HISTOIRE MEDIEVALES LES TEMPLIERS

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Publié dans : Non classé | le 26 septembre, 2012 |Pas de Commentaires »

La portée Uni-vers-elle des Templiers

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La portée Uni-vers-elle des Templiers

« …Non nobis Domine, non nobis, Sed Nomini Tuo da Gloriam. Amen… »
Devise Templière

Introduction

…Il est bien juste que dans un si terrible jour, et dans les derniers moments de ma vie,

je découvre toute l’iniquité du mensonge, et que je fasse triompher la vérité :

je déclare don, à la face du ciel et de la terre, et j’avoue, quoique ma honte éternelle, que j’ai commis le plus grand de tous les crimes, mais ça n’a été qu’en convenant que ceux qu’on impute avec tant de noirceur à un Ordre que la vérité m’oblige de proclamer innocent… Et d’ajouter gravement et péremptoirement : « L’Ordre du Temple est pur. Il est saint et innocent de tous les crimes qu’on lui a imputés »…

C’est cette dernière confession que fit publiquement, sur la place du parvis de Notre-Dame, Jacques de Molay, 22e et dernier Grand-Maître de l’Ordre du Temple de Jérusalem, avant de monter sur le bûcher que Philippe le Bell, alors roi de France, fit dresser à la hâte sur l’île aux juifs (à l’emplacement du Pont-Neuf, où se situe la statue du roi Henri IV), le 18 mars 1314.

Mais, si aujourd’hui je vous parle de cet ordre de chevalerie, c’est pour vous dire que les Templiers, comme je vais m’efforcer de vous le montrer, étaient bien plus que de simples moines-soldats. Pendant mes recherches, j’ai beaucoup appris sur cet Ordre, et plus j’avançais dans mes recherches, et plus, sur le plan de l’ésotérisme, je trouvais des analogies profondes et évidentes entre l’Ordre du Temple et la Franc-Maçonnerie, qui tire probablement pour une grande part son origine des confréries médiévales des tailleurs de pierres, des guides compagnonniques « opératifs » nés dans les censives des Templiers.

Je vais commencer par un « bref » rappel historique sur les origines et la fin de l’Ordre, pour terminer sur la portée symbolique et « uni-vers-elle » des Templiers.

I. Création et puissance religieuse, militaire et financière de l’ordre

…Lorsque vit saint Bernard que dans la vive flamme, je plongeais mon regard et j’absorbais mon âme. Il attacha ses yeux sur elle avec ardeur, et mon extase en prit encore plus ferveur. (Dante, La Divine Comédie, le Paradis, chant XXXI)

A. Naissance de l’ordre

…Revêtez l’armure de Dieu pour pouvoir résister aux manœuvres du Diable. Car ce n’est pas contre des adversaires de chair et de sang. Mais contre les Régisseurs du monde de ténèbres, contre les Esprits du Mal. Qui habitent les espaces célestes…

Ecrivait Saint Bernard, l’abbé de Clairvaux, en faisant les louanges du nouvel Ordre qui venait de naître, et de continuer en disant : …Porter les armes est permis, à ceux-là, du moins, qui ont reçu leur mission d’en Haut…et d’ajouter avec certitude…ni la vie, ni la mort ne pourront vous séparer de la Charité de Dieu qui est en Jésus-Christ… (Saint Bernard).

Sous le règne du roi Baudouin II, furent créés deux Ordres :

le premier, au milieu du XI siècle, fut celui de l’Hôpital (aujourd’hui portant le nom de l’Ordre des Chevaliers de Malte, créé par des commerçants d’Amalfi) qui, à force de présents, avaient obtenu la permission d’établir un hospice dans Jérusalem pour recevoir les pèlerins latins qui viendraient visiter le Saint-Sépulcre.
Puis, en 1118, conduit probablement par un sentiment de pitié face à l’état de guerre continuelle où se trouvait le royaume de Jérusalem et du petit nombre de guerriers chrétiens qui se battait pour sa défense contre les « infidèles », fut créé l’Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ du Temple de Salomon (l’Ordre du Temple).

En effet, les « infidèles », constitués essentiellement d’Arabes Bédouins, pénétraient fréquemment dans le royaume de Jérusalem, et les Sarrasins qui y habitaient attaquaient à l’occasion les voyageurs se rendant en pèlerinage en Terre Sainte, les dépouillaient, et souvent même les massacraient.

Ainsi, neuf gentilshommes français, motivés probablement aussi par la volonté de se donner en exemples, fondèrent une sorte de confrérie militaire spécialement consacrée à protéger les pèlerins dans leur voyage en Terre Sainte. Les chefs initiaux de cette association étaient Hugues de Payens (ou de Pains), et Geoffroi (ou Godefroi) de Saint-Aldémar ; mais leur chef spirituel, qui devait, le 14 janvier de l’an de grâce 1128 (10 ans après), lors du concile de Troyes, donner le jour à la Règle dite latine de L’Ordre du Temple (l’Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ, du Temple de Salomon), fut, bien sûr, l’abbé Saint Bernard de Clairvaux.

Il s’agissait de faire reconnaître par l’Eglise un Ordre de Chevalerie constitué de moines soldats et dont l’axe était représenté par les neuf premiers membres fondateurs, et de lui donner les bases qui devaient fixer et préserver l’unité de l’Ordre. Trois vertus devaient garantir cette harmonie : la patience, l’humilité, et la charité.

Le Chevalier du Christ devait par conséquent être armé de :

Patience pour bouclier, qu’il porte et dont il s’entoure contre tout adversaire.
L’humilité pour cuirasse, qui préserve ses profondeurs intimes.
La charité pour lance, avec laquelle, se portant vers tous dans la provocation de la charité, et se faisant tout à tous, il combat le combat du Seigneur.

Mais il lui fallait aussi le heaume du salut, qui est l’espérance, protégeant la tête, c’est-à-dire l’élément fondamental de l’esprit. Qu’il ait également le glaive de la parole de Dieu et le destrier du bon désir. Plus tard, le pape Eugène II (1145-1153) accepta de faire mettre la croix rouge sur leurs habits blancs : le blanc comme emblème d’innocence et le rouge pour symboliser le martyre.

En 1139 (22 ans), dans sa bulle Omne Datum Optimum, le pape Innocent II, ami de Saint Bernard qui l’avait aidé à triompher des antipapes (Anaclet II et Victor II), accorde à l’Ordre du Temple de nombreux privilèges, dont trois très importants qui vont lui conférer une indépendance certaine :

Il permet aux templiers de conserver le butin pris aux Sarrasins.
Il confirme l’exemption des dîmes au profit de l’Ordre et son droit d’en percevoir.
Il place l’ensemble de l’Ordre sous la protection du Saint-Siège et sous sa tutelle exclusive ; l’Ordre, dont le siège de la maison « chêvetaine » était fixé à Jérusalem, se trouvait ainsi soustrait à l’emprise du patriarche de Jérusalem et à celle des évêques, ne relevant plus désormais que du Pape. Ce privilège était d’autant plus important que les Statuts de l’Ordre ne pouvaient être changés que par les Chevaliers eux-mêmes réunis en Chapitre qui, seul, pouvait élire un Maître.

Par cette bulle, Innocent II dégage donc l’Ordre de toute tutelle et de toute autre autorité autre que celle du Pape. Ainsi l’Ordre devient-il indépendant. Il est désormais « un Etat dans l’Etat, une Eglise dans l’Eglise ».

B. Puissance temporelle en occident et traces templiers en orient.

…O Dieu, vous m’avez permis ici-bas l’usage de l’épée que pour contenir la malice des méchants et pour défendre la justice…

…Faites donc que votre nouveau chevalier ne se serve jamais de ce glaive pour léser injustement qui que ce soit ;

…Mais qu’il s’en serve toujours pour défendre tout ce qu’il y a ici-bas de juste et de droit. (Guillaume Durand, Benedicto novi militis, XIII siècle).

a) Puissance en Occident

Nous avons vu que l’Ordre a bénéficié de mesures exceptionnelles, et que personne, à part le Pape, n’avait plus le pouvoir de le contrôler.

Tout le monde cherchait à se placer sous la protection du Temple. Les « donnants » faisaient don de leur terre et de leurs biens divers à l’Ordre, dans le seul dessein d’assurer la protection terrestre et spirituelle de leurs familles.

Les Commanderies templières d’Occident s’avéraient la plupart du temps de prodigieuses exploitations agricoles, ce qui permettait aux templiers de vivre grassement des produits de leurs nombreux domaines. Ils cédaient leur excédent d’une part dans les villes, lors des grandes foires, d’autre part par l’intermédiaire de Commanderies citadines. Les Templiers accédaient aux moulins, boucheries, poissonneries… De plus, ils pratiquaient les prix les plus bas aussi parce qu’ils étaient exonérés de droits et taxes en tout genre et s’avéraient d’excellent commerçants.
Ceci d’ailleurs n’allait pas sans susciter jalousie, voire de la haine de la part des autres commerçants, qui se plaignaient de « concurrence déloyale ». Fort de ces diverses sources de revenu, l’Ordre du Temple pouvait effectuer aisément les dépenses afférentes à l’entretien des bâtiments ainsi qu’aux investissements d’ordre militaire.

Il n’y a aucune exagération à dire que le « Trésor du Temple » a été, pendant tout le XIII siècle, la caisse où étaient centralisées et administrées les ressources financières destinées aux croisades et aux différents besoins en Terre Sainte. En outre, il fallait assurer le réseau de communication routier des biens et des personnes ; pillages et meurtres étaient en effet de mise à cette époque, et les Templiers s’étaient mis en demeure d’assurer la sécurité de tous ceux qui étaient amenés à se déplacer, qu’ils fussent pèlerins, voyageurs, marchands…et créèrent pour cela un réseau routier fort complexe. Ils furent les premiers aussi à créer celle que nous appelons aujourd’hui « la lettre de change », issue du génie que l’Ordre déployait en matière d’opérations financières, les Templiers devenant ainsi pas seulement des maîtres en matière de commerce, mais aussi des banquiers. Ainsi, tout individu qui quittait au matin une Maison du Temple pouvait avoir la certitude d’arriver, sans rencontrer le moindre problème, dans une autre Commanderie avant la tombée de la nuit.

Plus tard, le roi Philippe Auguste prit même le soin de nommer un Templier pour gérer le «trésor royal » et le roi Philippe le Hardi n’hésitera pas un instant à décider que l’on entrepose les recettes publiques dans l’imposante tour de la Maison du Temple à Paris. Ainsi, le trésorier du Temple sera-il devenu le Trésorier du roi et du Temple.

Ceci nous permettra donc, mes T.C.F., d’imaginer aisément qu’un tel pouvoir, militaire, religieux tout autant que financier, associé à de grandes richesses, allait, au fil du temps, occasionner de grandes jalousies, que certains, comme on pourra le voir par la suite, ne tarderont pas à manifester.

b) Traces Templières en Orient.

La lutte engagée en Orient mettait aux prises les Templiers contre les Arabes. L’Ordre rencontrait des difficultés et, bien souvent, faisait les frais des erreurs politico-stratégiques des Croisés qui, au mépris de l’adversaire et, surtout, sans véritable expérience sur le terrain, s’engageaient dans des combats.

Le roi Louis VII rend hommage, dans sa lettre destinée à l’Abbé Migne, à l’action menée par les Templiers en Terre Sainte. Ces quelques mots, à eux seuls, étayent l’action et la mission menées par l’Ordre en Orient. Il écrivit :

…Nous ne voyons pas, nous ne pouvons pas nous imaginer comment nous aurions pu subsister un instant dans ce pays sans l’aide et sans leur assistance…

…Cette aide ne nous manque jamais depuis le premier jour de notre arrivée jusqu’au moment où ces lettres nous quittent, et ils se rendent toujours, toujours plus serviables… (Lettre de Louis VII à Suger, Abbé Migne)

Bien souvent, les Templiers firent aussi œuvre de diplomatie, comme en 1160, prenant soin d’éviter au royaume de Jérusalem de se voir attaquer simultanément sur deux fronts et, ce faisant, contractèrent une alliance avec le sultan d’Egypte. Et, lorsque le roi Amaury se lança dans une guerre contre l’Egypte, sans être un seul instant arrêté par la pensée qu’il était lié avec le Calife et son Vizir par un traité récent et solennel que les Templiers avait réussi en son nom et dans l’intérêt du royaume à contracter, les Templiers, fidèles à leur parole, manifestèrent sans ambages leur refus de s’associer à ce conflit. Le Maître du Temple, à cette époque, Bernard de Blanquefort, exprima nettement son désaccord, tant :

en ce qui concernait le caractère de la présomptueuse et déloyale entreprise de s’emparer de l’Egypte, qui relevait de la pure folie,
qu’en raison de la notion de parjure, qu’il ne pouvait accepter de facto par pur principe moral.

La « gloire du Temple » en Orient connut sa fin en août 1291 (200 ans) de, après la prise de Jaffa par Malek-Adel, frère et successeur de Saladin « le conquérant », qui avait su, dans sa démarche de conquérant, répondre à la « Croisade » par le « Jihad ».

…La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens…écrit Clausewitz (général et théoricien militaire prussien) ; mais quand il n’y a plus de politique, alors…!

Les Templiers renoncèrent alors contre leur gré à défendre « la Terre Sainte » et l’évacuèrent en bon ordre pour se replier symboliquement sur Chypre. Telle fut l’héroïque épopée militaire du Temple en Orient, qui avait passé le plus clair de son temps à tenter de redresser la situation si précaire du royaume de Jérusalem. Pendant toute la période des croisades, ils ont défendu la chrétienté, ce qui d’ailleurs, comme nous pourrons le voir fut un peu vite oublié au cours de leur procès. (Un autre jour)

c) Procès et «fin » de l’Ordre

Dès l’aube du vendredi 13 octobre 1307, on procéda à l’arrestation des Templiers du royaume de France, qui n’offrirent pour la circonstance aucune résistance, se soumettant en cela à leur Règle qui interdisait à tout Templier de prendre les armes contre d’autres Chrétiens.

Le 24 octobre, (11 jj) le Maître de l’Ordre, Jacques de Molay, reconnaissait, sous la torture, que lorsqu’il avait été initié à Beaune, on l’avait enjoint de cracher sur la croix et de renier le Christ par trois fois. Aveux sur lesquels il reviendra plus tard, en prenant la foule à témoin, dénonçant ainsi le fait que les aveux lui avaient été extorqués sous la torture par un simple hochement de la tête (lors de l’inquisition), et dit :

…Au moins, laissez-moi joindre un peu les mains et faire à Dieu ma prière…c’en est bien le moment, je vais maintenant mourir. Dieu sait que c’est à tort. Il arrivera bientôt malheur à ceux qui nous condamnent sans justice. Dieu vengera notre mort ; je meurs avec cette conviction. …Pour vous, Seigneur, tournez-moi, je vous prie, le visage vers la Vierge Marie, mère de Jésus-Christ…

L’Ordre du Temple venait de mourir avec ses principaux dignitaires, mais les protagonistes de cette « sale affaire », soit ceux qui avaient comploté contre l’Ordre, n’allaient pas en profiter autant qu’ils l’espéraient, car pratiquement tous décédèrent la même année de mort violente ou « accidentelle »… (le pape, le roi, les ecclésiastiques de l’inquisition…).

S’agissait-il une « malédiction » proférée par les Templiers ? Ou bien s’agissait-il plutôt d’une vision prophétique émise par le Grand Maître, juste avant sa mort ?

Quoi qu’il en soit, cette question ne fait qu’accroître l’épais mystère qui entoure, encore aujourd’hui l’Ordre du Temple.

II Organisation spirituelle et hiérarchique de l’ordre, et filiation templière

…Diversement de ce que l’on parle
Et où le monde est en bataille
L’on peut bien décevoir l’Eglise.
Mais on ne peut en nulle guise
Décevoir Dieu. Je ne dis plus
Qui voudra dire le surplus… (Geoffroy de Paris)

A. Structure spirituelle et organisation de l’ordre

a) Pensée spirituelle de l’Ordre

L’office de chevalier était de maintenir et de défendre la sainte foi catholique pour laquelle, selon saint Bernard…Dieu le Père envoya son Fils prendre chair humaine en la Vierge glorieuse, Notre Dame Sainte Marie. Ainsi Dieu a élu les clercs pour maintenir la sainte foi ; et élu les chevaliers pour que (selon saint Bernard)…par la force des armes, ils vainquent et soumettent les mécréants qui, chaque jour, s’efforcent à la destruction de la sainte Eglise.

Pour ce faire, tout chevalier devait connaître les sept vertus qui sont la racine et le commencement de toutes les bonnes coutumes, et sont la voie de la céleste gloire éternelle (la foi, l’espérance, la charité, la prudence, le courage, la tempérance et la justice).

Le Chevalier du Temple devait se vouer aussi à la pratique de toutes les autres vertus militaires et chrétiennes ; sa vie, une fois entré dans l’Ordre, était l’exil et la guerre sainte jusqu’à la mort. Pour ce faire, le Chevalier devait toujours :

Accepter le combat, fût-ce d’un contre trois (3, plan symbolique).
Ne jamais demander quartier.
Ne point donner de rançon de quelque sorte quelle soit (un Templier ne peut donner que son poignard et sa ceinture pour gage).
Il lui était défendu de combattre en désordre et de se laisser emporter témérairement par le courage ; mais il ne devait jamais s’avancer au combat que d’après le commandement de son chef, et en observant les règles de prudence.
Il devait toujours être le premier à attaquer, et le dernier à se retirer du combat (il lui était défendu, comme acte infâme, de fuir devant l’ennemi, ou de se retirer en désordre).

D’autre part, les frères de l’Ordre étaient soumis, comme tout membre de toute institution monastique, à une stricte discipline pour pouvoir se maintenir dans toute leur force ; ainsi, toute faute et négligence que les frères pouvaient commettre dans l’accomplissement de leurs devoirs était systématiquement, après mûr examen, dévoilées et punies.

C’est d’ailleurs aussi cette discipline austère qui animait les premiers Chevaliers, et qui leur permit de s’attirer le respect de leurs exploits, et la renommée de leur valeur.

b) Structure et organisation de l’Ordre.

Les structures de l’Ordre apparaissent très hiérarchisées, mais les pouvoirs ne sont pas totalitaires (il y a d’ailleurs un parallélisme évident entre les structures de la Franc-maçonnerie et celles du Temple). Les « Retraits » sont les statuts de l’Ordre qui soulignent la force et la souplesse de la Chevalerie.

A la tête se trouve le Maître, appelé aussi « le Maître du Temple de Jérusalem » ; l’appellation « Grand Maître » n’apparaît qu’au XIV siècle.

Le Maître est assimilé à un père abbé (ou souverain), cependant ses pouvoirs ne sont pas absolus car les Retraits précisent que…tous les Frères doivent obéissance au Maître, et le Maître doit obéissance à son Convent…

D’autre part, le Maître ne pouvait prendre aucune décision importante sans l’assentiment du Chapitre, qui pouvait aussi l’obliger à démissionner (ce fut le cas, en 1253, pour Renaud de Vichy, qui s’était laissé humilier par Saint Louis).

La Règle interdisait aux électeurs du Grand Maître réunis de divulguer les discussions et les incidents du Chapitre.

B. Mystères templiers et filiation ésotérique

C’est au sein de l’ésotérisme religieux qu’il convient de chercher avant tout la clef des mystères entourant l’Ordre du Temple, c’est-à-dire vers les origines du christianisme gnostique et mystique ; celui de saint Jean et de saint Paul, par leur écrits, mais aussi de saint Jacques et de saint Marc, par leurs actes. Selon l’école chrétienne, la « Gnose », communiquée par le Fils de Dieu, est « la sagesse ». Or la Gnose elle-même est un dépôt parvenu par transmission à quelques hommes ; elle a été communiquée oralement par les Apôtres, car les…choses secrètes se confient oralement et non par écrit et Dieu fait de même.

Or, saint Jean l’Evangéliste semble avoir été le dépositaire direct de cette Gnose salvatrice. Ainsi, il a été représenté par la tradition chrétienne comme le gardien du « Saint Graal » et, par conséquent, de la Tradition Primordiale révélée aux seuls initiés.

Nombreux aussi sont les rapprochements symboliques entre les deux saints Jean ; saint Jean Baptiste (le Précurseur) et saint Jean l’Evangéliste.

…Il faut que celui-là croisse et que moi je diminue…disait saint Jean Baptiste en désignant les missions parfaitement complémentaires des deux Jean par rapport au calendrier liturgique :

Le 27 décembre, à la saint Jean Evangéliste (solstice d’hiver), les jours commencent à croître.
Tandis que le 24 juin, à la saint Jean Baptiste (l’été), les jours décroissent au profit de la nuit.

Les deux saints Jean ouvraient donc, suivant la liturgie chrétienne, les « deux portes solsticiales » de l’année, parfaitement assimilables aux « pôles » de l’initiation aux Mystères chrétiens ; c’est-à-dire sur des plans symboliques différents : « La descente aux enfers » (mort initiatique) qui conduit à la « nouvelle naissance », qui ouvre les portes du Ciel et favorise ainsi l’accès aux réalités spirituelles. De même, à un autre niveau, le « baptême par l’eau » doit être suivi par le « baptême par le feu » (ou du Saint- Esprit), c’est-à-dire l’accès à « l’illumination mystique » par celui qui est venu rendre témoignage de la Lumière conduisant, par la manifestation de la Grâce, à la véritable Connaissance des états intérieurs de l’être (Gnôsis).

Les Templiers appartenaient donc à la « bergerie », c’est-à-dire à la « maison » de saint Jean.

Le sceau de l’Ordre exprimait d’ailleurs la double nature des choses, ainsi que la dualité de chaque être. En effet, on y voyait deux frères monter sur le même cheval, en passant par les cases blanches et noires de leur beaucéant, opposant la lumière à l’obscurité. Le cheval devait symboliquement assurer (ou en être l’instrument) le passage entre les deux mondes : du céleste au terrestre, suggérant aussi que le corps n’est que le véhicule de l’âme et de l’Esprit divin.

Tout ceci implique que les Chevaliers du Temple étaient bien plus que de simples « moines-soldats ».

…Il faut fortifier le Christ… Ainsi vous recevrez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la largeur, la hauteur et la profondeur…avait écrit saint Paul. Et on retrouve cette même conception métaphysique chez les « néo-platoniciens » et les « néo-pythagoriciens ». Alors rien d’étonnant à ce que les Templiers se soient autant attachés à la « symbolique des nombres », ainsi qu’aux conceptions pythagoriciennes en général. D’ailleurs, à ce propos, « l’abacus » du Maître (canne en forme de sceptre) avait à son sommet la croix de l’Ordre gravée sur un disque, rappelant ainsi la canne des « Maîtres constructeurs de Pythagore ».

En outre, les deux cavaliers et leur cheval se référent également à la tripartition en l’être :

Spiritus (esprit)
Animus (âme)
Corpus (corps).

Le nombre trois rappelle bien sûr la « Tétraktys » pythagoricienne, évoquant aussi la Très Sainte-Trinité (le Père, le Fils et le Saint-Esprit).

Le dernier terme de la Tétraktys pythagoricienne (1+2+3+4=10) est représenté par la croix pattée de gueules aux quatre branches égales, symbolisant le martyre par le sang versé, tout autant que la rencontre du Ciel et de la Terre manifestant la vie.

Le Nombre d’Or de Pythagore (1+V5 : 2 = 1,618)² intervenait d’ailleurs dans le tracé de la croix pattée templière, où les branches se dédoublant faisaient ressortir le symbolisme propre au nombre « 8 », désignant la « Résurrection et la Vie » : c’est-à-dire ici le Christ.

D’ailleurs, le mot « Jésus » avait pour correspondance « guématrique » 888 et le Christ constituait pour les gnostiques chrétiens « la Divine Ogdoade ».

Les Templiers utilisaient parfois également « l’Etoile hermétique » à huit pointes qui désignait la « Pierre Philosophale ».

Le nombre « 9», quant à lui, était constamment présent dans la symbolique templière :

Neuf furent les Chevaliers qui fondèrent l’Ordre.
Les Commanderies étaient aussi divisées en neuf provinces.
Les Chevaliers (en avril 1310) qui remirent un important mémoire en vue d’assurer la défense de l’Ordre à la commission pontificale étaient neuf Frères.
Neuf frères encore s’étaient présentés devant le concile de Vienne, et furent incarcérés sans même avoir été interrogés.

Sur le plan ésotérique, le nombre « 9 » suggérait « l’unité ennéade » de la tradition antique, tant en Egypte qu’en Grèce, manifestant les principales émanations divines engendrant peu à peu la création dans son ensemble.

Toutes ces préoccupations d’ordre symbolique, voire « hermétique », n’échappaient pas aux Templiers, tels qu’en témoignent encore leurs édifices religieux ; que les chapelles fussent en effet de plans octogonal, circulaire ou bien rectangulaire, elles obéissent le plus souvent aux données traditionnelles pythagoriciennes.

Quant aux mystérieux « Gaults » à l’origine de « l’art Gothique », ils avaient été financés par les Chevaliers du Temple dès les débuts de leur Ordre, participant ainsi à l’éclosion de « l’art de Lumière » des cathédrales. Les chapelles proprement « templières » furent toutes dédiées à Notre-Dame, et généralement orientées dans l’axe du levant, au jour de la saint Jean-Baptiste, soit le 24 juin, au solstice d’été.

Ainsi, l’on peut parler d’une architecture templière qui repose maintes fois sur le « 8 », chiffre du Christ, chiffre 8 qui, quand il est positionné à l’horizontal, symbolise l’infini. Le nombre d’or est bien sûr une référence incontournable à cette « géo-métrie » (soit exactement la mesure de la Terre).

Les chapelles octogonales, qui sont une création templière, servaient à la communion du groupe et à l’initiation des nouveaux membres. Elles figurent le passage de la mort à la résurrection, celui des ténèbres à la lumière. L’octogone est la pièce « secrète » du Templier ; par sa fonction, elle ressemble à la chambre du roi de la Grande Pyramide, qui jamais ne fut un tombeau ; elle éprouve la force spirituelle du Chevalier face à la reconstitution de la résurrection du Christ, et sa renaissance.

Tout cela nous laisse penser que la tradition symbolique et spirituelle de l’Ordre voulait qu’un Templier en évolution devait, lui aussi, re-naître tout au long de sa quête divine du Graal.

Aussi intéressant est le rapport de 2-1 que les Templiers pratiquaient. En effet, tout comme les compagnons, et les enfants de Salomon, les Templiers fondèrent leur géométrie sacrée sur le postulat symbolique que le Saint-Graal, contenant le sang du christ, avait été porté sur 3 tables. L’une était ronde, l’autre carrée, et la troisième, rectangulaire, était formée par 2 carrés. Or ces trois tables sont de même surface ! Leur nombre est de rapport 2-1. Ce type de rapport se rencontre également dans les fameuses pyramides égyptiennes. 2-1 est aussi le rapport qui guidait la proportion du Temple de Salomon. Les 3 tables et le rapport 2-1 se retrouvent encore dans les cathédrales.

D’autre part, il n’était pas rare de voir dans les églises templières des représentations de sainte Anne avec sa fille, la jeune Marie, encore enfant, à ses côtés. Or le symbolisme hermétique qui se dégage de sainte Anne suggère la « prima materia » ou le noir minerai, que les alchimistes utilisaient pour la réalisation de leur Grande Oeuvre. On peut en conclure que les Templiers étaient férus d’alchimie et qu’ils se donnaient à cet « art » ! Ce, même s’ils ne devaient, comme nous l’avons vu, aucunement à la « Pierre philosophale » l’obtention de leurs richesses matérielles.

…La lumière d’Allah « en l’homme » est à la ressemblance d’une niche où se trouve une lampe… (Le Coran)

…Ne savez-vous pas que vous êtes un Temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous (Saint Paul, I Corinthiens, III, 16) ?

Déjà, par leur présence à Byzance, les Templiers avaient eu connaissance de « l’alchimie alexandrine », déjà fort développée dans la littérature hermétique rattachée au personnage légendaire d’Hermès Trismégiste. Ce « Corpus Hermeticum » gnostique devait par ailleurs s’enrichir des éléments fournis par « l’alchimie arabe », de par les relations, aussi conviviales et respectueuses, que les Chevaliers entretenaient avec le monde musulman.

C Filiation templière et conclusion

Une Grande Loge unifiée naquit à Londres en 1717 et donna suite, comme nous le savons, aux « Constitutions d’Anderson », publiées en 1723. La Franc-maçonnerie moderne était née. Et selon Paul Naudon, l’Ordre du Temple serait à l’origine de la Franc-Maçonnerie spéculative.

Un récit intéressant fut repris par Cadet de Gassicourt (1798), précisant que d’Aumont et sept autres chevaliers se seraient approchés du lieu du supplice du Grand Maître Jacques de Molay, et, prenant chacun une poignée de cendres, les auraient jetées en direction du palais du Roi, clamant le mot rituel de « Mac…Benach… » en jurant de venger le martyre de leurs frères du Temple.

Tous ces faits, ainsi que le symbolisme ésotérique templier, m’ont permis de faire une analogie, à mes yeux évidente, entre la tradition philosophique et ésotérique templière et nos rituels.

L’image de la Sainte Vierge

Je voudrais terminer ce travail sur la portée universelle des Templiers, dont l’anagramme est « uni-vers-elle ». Mais uni vers qui ? …Et pourquoi ?

Les Pauvres Chevaliers du Christ, à qui on ne peut pas reprocher leur fidélité au Christ, car leur foi était incontestablement sincère (et, surtout, on ne peut leur reprocher leur engagement, notamment lors de la période des croisades), ont en effet porté une adoration sans failles à la Vierge Marie. Leurs pensées, leurs prières, comme leurs chapelles étaient avant tout destinées à la Sainte Vierge, bien sûr car elle est la mère du Christ, mais aussi, et cela me semble important, parce que son amour, son message de charité vers l’homme est sans ambiguïté.

D’autre part, elle est aussi la représentation symbolique de la divinité féminine, que l’on retrouve d’ailleurs dans beaucoup d’autres religions (Déméter, Cérès, Isis, Maia, déesse de la Terre, mère de Mercure, le messager céleste), le mois de mai lui était consacré, et c’est en mai (du latin maius) que nous célébrons la Vierge. C’est aussi en ce mois qu’elle fit son apparition et ses révélations à Fat-ima (dont l’anagramme est « mai »).

Les Templiers rendaient hommage à la Sainte Vierge pour l’ensemble du message qu’elle transmet et lègue aux hommes de bonne volonté ; et les Templiers, en vénérant la Vierge, allaient au devant du Mystère, dans l’objectif de modifier les comportements des hommes et de faire évoluer la société, et surtout ne pas rebâtir sur des bases « pourries ». C’est là manifestement une attitude exactement contraire à celle des théologiens de l’Eglise qui, de façon dogmatique, définissent le « Mystère » comme une vérité inaccessible à la raison, mais que Dieu donne à « connaître » !

Luc (11,52) disait…Malheur à vous, Docteurs de la Loi, parce que ayant pris les clefs de la science, vous n’y êtes point entrés vous-mêmes, mais ceux qui voulaient y entrer, vous les en avez empêchés…

Là, l’avertissement émis par saint Luc était clair, et les Templiers l’avaient bien compris. C’est pour cela que, comme saint Paul, ils prônaient «l’intelligence », qui signifie très exactement « lire dans la terre », intelligence sans laquelle, disait Jésus, …la foi est bâtie sur du sable… La spiritualité des Templiers, qui est donc en désaccord avec les dogmes de l’Eglise, va dans ce sens, en reprenant ainsi Marc (4,22) l’évangéliste, selon lequel « …il n’est rien de caché qui ne doive être connu… ».

Et puis par rapport à notre société actuelle, ajuterai même, que l’Ordre des Templiers devrait être, pour nous, aujourd’hui un modèle, une source d’inspiration pour notre société, auxquels nos décideurs, qu’ils soient politiques, religieux ou autres…feraient bien de venir s’abreuver car le savoir n’est pas la connaissance, et les Templiers l’avaient bien compris, seul la connaissance est source de sagesse.

Je terminerai volontairement ce travail, comme je l’ai commencé en première page, par la belle et très explicite devise de l’Ordre du Temple…qui encore une fois se rapproche de la « notre ».

…Non nobis domine, non nobis, sed nomini tuo da Gloriam…Amen…« Non pour nous Seigneur, mais pour la Gloire de Ton nom… ».

Publié dans : Non classé | le 22 septembre, 2012 |3 Commentaires »

Dans les prisons de Sens, des Chevaliers du Temple

Dans les prisons de Sens, des Chevaliers du Temple

 Après la perte définitive de la Terre sainte en 1291,

l’ordre du Temple fut victime de la lutte

entre la papauté et le roi de France, Philippe IV le Bel.

Il fut dissout par le pape Clément V en 1312

à la suite d’un procès en hérésie.

C’est le 23 janvier 1120 que naquit, sous l’impulsion d’Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer, la milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon qui avait pour mission de sécuriser le voyage des pèlerins affluant d’Occident vers Jérusalem et de défendre les Etats Latins d’Orient. Peu après le Concile de Troyes de 1128, Bernard de Clairvaux  rédige une «règle» propre à l’ordre du Temple. Désormais organisé, l’ordre va voir affluer les dons : héritages, revenus, places fortes, terres, forêts, vignes et bénéfices divers.

À plusieurs reprises dans l’histoire des croisades, les Templiers vont renflouer les caisses royales ou payer les rançons de rois faits prisonniers. En 1291, Saint-Jean d’Acre tombe aux mains du Sultan Al-Ashraf et de ses mamelouks. Le temps des croisades est bel et bien terminé. C’est le retour de l’Ordre en France où les Templiers, alliés au Pape, échappent totalement à la juridiction royale. Considérés comme une menace par Philippe IV Le Bel, le Roi va leur intenter un procès inique dans le but de les soumettre à son autorité et de s’approprier leurs richesses. Trahis par certains des leurs, ils termineront, pour la plus part, dans les flammes.

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Le sceau des templiers :

Ils sont représentés à deux sur le même cheval en signe de pauvreté.

 

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Les chevaliers du Temple, reconnaissables à leurs manteaux blancs ornés de la croix.

Ayant perdu la Terre Sainte et donc la raison même de leur existence, les chevaliers du Temple sont bientôt soupçonnés de perversions les plus diverses. Au fil des ans, ils sont perçus comme des seigneurs orgueilleux et cupides menant une vie désordonnée. Dans le même temps, une querelle oppose le roi de France Philippe IV le Bel au pape Boniface VIII qui affirmait la supériorité du pouvoir pontifical sur le pouvoir temporel des rois. Mis devant ce fait, Philippe le Bel exigea un concile aux fins de destituer le pape.

La réponse ne se fit pas attendre : le Pape excommunia Philippe le Bel et toute sa famille. Boniface VIII mourut dans d’obscures circonstances le 11 octobre 1303, après avoir été arrêté par les sbires de Guillaume de Nogaret, conseiller et âme grise du Roi de France. Son successeur, Benoît XI, mourut à son tour le 7 juillet 1304. Clément V fut élu pour lui succéder le 5 juin 1305. Les Templiers, qui  possédaient d’immenses richesses,  jouissaient également d’une forte puissance militaire entièrement dévouée au pape. Une telle force ne pouvait que se révéler gênante pour le Roi de France dans ce contexte politico-religieux. Le pape désirait également une fusion des deux ordres militaires les plus puissants de Terre Sainte (Templiers et Hospitaliers) et le fit savoir dans une lettre qu’il envoya à Jacques de Molay, grand Maître du Temple, en 1306. De Molay  répondit qu’il s’opposait à cette idée. Enfin, il manqua de diplomatie en refusant au roi de faire suite à sa demande à être reçu chevalier du Temple à titre honorifique.

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Les geôles du Palais Synodal où des graffitis attribués aux  templiers ornent les murs.

Fallait-il encore obtenir quelques aveux pour entamer une procédure. Guillaume de Nogaret se chargea de l’affaire en trouvant un Templier renégat de sa seigneurerie en la personne  d’Esquieu de Floyran, emprisonné pour meurtre. Il avoua, surement pour échapper au pire, avoir, pour son initiation, renier le Christ, pratiquer des rites obscènes et la sodomie. Guillaume de Nogaret, fort de ces aveux, fit diffuser au sein de la population les idées de «reniement du Christ et crachat sur la croix, de relations charnelles entre frères et de baisers obscènes exercés par les chevaliers du Temples». Philippe le Bel, profitant de l’occasion, écrivit au Pape pour dénoncer le comportement sans nom de ces soi-disant Chevalier du Christ.

En même temps, Jacques de Molay, au courant de ces rumeurs, demanda une enquête pontificale au pape qui lui accorda le 24 août 1307. Mais Philippe le Bel était pressé. Il n’attendit pas les résultats de l’enquête et dépêcha des messagers le 14 septembre 1307 à tous ses sénéchaux et baillis, leur donnant des directives afin de procéder à la saisie de tous les biens mobiliers et immobiliers des Templiers ainsi qu’à leur arrestation massive en France. Au matin du vendredi 13 octobre 1307, les Templiers, surpris, naïfs et de bonne foi, se laissèrent emmener en se demandant ce qui leur arrivait dans les prisons de Sens ou d’ailleurs. Depuis cette date, le vendredi 13 est un jour maudit. Ou sacré.

Dans un premier temps, le Pape s’offusqua de cette intrusion royale dans le domaine ecclésiastique. Le Roi, en fin stratège politique, donna en pâture aux inquisiteurs quelques «Frères» de province (comme on peut le supposer ceux de Coulours ou de Joigny) qui, désorientés et sous la torture, avouèrent le reniement du Christ et de la Sainte Croix, la sodomie et l’idolâtrie. Haro sur le Templier ! Dés lors, tout le monde y alla de sa plume d’oie, dénonçant, alléguant et prouvant, comme le précise l’abbé de Sainte Colombes de Sens dans une lettre adressée au Roi. (1). Une démarche logique pour l’époque, car si Sens appartient au domaine Royal, les commanderies de Coulours, de Joigny, de Fontenay près Chablis et celle du Saulce sur Yonne dépendent des Comtes de Champagne ou des Comtes d’Auxerre.  (A suivre).

Gérard DAGUIN

Documentation : Bernard Brousse  SAS, Virginie Garret Cerep, 5, rue Rigault Sens. Les Templiers dans l’Yonne, Association des guides de pays de la vallée de l’Yonne. 1. Archives Départementales de l’Yonne.

 

Guillaume de Nogaret

Né vers 1260, il meurt à Paris en 1313 avant de voir l’aboutissement de son œuvre, la destruction de l’Ordre du Temple. En mars1303, il fait connaître par un célèbre discours, l’hérésie supposée de Boniface VIII. En cette même année Guillaume de Nogaret parvint à persuader Philippe IV de consentir à mettre en œuvre un plan consistant à s’emparer du pape pour le ramener de force en France, où un concile réuni pour l’occasion l’aurait déposé.

Le 7 septembre, avec sa petite armée de quelques 1 600 aventuriers, Nogaret prit par surprise la petite ville d’Anagni où le pape, âgé et malade fut frappé et fait prisonnier[]. Mais le 9 septembre un soulèvement de la population en faveur du pape obligea Nogaret et ses alliés à prendre la fuite. 

La mort du pape à Rome un mois plus tard, sauva la mission de Nogaret. L’élection du timide Benoît XI marque le début du triomphe de la France sur la papauté, qui trouvera son aboutissement avec l’élection de Clément V qui installera la Papauté  en Avignon. Philippe IV le Bel l’envoya en ambassade auprès de Benoît XI afin de demander l’absolution pour tous les participants à la querelle avec Boniface VIII ce que pape refusa.

Le 21 juillet 1306, une ordonnance royale, préparée par ses soins, tenue secrète jusqu’au bout, déclenche la spoliation totale et l’expulsion des Juifs de France. Il prépare en secret l’arrestation des Templiers, la destruction du Temple et la confiscation de leurs biens. En septembre1307, quelques jours après l’émission par la chancellerie royale de l’ordre d’arrestation des Templiers (qu’il a probablement rédigé en personne), Nogaret obtient le poste de Garde du Sceau. Il meurt avant l’exécution de Jacques de Molay.

 

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Guillaume de Nogaret ne verra pas l’aboutissement de ses projets.

Il meurt en mars 1313, un an avant l’exécution de Jacques de Molay

 

Arrêtés, spoliés, torturés, délaissés par le Pape,

les chevaliers de l’ordre du Temple sont livrés à eux-mêmes,

face au pouvoir royal qui n’a qu’un but :

détruire leur puissance pour s’emparer de leurs richesses.

Le processus des «aveux» était enclenché. Le roi, pour en tirer une légitimité au nom du peuple et pour impressionner le pape, convoqua à Tours les Etats Généraux de 1308 qui approuvèrent la condamnation de l’ordre. Les villes de Sens, Auxerre et Tonnerre y envoyèrent leurs députés. Ceux de Sens se montrèrent violemment hostiles aux templiers.

Mais le pouvoir royal, si royal fut-il, ne pouvait rien contre le pouvoir ecclésiastique. La première commission pontificale se tint le 12 novembre 1309 à Paris. Elle avait pour but de juger l’ordre du Temple en tant que personne morale et non les personnes physiques. Pour ce faire, elle envoya dès le 8 août une circulaire à tous les évêchés afin de faire venir les Templiers arrêtés pour qu’ils comparaissent devant elle. Pressé d’en finir, le roi de France  fit nommer à l’archiépiscopat de Sens un archevêque qui lui était totalement dévoué, Philippe de Marigny, demi-frère d’Enguerrand de Marigny. Celui-ci envoya cinquante-quatre Templiers au bûcher le 12 mai 1310, suite à leurs aveux extorqués sous la torture.

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Sceau de Philippe de Marigny  qui remplace celui des templiers  (page précédente)

Archevêque debout, mitré et bénissant. Appendu à une chartre de l’an 1314.

Mais il n’y a pas qu’à Paris que le crime fleurit : à la commanderie du Saulce les interrogatoires continuent. «Le Frère Jean Quentin, frère servant du diocèse d’Autun, déclare avoir été reçu par Frère jean d’Angicourt. Après avoir accepté le jeûne et une grande austérité, après avoir fait vœux de chasteté, d’obéissance et de pauvreté, le Maître lui remit le manteau de l’Ordre. Puis il du renier Dieu et cracher sur une croix. Jean de Branles, du diocèse de Sens, fit les mêmes déclarations accablantes contre l’Ordre.» D’autres confirmations de ces accusations vont suivre, celle de Gérard de Manachivalla, toujours à Saulce, de Rigaud de Fontaines, de Jean de Sivry ou Henri de Suppin à Fontenay. D’autres ne trahiront pas l’Ordre, comme Constant de Bercenay, curé de Coulours, Pierre de Chablis, Henri de la Charité ou Simon Monfort du diocèse d’Auxerre.

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Exécution des Templiers. Miniature du De Casibus virorum illustrium de Boccace

Templiers exécutés, en fuite, réfugiés à l’étranger ou ayant renié l’Ordre, il fallait désormais couper la tête de l’hydre. Une commission pontificale fut nommée pour statuer sur le sort des dignitaires de l’ordre. Devant cette commission, ils réitérèrent leurs aveux, arrachés sous la torture puis furent amenés sur le parvis de Notre Dame afin que l’on leur lût la sentence. C’est là que Jacques de Molay, maître de l’ordre du Temple, Geoffroy de Charnay, Hugues de Pairaud, et Geoffroy de Goneville, apprirent qu’ils étaient condamnés à la prison à vie.

Toutefois, Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay clamèrent leur innocence. Pour avoir menti aux juges de l’Inquisition, ils furent déclarés relaps et remis au bras séculier. Guillaume de Nangis note, dans sa Chronique latine :  «Mais alors que les cardinaux pensaient avoir mis un terme à cette affaire, voilà que tout à coup et inopinément deux d’entre eux, le grand maître et le maître de Normandie, se défendirent opiniâtrement contre le cardinal qui avait prononcé le sermon et contre l’archevêque de Sens Philippe de Marigny, revenant sur leur confession et sur tout ce qu’ils avaient avoué.»

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Philippe IV le Bel : le Roi de France qui a anéanti l’Ordre du temple.

 Le lendemain, Philippe le Bel convoqua son conseil et les condamna au bûcher. Le 18 mars 1314, ils furent conduits sur l’îlot aux Juifs afin d’y être brûlés vifs. Geoffroy de Paris écrivit dans sa Chronique métrique, les paroles du maître de l’ordre :

« … Je vois ici mon jugement où mourir me convient librement. Dieu sait qui a tort, qui a péché. Il va bientôt arriver malheur à ceux qui nous ont condamnés à tort : Dieu vengera notre mort. …»

Proclamant jusqu’à la fin son innocence et celle de l’ordre, Jacques de Molay s’en référa donc à la justice divine et c’est devant le tribunal divin qu’il assignait ceux qui sur Terre l’avaient jugé.

La fin tragique des Templiers a contribué à générer des légendes à leur sujet. Auraient-ils trouvé quelques écrits dans le Temple de Jérusalem remettant en question la résurrection du Christ ? Etaient-ils détenteurs de la coupe sacrée, le Saint-Graal, où aurait été recueilli le sang du crucifié ? Ont-ils caché leur considérable trésor près de Rennes-le-Château qui aurait fait la fortune de l’abbé Saunières ? Ou ont-ils encore retrouvé les restes de Jésus ramenés par la sa mère Marie et Marie-Madeleine dans la grotte de la Sainte Baume ? Etaient-ils en possession du trésor des Cathares, lui aussi disparu ? Est-il enfoui dans les souterrains de la forteresse de Gisors ? Est-il en Angleterre ?

Pour les chercheurs de trésor, les hypothèses vont bon train. De plus, certains groupements ou sociétés secrètes se réclameront par la suite de l’ordre. Mais rien n’a jamais été prouvé, si ce n’est que l’Ordre de Sion, dont le grand maître était un certain Plantard, se voulant un représentant direct de l’ordre du Temple et des Plantagenet, est un ramassis de faux documents. Pourtant, grâce aux Templiers, Maurice Druon aura écrit les plus belles pages qui nous ont fait rêver : Les Rois maudits.

Gérard DAGUIN

Documentation : Bernard Brousse  SAS, Virginie Garret Cerep, 5, rue Rigault Sens. Les Templiers dans l’Yonne, Association des guides de pays de la vallée de l’Yonne. 1. Archives Départementales de l’Yonne.

Philippe et Enguerrand de Marigny,

Enguerrand de Marigny est né vers 1260 et mort pendu au gibet de Montfaucon à Paris le 30 avril 1315. Il fut chambellan et ministre du roi Philippe IV le Bel, puis grand conseiller du Roi, qui le nomma coadjuteur du royaume.

En1306, son demi-frère, fils du seigneur d’Ecouis, Philippe Le Portier de Marigny, alors secrétaire du Roi et membre de son conseil privé, reçut l’évêché de Cambrai et, en 1309, l’archevêché de Sens. Chargé du procès des Templiers, il envoie au bucher 54 frères Templiers jugés relaps le 11 mai 1310. Les hauts dignitaires passent ensuite devant une commission apostolique dont il fait partie. En 1309, Philippe le Bel  nomma Enguerrand Gardien du Trésor. Sa situation devint plus délicate quand les princes du sang furent déçus par ses négociations de paix avec les Flamands. Accusé d’avoir reçu des pots-de-vin, Charles de Valois le dénonça lui-même au roi. Philippe le soutint et cette attaque n’eut aucun résultat.

La mort de Philippe le Bel, le 29 novembre 1314, fut le signal de la réaction contre sa politique. Le parti féodal, dont le roi avait considérablement bridé le pouvoir, se retourna contre lui sur qui on porta quarante et un chefs d’accusation. On refusa de l’entendre, mais comme ses comptes étaient en ordre et ne présentaient aucune irrégularité, le Roi le condamna au bannissement dans l’île de Chypre. Charles de Valois présenta alors une accusation de sorcellerie qui, bien que totalement fausse, fut plus efficace. Enguerrand refusa de se défendre face à un tribunal où l’accusateur principal  n’était autre que son propre frère, l’évêque. La seule déclaration d’Enguerrand fut d’affirmer avec énergie que, dans tous ses actes, il n’avait fait que servir son roi, Philippe le Bel. Il fut condamné et pendu au gibet de Montfaucon. Un gibet construit sur son ordre….

220px-executionmarigny.jpg Exécution d’Enguerrand de Marigny.

Le gibet de Montfaucon, surnommé «Les fourches de la grande justice»,

s’élevait sur une butte proche de l’actuelle place du Colonel Fabien à Paris.


Publié dans : Non classé | le 18 septembre, 2012 |Pas de Commentaires »

Bernard de Claiveaux et les Templiers

Bernard de Claiveaux

 

Saint Bernard

Bernard est né à Fontaine, localité proche de Dijon. Son père, Tescelin, était de la famille des seigneurs de Châtillon-sur-Seine. Sa mère, Alette, était la fille du seigneur de Montbard. Bernard est donc issu d’une famille de moyenne noblesse, apparentée ou alliée à de puissantes maisons.

Il subit dans son enfance l’influence de sa mère, femme très vertueuse. On le confia, pour ses premières études, aux chanoines de l’école de Saint-Vorles, près de Châtillon. Il y acquit une solide pratique du latin, mais il délaissa la culture littéraire et profane qu’on essayait de lui donner. À l’âge de seize ou dix-sept ans, il perdit sa mère et en fut très vivement affecté. Il mena alors pendant quelques années une vie mondaine, comme pouvait le faire un jeune noble du temps.En fait, tout en ayant une existence laïque, il semble bien qu’il songea très tôt à se retirer du monde. En avril 1112, il prit sa décision et vint se faire moine à Cîteaux, abbaye créée en 1098 au sud de Dijon et qui voulait retourner à l’ascèse monastique la plus rude. Il y entraîna avec lui trente compagnons, parents ou amis. Il apparut aussitôt comme un élément particulièrement dynamique, si bien qu’en 1115, il fut envoyé, avec quelques moines, pour fonder l’abbaye de Clairvaux, aux bords de l’Aube, non loin de Troyes, sur une terre donnée par le comte de Champagne. Il resta abbé de Clairvaux jusqu’à sa mort, ce qui ne l’empêcha pas de jouer un rôle éminent hors de son monastère et de son ordre.

Sa sensibilité très vive, elle explique ses plus beaux élans spirituels et permet de découvrir en lui une sorte de sensualité mystique le conduisit, en quelques occasions, à des attitudes raides et même violentes.

L’âme nourrie des leçons et des allégories de l’Écriture, spécialement de l’Ancien Testament, il fut un orateur vibrant, aussi bien pour instruire ses moines de Clairvaux que pour émouvoir et entraîner les foules. Conservateur, quasi « intégriste », ne parvenant pas toujours à bien saisir le sens véritable des mutations de son époque marquée justement par une profonde transformation de l’économie, de la société et du pouvoir politique, il fut, en outre, un écrivain fécond, au style alerte et coloré. Ses principales oeuvres, en dehors de sa correspondance et de ses sermons (parmi lesquels ceux sur le Cantique des cantiques adressés à ses moines, exerceront une grande influence sur la mystique médiévale), furent le De gradibus humilitatis, l’Apologia ad Guillelmum abbatem, le De diligendo Deo, le De gratia et libero arbitrio, le De laude novae militiae, le De praecepto et dispensatione, la Vita S. Malachiae et le De consideratione.

Lorsqu’il arriva à Cîteaux en 1112, l’abbaye connaissait de très sérieuses difficultés et voyait ses effectifs se réduire de jour en jour. Bernard lui apporta un nouvel élan et permit à l’ordre cistercien de se développer. Il fut du reste, en tant qu’abbé de Clairvaux, grâce à son rayonnement et à son action, le principal artisan de cet essor. À sa mort, l’ordre comptait 350 maisons, parmi lesquelles 160 avaient été fondées par Clairvaux ou par des établissements issus de cette abbaye.

Quant à lui, il se révéla un bon administrateur et un moine exemplaire, refusant âprement honneurs et dignités. À l’austérité cistercienne, élaborée à partir de la fuite du monde, de la pauvreté et du travail manuel, il ajouta la mise en valeur de la pureté (méfiance à l’égard de la femme, objet de péché, réconciliation avec elle dans le culte de Marie, vierge et mère) et le mépris de la culture et de tout ce qui peut sembler un divertissement pour l’esprit.

Ce moine remarquable fut mêlé à toutes les grandes affaires ecclésiastiques de son temps, soit qu’il prît lui-même l’initiative d’agir, en croyant que c’était son devoir, soit surtout qu’il fût sollicité à cause de son extraordinaire réputation.

C’est ainsi qu’il s’occupa maintes fois d’élections épiscopales contestées, intervenant pour rappeler les règles canoniques ou, plutôt pour appuyer un candidat tenu pour meilleur.

En 1130, il fut conduit à agir au niveau le plus élevé de l’Église romaine secouée alors par un schisme. À la mort du pape Honorius II, en effet, les cardinaux, divisés en deux clans, ne cherchèrent même pas à se mettre d’accord : le parti des Frangipani élut le 14 février le cardinal Aimeric, qui prit le nom d’Innocent II ; ses adversaires désignèrent le cardinal Pierleone, qui choisit le vocable d’Anaclet II. Ce dernier avait eu pour lui la majorité des électeurs et put aussitôt s’assurer l’appui des Romains. Il reçut l’obédience et l’aide de Roger II, duc de Pouille et de Calabre, à qui il conféra le titre de roi de Sicile. Devant cette double élection cependant, les princes consultèrent le clergé. C’est ainsi qu’en France Louis VI convoqua un synode à Étampes et y invita Bernard. Ce dernier, après avoir hésité, se rendit à l’invitation et, dans une intervention passionnée, se déclara en faveur d’Innocent II, jugé par lui plus saint, donc plus apte et, de ce fait, certainement élu par le groupe le plus sain (sanior pars ) des cardinaux. Le Capétien et son royaume adhérèrent alors à Innocent II, qui vint se réfugier en France. L’empereur Lothaire III le reconnut à son tour et conduisit une expédition pour l’installer à Rome. Bernard rejoignit le monarque et le pape et les accompagna dans la Ville (1133). Peu après, le pontife fut à nouveau en butte aux attaques des partisans d’Anaclet ; en mai-juin 1135, il réunit un concile à Pise pour anathématiser son rival. L’abbé de Clairvaux y prit part et prononça un discours très violent. Il négocia ensuite avec Milan l’adhésion de cette cité au pape puis, en 1137, il alla trouver Roger II et essaya vainement de le faire changer de camp. Quelques semaines plus tard, le schisme s’éteignit du fait de la mort d’Anaclet (janv. 1138).

À la même époque, il découvrit avec anxiété les progrès de l’hérésie cathare et réfuta les doctrines erronées qui se répandaient alors dans le midi de la France ; en 1145, il accepta d’accompagner le cardinal-légat Albéric, envoyé en mission pour poursuivre les hérétiques ; il prêcha à Poitiers, Bergerac, Périgueux, Sarlat, Cahors, Verfeil, Albi, etc.

Il entretint enfin des relations étroites avec la papauté : non seulement avec Innocent II à la suite du schisme de 1130, mais plus encore avec Eugène III, un ancien moine de Clairvaux qui occupa la chaire de Pierre de 1145 à 1153. Il rédigea à son intention le traité De consideratione, pour lui montrer les exigences spirituelles et morales de sa charge, sans craindre de critiquer certaines pratiques de l’Église romaine, telles que l’exemption, les appels.

L’abbé de Clairvaux s’intéressa aussi, parfois avec vigueur, aux problèmes politiques. Il fut chargé par Innocent II d’essayer de rapprocher l’empereur Lothaire III de son rival Frédéric de Hohenstaufen, révolté contre lui. Il émit des réserves sur le mariage de Louis VII et d’Aliénor d’Aquitaine qui, selon lui, violait la règle canonique d’empêchement en cas de parenté. Il joua avec conviction le rôle de médiateur entre Louis VII et le comte de Champagne, lorsque le Capétien prit les armes contre son puissant vassal (1142), sans celer sa profonde sympathie pour le comte qui était le protecteur de Clairvaux.

Mais, surtout, il intervint dans une entreprise politico-religieuse qui, dans les dernières années de sa vie, raviva son enthousiasme : la croisade. Il s’était déjà intéressé à la Terre sainte lorsque, entre 1128 et 1136, il avait rédigé le traité De laude novae militiae pour exposer à l’ordre naissant des Templiers quels principes spirituels devaient guider son action. Sollicité en 1146 de lancer la prédication pour la deuxième croisade, il hésita quelque temps, puis se jeta résolument dans l’entreprise. Le 31 mars, il adressa un vibrant appel aux clercs et aux nobles réunis à Vézelay. À l’automne et dans l’hiver suivant, il parcourut la France du Nord-Est et l’Allemagne. Après l’échec de l’expédition, il combattit le découragement et demanda un nouvel effort. Un concile réuni à Chartres en 1150 le désigna même comme chef de la future opération qui, faute de moyens, n’eut jamais lieu.

Publié dans : Non classé | le 2 septembre, 2012 |Pas de Commentaires »

La traque des chevaliers de l’Ordre

La traque des chevaliers de l’Ordre

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La traque des chevaliers de l’Ordre ; Alain Desgris ; Éditions Véga , Paris , 2011 ; 422 pp.

Pourquoi prétendre que neuf Templiers, dont certains restent « inconnus », furent les créateurs de l’Ordre ? L’auteur s’est livré, dans ce livre, à une véritable traque Templière tant sur les hommes que sur les initiatives réelles et secrètes qui présidèrent à la naissance de l’Ordre. Compulsant le plus infime manuscrit, débusquant la moindre archive, il a suivi chacun des premiers frères du Christ, de leurs régions natales aux routes de l’Orient, jusqu’à leur retour en France, confondant ainsi tous les échotiers qui avaient vu des Frères Templiers là où ils ne pouvaient se trouver. Il révèle aussi la mystification de l’Eglise qui, sous couvert de prétendues découvertes nouvelles, dans ses archives secrètes, vendit les droits de publication du Parchemin de Chinon, un document historique de première importance puisqu’il tendait à prouver qu’en 1308, le pape Clément V avait secrètement absous le dernier maître des Templiers, Jacques de Molay et les autres responsables de l’Ordre du Temple, des accusations que l’Inquisition avait formulées à leur encontre. Il énumère enfin tous les mouvements néo-Templiers en rappelant que « Rome » a créé et continue d’honorer certaines pratiques chevaleresques.

 

Biographie de l’auteur

Alain Desgris, professeur de Lettres et d’Histoire, ancien chargé d’enseignement à Paris I Panthéon-Sorbonne, est un spécialiste avéré de l’Ordre des Templiers. Il lui a déjà consacré plus de quarante ans de sa vie et a publié de nombreux ouvrages afin de le débarrasser des erreurs dont il le croit injustement chargé.

Publié dans : L'ordre des Templiers | le 8 juillet, 2012 |Pas de Commentaires »

Hugues de Payns a désormais son buste

Hugues de Payns a désormais son buste

 

Le buste reliquaire d'Hugues de Payns a été dévoilé mercredi dernier, dans le musée du même nom

Le buste reliquaire d’Hugues de Payns a été dévoilé mercredi dernier, dans le musée du même nom

Hugues de Payns a désormais son buste empty

 

Troyes- Dédié au fondateur de l’ordre des Templiers, le musée Hugues-de-Payns est né de l’initiative de passionnés désireux de donner un éclairage particulier à ce personnage historique, trop peu connu du grand public.
À partir des traces archéologiques évoquant la présence des Templiers sur le territoire – et notamment à partir des photos, vues du ciel, de l’ancienne commanderie réalisées à la suite d’un sondage archéologique -, les fondateurs du musée ont tenté de retracer les origines et le parcours du premier Templier. Un parcours qui s’est un peu précisé mercredi dernier, à la suite de la redécouverte du buste reliquaire d’Hugues de Payns, tel qu’il aurait pu être réalisé au XIIe siècle.
Une tête mystérieuse
Dans la mouvance de l’exposition consacrée aux Templiers (« Templiers – notre histoire, un trésor ») présentée actuellement à l’Hôtel-Dieu à Troyes, l’association-fondation Hugues-de- Payns a demandé à Guilain Grégoire de réaliser le buste du premier Templier. S’inspirant des vitraux ou des documents trouvés sur internet, Guilain Grégoire a aussi lu attentivement les déclarations d’Étienne de Troyes lors de son procès. « Étienne de Troyes était sorti de l’ordre mais, sur le chapitre consacré aux idoles des Templiers, il l’a défendu. On peut ajouter foi à ses déclarations », a confirmé Thierry Leroy, président de l’association. Selon Étienne de Troyes, les Templiers auraient vénéré une tête mystérieuse, « à la barbe poivre et sel, dont la peau ressemblait à une vraie peau, et dont le reste était incrusté de pierreries ».
Une description reprise fidèlement par le créateur du buste, que le public peut désormais découvrir au musée Hugues-de- Pays.

Publié dans : Non classé | le 7 juillet, 2012 |Pas de Commentaires »

Le Graal…

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Un frère racontait que Dieu(e) avait voulu remplir un vase de tout l’amour potentiel… et que ce vase a explosé répandant ainsi des morceaux aux quatre coins de la planète, chaque civilisation s’est emparée de son morceau. Chaque civilisation détiendrait ainsi, dans son cœur, la part de LA vérité… du Graal.

Tout le monde connaît la légende de la coupe dans laquelle Joseph d’Arimathie, disciple du Christ, aurait  recueilli son sang au pied de la croix après qu’un légionnaire romain (Longin) l’avait blessé au flanc. Ce sang est le symbole éternel de la Lumière, de la vie et aussi de la pureté d’une lignée Le « Sang Real » ou « royal ».

On le retrouve, à travers le monde, lié au vase d’abondance ou au breuvage d’immortalité : la plupart des cérémonies magiques commençaient par le sacrifice d’un animal dont on recueillait le sang dans une coupe. Même les sociétés secrètes se servent de la coupe de sang pour les rites d’agrégation comme signe d’union consanguine.

La tradition se retrouve jusqu’au Caucase où l’on mettait dans la coupe le suc de l’arbre de vie, en Iran, en Irlande, en Belgique et au Danemark où l’on retrouve des vases et des chaudrons rituels. Le Graal est souvent représenté par un réceptacle circulaire ou à 12 facettes, large et plus ou moins secret.

   Dans la littérature médiévale, il représente le mystère du Christianisme. L’on pourrait donc affirmer que si LE Graal appartient à la Chevalerie Céleste, sa quête est du ressort de la Chevalerie terrestre. Nous sommes déjà en train de penser au roi Arthur et aux douze chevaliers de la Table Ronde, dont les légendes ont été collectées par Geoffrey de Monmouth en 1136, soit dix-huit ans après la création de l’Ordre du Temple. Elles furent développées ensuite par le romancier Chrétien de Troyes au XII ème siècle ; plusieurs auteurs se succédèrent reprenant ou continuant l’histoire de Perceval. Ce héros est lui-même fils d’une veuve, ce qui, nous l’avons déjà vu, marque une coupure dans la transmission traditionnellement perpétuée de père en fils. Il cherche le Saint Graal, ou peut-être simplement son identité une partie de lui-même est-ce cette parcelle du Divin ? Mais nous reviendrons sur ce détail symbolique dans le chapitre consacré à la franc-maçonnerie avec la légende d’Hiram En tout cas, l’on peut chiffrer l’ensemble de la légende à plus de cinquante mille vers. Cependant, vers 1230, le thème du Graal disparaît subitement des œuvres littéraires. Pour Michel Roquebert, les développements autour de la quête du Graal constitueraient une machine de guerre idéologique dans la croisade contre les Cathares du Languedoc.

Dans La Chute du Roi Tyr, d’Ezéchiel (chap. 28 versets 11 à 19 , La Bible de Jérusalem chez Cerf, page 1511) nous pouvons lire un poème que l’on a souvent interprété comme ayant trait à la chute de Lucifer qui est le plus beau de tous les anges et possède une émeraude en guise de troisième œil ! C’est là un réceptacle de la lumière divine. Il est le signe d’union entre le Divin et lui. Or dans sa chute, plongé qu’il est dans les ténèbres et par la milice de Dieu, cette pierre se “décollera” et tombera. Le Saint Graal ce pourrait être cela aussi, cette émeraude… « La Table d’Émeraude » d’Hermès Trismégiste ? Ce vert est un point commun, entre autre à Venus, Lucifer et Hermès… et sans doute, la pierre à « rectifier » du V.I.T.R.I.O.L. pour l’alchimiste.

Le Graal est bien le « Sain(t) Bol » (ou réceptacle) de LA vérité, comme s’amuse à le dire un ami, guide spirituel. Il se mérite et nous mène à l’éveil par un long chemin. Un synonyme de « réceptacle » est « creuset » soit le four de l’alchimiste, ce lieu où il parvient à générer le Grand Mystère de la Création. Par la suite, nous le retrouverons aussi dans le Tarot : la coupe. Mais auparavant, en étudiant l’étymologie du mot Kabbale, nous allons voir comme elle se confond avec celle du Graal : « réception ». Et elle fait de son adepte un chevalier du langage qui sera capable de déceler les lois cosmiques dans la Tora.

Publié dans : Non classé | le 17 mai, 2012 |1 Commentaire »

La Chevalerie…

La Chevalerie... 10623_101408839879573_100000313732277_37000_5787967_n-239x300


La plupart des sociétés plus ou moins secrètes du Moyen Age en Occident, se placèrent sous le protectorat de Saint Jean le bien-aimé de Jésus Christ. Il est le dépositaire de cette doctrine secrète… de l’ésotérisme. Il est la parole de Dieu lui-même, le verbe, le Logos…

Saint Jean est donc le gardien du « Saint Graal » et le « sceau de Saint Jean » est le nom donné à une surface dorée qui se constitue dans le ballon de l’alchimiste (la coupe ou le Saint Graal ?) lors de l’accomplissement du Magistère.

   Voyons donc d’abord comment l’Alchimie s’est développée au Moyen Age en Europe : par la quête des chevaliers, les croisades Retrouvons ce pont constitué entre Orient et Occident et entre les cercles kabbalistes et peut-être nos confréries de métiers Parfois, tout cela se serait mêlé donnant, paraît-il, des Massénies (1) ou « maisnies »… sorte de « maisonnées » où se rassemblaient tous ces initiés d’horizons si divers. Celles-ci auraient été ces fermes closes et rattachées aux commanderies templière dont la plupart des chapelles s’appelaient « Saint Jean ». Les « Mesnies du Temple » abritaient les tenanciers, valets, ouvriers ou cerfs qui dirigeaient les  travaux dans les granges ou les fermes du millier de commanderies françaises. Il est même très probable que les pèlerins ou commerçants de passage pouvaient s’y arrêter quelques temps. Du moins, c’est ce que l’on apprend à la lecture deLes Mystères de la Cathédrale de Chartres de Louis Charpentier aux éditions Robert Laffont (nous tenons à préciser que ce livre est un monument à ne pas manquer). Tout cela semble donc confirmer la thèse que le Temple ait permis, sous son aile et sa protection, un certain échange culturel et traditionnel. Mais reprenons l’histoire selon la chronologie 

LA CHEVALERIE 

Le chevalier incarne un idéal d’honneur, de courage et de générosité Il est un symbole universel de l’homme parfait L’image que l’on s’en fait est celle de véritables héros. Héros défendant la justice, un territoire, un trésor, une princesse. Mais le chevalier est aussi et surtout un serviteur. Le serviteur de Dieu avant tout… Il est assurément lié au christianisme, l’on doit même considérer la chevalerie comme un Ordre. Dans la seconde moitié du XI siècle, l’église impose les règles religieuses et morales du code chevaleresque. Il ne faut surtout pas confondre chevalier et cavalier.

Le parcours que constitue la vie de l’écuyer jusqu’à l’adoubement, puis le cheminement initiatique sont une quête intérieure que l’on pourrait qualifier de mystique. En ce sens, notre chevalier peut être confondu avec un Saint. Il vit l’amour comme un combat et le combat comme un amour… jusqu’à la mort (1).  Cette même dualité paradoxale (aspect guerrier et sacerdotal), on la retrouve clairement explicitée sur le sceau des Templiers : deux chevaliers partageant le même cheval (page 41 de notre ouvrage).

 

   Au départ, n’importe qui peut être chevalier. Il n’y a d’ailleurs pas de solde pour ce statut. A l’adoubement, cérémonie qui voyait l’individu passer d’écuyer à chevalier, le candidat prenait une formidable gifle de son parrain, du revers de la main ou du plat de l’épée. Il lui était spécifié que celle-ci serait la dernière qu’il recevrait sans répondre et il jurait ensuite de protéger les plus faibles ! Nous sommes dans une époque trouble où les guerres provoquent la misère et la famine du peuple, qui même quand il ne participe pas à la lutte, en subit toutes les retombées physiques, économiques et morales. Il faut survivre, d’où l’apparition d’un banditisme qui prend les formes les plus diverses. C’est là qu’intervient le chevalier, sorte de gendarme, défendant les plus démunis, selon la loi divine.

La fin du Moyen Age marque aussi la fin de cet esprit religieux et réduira le titre de chevalier à un simple degré de la noblesse. Don Quichotte ne représente-t-il pas cet archétype déjà presque dépassé ? Aujourd’hui cela peut paraître décalé, pourtant…

S’il est évident que l’Occident ne connaît plus de guerres saintes « ouvertement déclarées » comme telles, l’idéal courtois et le concept de justice qu’incarne la chevalerie, sont tout à fait d’actualité tant ils font gravement défaut à notre époque suite à une éducation libérale sans doute post soixante-huitarde… après tout, ne dit-on pas d’un gentilhomme qu’il est chevaleresque ?

N’oublions pas que « chevalier » est un grade hautement honorifique comme il l’est encore pour la légion d’honneur. Le rituel de la veillée et de l’adoubement qui a encore cours pour les officiers de la cavalerie dans l’armée régulière française, résulte de l’histoire chevaleresque et contribue à préserver la symbolique d’antan. Par ailleurs, ce titre est encore très utilisé comme appellation et marque de respect en Italie du Sud, ne serait-ce que verbalement et au  quotidien.

Théoriquement, un chevalier ne peut-être adoubé que par un autre chevalier ; ce statut étant aujourd’hui discutable et plutôt « abstrait » sur un plan juridique, son importance réside dans la considération que les individus veulent bien lui porter.

Le candidat actuel doit être centré sur le combat le plus fondamental que la chevalerie ait jamais eu à accomplir : le combat intérieur que représente si bien Saint Georges terrassant la bête. Il en est ainsi de cette quête du Graal symbolisée dans Perceval  par Chrétien de Troyes. Mais comment être un chevalier moderne ? Il faut donc bien admettre quelque chose de supérieur et de sacré auquel on jure allégeance. Une entreprise, une cause, un sacerdoce ! Lui vouer un culte et sa vie se mettre à son service. Non nobis, Domine, non nobis sed nomini tuo da Gloriam«   »Non pas à nous, non pas à nous Seigneur, mais à ton Nom donne la gloire! « . Telle était la devise de l’Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ (premier nom des Templiers).

Publié dans : Non classé | le 17 mai, 2012 |1 Commentaire »

Histoire des templiers

Histoire des templiers

Près de sept cents ans se sont écoulés depuis que les bûchers allumés par le Pape Clément V, ont dévoré le premier ordre militaire que la Religion eût institué pour la conservation de ses plus chers, de ses plus augustes monuments.

Dans ce long intervalle de temps, la vérité a été obscurcie, étouffée, et la voix des siècles est restée muette dans la crainte d’offenser de grands noms et un grand pouvoir, mais enfin leur innocence, attestée par les actes même ; de leur procès, n’est plus un problème et la Tragédie qui vient de consacrer ce grand événement par un grand spectacle, sera tout-à-la-fois un moment précieux pour la vertu opprimée et honorable pour les lettres.

Comment se fait-il que des hommes instruits puissent avancer aujourd’hui que la destruction de l’Ordre des Templiers est l’un des plus obscurs évènements de l’histoire moderne ? Et que par une assertion semblable ils remettent pour ainsi-dire en question l’innocence de tant d’illustres victimes ? Cet ordre possédait des richesses immenses, ces richesses allument la cupidité du monarque Je plus avare, qui se soit assis sur le trône de la France ; pour s’en emparer il faut imputer des crimes à ceux dont elles sont la propriété.

Pour dérober à la multitude l’horrible iniquité d’une semblable proscription, pour rendre des innocents suspects aux yeux d’un peuple crédule, il faut choisir de préférence des crimes dont l’action outrage directement les objets de son culte et heurte le plus sensiblement ses préjugés. Après avoir pris l’impiété pour motif de l’accusation, il faut prendre l’intérêt du ciel pour motif de la punition et rien de plus facile quand on a, comme Philippe le Bel dans sa dépendance, un pape dont l’opinion entraînera celle de tous les peuples. Qu’y a-t-il donc d’obscur dans mie semblable intrigue ? Et n’est-il pas un peu tard de chercher à jeter du louche sur des faits dont on ne doutait déjà plus au quatorzième siècle. Mais n’anticipons point sur les événements et procédons par ordre : cet ouvrage peut-être classé en trois parties :

  • la première, l’époque et l’origine des Templiers,
  • la seconde, leurs exploits,
  • la dernière leur fin déplorable.

Leur ordre ne subsista pas deux cents ans, il commença en 1118 et fut aboli en 1312. Il prit naissance à Jérusalem : quelques chevaliers hommes nobles et craignant dieu, se dévouèrent à son service, entre les mains du patriarche, et promirent de vivre perpétuellement dans la chasteté, l’obéissance et la pauvreté comme des chanoines.

Les deux principaux étaient Hugues des Païens et Geoffroi de Saint-Aldemar (Dupuy dit Geoffroi de St. Aumer et ajoute que les noms des sept autres fondateurs sont ignores), et comme ils n’avaient ni église, ni habitation certaine, le roi de Jérusalem, Baudouin II, leur donna un logement dans le palais qu’il avait près le temple ; de-là leur vint le nom de Templiers. Les chanoines du temple leur donnèrent une place près ce palais pour y bâtir les lieux réguliers ; le roi et les seigneurs, le patriarche et les prélats leur donnèrent quelque revenu de leurs domaines pour leur nourriture et leur vêtement. Leur première promesse et le premier devoir qui leur fut imposé par le patriarche et par les autres évêques, pour la rémission de leurs péchés, fut de garder les chemins contre les voleurs et les partisans, principalement pour la sûreté des pèlerins de la terre sainte, contre les infidèles, dans la Palestine.

On voit que les Templiers commencèrent d’une manière assez obscure.

Histoire des templiers dans L'ordre des TempliersLaon, Oratoire des Templiers

Au bout de dix. ans, ils n’étaient encore que neuf. Ce fut à cette époque. en 1128, que le cardinal Mathieu, évêque d’Albane et légat du pape en France, tint un concile à Troyes, où il appela St.-Bernard. Il n’est pas inutile de dire que le St. Abbé s’en excusa d’abord par une lettre où après avoir marqué qu’il avait été retenu par une fièvre aiguë, il ajoute : « C’est à nos amis à juger si cette cause de demeure est juste, eux qui sans admettre aucune excuse, veulent, sous prétexte d’obéissance , me traîner tous les jours de mon cloître dans les villes et trouvent mauvais que je leur dise avec l’épouse : j’ai ôté ma tuniqué, comment la reprendrai-je ? j’ai lavé mes pieds, comment les salirai-je ? Ces affaires pour lesquelles on veut interrompre mon silence, sont faciles ou non. Si elles sont faciles on peut les faire sans moi, si elles sont difficiles je ne puis les faire ; à moins qu’on ne me croit capable de ce qui est impossible aux autres. S’il est ainsi je suis le seul, ô mon dieu ! en qui votre jugement s’est trompe en appellant à la vie monastique un homme si nécessaire au monde, et sans qui les évêques ne peuvent traiter leurs affaires. » Il ne laissa pas de venir au concile qui se tint à Troyes, le 13 janvier 1128. Le légat Mathieu y présidait, puis Rainald, archevêque de Reims, Henri de Sens, et les évêques de Chartres, de Soissons, de Paris, de Troyes, d’Orléans , d’Auxerre, de Meaux, de Châlons, de Laon, de Beauvais, en tout treize. Il y avait aussi plusieurs abbés a ce concile : Rainald de Vezelai, qui la même année devint archevêque de Lyon, les abbés de Citeaux, de Pontigny, de Clairvaux (qui était St. Bernard) de trois fontaine , de St. Denis de Reims, de St. Etienne de Dijon et de Molesme. Il y avait deux docteurs fameux, Alberic de Reims et Fouger : entre les laïques, Thibault comte de Champagne (dont on a des poésies charmantes) le comte de Nevers et Hugues des païens, grand maître de la nouvelle milice du Temple, avec cinq de ses confrères.

Ces six templiers se présentèrent au concile de Troyes et y exposèrent autant que leur mémoire leur put fournir, l’observance qu’ils avaient commencé de garder en ce nouvel ordre militaire. Le concile jugea à propos de leur donner une règle par écrit, afin qu’elle fut plus fixé et mieux observée, et ordonna qu’elle serait dressée par l’autorité du pape et du patriarche de Jérusalem. On en donna la commission à St. Bernard et il la fit écrire par un nommé Jean de St. Michel.

Nous avons la règle qui porte ce nom, divisée en 72 articles, mais dont plusieurs ont été ajoutés depuis la multiplication de l’ordre et même longtemps après. Avec cette règle le pape Honorius et le patriarche Etienne leur ordonnèrent l’habit blanc : car jusques-là ils n’en avaient point de particulier. Voici les articles de leur règle qui paraissent les plus originaux :

« Les chevaliers du Temple entendront l’office divin tout entier, du jour et de la nuit ; mais quand leur service militaire les empêchera d’y assister, ils réciteront treize pater pour matines, sept pour chacune des petites heures et neuf pour vêpres. » « Pour chacun de leurs confrères morts, ils diront cent pater pendant sept jours, et pendant quarante jours on donnera à un pauvre la portion du mort. Ils mangeront gras trois fois la semaine, le dimanche, le mardi et le jeudi : les quatre autres jours ils feront maigre et le vendredi en viandes de carême, c’est-à-dire, sans œufs ni laitages. Chaque chevalier pourra avoir trois chevaux et un écuyer, ils ne chasseront ni à l’oiseau, ni autrement. »

Tels furent donc les commencements de l’ordre des Templiers, le premier de tous les ordre» militaires et c’est la première fois que l’on a essayé d’allier la vie monastique avec la profession des armes. Hugues des Païens et les autres templiers avaient été envoyés en Occident par le roi de Jérusalem et les seigneurs de son royaume, pour exciter les peuples à venir au secours de la terre sainte, principalement au siège de Damas qu’ils avaient résolu. Ils revinrent l’année suivante 1129, et amenèrent un grand nombre de chevaliers nobles.

Etienne, patriarche de Jérusalem, qui confirma la règle des Templiers, succéda cette année (1128) à Gormond qui assiégeant un château près de Sidon, gagna la maladie, dont il mourut, après avoir tenu le siège de Jérusalem environ dix ans. Etienne qui lui succéda, était du pays Char train, noble et parent du roi Baudouin ; quoiqu’il eût étudié dans sa jeunesse, il porta les armes et fut vicomte de Chartres : ensuite il se rendit moine à St.-Jean de la Vallée, en la même ville et eu fut abbé. Étant venu en pèlerinage à Jérusalem, il attendait l’occasion de repasser en France, quand il fut élu patriarche de Jérusalem d’un consentement unanime du clergé et du peuple. Il était de bonnes moeurs, mais haut, jaloux de ses droits et ferme dans ses résolutions : dès qu’il fut sacré, il commença à avoir des différents avec le roi, prétendant que la ville de Joppé lui appartenait et même Jérusalem depuis la prise d’Ascalon, mais sa mort termina promptement ces disputes, car il ne tint le siège de Jérusalem que deux ans.

On voit que l’ordre des Templiers commençait à se, rendre formidable, que le patriarche Etienne qui avait confirmé la règle de ces chevaliers, luttait déjà contre l’autorité du roi; premiers soupçons, premières craintes contre cet ordre militaire et religieux, que sera ce donc lorsqu’il réunira le pouvoir de la richesse à -elui de la religion et des armes ?

Huit ans après et vers l’an 1136, St. Bernard qui était un des plus savants hommes de son siècle, écrivit une exhortation aux Templiers, à la prière de Hugues, leur premier maître ; l’ordre s’était prodigieusement accru :

C’est, dit St. Bernard, un nouveau genre de milice inconnu aux siècles précédents où l’on joint les deux combats contre les ennemis corporels et contre les spirituels ; Il n’est pas rare de voir de braves guerriers, le monde est plein de moines, mais il est merveilleux d’avoir allié l’une et l’autre profession. Il dit ensuite que personne ne peut aller au combat avec plus de confiance que ceux qui sont assurés de remporter la victoire ou le martyre en mourant pour la cause de Dieu. Il marque que dans les combats ordinaires on met son âme en péril, si la cause de la guerre n’est juste et l’intention droite dans le guerrier et il n’approuve pas même la victoire de celui qui tue pour sauver sa vie. (J’ai peur que depuis St.Bernard il n’y ait beaucoup de gens damnés), mais il soutient que la guerre contre les infidèles est agréable à Dieu, ajoutant toutefois : il ne faudrait pas tuer les païens même, si on pouvait les empêcher par quelque autre moyen de trop insulter aux fidèles ou de les opprimer.

Cette opinion théologique de St.Bernard paraîtrait presque l’opinion d’un philosophe de ce siècle-ci, et je l’ai trouvée trop curieuse pour ne pas la citer.

Il décrit ainsi la vie des chevaliers du Temple : « ils obéissent parfaitement à leur supérieur; ils évitent toute superfluité dans la nourriture et le vêtement. Ils vivent en commun dans une société agréable, mais frugale, sans femmes ni enfants, sans posséder rien en propre, pas même leur volonté. »

(On voit qu’après 18 ans d’institution et devenus assez nombreux, les Templiers n’avaient pas encore mérité, de l’aveu de St.-Bernard, qu’on fit un proverbe de leur talent pour boire. Ils s’en rendirent peut-être dignes par la suite, mais quel est l’ordre devenu riche et puissant qui ne se soit livré aux plaisirs que procurent la richesse et le pouvoir ? Encore est-il permis d’examiner si cette espèce d’accusation ne date pas du procès de ces fameux chevaliers, et n’a pas été imaginée pour les rendre odieux.) St.Bernard continue :

« Ils ne sont jamais oisifs, ni répandus au dehors par curiosité, mais quand ils ne marchent point à la guerre, ce qui est rare, ils raccommodent leurs armes ou leurs habits, ou les mettent en ordre, ou font enfin ce que le maître leur ordonne. Une parole insolente, un ris immodéré , le moindre murmure ne demeure point sans correction. Ils détestent les échecs, les dez, la chasse et la fauconnerie ; ils rejettent avec horreur les bouffons, les charlatans, les chansons ridicules et les et spectacles. (On voit qu’ils n’étaient pas de notre siècle) Ils coupent leurs cheveux, se baignent rarement, sont pour l’ordinaire négligés, couverts dé poussière et brûlés du soleil. A l’approche du combat ils s’arment de foi au dedans et de fer au dehors, sans ornement sur eux ni sur leurs chevaux, ils se préparent à l’action avec toute sorte de soin et de prévoyance, mais quand il est temps, ils chargent vigoureusement l’ennemi sans craindre le nombre ni la fureur des barbares, se confiant non en leurs forces mais en la puissance du dieu des armées, ainsi ils joignent ensemble la douceur des moines et la valeur des soldats. Et ensuite : ce qui se passe à Jérusalem excite tous les peuples à y prendre part, et ce qu’il y a de plus consolant c’est que la plupart de ceux qui s’enrôlent à cette sainte milice étaient des scélérats , des impies, des ravisseurs, des sacrilèges, des homicides, des parjures, des adultères. Ainsi leur conversion produit deux biens, d’en délivrer leur pays et de secourir la terre sainte. »

On sait que l’ordre des Templiers n’est pas la première et la seule association illustre qui ait compté des bandits dans son sein, il suffit pour s’en convaincre de lire l’histoire Romaine de Rollin. Celte circonstance à part, il est difficile de trouver un plus intrépide apologiste des Templiers, que St. Bernard, dont le suffrage était d’un grand poids pour son siècle et peut l’être pour le nôtre.

Montrons notre impartialité et citons un <a title= »définition : trait (art du) » href= »http://patrimoine-de-france.com/references/trait-art-du.php »>trait des Templiers qui n’est pas à leur gloire. Vers l’an 1173, il y avait en Phénicie un prince des assassins qui témoignait être désabusé de la doctrine de Mahomet et vouloir embrasser la religion Chrétienne. Il envoya un des siens à Amauri III, roi de Jérusalem, lui faire des propositions secrètes dont la principale était : que si les Templiers qui avaient des châteaux près de son état, (on voit qu’en peu de temps ils avaient acquis de grands biens) voulaient remettre deux mille écus d’or que ses sujets leur payaient tous les ans comme une espèce de tribut et les traiter charitablement désormais, ils se feraient baptiser. Le roi Amauri reçut avec joie cette ambassade et leur accorda la décharge des deux mille écus, résolu d’indemniser lui même les Templiers s’il était besoin. Après donc avoir retenu long-temps l’envoyé du prince des assassins il le renvoya avec un de ses gardes pour le conduire. Mais quand il eut passé Tripoli, comme il était prêt à entrer sur les terres de son maître, il survint des Templiers l’épée à la main qui tuèrent cet envoyé sans aucun égard à la foi publique ni à la sauvegarde du roi.

Ce prince l’ayant appris, entra dans une furieuse colère et assembla les seigneurs qui furent tous d’avis de ne point négliger cette affaire : qu’il n’y allait pas seulement de l’autorité royale, mais de l’honneur du nom chrétien et de l’intérêt de l’église. On envoya donc deux seigneurs au maître des Templiers nommé Eudes de St.-Amand, pour lui demander satisfaction de cet attentat, que l’on disait avoir été commis par un certain frère Guillaume du Mesnil, borgne, méchant homme violent et emporté : mais qui l’avait fait avec la participation de ses confrères. Le maître du temple répondit qu’il avait mis le coupable en pénitence et qu’il l’enverrait au pape en cet état ; que cependant il défendait, de la part du pape, que personne ne fût assez hardi pour mettre la main sur ce religieux : à quoi, suivant son humeur hautaine, il ajouta plusieurs paroles insolentes. Ensuite le roi étant venu à Sidon, fit tirer par force de la maison des Templiers frère Guillaume du Mesnil qu’il mit en prison à Tyr; et cette affaire pensa renverser le royaume de Jérusalem, tant ce royaume était faible et les Templiers puissants.

Le roi Amauri se justifia auprès du prince des assassins, à qui il fit connaître son innocence ; mais la mort qui l’enleva peu de temps après ne lui permit pas d’exécuter le dessein qu’il avait de communiquer cette affaire avec tous les princes, pour réprimer les excès des Templiers et des Hospitaliers.

Il n’y avait pas soixante ans que ces religieux étaient institués et ils avaient tellement dégénéré, que les écrivains chrétiens et mahométans, d’ailleurs peu conformes en leurs jugements s’accordent à les dépeindre comme les plus méchants de tous les hommes. Dans leurs brigandages ils n’épargnaient pas plus les chrétiens que les infidèles avec lesquels ils ne gardaient ni traité ni parole.

Sans chercher à pallier ce crime atroce, faisons attention à ce que dit le vertueux abbé Fleuri, que les écrivains qui reprochent ce forfait et d’autres excès aux Templiers, sont peu conformes en leurs jugements ; songeons aux abus qu’entraîne toujours un nouveau pouvoir et voyons ce qu’étaient les assassins dont il est si souvent parlé dans nos histoires : c’était une secte de musulmans dont l’origine remontait jusqu’à l’an 298 de l’hégire, 891 de Jésus-Chrit. C’est alors qu’un prétendu prophète nommé Carmat, s’éleva en Arabie vers Coufa et attira un grand nombre de sectateurs, jeûnant, travaillant de ses mains, faisant la prière cinquante fois par jour. Il promettait d’établir un iman ou pontife de la famille d’Ali, prêchant la dévotion à ce prétendu saint, et la révolte contre les califes pour venger son sang. Il déchargea ses sectateurs des observances les plus pénibles de là religion, leur permettant de boire du vin, de manger toutes sortes de viandes, et par cette licence jointe à l’espérance du butin, il forma une armée immense et fit de grands ravages sur les terres du calife. Il mourut laissant douze principaux disciples en l’honneur des douze imans descendus d’Ali et eut plusieurs successeurs dont le fameux Abou-Taher, qui, après avoir ravagé les provinces avec une armée de cent mille hommes et enlevé les caravanes de pèlerins, prit la Mecque en 317, (929, ) fit égorger les pèlerins dans le temple, emporta la pierre noire qui était l’objet de leur dévotion et fit cesser le pèlerinage pendant douze ans. Depuis les Carmatiens étant devenus plus faibles, dissimulèrent leur religion, se mêlant avec les autres musulmans, ce qui les fit nommer Baténis, c’est-à-dire inconnus. Ils commencèrent à être désignés par ce nom et à se fortifier en Perse l’an 483, (1090. ) Hacen, leur chef, ayant été menacé par le sultan Gelaleddoulet, commanda à un de ses sujets, en présence de l’envoyé du sultan de se précipiter du haut d’une tour et à un autre de se tuer ; ce qu’il firent aussitôt. Alors Hacen dit à l’envoyé : dites à votre maître que j’ai soixante-dix mille hommes prêts à en faire autant. Les baténis ainsi cachés et déterminés à tout, commencèrent à attenter sur la vie des princes et en tuèrent plusieurs sans qu’on pût se garantir de leurs trahisons. Comme ils n’avaient ordinairement pour armes qu’un poignard , on les nomma hassissins dont nous avons fait le nom d’assassins. Nos historiens ont nommé leur chef le vieux de la Montagne, traduisant mot à mot le titre qu’on lui donnait en arabe.

Le juif Benjamain parle de ces assassins dans la relation de ses voyages qui finit en 1173. Il les place près le Mont-Liban et dit qu’ils se rendent terribles en tous lieux, parce qu’ils tuent les rois en trahison.

Ainsi les vengeurs des rois furent brûlés par ordre d’un roi ; nous le répétons nous ne cherchons point à excuser un crime qui sera regardé comme tel dans tous les temps, mais aux considérations énoncées ci-dessus ; songeons à l’époque et oublions s’il est possible, une perfidie renouvelée depuis, dans un siècle éclairé et se disant philosophique, pensons à cette nation qui entassa crimes sur crimes pour nous anéantir et qui, nouvelle Carthage, pourra subir un jour le châtiment dû à la foi Punique; revenons aux Templiers.

Nous glisserons sur leurs démêlés avec l’empereur Frideric, arrivés en l’an 1229. Cet empereur avait fait avec le sultan une trêve qui devait durer dix ans. Le Sultan livrait Jérusalem à l’empereur et à ses lieutenants pour en disposer et la fortifier à Sa volonté, etc. Cette trêve fut jurée de part et d’autre le 18 février ; mais Gerold, patriarche de Jérusalem, les Templiers et les Hospitaliers n’y prirent aucune part, la regardant comme honteuse et désavantageuse a la chrétienté. Frideric peu de temps après son entrée à Jérusalem, finit par s’embarquer en cachette et par se rendre en Italie où le pape lui faisait la guerre avec succès, et cette considération avait même hâté son traité avec le sultan.

Mathieu Paris, auteur du Temps , dit que Frideric n’était pas en sûreté en Palestine, que les Templiers et les Hospitaliers, encouragés par l’autorité du pape si hautement déclaré contre l’empereur, écrivirent au sultan d’Égypte que l’empereur avait résolu d’aller au fleuve du Jourdain en dévotion, marchant à pied avec peu de compagnie et qu’ainsi le sultan pourrait à son gré le prendre ou le tuer. Le sultan ayant reçu la lettre dont il connaissait le sceau, détesta la perfidie des chrétiens et particulièrement de ces religieux, et de l’avis de son conseil il envoya la lettre à l’empereur qui était déjà averti de la trahison, mais il ne pouvait la croire attendu la qualité des personnes. Il dissimula toutefois et ce fut la source de sa haine contre ces deux ordres militaires. Il est vrai qu’on chargeait plus les Templiers de cette trahison que les Hospitaliers.

Je ne saurais le dissimuler, j’ai peur que mes Templiers, quoiqu’ils défendissent leurs droits, n’aient été en cette occasions plus moines que militaires ; pour revenir à leur bravoure, passons aux Croisades c’est-à-dire à l’année 1249, et à la journée de la Massoure. Après que le comte de Poitiers fut arrivé à Damiette, Louis IX en partit le 20 novembre, résolu d’attaquer le Caire et marcha contre l’armée des Sarrazins, campée au lieu nommé la Massoure ou Mansoure. Il apprit en chemin la mort du sultan d’Egypte Mélicsaleh, fils de Camel arrivé le 11 de ce mois, mais elle fut tenue secrète attendant la venue de Tourancha son fils, qui était en Diarcbécre. Cependant les affaires furent gouvernées par Séjareldor veuve du sultan, et par l’émir Facardin qui eut le commandement des troupes. Les français vinrent devant la Massoure le 21 décembre mais ils ne purent en approcher a cause d’un canal tiré du Nil qui séparait les deux armées. Les français le nommaient le fleuve de Tanis, et les gens du pays Aschmoum. Comme il n’était pas guéable, les français commencèrent à faire une chaussée pour le traverser : mais les Sarrazins leur résistèrent vigoureusement, ruinant leurs travaux et brûlant leurs machines.

Enfin un arabe Bédouin ayant enseigne un gué aux français, ils passèrent le Tanis le 8 février 1250, et ayant surpris les ennemis dans leur camp, ils en tuèrent plusieurs, entre autres l’émir Facardin. Robert comte d’Artois passa plus avant contre l’ordre exprès du roi son frère et voulut sans différer attaquer la Massoure. Comme le maître du temple plus Sage et plus expérimenté s’efforçait de le retenir, le jeune prince lui répondit en colère : voilà l’esprit séditieux et la trahison des Templiers et des Hospitaliers. On a bien raison de dire que tout l’Orient serait conquis il y a longtemps, si ces prétendus religieux ne nous en empêchaient par leurs artifices : ils craignent de voir finir leur domination et leurs richesses, si ce pays était soumis aux chrétiens ; c’est pour cela qu’ils ont alliance avec les sarrasins, qu’ils trahissent les croisés et les font périr par le fer et par le poison ; Frideric n’a-t-il pas éprouvé leurs tronperies ?

Le maître du temple et celui de l’hôpital, outrés de ces reproches, suivirent le comte d’Artois, ils entrèrent dans la Massoure qu’ils trouvèrent ouverte, mais les sarrasins s’étant aperçus du petit nombre des français, revinrent sur leurs pas et les enveloppèrent dans cette place, en sorte que la plupart y périrent ; entre autres le comte d’Artois, avec plusieurs chevaliers des ordres militaires.

La témérité n’est pas le vrai courage, et si l’on ne peut blâmer la bravoure de Robert si naturelle aux français, on ne peut aussi disconvenir que les Templiers se conduisirent en cette occasion avec calme, réflexion et grandeur d’âme ; l’événement justifia leurs craintes et plusieurs d’entre eux se dévouèrent à une mort certaine pour éviter jusqu’au soupçon de lâcheté, selon nous ; voilà l’héroïsme.

Vers l’an 1258, il s’éleva une furieuse querelle entre les Templiers et les Hospitaliers de St. Jean de Jérusalem c’est à Acre qu’elle eut lieu. Ils se battirent avec tant d’animosité que les Templiers furent entièrement défaits, ensorte qu’à peine en resta-t-il un seul, mais aussi la plupart des Hospitaliers y périrent ; on n’avait jamais vu un tel massacre entre des chrétiens, encore moins entre des religieux. La nouvelle en étant venue deçà la mer, les Templiers s’assemblèrent promptement et par délibération commune, ils mandèrent par toutes leurs maisons, qu’après y avoir laissé ceux qui étaient nécessaires pour les garder, tous les chevaliers se rendissent promptement à Acre, tant pour y rétablir leurs maisons ruinées dans le pays, que pour tirer vengeance des Hospitaliers.

L’abbé de Fleury ne donne aucune raison de leur querelle, mais il est probable qu’ils ne se battirent pas sans motif avec autant d’acharnement . s’il est permis de plaisanter en pareille circonstance , nous dirons qu’en fait de combats tels qu’ils soient, on se bat assez souvent sans trop savoir pourquoi. Les plus grandes guerres ont quelquefois été suscitées par des motifs bien légers, et l’histoire des grands évènements par les petites causes, et plus volumineuse qu’on ne croit.

Ce que l’on sait un peu mieux c’est qu’en 1265 , Sissei, maréchal des Templiers, résista en face au pape Urbain, que l’avait destitué de sa charge ; Sissei prétendit que les papes n’avaient pas coutume de se mêler des affaires de leur ordre, c’est pourquoi il fut excommunié, dit l’abbé Fleur y et le pape Clément IV écrivit aux Templiers, leur faisant de grands reproches de leur ingratitude envers le St. Siège, qui leur avait donné tant de privilèges au préjudice des évêques mêmes.

Si c’est là la cause de la haine héréditaire du pape Clément V envers les Templiers, on peut s’écrier avec Virgile : Tantae ne animis caelestibus irae !

et dire en français avec Boileau:

Tant de fiel entre-t-il dans l’âme des dévots ?

 dans L'ordre des Templiersjacques de Molay

Depuis cette époque jusqu’à l’année 1307, Fleury ne parle point des Templiers, mais écoutons ce que dit sur leur grand maître, Jacques Molay , l’auteur de l’art de vérifier les dates, l’ouvrage le plus savant peut-être et l’un des plus estimés du dernier siècle. On y lit : les historiens ne rapportent que des traits honorables de sa conduite en Orient. A la tête de ses Templiers, il bat les tartares-mogols, reprend Jérusalem qui tomba ensuite au pouvoir des musulmans ; ce malheur n’abat pas son courage. Retiré dans l’isle d’Arade ensuite dans celle de Chypre il continue vivement la guerre, il la faisait encore lorsque son ordre ayant été accusé, il fut mandé par le pape ; fort du sentiment de son innocence. (Quand le pape Clément V écrivit au gouverneur de Chypre, pour faire arrêter les templiers, ce seigneur lui marqua qu’il obéirait mais qu’il ne pouvait dissimuler à S. S. que c’était s’enlever un grand moyen de défense contre l’ennemi et que les musulmans faisaient en ce moment des préparatifs menaçants contre l’ile ; ces faits sont attestés par les bulles du pape et la réponse du gouverneur) Molai accourt en 1306 avec soixante chevaliers Le St. Père l’amuse jusqu’à la conférence de Poitiers qui eut lieu l’année suivante entre ce pontife et le roi de France Philippe le Bel, dans laquelle on concerta des mesures pour supprimer les chevaliers. Le grand maître Jacques Molay (que Dupuy nomme on ne sait pourquoi, Jean de Molayo) et les précepteurs de l’ordre, instruits de ce qui se trame contre eux, vont se jetter aux pieds du pape le suppliant d’informer sur les crimes dont on les accuse. Écoutons maintenant St.-Foix, car on ne créé pas des faits on les raconte et la plume de St.-Foix, orgueil déguisé à part, vaut mieux pour cela que la nôtre.

Villani et la plupart des historiens assurent qu’un Templier, prieur de Montfaucon près de Toulouse, et un florentin nommé Noffodei, qui furent les délateurs de l’ordre des Templiers, étaient deux scélérats que le grand-maître pour crime d’hérésie et attendu la vie honteuse qu’il menaient, avait condamnés à finir leurs jours en prison. Ces deux misérables firent dirent à Enguerrand de Marigni, sur-intendant des finances, que si l’on voulait leur promettre la liberté et leur assurer de quoi vivre, ils découvriraient des secrets dont le roi pourrait tirer plus d’utilité que de la conquête d’un royaume.

Tous les historiens qui ont touché de la condamnation des Templiers, comme en passant, dit Dupuy, sont d’accord que l’origine de la ruine des Templiers vient du prieur de Montfaucon en la province de Toulouse et de Noffodei Florentin, banni de son pays qu’aucun tiennent avoir été Templiers. Ce prieur avait été, par jugement du grand-maître de l’ordre, condamné pour hérésie et pour avoir mené une vie infâme, à finir ses jours dans une prison, l’autre disent-ils, avait été par le prévôt de Paris, condamné a de rigoureuses peines. (un proverbe trivial dit que les loups ne se mangent pas; si les Templiers auxquels il faut bien accorder un peu de sens commun, eussent été coupables des crimes qu’on leur reprochait, eussent-ils condamné un de leurs complices à finir ses jours dans une prison »pour ces mêmes crimes ? se fussent-ils exposés aux suites de ses dénonciations ? ) Ces deux criminels réduits à endurer de grandes misères, se résolurent pour se délivrer, de découvrir plusieurs secrets de l’ordre des Templiers qui avaient été cachés jusqu’alors.

Ce fut sur les dépositions de ces deux hommes, continue St.-Foix , que les Templiers qui se trouvèrent en France, furent tous arrêtés à jour marqué, le 13 d’octobre 1307. (Ce sont ces deux misérables que Mr. G… chôme comme des saints, dont il révère le témoignage et auxquels il trouve très-bon qu’on ait immolé dix ou douze mille chevaliers issus des plus illustres maisons d’Europe.)

Voici les abominations qu’on imputait aux Templiers ; qu’à la réception dans l’ordre, on les conduisait dans une chambre obscure où ils reniaient Jésus-Christ, et crachaient trois fois sur le crucifix ; que celui qui était reçu, baisait celui qui le recevait, à la bouche, ensuite, in fine spinae dorsi et in virgâ virili qu’ils adoraient une tête de bois doré qui avait une grande barbe et qu’on ne montrait qu’aux chapitres généraux, qu’on leur recommandait d’être chastes avec les femmes, mais très-complaisants envers les frères, dès qu’ils en étaient requis, que s’il arrivait que d’un templier et d’une pucelle il naquit un garçon, ils s’assemblaient, se rangeaient en rond, se le jetaient les uns aux autres, jusqu’à ce qu’il fut mort ; posteà ignitorrebant eum exque eliquatâ indè pinquedine simulacrum , decoris gratiâ, unguebant ; qu’en Languedoc trois commandeurs mis à la torture, avaient avoué qu’ils avaient assisté à plusieurs chapitres provinciaux de l’ordre ; que dans un de ces chapitres tenu à Montpellier et de nuit, suivant l’usage, on avait exposé une tête ; qu’aussitôt le diable avait apparu sous la figure d’un chat, que ce chat, tandis qu’on l’adorait avait parlé et répondu avec bonté aux uns et aux autres ; qu’ensuite plusieurs démons avaient aussi apparu sous des formes de femmes et que chacun des frères avait eu sa chacune.

On est à peu près d’accord que les défenseurs du temple de Jérusalem, que les adorateurs du vrai Dieu, n’adoraient point d’idoles, et ne faisaient pas rôtir de petits enfants. Ces contes de bonnes femmes sont relégués dans la classe de ceux des diables de Loudun et du loup garou ; on incline à croire que la torture n’est pas un moyen infaillible de connaître la vérité, qu’on eût pu se dispenser de la donner à des hommes de la plus haute naissance et du plus grand courage ; mais il serait curieux de justifier les Templiers par le témoignage de Dupuy, cité à chaque instant pour les condamner par le terrible juge des débats. J’ouvre ses traités concernant l’histoire de France à la page 51, et j’y lis : « qu’un Templier nommé frère Adam de Valincourt, de noble extraction, désirant vivre en une plus étroite règle se serait fait chartreux, que depuis il aurait voulu retourner dans l’ordre des Templiers, ce qui lui fut permis, mais de la même sorte et avec les mêmes rigueurs qu’on faisait pratiquer à ceux qui apostasiaient, car il fut reçu de nouveau, mais nud en chemise, en présence de tous les religieux, demandant avec larmes d’être reçu parmi eux ; » la pénitence qu’on lui imposa fut grande, il mangea un an durant par terre, et jeûna au pain et l’eau quelques jours de la semaine et tous les dimanches de cette année, se présenta nud devant l’autel, où le prêtre célébrant lui donnait la discipline.

« Ce chevalier est encore vivant ; (ajouta dans sa défense, le frère Pierre de Boulogne, procureur général de l’ordre,) on peut savoir de lui la vérité de ce qui se passait parmi nous, il a l’âme bonne, qu’il ne fut jamais sorti des chartreux pour retourner chez les Templiers , s’il y eût reconnu tant d’abominations. »

Il faut convenir en effet que si les abominations reprochées aux Templiers eussent été vraies, le seigneur de Valincourt eût trouvé de grands dédommagements des souffrances qu’il avait endurées pour rentrer parmi eux. Ajoutons pour dessiller les yeux de ceux qui regardent l’oracle des débats comme infaillible, ce petit passage du père Daniel qu’il s’est bien gardé de citer. (Histoire de France, page 158); « ce procès est un des sujets sur lequel la postérité et les écrivains sans même en excepter quelques français, ont donné le plus de liberté a leurs conjectures louchant les intentions de Philippe le Bel ; et il n’y a pas trop sujet de s’en étonner, d’autant que les crimes dont on accusa cet ordre militaire, sont si atroces qu’il n’ont guère de vraisemblance, mais il arrive quelquefois que la vraisemblance n’est pas où la vérité se trouve, » Nous avons parlé des prétextes de la condamnation des Templiers, exposons maintenant les véritables motifs de leur arrestation et de la suppression de leur ordre : il est certain qu’ils s’étaient livrés au faste, au luxe et à une vie molle et voluptueuse, que leur valeur, leur naissance, la gloire dont ils s’étaient Couverts dans tant de combats et d’immenses revenu, leur inspiraient un orgueil, un ton d’indépendance qui n’avaient pu que déplaire infiniment à tous les souverains ; qu’à l’occasion de leurs privilèges et de leurs possessions ils avaient eu des démêlés très-vifs avec la plupart des évêques, ainsi qu’on a pu le voir en lisant cette histoire abrégée ; que leurs railleries continuelles sur la fainéantise et les fraudes pieuses des moines, leur avaient attiré de dangereux ennemis et que Philippe le Bel les accusait d’avoir envoyé des secours d’argent à Boniface VIII pendant ses différents avec ce pape, et de tenir en toute occasion des discours séditieux sur sa conduite et sur celle de ses deux favoris Enguerrand de Marigny sur-intendant des finances, et Etienne Barbette, prévôt de Paris et maître des monnaies.

Si quelque chose peut justifier Philippe le Bel d’avoir fait brûler les Templiers au lieu de les détruire, c’est la crainte que doit avoir tout monarque, d’un ordre qui a le triple pouvoir de la bravoure militaire, de la richesse et de la superstition ; au reste nous aimons à le répéter : on pouvait dissoudre l’ordre sans brûler personne, si l’on voulait brûler absolument, tout au moins fallait-il instruire le procès dans les formes, entendre ceux dont les accusés invoquaient le témoignage, ne pas leur donner pour juges des prélats avec lesquels ils avaient eu de violents démêlés, ne pas leur refuser les moyens de se défendre ; mais à de grandes qualités Philippe le Bel joignait de grands défauts. Il était ferme, violent et implacable. Les monnaies ayant été affaiblies, le peuple se mutina. « Les Templiers furent notés, dit Mézerai, pour avoir contribué à cette mutinerie, le motif qui les en fit soupçonner c’est qu’ayant beaucoup d’espèces, ils perdaient beaucoup à cet affaiblissement. Il y a apparence, ajoute l’historien, que le roi qui n’oubliait jamais les offenses, garda le souvenir de celle-là dans son âme et que ce fut un des motifs qui le porta à s’en venger sur tout l’ordre. »

Quant à Marigny, dit St. Foix, c’était un de ces hommes qui se qualifient ministre d’un état et qui n’en sont que les tyrans sous l’autorité d’un maître dont ils corrompent l’équité naturelle en flattant toutes ses passions. Ne pouvant plus imaginer de nouveaux impôts il avait eu recours à la plus pernicieuse des ressources, l’affaiblissement et le haussement des monnaies les changements qu’il y fit devinrent si fréquents et furent portes à un tel excès, que la populace de Paris se souleva, pilla la maison d’Etienne Barbette, maltraita dans les marchés les pourvoyeurs du roi, l’investit, lui-même dans le Temple où il logeait alors et empêcha pendant trois jours qu’on y portât des vivres. Barbette et Marigny accusèrent les Juifs et les Templiers d’avoir fomenté cette sédition. Jamais prince ne fut plus fier que Philippe le Bel et sa fierté le rendait implacable dans sa haîne. D’ailleurs il était avide, dépensier, toujours pressé d’argent et par çonséquent obligé de se faire souvent illusion sur les moyens que ses ministres employaient pour en trouver ; il ne leur fut pas difficile de lui faire adopter le projet d’une vengeance qui pourrait faire entrer dans ses coffres la dépouille des juifs et une partie des richesses que les Templiers avaient apportées de l’Orient. Bientôt le bruit se répandit dans Paris que les juifs avaient outragé une hostie, profané les vases sacrés et crucifié des enfants le jour du vendredi saint. Le peuple qui aime a croire tout ce qui peut exciter sa fureur, ne tarda pas à crier qu’il faillait exterminer ces ennemis du nom chrétien. Le ministre les fit tous arrêter dans un même jour le 22 juillet 1306, leurs biens furent confisqués, on ne laissa à chacun que ce qu’il lui fallait pour le conduire hors du royaume. L’année suivante, on arrêta de la même manière tous les Templiers qui se trouvèrent en France et le terrible tribunal qu’on érigea contre eux dans chaque province, fut composé d’évêques et de moines : l’archevêque de Sens, frère d’Enguerrand de Marigny, présidait à celui de Paris. Clément V occupait la chaire de St. Pierre. Presque tous les historiens, entre autres, St. Antonin, archevêque de Florence, Villani et le continuateur de Nangis , disent : « que ce pape faisait un honteux trafic des choses sacrées , qu’à sa cour on vendait publiquement les bénéfices, qu’allant de Lyon à Bordeaux, il avait pillé sur son passage tous les monastères et toutes les églises ; qu’il avait établi le St.-Siège en France pour ne pas se séparer de la comtesse de Périgord, fille du comte de Foix , doit il était éperdument amoureux, que Philippe le Bel lui ayant offert de le faire élire pape à six conditions, il avait juré sur le saint sacrement de les exécuter toutes, et que l’extinction de l’ordre des Templiers en était une ».

Ainsi, lorsqu’il apprit que ce prince les avait fait arrêter, s’il marqua de la surprise et de la colère, s’il écrivit des lettres pleines d’amertume, ce ne fut, selon quelques auteurs, que pour ne pas paraître avoir abandonné les droits du saint siège. Il est certain qu’il ne tarda pas à s’apaiser. « Ce très-cher fils, dit-il, dans une de ses bulles en parlant de Philippe le Bel, n’a point fait arrêter les Templiers par un motif d’avarice (non typo avaritiae), mais par un véritable zèle pour la religion. Il est très-éloigné de vouloir s’approprier la moindre petite partie de leur biens ; nous en avons interrogé nous-mêmes soixante-douze, ajoute-t-il, qui tons ont confessé les abominations qu’on impute a leur ordre. Le grand maître en a aussi fait l’aveu à Chinon, devant nos commissaires, les cardinaux Bérenger de Fredole, Etienne de Suisi (de la plus basse naissance, dit St. Foix, et mort en 1311 avec la réputation d’un homme qui toute sa vie s’était dévoué aux grands et à servir leurs passions.) et Landolphe de Brancaccio ».

Le grand-maître, comme presque toute la noblesse de ce temps-là, ne savait ni lire ni écrire ; (un gentilhomme, dit autre part St. Foix, mettait un gant, trampait sa main dans un pot d’encre et l’applîquait sur un acte en guise de signature ) lorsqu’on lui lut à Paris cette déposition qu’il devait avoir faîte à Chinon, il parut très-étonné, fît deux fois le signe de la croix et s’écria : « si ces trois commissaires étaient d’une autre qualité, je sais ce que je leur proposerais », On lui répondit que des cardinaux ne recevaient pas des gages de bataille ; « Eh bien! répliqua-t-il, je prie donc Dieu qu’on leur fende le ventre, comme le fendent les tartares et les sarrazins aux menteurs et aux faussaires ».

Vertot dit que pour chargée davantage le grand-maître et pour le rendre plus criminel, le greffier avait apparemment ajouté à sa déposition des circonstances aggravantes. Cela ne justifie pas les commissaires, un juge doit-il souscrire un interrogatoire sans l’avoir lu ? et s’il est vrai que le greffier ait ajouté aux dépositions, son crime est plus grand que tous ceux qu’on reprochait aux Templiers ; mais il est prouvé par les pièces même du procès, que les aveux qu’ils firent leur furent arrachés par la question et le beau vers de monsieur Raynouard :

La torture interroge et la douleur répond, se trouve presque littéralement dans les pièces latines citées par ce Dupuy.

Frère Pierre de Boulogne, procureur général de l’ordre, représenta dans différentes requêtes, qu’il n’était pas vraisemblable que des hommes, sur tout n’y étant poussés par aucun motif d’intérêt, renonçassent à la religion où ils étaient nés, pour croire à une idole et qu’aucun de ceux qui s’était présentés pour entrer dans l’ordre, n’eût eu horreur de ces abominables mystères et ne les eût révélés ; que le roi par ses lettres avait promis la liberté, la vie et des pensions aux Templiers qui se reconnaîtraient volontairement coupables et qu’on avait livrés aux plus cruelles tortures ceux qu’on n’avait pu séduire par des promesses ou effrayer par des menaces ; qu’il était prouvé que plusieurs Templiers étant tombés malades dans les prisons, avait protesté en mourant avec toutes les marques du repentir le plus vif et le plus sincère, que les déclarations qu’on avait exigées d’eux étaient fausses et qu’ils ne les avaient faites que pour se délivrer des horribles traitements qu’on leur faisait souffrir, qu’on n’avait point confronté les témoins aux accusés et qu’enfin aucun des Templiers qu’on avait arrêtés dans les autres royaumes de la chrétienté, n’avait déposé rien de semblable aux abominations qu’on leur imputait en France, où leur perte avait été résolue et préparée par tous les moyens que peuvent employer la force et la séduction.

Les archevêques de Sens, de Rheims et de Rouen, loin d’avoir égard à ces remontrances, firent décider dans les conciles de leurs provinces, qu’on traiterait comme relaps et comme ayant renoncé à Jésus-Christ, les Templiers qui se rétracteraient de ce qu’ils auraient déclaré à la question, et quelques jours après, conformément à cette barbare et singulière jurisprudence, on en brûla cinquante-neuf dans l’endroit où est situé maintenant l’hôtel des quinze-vingts rue de Charenton, faubourg St. Antoine ou était autrefois l’hôtel des mousquetaires noirs.

Le récit de l’évêque de Lodève, nous représente ces infortunés, dévorés par les flammes, attachant les yeux aux ciel, pour y puiser les forces qui leur avaient manqué dans les tortures, et demandant à Dieu de ne pas permettre qu’ils trahissent une seconde fois la vérité en s’accusant et en accusant leurs frères, de crimes qu’il n’avaient pas commis.

Dans le concile général de Vienne en Dauphiné, composé de plus de trois cents archevêques, évêques et docteurs d’Allemagne, d’Italie, d’Angleterre, d’Espagne et de France, tous (excepté un prélat italien et les archevêques de Sens, de Rheims et de Rouen), représentèrent qu’il serait contre l’équité naturelle de supprimer l’ordre des Templiers avant que de les avoir entendus dans leurs défenses et sur les récusations des témoins, et sans les avoir confrontés a leurs accusateurs, comme ils l’avaient demandé dans toutes leurs requêtes. Le pape étonné de cette opposition générale à ses intentions s’écria : que si l’on ne pouvait pas par le défaut de quelques formalités, prononcer juridiquement contre eux (viâ justicicae) la plénitude de la puissance pontificale, suppléerait à tout et qu’il les condamnerait par voie d’expédient plutôt que de fâcher son cher fils le roi de France.

En effet quelques mois après dans un consistoire secret de cardinaux et d’évêques que la complaisance, dit Vertot, ramena à son avis, il cassa et annula l’ordre des Templiers : la sentence portait que n’ayant pu les juger selon les formes de droit , il les condamnait d’autorité apostolique et par provision. Le pape avait depuis longtemps promis à Philippe le Bel leur abolition. Quelques uns même ont cru que c’était une des conditions que le monarque Français lui avait imposées en lui procurant la Thiare. Quoiqu’il puisse être de ce fait impossible à constater, l’avis contraire aux Templiers l’emporta dans ce concile, non qu’ils fussent jugés inutiles, puisqu’à ce même concile de Vienne pu arrêtait une nouvelle croisade, mais parce que c’était dit le père Daniel, l’avis du pape, du roi de France et celui des rois d’Espagne qui avaient des vues plus intéressées que le pape et le roi de France sur les biens des Templiers (ce dont il est permis de douter en lisant cette histoire).

Jacques Molay était depuis cinq ans en prison avec Guy, frère du dauphin d’Auvergne. On voûlait qu’ils avouassent publiquement la vérité des crimes imputés à leur ordre et répétassent la confession qu’on leur avait arrachée par la torture.

Guillaume de Nogaret si connu par la violence de son caractère et frère Imbert, dominicain, confesseur du roi et revêtu du titre d’inquisiteur, se chargèrent de donner à la poursuite de cette affaire toute l’activité possible. On fit des informations de tous côtés, et bientôt, dit St-Foix, on n’entendait plus parler que de chaînes, de cachots, de bourreaux et de bûchers. On attaqua jusqu’aux morts, leurs ossements furent déterrés , brûlés et leurs cendres jetées au vent. On accordait la vie et des pensions à ceux qui se reconnaissaient volontairement coupables ; on livrait les autres aux tortures. Plusieurs qui n’auraient pas craint la mort, épouvantés; par l’appareil des tourments, convinrent de tout ce qu’on leur disait d’avouer ; il y en eut aussi un grand nombre, dont la ; constance ne peut être ébranlée ni par les promesses, ni par les supplices. On en brûla cinquante-quatre derrière l’abbaye de St.Antoine, qui tous au milieu des flammes, protestèrent de leur innocence jusqu’au dernier soupir. Le grand maître, Jacques de Molai, qui avait été parrain d’un des enfants du roi, Gui commandeur d’Aquitaine fils de Robert II, et de Mahaut d’Auvergne et frère du dauphin d’Auvergne ; Hugues de Péralde, grand prieur de France et un autre dont on ignore le nom, après avoir été conduits à Poitiers devant le pape, (ainsi que nous l’avons dit) furent ramenés à Paris pour y faire une confession publique de la corruption générale de leur ordre ; ils en étaient les principaux officiers ; et Philippe le Bel qui n’ignorait pas qu’on disait hautement que les richesses immenses que les Templiers avaient apportées de l’Orient et dont il voulait s’emparer, étaient la véritable cause de la persécution qu’ils essuyaient, espérait que cette cérémonie en imposerait au peuple et calmerait les esprits effrayé par tant et de si terribles exécutions dans là capitale et dans les provinces.

On les fit monter tous les quatre sur un échafaud dressé devant l’église Notre-Dame ; on lut la sentence qui modérait leur peine à une prison perpétuelle, un des légats fit ensuite un long discours où il détailla toutes les abominations et les impiétés dont les Templiers avaient été convaincus, disait-il, par leur propre aveu ; et afin qu’aucun des spectateurs n’en pût douter, il somma le grand maître de parler et de renouveler publiquement la confession qu’il en avait faite à Poitiers. « Oui je vais parler, dit cet infortuné vieillard en secouant ses chaînes et s’avançant jusqu’au bord de l’échafaud ; je n’ai que trop longtemps trahi la vérité. Daigne m’écouter, daigne recevoir , Ô mon Dieu, le serment que je fais et puisse-t-il me servir quand je comparaîtrai devant ton tribunal ! je jure que tout ce qu’on vient de dire est faux; que ce fut toujours un ordre zélé pour la foi, charitable, juste, ortodoxe et que si j’ai eu la faiblesse de parler différemment à la sollicitation du pape et du roi et pour suspendre les horribles tortures qu’on me faisait souffrir, je m’en repens Je vois, ajouta-t-il, que j’irrite nos bourreaux, et que le bûcher va s’allumer; je me soumets à tous les tourments qu’on m’apprête et reconnais , Ô mon Dieu ! qu’il n’en est point qui puisse expier l’offense que j’ai faite à mes frères, à la vérité, à la religion. »

Le légat, extrêmement déconcerté, fît ramener en prison le grand maître et le frère du dauphin d’Auvergne, qui s’était aussi rétracté. Le soir même ils furent tous les deux brûlés vif et à petit feu dans l’endroit où était autrefois la statue de Henri IV, et où est maintenant le petit jardin du café Paris sur le pont neuf. Leur fermeté ne se démentit point, ils invoquaient <a title= »définition : christ (jésus) » href= »http://patrimoine-de-france.com/references/christ-jesus.php »>Jésus Christ et le priaient de soutenir leur courage; le peuple consterné et fondant en larmes, se jetta sur leurs cendres et les emporta comme de précieuses reliques. Nous pouvons nous écrier maintenant avec M. Raynouard :

La gloire de leur mort explique assez leur vie.

Les deux commandeurs qui n’avaient pas eu la force de se rétracter, furent traités avec douceur.

Mézerai rapporte que le grand maître ajourna le pape à comparaître devant le tribunal de Dieu dans quarante jours et le roi dans un an ; si cet ajournement est vrai, ce fut une prophétie que l’événement vérifia. A l’égard des deux scélérats qui occasionnèrent cette horrible procédure et cette sanglante catastrophe, Je premier périt dans une mauvaise affaire, et l’autre, Noffodei fut pendu pour quelques nouveaux crimes.

Quant à Enguerrand de Marigny, que le père Daniel nous représente comme un ministre d’un grand mérite, il avait pillé les finances, accablé le peuple d’impôts et ruiné plusieurs particuliers par des vexations inouïes ; il était sans foi, sans pitié, le plus vain et le plus insolent de tous les hommes, il osa dire en plein conseil au comte de Valois, frère de Philippe le Bel : c’est vous qui avez menti. La veille de l’ascension 1315, (trois ans après l’abolition et le supplice des Templiers dont il fut le principal auteur) avant le point du jour, comme c’était alors la coutume, il fut pendu au gibet qu’il avait fait lui même dresser à Montfaucon quelques années auparavant et comme maître du logis, dit Mézerai, il eut l’honneur d’être mis au haut bout au-dessus de tous les autres voleurs.

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Voir : Fourches patibulaires de Montfaucon

Le supplice des Templiers est dit le président Hénault, un événement monstrueux. Bossuet, le grand, le vertueux Bossuet, malgré les ménagements que tout lui imposait, dit en propres termes dans son abrégé de l’histoire de France auquel le Dauphin travaillait avec lui : « les Templiers avouèrent dans la torture et nièrent dans les supplices. On ne sait s’il n’y eût pas plus d’avarice et de vengeance que de justice dans leur exécution » écoutons encore le respectable Anquetil plus qu’ octogénaire qui vient de faire paraître à la sollicitation de notre auguste empereur une nouvelle histoire de France dégagée de tout esprit de parti, voici son opinion : ces religieux possédaient de grands biens objets de convoitise. L’ordre n’était composé que de gentilshommes. Il pouvait dans les occasions donner le ton au reste de la noblesse du royaume c’était un état dans l’état, une suite perpétuelle d’ombrages et d’inquiétudes pour un roi qui ne pouvait se dissimuler que la charge des impôts lui retirât l’affection de son peuple. Tenter de réformer un corps armé et l’avertir par des reproches publics, c’était l’avertir de prendre des mesures qui pouvaient être d’une dangereuse conséquence pour la tranquillité du royaume et la sûreté du roi lui-même. La politique conseillait de le surprendre et elle fut écoutée. Le 13 octobre 1307 le grand-maître Jacques de Molai fut arrêté à Paris avec 60 chevaliers, le secret fut si bien gardé que tous furent saisis à la même heure par toute la France. Ce qu’on répandit dans le public pour justifier cette brusque expédition est une accusation plus que suspecte de crimes affreux à peine croyables de quelques particuliers, à plus forte raison d’un corps religieux. Apparemment ces vices n’étaient pas rares dans ce siècle grossier, puisqu’on ne rougit pas d’en charger le pape Boniface VIII.

Un concile de Salamanque les déclara tous innocents. Le roi d’Angleterre recevait ceux qui se réfugiaient dans ses états et plusieurs princes d’Allemagne contents de s’emparer de leurs biens, laissaient sauver les accusés, de sorte que cette diversité d’opinions et de conduite à leur égard laisse encore leur innocence ou leur crime sous le sceau de l’incertitude.

Nous croyons que ces autorités respectables sont plus sûres que celles de M. G…. qu’aurait dit ce journaliste qui, a été jésuite, assure-t-on, si au lieu de supprimer et de bannir les jésuites, on les eût tous brûlés à petit feu ? Il est permis de douter qu’il eût cherché à prouver que c’était juste et fort bien fait.

Mais terminons promptement l’histoire des Templiers : Il n’y en eût de condamnés à mort qu’en France et dans le comté de provence, qui appartenait alors au roi de Naples et de Sicile, Le concile de Vienne, après la suppression générale de l’ordre, avait disposé de leurs biens en faveur des chevaliers hospitaliers de St.-Jean de Jérusalem, mars Philippe le Bel ne consentit à s’en dessaisir qu’à condition qu’on lui payerait préalablement deux cent mille livres pour les frais de la procédure, c’était une somme immense dans ces temps-là. Cependant Louis Hutin son successeur crut devoir demander soixante mille livres de plus, et enfin on convient qu’il aurait les deux tiers de l’argent des Templiers, les meubles de leurs maisons, les ornements de leurs églises et tous les fruits et revenus de leurs terres depuis le 13 octobre 1307, jusqu’à l’année 1314 .

Rapin de Toiras. dit que le roi d’Angleterre, Edouard II, dans l’espérance de profiter de leurs biens, fit tenir à Londres un synode national où ils furent condamnés, mais qu’on ne les traita point avec autant de rigueur qu’en France et que l’on se contenta de les disperser dans les différents monastères pour y faire pénitence, avec une pension modique prise sur leurs revenus.

L’abbé de Choisi prétend que les seigneurs anglais s’emparèrent de tous les biens des Templiers, en disant que leurs ancêtres les avaient données aux Templiers et non pas aux Hospitaliers et que puisqu’il n’y avait plus de Templiers, il était juste que ces biens revinssent à leurs anciens maîtres.

Le roi de Castille les unit à son domaine ; le roi de Portugal les donna à l’ordre du Christ qu’il institua, et le roi d’Angleterre s’appropria dix-sept forteresses qu’ils possédaient dans le royaume de Valence. Le pape eut sa bonne bonne part dans cette riche dépouille, surtout dans les états de Charles II, roi de Naples et de Sicile, comte de Provence et de Forcalquier ; il partagea avec ce prince l’argent et tous les effets mobiliers de ces infortunés.

Conclusion

Nous avons rempli notre tâche du mieux qu’il nous a été possible; nous avons rédigé ce que nous avons trouvé de plus intéressant, sur l’origine, les progrès et la condamnation des Templiers ; voyons, dit un littérateur, aussi éclairé que judicieux, quels ennemis sont en présence dans ce fameux procès.

D’un côté, un ordre militaire et religieux dont les trésors excitent l’envie, formé, nourri et accru dans les combats, partageant ses jours entre les prières et les batailles, étranger aux lettres, aux lois, à l’éloquence, aux Cours et par conséquent sans défense et facilement vaincu toutes les fois qu’il lui faut d’autres armes que l’épée; de l’autre côté, un monarque toujours aux expédient, avare par besoins, cruel par caractère, opiniâtre par orgueil, inflexible par principe ; un pape complaisant, des prêtres dirigés, des commissaires et non des juges, des peuples ignorants et des bourreaux payés. Le résultat de cette lutte devait être le supplice des Templiers. Mais, dit-on, la gravité des accusations ? Fort bien si elles portaient sur un seul homme, mais huit ou dix mille chevaliers auront commis les mêmes crime ! ils se seront souillés d’horreurs telles que quatre ou cinq brigands ne s’entendirent peut-être pas entre eux pour en commettre de semblables ! et ces huit ou dix mille scélérats auraient puisé le jour dans tout ce que l’Europe aura formé de familles illustres ! la fatalité aura fait qu’à la même époque toutes les races distinguées par le sang, les honneurs, le courage et la loyauté chevaleresque n’auront enfanté que des monstres ! le sort aura voulu que dans le siècle le plus religieux, dix mille hommes élevés dans tous les principes d’une croyance généralement révérée, se seront revêtus de la croix tout exprès pour profaner les objets les plus sacrés du culte de cette Croix ! la fable si fertile en fictions, s’en permettrait-elle une aussi invraisemblable, aussi révoltante ? Mais ajoute-t-on, la foule des témoins : eh ! pourquoi donc cette apparente confiance dans ces témoins quand on a vu dans le cours de cette histoire, que la première accusation écoutée, recueillie et reçue, émane de deux pervers chassés pour leurs méfaits de l’ordre même qu’ils attaquent, guidés par leur vengeance individuelle et enhardis à tous les mensonges de la délation parce que plus ils mentent, plus ils flattent et qu’en centuplant les calomnies ils centuplent l’espoir des récompenses. Est on bien venu à compter pour quelque chose tant de témoins, quand deux scélérats en ouvrent la liste ! qui ne sait combien on trouve toujours de misérables prêts à mentir à leur conscience, partout où il y a de l’argent à gagner et de la faveur à obtenir ? Eh ! manquait-il de témoins à Rome, quand Tibère, Néron et Domitien condamnaient à la mort tant d’hommes illustres pour s’emparer de leurs richesses ? Lorsque la rapacité de quelques souverains de l’Europe , entre les neuvième et quinzième siècles, voulaient dépouiller les juifs; manquait-on de témoins qui les accusaient de profaner les hosties, de fouetter les crucifix, de manger- les enfants ? Manqua-t-on de témoins contre les infortunés de Mérindol, contre le malheureux Urbain Grandier, contre le chevalier de la Barre, contre Calas, contre mille autres victimes de l’ignorance, des factions et de la cupidité. Pourquoi dans une affaire comme celle des Templiers où ces trois fléaux de l’humanité se trouvent réunis pour les perdre, accorderait-on aujourd’hui à des témoins , ou imbéciles ou corrompus , une créance que l’on rougirait d’accorder maintenant aux témoins qui déposèrent contre Calas, contre la Barre, contre Grandier, contre Jacques Cœur, contre les habitons de Mérindol, contre les juifs, contre les victimes de Tibère ? Quoi ! Sénèque aura bien trouvé des crimes à la mère de Néron, et l’on voudra que les témoins contre les Templiers soient tous des personnages d’une véracité intacte ! Ah ! qu’un journaliste copie dans son feuilleton toutes les sottises du père Daniel, qu’importe cette ridicule répétition d’une opinion depuis si longtemps objet du mépris de tous les gens sensés ? la seule réflexion pénible en pareil cas c’est que si un journaliste d’aujourd’hui trouve les Templiers criminels et leur supplice mérité, il n’y a pas de raison pour que des journalistes ne trouvent un jour des crimes aux victimes du 2 septembre, car la position est exactement la même ; mais il est dans le cœur comme les principes des honnêtes gens, des hommes instruits modérés et impartiaux de se ranger ouvertement du côté de la vertu et de l’innocence indignement opprimées. Puisse cette louable intention suppléer en ce moment à la faiblesse de nos moyens !

Source : Histoire des Templiers, ouvrage impartial, recueilli des meilleurs écrivains par Jacques André Jacquelin 1805.

http://patrimoine-de-france.com/blog/histoire-des-templiers.php

 

 

Publié dans : L'ordre des Templiers | le 27 avril, 2012 |1 Commentaire »

Héraldique

Forme d’Écus
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A l’origine, l’héraldique recensait les devoirs et les fonctions d’un héraut, également appelé officier d’armes, comprenant notamment la transmission et l’octroi d’armoiries.
Aujourd’hui, elle est devenue la science qui a pour objet l’étude et la description des armoiries.

Le système héraldique médiéval européen se distingue de ceux adoptés à d’autres époques, par d’autres civilisations. Des représentations symboliques et décoratives ont précédemment été utilisées comme emblèmes nationaux ou tribaux depuis l’Antiquité, notamment par les Romains. Plusieurs théories ont cherché à expliquer l’origine des armoiries médiévales européennes mais aucune n’est vraiment sûre. La filiation avec les emblèmes de l’Antiquité a longtemps été mise à l’honneur. Les Allemands, quant à eux, privilégient l’influence des insignes utilisés par les Barbares, tandis que certains y voient un emprunt aux coutumes musulmanes pendant la première croisade.
Heaumes
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Une origine guerrière
Les premières armoiries apparaissent en Europe entre 1120 et 1150 pour répondre à un besoin précis, l’identification des combattants, à l’époque où le perfectionnement des armures les rend méconnaissables sur les champs de bataille. Afin de pouvoir être reconnus de loin, les chevaliers, dont le visage est masqué par un casque, prennent l’habitude de faire représenter sur leurs boucliers des motifs colorés, géométriques ou figuratifs. Avant la fin du XIIème siècle, cet usage se généralise au sein de l’aristocratie. La présence des armoiries constitue aussi une garantie: ceux qui les portent signalent en même temps leur noblesse, ce qui incite leurs vainqueurs à les faire prisonniers pour en tirer rançon plutôt qu’à les tuer.
L’utilisation des armoiries a évolué vers un système héréditaire complexe d’identification du statut social. Dès le XIIIème siècle, l’usage s’en répand en effet à de nombreuses couches de la société: les femmes, les ecclésiastiques, les bourgeois, les artisans, les villes, les corps de métiers, les communautés civiles et religieuses, et même les paysans dans certaines régions.
Couronnes
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Développement de l’usage du blason
Les rois ont ensuite adopté leurs propres signes héraldiques: la plus ancienne trace des armoiries des rois de France, un écu d’azur semé de fleurs de lis d’or, est un sceau de 1211.
Au XIVème siècle, les hérauts d’armes tentent d’en codifier les règles et répertorient les emblèmes dans des armoriaux.
Au XVème siècle, les règles de l’héraldique sont enfin codifiées à l’occasion des pas d’armes des cours d’Anjou et de Bourgogne: ce sont des tournois organisés autour d’un thème, en général la délivrance d’une dame par le meilleur des jouteurs. Les seigneurs et les chevaliers prennent l’habitude de placer leur emblème sur leurs sceaux, leurs bannières, leurs caparaçons et leurs différents biens et domaines.

Aux XIIIème et XIVème siècles, les vitraux des églises et de nombreux objets de la vie courante sont ornés de blasons. Au XIVème siècle, on introduit la pratique qui consiste à broder les insignes d’une famille sur la cotte d’armes portée par-dessus l’armure, ce qui donne naissance au terme « armoiries ».
À partir du XVIIIème siècle, avec le développement de nouveaux emblèmes (chiffres, devises, …), cet usage décline.
Pendant longtemps, les armoiries ont résisté à toute tentative de réglementation, si ce n’est l’interdiction d’usurper celles d’un autre. Les rares restrictions se sont limitées à certains usages publics et à l’utilisation de quelques éléments (couronnes, manteaux, insignes de dignité). Dès les origines cependant, seul l’aîné d’une famille a le droit de porter les armes paternelles inchangées, les autres membres de la famille différencient leurs armes en modifiant certaines couleurs ou en remplaçant des charges: ces modifications sont les brisures des armes.

En Angleterre, les chevaliers s’attribuent librement leurs armoiries jusqu’au début du XV ème siècle, date à laquelle Henri V limite cette pratique. Titulaire de l’office de roi d’armes, chef des hérauts d’armes, créé en 1415, Edouard IV institue en 1483, le Royal College of Heralds qui supervise, depuis, l’octroi et la sauvegarde des armoiries.
En France, l’usage en reste plus souple. Louis XI organise le système des bannières des métiers parisiens (1467), mais l’Armorial général de 1696 n’a pour but que de recenser toutes les armoiries du royaume afin d’imposer une taxe à leurs possesseurs. Nombre de personnes (magistrats, artisans, médecins) et de villes qui n’en disposent pas sont même contraintes d’adopter un modèle préconçu.
En héraldique, le terme « émail » désigne les couleurs utilisées.
Elles se subdivisent en trois groupes : les métaux, les couleurs et les fourrures.
Sur les gravures en noir et blanc ou en relief sur la pierre, les métaux et les couleurs sont représentés par un système de hachures et de figures conventionnelles, comme l’indiquent les figures.

La légende des illustrations suit logiquement l’ordre de celles-ci.
Les métaux
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Les deux métaux sont l’or, représenté en peinture par le jaune, et l’argent par le blanc.
Les couleurs
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Les cinq couleurs sont l’azur (bleu), le gueules (rouge), le sinople (vert), le pourpre et le sable (noir).
Il existe également une sixième couleur, la carnation, servant uniquement à colorer les rares représentations de l’être humain.
Les fourrures
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Les fourrures sont
l’hermine (d’argent semé de mouchetures de sable) et par inversion des couleurs la contre-hermine.
Le vair (correspondant à la fourrure de l’écureuil). Dans la famille du vair, les deux fourrures suivantes sont le contre-vair en pointe, le contre-vair tout court et le vairé, ici d’or et de gueules.
Règle fondamentale
Une des règles primordiales de l’héraldique veut que l’on ne superpose jamais métal sur métal, ni couleur sur couleur. On ne verra donc jamais dans un blason un lion d’or sur champ d’argent ou une aigle d’azur sur champ de gueules.
Cependant toute règle a ses exceptions et certaines armes contreviennent à la règle de superposition des couleurs. On les appelle armes à enquerre car leur propriétaire se devait de justifier l’origine et le sens de cette anomalie. Les armes à enquerre les plus connues sont celles de Godefroy de Bouillon, roi de Jérusalem.
Courtoisie = ( Cte Philippe Michaux )

Publié dans : Non classé | le 26 mars, 2012 |Pas de Commentaires »
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