette appellation est un démarquage à peine voilé de :

« Ordre des Templiers de Jérusalem ». Le même Convent donne pleins pouvoirs, pour toutes les provinces françaises, à Jean Baptiste Willermoz : une obédience templière purement française est enfin née !

Le fameux Convent de Wilhelmsbad.

Quatre ans plus tard, en 1782, le fameux convent de Wilhelmsbad ( non loin de Francfort) n’est qu’une répétition du précédent. Willermoz y fait approuver une réforme et un plan concernant les provinces templières de France. Il précise enfin clairement que rien ne permet à l’Ordre de se dire héritier temporel des Templiers, mais il convient toutefois de conserver la légende templière dans le dernier grade de l’Ordre.

Le Convent décide de refondre les rituels et les règlements qui seront désormais exclusivement qualifiés de rectifiés.

Willermoz rédige les rituels des trois premiers grades symboliques qui furent adoptés, mais ne furent jamais ratifiés par l’ensemble des loges du régime ; fut aussi adoptée une esquisse du 4e grade, dont la version définitive attendra jusqu’en 1809 pour voir le jour. L’Ordre Intérieur est enfin composé de Novices et de Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, dont les rituels restaient à refaire.

La « Règle maçonnique à l’usage des loges réunies et rectifiées » est arrêtée au Convent de Wilhelmsbad. Elle enregistre en neuf articles toutes les idées de Willermoz : principes spiritualistes Coëns, espoir de régénération et de bonheur parfait. Mais les Maçons du Nord de l’Allemagne refusent de se soumettre. Les dirigeants (Hesse, Brunswick) apparaissent comme des rêveurs. Une opposition très vive se fait jour et s’appuie sur le thème : Liberté, Egalité, Indépendance, dont on devine l’inspiration. Certains rejettent alors toute influence française et veulent en revenir au régime de Hund. Les rituels d’Ecossais, de Novice et de Chevalier Bienfaisant ne furent jamais promulgués à cette époque .

La Révolution et surtout la Terreur de 1792-1793 mettent un terme à tout cela. Willermoz cache ses archives et prend la fuite. En 1795, après Thermidor, Willermoz est devenu vieux. Il a maintenant 65 ans, ce qui est beaucoup au XVIIIe siècle. On ne s’adresse plus à lui que parce qu’il possède des rituels et des documents. Il va néanmoins recopier et retravailler diverses versions de ses rituels qui nous parviendront finalement conformes à diverses étapes de sa pensée. Ceci est important pour les «  puristes » qui s’acharnent à trouver LE rituel authentique de Willermoz. En effet, peut-on dire que les plus récents soient plus authentiques que les plus anciens, ou peut-on au contraire prétendre l’inverse ? Vain débat.

Certains héritiers spirituels de Willermoz se sont crus autorisés à le « décréter », mais rien n’autorise pareille déduction, qu’il convient d’éviter, sous peine de subjectivisme partisan.

En conclusion provisoire de l’épopée willermozienne, résumons en quoi consiste la réforme ou la rectification du RER :

1. Dans un contexte maçonnique fortement dégradé, la maçonnerie nouvelle est une société

    qui cultive la morale et la religion, qui transcende celle des églises particulières.

2. Cette maçonnerie se réfère aux principes les plus purs du Christianisme qui deviennent

   assez semblables à ceux du droit naturel.

3. Cette réforme aboutit à une synthèse et à une simplification : elle revient aux origines

   chrétiennes de la maçonnerie, tout en écartant avec insistance les éléments hermétiques et

   alchimistes, dont Willermoz a horreur.

4. Les doctrines martinézistes perdent néanmoins leur poids dans le Régime rectifié, qui prend

    désormais une courbe nettement maçonnique et chevaleresque, avec une tendance finale

    proche d’une gnose johannique, c’est à dire d’une gnose chrétienne.

Caractères principaux du Rite Ecossais Rectifié.

Voyons successivement, dans la Belgique d’aujourd’hui, d’abord sa logique interne et spirituelle ; voyons ensuite les 4 points de repère des 4 grades symboliques ; et voyons enfin les problèmes soulevés par son caractère ouvertement chrétien, en répondant à plusieurs questions traditionnelles concernant cette dernière spécificité, qui est en réalité la plus importante.

1. La logique interne du Rite.

Les trois premiers grades d’apprenti, de compagnon et de maître, dits grades symboliques ou encore grades bleus, sont aussi dits « vétéro-testamentaires », c’est à dire qu’ils se rapportent à plusieurs thématiques tirées de l’Ancien Testament. L’Ancien Testament, ou Loi Ancienne, comme nous l’avons étudié en 2001, est la partie de la Bible allant de la Genèse jusqu’avant la naissance de Jésus qui, elle, inaugure le Nouveau Testament, dit aussi Nouvelle Alliance, ou encore Nouvelle Loi. [8]

Bien sûr, ces loges symboliques, de même que toutes les autres loges de tous les rites authentiques, sont dites «  loges de Saint Jean » ; toutes, elles contiennent, en Occident à tout le moins, une Bible, ouverte le plus souvent à l’évangile de Jean. Les rituels eux-mêmes font des allusions aux Ecritures, soit à celles de l’Ancienne Loi, soit à celles de la Nouvelle :

«  cherchez et vous trouverez, etc… ».

Mais le fil rouge, le thème fondamental des trois grades symboliques, y compris les grades rectifiés, est et demeure celui de la construction du Temple de Jérusalem, figuré aux deux premiers grades par le tapis de loge, et au troisième, par une légende mettant en scène son architecte. Ceci émane de l’Ancien Testament, principalement du Livre des Rois et du Livre des Chroniques.

Quant aux deux derniers grades du Rite ou Régime Rectifié, ils ont pour cadre la Loi Nouvelle. Ils sont chevaleresques, ou plus exactement équestres (de eques = chevalier) et évoquent le rôle spirituel rempli par la « Milice des pauvres Chevaliers du Christ » qui avait établi ses quartiers près du temple de Jérusalem, d’où le nom de Templiers qui lui fut donné par facilité. Ces deux grades n’ont pas de lien organique avec l’Ordre maçonnique proprement dit, si ce n’est qu’ils ne recrutent leurs membres que dans son sein.

Le grade le plus essentiel, le plus significatif, le plus « rectifié », le plus riche en ésotérisme chrétien est celui qui jette un pont entre les trois grades vétéro-testamentaires et les deux classes chevaleresques et néo-testamentaires. Il s’agit du grade de Maître Ecossais et de Saint André, quatrième et dernier grade symbolique dans la structure définitive du RER telle que nous la connaissons aujourd’hui, en France et en Belgique principalement. Il a remarquablement été analysé et commenté par notre BAF Roland Bermann. [9]

On peut donc considérer que le Rite Ecossais Rectifié mène le postulant de l’Ancienne Loi à la Nouvelle par la médiation active de Saint André, lui qui autrefois quitta le sillage de Jean le Baptiste, dernier prophète de l’Ancienne Loi, pour suivre celui du Christ, dont est née la Loi Nouvelle.

C’est dans ce grade, en vérité capital, original et tout à fait spécifique au Rectifié [10], que se retrouvent les éléments essentiels de la pensée willermozienne, mais aussi et surtout, du christianisme non-confessionnel, convenant à tout chrétien ou à tout Frère bien disposé à suivre sa morale et son enseignement. Ce grade n’est pas réservé, en Belgique, aux Frères qui fréquentent les loges bleues du Rite. Il est ouvert à tout Maître-Maçon accompli, ayant pratiqué l’un des rites maçonniques dont les grades symboliques sont, eux aussi et par définition, vétéro-testamentaires.

2. Les quatre points de repère des grades symboliques rectifiés

Les Vertus chrétiennes sont groupées en trois vertus théologales ( la Foi, l’Espérance et la Charité), et en quatre vertus dites cardinales [11]( la Justice, la Tempérance, la Prudence et la Force).

L’édifice patiemment conçu par Willermoz repose tout entier et avec une merveilleuse cohésion, sur la pratique de chacune des « vertus particulières du grade ». Chacune des vertus cardinales préside à l’enseignement et à la morale propre d’un grade considéré. On pourrait penser que, à l’issue de l’écolage moral basé sur les vertus cardinales, le sommet de la construction willermozienne déboucherait logiquement sur les trois vertus théologales. Il n’en est rien. C’est le grade de Rose-Croix, profondément chrétien et rien d’autre [12] qui en est le dépositaire. Mais, circonstance troublante, des études récentes montrent et confirment de plus en plus souvent que, contrairement à ce que l’on pensait, il y aurait maintenant des présomptions très solides donnant à penser que l’auteur du rituel de Rose-Croix, qui date de 1760 environ, serait probablement…Jean-Baptiste Willermoz ! Quel édifice cohérent, complet et profondément chrétien eût constitué, dans cette hypothèse, un système maçonnique menant, par l’exercice répété de la Justice, de la Tempérance, de la Prudence et de la Force, à la Foi, à l’Espérance et à la Charité.

Mais il n’en fut pas ainsi, et on ne peut que subodorer ce qui, éventuellement, a distrait Willermoz de ce projet. Martinez et sa théosophie ?  Hund et son templarisme ?  On pourrait éprouver à cet égard comme une nostalgie. Espérons que la recherche donnera un jour les preuves documentaires nécessaires pour asseoir la  thèse du Rose-Croix willermozien.

La structure du Régime Rectifié est donc d’une parfaite orthodoxie chrétienne, partant au début du Temple de Salomon dans l’Ancienne Loi, pour revenir, à la fin, à la Jérusalem Céleste de l’Apocalypse de Jean de Patmos..

3. Pourquoi un rite chrétien dans une maçonnerie universaliste ?

La question qui se pose à certains de nos FF est la suivante : comment un rite maçonnique peut-il se revendiquer d’une seule religion, ou croyance, alors que la maçonnerie est par définition universaliste et constitue de nos jours le centre d’union de toutes les croyances ? Pourquoi favoriser la Bible, et singulièrement le Nouveau Testament, alors que bien d’autres livres sacrés sont admis comme supports locaux des serments ? N’est-ce pas réduire l’ouverture du compas ?

La réponse nous amène à faire un nouveau flash back à caractère historique.

La Franc-Maçonnerie britannique et protestante est en effet devenue universaliste et ouverte à toutes les religions depuis1813, date de la réconciliation et de l’union entre la Grande Loge des Anciens et celle des Moderns. En France, dès ses débuts en 1730, la maçonnerie est très majoritairement fréquentée par des catholiques apostoliques et romains. Toutes les structures de l’Etat, les corps constitués, la société civile d’Ancien Régime, les associations privées, tout est soumis au pouvoir de l’Eglise catholique. Le Roi lui-même est oint par un évêque et tient ses pouvoirs, qui sont du reste absolus et aucunement constitutionnels, de Dieu. Louis XVI est roi de France et de Navarre par la grâce de Dieu.

En 1813, nous sommes à la fin des guerres d’Empire. Les Français ne se soucient aucunement des évolutions de la maçonnerie anglaise, l’ennemi acharné de la France. La maçonnerie française, après son éclipse révolutionnaire, est totalement domestiquée par Napoléon, ses frères et ses maréchaux . Bien que déjà laïcisée, elle demeure chrétienne, par fidélité à ses origines sociologiques propres, mais aussi par loyauté envers les valeurs qui ont constitué l’Ordre maçonnique moderne en 1717.

Quelles sont ces valeurs ?

Nous les trouvons explicitées sans ambiguïté dans le premier document constitutionnel que l’obédience-mère du monde publie, six ans après sa naissance.  En 1723, les pasteurs Anderson et Désaguliers établissent clairement ceci : le métier de la construction manuelle, qui a partiellement servi de modèle symbolique à la nouvelle association intellectuelle, était chrétien, et même catholique romain jusqu’à Henri VIII. L’ensemble des Anciens Devoirs, rédigés depuis le XIVe siècle, est encore partiellement disponible pour en attester. Ces textes ont été publiés en anglais et en traduction française et devraient être connus de tout maçon. De plus, les Constitutions d’Anderson elles-mêmes reprennent à leur compte le christianisme qui imprègne la société du temps, mis à part quelques originaux débauchés et sans morale tels mylord Wharton et son Hell’s Fire Club.

Il convient donc de passer quelque temps sur le texte de ces Constitutions, et pas seulement sur l’article 1er des Obligations que tout maçon connaît par cœur. Je rappelle rapidement qu’on a voulu faire dire bien des choses à ce texte. Par exemple, que si «  les athées stupides » étaient exclus du projet andersonien, cette exclusion, entraînait l’admissibilité a contrario[13] d’hypothétiques « athées non stupides ».Thèse insoutenable ! Outre qu’il était impensable, à l’époque, d’imaginer un athée qui ne fût pas stupide, [14] un raisonnement symétrique, appliqué au second terme de la phrase, rendrait donc possible l’accès dans l’Ordre aux « libertins religieux »[15], expression tout aussi contradictoire que «  athée non-stupide ».

Les Constitutions d’Anderson sont chrétiennes, rédigées par deux chrétiens, à l’intention d’une association peuplée de chrétiens. Cette dernière est essentiellement protestante d’ailleurs, puisque le mot «  denomination » en anglais se réfère aux nombreuses chapelles qui constituent le monde issu de la Réforme. Le Centre d’Union est donc celui des chrétiens, quelle que soit leur chapelle particulière. [16]

Je ne veux pas me contenter d’affirmer ceci, alors que des dizaines de volumes ont été consacrés à la défense de thèses opposées, pour une large part issues du GODF et du GOB.[17]

Je vous donne donc rapidement six exemples tirés de la totalité du texte des Constitutions, dont on ne connaît trop souvent que le chapitre disciplinaire. Les numéros de page sont ceux de l’édition originale anglaise, qui connaît des paginations diverses dans ses innombrables traductions.

1.  L’identité de Dieu et du Grand Architecte de l’Univers est tout d’abord posée : « Adam, notre premier ancêtre, créé à l’image de Dieu, le Grand Architecte de l’Univers…(page 1 ).

2.  « De plus, cette branche sacrée de Sem,  de laquelle, par la chair, le Christ est venu, ne dut pas être maladroite dans les arts savants d’Assyrie etc. » (page 7 ).

3.  « Rome devint le centre de la Connaissance aussi bien que du pouvoir impérial, jusqu’à ce que les Romains arrivent au zénith de la gloire sous Auguste César, sous le règne de qui est né le Messie de Dieu, le Grand Architecte de l’Eglise ». ( page 24 ).[18]

4.  «  Les nations asiatique et africaine subirent la même calamité à la suite des conquêtes des Musulmans ( Mahométans dans le texte anglais) dont le grand dessein est seulement de convertir le monde par le feu et par l’épée, au lieu de cultiver les arts et les sciences ».[19]

(page 28 ).  Ces derniers sont donc exclus, de même du reste que les Juifs, dont fort peu de représentants peuplent alors les loges anglaises et continentales, et dont la présence rarissime suscite  la colère des FF chrétiens. [20]

5. Dans son édition de 1738, Anderson insiste sur les mérites de la Résurrection : «  le Seigneur J.C., âgé de 36 ans (sic) a été crucifié hors des murs de Jérusalem…et est ressuscité d’entre les morts le 3° jour, pour la justification de tous ceux qui croient en lui » 

6.  Et plus étrange et plus fort encore, le GADLU est cette fois assimilé au seul Jésus-Christ : «  La parole s’est faite chair et le Seigneur J.C. Immanuel (sic) est né, le Grand Architecte de l’Eglise chrétienne ».

En France, le Rite Ecossais Rectifié a presque cessé d’exister tout au long de la Révolution française et de la Terreur, nous allons le voir dans quelques instants. Il disparaît même  dans ce pays durant la presque totalité du XIXe siècle. Pour cette raison d’ordre historique, il a pu retrouver, lors de sa résurrection, le caractère chrétien inaltéré de ses origines, alors que d’autres futurs rites, tel le Rite Français en puissance, se voyaient raboter le leur sous la pression des événements politiques. Tel la Belle au Bois Dormant, le RER se réveillera intact et toujours jeune après un long sommeil, alors que d’autres ( futurs) rites auront mal vieilli et se seront dénaturés.

Le RER tient à préserver ce caractère, mais ceci n’implique pas, de nos jours et en Belgique, que le Rite soit fermé aux FF non-chrétiens ; il leur est ouvert, à condition que ceux-ci respectent sa spécificité et se conforment à ses usages. Il n’en va pas autrement dans les universités telles l’Université Catholique de Louvain et l’Université Libre de Bruxelles. La première s’affirme catholique, la seconde libre-exaministe. Aucune de ces deux institutions n’exige plus de ses étudiants qu’ils partagent les croyances religieuses ou la méthode philosophique qu’elle proclame. Mais toutes deux exigent qu’ils s’abstiennent de contester ou de combattre les valeurs qui constituent leur essence spirituelle même.

De hautes autorités du RER telles Jean Tourniac en France et certains dirigeants du rite en Belgique ont précisé l’esprit dans lequel un F. non-chrétien peut accéder de bonne foi au RER. Les rituels de Maître Ecossais de Saint André et même le célèbre armement de CBCS expriment, avec nuance, sensibilité et compréhension, cette ouverture aux non-chrétiens.

Permettez-moi de clôturer ce point de mon exposé par une conclusion personnelle : l’Ordre maçonnique est d’essence chrétienne et tous les rites maçonniques authentiques le sont aussi. Tous, ils se vivent dans des loges de Saint Jean.

Tous travaillent à la gloire du Grand Architecte de l’Univers et en présence, dans nos régions, de la Bible ; ceci a duré pendant tout le XVIIIe siècle, avant les déviations doctrinales et politiques du XIXe.

Tous, ils comportent des prières dans leurs versions originales et authentiques, et quand je dis tous, j’entends notamment : le RER, le RF, le REAA. Et j’en tiens les textes à la disposition des FF qui seraient surpris voire sceptiques.Il nous faut maintenant aborder le point crucial de cet exposé….

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 9 novembre, 2009 |3 Commentaires »

OSMTH France

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OSMTH           
                   France 

  

  

GRAND PRIEURÉ DE FRANCE DES TEMPLIERS DE JERUSALEM 

  

OSMTH – G.P.F.T.J. 

XXXXXXXXX 

  

 

  

2 0 0 8 

Un ordre Templier en pleine lumière 

  

  


Non Nobis Domine Non Nobis Sed Nomini Tuo Da Gloriam 



Si d'aventure, quelques décennies après l'An Mil, vous traversiez l'Europe et la France, vous auriez certainement ressenti quelque surprise devant le chaos où s'était peu à peu enlisé l'Occident. 

  

La première croisade, “la Croisade Populaire” prêchée par Pierre l'Ermite avait entraîné sur les routes une foule immense de malheureux qui périrent en masse bien avant d'apercevoir les rives de la Terre Sainte. 

  

Disloquée et vidée, l'Europe centrale se défend tant bien que mal contre les invasions des Sarrasins et des Normands. 

  

Dans la France divisée, des luttes d'influence entre seigneurs féodaux empêchent la réalisation de l'unité, souhaitée par le Roi. Seuls, les monastères restent des havres de paix et de culture. 

  

Au-delà des mers, les progrès de l'Islam, la nouvelle religion révélée par  Mahomet, représentent une terrible menace pour la chrétienté d’Occident. 

  

Dans le temps même où la croisade de Pierre l'Ermite se dispersait aux quatre vents, des armées féodales commandées par Godefroy de Bouillon atteignaient la ville de Jérusalem en juillet 1099. En tant qu'Avoué du Saint Sépulcre, Godefroy de Bouillon y crée un royaume latin et d'autres États, comme ceux d'Antioche et de Tripoli. 

  

Bien que divisés eux aussi, les nouveaux croyant, qualifiés  “d’infidèles” étaient loin d'être vaincus. Ils harcelaient, pillaient, massacraient les pèlerins qui se lançaient sur des pistes aventureuses en direction des Lieux Saints, tels que l’avaient fait les croisés notamment au sac de Constantinople comme le relate Chrétien de Troyes. 

  

En 1118, groupés autour d’Hugues de PAYENS, huit autres chevaliers, décidèrent de se dévouer à la cause des pèlerins perdus en Palestine (officiellement du moins), sous l’appellation de «Pauvres Chevaliers du Christ» Après quelque temps, le roi de Jérusalem Baudouin II leur donna comme résidence une partie des écuries de l'ancien Temple du roi Salomon, d'où leur nom : les Chevaliers de la Milice du Temple, ou Templiers. 

  

Le trône de Baudouin était fragile, aussi le roi de Jérusalem chargea Hugues de PAYENS d'aller plaider auprès du Pape Honorius l'organisation d'une nouvelle croisade. 

  

En 1128, eut lieu à Troyes un important Concile, auquel assista Bernard de Fontaine, fondateur de l'abbaye de Clairvaux, dont il portera le nom, et dont le rayonnement spirituel s'étendra sur toute l'Europe. 

  

C'est au cours de ce Concile que l'Ordre du Temple fut officialisé et reçut sa première Règle. En 1148, le Pape Eugène III autorise les Templiers à porter une croix de gueule (couleur rouge), sur le côté gauche de leur manteau blanc, qu’ils choisirent «pattée à pointes rentrées». 

  

Quant à l'étendard de l'Ordre il sera baussant (baucéant ou bausséant), de deux couleurs : de sable et d'argent, sur lesquelles brochait, depuis le concile de 1145, une croix de gueules. Rapidement, après plusieurs voyages, grâce à son intelligence et à son habileté, Hugues de PAYENS développe son Ordre et redonne un idéal à la Chevalerie. 

  

Le Temple correspond par ses structures et ses buts, aux aspirations du moment : pauvreté, charité, lutte contre les infidèles, puissance et unité face au chaos. 

  

A cela s’ajoute un étonnant réseau d'amitiés de fidélité qui fait de ce moine-soldat un citoyen du monde, avant la lettre. Bénéficiant de franchises administratives, juridiques, religieuses, par la bienveillance de Rome, l'Ordre du Temple essaime, en Orient et en Occident. 

  

Les  Maîtres qui se succèdent vont alors, bâtir Châteaux et Commanderies. 

Admirablement protégées, les Commanderies templières deviennent les gardiennes des trésors royaux, seigneuriaux, et monastiques. 

  

Les Templiers font creuser des mines, construisent des forges, des fermes et des manufactures, ouvrent des “banques” ; ils lancent sur les mers une flotte qui commerce bien loin de ses ports d'attache. 

  

A côté d'une vie temporelle intense et fructueuse, se développe une vie spirituelle, nourrie de prières, de symbole et de recherche. Par exemple, le nombre «trois» conduit la vie journalière et annuelle de ces moines-soldats : ils communient trois fois par an, font l'aumône trois fois par semaine. Ils célèbrent trois grandes fêtes : La Trinité, la Pentecôte et les deux Saint Jean. Noël et Pâques sont considérées comme fêtes secondaires. Fiers de leur force morale et économique, les Templiers ne seront jamais réellement au service des Rois et des Papes. 

  

En Orient, ils ne travaillaient pas tant à faire triompher la politique royale ou romaine qu'à servir avant tout la grandeur de l'Ordre. En Occident, ni les Seigneurs, ni les Rois, ni la Papauté ne purent supporter cette attitude pendant longtemps, et elle sera l'une des causes de leur perte. 

  

Enfin, les Templiers tentèrent, semble-t-il, de mettre fin à la rivalité entre chrétiens et musulmans en préparant le syncrétisme en cherchant à unir au moins les religions du Livre. Ils ont essayé, et nous touchons là un des mystères de l'Ordre, de réaliser une forme de foi œcuménique très large, acceptable pour les uns et les autres, et englobant dans un tout cohérent, les tendances les plus diverses de la pensée occidentale et des pensées orientales, en particulier islamique. 

  

Cette recherche d’unité allait, par conséquent, les conduire à imaginer un nouveau type de société, qui allait bouleverser la vie du Moyen-âge. 

  

Estimant que le Christ était venu pour réunir tous les hommes, les Templiers avaient fait serment de ne pas combattre d'autres chrétiens et ne traitaient pas les croyants d’une autre foi ni même les païens comme des ennemis. 

  

Certes, ils avaient dû lutter contre eux, mais ils avaient aussi dialogué, essayé de les comprendre, sans pour autant remettre en cause leur propre foi. 

  

Gardiens de la Terre Sainte, ils la voulaient une terre d’unité, pour les vivants de toutes religions. 

  

Allier la puissance, la richesse, la force politique aux plus hautes réflexions philosophiques, tel fut, peut-être leur projet et leur but. 

  

Cette ambition stimulée par une réussite totale dans tous les domaines, portait en elle, les germes mêmes de sa destruction. 

  

S’ils ont fasciné “les gens du siècle”, les Seigneurs, les autres Ordres de Chevalerie, ils en ont également provoqué l'hostilité. 

  

En 1244, Jérusalem tombe aux mains des musulmans et l'armée franque est défaite. 

  

En 1291, la prise de Saint Jean d’Acre marque la fin des États Latins d’Outre-mer. 

  

Les Templiers se retirent alors vers Chypre, la Sicile et la France. Cette France qu’ils n’ont jamais véritablement quittée, ils la retrouvent au bord d’un gouffre financier. En l’an 1306, l’émeute secoue les rues de Paris et le roi Philippe le Bel est contraint de se placer pendant quelques temps sous la protection du Grand Maître, Jacques de MOLAY, dans l’enceinte du Temple. 

  

Ambitieux, jaloux, soucieux de préserver la royauté, Philippe le BEL ne pouvant y être accepté et encore moins en être le Grand Maître, rêve d’abattre l’Ordre et de s’emparer de ses richesses, encouragé par son principal conseiller NOGARET, 

  

Le Roi tient à sa merci le Pape Clément V (Bertrand de Got). Élu grâce à son appui, au Conclave de Pérouse en 1305 et qui, craignant pour sa sécurité dans Rome, est venu s’installer en Avignon, au milieu d’une cour presque exclusivement française. Clément V.  Faible et hésitant, laissera Philippe le BEL et ses ministres préparer la machine qui  broiera l’Ordre du Temple. 

  

Le 13 Octobre 1307, selon les directives de NOGARET expédiées secrètement aux officiers royaux, les Templiers de France se laissent arrêter sans résistance et jeter en prison, ne pouvant croire à une telle forfaiture. 

  

Commencèrent alors les procès que nous connaissons, les aveux, les rétractations, les tortures, les accusations les plus monstrueuses. 

  

Le sang, les crachats souillent la blancheur du manteau de ces moines-soldats qui traversaient naguère, au grand galop de leurs chevaux, les provinces du royaume de France où, de Commanderie en Commanderie, de Château en Château, ils jetaient les fondements d'une vie et d'une société nouvelle, imaginée à l'ombre des collines de Jérusalem. 

  

Certes, la conduite de quelques-uns permit de fonder bien des accusations, car avec le temps et l'élargissement du recrutement, certains membres de l'Ordre s'étaient écartés de la Règle primitive et sévère instaurée à la fondation. 

  

Et si ce relâchement de la doctrine et de la morale avait affaibli les structures templières, l'Ordre restait malgré tout la source authentique d'un renouveau que cette époque ne pouvait supporter. 

  

Le 3 avril 1312, par la bulle ''Vox in Excelsis” Clément V, sans toutefois le condamner, prononce la suspension modo provisionis de l'Ordre du Temple, en attendant la convocation d'un concile qui n'aura jamais lieu. 

  

Deux ans plus tard, le 18 mars 1314, sur ordre de la justice du roi Philippe le BEL, Jacques de MOLAY, dernier Grand Maître de l'Ordre, meurt comme relaps sur un bûcher dans l'île aux juifs (île Saint Louis) à Paris. 

  

Mais en ce soir tragique de mars 1314 seule l’enveloppe chamelle du Temple est réduite en cendres. Seuls des hommes ont brûlé et les flammes qui les consumèrent n'ont pas détruit ce qu'ils portaient en eux, l’Esprit de l'Ordre, son message d'harmonie et d’équilibre qui flotte à jamais sur le temps.                                                        Texte de ROBERT G. 

  

SUCCESSION 

  

L'un des points les plus controversés par les historiens a été la succession, véritable ou hypothétique de l'Ordre du Temple. Plusieurs obédiences templières se réclament, il est vrai, de cette succession. 

  

Le Grand Prieuré de France est rattaché historiquement à l'O.S.M.T.H. (Ordo Supremus Militaris Templi Hierosolymitani). Tout porte à croire que cet Ordre serait parmi les plus crédibles des Obédiences templières. 

  

Le plus important, pour ceux qui désirent faire partie de la Chevalerie Templière, est de pratiquer l'Idéal de l'Ordre du Temple. Depuis 1374, la succession de l'Ordre a survécu dans plusieurs pays, notamment en Espagne et au Portugal. Également dans d'autres pays, mais de manière clandestine. Une des filiations probables serait celle de Jean Marc LARMENIUS. C'est à ce dernier que Jacques de MOLAY aurait confié ses pouvoirs à travers la Charte dite de “Larmenius”. 

  

Le 13 février 1324, le décret de transmission perpétua l'Ordre à travers les siècles. Cette charte a été signée par tous les Grands Maîtres qui se sont succédés jusqu'à nos jours. De grands noms de l'aristocratie, tels Bertrand du Guesclin, se sont retrouvés à la tête de l'Ordre. 

  

En Espagne, l'Ordre de Montesa devint le successeur légitime du Temple. En 1319, le Maître de l'Ordre de Calatrava envoya dix chevaliers pour former une nouvelle Milice, à la suite d'un accord signé avec le Pape Jean XXII. 

Au Portugal l'Ordre prit le nom de l'Ordre Militaire du Christ. Il fut fondé le 15 mars 1319, par l'ancien Maître de l'Ordre d'Avis, Frei Gil Mortins, et comme en Espagne, avec l'accord du Pape Jean XXII. 

  

En France, l'Ordre vécut dans la clandestinité. En 1705, le Régent Philippe, duc d'Orléans en devint le Grand Maître et modifia les Statuts. Les Templiers de Larmenius, furent considérés à Paris comme les dignes successeurs du Temple. Au début du XIXème siècle, Bernard Raymond Fabré-Palaprat devint Grand Maître. 

  

A partir de 1827, il n'y eut plus de Grands Maîtres, mais des Régences. La guerre de 1940 et l'occupation de la Belgique par les Allemands menacent l'existence de l'Ordre. Le Frère Émile Clément Joseph Vandenberg, Régent depuis 1935, fit remettre les Archives de l'Ordre au Frère Antonio Campello Pinto de Sousa Fontes, Grand Prieur du Portugal. Par Décret Magistral du 23 décembre 1942, il lui fit transmettre la Régence et la garde de l'Ordre avec tous les pouvoirs, droits et prérogatives de la Grande Maîtrise. 

  

En date du procès-verbal du 20 août 1948, le Prince Régent, Don Antonio Campella Pinto de Sousa Fontes, désigne comme successeur à la régence, son unique fils, Don Fernando Campella Pinto Pereira de Sousa Fontes, actuellement Prince Régent de O.S.M.T.H. 

  

TEMPLIER D’AUJOURD’HUI 

  

De nos jours encore, le nom de “Templier” évoque un aspect magique et mystérieux. Depuis l'extinction officielle de l'Ordre du Temple en 1314, les Templiers ont attiré l'attention des foules, et déchaîné les passions, bonnes et mauvaises. 

  

La succession officieuse de l'Ordre a aussi fait l'objet de multiples recherches par d'éminents historiens. Ici encore, les passions se sont données libre cours. Vraie ou fausse cette succession a permis à nombreuses Obédiences Templières de se réclamer de cet héritage spirituel. 

  

Quoi qu'il en soit, tous ces différents groupes recherchent à travers cet héritage, le même idéal : Amour, Sagesse, Élévation Spirituelle de l'homme, Épanouissement personnel. 

  

Être Templier aujourd'hui, c'est essayer de sauvegarder toutes ces valeurs, qui ont fait la richesse de notre civilisation et de les transmettre à notre tour. 

  

Être Templier aujourd'hui, c'est essayer, à travers la vision futuriste de la Chevalerie du Temple, de continuer en l'adaptant à notre temps, l'œuvre entreprise par nos Aînés. 

  

Ceux-ci avaient pour règle, le courage, la bravoure, la loyauté. Ils avaient pour but, la sauvegarde de ces mêmes valeurs, et la défense de la FOI. Aujourd'hui, la Chevalerie n'a d'autre armure que l'Amour, la Tolérance, l'abnégation et le Dévouement. Elle n'est plus une noblesse de nom mais de cœur. 

  

La Chevalerie, longtemps délaissée, revient en force. Sans doute parce que l'Homme, à notre époque actuelle, manque d'un idéal et de buts dans sa Vie. 

  

L'affairisme, la convoitise, le matérialisme à outrance sont les ennemis du Chevalier. 

  

Être Templier aujourd'hui, c'est essayer de retrouver le juste équilibre. 


  

PRINCIPE FONDAMENTAL 

  

Obligation est faite à tous les Templiers du Grand Prieuré de France de n'appartenir, sous peine d'exclusion immédiate, directement ou indirectement à aucune organisation tendant à provoquer la discrimination, la haine et la violence à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance vraie ou supposée à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée. 

  

PHILOSOPHIE  

  

Le Grand Prieuré de France, s'engage à Offrir la garantie à chaque Templier, Commanderie, Bailliage, d'un fonctionnement porteur des hautes valeurs héritées des 9 pauvres Chevaliers du Christ dans la fraternité du cœur. 

  

Il propose également à chacun les éléments de règle de vie qui suivent

  

- Marche tranquillement au milieu de la hâte et du bruit et rappelle toi quelle paix il peut y avoir dans le silence. 

  

- Autant que possible et sans te soumettre, soit en bons termes avec tous. 

  

- Dis la vérité tranquillement et clairement et écoute les autres, même les sots et les ignorants, eux aussi ont leur histoire. 

  

- Évite les gens bruyants ; ils sont une offense à l'esprit. 

  

- Si tu te compares aux autres, tu risques de devenir vaniteux ou amer ; car il y a toujours des gens plus grands ou plus 

   petits que toi. 

  

- Réjouis-toi de tes réalisations autant que de tes projets. 

  

- Intéresse-toi à ta carrière, mais reste humble ; ce sera ta richesse dans les fortunes changeantes de la vie. Sois prudent dans tes affaires car le monde est plein de pièges. 

  

- Mais que cela ne te fasse pas oublier que la vertu existe, que beaucoup combattent pour un idéal et que partout la vie 

  est pleine d'héroïsme. 

  

- Sois toi même. En particulier ne feins pas l'affection. Ne sois jamais cynique à propos de l'amour car en face toute aridité 

  et désenchantement, il se renouvelle comme l'herbe. 

  

- Prends avec plaisir le conseil des années en abandonnant gentiment les pensées de la jeunesse. 

  

- Nourris la force de l'esprit pour te renforcer contre les ennuis imprévus. Mais ne te laisse pas décourager par des idées 

   imaginaires et de la solitude. 

  

- Dans une stricte discipline, soit aimable avec toi-même. 

  

- Tu es un enfant de l'univers autant que les arbres et les étoiles et comme eux tu as le droit d'exister. Et que cela soit clair 

   ou non pour toi, tu ne peux douter que le monde soit bâti comme il doit l'être. 

  

- Sois donc en paix avec Dieu, quelle que soit la conception que tu en aies et, quelles que soient tes peines et tes aspirations, dans la bruyante confusion de la vie, soit en paix avec ton âme, malgré la honte, la tromperie et les rêves brisés, le  monde est encore beau. Enfin sois prudent, et bats-toi pour être heureux. 

  

Fort de ces dimensions, le Templier pourra au titre de Membre d’un ordre héritier spirituel et traditionnel de l’Ordre du Temple, travailler aujourd’hui à la réalisation des mêmes buts qui ont animé les anciens Frères Templiers, soit : 

  

. Participer activement à la création d’un monde dans lequel tout être humain puisse se réaliser pleinement dans l’épanouissement harmonieux et équilibré de toutes ses possibilités, 

  

. Perpétuer les nobles traditions de notre ancienne chevalerie, 

  

. Défendre les libertés acquises, la promotion des réformes nécessaires, la pratique des œuvres de miséricordes, de bienfaisance et de charité. 

  

La spiritualité templière, est  porteuse d’un christianisme œcuménique très large, l’Ordre restant comme à son origine aux côtés de l’Eglise catholique romaine ; Elle se différencie des divers et nombreux mouvements, comme la Franc-Maçonnerie par exemple, mouvements qui s’en sont parfois inspirés, et qui l’ont souvent suivis par des chemins parallèles, suivant les époques de l’Histoire. 

  

Sans réfuter systématiquement ni repousser les uns et les autres, on peut considérer que son approche tout en étant médiane, se situe plus, dans la dimension ésotérique qu’exotérique, le tout, au service et avec un profond respect de l’homme.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 8 novembre, 2009 |2 Commentaires »

DEVENIR HUMBLE

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DEVENIR HUMBLE

1 Frères, la sainte Bible nous dit avec force : « L'homme qui s'élève sera abaissé et celui qui s'abaisse sera élevé » (Luc 14, 11).

2 Cette parole nous montre ceci : toutes les fois qu'on se fait grand, on est d'une certaine façon orgueilleux.

3 Le Prophète dit qu'il se méfie de cela : « Seigneur, je n'ai pas le coeur fier. Je ne regarde pas les autres avec mépris. Je n'ai pas cherché de grandes choses ni des merveilles qui me dépassent. »

4 Pourquoi donc ? « Voilà : si mon coeur n'est pas humble, si je veux me faire grand, tu vas me traiter comme le petit enfant que sa mère ne nourrit plus de son lait » (Psaume 130, 1-2).

5 Alors, frères, si nous voulons parvenir au plus haut sommet de l'humilité, si nous voulons arriver rapidement à la magnifique hauteur du ciel, le seul moyen d'y monter, c'est de mener une vie humble sur la terre.

6 Pour cela, nous devons dresser l'échelle de Jacob et monter là-haut par nos actions. Oui, pendant qu'il dormait, Jacob a vu les anges descendre et monter le long de cette échelle (Gn 28, 12).

7 Descendre et monter, c'est sûr, voici ce que cela veut dire : quand on se fait grand, on descend ; quand on se fait petit, on monte.

8 Cette échelle qui est debout, c'est notre vie sur la terre. Et quand notre coeur devient humble, le Seigneur dresse notre vie vers le ciel.

9 A notre avis, les deux côtés de cette échelle représentent notre corps et notre âme. Il y a plusieurs échelons entre ces côtés. Ce sont les échelons de l'humilité et d'une bonne conduite. C'est Dieu qui les a fixés et il nous invite à les monter.

  • LE PREMIER ÉCHELON

-Fuis l'oubli , Dieu te regarde

10 Le premier échelon de l'humilité pour un moine, qui a toujours devant les yeux le respect confiant envers Dieu, c'est de fuir absolument l'oubli.

11 Il se rappelle à tout moment tout ce que Dieu commande. Il pense sans cesse : ceux qui méprisent Dieu seront loin de lui pour toujours à cause de leurs péchés, et une grande souffrance les brûlera comme un feu. Au contraire, ceux qui le respectent avec confiance Dieu les prépare à vivre avec lui pour toujours.

12 A tout moment, ce moine évite les péchés et les graves défauts : ceux des pensées, de la langue, des mains, des pieds, de la volonté égoïste. Il évite aussi les mauvais désirs du corps.

13 L'homme doit être tout à fait sûr qu'à chaque instant Dieu le regarde du haut des cieux. Partout, Dieu voit ce que l'homme fait et, sans cesse, les anges lui en rendent compte.

-Surveille tes pensées

14 Le Prophète nous fait voir cela. Il montre que Dieu est toujours présent à nos pensées et dit : « Dieu regarde au plus profond des reins et des coeurs » (Psaume 7, 10).

15 Et encore : « Le Seigneur connaît les pensées des hommes » (Ps 93, 11).

16 Il dit aussi : « De loin, tu connais mes pensées »(Psaume 138, 3).

17 Et : « Les pensées de l'homme sont très claires pour toi » (Psaume 75, 11).

18 Alors, pour surveiller ses pensées mauvaises, le vrai moine 1 dira toujours dans son coeur : « Je serai sans faute devant Dieu, si je fais attention à ne pas pécher » (Psaume 17, 24).

-Surveille ta volonté

19 Notre volonté égoïste, Dieu nous interdit de la suivre. La Bible nous dit : « Tourne le dos à tes volontés » (Siracide 18, 30).

20 Et dans la prière du Seigneur nous demandons : « Fais que ta volonté se réalise en nous ! » (Matthieu 6, 10).

21 Avec raison, on nous apprend à ne pas faire notre volonté. Faisons bien attention aux paroles de la sainte Bible : « Certaines routes semblent droites aux hommes. Pourtant, elles nous conduisent loin de Dieu pour toujours » (Pr 16, 25).

22 Ayons peur aussi de cette parole que la Bible dit pour les négligents : « A force de faire leurs volontés, ils sont devenus très mauvais et complètement corrompus » (Ps 13, 1). Surveille tes désirs

23 Quand les mauvais désirs du corps nous tentent, croyons fermement que Dieu est toujours là, près de nous. En effet, le Prophète dit au Seigneur : « Tout mon désir est devant toi » (Psaume 37, 10).

24 C'est pourquoi nous devons nous méfier du désir mauvais. Oui, la mort est là, juste à l'entrée du chemin qui conduit aux plaisirs.

25 A cause de cela, la Bible nous donne ce commandement : « Ne suis pas tes désirs mauvais » (Siracide 18, 30).

-Sois vigilant , car Dieu te regarde

26 « Donc, les yeux du Seigneur regardent avec attention les bons et les méchants » (Proverbes 15, 3).

27 « Du haut du ciel, le Seigneur regarde toujours les enfants des hommes pour voir s'il y a quelqu'un de sage et qui cherche Dieu » (Paume 13, 2).

28 Et les anges qui sont chargés de veiller sur nous présentent sans cesse tous nos actes au Seigneur, jour et nuit.

29 Alors, frères, méfions-nous ! Comme le Prophète le dit dans un psaume, Dieu pourrait nous surprendre à un moment donné en train de tomber dans le péché et de devenir de faux moines 1 (voir Psaume 13, 3).

30 Il est patient avec nous actuellement parce qu'il est bon, et il attend que nous devenions meilleurs. Mais, plus tard, il nous dira peut-être : « Voilà ce que tu as fait, et je n'ai rien dit ! » (Psaume 49, 21).

  • LE DEUXIÈME ÉCHELON

31 Le deuxième échelon de l'humilité pour un moine, c'est de détester sa volonté égoïste. Alors il n'aime pas satisfaire ses désirs.

32 Au contraire, il imite par ses actions le Seigneur qui a dit cette parole : « Je ne suis pas venu pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m'a envoyé » (Jean 6, 38).

33 On a écrit aussi : « Faire sa volonté entraîne la punition. être obligé d'obéir à un autre fait gagner la récompense » (Actes des Martyrs).

  • LE TROISIÈME ÉCHELON

34 Le troisième échelon de l'humilité pour un moine, c'est d'obéir parfaitement à un supérieur parce qu'on aime Dieu. Par là, le moine imite le Christ. En effet, l'apôtre Paul dit du Seigneur : « Il a voulu obéir jusqu'à la mort » (Philippiens 2, 8).

  • LE QUATRIÈME ÉCHELON

35 Le quatrième échelon de l'humilité pour un moine, c'est, dans ce chemin de l'obéissance, de s'attacher très fort à la patience, avec un coeur qui garde le silence, même quand on lui commande des choses pénibles et contrariantes, même s'il faut souffrir l'injustice.

36 C'est aussi de ne pas perdre courage et de ne pas reculer quand il faut supporter tout cela. La Bible dit : « Celui qui restera fidèle jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé » (Mt 24, 13).

37 Et encore : « Rends ton coeur fort et attends le Seigneur » (Psaume 26, 14).

38 La Bible veut montrer ceci : celui qui croit en Dieu doit tout supporter pour le Seigneur, même les choses les plus contrariantes. C'est pourquoi elle fait dire à ceux qui souffrent : « A cause de toi, on nous condamne à mort tous les jours. On nous traite comme des brebis qu'on va bientôt tuer » (Psaume 43, 22 ; Romains 8, 36)

39 Mais ces frères sont tout à fait sûrs de la récompense de Dieu qu'ils espèrent. Et, pleins de joie, ils ajoutent : « Dans toutes ces souffrances, nous remportons la victoire à cause de Celui qui nous a aimés » (Romains 8, 37).

40 A un autre endroit, la Bible dit encore : « O Dieu, tu nous as mis à l'épreuve, tu nous as fait passer par le feu, comme on fait passer l'argent par le feu. Tu nous as fait tomber dans un piège. Sur notre dos tu as mis des poids très lourds » (Psaume 65, 10-11).

41 Et pour montrer que nous devons être sous l'autorité d'un supérieur, la Bible continue en disant : « Tu as placé des hommes au-dessus de nos têtes » (Psaume 65, 12).

42 C'est par la patience que ces moines accomplissent le commandement du Seigneur au milieu des souffrances et des injustices. On les frappe sur une joue, ils présentent l'autre. On prend leur vêtement, ils donnent celui qui leur reste encore. On leur demande de faire un kilomètre, ils en font deux (Mt 5, 39-41).

43 Avec l'apôtre Paul, ils supportent les faux frères (2 Corinthiens 11, 26). Et à ceux qui leur jettent des malédictions, ils répondent par des bénédictions (1 Corinthiens 4, 12).

  • LE CINQUIÈME ÉCHELON

44 Le cinquième échelon de l'humilité pour un moine, c'est d'avouer humblement à son abbé toutes les pensées mauvaises qui arrivent à son coeur ou bien les fautes qu'il a faites en secret, sans rien lui cacher.

45 La Bible nous invite à faire cela quand elle dit : « Découvre ta conduite au Seigneur et espère en lui » (Psaume 36, 5).

46 Elle dit aussi : « Avouez vos fautes au Seigneur, parce qu'il est bon et sa tendresse dure toujours » (Psaume 105,1).

47 Le Prophète dit encore : « Je t'ai fait connaître mon péché et je n'ai pas caché mes fautes.

48 J'ai dit : A haute voix je présenterai mes fautes devant toi, Seigneur, et toi, tu as pardonné à mon coeur coupable » (Psaume 31, 5).

  • LE SIXIÈME ÉCHELON

49 Le sixième échelon de l'humilité pour un moine, c'est d'être content de la condition la plus ordinaire et la plus basse. Dans tout ce qu'on lui ordonne de faire, il pense qu'il est un ouvrier mauvais et incapable.

50 Il dit avec le Prophète : « Je ne suis plus rien du tout et je ne sais rien. Je suis comme une bête devant toi. Pourtant, moi, je suis toujours avec toi » (Psaume 72, 22-23).

  • LE SEPTIÈME ÉCHELON

51 Le septième échelon de l'humilité pour un moine, ce n'est pas seulement de dire avec la bouche : « Je suis le dernier et le plus misérable de tous », c'est aussi de le croire du fond du coeur.

52 Le moine se fait petit et dit avec le Prophète : « Et moi, je suis un ver et non pas un homme. Les gens se moquent de moi, le peuple me rejette » (Psaume 21, 7).

53 « Je me suis élevé, puis on m'a abaissé. et je suis couvert de honte » (Psaume 87, 16).

54 Le Prophète dit encore : « Tu m'as abaissé. Pour moi, c'est une bonne chose. Ainsi, j'apprends tes commandements » (Psaume 118, 71).

  • LE HUITIÈME ÉCHELON

55 Le huitième échelon de l'humilité pour un moine, c'est de faire ce que la Règle commune de son monastère et les exemples des anciens l'invitent à faire, et rien d'autre.

  • LE NEUVIÈME ÉCHELON

56 Le neuvième échelon de l'humilité pour un moine, c'est d'interdire à sa langue de parler, c'est de garder le silence et de se taire jusqu'à ce qu'on l'interroge.

57 En effet, la Bible enseigne ceci : « Quand on parle beaucoup, on n'évite pas le péché » (Proverbes 10, 19).

58 Et : « Le bavard ne sait pas se conduire sur cette terre » (Ps 139, 12).

  • LE DIXIÈME ÉCHELON

59 Le dixième échelon de l'humilité pour un moine, c'est de ne pas rire trop facilement et pour n'importe quoi. En effet, la Bible dit : « C'est l'homme stupide qui éclate de rire » (Siracide 21, 23).

  • LE ONZIÈME ÉCHELON

60 Le onzième échelon de l'humilité pour un moine, c'est de parler doucement et sans rire, humblement, avec sérieux, en peu de mots, avec des paroles de bon sens. Il ne criera jamais.

61 Quelqu'un a dit : « On reconnaît un homme sage au peu de paroles qu'il dit. »

  • LE DOUZIÈME ÉCHELON

62 Le douzième échelon de l'humilité pour un moine, c'est non seulement d'être humble dans son coeur, mais encore de le montrer à tout moment dans son attitude devant ceux qui le voient vivre.

63 Pendant le Service de Dieu, à l'oratoire et dans le monastère, au jardin et en chemin, dans les champs et partout où il se trouve, assis, debout ou en marche, le moine a toujours la tête penchée et il regarde vers la terre.

64 A tout moment, il se juge coupable de ses péchés. Il pense qu'il est déjà devant le terrible tribunal de Dieu.

65 Dans son coeur il répète les paroles du publicain de l'Évangile. Il disait en gardant les yeux fixés vers la terre : « Seigneur, je ne suis pas digne de lever les yeux vers le ciel, parce que je suis un pécheur » (Luc 18, 13).

66 Avec le Prophète il dit aussi : « Je me tiens courbé et je me fais tout petit » (Psaume 37, 7 et 9).

67 Alors, quand le moine a monté tous ces échelons de l'humilité, il parvient bientôt à aimer Dieu d'un amour parfait. Et quand l'amour de Dieu est parfait, il chasse la peur dehors (1 Jean 4, 18).

68 Quand le moine aime de cette façon, tout ce qu'il faisait avant avec une certaine crainte, il commence à le pratiquer sans aucune peine, comme si c'était naturel et par habitude.

69 Il n'agit plus parce qu'il a peur de souffrir loin de Dieu pour toujours. Mais il agit parce qu'il aime le Christ, qu'il a pris de bonnes habitudes et qu'il goûte la douceur de faire le bien.

70 Voilà ce que le Seigneur voudra bien montrer, par l'Esprit Saint, dans son ouvrier purifié de ses penchants mauvais et de ses péchés.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 6 novembre, 2009 |Pas de commentaires »