Très Excellent Maître : Prière

1139345437.jpgTrès Excellent Maître : prière

Notre Père qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous soumets pas à la tentation,
Mais délivre-nous du mal.

Publié dans : L'ordre des Templiers | le 13 septembre, 2006 |Pas de Commentaires »

LA GRANDE AVENTURE DES TEMPLIERS

templier123.gifLA GRANDE AVENTURE DES TEMPLIERS

par JULES ROY

Que de sottises n’a-t-on pas écrites, depuis des siècles, sur les Templiers ! Les romanciers, les historiens partisans ont déformé leur rôle. Celui-ci s’étend entre 1118 et 1307. Ces deux dates délimitent l’existence de l’Ordre des Templiers. En 1118, il naît à Jérusalem, du voeu d’un pieux chevalier champenois. En 1307, dans la nuit du 12 au 13 octobre, Philippe le Bel, invoquant la raison d’Etat, fait arrêter le grand-maître et s’empare du trésor de l’Ordre. De cette rigueur royale, Jules Roy, avec la noblesse frémissante qui caractérise son oeuvre, nous dit les prétextes perfides et les raisons vraies. Mais, en même temps, il retrace l’histoire magnifique d’un Ordre dont les adeptes ont mené, deux siècles durant, une aventure héroïque et farouche sur la terre et dans les âmes.

 

Le jeudi 12 octobre 1307, un demi-siècle après la mort de Saint Louis sous les murs de Tunis, pendant la dernière croisade, Jacques de Molay, grand maître de l’Ordre le plus célèbre dans la chrétienté, l’Ordre du Temple, assistait à Paris aux funérailles d’une princesse royale. Le grand maître, un peu nerveux, avait l’honneur insigne de tenir un des cordons du poêle, au côté de Philippe le Bel, et cet hommage très particulier le rassura.

L’année précédente, Philippe le Bel l’avait déjà reçu avec de grands égards à son retour de l’île de Chypre, où les derniers escadrons des chevaliers du Temple de Terre Sainte tenaient garnison.

La chrétienté et l’Ordre du Temple venaient de subir le plus cuisant échec qui pouvait leur être infligé. Ils avaient été chassés de Palestine, après le désastre de Saint-Jean-d’Acre.

Rappelé en France par le pape, peut-être Jacques de Molay eut-il, à cette occasion, le tort de paraître devant le roi avec l’appareil solennel d’une garde de soixante chevaliers et la munificence du trésor qu’il ramenait d’Orient.

En tout cas, accueilli avec toute la distinction que les rois de France avaient toujours marquée à un ordre militaire et religieux qu’ils redoutaient et qui les avait sauvés plus d’une fois, Jacques de Molay n’en avait été que plus frappé par d’incroyables accusations portées presque en même temps au pied du trône pontifical par Philippe le Bel sur la moralité des Templiers, qu’on disait adorer une tête de monstre et s’aimer entre eux.

Mal remis des revers que l’Ordre avait subis, Molay avait répondu à ces infamies en demandant au pape, dans un mouvement tout naturel d’indignation, qu’une enquête fût ouverte sur l’Ordre.

Ce jour-là, donc, aux obsèques de la princesse royale, Molay pensa que le roi avait reconnu ses erreurs et lui offrait la paix et l’amitié. Le grand maître rentra rasséréné à la Ville Neuve du Temple.

Mais il ne se sentit vraiment à l’aise que lorsqu’il fut à l’abri de l’enceinte carrée flanquée de tourelles d’angles à poivrières, clans la haute citadelle massive qui défiait le palais de justice et le Louvre. C’était là qu’un an plus tôt, le roi avait dû se réfugier pour fuir l’émeute.

A la fin de l’après-midi, le grand maître dut réciter Complies avec ses frères dans la chapelle, et, après avoir dîné d’une légère collation, il se retira, la nuit tombée, clans ses appartements, au moment où, dans toutes les villes et bourgades du royaume, les officiers qui représentaient le pouvoir central ouvraient une lettre portant les sceaux du roi.

Toutes ces lettres avaient quitté Paris un mois plus tôt.

 

 

Elles devaient être décachetées toutes en même temps, nuit du 12 au 13 octobre 1307.

Ceux qui les lurent sentirent un frisson les parcourir. Ils rassemblèrent aussitôt les baillis, les sénéchaux et des forces de police suffisantes pour qu’on ne pût opposer de résistance, et, vers trois heures du matin, marchèrent vers les commanderies du Temple.

Les gens du roi avancèrent et frappèrent timidement aux portes au nom du roi, sous prétexte d’une inspection des décimes du clergé, et, dès que les vantaux s’ouvrirent en grinçant, se précipitèrent.

A la lueur des torches, ils envahirent alors les chambres et les dortoirs saisirent des chevaliers et de leurs domestiques, réveillés en sursaut et désarmés.

A Paris, ce fut le garde des sceaux en personne, Guillaume de Nogaret, qui prit la tête de l’expédition contre la maison où le grand-maître rêvait de réconciliation. Avec les cent quarante Templiers de sa compagnie, et en même temps que tous les Templiers de France, on emmena Jacques de Molay dans les prisons en exécution des ordres de Philippe ils devaient être interrogés un par un par les commissaires de l’Inquisition et confesser leurs fautes, au besoin par la torture.

Quand le jour se leva, on convoqua les bourgeois à son de trompe pour leur donner connaissance d’un étrange mémoire que les prêtres lurent en chaire le lendemain dimanche, où le roi donnait les raisons de son coup de force.

Philippe le Bel s’était déjà installé dans la citadelle où le lit du grand-maître était encore chaud. Il prit possession du trésor, fit déterrer les ossements du constructeur de la tour et ordonna qu’ils fussent jetés au vent.

Quel était donc cet Ordre terrible que la raison d’Etat venait de détruire ? Quelle aventure faisait-il courir au royaume pour que Philippe le Bel dût en écarter le danger par des mesures aussi rudes ?

L’histoire s’y est beaucoup intéressée. Des montagnes de papier imprimé ont été élevées sur les dossiers d’un procès dont les juges et les témoins ont été presque tous convaincus de lâcheté, dont la partie civile était un faussaire et le personnage le plus haut, la créature du pouvoir temporel.

Ne parlons pas des moyens dont on se servit pour obtenir les fameux aveux spontanés : leur formule mise au goût du jour nous a définitivement donné la haine de la torture et des bourreaux. Non, aujourd’hui, la cause des Templiers est entendue comme celle de tous les martyrs.

S’il y a eu parmi eux des parjures, c’est qu’ils étaient des hommes, et si leur dernier grand-maître, le pauvre Jacques de

 

Molay, surpris par les polices de Philippe le Bel au moment même« où il rêvait des bontés royales, nous déçoit par sa faiblesse, rendons-lui tout de même cette justice que sur le point de choisir entre le déshonneur et le bûcher, il retrouva tout à coup la grandeur et l’inflexible puissance de l’esprit.

Après tout, ce qui nous intéresse, avant même leur chute, c’est l’aventure que les Templiers ont menée pendant deux siècles sur la terre et dans les âmes, c’est le type audacieux de moines chevaliers qu’ils ont dressé sur le monde brutal et cruel d’alors.

Quand nous les imaginons, tête nue, tondus et barbus, leurs manteaux blancs à croix rouge flottant sur leurs épaules comme des ailes d’anges, sautillant, sur leurs petits chevaux arabes, de combat en combat et mourant les uns après les autres une épée plantée dans le coeur, leur souvenir nous laisse un peu rêveurs parce que nous savons que leur mission n’avait qu’un but dont tout intérêt humain était banni : leur salut éternel et l’honneur de la chrétienté.

Naissance de l’Ordre

Bien entendu, à l’origine du Temple, il y a les croisades. C’est-à-dire à la fin du XIe siècle la parade de la chrétienté contre l’envahissement musulman.

L’audace d’un grand pape, Urbain II, soutenu par quelques hommes de foi, ressemble, en effet, à une décision stratégique. Deux grandes puissances de force égale s’enflent, l’une d’elles empiète peu à peu sur l’autre, tend des bras menaçants qui dessinent déjà le signe religieux de la foi adverse, le croissant.

Et l’autre comprend soudain que son salut n’est pas dans la défensive, mais dans le mouvement, et réplique en portant la guerre au coeur du territoire ennemi. Elle lève une armée de six cent mille hommes (chiffre astronomique pour l’époque, mais qui montre bien qu’il s’agit là d’un mouvement profond).

Cette armée, d’ailleurs, n’est pas constituée par ce que nous appellerions aujourd’hui des spécialistes ou des hommes de métier. Les chevaliers, les troupes à la solde des princes n’en sont que l’ossature ; c’est une lourde masse d’hommes et même de femmes du peuple, ignorant tout de l’art de la guerre, et qui ne savent pas que Jérusalem est à plus de 3 000 km par route maritime des bases méridionales de la France, à 4 000 par la Hongrie, le Danube, le Bosphore, Constantinople et l’Asie Mineure.

C’est une armée qui demande si chaque ville dont elle aperçoit les remparts n’est pas Jérusalem, et qui va fondre peu à peu sous l’épreuve de la fatigue, des épidémies, des combats et des trahisons.

Mais c’est la flamme qui brûle en elle qui porte, trois ans plus tard, ses quelques milliers de survivants jusque sous les murs de la véritable Jérusalem, devant laquelle ils tombent à genoux en versant des larmes.

Comme mon propos n’est pas de parler de l’origine des croisades, je ne m’étendrai pas davantage. Il fallait bien pourtant commencer par là, puisque l’Ordre du Temple naît en 1118 à Jérusalem du désir d’un pieux chevalier champenois, Hugues de Payns, d’apporter aide et protection aux pèlerins qui affluaient de toute l’Europe vers le tombeau du Christ.

Car la 1ère Croisade ne leur avait pas ouvert un chemin de facilité. Ils étaient souvent attaqués par les Turcs, détroussés, rançonnés, emmenés en esclavage ou tués.

Et les croisés, qui s’étaient établis dans le pays, séduits par sa lumière, les mansuétudes du ciel méditerranéen (et peut-être aussi les beaux yeux noirs des Syriennes, des Arméniennes et des Sarrasines) avaient constitué dans le même royaume franc d’Orient, des colonies qu’il fallait protéger. A ce sujet, la chronique du chapelain de Baudouin I, que Marion Merville recueille dans le livre le plus riche et le plus savant qu’on ait écrit sur l’Ordre du Temple (1), cette chronique est bien édifiante.

Nous y apprenons que les croisés n’ont nullement envie de retrouver les brumes et les glaces de l’Europe en perdant ce qu’ils ont acquis en Orient : leurs maisons, leurs serviteurs et… leurs nouvelles épouses, et que des familles entières sont installées en terre infidèle et parlent la langue des peuples soumis.

Mais, enfin, il leur manquait une protec-

(1) La vie des Templiers (Gallimard)

 

 

tion armée, car les troupes du royaume franc ne suffisaient pas et c’est dans ce dessein que Hugues de Payns leva une petite bande d’hommes comme lui (ils ne furent que neuf au début), dont nous ne connaissons pas tous les noms, qui s’enrôlèrent sous le titre de pauvres Chevaliers du Christ.

C’est à leur sujet que se réunit en 1128 le concile de Troyes, où les « pauvres Chevaliers du Christ » reçurent de saint Bernard, leurs lettres de chevalerie, en présence du légat du pape, de deux archevêques, et de dix évêques.

Car ils étaient maintenant reconnus et soutenus par les pouvoirs établis ; ils en recevaient aumônes et bénéfices ; le nouveau roi de Jérusalem, Baudouin II, les logeait dans son palais, près du Temple de Salomon, d’où leur nouveau nom. Leurs lettres de chevalerie donc, mais aussi leur règle, car ils s’engageaient par des voeux à observer la pauvreté, l’obéissance et la chasteté, comme des moines. De chasteté aussi :

« C’est chose dangereuse pour toute religion que de contempler visage de femme. C’est pourquoi nul d’entre vous n’osera donner de baiser à une femme, qu’elle soit votre mère, votre soeur ou votre tante. La chevalerie de Jésus-Christ doit fuir les femmes, afin qu’ils puissent demeurer toujours en pureté devant la face de Dieu. »

Il fallait donc que les devoirs fussent déjà délimités et codifiés, reçussent une sorte d’intronisation officielle de l’autorité religieuse, et voilà le document majeur, le monument brut où l’aventure va pouvoir s’inscrire à l’aise. Que la règle française, tirée du document latin, date de 1128 ou de 1139 ou 1140 comme on en discute, pour nous, cela n’a pas grande importance.

Les Templiers sont divisés en frères chevaliers, entrés dans l’Ordre pour la vie, et en écuyers et sergents, qui ne servent qu’à terme. Je ne parlerai pas des articles qui ont trait aux devoirs religieux des frères, aux prières pour les morts, aux repas en commun, à la nourriture et au jeûne, aux vêtements (ce ne fut que vers 1150 que les Templiers mirent la croix rouge sur les habits blancs, en symbole d’innocence et de martyre), je ne citerai pas ceux qui concernent la tenue, la discipline, ou les chevaux.

Je ne citerai que la page qui me paraît la plus belle parce qu’elle contient déjà tout l’Ordre, le renoncement qu’il exige et la grandeur qu’il donne en échange, le jour où les chevaliers qui désirent être reçus voient s’entrouvrir devant eux les portes du Temple :

- Vous renoncerez, leur dit le maître, à vos propres volontés et à servir le roi, pour le salut de vos armes et pour prier selon l’établissement des règles et l’usage des maîtres reconnus de la sainte cité de Jérusalem. En échange, Dieu sera vôtre, si vous promettez de mépriser le monde décevant pour l’amour éternel de Dieu et de mépriser les tourments de vos coeurs. Repus de la chair de Dieu, saouls des commandements de Notre Seigneur, nous ne craindrons pas d’aller à la bataille, puisque c’est aller vers la couronne. »

Certes, il y avait déjà beaucoup de communautés qui suçaient le lait aux mamelles de la chrétienté. Pour qu’on fît une place de choix à l’Ordre du Temple, il fallait que l’Ordre répondît à une nécessité du temps. La 1ère Croisade avait coûté trop de sang et d’argent pour que le bénéfice pût en être perdu. Soutenir les Templiers, moines, mais aussi soldats, c’était, soutenir l’effort de la chrétienté en Terre Sainte, en un moment d’enthousiasme religieux et c’est ce qui explique l’extraordinaire développement de l’Ordre après le concile de Troyes.

Sur le conseil du pape d’accueillir partout avec chaleur les envoyés du Temple, c’est à Toulouse qu’après la visite d’un Templier en mission, les dons en argent, en nature, et même les vocations affluèrent vers le Temple.

La reine du Portugal, lui offrit le château et les titres de Soure, qui fermait la marche sud de son royaume. Les seigneurs espagnols lui léguèrent leurs chevaux, leurs armures, leurs épées et jusqu’à leurs fiefs, quand ils ne partaient pas pour la Terre Sainte se mettre à la disposition du grand-maître et servir sous les plis du gonfanon noir et blanc. Des ordres mineurs fondés en Castille et en Aragon pour un but semblable, et richement dotés, fondaient, comme des rivières dans un fleuve, dans le nouvel Ordre dont l’étoile brillait en Europe d’un éclat plus vif qu’en Palestine.

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Une puissance épanouie.

 

Des villes, des provinces, des royaumes entiers glissaient vers lui. On pourrait presque dire que le Temple s’installa au Portugal et en Espagne avant même d’être en Orient. C’est que l’Espagne et le Portugal étaient la première défense européenne contre l’Islam et il convenait d’y être fort. C’est qu’il y avait, dans ce pays, à faire face aux incursions des Sarrasins.

Huit ans après le concile de Troyes, l’Ordre était déjà connu dans toute l’Europe ; il y avait des possessions, des amis, des admirateurs fanatiques. Quatre ans plus tard, l’Ordre du Temple avait presque tout conquis, et il était admirablement administré. Le pape lui confirmait sa mission de « combattre les ennemis de la Croix », et pour l’en récompenser, plaçait sous la tutelle pontificale toutes ses maisons et tous ses biens qu’il exemptait de dîmes. Par surcroît, il autorisait les Templiers à en percevoir, comme il les autorisait à construire des chapelles dans les commanderies.

En 1140, donc, voici le Temple en possession de six cents maisons en Europe et jusqu’en Angleterre.

La rapidité de cet épanouissement peut nous étonner. Mais aussi nous voyons s’élever en même temps qu’elle les forces de la jalousie : celle du clergé, dépossédé d’une partie de ses droits, de son prestige et de ses aumônes. Celle de la royauté, qui ne considère pas sans inquiétude cette armée de la foi implanter ses bases en France, y asseoir un pouvoir qui pourra un jour braver le sien, et exciter le pays vers ces combats lointains qui vont l’épuiser, quand il y a encore tant de danger en Europe.

A peine né, l’Ordre du Temple gêne les deux puissances du temps : l’église locale et le pouvoir temporel. Il tarde aux évêques et au roi de voir le Temple s’employer en Orient et, au besoin, s’y user.

De ce qui se passait au départ des princes de la 2e Croisade, que les désastres ont chassés de Terre Sainte, nous avons quelque lumière par un certain maître, Jean de Wirtzburg.

Jean de Wirtzburg décrit Jérusalem, semblable à toutes les bourgades méditerranéennes, avec leurs marchands, leurs rues étroites et grouillantes, leurs immondices et leur ciel éclatant ; la multitude de couvents, d’églises et de monastères, enfin, le Temple :

« Le Temple était une ville dans la ville, une forteresse dans la forteresse… Dans ce palais, on voit une écurie d’une capacité si grande qu’elle peut loger plus de deux mille chevaux ou mille cinq cents chameaux. Les chevaliers du Temple ont beaucoup de bâtiments attenant au palais, larges et amples. Avec une nouvelle et magnifique église qui n’était pas terminée quand je la visitai. »

Jean de Wirtzburg s’arrête au réfectoire voûté, dont les murs sont hérissés d’armes; il y raconte un repas, on voit avec lui les chiens couchés sous les tables, les pauvres qui attendent les restes, les invités mêlés aux chevaliers ; il décrit les dortoirs, les cellules pauvrement meublées, la chapelle, le magasin d’armes, l’intendance, les cuisines, les silos de blé et de fourrage, les citernes pour les bains et les abreuvoirs, les bergeries, les haras, la forge, la cordonnerie.

A la maison mère de Jérusalem vivaient trois cents chevaliers et un nombre indéterminé de sergents et d’écuyers, les uns vêtus de blanc, ou de noir, les autres de bure, et aussi des troupes indigènes encadrées de Templiers.

Et voici comment les décrit saint Bernard

« Sans aucune superfluité et sans aucun orgueil, sans fourrure ni peaux de bête, portant pendant l’été une chemise de toile, prenant leurs repas en silence, n’ayant jamais de volonté personnelle.

« Ils vont et viennent sur un signe de leur commandeur ; ils portent les vêtements qu’il leur donne, ne recherchent ni d’autres habits ni d’autre nourriture. Ils se méfient de tout excès, ils vivent tous ensemble, sans femmes ni enfants, et demeurent sous le même toit, sans rien qui leur soit propre. On ne trouve en leur compagnie ni paresseux ni flâneurs ; lorsqu’ils ne sont pas de service, ils réparent leurs vêtements ou leurs harnais déchirés.

« Nul n’est inférieur parmi eux ; ils honorent le meilleur, et non celui qui a les plus hauts titres de noblesse. Les paroles insolentes, les actes vains, les rires immodérés, les plaintes et les murmures ne restent pas impunis. Ils se coupent les cheveux ras, sachant que c’est une honte pour un homme que de soigner sa chevelure. On ne les voit jamais peignés, rarement lavés, la barbe hirsute, puants de poussière, maculés par leurs harnais et par la chaleur… »

C’est là un portrait assurément flatté des gens du Temple. Jacques de Vitry, évêque d’Acre en 1216, a d’eux une idée plus juste, Il vit avec eux, il les a vus combattre, et a une grande estime de leur courage et de leur force.

Il s’adresse souvent à eux, du haut de sa chaire, et avec toute l’autorité paternelle que lui vaut son titre. « Vous êtes chevaliers en bataille, et comme des moines en votre maison », leur dit-il dans une homélie. Parce qu’il les connaît, il les met en garde contre l’orgueil, la colère, la jalousie, le désoeuvrement, l’avarice et la luxure.

Il les supplie, probablement en pensant

 

à ce qui les oppose sans cesse à leurs rivaux, les chevaliers de l’Ordre de l’Hôpital, de n’être pas comme deux coqs dans la même basse-cour, qui se battent sans autre raison qu’ils ne peuvent pas se voir ; ou bien encore de ne pas s’attribuer les pouvoirs spirituels qu’ils n’ont pas, ou bien encore de se garder de la tentation d’accueillir trop largement ceux qui ne sont pas de la chrétienté. Il les engage à ne pas se trop mortifier, afin de supporter la peine des combats.

Ces hommes sont d’une nature puissante, souvent terrible ; on les mate difficilement, même chez eux, et c’est pourquoi les punitions sont dures. Ils ne sont pas venus en Terre Sainte pour mener une vie contemplative, mais pour faire la guerre, c’est-à-dire donner des coups d’épée, chevaucher, accomplir des choses rudes. « Nous sommes venus, et nous avons tenu à force d’armes. » Ils ont le sang chaud. Ils se querellent souvent, ils se battent pour un rien, et comme ils ont toujours des armes sur eux, ce n’est pas sans raison qu’on menace de punitions si lourdes ceux qui en viennent aux mains entre frères.

Bien sûr, il y a parmi eux beaucoup de brutes et de gredins. Jurer comme un Templier, boire comme un Templier sont passés dans le langage courant du siècle ; car le Temple recrute beaucoup parmi les chevaliers excommuniés, mais enfin, lorsqu’ils entrent clans l’Ordre, ils jurent obéissance à sa règle, et cette règle est dure.

Dans la nuit, on se lève pour réciter Matines, puis on va inspecter les bêtes et les équipements. On peut se recoucher, jusqu’à ce que la cloche vous appelle pour Prime. On entend alors la messe, puis on travaille jusqu’à midi, qui est le premier repas du jour.

L’après-midi, on récite encore None et Vêpres, et la cloche sonne une dernière fois pour Complies. Les Templiers prennent une collation, ils reçoivent les ordres pour le lendemain et récitent les heures. Puis chacun passe encore l’inspection des bêtes et des équipements et va se coucher en priant, dans le grand silence monacal.

Ces hommes qui quittent la chapelle pour s’occuper de leurs chevaux, réparer leurs armes ou sauter en selle, nous pouvons imaginer que ce ne sont pas des enfants de choeur. Ils frappent et tuent au nom du Christ, mais ils sont tués aussi et quelquefois comme des martyrs.

Leurs statuts conventuels, loin de les pousser à la brutalité (ils le sont assez comme cela) s’efforcent au contraire de leur inculquer la douceur des rapports entre frères, l’élégance du maintien et des discours, l’aménité des formules de subordination, la courtoisie, la bienséance. Nous sommes loin du guerrier hirsute et puant que saint Bernard imagine.

A tout moment, sous la plume du rédacteur des documents que Mlle Melville appelle les Egards, l’expression « bellement et en paix » revient pour marquer l’allure, et les propos de ceux qui ne s’appellent que « beaux seigneurs frères ».

Que font ces hommes pour qui l’Europe presque entière mendie, à qui elle offre châteaux et biens de toute sorte ? Eh bien ! ils font la guerre.

Pour l’instant, ils suivent le sort incertain du petit royaume franc, évasé au nord, pointu au sud, que les croisades ont établi en bordure de la côte de Palestine et sur la route duquel ils ont laissé des garnisons dont les chefs ont pris le titre de comtes d’Edesse (au nord) d’Antioche, de Tripoli, ou de Tibériade, flanqués de barons jaloux, d’évêques ou d’archevêques méfiants et autoritaires.

Jérusalem a déjà eu trois rois, puisque Godefroy de Bouillon ne s’était contenté que du titre d’ « Avoué du Saint-Sépulcre », une régente, Mélisende, à demi Arménienne, sensuelle et frivole, il va en avoir un quatrième, car Baudouin III meurt en 1162, et son frère Amaury lui succède.

Les Turcs guettent le royaume de tous les côtés. Au premier signe de faiblesse, ils foncent sur ses garnisons et des appels au secours s’en vont vers la France. Pour arriver jusqu’au pape ou jusqu’au roi, il faut du temps. Il en faut plus encore pour lever une croisade. En Palestine, il faut tenir,

Heureusement, les situations se nouent et se dénouent sans que les armes soient toujours le suprême argument. Les Français ne sont pas très puissants, mais les haines qui séparent les princes musulmans jouent souvent en leur faveur.

Le Temple ne constitue d’ailleurs pas pour les rois de Jérusalem une milice toute dévouée à leurs ordres. C’est que le Temple, puissance temporelle, mais aussi puissance spirituelle, reste résolument à l’écart.

Il aime l’indépendance. Sa mission, les égards dont il est l’objet, n’en font pas un sujet docile : il ne travaille pas à la politique des rois, c’est lui qui pèse sur les rois pour les conduire à la propre politique du prestige chrétien en terre d’Islam ; il tient les évêques en respect, plaçant au-dessus de leurs têtes l’obédience directe à la papauté.

Ce ne sont certes pas des hommes faciles que les chevaliers du Temple. C’est cette indépendance farouche qui attire vers le Temple tant de tètes brûlées, tant de caractères taillés à coup rte hache, mal faits pour s’entendre avec leurs contemporains et que Dieu seul a le pouvoir de mater.

Il leur faut la bataille, comme un pain quotidien, aussi nécessaire que la prière. Quand ils ne se battent pas contre l’infidèle, ils se battent pour des questions

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d’humeur contre les ordres rivaux ; cet Ordre de l’Hôpital ou cet Ordre des Chevaliers Teutoniques, qui se jalousent et se détestent.

A l’égard du pouvoir local, ils sont volontiers frondeurs, et prêts à contrecarrer tous les desseins qui leur paraissent ne pas servir leur gloire. Ils ne se considèrent pas comme engagés par une parole qui n’est pas du Temple. Ils égorgent les émissaires musulmans qui viennent traiter avec les rois.

Déjà ils soulèvent autour d’eux tant de rancoeur et tant d’opposition que le quatrième roi de Jérusalem pense sérieusement à les détruire lorsqu’il meurt.

Royaumes...

A ce moment-là, le Temple est un royaume dans l’Europe. Ses provinces d’Orient ne sont que ses territoires les plus petits. Il est solidement installé en Angleterre, en Ecosse et en Irlande, dans les Flandres, en Provence, en Auvergne, en Pouille, en Sicile, en Hongrie, au Portugal, en Catalogne, en Aragon.

Mais partout on travaille pour le combat contre les Maures. Entre les côtes de Provence, d’Espagne, de Sicile et de Palestine, on traque les Sarrasins et les pirates, on hérisse l’Europe de ces châteaux dont les hautes cimes nous rappellent encore l’état de défense de la chrétienté.

La Règle ne suffit plus. A l’armée du Temple, il faut maintenant des statuts hiérarchiques qui fixent les devoirs et les droits de chacun, le rôle de chaque dignitaire de l’Ordre et de chaque commandeur, les montures et les ordonnances des chefs, les armes, la batterie de cuisine, les outils, les bains, les médecines et les vêtements, les bêtes de somme des chapelains, les attributions des gonfanoniers, la garde de la vraie Croix, comme le détail du paquetage des troupes indigènes, la façon rie s’équiper, de chevaucher et de combattre, les sommes que les maîtres peuvent prêter de leur propre autorité comme celles qu’il leur est permis d’accepter, et jusqu’à la façon de prendre les repas, de lever le camp ou de bâtir, tout ce qui fait partie de la vie d’un grand corps spirituel et charnel tourné à la fois vers le salut des âmes et le but suprême de l’Ordre, sa fin, que rappelle la devise gravée dans toutes les demeures du Temple, mais aussi le gonfanon Baussant, qui est leur étendard.

Sur ce terme de Baussant dont l’orthographe est variée on a longtemps discuté à l’infini, allant jusqu’à se demander s’il ne voulait pas dire a beauséant Ce dont nous sommes sûrs maintenant, avec Mlle Melville, c’est qu’il signifie simplement de deux couleurs, comme on dit d’un cheval noir et blanc, qu’il est pie.

Baussant était aussi noir et blanc (d’argent au chef de sable), pour montrer aux Templiers qu’ils devaient être francs et bienveillants pour leurs amis, noirs et terribles pour leurs ennemis. Si bien que Baussant devient le cri de ralliement, le symbole de l’Ordre tout entier, quelque chose comme la flamme noire d’un corsaire, et qui serait la marque de l’aventure et de la mort si le blanc n’y mettait sa pureté, et la croix sa mystique.

Donc, le roi de Jérusalem, Amaury I meurt au moment où, excédé par l’indépendance du Temple, il songe à le détruire. Les divisions du royaume franc sont telles qu’un siècle après l’arrivée des premiers croisés, Jérusalem tombe, avec toutes les citadelles de la côte, incapables de résister à l’invasion des Sarrasins.

Du royaume chrétien en Orient il restait, Tyr, Tripoli, Antioche, et deux châteaux, Tortose aux Templiers, Margat aux Hospitaliers.

Le Temple est si mal en point que la maîtrise reste sans titulaire pendant un an et demi. Il doit essuyer beaucoup de sang et beaucoup d’humiliations, mais ses malheurs finissent tout de même par émouvoir l’Europe.

Ses malheurs et aussi son courage dans l’épreuve. Car enfin, les hommes qui ont échappé à une telle défaite ont encore l’audace d’assiéger Acre, peut-être parce que c’était une base maritime d’où ils pouvaient attendre du secours.

Une nouvelle croisade arrive deux ans plus tard avec deux rois peu disposés à s’entendre et le montrant bien à propos de tout. Le roi de France, Philippe Auguste et le roi d’Angleterre, Richard Coeur de Lion. Mais enfin, assiégé depuis deux ans, Acre capitule, et cette victoire rend au Temple l’honneur chancelant. 

Pendant six mois, la 3e Croisade descend le rivage ; elle atteint péniblement Jaffa, harcelée par les Turcs, hésite tout l’automne pendant que les Templiers la protègent et la ravitaillent, semble se décider en janvier pour attaquer Jérusalem, et, après de nombreux atermoiements, y renonce.

C’est alors que le sultan Saladin propose une trêve de trois ans en autorisant les pèlerinages des Lieux Saints, tandis que Richard quitte l’Orient déguisé en Templier à bord d’une galère de l’Ordre.

Toute la côte est reconquise, et l’Europe recommence à se détourner vies affaires de Terre Sainte. Les mêmes discussions se rouvrent, avec une nouvelle série de rois de Jérusalem sans Jérusalem.

Le Temple dispute moins ses châteaux aux Sarrasins qu’à la convoitise des barons et des patriarches, et sollicite chaque fois l’intervention du pape, sous la menace de quitter la Terre Sainte.

Dans une paix relative, les Templiers construisent, sans l’aide de personne, d’autres châteaux-forteresses, flanqués de tours

 

massives, capables avec leur garnison de deux mille hommes de tenir pendant des mois et de diviser les flots des envahisseurs, entourés de fossés qui huit siècles plus tard font encore notre admiration, et, chaque fois que c’est possible, ouverts sur la mer pour recevoir et protéger une flotte de secours, ou possédant une enceinte où l’on cultivait la vigne, le blé, les arbres fruitiers et où paissaient

les troupeaux. 

Le royaume de Jérusalem est à la merci d’un nouveau coup de main des Turcs. Les papes le savent bien, et s’efforcent clos le retour de Philippe Auguste, de lever une 4e Croisade. Il en part bien une en 1204, mais elle s’arrête à Constantinople.

En 1216, on en prépare une nouvelle. Le pape a de grandes ambitions : convaincre l’empereur d’Allemagne d’y aller, donner à la chrétienté toujours en guerre le renfort du bloc germanique difficile à rallier, et, qui sait ? refaire au profit de Rome l’unité spirituelle de l’empire de Charlemagne.

Mais l’empereur ne cède que dix ans plus tard, alors que ses fourriers, le roi de Hongrie et le duc d’Autriche, auront été se fourvoyer en Egypte. Il est d’ailleurs excommunié pour avoir marqué si peu d’empressement, et il s’en console en se couronnant roi de Jérusalem et en portant en Terre Sainte la plus effroyable confusion.

Quand il rentre chez lui, poursuivi par les malédictions de tous, l’Europe a d’autres soucis. Les Mongols déferlent en Prusse et en Hongrie. En fuite devant eux, les Tartares en route vers l’Egypte atteignent le Jourdain et Jérusalem dont ils massacrent la population et saccagent les églises.

Enfin réconciliés, les Templiers, les Hospitaliers et les Barons leur livrent une terrible bataille à Gaza, où le grand-maître du Temple est tué. « Vingt-six frères de Saint-Jean et trente-six Templiers seulement revinrent du champ de bataille. »

Le royaume chrétien de Jérusalem n’est plus que ruines.

De la 7e Croisade de Saint Louis qui est la plus connue parce que Joinville nous en laissa la chronique, on sait par quel désastre elle se termina.

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Quand Saint Louis regagna la France en 1254, il laissait la Terre Sainte affaiblie. Si les Turcs ne l’envahirent pas tout de suite et ne rejetèrent pas les chrétiens à la mer, c’est qu’une menace beaucoup plus grave grandissait depuis dix ans : l’invasion mongole.

En 1257, les Mongols descendant de Syrie, on rappela les quelques Templiers qui demeuraient à Jérusalem encore en ruine. En 1260, les Mongols parvinrent jusqu’aux portes d’Acre. Saint Louis prépara une nouvelle croisade. Cinq ans plus tard, le sultan Beybars lança sur la Palestine une expédition terrible pour la transformer en place-forte avant l’invasion mongole. Il rafla tous les châteaux, toutes les villes entre Jaffa et Antioche.

Du royaume de Jérusalem, il ne restait en 1273, un an après la mort de Saint Louis à Tunis, que quatre villes, deux châteaux de Templiers, un château d’Hospitaliers, et un dernier de Chevaliers Teutoniques.

Les Comtes et les Barons se consolent en portant les titres des provinces perdues, et s’entre-tuent pour des raisons de préséance. Les rois de Jérusalem résident en Chypre, mais viennent en grande pompe faire couronner à Acre une royauté illusoire et cependant jalousée et contestée au point qu’on en vient souvent aux mains entre partisans.

C’est à cause de ces divisions que tombe encore Tripoli, devant une flotte égyptienne. A la nouvelle du désastre, le pape envoie vingt galères de secours à Acre.

Nous voici arrivés au terme de la présence chrétienne en Orient. Le dernier acte va s’ouvrir et se terminer dans le sang.

La chute de Tripoli avait conclu une nouvelle trêve, et les indigènes musulmans venaient à Acre vendre leur blé et leurs moutons, quand de nouveaux croisés, de frais débarqués, se précipitèrent sur eux et les massacrèrent.

Comme le sultan n’obtint pas la punition des coupables, il investit la ville. Le siège d’Acre dura du 5 avril au 18 mai 1291, et se termina par un effroyable carnage et la chute de la ville. Les quelques garnisons des châteaux s’échappèrent par mer vers Chypre où elles furent massacrées.

Les Barons, les Hospitaliers et les Templiers rescapés se retirèrent à Chypre, où Jacques de Molay devient grand-maître en 1295.

L’aventure spirituelle.

« Voilà, dira-t-on, une belle histoire. Mais ce n’est que l’abrégé des croisades. Nous comprenons bien que les Templiers y jouent leur rôle, mais en quoi leur aventure est-elle différente de celle que tous les croisés ont menée ? Nous ne voyons guère pourquoi vous leur tenez une place à part. »

L’histoire du Temple, c’est évidemment l’histoire des croisades, puisque le Temple naît à Jérusalem de la charge de protéger les pèlerins, d’abord, de la volonté de garder la Terre Sainte ensuite.

En cela, bien sûr, les Templiers ont fait comme tous ceux qui quittaient l’Europe et prenaient les armes pour lutter contre l’invasion de l’Islam. Mais ils demeurent les gardiens du berceau de la chrétienté ; ils s’y attachent comme si la parole du Christ avait besoin d’une assise pour se développer à l’aise et fleurir sur le monde entier, comme si elle pouvait risquer d’être étouffée parce que quelques pierres sacrées fussent tombées en possession des infidèles.

C’est dans cet esprit qu’il faut considérer ces hommes. Eux aussi ont découvert en versant des larmes les murailles lézardées de Jérusalem. Mais alors que la plupart des croisés, saisis de la nostalgie de l’Europe, de leurs femmes et de leurs enfants, ont hâte de se retirer, comme une vague épuisée, les Templiers demeurent : le ciel cruel, la terre brûlée, le combat qu’il va falloir livrer contre l’Islam les retiennent.

Cette Jérusalem oubliée, troquée par les autres contre toutes les mauvaises raisons, n’a rien de commun sans doute avec le mirage qui flottait dans leur imagination, et pourtant ils en font leur patrie terrestre, oubliant jusqu’au lieu de leur naissance et attendant l’autre Jérusalem qui doit leur ouvrir le paradis.

A chaque nouvelle armée qui se mettra en marche vers elle, les Templiers seront pendant deux siècles, à l’avant-garde ou à l’arrière-garde, partout où il y aura les coups les plus durs à porter et à recevoir. Ils l’éclairent, la couvrent, jalonnent sa route de leurs châteaux forts et de leurs tombeaux, et lorsque les bateaux ramènent en Europe les armées découragées, les Templiers restent sur place, repliés sur eux-mêmes, les mâchoires serrées, impitoyables pour les autres et pour eux.

Oton de Saint-Amand, capturé par les Sarrasins, préféra rester en captivité que d’accepter que l’Ordre paie une rançon pour lui, ou de quitter ses frères prisonniers comme lui : « Un Templier ne peut offrir comme rançon que sa ceinture ou son couteau d’armes. »

Ils montent vers Tibériade assiégée, à l’arrière-garde de l’armée de Guy de Lusignan, « la plus belle qu’on ait vue en Terre Sainte », disent les historiens, lorsqu’une erreur monumentale de tactique les livre aux attaques des Sarrasins, dans une longue vallée torride, en plein mois de juillet.

Après deux jours d’un combat qui hanta longtemps la mémoire des rescapés, toute l’armée fut détruite. Le sultan livra les Templiers aux sectes religieuses qui les torturèrent avant de leur trancher la tête. Avant le supplice, on leur offrait la vie

 

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sauve à condition d’embrasser la religion de l’Islam.

Sur deux cent trente Templiers, pas un ne faiblit.

Voilà ces hommes que la plupart des princes qui ont passé en Orient ont calomniés, parce que les Templiers ne les servaient pas assez à leur gré. Mais comment les Templiers pouvaient-ils s’attacher aux princes de ce monde quand ils avaient sans cesse les yeux tournés vers la fin de la chrétienté, vers un royaume qui n’est pas de ce monde, et auquel leur illusion fut de vouloir donner des frontières et une capitale ?

Comment ne devaient-ils pas s’écarter peu à peu de l’univers entier pour se replier farouchement sur eux-mêmes, en caressant le rêve qui fut peut-être aussi celui de la papauté, de devenir la Sainte milice de Dieu parmi les hommes ?

Sinon, pourquoi eussent-ils bénéficié de tant de faveurs qui les poussèrent à braver le clergé local, à en appeler au pape de toutes les fureurs et même des excommunications des évêques ?

Ils en’ abusent évidemment, comme des enfants gâtés. Ils touchent le clergé au point le plus sensible de son épiderme : les dîmes, les aumônes, l’argent qu’ils ne versent pas dans sa sébile ou qu’ils lui enlèvent.

Pas pour eux, pas pour le confort de l’Ordre : pour la guerre de Terre Sainte, qui leur coûte cher et engloutit les ressources européennes, pour tous ces châteaux forts qu’il faut construire, armer, entretenir, ou rebâtir, pour ces troupes indigènes qu’il faut payer, pour ces milliers de chevaliers qu’il faut nourrir, équiper, transporter, soigner décemment.

S’ils n’avaient pas été là, le royaume de Jérusalem eût vécu vingt ans au lieu de deux siècles, car ils ont attisé le feu sacré en subissant des revers et remportant (les victoires (mais la guerre n’est pas autre chose), et sans la guerre, il n’y aurait pas eu de seconde ou tout au moins de troisième croisade.

Ah ! oui, ce sont de curieux personnages, mais leur grandeur n’irait pas loin si elle ne reposait que sur l’orgueil, alors qu’elle prend d’abord ses fondements sur le sacrifice. On ne les aime pas à cause de leurs défauts, mais malgré des défauts sur lesquels on passe. Ils meurent au combat ; les uns après les autres, on les enveloppe dans le linceul noir du Temple pour les enfouir dans cette Terre Sainte qui est le seul bien auquel ils tiennent.

Leur voeu de pauvreté leur fait mépriser les richesses de ce monde, leur voeu de chasteté leur en interdit les affections. C’est là, peut-être ce qui les sépare le plus des croisés. Mais comment les Templiers eussent-ils pu mener leur aventure s’ils avaient eu femmes, enfants et possessions, ou s’ils étaient tombés dans ces vices qui accompagnaient parfois, comme un essaim de mouches répugnantes, les armées européennes ? Comment n’auraient-ils pas fini par éprouver la nostalgie de l’Occident si leur coeur y avait gardé des liens ?

Jérusalem leur tient lieu de tout quand ils y sont établis, et, quand ils l’ont perdue, Jérusalem est le seul bien qui vaille d’être reconquis. Les moeurs de l’époque n’étaient pas très pures, et il était plus facile de gagner des batailles que de se vaincre soi-même.

Sans la chasteté, il n’y eût pas eu d’Ordre du Temple. « Chasteté est sûreté de courage », lit-on dans la règle; et lorsqu’on la viole, et qu’on est « atteint de femme » comme de la peste, la punition est en la perte de l’habit, la mise aux fers, le travail avec les esclaves, et le rejet de l’Ordre.

Peut-être est-ce cela, plus encore que leur valeur, qui les désigne comme les représentants les plus qualifiés de la chrétienté et qui incite le respect des Infidèles, car c’est aux maîtres du Temple que les sultans s’adressent plus naturellement qu’aux rois. Ils sont vraiment la fleur de la chevalerie française, qui joint au courage la sainteté.

Nombre d’entre eux, qui ont été épargnés par la mort, une fois devenus vieux, se retirent dans des couvents pour y finir leurs jours, comme Evérard des Barres, grand-maître pendant le désastre de la croisade de Louis VII et de Conrad d’Allemagne, et qui échange l’habit à croix rouge pour celui des moines de Clairvaux.

Héros, ils l’étaient tous, et c’est pour cela que l’instinct du sang, les passions, l’honneur et la gloire comptaient tant pour eux ; c’est pour cela que l’orgueil de l’Ordre est allé si loin. Saints, ils ne l’étaient pas tous, loin de là, mais c’est grâce aux saints que l’Ordre possédait, que le sacrifice a sans cesse tendu, non sans conflits et non sans déchirements, à transformer leur orgueil en effacement.

La fin de l’aventure.

Tout cela compose une personnalité étrange, rude, mais généreuse et envoûtante. Qu’il s’y ajoute encore le mystère des chapitres où nul ne peut assister s’il n’est de l’Ordre, le rite secret de la réception des frères, et l’imagination jalouse des laïcs, des rivaux et même des clercs travaille et compose vite une atmosphère de magie ou de sorcellerie.

A leur procès, ils signeront, sous la torture, des aveux d’idolâtrie. Là encore, ce qu’on peut appeler leur orgueil est coupable. Leur souci d’être toujours entre eux, et de ne pas mêler les étrangers à leur vie conventuelle leur a fait dire :

– Nous avons dans notre règle, des articles que Dieu, le diable et nous autres,

 

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frères de l’Ordre, sommes seuls à connaître.

Est-ce qu’ils ont vraiment adoré le fameux « baphomet » cette tête dont on n’a jamais su au juste ce que c’était ? Est-ce qu’ils ont craché sur la croix ? Le mystère n’est pas éclairci et j’avoue qu’il ne me tente pas. Dans cet Ordre où il n’y a ni serrures, ni loquets, où nul ne peut avoir de secrets, celui-là est bien gros, mais l’époque le gonfle encore. Elle l’eût bien inventé, s’il n’a pas existé.

L’aventure donc, s’achève dans la nuit du 12 au 13 octobre 1307, par l’arrestation en masse des Templiers. Pourquoi le roi de France a-t-il détruit l’Ordre ? Jean-François Noël a écrit sur ce sujet une grande pièce, Mon Royaume est sur la terre, et on serait tout près, après l’avoir lue, d’approuver Philippe le Bel tant les raisons que nous donne l’auteur paraissent convaincantes.

Pourquoi Philippe le Bel détruit-il l’Ordre ? Par crainte ? Par envie de puissance ? Par désir de s’annexer celle-là ? Parce que ce roi faussaire a besoin d’or dans ses coffres ? Ou par amour de son royaume ? L’aventure s’achève, oui.

Il va maintenant falloir choisir entre la honte et le bûcher. L’inquisition est maîtresse. Le pape Clément V est la créature du roi. Qui les défendrait ? Le clergé n’est pas mécontent d’être débarrassé d’eux ; le peuple ne les aime pas parce qu’ils ne fraient pas. Les nobles les détestent. Ils restent seuls et le royaume assiste à leur perte avec une horrible joie.

A présent, nous pouvons départager dans les Templiers ce qui appartient à l’orgueil, à l’héroïsme, et à la sainteté. Nous pouvons penser que, loin de desservir la chrétienté, ils en ont exalté la plus haute vertu du sacrifice pour la conquête du plus ardu.

Car ce n’était pas pour connaître les joies du triomphe personnel qu’un homme demandait à entrer dans les rangs des chevaliers du Temple. S’il l’avait supposé, ses illusions fussent tombées aux propos du Maître qui lui entrouvrait les portes de l’Ordre, et il aurait pu se retirer, comme ce jeune homme qui, demandant au Christ les secrets de la vie éternelle et les ayant entendus, s’en alla tristement parce qu’il avait de grands biens.

- Beau frère, disait le maître, vous demandez une grande chose, car de notre religion vous ne voyez que l’écorce. Vous nous voyez avec de beaux chevaux, de beaux harnais, et de beaux vêtements, vous nous voyez bien boire et bien manger et ainsi vous semble-t-il que tout vous soit très facile.

« Mais vous ne connaissez pas les forts commandements qui sont au-dedans. Car c’est une grande chose que vous, qui êtes maître de vous-même, vous fassiez serviteur d’autrui. Vous ne ferez jamais votre volonté : si vous voulez être en Acre, on vous mandera à Tripoli, à Antioche, en Arménie, en Pouilles, en Sicile, en Lombardie, en France ou en Angleterre, ou en bien d’autres terres où nous avons maisons et possessions. Si vous voulez dormir, on vous fera veiller, et si vous voulez veiller, on vous commandera d’aller vous reposer en votre lit…

« Beau frère, vous ne devez pas rechercher la compagnie de la maison pour avoir richesses, honneurs, ou seigneuries ni pour l’aise de votre corps. Mais vous devez la rechercher pour trois choses : la première, pour éviter le péché; l’autre pour servir Notre-Seigneur, la troisième pour vivre pauvre et faire pénitence, pour le salut de notre arme…

« Or, voyez bien, beau doux frère, si vous pourrez souffrir toutes ces duretés. »

Après quoi, on lui faisait prononcer ses voeux et on lui donnait lecture de la règle.

Est-ce que c’est là le langage d’une petite entreprise ? Est-ce qu’il ne fallait pas avoir un corps et une âme de fer pour oser s’y engager ? On a vu où cela conduisait. « Le chemin de Dieu n’est pas aisé », lit-on dans la règle. Et encore, ce qui me paraît définitivement conclure : « La plus belle aventure du monde, c’est la nôtre. » Oui, comme l’aventure de l’héroïsme et de la sainteté, parce que jusqu’au bout (car il n’est pas permis de s’arrêter en route), on court le risque de tout perdre : son honneur et son âme.

Publié dans : L'ordre des Templiers | le 12 septembre, 2006 |Pas de Commentaires »

Louanges de la Milice du Temple

Louanges de la Milice du Temple

PROLOGUE 

A Hugues, soldat du Christ, et maître de la milice, Bernard simple abbé de Clairvaux 

combattre le bon combat. 

Ce n’est pas une, mais deux, mais trois fois, si je ne me trompe, mon cher Hugues, que vous m’avez prié de vous écrire, à vous et à vos compagnons d’armes, quelques paroles d’encouragement, et de tourner ma plume, à défaut de lance, contre notre tyrannique ennemi, en m’assurant que je vous rendrais un grand service si j’excitais par mes paroles ceux que je ne puis exciter les armes à la main. Si j’ai tardé quelque temps à me rendre à vos désirs, ce n’est pas que je crusse qu’on ne devait en tenir aucun compte, mais je craignais qu’on ne pût me reprocher de m’y être légèrement et trop vite rendu et d’avoir, malgré mon inhabileté, osé entreprendre quelque chose qu’un autre plus capable que moi aurait pu mener à meilleure fin, et d’avoir empêché peut-être ainsi que tout le bien possible se fît. Mais en voyant que ma longue attente ne m’a servi à rien, je me suis enfin décidé à faire ce que j’ai pu, le lecteur jugera si j’ai réussi, afin de vous prouver que ma résistance ne venait point de mauvais vouloir de ma part, mais du sentiment de mon incapacité. Mais après tout, comme ce n’est que pour vous plaire que j’ai fait tout ce dont je suis capable, je me mets fort peu en peine que mon livre ne plaise que médiocrement ou même paraisse insuffisant à ceux qui le liront.
 
  

CHAPITRE I. 

Louange de la nouvelle milice. 

1. Un nouveau genre de milice est né, dit-on, sur la terre, dans le pays même que le Soleil levant est venu visiter du haut des cieux, en sorte que là même où il a dispersé, de son bras puissant, les princes des ténèbres, l’épée de cette brave milice en exterminera bientôt les satellites, je veux dire les enfants de l’infidélité. Elle rachètera de nouveau le peuple de Dieu et fera repousser à nos yeux la corne du salut, dans la maison de David son fils (Luc I, passim). Oui, c’est une milice d’un nouveau genre, inconnue aux siècles passés, destinée à combattre sans relâche un double (1) combat contre la chair et le sang, et contre les esprits de malice répandus dans les airs. Il n’est pas assez rare de voir des hommes combattre un ennemi corporel avec les seules forces du corps pour que je m’en étonne ; d’un autre côté, faire la guerre au vice et au démon avec les seules forces de l’âme, ce n’est pas non plus quelque chose d’aussi extraordinaire que louable, le monde est plein de moines qui livrent ces combats ; mais ce qui, pour moi, est aussi admirable qu’évidemment rare, c’est de voir les deux choses réunies, un même homme pendre avec courage sa double épée à son côté et ceindre noblement ses flancs de son double baudrier à la fois. Le soldat qui revêt en même temps son âme de la cuirasse de la foi et son corps d’une cuirasse de fer, ne peut point ne pas être intrépide et en sécurité parfaite ; car, sous sa double armure, il ne craint ni homme ni diable. Loin de redouter la mort, il la désire. Que peut-il craindre, en effet, soit qu’il vive, soit qu’il meure, puisque Jésus-Christ seul est sa vie et que, pour lui, la mort est un gain ? Sa vie, il la vit avec confiance et de bon cœur pour le Christ, mais ce qu’il préférerait, c’est d’être dégagé des liens du corps et d’être avec le Christ ; voilà ce qui lui semble meilleur. Marchez donc au combat, en pleine sécurité, et chargez les ennemis de la croix de Jésus-Christ avec courage et intrépidité, puisque vous savez bien que ni la mort, ni la vie ne pourront vous séparer de l’amour de Dieu qui est fondé sur les complaisances qu’il prend en Jésus-Christ, et rappelez-vous ces paroles de l’Apôtre, au milieu des périls :  » Soit que nous vivions ou que nous mourions, nous appartenons au Seigneur  » (Rm XIV, 8). Quelle gloire pour ceux qui reviennent victorieux du combat, mais quel bonheur pour ceux qui y trouvent le martyre ! Réjouissez-vous, généreux athlètes, si vous survivez à votre victoire dans le Seigneur, mais que votre joie et votre allégresse soient doubles si la mort vous unit à lui : sans doute votre vie est utile et votre victoire glorieuse ; mais c’est avec raison qu’on leur préfère une sainte mort ; car s’il est vrai que ceux qui meurent dans le Seigneur sont bienheureux, combien plus heureux encore sont ceux qui meurent pour le Seigneur ? 

2. Il est bien certain que la mort des saints dans leur lit ou sur un champ de bataille est précieuse aux yeux de Dieu, mais je la trouve d’autant plus précieuse sur un champ de bataille qu’elle est en même temps plus glorieuse. Quelle sécurité dans la vie qu’une conscience pure ! Oui, quelle vie exempte de trouble que celle d’un homme qui attend la mort sans crainte, qui l’appelle comme un bien, et la reçoit avec piété. Combien votre milice est sainte et sûre, et combien exempte du double péril auquel sont exposés ceux qui ne combattent pas pour Jésus-Christ ! En effet, toutes les fois que vous marchez à l’ennemi, vous qui combattez dans les rangs de la milice séculière, vous avez à craindre de tuer votre âme du même coup dont vous donnez la mort à votre adversaire, ou de la recevoir de sa main, dans le corps et dans l’âme en même temps. Ce n’est point par les résultats mais par les sentiments du cœur qu’un chrétien juge du péril qu’il a couru dans une guerre ou de la victoire qu’il y a remportée, car si la cause qu’il défend est bonne, l’issue de la guerre, quelle qu’elle soit, ne saurait être mauvaise, de même que, en fin de compte, la victoire ne saurait être bonne quand la cause de la guerre ne l’est point et que l’intention de ceux qui la font n’est pas droite. Si vous avez l’intention de donner la mort, et qu’il arrive que ce soit vous qui la receviez, vous n’en êtes pas moins un homicide, même en mourant ; si, au contraire, vous échappez à la mort, après avoir tué un ennemi que vous attaquiez avec la pensée ou de le subjuguer ou de tirer quelque vengeance de lui, vous survivez sans doute, mais vous êtes un homicide : or il n’est pas bon d’être homicide, qu’on soit vainqueur ou vaincu, mort ou vif, c’est toujours une triste victoire que celle où on ne triomphe de son semblable qu’en étant vaincu par le péché, et c’est en vain qu’on se glorifie de la victoire qu’on a remportée sur un ennemi, si on en a laissé remporter une aussi sur soi à la colère ou à l’orgueil. Il y a des personnes qui ne tuent ni dans un esprit de vengeance ni pour se donner le vain orgueil de la victoire, mais uniquement pour échapper eux-mêmes à la mort : eh bien ! je ne puis dire que cette victoire soit bonne, attendu que la mort du corps est moins terrible que celle de l’âme (2) ; en effet celle-ci ne meurt point du même coup qui tue le corps, mais elle est frappée à mort dès qu’elle est coupable de péché.
 
  

CHAPITRE II. 

De la milice séculière. 

3. Quels seront donc le fruit et l’issue, je ne dis pas de la milice, mais de la malice, séculière, si celui qui tue pèche mortellement et celui qui est tué périt éternellement ? Car, pour me servir des propres paroles de l’Apôtre :  » Celui qui laboure la terre doit labourer dans l’espérance d’en tirer du fruit, et celui qui bat le grain doit espérer d’en avoir sa part  » (1 Co IX, 10). Combien étrange n’est donc point votre erreur, ou plutôt quelle n’est pas votre insupportable fureur, ô soldats du siècle, de faire la guerre avec tant de peine et de frais, pour n’en être payés que par la mort ou par le péché ? Vous chargez vos chevaux de housses de soie, vous recouvrez vos cuirasses de je ne sais combien de morceaux d’étoffe qui retombent de tous côtés (3) ; vous peignez vos haches, vos boucliers et vos selles ; vous prodiguez l’or, l’argent et les pierreries sur vos mors et vos éperons, et vous volez à la mort, dans ce pompeux appareil, avec une impudente et honteuse fureur. Sont-ce là les insignes de l’état militaire ? Ne sont-ce pas plutôt des ornements qui conviennent à des femmes ? Est-ce que, par hasard, le glaive de l’ennemi respecte l’or ? Epargne-t-il les pierreries ? Ne saurait-il percer la soie ? Mais ne savons-nous pas, par une expérience de tous les jours, que le soldat qui marche au combat n’a besoin que de trois choses, d’être vif, exercé et habile à parer les coups, alerte à la poursuite et prompt à frapper ? Or on vous voit au contraire nourrir, comme des femmes, une masse de cheveux qui vous offusquent la vue, vous envelopper dans de longues chemises qui vous descendent jusqu’aux pieds et ensevelir vos mains délicates et tendres sous des manches aussi larges que tombantes. Ajoutez à tout cela quelque chose qui est bien fait pour effrayer la conscience du soldat, je veux dire, le motif léger et frivole pour lequel on a l’imprudence de s’engager dans une milice d’ailleurs si pleine de dangers ; car il est bien certain que vos différends et vos guerres ne naissent que de quelques mouvements irréfléchis de colère, d’un vain amour de la gloire, ou du désir de quelque conquête terrestre. Or on ne peut certainement pas tuer son semblable en sûreté de conscience pour de semblables raisons.
 
  

CHAPITRE III. 

Des soldats du Christ. 

4. Mais les soldats du Christ combattent en pleine sécurité (4) les combats de leur Seigneur, car ils n’ont point à craindre d’offenser Dieu en tuant un ennemi et ils ne courent aucun danger, s’ils sont tués eux-mêmes, puisque c’est pour Jésus-Christ qu’ils donnent ou reçoivent le coup de la mort, et que, non seulement ils n’offensent point Dieu, mais encore, ils s’acquièrent une grande gloire : en effet, s’ils tuent, c’est pour le Seigneur, et s’ils sont tués, le Seigneur est pour eux ; mais si la mort de l’ennemi le venge et lui est agréable, il lui est bien plus agréable encore de se donner à son soldat pour le consoler. Ainsi le chevalier du Christ donne la mort en pleine sécurité et la reçoit dans une sécurité plus grande encore. Ce n’est pas en vain qu’il porte l’épée ; il est le ministre de Dieu, et il l’a reçue pour exécuter ses vengeances, en punissant ceux qui font de mauvaises actions et en récompensant ceux qui en font de bonnes. Lors donc qu’il tue un malfaiteur, il n’est point homicide mais malicide, si je puis m’exprimer ainsi ; il exécute à la lettre les vengeances du Christ sur ceux qui font le mal, et s’acquiert le titre de défenseur des chrétiens. Vient-il à succomber lui-même, on ne peut dire qu’il a péri, au contraire, il s’est sauvé. La mort qu’il donne est le profit de Jésus-Christ, et celle qu’il reçoit, le sien propre. Le chrétien se fait gloire de la mort d’un païen, parce que le Christ lui-même en est glorifié, mais dans la mort d’un chrétien la libéralité du Roi du ciel se montre à découvert, puisqu’il ne tire son soldat de la mêlée que pour le récompenser. Quand le premier succombe, le juste se réjouit de voir la vengeance qui en a été tirée ; mais lorsque c’est le second qui périt  » tout le monde s’écrie : Le juste sera-t-il récompensé ? Il le sera, sans doute, puisqu’il y a un Dieu qui juge les hommes sur la terre  » (Ps LVII, 11). Il ne faudrait pourtant pas tuer les païens mêmes, si on pouvait les empêcher, par quelque autre moyen que la mort, d’insulter les fidèles ou de les opprimer. Mais pour le moment, il vaut mieux les mettre à mort que de les laisser vivre pour qu’ils portent les mains sur les justes, de peur que les justes, à leur tour, ne se livrent à l’iniquité. 

5. Mais, dira-t-on, s’il est absolument défendu à un chrétien de frapper de l’épée, d’où vient que le héraut du Sauveur disait aux militaires de se contenter de leur solde, et ne leur enjoignait pas plutôt de renoncer à leur profession (Lc III, 13) ? Si au contraire cela est permis, comme ce l’est en effet, à tous ceux qui ont été établis de Dieu dans ce but, et ne sont point engagés dans un état plus parfait, à qui, je vous le demande, le sera-t-il plus qu’à ceux dont le bras et le courage nous conservent la forte cité de Sion, comme un rempart protecteur derrière lequel le peuple saint, gardien de la vérité, peut venir s’abriter en toute sécurité, depuis que les violateurs de la loi divine en sont tenus éloignés ? Repoussez donc sans crainte ces nations qui ne respirent que la guerre, taillez en pièces ceux qui jettent la terreur parmi nous, massacrez loin des murs de la cité du Seigneur, tous ces hommes qui commettent l’iniquité et qui brûlent du désir de s’emparer des inestimables trésors du peuple chrétien qui reposent dans les murs de Jérusalem, de profaner nos saints mystères et de se rendre maîtres du sanctuaire de Dieu. Que la doublé (5) épée des chrétiens soit tirée sur la tête de nos ennemis, pour détruire tout ce qui s’élève contre la science de Dieu, c’est-à-dire contre la foi des chrétiens, afin que les infidèles ne puissent dire un jour : Où donc est leur Dieu ? 

6. Quand ils seront chassés, il reviendra prendre possession de son héritage et de sa maison dont il a dit lui-même, dans sa colère :  » Le temps s’approche où votre demeure sera déserte  » (Mt XXIII, 38), et dont le Prophète a dit en gémissant :  » J’ai quitté ma propre maison, j’ai abandonné mon héritage  » (Jr XII, 7) ; et il accomplira cette autre parole prophétique :  » Le Seigneur a racheté son peuple et l’a délivré ; aussi le verra-t-on plein d’allégresse, sur la montagne de Sion, se réjouir des bienfaits du Seigneur « . Livre-toi donc aux transports de la joie, ô Jérusalem, et reconnais que voici les jours où Dieu te visite. Réjouissez-vous aussi et louez Dieu avec elle, déserts de Jérusalem, car le Seigneur a consolé son peuple, il a racheté la Cité sainte et il a levé son bras saint aux yeux de toutes les nations. Vierge d’Israël, tu étais tombée à terre, et personne ne se trouvait qui te tendît une main secourable ; lève-toi maintenant, secoue la poussière de tes vêtements, ô vierge, ô fille captive, ô Sion, lève-toi, dis-je, et même élève-toi bien haut et vois au loin les torrents de joie que ton Dieu fait couler vers toi. On ne t’appellera plus l’abandonnée, et la terre où tu t’élèves ne sera plus une terre désolée, parce que le Seigneur a mis en toi toutes ses complaisances et tes champs vont se repeupler. Jette tes yeux tout autour de toi et regarde ; tous ces hommes se sont réunis pour venir à toi ; voilà le secours qui t’est envoyé d’en haut. Ce sont ceux qui vont accomplir cette antique promesse :  » Je t’établirai dans une gloire qui durera des siècles et ta joie se continuera de génération en génération : tu suceras le lait des nations et tu seras nourrie aux mamelles qu’ont sucées les rois  » (Is LX, 15). Et cette autre encore :  » De même qu’une mère caresse son petit enfant, ainsi je vous consolerai et vous trouverez votre paix dans Jérusalem  » (Is LXVI, 13). Voyez-vous quels nombreux témoignages reçut, dès les temps anciens, la milice nouvelle et, comme sous nos yeux s’accomplissent les oracles sacrés, dans la cité du Seigneur des vertus ? Pourvu que maintenant le sens littéral ne nuise point au spirituel, que la manière dont nous entendons, dans le temps, les paroles des prophètes, ne nous empêche pas d’espérer dans l’éternité, que les choses visibles ne nous fassent point perdre de vue celles de la foi, que le dénuement actuel ne porte aucune atteinte à l’abondance de nos espérances et que la certitude du présent ne nous fasse point oublier l’avenir. D’ailleurs la gloire temporelle de la cité de la terre, au lieu de nuire aux biens célestes ne peut que les assurer davantage, si toutefois nous croyons fermement que la cité d’ici-bas est une fidèle image de celle des cieux qui est notre mère.
 
  

CHAPITRE IV. 

Vie des soldats du Christ. 

7. Mais pour l’exemple, ou plutôt, à la confusion de nos soldats qui servent le diable bien plus que Dieu, disons, en quelques mots, les mœurs et la vie des chevaliers du Christ ; faisons connaître ce qu’ils sont en temps de paix et en temps de guerre, et on verra clairement quelle différence il y a entre la milice de Dieu et celle du monde. Et d’abord, parmi eux, la discipline et l’obéissance sont en honneur ; ils savent, selon les paroles de la sainte Ecriture,  » que le fils indiscipliné est destiné à périr  » (Si XXII, 3), et que  » c’est une espèce de magie de ne vouloir pas se soumettre, et une sorte d’idolâtrie de refuser d’obéir  » (1 R XV, 23). Ils vont et viennent au commandement de leur chef ; c’est de lui qu’ils reçoivent leur vêtement et, soit dans les habits, soit dans la nourriture, ils évitent toute superfluité et se bornent au strict nécessaire. Ils vivent rigoureusement en commun dans une douce mais modeste et frugale société, sans épouses et sans enfants ; bien plus, suivant les conseils de la perfection évangélique, ils habitent sous un même toit, ne possèdent rien en propre et ne sont préoccupés que de la pensée de conserver entre eux l’union et la paix. Aussi, dirait-on qu’ils ne font tous qu’un cœur et qu’une âme, tant ils s’étudient, non seulement à ne suivre en rien leur propre volonté, mais encore à se soumettre en tout à celle de leur chef. Jamais on ne les voit rester oisifs ou se répandre çà et là poussés par la curiosité ; mais quand ils ne vont point à la guerre, ce qui est rare, ne voulant point manger leur pain à ne rien faire, ils emploient leurs loisirs à réparer, raccommoder et remettre en état leurs armes et leurs vêtements, que le temps et l’usage ont endommagés et mis en pièces ou en désordre ; ils font tout ce qui leur est commandé par leur supérieur, et ce que réclame le bien de la communauté. Ils ne font, entre eux, acception de personne, et sans égard pour le rang et la noblesse, ils ne rendent honneur qu’au mérite. Pleins de déférence les uns pour les autres, on les voit porter les fardeaux les uns des autres, et accomplir ainsi la loi du Christ. On n’entend, parmi eux, ni parole arrogante, ni éclats de rire, ni le plus léger bruit, encore moins des murmures, et on n’y voit aucune action inutile ; d’ailleurs aucune de ces fautes ne demeurerait impunie. Ils ont les dés et les échecs (6) en horreur ; ils ne se livrent ni au plaisir de la chasse ni même à celui généralement si goûté de la fauconnerie (7) ; ils détestent et fuient les bateleurs, les magiciens et les conteurs de fables, ainsi que les chansons bouffonnes et les spectacles, qu’ils regardent comme autant de vanités et d’objets pleins d’extravagance et de tromperie. Ils se coupent les cheveux (8), car ils trouvent avec l’Apôtre que c’est une honte pour un homme de soigner sa chevelure. Négligés dans leur personne et se baignant rarement, on les voit avec une barbe inculte et hérissée et des membres couverts de poussière, noircis par le frottement de la cuirasse et brûlés par les rayons (9) du soleil. 

8. Mais à l’approche du combat, ils s’arment de foi au-dedans et de fer, au lieu d’or, au-dehors, afin d’inspirer à l’ennemi plus de crainte que d’avides espérances. Ce qu’ils recherchent dans leurs chevaux, c’est la force et la rapidité, non point la beauté de la robe ou la richesse des harnais, car ils ne songent qu’à vaincre, non à briller, à frapper l’ennemi de terreur, non point d’admiration. Point de turbulence, point d’entraînement inconsidéré, rien de cette ardeur qui sent la précipitation de la légèreté. Quand ils se rangent en bataille, c’est avec toute la prudence et toute la circonspection possibles qu’ils s’avancent au combat tels qu’on représente les anciens. Ce sont de vrais Israélites qui vont livrer bataille ; mais en portant la paix au fond de l’âme. A peine le signal d’en venir aux mains est-il donné qu’oubliant tout à coup leur douceur naturelle, ils semblent s’écrier avec le Psalmiste :  » Seigneur, n’ai-je pas haï ceux qui te haïssaient, et n’ai-je pas séché de douleur à la vue de tes ennemiS ?  » (Ps CXXXVIII, 21), puis s’élancent sur leurs adversaires comme sur un troupeau de timides brebis, sans se mettre en peine, malgré leur petit nombre, ni de la cruauté, ni de la multitude infinie de leurs barbares ennemis ; car ils mettent toute leur confiance, non dans leurs propres forces, mais dans le bras du Dieu des armées à qui ils savent, comme les Maccabées, qu’il est bien facile de faire tomber une multitude de guerriers dans les mains d’une poignée d’hommes, et qu’il n’en coûte pas plus de faire échapper les siens à un grand qu’à un petit nombre d’ennemis, attendu que la victoire ne dépend pas du nombre et que la force vient d’en-haut. Ils en ont souvent fait l’expérience, et bien des fois il leur est arrivé de mettre l’ennemi en fuite presque dans la proportion d’un contre mille et de deux contre dix mille. Il est aussi singulier qu’étonnant de voir comment ils savent se montrer en même temps, plus doux que des agneaux et plus terribles que des lions, au point qu’on ne sait s’il faut les appeler des religieux ou des soldats, ou plutôt qu’on ne trouve pas d’autres noms qui leur conviennent mieux que ces deux-là, puisqu’ils savent allier ensemble la douceur des uns à la valeur des autres. Comment à la vue de ces merveilles ne point s’écrier :  » Tout cela est l’œuvre de Dieu ; c’est lui qui a fait ce que nos yeux ne cessent d’admirer  » ? Voilà les hommes valeureux que le Seigneur a choisis d’un bout du monde à l’autre parmi les plus braves d’Israël pour en faire ses ministres et leur confier la garde du lit du vrai Salomon, c’est-à-dire la garde du Saint-Sépulcre, comme à des sentinelles fidèles et vigilantes, armées du glaive et habiles au métier des armes.
 
  

CHAPITRE V. 

Le temple. 

9. Il y a à Jérusalem un temple où ils habitent en commun ; s’il est bien loin d’égaler par son architecture l’ancien et fameux temple de Salomon, du moins il ne lui est pas inférieur en gloire. En effet toute la magnificence du premier consistait dans la richesse des matériaux corruptibles d’or et d’argent et dans l’assemblage des pierres et des bois de toutes sortes qui entrèrent dans sa construction ; le second, au contraire, doit toute sa beauté, ses ornements les plus riches et les plus agréables, à la piété, à la religion de ses habitants et à leur vie parfaitement réglée ; l’un charmait les regards par ses peintures ; mais l’autre commande le respect par le spectacle varié des vertus qui s’y pratiquent et des actes de sainteté qui s’y accomplissent. La sainteté doit être l’ornement de la maison de Dieu (Ps XCII, 5), qui se complaît bien plus dans des mœurs régulières que dans les pierres les mieux polies, et préfère beaucoup des cœurs purs (10) à des murailles dorées. Ce n’est pourtant pas que tout ornement extérieur soit banni de ce temple, mais ceux qu’on y voit ne consistent pas en pierres précieuses, ce sont des armures, et au lieu d’antiques couronnes d’or les murs sont recouverts de boucliers ; partout, dans cette demeure, les mors, les selles et les lances ont pris la place des candélabres, des encensoirs et des burettes ; toutes preuves évidentes que ces soldats sont animés pour la maison de Dieu, du même zèle dont se sentit si violemment enflammé leur premier Maître lui-même lorsque, armant jadis sa main sacrée, non d’un glaive, mais d’un fouet qu’il avait composé de petites cordes, il entra dans le temple, en chassa les marchands, y jeta à terre l’argent des changeurs et y renversa les sièges de ceux qui y vendaient des colombes, trouvant tout à fait indigne que la maison de prière fût souillée par la présence de tous ces trafiquants (Jn II, 15). A l’exemple de son chef, cette armée dévouée jugeant qu’il est bien plus indigne et bien plus intolérable encore de voir les saints lieux profanés par la présence des infidèles que par celle des marchands, a fixé sa propre demeure dans le lieu saint avec ses chevaux et ses armes, et, après avoir éloigné ainsi que de tous les autres lieux saints les infidèles dont la présence les souillait et la rage les tyrannisait, ils s’y livrent maintenant, le jour et la nuit, à des occupations aussi honnêtes qu’utiles. Ils honorent à l’envi le temple de Dieu par un culte plein de zèle et de vérité, et ils y immolent avec une inépuisable dévotion, non pas des victimes semblables à celles de la loi ancienne, mais de vraies victimes pacifiques, qui sont la charité fraternelle, une obéissance absolue et la pauvreté volontaire. 

10. Pendant que ces choses se passent à Jérusalem, l’univers entier sort de sa léthargie, les îles écoutent, les peuples les plus lointains prêtent l’oreille, l’Orient et l’Occident bouillonnent, la gloire des nations déborde comme un torrent, on dirait le fleuve au cours impétueux qui réjouit la cité de Dieu. Mais ce qu’il y a de plus consolant et de plus avantageux, c’est que la plupart de ceux qu’on voit, de tous les pays, accourir chez les Templiers, étaient auparavant des scélérats et des impies, des ravisseurs et des sacrilèges, des homicides, des parjures et des adultères, tous hommes dont la conversion produit un double bien et par conséquent cause une double joie ; en effet pendant que, d’un côté, par leur départ, ils font la joie et le bonheur de leur propre pays, qu’ils cessent d’opprimer ; de l’autre, ils remplissent d’allégresse, par leur arrivée, ceux à qui ils courent se réunir, et les contrées qu’ils vont couvrir de leur protection. Ainsi en même temps que l’Egypte se réjouit de leur départ, la montagne de Sion est également dans le bonheur et les filles de Juda se félicitent de leur protection : l’une est heureuse de ne plus se sentir sous leur bras oppressif et l’autre se félicite de voir son salut entre leurs mains. Tandis que la première voit avec satisfaction s’éloigner d’elle ceux qui la dévastaient cruellement, la seconde accueille en eux, avec empressement, ses plus fidèles défenseurs, de sorte que ce que l’une perd pour son plus grand bonheur tourne à la plus grande consolation de l’autre. Voilà comment le Christ sait se venger de ses ennemis ; non seulement il triomphe d’eux mais il se sert d’eux pour s’assurer un triomphe d’autant plus glorieux qu’il réclame une plus grande puissance. Quel plaisir et quel bonheur, de voir d’anciens oppresseurs se changer en protecteurs, et celui qui de Saul persécuteur sut faire un Paul prédicateur de l’Evangile (Ac X, 15), changer ses ennemis en soldats de sa cause ! Aussi ne suis-je point étonné que la cour céleste, comme l’affirme le Sauveur lui-même, ressente plus de joie de la conversion d’un pécheur qui fait pénitence que la persévérance de plusieurs justes qui n’ont pas besoin de pénitence, puisque la conversion d’un pécheur et d’un méchant est la source de biens plus grands que les maux dont son premier genre de vie avait été la cause. 

11. Salut donc, sainte Cité, dont le Très-Haut s’est fait à lui-même un tabernacle, toi, en qui et par qui une telle génération d’hommes fut sauvée. Salut, Cité du grand Roi, où depuis les temps les plus reculés, le monde n’a presque jamais cessé de voir se produire de nouvelles et consolantes merveilles. Salut, Maîtresse des nations, Princesse des provinces, Héritage des Patriarches, Mère des Prophètes et des Apôtres, Point de départ de notre foi, Gloire du peuple chrétien ; Dieu a permis que dès le principe tu fusses presque constamment assaillie par tes ennemis, afin que les braves trouvassent, à te défendre, une occasion, non seulement de montrer leur courage, mais encore de sauver leurs âmes. Salut, terre de la promesse, où jadis le lait et le miel ne coulaient que pour ceux-là seuls qui habitaient dans ton sein, qui maintenant encore prodigues des remèdes de salut et des aliments de vie à l’univers entier. Salut, dis-je, terre bonne, excellente, toi qui as reçu dans ton sein d’une extrême fécondité, une céleste semence de l’Arche du cœur du Père de famille ; tu as donné d’abord une moisson de martyrs et tu n’as point laissé ensuite, du reste des fidèles, de faire produire à ton sol fertile jusqu’à trente, soixante et même cent pour un sur la face de la terre entière. Aussi tous ceux qui ont eu le bonheur de se rassasier de tes innombrables douceurs et de s’engraisser de ton opulence, s’en vont proclamant partout le souvenir de ton abondance et de tes délices, racontant jusqu’au bout du monde, à tous ceux qui ne t’ont pas vue, ta gloire, ta magnificence et toutes les merveilles que tu renfermes dans ton sein. On rapporte de toi, ô Cité de Dieu, des choses glorieuses (Ps LXXXVI, 3). Mais il est temps que moi aussi je redise à ta louange et à la gloire de ton nom quelques-unes des délices dont tu es remplie.
 
  

CHAPITRE VI. 

Bethléem. (11) 

12. Arrêtons-nous avant tout pour la réfection des âmes saintes à Bethléem, la maison du pain, où apparut pour la première fois, quand une vierge le mit au jour, le Pain vivant descendu du ciel. On y montre encore aux pieuses bêtes, la crèche et dans la crèche, le foin du pré virginal, que le bœuf et l’âne ne peuvent manger sans reconnaître, l’un son maître, et l’autre son seigneur.  » Toute chair n’est que de l’herbe et toute sa gloire est comme la fleur de l’herbe des champs  » (Is XL, 6). Or parce que l’homme n’a pas compris le rang honorable où il a été créé, il s’est vu comparé aux bêtes qui n’ont point de raison, et leur est même devenu semblable ; le Verbe qui est le pain des Anges, s’est fait le pain des bêtes, afin que l’homme qui avait perdu l’habitude de se nourrir du pain de la parole, eût le foin de la chair à ruminer, jusqu’à ce que, rendu par l’Homme-Dieu à sa première dignité, et, de bête redevenu homme, il pût dire avec saint Paul :  » Si nous avons connu Jésus-Christ selon la chair, nous ne le connaissons plus maintenant de cette sorte  » (2 Co V, 16). Ce que nul, je crois, ne peut dire avec vérité, s’il n’a pas d’abord entendu avec Pierre ces mots sortis de la bouche de la Vérité même :  » Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie, le chair ne sert de rien pour les entendre  » (Jn VI, 64). D’ailleurs celui qui trouve la vie dans les paroles du Christ ne cherche plus la chair ; il est de ces bienheureux qui n’ont pas vu et qui ont cru (Jn XX, 29). Le lait n’est nécessaire qu’aux enfants et le foin ne l’est qu’aux bêtes ; mais celui qui ne pèche plus dans ses paroles est un homme parfait et peut supporter une nourriture tout à fait solide ; si c’est encore à la sueur de son front qu’il mange le pain de la parole, du moins le mange-t-il sans pécher. Il ne parle de la sagesse de Dieu, en toute sécurité et sans crainte de donner du scandale, qu’en présence des parfaits, et ne propose les choses spirituelles qu’aux spirituels ; mais se trouve-t-il parmi les enfants et les bêtes, il a soin de se proportionner à leur intelligence et ne leur propose que Jésus-Christ, mais Jésus-Christ crucifié. Ce n’en est pas moins le même aliment des célestes pâturages que la bête rumine avec douceur et dont l’homme fait sa nourriture ; il fortifie l’homme fait, et donne des forces à l’enfant.
 
  

CHAPITRE VII. 

Nazareth. 

13. Je vois aussi Nazareth, c’est-à-dire la fleur, Nazareth où l’enfant Dieu, qui naquit à Bethléem, fut nourri comme le fruit dans la fleur. Ainsi le parfum de la fleur a précédé le goût du fruit qui a humecté de sa sainte liqueur la bouche des apôtres, après avoir flatté, de son arôme, l’odorat des prophètes, et qui fournit aux chrétiens un aliment substantiel et fortifiant, après que les Juifs se furent contentés d’en respirer à peine l’odeur. Pourtant Nathanaël avait senti le parfum de cette fleur qui répand une odeur plus suave que tous les aromates, c’est ce qui lui faisait dire :  » Peut-il sortir quelque chose de bon de Nazareth ?  » (Jn I, 46). Mais au lieu de se contenter de sentir cette délicieuse odeur, il suivit Philippe qui lui avait répondu :  » Viens et vois « . Bien plus comme enivré des suaves parfums dont il se sent pénétré, et, de plus en plus pressé du désir de goûter au fruit à mesure qu’il en aspire la bonne odeur, il se laisse guider par elle et se hâte d’arriver jusqu’au fruit qui l’exhale, car il brûle de sentir tout à fait ce qu’il n’a senti qu’à peine, et de savourer de près ce qui ne l’a embaumé que de loin. Mais rappelons-nous aussi ce que sentait Isaac ; peut-être n’est-ce point sans rapport avec notre sujet, voici ce qu’en dit l’Ecriture :  » Dès qu’il eut senti la bonne odeur qui sortait de ses habits, – c’est-à-dire des habits de Jacob, – il s’écria : L’odeur qui sort des habits de mon fils est semblable à celle d’un champ que le Seigneur a comblé de bénédictions  » (Gn XXVII, 27). Il a senti la bonne odeur qui s’exhalait de ses vêtements, mais il n’a pas reconnu quel était celui qui les portait, tant il est vrai que le charme qu’il ressentait, ne venait que du dehors, c’est-à-dire du vêtement de Jacob comme d’une fleur, non pas de l’intérieur comme d’un fruit dont il aurait savouré la douceur, puisqu’il ignorait même lequel de ses deux enfants était élu et le sens de ce mystère. Qu’est-ce à dire ? C’est que le vêtement n’est autre que l’esprit, tandis que la lettre est la chair même du Verbe. Mais aujourd’hui même le Juif ne reconnaît ni le Verbe dans la chair ni la divinité dans l’homme, ni même le sens spirituel caché sous la lettre. Ne touchant au-dehors que la peau du chevreau qui était la figure d’un plus grand, c’est-à-dire du premier et antique pécheur, il ne peut arriver à la pure vérité. Si celui qui est venu, non pour faire le péché mais pour l’effacer, s’est manifesté sinon dans une chair de péché, du moins dans une chair semblable à celle qui est sujette au péché, il nous en a lui-même donné la raison en nous disant :  » C’est afin que ceux qui ne voient point voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles  » (Jn IX, 39). Trompé par cette ressemblance, le Prophète encore aveugle de nos jours, continue à bénir celui qu’il ne connaît pas, puisqu’il ne reconnaît point à ses miracles celui dont lui parlent ses livres, ni à sa résurrection celui qu’il a touché de ses propres mains quand il l’a chargé de liens, flagellé et souffleté ;  » s’ils l’avaient connu, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de la gloire  » (1 Co II, 8). Disons quelques mots de la plupart des lieux saints ou du moins admirons-en les plus fameux si nous ne pouvons les citer tous.
 
  

CHAPITRE VIII. 

Le mont des Oliviers et la vallée de Josaphat. 

14. Montons sur le mont des Oliviers et descendons ensuite dans la vallée de Josaphat, afin de tempérer la pensée des trésors de la miséricorde divine par la crainte du jugement dernier ; car si Dieu est plein de miséricorde pour pardonner, ses jugements n’en sont pas moins un abîme de terreur pour les enfants des hommes. Si David parle de la montagne des Oliviers, quand il dit :  » Seigneur, tu sauveras les hommes et les bêtes selon l’abondance de ton infinie miséricorde  » (Ps XXXV, 7), il fait allusion dans le même psaume, à la vallée du jugement dernier, quand il dit :  » Que le pied du superbe qui me poursuit ne vienne point jusqu’à moi, et que la main du pécheur ne réussisse point à m’ébranler  » (Ps XXXV, 12). Il nous fait assez connaître la terreur que lui inspire la pensée des gouffres de cette vallée, quand il s’écrie ailleurs, au milieu de sa prière :  » Seigneur, pénètre ma chair de ta crainte, tes jugements me remplissent de frayeur  » (Ps CXVIII, 120). L’orgueilleux est précipité dans cette vallée et s’y brise ; l’humble y descend et ne court aucun danger. L’orgueilleux excuse son péché, l’humble au contraire le confesse, parce qu’il sait bien que Dieu ne juge pas une seconde fois celui qui est jugé, et que si nous nous jugeons nous-mêmes, nous ne serons pas jugés (1 Co XI, 31). 

15. Mais l’orgueilleux, oubliant combien il est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant, se laisse facilement aller à des paroles de malice et ne songe qu’à chercher des excuses à ses péchés. C’est en effet une malice bien grande que de n’avoir pas même pitié de toi, ô orgueilleux, et de repousser loin de toi, après ta faute, ce qui peut seul en être le remède, c’est-à-dire la confession de ta faute ; d’aimer mieux renfermer des tisons allumés dans ton sein que de les rejeter loin de toi et de ne tenir aucun compte de ce conseil du Sage :  » Aie pitié de ton âme en te rendant agréable à Dieu  » (Si XXX, 24). D’ailleurs pour qui est bon celui qui n’est pas bon pour lui-même ? C’est maintenant que le monde est jugé et maintenant aussi que le prince de ce monde doit être chassé dehors, c’est-à-dire hors de ton cœur, pourvu que tu t’humilies et que tu te juges toi-même. Le jugement du Seigneur se fera quand le ciel lui-même sera appelé d’en haut par Dieu et la terre appelée d’en bas, pour faire en leur présence le discernement de son peuple. C’est alors que tu auras lieu de craindre d’être précipité avec Satan et ses anges, s’il se trouve que tu n’as pas encore été jugé. Quant à l’homme spirituel, comme il juge tout, il n’est lui-même jugé par personne (1 Co II, 14). Voilà donc pourquoi le jugement commence à se faire dans la maison même de Dieu ; de cette manière, le juge, quand il viendra, trouvera les siens, ceux qu’il connaît pour lui appartenir, déjà jugés ; il n’aura plus besoin de les juger puisqu’il ne doit juger que ceux qui ne participent point aux travaux ni aux fatigues des hommes, et n’éprouvent point les fléaux auxquels les autres hommes sont exposés (Ps LXXII, 5).
 
  

CHAPITRE IX. 

Le Jourdain. 

16. Quelle joie pour le Jourdain qui se glorifie d’avoir été consacré par le baptême de Jésus-Christ, de recevoir les chrétiens dans ses eaux ! Il avait bien tort ce Syrien frappé de la lèpre (2 R V, 12), qui préférait aux fleuves d’Israël je ne sais quelle rivière de Damas, quand notre Jourdain s’est montré si souvent soumis à Dieu comme un esclave, a su modérer si miraculeusement son cours soit pour Elie, soit pour Elisée, soit encore, en remontant plus haut dans l’antiquité, pour Josué et pour tout le peuple d’Israël, à qui il laissa un passage à pied sec (2 R II, 8 ; Jos III). Après tout, où trouver un fleuve plus illustre que celui-là et comme lui consacré par une sorte de présence sensible de la Trinité ? Car sur ses bords la voix du Père se fit entendre, le Saint-Esprit se fit apercevoir et le Fils fut baptisé ? C’est donc avec raison que sur l’ordre même de Jésus-Christ, tout le peuple fidèle éprouve maintenant dans son âme, la vertu de ses eaux dont Naaman, sur le conseil du Prophète, fit l’expérience dans sa propre chair (2 R V).
 
  

CHAPITRE X. 

Le Calvaire. 

17. Allons aussi sur le Calvaire où le véritable Elisée, dont ont ri des enfants insensés (2 R II, 17), donna un rire éternel à ceux dont il a dit :  » Me voici, moi et les enfants que le Seigneur m’a donnés  » (Is VIII, 18). O vertueux enfants, tandis que les premiers ne savaient que bafouer le Prophète, le Psalmiste excite les seconds à chanter les louanges de Dieu en leur disant :  » Louez le Seigneur, vous qui êtes ses enfants, louez le nom du Seigneur  » (Ps CXII, 1), afin que dans la bouche de ces vertueux enfants se trouve la louange du Très-Haut qu’avaient cessé de faire entendre les odieux enfants dont il se plaint en ces termes :  » J’ai nourri des enfants et les ai élevés, et après cela ils m’ont méprisé  » (Is I, 2). Notre chauve est monté sur la croix et s’est exposé aux regards du monde pour sauver le monde ; rien ne voilait sa face, rien ne couvrait son front pendant qu’il expiait nos péchés ; il n’a pas plus reculé devant l’ignominie que devant les supplices d’une mort honteuse et terrible, pour nous arracher à des supplices éternels et nous rendre à la gloire. Pourquoi nous en étonner, et pourquoi aurait-il éprouvé de la confusion, puisqu’il n’a pas lavé nos souillures comme l’eau qui les délaye et s’en charge elle-même, mais comme les rayons du soleil qui les dessèchent et demeurent toujours purs ? Car la sagesse de Dieu atteint partout, à cause de sa pureté.
 
  

CHAPITRE XI. 

Le Sépulcre. 

18. De tous les lieux saints, celui qui tient la première place en quelque sorte, qu’on désire le plus voir et où l’on ressent je ne sais quel redoublement de piété, c’est celui où le Christ reposa après sa mort plutôt que ceux où il vécut. La pensée de sa mort plus encore que celle de sa vie réveille notre piété. Je pense que cela vient de ce que l’une paraît plus austère et l’autre plus douce et que le repos et la sécurité de la mort sourient plus à la faiblesse humaine que les fatigues et la rectitude de la vie. La vie du Christ m’indique de quelle manière je dois vivre, sa mort, au contraire, me rachète de la mort ; l’une règle ma vie, l’autre est le rachat de la mort. Sa vie fut laborieuse sans doute, mais sa mort est précieuse, sans que l’une toutefois ait été moins nécessaire que l’autre. En effet, à quoi aurait servi la mort du Christ à celui qui vit mal, et sa vie à celui qui meurt en damné ? Est-ce que la mort du Sauveur peut, de nos jours, sauver de la mort éternelle ceux qui vivent dans le mal jusqu’à la mort, ou sa sainte vie a-t-elle pu sauver les saints Pères qui sont morts avant sa venue, selon ces paroles :  » Quel homme pourra vivre sans mourir un jour et qui pourra soustraire son âme à la puissance de l’enfer ?  » (Ps LXXXVIII, 49). Mais comme il nous est également nécessaire de vivre saintement et de mourir en pleine sécurité, il est venu par sa vie nous apprendre à vivre, et, par sa mort, rendre la sécurité à la nôtre ; il est mort pour ressusciter et nous a ainsi donné l’espérance de ressusciter aussi après notre mort. A ces deux bienfaits, il en ajouta même un troisième, sans lequel les deux autres ne pouvaient sous servir : il a effacé nos péchés. En effet, ne fussions-nous souillés que du seul péché originel, à quoi nous servirait, par rapport à la vraie et suprême félicité, la vie la plus sainte et la plus longue qui se puisse voir ? Dès que le péché est entré dans notre âme il faut que la mort le suive ; si l’homme ne l’avait point commis, il n’aurait jamais connu la mort. 

19. C’est donc par le péché qu’il a perdu la vie et mérité la mort : Dieu le lui avait prédit, et il était juste par conséquent qu’il mourût s’il péchait ; est-il, en effet, rien de plus juste que la peine du talion ? De même que l’âme est la vie du corps, Dieu est la vie de l’âme ; en péchant volontairement il a perdu volontairement la vie, mais c’est bien contre son gré qu’il a perdu en même temps le pouvoir d’entretenir même la vie. Il a spontanément repoussé la vie quand il n’a plus voulu vivre, il ne pourra plus désormais la donner à qui que ce soit quand même il le voudrait. L’âme n’a plus voulu être gouvernée par Dieu, elle ne pourra plus désormais gouverner elle-même son corps ; si elle ne veut pas se soumettre à son supérieur, pourquoi son esclave lui obéirait-il ? Le Créateur a trouvé la créature rebelle à ses volontés, n’est-il pas juste que la créature trouve sa servante révoltée contre elle ? L’homme a transgressé la loi de Dieu, il doit trouver maintenant dans ses membres une loi qui se trouve en révolte ouverte contre celle de l’esprit et qui la captive elle-même sous la loi du péché. Or, il est dit (Is LIX) que le péché élève une séparation entre Dieu et nous, il s’ensuit que la mort, à son tour, met aussi une séparation entre notre corps et nous. C’est le péché qui a séparé notre âme de Dieu, de même la mort la sépare de notre corps. En quoi donc la vengeance est-elle plus sévère que la faute, puisque l’âme ne souffre de son esclave que ce qu’elle s’est permis la première de faire souffrir à son auteur ? Pour moi je ne trouve rien de plus juste que la mort engendre la mort, que la mort de l’esprit entraîne celle du corps, la mort du péché celle du châtiment, la mort qui est née de notre volonté celle qui s’impose à notre volonté. 

20. L’homme donc se trouvant condamné à une double mort dans sa double nature, l’une spirituelle et volontaire, l’autre corporelle et forcée : l’Homme-Dieu a remédié à l’une et à l’autre avec autant de bonté que d’efficacité par sa mort corporelle et volontaire, et, en mourant une fois, il a tué nos deux morts. Il ne pouvait en être autrement ; car nos deux morts étant le fruit de notre péché et le payement de notre dette, le Christ, en prenant sur lui notre dette, sans participer à notre péché, nous a rendu en même temps, par sa mort volontaire et corporelle, la vie et la justice. S’il n’avait pas souffert corporellement, il n’aurait point acquitté notre dette ; et si sa mort n’avait point été volontaire, elle n’aurait eu aucun mérite. D’où il suit, s’il est vrai, comme il est dit, que la mort est la dette en même temps que la peine du péché ; que le Christ, en effaçant le péché et en mourant pour les pécheurs, a acquitté notre dette et subi notre peine. 

21. Mais d’où vient au Christ le pouvoir de remettre les péchés ? Sans doute de ce qu’il est Dieu et qu’il peut tout ce qu’il veut. Mais à quoi reconnaissons-nous sa divinité ? C’est à ses miracles ; car il a fait des choses que nul autre que lui ne peut faire ; sans parler des oracles des prophètes et du témoignage que son Père lui a rendu du haut du ciel, au milieu de sa glorieuse transfiguration. Si nous avons Dieu pour nous, qui sera contre nous ? Si Dieu même nous justifie qui est-ce qui nous condamnera ? Si ce n’est qu’à lui que nous disons tous les jours :  » J’ai péché contre toi, Seigneur  » (Ps L, 5), qui mieux que lui ou plutôt quel autre que lui peut nous remettre le péché que nous avons fait contre lui ? Ou bien comment ne le pourrait-il pas, lui qui peut tout ? Après tout je puis, si bon me semble, pardonner les fautes qu’on a à se reprocher à mon égard, pourquoi Dieu ne pourrait-il pas en faire autant ? Si donc le Tout-Puissant peut, mais peut seul remettre les péchés commis contre lui, on doit proclamer bien heureux celui à qui il n’impute point son péché. Quoi qu’il en soit, c’est donc en vertu de sa divinité que le Christ a pu nous remettre nos péchés. 

22. L’a-t-il voulu ? Qui peut en douter ? Comment croire que celui qui a voulu se revêtir de notre chair et subir la mort pour nous, nous refusera sa justice ? Après s’être incarné parce qu’il l’a voulu, avoir été crucifié parce qu’il l’a voulu, n’y a-t-il que sa justice qu’il ne voudra point nous communiquer ? Or il est certain qu’il a voulu en tant qu’homme ce qu’il a pu en tant que Dieu. Mais qui nous a dit qu’il a fait mourir la mort ? Nous le savons par cela seul qu’il a voulu la souffrir bien qu’il ne l’eût pas méritée. En effet à quel titre réclamera-t-on de nous le payement d’une dette qu’il a acquittée pour nous ? Celui qui a effacé la dette du péché en nous donnant sa justice, a acquitté en même temps la dette de la mort et nous a rendu la vie, car la vie reparaît à la mort de la mort, de même que la justice revit là où le péché disparaît. Or la mort est mise en fuite par la mort du Christ, d’où il suit que sa justice nous est imputée. Mais comment un Dieu a-t-il pu mourir ? Parce qu’il était homme. Et comment la mort de cet homme peut-elle profiter aux autres hommes ? C’est parce qu’il était juste. Il est bien certain qu’étant homme il a pu mourir, et qu’étant juste il est mort sans avoir mérité de mourir. Un pécheur ne saurait mourir pour un autre, puisqu’il est d’abord obligé de mourir pour lui-même ; mais celui qui n’a point à mourir pour soi, mourra-t-il inutilement pour les autres ? Non, et plus la mort de celui qui n’a point mérité de mourir est injuste, plus il est juste que celui pour lequel il meurt, vive. 

23. Mais, direz-vous, où est la justice quand un innocent meurt pour un coupable ? Je vous répondrai : il n’y a pas là justice mais miséricorde ; s’il y avait justice, c’est qu’il ne mourrait pas pour rien, mais pour acquitter sa dette ; or s’il mourait parce qu’il doit mourir, il mourrait effectivement, et celui pour qui il mourrait n’en vivrait pas plus pour cela. Mais s’il n’y a pas justice, du moins il n’y a pas non plus injustice qu’il meure, autrement il ne pourrait jamais être en même temps juste et miséricordieux. Mais s’il n’y a rien d’injuste à ce qu’un innocent satisfasse pour un coupable, comment un seul pourra-t-il le faire pour plusieurs ? Il semble que la justice exige que s’il n’y a qu’un seul qui meure il meure pour un seul. A cela l’Apôtre répond :  » De même que c’est par le péché d’un seul que tous les hommes sont tombés dans la condamnation, ainsi c’est par la justice d’un seul que tous les hommes reçoivent la justification et la vie ; car comme plusieurs sont devenus pécheurs par la désobéissance d’un seul, ainsi plusieurs seront rendus justes par l’obéissance d’un seul  » (Rm V, 19). Mais si un seul a pu rendre la justice à plusieurs peut-être n’a-t-il pas pu leur rendre la vie. L’Apôtre répond :  » Comme la mort est venue par un homme, la résurrection des morts doit venir également par un homme, et si tous meurent en Adam, tous aussi revivront en Jésus-Christ  » (1 Co XV, 22). En effet, quand un seul a péché, et que tous sont réputés pécheurs, pourquoi la justice d’un seul ne serait-elle imputée qu’à lui ? Le péché d’un seul aurait causé la mort de tous, et la justice d’un seul ne rendrait la vie qu’à un ? La justice de Dieu tendrait donc plus à condamner qu’à absoudre ? Ou faut-il croire qu’Adam fut plus puissant pour le mal que le Christ pour le bien ? On m’imputera la faute d’Adam et la justice du Christ ne me sera comptée pour rien ? L’un aura pu me perdre par sa désobéissance et l’autre ne pourra me sauver par son obéissance ? 

24. Vous me direz sans doute qu’il est juste que le péché d’Adam passe en nous tous, puisque nous avons tous péché en lui, attendu que, lorsqu’il a péché, nous étions tous en lui et que c’est de lui que nous descendons par la concupiscence de la chair. Mais nous descendons encore bien plus directement de Dieu selon l’esprit que d’Adam selon la chair ; car selon l’esprit nous étions en Jésus-Christ bien avant que nous fussions en Adam par la chair, si pourtant nous pouvons nous flatter d’être de ceux dont l’Apôtre voulait parler quand il disait :  » Il (c’est-à-dire Dieu le Père) nous a élus en lui, – en son Fils, – avant la création du monde  » (Ep XII). Pour ce qui est d’être nés de Dieu même, l’Evangéliste saint Jean ne nous permet pas d’en douter quand il dit :  » Ils ne sont pas nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu même  » (Jn I, 12) et ailleurs (1 Jn III, 8) :  » Celui qui est né de Dieu ne pèche pas, parce que son origine céleste le conserve « . Mais, reprenez-vous, la concupiscence de la chair montre assez que nous sommes nés de la chair, et le péché que nous sentons dans la chair prouve jusqu’à l’évidence que selon la chair nous descendons d’un pécheur. Cela n’empêche pas que leur génération spirituelle ne soit sentie, sinon dans la chair, du moins dans le cœur, par ceux qui peuvent dire avec saint Paul :  » Pour nous, nous avons l’esprit de Jésus-Christ  » (1 Co II, 16), dans lequel ils ont fait tant de progrès qu’ils peuvent ajouter en toute confiance :  » L’Esprit de Dieu même rend témoignage à notre esprit que nous sommes ses enfants  » (Rm VIII, 16) et encore :  » Nous n’avons point reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit de Dieu, afin que nous connaissions les dons que Dieu nous a faits  » (1 Co II, 12). L’Esprit de Dieu a donc répandu la charité dans nos cœurs, de même que notre origine charnelle d’Adam a fait couler la concupiscence dans nos membres, et de même que celle-ci, qui a sa source dans le père de nos corps, se retrouve en toute chair mortelle en cette vie ; ainsi celle-là, qui vient du Père des esprits, n’est jamais absente du cœur des enfants parfaits de Dieu. 

25. Mais si nous sommes nés de Dieu et choisis en Jésus-Christ, où serait la justice que notre origine humaine et terrestre l’emportât sur notre origine céleste et divine, que notre héritage charnel prévalût sur l’élection de Dieu, et que la concupiscence de la chair, qui nous vient d’une source temporelle, prescrivît contre ses éternels desseins ? Ou plutôt, si la mort a pu venir jusqu’à nous par le fait d’un homme, pourquoi la vie n’y viendrait-elle pas à plus forte raison également par un homme, et surtout par un tel homme ? Pourquoi enfin, si nous mourons tous en Adam, ne serions-nous pas plus sûrement vivifiés en Jésus-Christ ?  » Enfin, s’il n’en est pas de la grâce de Dieu comme du mal arrivé par un seul homme qui a péché, car nous avons été condamnés au jugement de Dieu pour un seul péché, au lieu que nous sommes justifiés, par la grâce de Jésus-Christ, après plusieurs péchés  » (Rm V, 15). Le Christ a donc pu nous remettre nos péchés parce qu’il est Dieu ; mourir, puisqu’il est homme, et payer, en mourant, notre dette à la mort, parce qu’il est juste. Et, d’un autre côté, la vie et la justice d’un seul ont pu suffire à tout par la même raison que le péché et la mort ont pu passer d’un seul homme dans tous les hommes. 

26. Mais ce n’est pas sans nécessité que l’Homme-Dieu retarda sa mort et vécut pendant quelque temps parmi les hommes ; c’était pour les exciter aux choses invisibles par de nombreux entretiens où il leur faisait entendre les paroles de la vérité, pour établir la foi dans leur âme par la vue de ses œuvres merveilleuses et pour les former à la vertu, par l’exemple de sa conduite. L’Homme-Dieu a donc mené sous nos yeux une vie de tempérance, de justice et de piété, enseigné la vérité, opéré des merveilles, souffert des tourments qu’il n’avait pas mérités, aussi que nous a-t-il manqué pour le salut de ce côté ? Si à cela s’ajoute la rémission de nos péchés, je veux dire une rémission gratuite, il est évident que l’œuvre de notre salut est complète. Il n’y a pas à craindre que pour remettre ainsi nos péchés la puissance ou la volonté manquent à Dieu et surtout à un Dieu qui a souffert et tant souffert pour les pécheurs, pourvu qu’il nous trouve disposés à imiter, comme il est juste, les exemples qu’il nous a donnés, à respecter les miracles qu’il a faits, à croire à sa doctrine et à lui témoigner notre reconnaissance pour tout ce qu’il a souffert. 

27. Ainsi, en Jésus-Christ, tout nous a servi, tout a été salutaire pour nous, tout nous fut nécessaire, et sa faiblesse ne nous a pas été moins utile que sa grandeur ; car si la vertu de sa divinité a écarté le joug du péché qui pesait sur nos têtes, c’est la faiblesse de la chair qui lui permit, par sa mort, de rompre la puissance de la mort. C’est ce qui faisait dire avec tant de raison à l’Apôtre :  » Ce qui paraît une faiblesse en Dieu est une force plus grande que celle de tous les hommes  » (1 Co I, 25). Et cette folie par laquelle il lui a plu de sauver le monde, afin de confondre en même temps la sagesse et les sages du monde, quand, par exemple, tout Dieu et tout égal à Dieu qu’il fût formellement, il s’abaissa jusqu’à prendre la forme d’un esclave ; tout riche, grand, élevé et puissant qu’il fût, il se fit pour nous, pauvre, petit, humble et faible ; quand il eut faim et soif, quand il ressentit la fatigue des voyages et le reste, non parce qu’il y était contraint, mais parce qu’il l’a bien voulu, cette espèce de folie de sa part, ne fut-elle point pour nous la voie de la sages  

Publié dans : L'ordre des Templiers | le 12 septembre, 2006 |Pas de Commentaires »

LA GENEROSITE

LA GENEROSITE
   C’est le complément indispensable de Valeurs comme le courage, la responsabilité et le sens de l’honneur.
    Nous nous efforcerons d’abord de cerner le sujet en expliquant ses différents aspects. Nous soulignerons ensuite la crise actuelle de la générosité sans notre société.
    Nous lancerons enfin quelques pistes de réflexion sur la formation des jeunes à la générosité, l’éducation du coeur étant inséparable de celle de l’esprit et du caractère.

1/ DE QUOI S’AGIT-IL ?
    On peut argumenter sans fin sur la notion de Valeur et la classification des Valeurs. N’étant pas philosophes, nous cherchons surtout à remettre le bon sens à sa place, et donc à réhabiliter d’abord des notions qui paraissaient quelque peu perdues de vue. A l’époque où l’on privilégie souvent les facteurs intellectuels et émotionnels, nous voudrions au contraire mettre en relief l’importance du caractère, colonne vertébrale de la personnalité.

    Cela dit, l’homme est indivisible et les Valeurs sont inséparables les unes des autres car complémentaires. Pour être un homme digne de ce nom, il ne suffit donc pas d’avoir un sens élevé de l’honneur ou de la responsabilité, et d’être courageux. Il faut aussi avoir du coeur et le montrer. C’est l’idée essentielle de cette réflexion toute simple qui débouchera sur quelques conclusions en matière d’éducation à la générosité.

Qu’est donc que la générosité ?
    (du latin generosus , de bonne race ) D’après le Littré, c’est la qualité de celui qui donne largement (On parle aussi d’une terre généreuse ou d’un vin généreux), qui est d’un naturel noble (coeur généreux), par extension celui qui est courageux .
    La générosité, c’est aussi la grandeur d’âme, la disposition à la bienveillance, à la largesse, à la bienfaisance. C’est un état d’esprit d’ouverture et de don de soi – même, tout le contraire de l’égoïsme, du calcul et de l’avarice, mais la générosité ne concerne pas que le porte-monnaie.

QUELQUES FACONS D’ETRE GENEREUX

DONNER SON ARGENT
    Si démuni que l’on soit, on trouve toujours un plus pauvre à qui donner un peu de son superflu, voire de son nécessaire. Ce faisant, on manifeste le sens de la solidarité humaine, c’est pourquoi les trois religions du Livre font de l’aumône une obligation pour le croyant.

    Autour de ce principe, on peut faire plusieurs réflexions:
- Le nombre et la diversité des gens qui font la mancheest aujourd’hui tel qu’on peut se demander si donner de l’argent à ces SDF n’en dissuade pas certains de chercher du travail. Ce peut être un prétexte pour ne rien donner à ceux qui en ont besoin!
- Nous sommes aujourd’hui sollicités de toutes parts, d’où la nécessité de faire un choix en fonction de ce que nous estimons prioritaires: les réfugiés ou notre vieille cousine?
- Par ailleurs, sortir une pièce de sa poche, n’est-ce pas une façon simple de nous débarrasser d’un importun en faisant taire notre mauvaise conscience?
La façon de donner vaut mieux que ce que l’on donne. Une pièce accompagnée d’un mot gentil a plus de valeur humaine qu’un billet déposé ostensiblement lors d’une quête. Ce dont les pauvres ont surtout besoin, c’est de notre considération.

    Mais, il ne s’agit pas seulement d’argent … Etre généreux, ce peut être aussi accueillir chez soi des amis en difficulté, prêter sa voiture, partager son repas avec les voisins qui déménagent, voire avec des inconnus …

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DONNER DE SON TEMPS
    En un siècle où tout le monde court contre la montre, la générosité consiste aussi à donner gratuitement de son temps.
    Le travail professionnel fournit déjà des occasions d’en faire preuve en ne comptant pas ses heures, en donnant un coup de main à un collègue. Mais elle s’exprime surtout dans l’activité bénévole qui couvre quantité de domaines indispensables à la Société. L’Etat ne peut pas tout faire et la générosité nous commande de nous occuper des autres.
    Depuis les services élémentaires de voisinage (changer les plombs d’une personne âgée, l’aider à rédiger sa feuille de sécurité sociale, repeindre sa chambre ou simplement lui faire une petite visite…) jusqu’au militantisme au sein d’associations caritatives, sportives, culturelles, politiques ou religieuses, les occasions de donner son temps ne manquent pas et le problème de la retraite se pose souvent en termes de bénévolat.
    Dans ce domaine cependant, il faut faire des choix car on voit, à côté de quelques inactifs, trop de retraités surmenés, tandis que d’autres dispersés entre de multiples organisations.

    Donner de son temps, ce n’est d’ailleurs pas assez. Il faut fournir aussi sa compétence et son dynamisme. C’est particulièrement vrai dans le milieu associatif où le bénévolat ne garantit pas l’efficacité. Sachons donc revendiquer et exercer des responsabilités en fonction de notre expérience et de notre disponibilité, une secrétaire dévouée et assidue étant souvent plus utile qu’un président qui papillonne.

    Donner de son temps, c’est donc se donner du mal. Mais j’atteste, comme visiteur de prison, que notre tâche éprouvante est aussi enrichissante et valorisante.

DONNER SON COEUR
    Il est donc impossible de se dévouer à quelque chose ou à quelqu’un sans y mettre de l’amour. On épuise vite son argent et on est toujours limité en temps, tandis que les réserves du coeur sont inépuisables. Chacun a sa façon d’agir et d’aimer. Les obstacles à vaincre sont la routine et l’égoïsme (parfois à deux) qui mènent à l’endurcissement du coeur.

Etre généreux, c’est aussi savoir pardonner. C’est encore reconnaître ses torts.

TRANSMETTRE LA VIE
    Le rapport entre sexualité et transmission de la vie est apparemment simple et en réalité terriblement complexe.

    Des couples font un enfant, sans y penser, parce qu’ils s’aiment et qu’ils ont fait les gestes de l’amour. Des couples font un enfant surtout pour se faire plaisir ; c’est aussi le cas de certaines femmes modernes qui se font faire un enfant qu’elles élèveront sans père.
    Certains couples manquent de sagesse humaine et font trop d’enfants par rapport à leurs capacités de leur donner le maximum de chances de se réaliser.

    Il existe encore heureusement beaucoup de cas où l’homme et la femme choisissent d’avoir plusieurs enfants parce qu’ils considèrent que la vie est un bien précieux et qu’il est bon d’appeler des enfants à la vie et de leur donner des chances d’être heureux. Ces gens là renoncent à leur tranquillité et souvent à leur aisance car chacun sait qu’un enfant apporte de la joie mais aussi des soucis, du travail et des privations.

    Ceux qui assument leur paternité et leur maternité de façon responsable, les aventuriers du monde moderne, disait Péguy… ceux- là font preuve d’une grande générosité.

PROTEGER LA VIE
    Sur les champs de bataille d’autrefois, laisser la vie à un ennemi vaincu et blessé était une marque insigne de générosité. Il en va de même aujourd’hui pour ceux qui travaillent pour la vie, soit en militant contre l’avortement, soit, mieux, en aidant des femmes en difficulté à mettre au monde et à élever leur enfant, malgré la pression sociale en faveur de l’IVG.

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DONNER SON SANG
    Risquer sa vie au service des autres est considéré comme la plus haute forme de la générosité. Elle concerne aussi bien le pompier, le policier, le sauveteur que le soldat. A un degré moindre, donner de son sang constitue déjà un geste généreux.

TRANSMETTRE SES CONNAISSANCES
    Une civilisation meurt lorsque les connaissances ne sont plus transmises, a écrit Pierre Chaunu. Or cette situation peut se produire s’il n’y a plus personne pour les recevoir ou si l’enseignement est défectueux (C’est la double menace actuelle…)
    Or, l’enseignement suppose outre des connaissances et des aptitudes pédagogiques, attention portée à chacun, dévouement et patience, formes élevées de la générosité. La tâche éprouvante d’éducateur est essentielle et ne concerne pas que les parents et les enseignants. L’ingénieur retraité qui offre ses compétences scientifiques à des lycéens en difficulté fait preuve de générosité. De même les personnes qui donnent bénévolement des leçons aux prisonniers ou handicapés au sein d’associations comme GENEPI ou Auxilia.

2/ LA CRISE DE LA GENEROSITE

    Au delà de la théorie, on relève aujourd’hui une crise de la générosité :

- Le refus de la paternité ou de la maternité par beaucoup de nos contemporains est typique de cette crise. Les Américains ont inventé à ce propos le terme de couple DINK (double income, no kid = double salaire, pas de gosse) pour caractériser ces gens qui cherchent surtout à écarter un possible élément de gêne de leur vie égoïste à deux.

- La crise des vocations est un autre aspect de cette mentalité. Il ne s’agit pas seulement des vocations religieuses mais aussi de la répugnance de beaucoup de jeunes à s’engager dans quelque chose d’exigeant et de définitif : choix d’une carrière, entrée dans la vie active ou mariage…
    A noter que cette crise concerne aussi les adultes qui, par exemple, relèguent trop de vieux parents dans les maisons de retraite (quand ils ne les abandonnent pas chaque été dans des hôpitaux). Dans un autre domaine, bien des dirigeants d’associations se plaignent d’avoir du mal à recruter des bénévoles pour les aider, les relayer et les relever.

- La crise du sang est d’actualité. Les mêmes qui considèrent comme normal de recevoir du sang quand ils sont blessés ne se bousculent pas les jours de collecte.

- L’ambiguïté de la générosité médiatique On doit se réjouir des manifestations de générosité médiatique malgré leur caractère artificiel et éphémère. Les « pros » de la TV savent émouvoir le bon peuple au point, l’effet d’entraînement jouant, d’amener chacun à signer un chèque. Il est en revanche difficile d’amener les mêmes personnes à soutenir régulièrement une personne ou une cause.

EN CONTREPOINT , ON NOTE DE MERVEILLEUX EXEMPLES DE GENEROSITE

    Dans ce contexte général d’individualisme, on peut cependant citer de merveilleux exemples de générosité moderne, chez les jeunes notamment.
- Des garçons et des filles sont moniteurs de colonies de vacances, éducateurs de rues, chefs scouts ou décident de consacrer aux autres un an de leur vie, souvent au loin…
- Des couples qui ont déjà des enfants, adoptent, en plus, un petit handicapé.
A mes yeux , ceux là représentent le plus haut niveau de la générosité .
    Dans le contexte actuel, tous ces exemples sont très réconfortants.

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3/ L’EDUCATION A LA GENEROSITE

    Elle repose, comme les autres domaines de l’éducation, sur quelques principes simples :

- L’éducation du coeur est aussi importante que la réussite au bac et que la formation du caractère …

- Chaque cas est particulier: dès les jeunes années, certains enfants apparaissent particulièrement généreux parmi des frères et soeurs plus intéressés.
    Sachons donc nuancer selon les cas : l’éducation, c’est du « sur mesures« …

- Comme dans l’éducation à l’honneur et à la responsabilité, l’exemple vaut mieux que les discours et, à l’inverse, le contre témoignage est une catastrophe …

- Les jeunes ont besoin de modèles et de héros: sachons leur en proposer, même si ceux là heurtent parfois ce que nous considérons comme le sens de la mesure …

    Pour mettre en oeuvre ces principes, semons la graine de générosité prudemment, progressivement mais opiniâtrement , délicatement et de façon réaliste .

    Prudemment car l’équilibre des jeunes est chose fragile et que se pose souvent pour eux un problème de sécurité. C’est ainsi un fait d’expérience qu’il peut être dangereux, sous prétexte d’ouvrir les enfants aux réalités de la vie, de les mettre trop tôt en contact avec des personnes marginales.
    Ce qui prime, c’est le bien de ceux qu’on éduque et, pour reprendre le sous-titre de l’un de nos livres  » Les parents de Julie« , l’éducation, c’est d’abord du bon sens. Par exemple, il est clair qu’un célibataire ou un retraité ont davantage de liberté d’esprit pour s’engager généreusement à l’extérieur qu’un père de famille qui se doit d’abord aux siens.
    Cherchons donc à apprendre aux jeunes à donner gratuitement mais sachons aussi leur crier casse cou quand ils envisagent de prendre des risques inutiles …

    Mais il nous faut tenir à la fois les deux bouts de la chaîne car l’éducation au risque mesuré est complémentaire de l’éducation du coeur…

    Progressivement car il est un temps pour tout. C’est parce qu’on aura appris au bambin à prêter son jouet qu’on pourra inciter l’adolescent à donner aux autres un peu de son argent de poche ou de son temps. Brûler les étapes risquerait de l’écoeurer.
    Opiniâtrementcar l’éducation est une longue patience. Dans ce domaine comme dans les autres, il faut toujours recommencer sans se lasser.
    Délicatement car il s’agit ici, non pas d’imposer un comportement instantané, mais de tenter de faire naître un état d’esprit qui durera toute l’existence et s’exercera de façon différente selon les personnes, les circonstances et les états de vie.

    Et dans une optique de total désintéressement réaliste pour que le jeune à qui on enseigne la générosité ne se comporte ni en égoïste, ni en poire et qu’il ne s’imagine surtout pas que le bien qu’il fait lui vaudra la reconnaissance de ceux qu’il aide.

    Cela étant, sachons lui inculquer encore deux idées :

- S’il a eu de la chance dans la vie, « renvoyer l’ascenseur » aux autres, d’une façon ou de l’autre, c’est un devoir élémentaire de solidarité humaine.

- C’est aussi l’une des clefs du bonheur.

Publié dans : VALEURS DE FRANCE | le 12 septembre, 2006 |Pas de Commentaires »

LE CIVISME

LE CIVISME
    Le Civisme est l’un des piliers de la société mais il est, comme elle, en crise.
    Même si les citoyens vivent individuellement les Valeurs précédentes, notre société se portera mal tant qu’ils n’assumeront pas davantage leurs responsabilités vis à vis de la collectivité, tant qu’ils ne seront pas davantage imprégnés de sens civique.
   La situation s’aggrave et le péril nous paraît si grand que nous estimons nécessaire de reprendre ici certaines de nos idées déjà diffusées. Elles sont très simples et ne font que réactualiser des notions bien connues mais trop souvent perdues de vue.

    En appui de notre thèse, voici trois opinions émanant de trois sources différentes :
« Le civisme est une valeur civilisatrice moderne qui se vit au quotidien des peuples; il est la marque d’une appartenance à une même collectivité, au service d’une même nation ou des mêmes idéaux. »

( Etats généraux du Civisme. Sorbonne 1986)

« Nous sommes en guerre, dans une véritable guerre économique, culturelle et technologique, en danger du fait de l’exaltation effrénée de l’individualisme. Pour être du côté des gagnants, nous ne pouvons nous contenter de former de bons ouvriers ou de bons ingénieurs, NOUS DEVONS AUSSI FORMER DE BONS CITOYENS. »

J.-P. Chevénement

Parmi les droits de l’homme, il faut inclure le droit au civisme supérieur, le droit de crier et de suffoquer devant les laideurs irrespirables, le droit à la beauté enseignée aux enfants, le droit à la création plutôt qu’à la créativité, le droit à la morale civique, aux valeurs fondamentales de la personne humaine… »

Philippe de Villiers « La chienne qui miaule »


1/ DE QUOI S’AGIT-IL ?

« Le civisme, nous dit le Littré, c’est le sentiment qui fait les bons citoyens. C’est l’attachement à la Cité. » « C’est, dit le Larousse , le sens qu’a un homme de ses responsabilités et de ses devoirs de citoyen « . André Siegfried précise: « C’est le dévouement à la chose publique, en vertu duquel chacun, tout en revendiquant son quant-à-soi, estime devoir s’insérer dans une communauté et collaborer à la vie sociale ».
    Dans ces conditions, le Civisme n’est pas seulement une affaire de code à connaître et à respecter (encore que le respect du code de la route soit finalement un élément du civisme)
, c’est surtout une affaire d’attachement au BIEN COMMUN, donc de cœur.
    Le BIEN COMMUN, ce n’est pas seulement l’air, la rue, le jardin public et le métro…
C’est aussi et surtout l’ensemble des conditions sociales qui permettent à chaque citoyen d’atteindre son épanouissement : sauvegarde de la vie, sécurité intérieure et extérieure, santé, moralité publique, accès au travail, à l’instruction et à l’éducation, à l’aide aux familles, libertés essentielles correspondantes (de penser , de parler, de s’assembler, de pratiquer sa religion …) .

    Il est évident que le souci du bien commun implique, pour chacun, une certaine renonciation à sa liberté individuelle.

LES TROIS NIVEAUX DU CIVISME
Le Civisme est avant tout un ETAT D’ESPRIT qui doit pousser les citoyens :
· Au minimum, à ne pas gêner les autres, à ne pas perturber le fonctionnement extérieur de la société. C’est une attitude assez passive qui amène à ne traverser la rue que dans les clous, à ne pas jeter les papiers gras sur le trottoir, à respecter les feux rouges, les pelouses et les banquettes… C’est le premier niveau, élémentaire, du Civisme. Il concerne tous les citoyens en vertu de ce principe: « Il ne peut y avoir de droits pour chacun que si les autres se reconnaissent le devoir de les respecter ».
· Complémentaire du précédent, le deuxième niveau est celui de l’électeur, du contribuable, hier du jeune qui partait faire son Service National. Il correspond à l’obéissance aux lois. Il s’applique également à tous.
· Le troisième niveau ne concerne en revanche que ceux qui en ont le goût et les dons. Il s’agit d’ACCEPTER DES RESPONSABILITES dans la Cité en fonction de ses possibilités physiques et intellectuelles. C’est le niveau du pompier volontaire, du conseiller municipal, du dirigeant d’association, du maire ou du député…

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2/ LA CRISE DU CIVISME

Le Civisme est en crise notamment parce que:
- d’une part, l’individualisme a envahi nos cités avec le progrès matériel;
- d’autre part, le sens du bien commun n’est pas inné chez les enfants. Il faut le faire découvrir progressivement aux jeunes. Or, c’est ce à quoi beaucoup d’éducateurs répugnent, parents y compris, ou ne prêtent pas assez attention.
   Le résultat, c’est, pêle-mêle (et entre autres), la pollution des trottoirs et des lieux publics, l’abstention électorale, la fraude fiscale, les affaires, la montée de la délinquance et la difficulté de trouver des donneurs de sang et des bénévoles pour s’occuper des autres et du bien commun de façon désintéressée…

3/ L’EDUCATION AU CIVISME

    Le bambin qui découvre la vie a instinctivement le sens de sa propriété. Il est naturellement égoïste et il faut lui apprendre à accepter des copains sur le tas de sable, à prendre son tour sur la balançoire et à partager son gâteau …

    L’éducation au Civisme, c’est d’abord l’acquisition et l’entretien d’un certain savoir et de certains réflexes: respecter les jardins publics, les murs, les trottoirs , les banquettes… traverser au vert et dans les clous .. . accepter les droits de l’autre aux jeux collectifs… Payer son billet dans le Métro…

    C’est surtout l’acquisition d’un certain ETAT D’ESPRIT CIVIQUE.
Les deux domaines sont étroitement imbriqués car le fait de faire ou de ne pas faire certains gestes crée des habitudes, d’où procède l’état d’esprit. C’est tout petit qu’il faut apprendre à l’enfant à respecter et à promouvoir le bien commun. Cette initiation doit être progressivement approfondie, élargie et consolidée car rien n’est jamais acquis. Les adultes jouent à cet égard un rôle essentiel en donnant le bon exemple aux jeunes.
   L’éducation au Civisme apparaît ainsi comme une création continueet la TV pourrait participer, mieux qu’elle ne le fait, aux grandes campagnes d’incitation au civisme .

A L’ECOLE
    Après la famille, l’école est le lieu par excellence de la sociabilisation et de l’initiation au civisme. Celui où les enfants apprennent à dompter leur envie de remuer ou de parler, à respecter le maître et les autres, à acquérir des notions élémentaires d’ordre, d’hygiène, de discipline et les bases de la morale.
    Encore faut-il que les enseignants soient convaincus de leurs responsabilités en la matière et qu’ils soient formés en conséquence !

AU SPORT et DANS LES MOUVEMENTS DE JEUNESSE
    Appartenir à un équipe sportive. Accepter de venir à l’entraînement chaque semaine. Se plier à la discipline collective du jeu. Tirer ensemble sur les avirons. Pousser, les 3 lignes faisant bloc, dans la mêlée de rugby. Respecter les règles du sport pratiqué. S’incliner devant les décisions du capitaine d’équipe et de l’arbitre… Tout cela est déjà une excellente école d’éducation au civisme. C’est dans cet esprit que les Anglo-Saxons, férus de vraie démocratie, ont placé la pratique du sport à un tel niveau à l’école et à l’université. A cet égard et à beaucoup d’autres, on peut donc souhaiter que le sport (sport d’équipe notamment ) soit davantage pris au sérieux en France, sous l’angle de la pratique entre amateurs s’entend ( et non des spectacles de TV…)

   L’appartenance à un mouvement de jeunesse ouvre des perspectives éducatives complémentaires. Bien qu’il n’ait pas de monopole en la matière, prenons l’exemple du scoutisme. Saluer les couleurs tous les matins… Aligner les tentes quand on monte le camp… Ranger ses affaires pour qu’elles n’envahissent pas la place ( exiguë ) réservée aux autres sous la guitoune… Enfouir les détritus… Surveiller le feu pour éviter les incendies… Répartir les tâches entre les grands et les plus petits… Tenir sa place (au ralenti durant l’hiver et à plein durant les camps) dans une patrouille ou une sizaine, petite communauté à taille humaine…

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    Progresser, d’année en année, dans ce cadre favorable pour y découvrir progressivement la responsabilité et l’autorité conçues comme un service. Le tout dans une ambiance de vie simple et joyeuse, de respect et d’amour de la nature, d’appel permanent, non seulement à l’esprit d’aventure mais aussi et surtout aux Valeurs morales et spirituelles les plus hautes…
    Telles sont les caractéristiques générales de la pédagogie scoute. On ne saurait trop recommander aux parents d’inscrire leurs enfants dans l’un de ces Mouvements ( Il en existe de différentes sensibilités…).

    Qu’ils incitent même, le moment venu, leurs adolescents à assumer, à leur tour, des responsabilités d’encadrement des plus jeunes. C’est un remarquable élément de formation qui prépare ces bons citoyens du 3° niveau dont nos cités et notre pays ont tant besoin.

Il y a plus. Aujourd’hui où l’on cherche désespérément les moyens de remédier à la crise des banlieues, et où les maisons de la culture montrent leurs limites, ne faudrait-il pas se pencher sérieusement sur l’expérience de ces milliers d’hommes et de femmes qui ont été formés pour la vie dans les mouvements et les patronages ?

    L’Association JET (Jeunes en équipes de travail) constituait à cet égard un laboratoire en vraie grandeur. Face aux jeunes délinquants primaires qu’on lui confiait pour les arracher à l’atmosphère délétère de la prison, elle obtenait de bons résultats en appliquant les principes éprouvés d’une pédagogie de bon sens: discipline ferme mise en oeuvre avec bienveillance par un encadrement (fourni par les Armées) motivé et expérimenté, contact systématique avec la nature à travers le sport et le travail manuel, souci permanent de rendre leur dignité aux jeunes et de leur donner confiance en eux, tout en leur faisant prendre des habitudes de vie saine.
   Jet vient, hélas, de fermer, les Armées n’ayant plus les moyens de fournir l’encadrement. Il est, par ailleurs, de bon ton dans certains milieux de dénigrer ces méthodes (soi-disant « paternalistes » et « militaristes », pourtant éprouvées aux Chantiers de Jeunesse.)
    Devant la misère des jeunes déboussolés, elles pourraient être adaptées aux besoins et aux réalités d’aujourd’hui. Cela devrait constituer une voie de recherche prioritaire.

ET, PAR DESSUS TOUT, DANS LA FAMILLE
    La préparation au civisme est une éducation permanente. Elle concerne, ou devrait concerner, spécialement les jeunes.
    Il n’y a pas de recette spécifique pour enseigner le Civisme. L’éducation est un tout. Elle implique, entre autres un minimum de compétence, beaucoup d’amour et de la cohérence entre ce qu’on dit et ce qu’on fait. Prétendre par exemple donner aux enfants des leçons de civisme et brûler un feu rouge devant eux, ou déclarer à table qu’on n’ira pas voter ou qu’on fraude le fisc, serait un contre-témoignage coupable…
    Cette cohérence, il faut aussi essayer de la susciter entre ce que les enfants entendent à la maison et ce qu’ils apprennent à l’école, au sport, dans les mouvements de jeunesse et à la TV, tous organismes qui ne dépendent pas de nous. Encore qu’on puisse souvent choisir l’école de ses enfants, leur club sportif ou leur troupe scoute. C’est plus compliqué pour la télé qui exerce une sorte de fascination pour eux et qui est donc devenue un élément important dans l’éducation, en positif ou souvent en négatif. L’apprentissage de l’usage de la télé est donc une nécessité éducative nouvelle.

Il devrait exister une éducation de masse au civisme, à travers les médias, mais ce qui est primordial, c’est d’enseigner le civisme à la maison et au fil des jours .

Comme le reste, le civisme s’enseigne très jeune, à petites doses, (gare à la saturation moralisante !) mais souvent, dans la joie et la tendresse, et pas à coup de trique…

   Chez les tout petits, il faut d’abord inculquer des réflexes: on jette son papier de bonbon dans la poubelle et pas par terre… On respire les fleurs du jardin et on ne les casse pas… On traverse la rue dans les passages protégés et on passe au vert… On met ses pieds sous les banquettes et pas dessus etc…

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    Il y a certes un ETAT D’ESPRIT à créer chez les jeunes en faveur du bien commun mais cet état d’esprit-là commence par l’acquisition des réflexes feu vert / feu rouge …
    La politesse rejoint ici le civisme. Dire bonjour, notamment aux gens de la maison qu’on rencontre dans l’escalier; céder sa place à une personne âgée… ce sont des réflexes à retrouver car ils sont oubliés, même par beaucoup d’éducateurs…
    Dès 6 ans, le réflexe gestuel ne suffit pas. Il faut aussi inlassablement EXPLIQUER aux jeunes le POURQUOI des choses, dans le domaine du civisme comme ailleurs. Cherchons donc à saisir chaque occasion favorable. Par exemple, commentons si possible en positif un fait divers caractéristique, aperçu dans le journal par un enfant. Ou l’attitude « sportive » d’un joueur vu à la TV. Ou encore expliquons ce que va faire le cousin qui donne son sang.

    Essayons de traiter le civisme sous forme de leçons de choses mais n’abusons ni du terme civisme ni du monologue, et cherchons surtout à susciter l’attention des enfants et à les faire parler. Au moment de la déclaration d’impôts, faisons bénéficier nos apprentis-citoyens d’une initiation au civisme fiscal ! Montrons-leur à quoi sert l’impôt et que, le payer, c’est un devoir élémentaire de citoyen.

D’une façon générale, essayons d’expliquer aux jeunes comment marche la société dans laquelle ils vivent. Cet aspect des choses a été longtemps le seul auquel s’intéressaient les programmes scolaires avec l’étude du fonctionnement des Institutions et des collectivités locales. Les notions de bien commun et de responsabilité du citoyen en étaient évacuées. Suivons les nouvelles directives qui recommandent de former des citoyens responsables.

   Comment faire pour préparer les enfants à accepter des responsabilités dans la Cité.
Essentiellement sur le tas, de façon pragmatique et progressive. Confions très tôt de petites tâches aux enfants dans la maison et poussons-les à accepter ailleurs des responsabilités à leur mesure, au bureau des élèves, aux scouts, dans les équipes sportives. La préparation à long terme d’un camp ou d’une fête de classe est par exemple très éducative. L’initiation au civisme et l’apprentissage de la liberté et de la responsabilité vont de pair…

    Nos maîtres-mots sont donc : Traiter du civisme à dose homéopathique, commencer par apprendre des gestes, dialoguer en permanence, créer un état d’esprit, enseigner les leçons de choses du Civisme…
    Ayons le souci d’une éducation globale et enracinée dans la vie ; nous convaincrons progressivement tous les parents et éducateurs.

    Mais ce que nous appelons les Valeurs Fondamentales sont indissociables et l’éducation des jeunes au civisme resterait bien désincarnée si on ne la complétait pas par l’éducation à la générosité.

   Par ailleurs, une notion plus charnelle et plus chaleureuse qui s’appelle le patriotisme est, selon nous, inséparable du civisme. Si on n’ y introduit pas l’amour de la patrie, l’éducation au civisme restera ce qu’elle était jusqu’ici, notamment dans les programmes scolaires : une somme de connaissances techniques sans finalité profonde et sans âme …

    Comme disait Simone Weil , ( la philosophe ) :

        » Il faut donner aux Français quelque chose à aimer : LA FRANCE « …

Publié dans : VALEURS DE FRANCE | le 12 septembre, 2006 |Pas de Commentaires »

LE PATRIOTISME

LE PATRIOTISME
    La notion de Patrie ne peut se réduire à des statistiques ou à des organigrammes. Elle a une dimension affective et culturelle marquée .

   Dans ce domaine comme en beaucoup d’autres, il faut tenter d’avoir une vision en stéréo de la réalité en la regardant sous deux angles. Ainsi, pour un Français, l’amour de sa patrie n’est pas exclusif de l’acceptation d’une certaine organisation politique et économique de l’Europe. Il est compatible aussi avec un profond attachement de chacun à son coin de terre.

    L’amour de la Patrie est donc en soi excellent. Ce qui en revanche peut faire problème, ce sont ces déformations de l’idée de Patrie qui aboutissent au mépris des autres hommes et des autres Patries à travers un culte abusif rendu à la Nation plutôt qu’à la Patrie.
Pour tenter d’éclairer la notion de Patrie, nous allons l’aborder successivement sous différents angles: Civisme et Patriotisme, Patrie et Nation, Patrie et Etat, Patrie et Europe, Patrie et Provinces, Patrie et Eglises.
    Nous montrerons ensuite les déformations de l’idée de Patrie et conclurons sur l’éducation à l’amour de la Patrie et à la connaissance de leur Patrie.

1/ De quoi s’agit-il ?

Définitions élémentaires
On lit dans le Petit Larousse .Nation (du latin NATUS: né) = communauté humaine, le plus souvent installée sur le même territoire, et qui, du fait d’une certaine unité historique, linguistique, religieuse, ou même économique, est animée d’un vouloir vivre commun .

Etat = Nation (ou groupe de nations) organisée, soumise à un gouvernement et à des Lois communes (en ce sens le mot prend une majuscule )

Patrie ( du latin PATER: père) = pays où l’on est né ou auquel on appartient comme citoyen . Exemple, la France est notre patrie. Ensemble des personnes qui sont associées entre elles de coeur ou de volonté en une nation, que celle-ci soit ou non organisée en un état indépendant.
    Par extension, pays que l’on aime par dessus tout . » Le véritable patriotisme n’est pas l’amour du sol mais l’amour du passé  » , dit Fustel de Coulanges. . .

CIVISME ET PATRIOTISME
    Pour nous, la personne humaine a le pas sur la société. Le but de celle-ci est de favoriser l’épanouissement des personnes qui la composent. Cela dit, l’homme est un animal social comme la fourmi. Il vit en société mais est capable, lui, de modifier l’organisation du groupe.
    Le civisme, c’est le sentiment qui nous pousse à admettre que la Cité est régie par des règles qui visent à préserver l’interêt général et le bien commun .
Il nous amène à nous sentir individuellement responsables de ce bien commun et appelés à travailler individuellement pour le promouvoir .
    Il nous fait admettre que nos droits sont inséparables de nos devoirs et nous pousse à accepter des responsabilités dans la Cité et à prendre les risques correspondants.
    Cette conception du Civisme n’est pas concevable sans une parcelle d’Amour, celui qui englobe et dépasse le respect, la tolérance, voire le pardon.

    Ainsi le Civisme est le fondement du Patriotisme qui s’en distingue par sa dimension affective. Le PATRIOTISME ajoute un sentiment de solidarité verticale entre les générations, l’impression que nous avons une dette de reconnaissance envers nos anciens et que c’est aux jeunes que nous devons la rembourser. C’est une question d’honnêteté .

Il introduit aussi un sentiment de solidarité horizontale entre gens qui parlent la même langue, ont la même culture et ont des intérêts communs.

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Patrie et Nation
Le mot Nation désignait un groupe d’hommes ayant même langue, même coutumes, même volonté de vivre en commun mais pas nécessairement même terre: on a jadis connu la nation franque, la nation tartare, la nation polonaise (qui a survécu aux partages de la Pologne) ; on pourrait parler aujourd’hui de nation kurde .

Patrie et Peuple
Du latin Populus, le terme peuple désigne un ensemble de gens qui n’ont pas nécessairement la même terre ni les mêmes habitudes mais qui ont entre eux un lien de caractère souvent religieux: c’est ainsi qu’on parlait du peuple juif (que la diaspora n’a pas fait disparaître), du peuple romain et du peuple chrétien … St Paul appartenait à la fois à ces trois peuples .

Patrie et Etat
L’Etat est une organisation politique ayant les attributions de la souveraineté. Il a généralement des frontières reconnues et des institutions propres. Il peut grouper des nations différentes: ce fut le cas de l’Empire Austro-Hongrois, de la Yougoslavie et de l’URSS. A l’inverse, les nations italienne. espagnole et allemande ont été longtemps divisées en plusieurs états. C’est encore le cas en Corée.

Patrie et Provinces
L’attachement de chacun à son coin de terre et à sa culture régionale paraissait jusqu’ici parfaitement compatible avec l’amour de la patrie. Le cas particulier de la Corse montre cependant que l’exacerbation du particularisme local peut aboutir à des situations de tension au détriment de la paix et de la prospérité générales .

Patrie et Europe
Il se trouve aujourd’hui que l’Europe a perdu son rôle dominant dans le monde, que chacune des nations qui la constituent est trop petite pour exercer une influence politique ou être compétitive au plan économique; ces nations ont donc ressenti le besoin de s’associer .

A ce besoin s’ajoutait le souci d’empêcher une nouvelle guerre Franco-Allemande.
Par ailleurs, malgré les différences de langue et au delà des conflits qui les ont opposées pendant des siècles, ces pays se sentent des racines et des traditions communes nées du triple héritage d’Athènes, de Rome et du Christianisme .

Dans les faits, l’association des pays a commencé par la création de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (1950) débouchant sur le traité de Rome (1957) qui organisait la Communauté économique Européenne qui ne cesse de s’étendre.

Depuis l’échec de la Communauté Européenne de défense (1954), le relatif succès de la construction Européenne sur le plan économique détone avec la difficulté de réaliser l’unité sur les plans politique, diplomatique et militaire. On note aussi l’alourdissement continu des institutions européennes et la pesanteur des contraintes qu’elles exercent sur les états.

   Cela parait dû au fait que les dimensions humaine, culturelle et spirituelle de la construction européenne ont été négligées au profit de l’économie .

   Quoi qu’il en soit, le patriotisme français devrait pouvoir s’associer à l’idéal des peuples de l’Europe en adhérant, pour reprendre les termes du Pape Jean Paul Il: « à une structure politique commune, émanation de la libre volonté des citoyens européens qui, loin de mettre en péril l’identité des peuples de la communauté, sera plus à même de garantir équitablement les droits, notamment culturels, de toutes les régions. Les empires du passé ont tous failli qui ont tenté d’établir leur prépondérance par la force de coercition et la politique d’assimilation. Votre Europe sera celle de la libre association de tous les peuples et de la mise en commun des multiples richesses de la diversité »
(Discours du 11 Novembre 1988 au Parlement Européen)

Patrie et Eglises
   Les églises ont toujours reconnu la valeur des communautés naturelles comme la famille et la patrie, à condition qu’elles restent fidèles à leur rôle d’accompagnement des personnes.
    L’Eglise catholique a écrit de nombreux textes sur ce sujet, mettant notamment en garde contre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes quand les structures sociales et économiques ne sont pas en place, et que n’existent pas les élites capables de gouverner en respectant les règles de la justice et des droits de l’homme .

    Le Pasteur Vassaux écrit de son côté :  » Une nation n’est pas animée par une force aveugle mais par la claire conscience d’un patrimoine spirituel commun. Sans cette prise de conscience, l’idée nationale risque de dégénérer en nationalisme, exaspération du sentiment national … « (« Eglise, état, armée » Editions Alethina , Lausanne)

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2/ La crise du Patriotisme

La désaffection apparente des jeunes pour la patrie
Voyageant beaucoup, ils ne semblent guère s’intéresser à ce qui fait la France… Selon un sondage récent, la Patrie serait même, pour 45 % des 15/20 ans, la première Valeur à rejeter, avant la recherche spirituelle que récuseraient 42% d’entre eux. (A titre d’information, la Valeur classée en N° 1 serait la tolérance et la N°2 le respect de l’environnement…)
   Tout se tient d’ailleurs: selon le même sondage, 3% seulement d’entre eux respecteraient le bien commun et 19% seulement reconnaîtraient qu’ils sont solidaires des autres…

Face à cette situation, un écrivain croate déclarait à Alain Finkielkraut :  » Chez nous aussi, les 15/20 ans se prenaient pour des nomades rock. il a fallu l’agression serbe pour qu’ils réapprennent, d’un coup, leur pays et leur âme. Une mémoire secrète attend au fond des êtres. Les circonstances la dévoilent. Je vous en souhaite de plus clémentes que les nôtres. »

Les déformations de l’idée de patrie
Celles qui considèrent la patrie comme un absolu, les déviations nationalistes, et celles qui la nient au profit d’un nouvel ordre mondial, internationaliste ou marxiste .

Les déviations nationalistes
Pour les Jacobins, la Nation française est seule porteuse de l’idéal de liberté, d’égalité et de fraternité qui constitue l’héritage de la Révolution. La Nation constitue donc un absolu dont le service motive tous les sacrifices et justifie tous les actes, même les plus barbares. Les revers militaires de 1793 et les révoltes populaires qui s’ensuivirent ayant amené les Jacobins à proclamer « la Patrie en danger » , ils n’eurent ainsi aucun scrupule à recourir à la Terreur pour la sauver.

Pour Nicolas Chauvin, un ancien combattant de l’Empire (17 fois blessé, « toujours par devant ») , le patrimoine national se réduit à ses gloires militaires dont l’éclat est à la mesure de la grandeur de la patrie. Pour lui, la patrie a toujours raison et sa doctrine, le chauvinisme, a apporté de l’eau au moulin de la doctrine des nationalités qui a inspiré toute la politique européenne du XIX°° siècle.

Fichte, avec son « discours à la nation allemande », en fut un des théoriciens. Il confond volontairement la notion de patrie et celle d’état et exige l’indépendance politique pour chaque peuple. Il allait notamment en résulter l’éclatement de l’Empire Austro Hongrois, sans parler des revendications indépendantistes d’aujourd’hui. L’hymne de l’Allemagne impériale  » Deutchland uber alles  » répondait à cet appel. En exacerbant une telle conception de la Nation, les Nazis en sont arrivés à considérer et à traiter certains hommes comme des sous hommes et à envahir leurs voisins. Aujourd’hui, cette conception provoque les nettoyages ethniques que l’on sait.
    En France, les conquêtes de la Révolution et de l’Empire nous ont valu bien des haines.

Nous n’en sommes plus là et, la mauvaise conscience et le mondialisme ayant fait leur oeuvre, ce sont les simples patriotes qui risquent aujourd’hui d’être qualifiés de Franchouillards présumés fascistes et racistes.

Les déviations internationalistes
Au XIX° siècle, Auguste Comte, fondateur du positivisme, a lancé l’idée d’une religion positive de l’humanité faisant disparaître, outre les religions, l’organisation sociale fondée sur les états et les patries .

Au nom de l’Evangile, Lammenais le rejoignait, affirmant  » Souvenez vous bien qu’à la patrie, vous devez préférer l’humanité. (…) Les maux qui désolent la terre ne disparaîtront que quand les nations, renversant les funestes barrières qui les séparent, ne formeront plus qu’une unique et grande société… » .
Cette conception inspire encore aujourd’hui des écoles de pensée influentes.

Pour des raisons différentes, le marxisme aboutit au même idéal utopique.
    Pour Marx, c’est la classe qui constitue le milieu normal de vie et la classe des opprimés doit s’unir au delà des frontières pour se dresser universellement contre les oppresseurs. A noter qu’on a vu cette théorie mise à mal en 1941 au début de ce que les Soviétiques appelaient La grande guerre patriotique.

3/ L’EDUCATION A l’AMOUR DE LA PA TRIE

   Il s’agit, d’une part, de montrer aux jeunes que, comme disait Renan, « l’existence d’une Nation est un plébiscite de tous les jours » … ( Il y a fort à faire à cet égard alors qu’on leur parle surtout de défense des acquis et des intérêts catégoriels) et, d’autre part, de leur expliquer ce que représente notre patrimoine historique, culturel et spirituel.

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    En effet, pour que nous vivions mieux, nos pères ont défriché la forêt, tracé les routes, amendé le sol, bâti et rebâti les villes, guerre après guerre. Notre gratitude est d’abord d’ordre matériel. Mais la façon dont s’est accomplie cette oeuvre, c’est toute notre histoire, celle des Rois et des soldats, celle des manants et des marchands, celle des savants et des clercs .
    Connaître cette histoire, c’est pour nous, aussi vital que, pour l’arbre, plonger ses racines dans le sol. Le Patriotisme, c’est donc un amour à base de connaissance. Notre langue, notre culture, nos modes de pensée et d’agir, tout cela rentre dans cette connaissance.
    S’y ajoute la prise en compte d’un immense capital spirituel, de tout ce qui s’est fait de bien et de beau au long des siècles pour que les hommes soient davantage hommes.
    Le Patriotisme, c’est la perception de tout cela, l’Amour instinctif et raisonné de tout cela et la volonté de le transmettre après l’avoir protégé et embelli.

A l’école
    On ne peut que se réjouir de voir l’éducation civique remise à l’ordre du jour. On espère cependant que les maîtres ne se contenteront pas d’enseigner les bases d’un comportement de citoyen mais qu’ils formeront aussi les enfants à l’amour de la France.

    Jean Jaurès s’adressait ainsi aux instituteurs, au début du siècle, :
 » Vous tenez en mains l’intelligence et l’âme des enfants. Vous êtes responsables de la Patrie. Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire et à compter . Ils sont français et doivent connaître la France, son histoire, sa géographie, son corps et son âme. Ils seront citoyens et doivent savoir ce qu’est une démocratie libre: quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la Nation. Enfin, ils seront hommes et il faut qu’ils aient une idée de l’homme. Il faut qu’ils sachent quelle est la racine de notre grandeur: la fierté unie à la tendresse. Il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le culte de l’infini qui est notre joie »…

    Des mesures simples et éprouvées paraissent susceptibles d’initier progressivement les jeunes à l’amour de leur pays: promenades commentées, rédaction de monographies, organisation de la découverte des monuments et des plaques commémoratives, participation aux cérémonies patriotiques…

Dans les mouvements de jeunesse
   La même pédagogie peut être appliquée au cours des jeux, des camps et des raids.
Certains mouvements organisent même des pèlerinages à thème sur des hauts lieux, par exemple pour faire découvrir aux participants les champs de bataille de 1914/18 ou les lieux du débarquement de 1944, la guerre de Vendée, l’épopée de Jeanne d’Arc ou celle des maquisards du Vercors.

Dans l’Armée et autour de l’Armée
    Le service militaire était une remarquable occasion de faire réfléchir les recrues à cette réalité qu’est la Patrie et à leur faire mesurer la dette de reconnaissance de chacun à son égard. Le cérémonial militaire exalte d’ailleurs la notion de solidarité entre les générations, en évoquant fréquemment le sacrifice des anciens et leurs batailles.
    Les cadres se sentent au plus haut point investis de la mission de compléter l’éducation civique des jeunes soldats, selon les principes qui viennent d’être exposés. Pour toutes ces raisons, et d’autres, je regrette personnellement qu’il soit mis fin à la conscription.
    Subsistent heureusement les associations dites patriotiques. Déployées sur tout le pays, elles représentent le conservatoire du dévouement à la Patrie. Malheureusement, elles sont constituées de gens âgés et leurs dirigeants n’ont pas tous conscience de leur mission de contribuer à rayonner l’idéal patriotique auprès des jeunes, ne serait-ce qu’en rassemblant les enfants des écoles autour des anciens combattants à chaque cérémonies du Souvenir.

Sur les genoux maternels
    C’est dans la famille que les enfants apprennent le mieux et ressentent le mieux l’amour de la patrie. Comme la Foi, c’est avec la tendresse qu’on la transmet le plus facilement .

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L’éducation par l’histoire
   Les parents et les anciens peuvent ainsi apprendre aux enfants comment s’est faite la France et ce qu’ont apporté les générations successives qui nous ont précédées.
    Les rudiments d’histoire de France peuvent leur être inculqués d’autant mieux, qu’à côté d’ouvrages tendancieux, il existe maintenant des livres admirablement rédigés et illustrés qui retiennent très bien l’attention des enfants.
    A ce propos, l’apprentissage d’éléments d’histoire politique et militaire est nécessaire car, comme écrivait de Gaulle: «  La France s’est faite à coups d’épée ».
    Mais leur attention doit être aussi attirée sur l’oeuvre immense et modeste de tous ceux qui ont contribué au développement économique, culturel et spirituel de notre pays: défricheurs, bâtisseurs, copistes et écrivains, législateurs, savants et artistes…
.     C’est en effet leur immense et patient labeur qui a permis de tisser progressivement cette trame à plusieurs dimensions qui constitue la France d’aujourd’hui.

Histoire, télévision et éducation
    La TV pourrait jouer un grand rôle à cet égard: elle représente un merveilleux moyen d’éducation populaire et il existe déjà de remarquables émissions de vulgarisation historique ou culturelle. Le problème est cependant de diffuser ce genre de programmes plus souvent et à des heures d’écoute convenables. Il faudrait aussi que certaines émissions ne déforment pas la vérité historique. Enfin, dans le cadre de sa triple mission de service public: informer, distraire, cultiver, il faudrait surtout que la TV prenne davantage conscience de ses responsabilités éducatives en ce qui concerne la cohésion nationale et l’amour de la France.

CONCLUSION
   Le civisme est inséparable de l’amour de la Patrie. L’un et l’autre doivent être enseignés aux enfants, mais les adultes ont besoin, eux aussi, d’être entretenus dans ces sentiments .

Publié dans : VALEURS DE FRANCE | le 12 septembre, 2006 |Pas de Commentaires »

LE COURAGE

LE COURAGE
      Le courage est célébré depuis les temps anciens comme une vertu cardinale. Pour Platon, la vie morale gravite autour de 4 pivots: courage, sagesse, tempérance et justice.

1/ De quoi s’agit-il ?

      Le dictionnaire dit :  » Courage ( dérivé ancien de coeur ) = Fermeté du coeur, force d’âme qui fait braver les dangers, les revers et la souffrance avec constance … »
      Le courage, c’est la force qui nous aide à accomplir des actions ou à supporter des épreuves malgré notre paresse et notre peur. C’est un comportement qui repose sur un choix entre deux possibilités
- suivre son instinct naturel, ses intérêts personnels et se laisser aller à la facilité; ou bien, respecter les règles d’une morale ou d’un intérêt supérieur sans tenir compte de soi, le sacrifice pouvant aller jusqu’au don de sa vie. Dans ce choix, le coeur l’emporte souvent sur la raison. Il ne donne pas toujours le succès mais assure au moins le respect de soi-même.

      Il est évident qu’il n’y a pas de courage-type . Il existe de nombreuses formes de courage mais il est possible d’affirmer que « le courage, c’est l’homme ».

Le Courage militaire
      Jadis, la notion de courage s’identifiait traditionnellement avec la bravoure militaire: Jeanne d’Arc à l’assaut des remparts d’Orléans, les poilus franchissant le parapet des tranchées sous les obus, l’opérateur radio de la Résistance continuant à émettre, traqué par la gonio des Nazis, les GI du 6 Juin 1944 sautant dans l’eau sous le feu des blockhaus allemands, le pilote Maridor précipitant son « Spit » sur un V 1 qui allait pulvériser un faubourg populeux de Londres… Tous ces traits de bravoure poussée jusqu’au sacrifice, il est impossible de les classer, selon une échelle de Richter, comme les tremblements de terre.

      D’ailleurs, ce sont parfois les circonstances ou le simple réflexe de survie qui transforment les timides en héros.
      Au combat, le chef a l’esprit occupé par sa mission; il est aussi poussé par le devoir de donner l’exemple. Pour lui, le courage physique est donc moins méritoire que pour le simple guetteur qui grelotte dans son trou alors que rôdent les patrouilles adverses …
      C’est pourquoi, au delà des actions d’éclat accomplies les armes à la main, je crois que les actes mûrement réfléchis sont les plus représentatifs de cette victoire sur soi même qui caractérise le courage. C’est par exemple le cas de ces hommes qui, quoique non brevetés parachutistes, ont été volontaires pour sauter individuellement sur Dien Bien Phu dans les tous derniers jours du siège quand ils savaient que tout était consommé…
      Mais le courage n’est pas, de loin, réservé aux soldats. D’ailleurs, pour les hommes et pour les sociétés, la vie est un combat.

Le Courage physique
      Monter dans les Tours en feu pour secourir les occupants, cela a représenté de la part des pompiers de New York un merveilleux exemple de courage physique en temps de paix.       Mais tenir tête, des heures durant à des terroristes, a le mérite supplémentaire de la durée.
      Dans le même ordre d’idées, des personnels de santé se dévouent au chevet des victimes d’épidémies malgré la contagion; des pères et mères de famille assument un enfant déficient… Ceux-là refont tous les matins leur acte de courage.
      L’enfant face à sa première piqûre comme l’adulte cancéreux en phase terminale sont l’un et l’autre appelés à faire preuve de courage physique.
Mais le courage moral est plus méritoire encore que celui de Turenne qui disait « Tu trembles, carcasse » et s’en allait dormir sur un affût de canon…

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Le Courage moral
      Le comble du courage, c’est de mettre sa peau au bout de ses idées; c’est de risquer sa vie ou la donner pour ses convictions . Un martyr comme le Père Kolbe , déporté à Auchwitz et volontaire pour prendre la place d’un père de famille condamné à mourir de faim, reste ainsi l’un des exemples le plus pur de l’héroïsme moderne.
      Dans tous les domaines, c’est à chaque instant qu’on a besoin de courage pour mener dignement sa vie d’homme. De nos jours, l’on a rarement à affronter des bêtes féroces examinons plutôt ce qui concerne l’homme contemporain .
      Garder son bébé, c’est parfois héroïque de la part de certaines jeunes femmes enceintes que des camarades de bureau ou d’atelier, des médecins, voire le mari ou le compagnon, poussent à avorter…
      Refuser de faire grève malgré l’intimidation qui règne dans l’usine. Se désolidariser d’une majorité d’irresponsables gueulards à l’université. Voilà aussi de beaux actes de courage moral contemporain.
      De même, pour un chef d’entreprise en difficulté, se battre pour maintenir son activité au lieu de déposer son bilan ou de se faire racheter, comme tant de collègues… Pour un chômeur, recommencer son CV pour la N° fois et l’adresser à de nouveaux employeurs potentiels, c’est une forme de vertu bien nécessaire, hélas, à beaucoup de nos concitoyens.

      Sur un plan plus élevé, Churchill osait prédire à son peuple, en Juin 1940, « du sang , de la sueur et des larmes ». Un tel langage, exceptionnel en politique, est resté dans l’histoire comme typique du courage dans l’adversité, d’autant plus qu’il était accompagné par les actes correspondants.

      Mais c’est au cours de leur vie de tous les jours que certaines personnes font preuve de la même vertu, les malades et les handicapés notamment.
      Les femmes me semblent particulièrement représentatives du courage dans la durée. Je salue notamment le courage des femmes de soldats de ma génération. Elles ont été séparées de leur mari, à plusieurs reprises et 27 mois à chaque fois. Elles ont assumé seules pendant des années l’éducation des enfants, tout en tremblant pour l’absent. La force d’âme est une vertu très féminine  » et il se dépense dans les maisons plus de bonne volonté, d’esprit de sacrifice et de continuité dans le courage pour l’intérêt de la famille, que dans le pays pour le service de la nation ».(Ph. Herriat)
      Toutes ces femmes, et bien d’autres, semblent très loin de l’aventure prodigieuse de Guillaumet survivant à l’écrasement de son avion à 5.000 m d’altitude et traversant à pied la cordillère des Andes …
      Pourtant, elles sont (et ils sont), chacun à sa manière, des héroïnes et des héros.

Le courage d’endurer
      La commémoration de la Libération nous rappelle chaque année le courage indomptable des déportés des camps de la mort. Les prisonniers des camps Viet ont connu un sort peut être plus effroyable encore à certains égards. Le Goulag est fermé, nous dit-on, mais nous savons qu’il reste dans le monde beaucoup de prisonniers pour leurs idées et leur foi, héros des temps modernes. Tant il est vrai que derrière les barbelés, comme dans les hôpitaux et derrière les murs des belles maisons ou des HLM, c’est bien le courage qui caractérise l’homme. «  Aucune bête au monde, disait Guillaumet n’aurait pu faire ce que j’ai réussi »

Le courage devant la mort
      Malgré l’angoisse, il est probablement plus facile de marcher à l’échafaud comme l’ont fait, entre autres, Louis XVI et les Carmélites de Compiègne, portés par leur foi et la grâce du martyre, que de se débattre dans les souffrances et les révoltes d’une longue maladie. Comme dit Graham Green : »On parle du courage d’un condamné à mort qui marche jusqu’au lieu de son exécution. Il en faut parfois autant pour garder une façade acceptable en allant au devant de la souffrance quotidienne. »
Cela dit, nul ne choisit… mais, même en admettant que mourir ne soit pas le plus difficile de l’existence, notre position face à la mort est la pierre d’achoppement dont dépend notre capacité d’être courageux dans les autres circonstances de notre vie.

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Certes, croire à une vie future permet dans une certaine mesure de mieux regarder la mort en face. La foi donne aux croyants la possibilité d’aborder peut-être mieux que les autres ce moment suprême, d’où une relation étroite entre le courage de mourir et le courage de croire, c’est à dire d’aborder sereinement la question du sens de la vie. Ainsi, le courage de regarder la mort en face peut contribuer à notre paix intérieure, mais autre chose est d’y penser quand on est bien portant, et autre chose de se présenter, seul et nu, devant le grand passage…
      Le fait d’aider à mourir celui ou celle qu’on aime réclame encore plus de courage.

Pour certains, le courage de vivre est bien plus méritoire que celui de mourir, par exemple s’il faut recommencer chaque matin une vie médiocre ou pénible, et a fortiori, pour les malades graves, celui d’aborder une nouvelle journée de douleur intense.

Le courage de décider
Il est souvent dur de décider: les vrais choix de l’existence comportent des risques et, de façon un peu infantile, nous préférerions ne pas avoir à les distinguer aussi clairement. Certains hommes balancent ainsi longuement sans parvenir à choisir entre tel ou tel parti à prendre sur le plan professionnel ou politique… Cette indécision chronique leur empoisonne la vie car vivre c’est choisir
- A l’opposé, c’est aussi une forme de courage que de ne pas se précipiter pour prendre une décision irrévocable… car la précipitation est souvent une fuite en avant.

Le courage d’accepter une responsabilité
On trouve de moins en moins de gens qui acceptent de prendre des responsabilités, notamment dans les domaines professionnel, associatif et politique.

      Raison de plus pour saluer le courage de ceux qui osent s’engager de façon claire en mettant leur énergie au service d’un idéal, telle Christine Boutin, député des Yvelines, qui défend au Parlement la conception Chrétienne de la dignité humaine, notamment en matière de bioéthique, face aux vrais apprentis-sorciers matérialistes, (voir chapitre La VIE).

Le courage de dire « non »
      C’est une forme de courage qui a de multiples aspects: l’adolescent qui dit « non » quand on lui offre un « joint »; la jeune fille qui refuse de se donner à un garçon qui lui plait mais qui ne lui assure pas la dimension d’amour dont elle rêve; le responsable qui tient bon devant un chantage ou une compromission… tous ces gens là sont des modernes courageux.

Le courage d’être seul car « Le plus brave d’entre nous a peur de son moi« (Shakespeare) C’est malheureusement le lot de beaucoup de nos contemporains, en ville notamment, à comparer avec la sévère promiscuité des HLM de banlieues…

Le courage d’endurer sa souffrance personnelle, et plus encore celle de ceux qui vous sont chers Il faut bien plus de courage à un père pour soigner et soutenir son propre enfant gravement handicapé que pour faire face à ses difficultés personnelles ou risquer sa propre vie sur un champ de bataille…

Le courage de se remettre en question

Le courage de renoncer, par exemple à une responsabilité, quand on sent qu’on commence à être fatigué. C’est, semble-t-il, une forme de courage à laquelle beaucoup de dirigeants ne sont pas assez préparés…

Le courage de vieillir se rattache au précédent mais il comporte aussi celui d’essayer de rester jeune d’une certaine manière…

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Le courage de s’engager quand on aime, celui de rester fidèle, et celui de mettre de l’exigence dans son amour car, par exemple, trop de parents y considèrent surtout la dimension tendresse et ont peur de déplaire à leurs enfants…

Le courage de pardonner. C’est celui qui manque par exemple à tant de foyers qui pourraient essayer de se reconstruire au lieu de se déchirer…

Le courage collectif
      Depuis les temps préhistoriques, la survie des humains dépend surtout du courage de tous. C’était vrai au temps des cavernes que les tribus disputaient aux bêtes sauvages. Cela a été vérifié souvent depuis, comme en France pendant la Guerre 1914/18 alors que les hommes étaient au front, les femmes aux champs ou à l’usine.. L’attitude du peuple Anglais a, de même, été héroïque durant le « Blitz »; comme celle des Israéliens lors de la création de leur Etat ou lors des différentes guerres Israélo Arabes.
      Dans un autre ordre d’idées, le relèvement de l’Allemagne et du Japon après leur défaite de 1945 est d’abord à imputer au courage collectif de ces peuples…
      Aujourd’hui comme hier, la formule de Platon reste donc vraie:

« Ce sont les hommes et non les pierres qui forment le rempart de la Cité. »

2/ LA CRISE DU COURAGE

      Malheureusement, en face de tous ces traits de courage, on connaît des gens qui, par exemple, s’étaient distingués au feu durant leur jeunesse et qui se révèlent veules, voire lâches dans d’autres domaines à leur maturité. (L’inverse est vrai aussi…) On cite surtout des cas innombrables de lâcheté individuelle et collective dans tous les domaines de l’activité humaine et de l’actualité.

Nos lâchetés individuelles et collective.
      La lâcheté est d’abord individuelle et commence souvent à l’école. Des gamins rackettent leurs camarades plus faibles qui n’osent ni se plaindre ni réagir. Des violeurs, des consommateurs et distributeurs de drogue sont chez eux dans certains quartiers ou lycées où personne ne les dénonce car règne l’omerta corse, la loi du silence.
      Dans certains immeubles, les témoins de violences à enfants et à femmes n’osent pas intervenir pour ne pas se mêler des affaires de leurs voisins. Dans les lieux publics, dans les transports ou dans la rue, des énergumènes peuvent casser des objets, menacer, molester ou attaquer des personnes, violer des femmes ou détrousser des vieillards sans que personne n’ait le courage d’intervenir…
Cette lâcheté individuelle réagit souvent sur la vie collective: on constate que beaucoup d’hommes publics n’osent ni résister à un chantage ou à une pression ni dire la vérité quand elle risque de déplaire à leurs électeurs. Ceux là pratiquent plutôt la démagogie que le courage politique.
A propos de lutte contre la corruption, il faut du courage aux responsables pour refuser d’entrer dans ce cycle infernal. (Encore faudrait-il que le courage et l’intégrité de certains ne soit pas une assurance pour les autres de conquérir les marchés publics!)

La lâcheté en politique
      Il est indéniable que nous avons laissé Hitler se renforcer faute de réagir quand il a occupé la Rhénanie en 1936. De lâcheté en lâcheté, nous en sommes arrivés à la guerre de 1939/45 avec ses horreurs dont nous sommes indirectement responsables. Vis à vis de l’URSS, pendant 44 ans, nos démocraties Occidentales ont fait preuve de la même faiblesse, en refusant de soutenir les habitants des pays satellites réduits en esclavage quand ils tentèrent de secouer leurs chaînes, les Hongrois en 1956, les Tchèques en 1968 et les Polonais en 1980.
Le « Naturellement, nous ne ferons rien! » du Ministre des relations extérieures françaises de cette époque résonne encore comme un aveu d’impuissance et de lâcheté collectives, celles qu’on a retrouvées en Bosnie et ailleurs…

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Sur le plan de la politique intérieure, c’est encore une forme de lâcheté de la part des pouvoirs publics que de refuser de présenter à l’opinion dans leur vraie dimension des réalités inquiétantes. Par exemple, l’immigration incontrôlée qui pèse lourd en termes de dépenses de santé, de délinquance, de commerce de la drogue… La montée d’un Islam conquérant qui menace l’identité et la sécurité françaises. L’aspect pervers d’une certaine politique d’assistance aux exclus de la métropole et des DOM/TOM que les allocations encouragent en fait à la paresse. C’est encore manquer de courage, en ce qui concerne la prévention du SIDA, que de se référer au seul préservatif en cachant le fait que le vagabondage sexuel est la vraie cause de la propagation de la maladie.

      Mettre les hommes et les femmes devant leurs responsabilités personnelles serait une tout autre preuve de courage politique…

Tout cela, Soljénitsyne le stigmatisait déjà lors de son discours d’Harvard en 1978 :
« Le déclin du courage est peut être ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui. Le courage civique a déserté, non seulement le monde occidental dans son ensemble, mais même chacun des pays qui le composent, chacun de ses gouvernements, chacun de ses partis, ainsi que, bien entendu, l’Organisation des Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d’où l’impression que le courage a déserté la société toute entière. Bien sûr, il y a encore beaucoup de courage individuel mais ce ne sont pas ces gens là qui donnent sa direction à la vie de la société. Les fonctionnaires politiques et intellectuels manifestent ce déclin, cette faiblesse, cette irrésolution dans leurs actes, leurs discours et plus encore, dans les considérations théoriques qu’ils fournissent complaisamment pour prouver que cette manière d’agir, qui fonde la politique d’un Etat sur la lâcheté et la servilité, est pragmatique, rationnelle et justifiée, à quelque hauteur intellectuelle et même morale qu’on se place. Ce déclin du courage, qui semble aller ici ou là jusqu’à la perte de toute trace de virilité, se trouve souligné avec une ironie toute particulière dans les cas où les mêmes fonctionnaires sont pris d’un accès subit de vaillance et d’intransigeance, à l’égard de gouvernements sans force, de pays faibles que personne ne soutient ou de courants condamnés par tous et manifestement incapables de rendre un seul coup. Alors que leurs langues sèchent et que leurs mains se paralysent face aux gouvernements puissants et aux forces menaçantes, face aux agresseurs et à l’Internationale de la terreur.
Faut-il rappeler que le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant coureur de la fin ? « 

***

3/ L’éducation au courage

      Comment réensemencer le courage dans nos sociétés ? Deux remarques fondamentales:

- La vertu de courage n’est pas innée chez le petit d’homme; il lui faut donc une éducation au courage.
- Comme la peur, le courage est contagieux, d’où l’importance de l’exemple en matière de propagation du courage physique, moral et social.
Les spartiates entraînaient systématiquement leurs jeunes gens à se dominer à travers la pratique de sévères exercices. En 2005, nous n’en sommes plus là; l’idée de souffrir nous fait horreur et les ascenseurs nous épargnent même tout effort physique. Il faut donc réhabiliter l’idée simple que l’éducation au courage est un élément constitutif de la formation du caractère, et que cette dernière passe d’abord par la maîtrise de son corps.
      Prenons garde cependant! L’éducation est un tout et l’on ne saurait privilégier sans risques l’éducation au courage par rapport à celle du coeur ou de l’esprit. Tout déséquilibre dans ce domaine risque d’aboutir à des troubles du comportement…

      Sous prétexte de formation du caractère des enfants, gardons nous d’envoyer trop tôt nos gamins au parcours du risque ou à la tour à parachute… Apprenons-leur aussi le don de soi et la générosité.

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      Mais n’élevons pas nos enfants (garçons et filles) dans la mollesse et enseignons-leur très tôt à exercer leur courage à travers de petites choses. Dès 4 ans, à ne pas faire de drame s’ils s’écorchent le genou; dès 6 ans, à se lever le matin sans rechigner et à ne pas avoir peur du noir; les faire marcher en forêt ou en montagne dès 7/8 ans…
      Ce sont là des éducatifs simples qui les prépareront à refuser, quelques années plus tard, un joint ou une dose de dope.
      Cela les aidera peut être à tenir bon, à 40 ans, devant une compromission ou une lâcheté professionnelle… Un scout de 14 ans est lâché seul un soir à l’orée d’une forêt avec la consigne de la traverser à la boussole en deux étapes séparées par une nuit à la belle étoile. C’est un beau test de débrouillardise et de contrôle de soi. On peut le transposer dans d’autres domaines.

      Dans cette éducation au courage, L’EXEMPLE est essentiel. C’est pourquoi, quand ça va mal, nos officiers ont l’habitude de dire à leurs hommes :  » En avant derrière moi… »

      Dans le même ordre d’idées mais dans des domaines différents, l’exemple que les parents courageux donnent aux enfants est essentiel, à condition qu’il reste humain.
(J’ai connu un camarade, orphelin de père, qui a été marqué par les sacrifices héroïques faits par sa mère pour lui permettre de continuer ses études malgré sa pauvreté. A contrario, j’ai entendu un adulte au psychisme perturbé parce que sa mère lui a interdit de pleurer, enfant, la mort de son père…)

      L’exemple des parents est donc essentiel mais il ne suffit pas. Les jeunes ont aussi besoin de modèles et il est important de savoir en présenter aux enfants et aux jeunes. Malheureusement, la civilisation médiatique moderne a tendance à confondre idole et modèle, et la TV incite trop les jeunes à ressembler à tel chanteur ou à tel joueur de foot…
      Sachons, quant à nous, identifier les auteurs d’actes de courage authentiques; sachons les citer et les donner en exemple car le courage est contagieux.

Avec les RAISONS DE VIVRE, c’est de CARACTERE, donc de COURAGE, que nos jeunes auront surtout besoin pour la vie qui les attend. « Le caractère, écrivait de Gaulle, c’est la vertu des temps difficiles… » Or, qu’il s’agisse de la situation socio-économique, politique ou humaine, on peut prévoir que les temps à venir seront difficiles.

      Au siècle de la sécurité à tout prix et de l’assurance tous azimuts, remettons donc à la mode le proverbe « La chance sourit aux audacieux ». Dans tous les domaines de l’activité humaine, des raids militaires à la création d’entreprises, en passant par le mariage et la mise d’un enfant au monde, réhabilitons l’idée que la vie est un combat et que s’y applique donc la devise des Paras:

« Qui ose gagne »


      (Il s’agit évidemment d’une condition nécessaire mais pas suffisante; le courage ne vaut rien sans bon sens, sans réalisme et sans compétence…)

Publié dans : VALEURS DE FRANCE | le 12 septembre, 2006 |Pas de Commentaires »

LE RESPECT

LE RESPECT
    Ces Valeurs, qui souvent perdues de vue, sont pourtant comme des piliers qui aident l’homme et la société à tenir debout.
Comme pour les autres chapitres, le plan retenu est le suivant :
           - De quoi s’agit-il ?
           - La crise du respect
           - Pour une éducation au respect

***

1/ Le respect. De quoi s’agit-il ?

    Le dictionnaire nous précise :
 » – Traiter quelqu’un ou quelque chose avec déférence en raison de sa supériorité, de son âge, de son mérite.
- Sentiment de vénération à l’égard de ce qui est sacré ( la mémoire d’une personne par exemple ).
- Attitude qui consiste à ne pas porter atteinte à quelque chose ( la loi, le bien d’autrui… )
Une déformation du respect est la crainte de l’opinion des autres, c’est le « respect humain ».
- Synonymes : considération, déférence, révérence, vénération… »

Le point de vue de philosophes
     » Mon Général (ou mon Colonel), je vous présente mes respects ! » La formule fait partie des usages militaires. Traduit-elle en profondeur un sentiment réel?…

    En effet un philosophe écrit : « Le respect est une vertu, certes mais seulement si son objet en est vraiment digne. Il existe en effet une forme de respect, faite de conformité sociale ou de soumission aux hiérarchies qui relève purement du dressage.
    Lorsqu’il justifie une obéissance sans réflexion, sans discussion, le respect est la porte ouverte à l’irresponsabilité et à l’inhumanité… »
   Ainsi, lors de son procès à Jérusalem, Eichmann, le bourreau nazi, justifiait son obéissance aux ordres de ses supérieurs en invoquant son respect inconditionnel de la parole donnée au Führer. Ce respect-là semblerait dès lors condamnable en raison de la servilité à laquelle il ne manquerait pas de nous conduire…
   
« D’où la dévalorisation du respect dans notre vie quotidienne. Respecter autrui, la parole donnée, les plate-bandes, les gens qui font la queue… Pourquoi, si c’est stupide et aliénant? »
   
« Le respect est pourtant une vertu. Il est même l’expression par excellence du comportement moral, et pas seulement éthique, celui où l’être humain exerce sur lui même un contrôle et reconnaît une limite infranchissable, que ce soit le visage de l’autre, ou ma propre dignité, ou encore la vérité sans laquelle il n’est plus de lien entre les êtres humains… »

Catherine Audard « Le Respect » Editions Autrement Série morales

    Alain soutenait la nature liberticide du respect : « Tout le mal vient, dit-il, de ce que les hommes ne savent pas obéir sans respecter… » (Je conteste, quant à moi, sa vision des choses…)
    Un autre auteur affirme : « Confondu avec la déférence, la politesse, aux limites de l’obséquiosité, de la servilité mais aussi de la crainte et de l’admiration, le respect apparaît plus comme le résultat de la pression sociale que comme une vertu… »

   Sur un ton différent, la philosophe catholique Simone Weil écrit : « Le fait qu’un être humain possède une destinée éternelle n’impose qu’une seule obligation, c’est le respect.
L’obligation n’est accomplie que si le respect est effectivement exprimé, d’une manière réelle et non fictive. Il ne peut l’être que par l’intermédiaire des besoins terrestres de l’homme. »

   Faute de pouvoir prolonger le débat à ces hauteurs, je conclurai que, d’une certaine manière, le respect s’adresse surtout au sacré. Il concerne à la fois l’ordre cosmique et la loi, loi de nature ou loi des hommes.
   S’agissant de l’autre, il s’agit de le reconnaître d’abord comme une personne.
C’est a priori difficile, non seulement en Inde pour le brahmane vis à vis de l’intouchable, le policier face au délinquant… mais aussi, admettons-le, pour chacun de nous dans les circonstances ordinaires de la vie.

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Les différentes formes du respect

Le respect commence par le respect de soi-même, de son corps (la pudeur est ainsi une forme élémentaire de respect de soi-même), de son esprit et de son cœur (Le respect de soi-même est une forme de l’honneur) . C’est ne pas se respecter soi-même que de se laisser aller à une action vile.
    Le respect des autres (leur corps, leurs biens, leurs opinions…) est un élément fondamental de la vie en société.
Cette notion ne va certes pas de soi mais, sous l’influence du Christianisme et des Droits de l’Homme, elle a progressé au fil des âges.
    Dans l’Antiquité, il était courant de passer les vaincus au fil de l’épée, l’esclavage était communément admis et ceux qui pensaient mal étaient tués ou enfermés. Aujourd’hui, ces pratiques perdurent, hélas, du Soudan aux bagnes chinois, mais elles suscitent la réprobation majoritaire. (M’occupant de prisonniers depuis des années, j’atteste que le respect dû aux détenus a considérablement progressé en France, encore qu’insuffisamment…)

    Dans toutes les civilisations, un certain nombre de circonstances humaines revêtent un certain caractère sacré et donc mérite le respect: tout ce qui touche à la naissance et à la mort.
   De même pour des lieux de mémoire comme l’Arc de Triomphe, Verdun, Auchwitz ou les Cathédrales.

2/ La crise du respect : » France, ton respect fout le camp !  »

   Cela commence par le respect de soi-même.

Deux exemples parmi bien d’autres.
    Nous nous indignons du fait que les intégristes musulmans imposent le «  burka  » à leurs femmes mais, à l’inverse, mesurons-nous assez le scandale que représentent certaines modes féminines européennes sans parler de notre publicité à base de nus et de notre TV.

    Il y a dans nos villes des officines pleines de jeunes qui viennent se faire tatouer ou poser un « piercing ». Toutes ces personnes qui sacrifient à des modes cruelles et imbéciles manquent au respect d’eux-mêmes.

De même, le respect des autres semble disparaître:

    Les injures entre automobilistes… Les propriétaires de chiens qui laissent salir les trottoirs… Les jeunes qui bousculent les personnes âgées… Les voisins bruyants…

    L’escalade des vols marque un mépris absolu de la propriété d’autrui. La Loi et les règlements sont journellement bafoués, à commencer par le code de la route…

    Sur un autre plan, des journalistes n’hésitent pas à livrer des vies privées en spectacle.

   L’attitude du public huant la Marseillaise lors d’un match France-Algérie était scandaleuse mais l’attitude de nos hommes politiques n’est pas non plus édifiante.
    On voit lors des séances de questions orales télévisées, des députés en séance lisant le journal, bavardant avec leur voisin, faisant claquer leur pupitre et interrompant bruyamment leurs adversaires…

Il n’y a même plus de respect du « sacré »

    On ne compte plus les outrages commis par des écrivains, des journalistes, des dessinateurs, des cinéastes à l’égard de la Religion Catholique, du Drapeau, de la mémoire des Anciens Combattants et d’autres symboles considérés autrefois comme sacrés.
    La Justice donne raison à un afficheur superposant la Croix du Christ et la croix gammée, tandis qu’une marque de bière caricature les rites de la Messe à des fins mercantiles…

    La Mort elle-même, considérée comme sacrée dans toutes les civilisations depuis que l’homme est sur terre, perd son caractère de tabou et les viols de sépultures se multiplient.

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Pour une éducation au respect
    Il paraît donc nécessaire de réagir et c’est ce que propose France-Valeurs qui veut réensemencer les Valeurs en reprenant tout à la base.
    Dans ce domaine comme dans bien d’autres, en effet, tout est affaire d’ éducation.

   Or, l’éducation aux Valeurs, c’est une œuvre globale: les Valeurs forment un tout indissociable. Pour  » élever  » un enfant, il faut l’aider à développer ensemble son corps, son esprit et son âme ; l’éveiller à la fois à la générosité, au courage, à la responsabilité… et au respect.

    Ce genre d’éducation revient d’abord à la famille.

    Elle passe par l’exemple. C’est une affaire d’imprégnation quotidienne. L’apprentissage du respect se diffuse chaque jour « à dose homéopathique  » et dans la tendresse …

    Elle concerne d’abord la famille mais il faudrait que les autres agents éducatifs tirent dans le même sens ( l’école, les amis, les mouvements de jeunesse, la TV…)
    D’où l’importance primordiale de la
cohérence dans l’éducation.

L’éducation au respect de soi-même

Faute de pouvoir évoquer l’éducation morale en général, je me borne à une seule remarque.

    En ce siècle d’exhibitionnisme où des jeunes filles montrent leur nombril aux passants alors que des messieurs ventripotents promènent sans complexe leur bedaine dénudée, il conviendrait sans doute de revenir à une saine conception de l’éducation à la pudeur.

   Dans le cas de la pudeur féminine, (c’est le visiteur de prison qui parle ici et qui rencontre beaucoup de délinquants sexuels…), cela relève d’ailleurs de la simple prudence. On brandit le principe de précaution vis à vis de la vache folle, pourquoi nos filles ne se l’appliqueraient pas à elles mêmes alors que grandit ( sans doute en raison du contexte ) le nombre des détraqués et des pervers…

L’éducation au respect des parents

    Entourer leurs enfants d’amour, c’est évidemment le premier rôle des parents mais cela n’exclut pas qu’ils se fassent respecter. La Bible stipule d’ailleurs : « Tu honoreras ton père et mère! » et le code civil dit la même chose en son article 371.
    Or, sans revenir à la conception haïssable du père dominateur, écraseur de personnalités, il y a fort à faire, à l’inverse, pour rattraper les effets pervers de la mode des « parents-copains« .
    Se faire respecter, c’est vrai d’abord dans le domaine du langage (on ne parle pas aux parents comme on parle aux camarades de classe…) . C’est vrai aussi dans le domaine du respect des lieux de leur intimité, de leurs affaires, de leur correspondance…

Tout cela s’apprend dès les premières années, en douceur mais fermement.

Cela va évidemment de pair avec le respect des parents pour leurs enfants.

    Ayant ainsi découvert une première série de repères élémentaires au sein de la famille les jeunes n’en seront que mieux préparés à accepter d’autres limites dans d’autres domaines et, d’abord, à se situer vis à vis des autres en les respectant.

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L’éducation au respect des autres
    Là encore, la famille est le meilleur espace de découverte des autres et du respect de leur altérité, surtout s’il s’agit d’une famille relativement nombreuse. C’est en vivant avec les autres qu’on apprend à les respecter.
    Chacun sait cependant qu’il s’agit, pour les parents (et pour les enfants), d’une longue patience et que la cohabitation familiale ne va pas sans heurts.

    De même, la sociabilisation est l’un des objectifs affichés de l’école. Elle postule que les enfants apprennent à vivre ensemble, donc, au minimum, à admettre des limites à leur liberté. C’est là une dimension nécessaire mais pas suffisante pour que règne l’harmonie.
    La première façon de lutter contre la violence à l’école , thème cher à nos politiques et à nos associations, c’est de faire de ce principe une réalité, ce dès la maternelle.

Le respect de la femme, « éducatrice de l’homme et gardienne de la civilisation. »
    En cette époque d’éducation mixte, réinventons des moyens simples d’enseigner aux garçons le respect de la femme – et aux filles le souci de se faire respecter. ( 1 )

Le respect du Sacré
    A des titres divers, il nous faut réapprendre progressivement à nos enfants à respecter tout jeunes des réalités simples comme, par exemple :
- le pain, synthèse de l’œuvre de la nature et du travail des hommes,
- la peine des autres, à commencer par l’humble besogne des éboueurs et des plongeurs…
- les lieux publics (parcs & jardins , espaces de jeux, rues…)

    Cette initiation peut déboucher sur l’apprentissage graduel du respect de la nature, en commençant par le respect du silence de la forêt ou de la campagne, et en continuant par le respect des arbres et des plantes, des animaux et des sites …

    A partir de ces bases, les jeunes ayant pris un certain nombre de repères, il est plus facile d’aborder progressivement avec eux des notions plus complexes et dont certaines sont abstraites comme le respect des monuments et des œuvres d’art, le respect de la Loi, le respect des symboles, le respect de ceux qui nous ont précédés et qui ont contribué à façonner, à embellir et à protéger notre pays.

    Il apparaît ainsi que l’éducation au respect est nécessaire mais non suffisante.

Elle n’est que l’un des éléments de l’éducation tout court mais qu’elle débouche sur d’autres éléments dont le respect est indissociable, à commencer par l’amour.

***
(1) Respect des femmes.
Bien que ces sujets ne relèvent pas explicitement de ce chapitre surtout consacré à l’éducation au respect, comment ne pas évoquer ces scandales que constituent, d’une part, l’enlèvement et la « vente » de jeunes filles de l’Est qu’on livre chez nous à la prostitution, d’autre part, les mutilations sexuelles toujours en vigueur, notamment en Afrique, et tolérées, de fait, ici, dans certains milieux immigrés.
Publié dans : VALEURS DE FRANCE | le 12 septembre, 2006 |Pas de Commentaires »

L’HONNEUR

L’HONNEUR
Il paraît nécessaire de réhabiliter chez nous l’honneur, une notion apparemment oubliée. 

   Des générations d’hommes et de femmes ont pourtant essayé de mettre en pratique avant nous la définition du Littré: « L’honneur est le sentiment qui fait que l’on veut conserver l’estime de soi même et des autres« .

   Cette définition connote indéniablement, comme dit Henri Hude, « un souci de distinction, un effort vers le haut, un désir de grandeur. » Il est donc triste que, pour trop de nos contemporains, ce concept semble non seulement inintelligible mais même suspect.
   « L’honneur, dit un élève de 1°, ne joue plus un grand rôle dans notre société. Chacun a plutôt un autre souci en tête: la vie est plus importante que l’honneur« .

   L’actualité nous montre cependant, « par défaut« , que l’Honneur doit rester un des piliers de notre existence individuelle et collective et qu’il est, plus que jamais, urgent de le faire revivre en nous.

1/ Différents types d’honneur

- l’honneur aristocratique.
   C’est celui qui sacrifie l’intérêt personnel (amour y compris) au devoir.
Corneille le célèbre notamment avec le Cid, et Péguy le fera sien :

« Puissions nous, Ô régente, au moins tenir l’honneur
et lui garder, lui seul, notre pauvre tendresse…
« 

   L’honneur était le principe de la société aristocratique. La démocratisation a sans doute contribué « à jeter le bébé avec l’eau du bain« , sauf dans certains milieux comme l’armée où il continue à être évoqué sans respect humain.- l’honneur militaire
   La devise de l’armée française est en effet « Honneur et Patrie » et on y honore le sacrifice des morts au champ d’honneur.
   L’honneur est ainsi revendiqué comme une vertu militaire cardinale. C’est notamment la consolation du courage malheureux : « Tout est perdu fors l’honneur !« , disait François 1° après Pavie.
   C’est en son nom que nos soldats avaient résisté victorieusement à Verdun et qu’ils ont livré les combats sans espoir de Mai /Juin 1940 et de Dien Bien Phu.

- l’honneur dans son métier
   De façon moins dramatique, l’honneur d’un industriel, d’un artisan ou d’un commerçant consiste essentiellement à tenir ses engagements vis à vis de ses clients, ceux du cahier des charges, et vis-à-vis de ses employés, ceux du contrat de travail.

   Il comporte donc les dimensions élémentaires « honnêteté » et « amour du bel ouvrage », ceux de la couturière, du maçon ou du peintre qui fignolent leur travail. Les compagnons du devoir en ont fait le centre de leur éthique professionnelle.

   C’est aussi en son nom qu’est bannie la corruption active ou passive, celle, entre autres, du pot de vin offert ou accepté. L’honneur d’un commerçant qui faisait de mauvaises affaires lui commandait autrefois de refuser d’être mis en faillite; il tenait à dédommager ses créanciers sur ses biens.

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- L’honneur dans sa famille
   Le B, A, BA de l’honneur familial est, pour les parents, de tenir leurs engagements de fidélité et de prise en charge en faisant preuve chacun de responsabilité vis-à-vis de son conjoint et de ses enfants. En échange, l’honneur des enfants, c’est de respecter leurs parents et de les assister, le cas échéant. 

-L’honneur dans la vie publique
   Tenir ses engagements est une forme élémentaire de l’honneur; la parole est à cet égard aussi sacrée qu’un engagement écrit.

   S’agissant des avantages liés à l’exercice du pouvoir, la règle d’or des hommes publics est (ou devrait être) : « Servir et non se servir ».

- L’honneur à l’école
   Il incite l’enfant à obtenir les meilleurs résultats scolaires possibles grâce à son travail sans faire appel à des tricheries. C’est lui qui interdit aux petits écoliers de souffler les réponses à leur voisin paresseux ou au lycéen de préparer des anti sèches. Il exclut de même toute forme de vol (même baptisé larcin…).
   Le tableau d’honneur et le prix d’honneur d’antan allaient dans le même sens.

- l’honneur dans le sport
   Il consiste de même à aller jusqu’au bout de ses forces mais en respectant les règles, les décisions d’arbitrage et l’adversaire, en évitant toute tricherie.

***

   D’une façon générale, l’honneur est signe d’une conception de la vie qui « tire les hommes vers le Haut ».

Le seul vrai honneur est le service des autres.

   La société civile d’autrefois mettait son honneur à vivre en conformité avec un code social, écrit ou non, les chevaliers aussi bien que les artisans. On se sentait très lié par un engagement moral (comme la dette d’honneur).On en est très loin aujourd’hui.2/ La crise de l’honneur- L’honneur dévoyé - L’honneur dévoyé


   En Corse, en Sicile, au Maghreb, en Albanie et ailleurs, l’honneur consiste surtout, dit-on, à passer pour un homme redoutable que l’on n’offense pas impunément. D’ailleurs, un code social ancestral régit rigoureusement le traitement des conflits, au besoin dans le sang, la protection jalouse de la vertu des filles et le soutien des proscrits, notamment à travers l’omerta, la loi du silence. Cette conception caricaturale de l’honneur a probablement contribué à affaiblir la portée du vrai honneur.- L’honneur aristocratique
   Il a parfois été dévoyé en orgueil nobiliaire et esprit de caste, aboutissant à des comportements mégalomaniaques et quelquefois suicidaires qui amenèrent longtemps la fleur de notre jeunesse à s’entretuer pour des broutilles…

- Honneur et honneurs
   Par ailleurs, dans tous les milieux, la passion de l’honneur peut dégénérer en passiondes honneurs… A cet égard, le désir de hautes charges peut conduire des personnes de grande qualité à se déshonorer. Il faut donc bien distinguer entre honneur et ambition et ne pas séparer noblesse de sentiments, générosité, simplicité et gentillesse.
   A défaut, le sentiment de l’honneur devient vite morgue hautaine et préjugé de caste.

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- L’honneur militaire en question
   Des facteurs politiques ont souvent compliqué la vision militaire de l’honneur, d’où de douloureux cas de conscience dans certaines circonstances.
   En 1940/42, au sein de promotions formées dans le même moule, certains officiers ont mis leur honneur à obéir et d’autres à désobéir. Ceux d’Algérie ont connu le même déchirement en 1961/62 comme leurs grands anciens lors des inventaires des églises en 1905. 

   Sur un autre plan, les antimilitaristes relèvent volontiers que ce vocable a couvert des entreprises néfastes : les charges stupidement héroïques de nos cavaliers, d’Azincourt à Reichshoffen, ou le sacrifice de commandants se faisant un devoir de rester sur leur passerelle pour couler avec leur bâtiment ; sans parler, dans un autre domaine, de ce qui a été, hélas, baptisé en 1941/ 42 : « la Collaboration dans l’Honneur« …

- L’honneur dans sa famille, dans son métier et dans la vie publique
   Aujourd’hui, hélas, beaucoup de gens ne se sentent plus liés par les promesses qu’ils avaient faites en fondant une famille. Le divorce est banalisé, l’abandon d’enfants n’est pas rare et même le refus de payer les pensions alimentaires est fréquent.

   Il en est de même dans le domaine professionnel et dans les affaires publiques. De puissants personnages confondent leur bourse personnelle avec la caisse de leur entreprise ou de leur parti. La corruption est généralisée. Des affaires en tous genres assombrissent notre vie nationale et démontrent l’affaiblissement de la simple honnêteté – chez beaucoup de nos responsables politiques et économiques et chez les particuliers. L’exemple qu’ils donnent est déplorable, d’autant que ces scandales sont (souvent abusivement) médiatisés.

- L’honneur à l’école
   Il y a toujours eu des (mini) conflits de devoir pour les enfants à l’école, ne serait-ce que quand le maître demande à l’auteur d’un méfait de se dénoncer sous peine de punition collective, que le coupable refuse et que la classe est tiraillée entre justice et solidarité.

   De nos jours, s’y ajoutent malheureusement la « fauche » qui est devenue un fléau scolaire dès les petites classes, et la tricherie qui sévit partout, y compris lors des examens.

- L’honneur dans le sport
   L’idéal olympique était splendide mais la professionnalisation du sport et le développement du sport-spectacle ont abouti à des abus criants comme le dopage sportif, et les trafics d’argent liés par exemple au rachat de joueurs vedettes.

- L’honneur dans la vie politique
   Sans parler des innombrables retournements de vestes liés au jeu politique, on doit dénoncer l’écart fréquent entre les promesses publiques de certains candidats aux élections (démagogie) et leurs comportements dès lors qu’ils sont élus et investis de pouvoirs. Tout semble se passer comme si les mots honneur et politique étaient antinomiques.

***

-L’honneur des nations
   Cette crise est perceptible aussi à l’échelon des Nations. Autrefois, au nom de l’honneur national, on se déclarait la guerre pour un coup de chasse mouches (Alger 1830) ou pour le libellé d’une dépêche qu’on estimait injurieux (Ems 1870). Aujourd’hui, nos démocraties préfèrent se déshonorer que courir un risque. De 1945 à 1979, elles ont laissé les mains libres à l’URSS pour écraser les tentatives de révolte des Hongrois, des Tchèques, des Polonais et des Allemands de l’Est. La menace nucléaire a inhibé notre velléité de les aider.
   On peut en revanche se demander pourquoi la communauté internationale répugne à intervenir sérieusement aujourd’hui au Soudan et ailleurs.

Publié dans : VALEURS DE FRANCE | le 12 septembre, 2006 |Pas de Commentaires »

LE TEMPLE

Je voudrais, en ces lignes, vous parler du Temple. Si l’on se réfère au dictionnaire, le mot « Temple » représente un monument érigé à la gloire d’une divinité et même dans la langue archaïque, le mot « templum » représentait déjà un monument ou un lieu consacré. Mais de tout temps, dans tout Pays, ce même mot eut une double signification. Il y avait le Temple exotérique, ouvert à tous et où se donnait un enseignement approprié aux événements de l’instant et le Temple ésotérique réservé aux chercheurs de la connaissance, aux gd-Prêtres, aux initiés. De tout temps, que ce soit en Egypte, en Chaldée, en Perse, aux Indes, en Chine ou chez les Hébreux, la construction des Temples était basée sur une synthèse qui en formait la dédicace.      

La longueur comme la largeur des enceintes étaient  déterminées par rapport au Nombre et les modules étaient eux mêmes déterminés suivant le ciel astrologique et les courants telluriques. Dans le Temple, Mathématiques, Géométrie, matériaux et vibrations avaient un sens précis. Et nous retrouvons ces mêmes données dans nos Eglises, nos Cathédrales ou Maisons de Prières que les Anciens appelaient « maisons d’éternité ». Le nombre d’or, utilisé afin de déterminer les cotes de ces constructions représentait la mesure de la dynamique du sacré. Le Saint des Saints, l’Autel, le Tabernacle étaient placés en un endroit précis déterminé géométriquement en rapport avec le cube. Les Hébreux appelaient l’endroit cubique le « Debhir » et son centre recevait l’Autel.  Si le Temple exotérique montait vers le ciel, le Temple ésotérique prenait quant à lui racine dans les profondeurs de la terre. Il possédait des cryptes ou à défaut, des coins sombres où se faisait l’instruction puis les épreuves qui amenaient peu à peu le cherchant vers l’initiation. Dans le Temple de Salomon, érigé sur le mont Moriah, était pratiqué l’étude des sciences dont la principale était la géométrie, principe de toutes les autres sciences, de la musique, de l’art et du travail des métaux. Là, se forgeait une Tradition héritée en grande partie de l’Egypte.  « A la construction de ce Temple, ont participé 80.000 ouvriers et 300 Maîtres qui ont ensuite répandu leur savoir dans le monde tout en gardant jalousement certains de leurs secrets et de leurs techniques. Les constructeurs accordaient une valeur symbolique importante aux colonnes du Temple. Par exemple, celles du Midi représentaient le principe actif, la force ; celles du Nord, la stabilité et la force génératrice. Tout ceci trouve sa base dans l’arbre de vie. C’est dans une certaine chambre du Temple que se trouve la Mémorah d’Or, côté Sud du Tabernacle. Elle a 7 branches, vous ai-je déjà dit ; celle du milieu se termine par une lampe alimentée par de l’huile d’olive pure. Parfois cette branche porte l’inscription : « le Soleil est mon Seigneur ». Côté Nord du Tabernacle se trouve une table où reposent les 12 pains sans levain, faits de farine et de miel, appelés  « pains de proposition » ou « pains vivants » qui nourrissent l’âme et qui représentent les 12 tribus d’Israël. Sur l’Autel, placés en son centre, devant le Tabernacle, se trouvent des sels et des parfums d’encens composés d’Oliban et d’espèces douces qui brûlent perpétuellement. Ceux qui se trouvent autour du Tabernacle ou sur le parvis, élèvent une prière silencieuse vers Dieu. »  Quand les Templiers s’établirent à l’ombre du Temple de Jérusalem, ils eurent connaissance de la Tradition des Bâtisseurs. Certains sont même devenus de véritables maçons bâtisseurs et nous ont permis de communier avec l’invisible dans l’immortelle beauté des espaces qu’ils ont créés. Ils avaient compris que l’homme, le sanctuaire et l’Univers ont des correspondances entre eux. En rapprochant la symbolique du Temple et celle de l’homme, les êtres deviennent capables de rendre présent l’invisible et possible l’impossible. Le courant porteur de cette Tradition de construction a survécu tant bien que mal au travers du Compagnonnage ainsi que dans certaines sociétés spiritualistes.  Chacun sait qu’au moment des croisades, les Templiers furent en contact avec de nombreux peuples tels : Arabes, Chaldéens, Soufis, Sémites ainsi qu’avec des gnostiques…. On a beaucoup écrit sur les Templiers ces dernières années, parfois avec passion, ou avec fantaisie. Il est certain que nous nous devons de faire la distinction entre les diverses catégories de templiers. Il y avait un nombre important de moines-soldats, la plupart illettrés, qui formaient la milice. On connaît aussi et surtout les grands-Maîtres et leur état major, encore que les historiens sont incapables de citer les mêmes noms… Mais nous savons qu’ils représentaient l’autorité officielle du Temple et que c’est eux qui étaient en contact avec les différents chefs d’état, les monarques, les gouvernements ainsi qu’avec la hiérarchie religieuse. Mais, est bien moins connue, l’élite occulte, constituée d’un noyau très fermé et qui était la véritable intelligence du Temple. Cette élite a approfondi les Traditions anciennes dont elle a fait sa véritable raison religieuse. Ces connaissances héritées des Anciens, parmi lesquelles se trouvait l’astrologie, les ont amenés à concevoir une synthèse basée sur les courants telluriques, les signes du Soleil, la symbolique du croissant de Lune et des étoiles. Ils ont choisi le « 8″ qui dérive de deux carrés superposés représentant le nombre de la cohésion constructive sur plusieurs niveaux de conscience, allant du matériel au spirituel.  Ils s’exprimaient beaucoup par symboles qu’il vous faut comprendre, déchiffrer et apprendre à utiliser.  Dans le Zohar, le mot « Ténèbres » désigne le feu sacré qui dort en nous. On peut passer une vie entière dans ses propres ténèbres, mais dès que nous sommes animés du souffle de Dieu, ces ténèbres deviennent Lumière. St Jean, dans son Apocalypse, parle du point de l’abîme, du fond des ténèbres, mais il dit aussi que la Lumière des ténèbres ne s’éteint jamais. Quand notre conscience profonde se réalise, nos ténèbres se transforment en Lumière car la route d’Amour monte vers la Lumière où tout est harmonie.  Les Templiers savaient tout cela et c’est pourquoi ils furent les gardiens de la Tradition. Elle permet d’unir le microcosme et le macrocosme à travers sa géométrie sacrée, réceptacle des forces Divines. Ils ont transmis au monde un véritable message, alliant le courage, la droiture, l’abnégation et la connaissance. C’est tout cela, qu’il nous faut chaque jour garder à l’esprit afin d’avancer sur leurs traces sans jamais avoir à rougir de nos propres actions.  Nos Prieurés sont en cela, de véritables Loges initiatiques dans lesquelles, les frères et les sœurs peuvent se perfectionner pour atteindre un jour l’initiation. Leurs buts principaux sont de préserver et de transmettre la Tradition que les Templiers eurent en dépôt ainsi que de construire en chacun de nous, dans notre Soi, le véritable Temple. Mais il est bien entendu que la voie n’est pas plus facile aujourd’hui qu’elle ne l’était hier. Il nous faut modifier notre mode de pensée. Le mensonge est incompatible avec l’appartenance à un Prieuré. Il faut que la parole dite soit l’expression exacte de la pensée de celui qui s’exprime. Nos Prieurés ne prétendent pas faire le salut de ses membres mais désirent leur donner la possibilité de trouver leur voie. Chaque Loge doit être un Temple de l’esprit dans lequel nous nous devons d’être disponibles. Pour cela, il nous faut laisser à la porte nos différents, nos jalousies… Bref, tout ce qui peut nous séparer. Il nous faut penser, comme le disait Jean de Rampillon, que la Loge est non seulement un lieu de rassemblement, mais aussi un lieu où peuvent être créées des opérations rituelles, magiques, en accord avec la Tradition. Nos Prieurés doivent être les réceptacles des forces cosmiques qu’ils se doivent de transmettre pour le bien de l’Humanité. Car, ce n’est pas seulement l’enseignement reçu qui a de la valeur mais celui que l’on se donne à soi-même lorsqu’on l’a réalisé. Il nous faut laisser entrer en Soi le silence qui nous mène au dépouillement intérieur.  Il nous faut être vigilants envers nous-même, sévères même afin de pouvoir progresser. Il ne suffit pas de faire la chaîne d’union, il faut la vivre. Il doit s’agir d’un champ magnétique tourbillonnant qui ne doit à aucun moment nous laisser indifférent. Vivre avec la Loge doit être comme une seconde naissance qui développe l’amour dans la fraternité. Car, au travers de l’amour, on vit la vie d’autrui, même si l’autre est différent, on peut mieux le comprendre. Il nous faut faire abstraction des vanités et des petits sentiments de ce monde. C’est cela qui nous apprendra à servir en toutes circonstances. Il ne faut pas penser : « ceci est bien » ou « ceci est mal ». Le bien et le mal se poursuivent à travers les hommes se défient en permanence. Le mal sert d’épreuve pour l’homme dans le domaine matériel. N’oublions pas que l’âme est constituée d’obscurité et de Lumière. C’st pour cela qu’il faut refuser de séparer le mal du bien afin de ne pas risquer de personnaliser le mal pour en faire une puissance opposée et d’origine différente à celle du bien.  

Publié dans : L'ordre des Templiers | le 11 septembre, 2006 |Pas de Commentaires »
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