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LE COURAGE

LE COURAGE
      Le courage est célébré depuis les temps anciens comme une vertu cardinale. Pour Platon, la vie morale gravite autour de 4 pivots: courage, sagesse, tempérance et justice.

1/ De quoi s’agit-il ?

      Le dictionnaire dit :  » Courage ( dérivé ancien de coeur ) = Fermeté du coeur, force d’âme qui fait braver les dangers, les revers et la souffrance avec constance … »
      Le courage, c’est la force qui nous aide à accomplir des actions ou à supporter des épreuves malgré notre paresse et notre peur. C’est un comportement qui repose sur un choix entre deux possibilités
- suivre son instinct naturel, ses intérêts personnels et se laisser aller à la facilité; ou bien, respecter les règles d’une morale ou d’un intérêt supérieur sans tenir compte de soi, le sacrifice pouvant aller jusqu’au don de sa vie. Dans ce choix, le coeur l’emporte souvent sur la raison. Il ne donne pas toujours le succès mais assure au moins le respect de soi-même.

      Il est évident qu’il n’y a pas de courage-type . Il existe de nombreuses formes de courage mais il est possible d’affirmer que « le courage, c’est l’homme ».

Le Courage militaire
      Jadis, la notion de courage s’identifiait traditionnellement avec la bravoure militaire: Jeanne d’Arc à l’assaut des remparts d’Orléans, les poilus franchissant le parapet des tranchées sous les obus, l’opérateur radio de la Résistance continuant à émettre, traqué par la gonio des Nazis, les GI du 6 Juin 1944 sautant dans l’eau sous le feu des blockhaus allemands, le pilote Maridor précipitant son « Spit » sur un V 1 qui allait pulvériser un faubourg populeux de Londres… Tous ces traits de bravoure poussée jusqu’au sacrifice, il est impossible de les classer, selon une échelle de Richter, comme les tremblements de terre.

      D’ailleurs, ce sont parfois les circonstances ou le simple réflexe de survie qui transforment les timides en héros.
      Au combat, le chef a l’esprit occupé par sa mission; il est aussi poussé par le devoir de donner l’exemple. Pour lui, le courage physique est donc moins méritoire que pour le simple guetteur qui grelotte dans son trou alors que rôdent les patrouilles adverses …
      C’est pourquoi, au delà des actions d’éclat accomplies les armes à la main, je crois que les actes mûrement réfléchis sont les plus représentatifs de cette victoire sur soi même qui caractérise le courage. C’est par exemple le cas de ces hommes qui, quoique non brevetés parachutistes, ont été volontaires pour sauter individuellement sur Dien Bien Phu dans les tous derniers jours du siège quand ils savaient que tout était consommé…
      Mais le courage n’est pas, de loin, réservé aux soldats. D’ailleurs, pour les hommes et pour les sociétés, la vie est un combat.

Le Courage physique
      Monter dans les Tours en feu pour secourir les occupants, cela a représenté de la part des pompiers de New York un merveilleux exemple de courage physique en temps de paix.       Mais tenir tête, des heures durant à des terroristes, a le mérite supplémentaire de la durée.
      Dans le même ordre d’idées, des personnels de santé se dévouent au chevet des victimes d’épidémies malgré la contagion; des pères et mères de famille assument un enfant déficient… Ceux-là refont tous les matins leur acte de courage.
      L’enfant face à sa première piqûre comme l’adulte cancéreux en phase terminale sont l’un et l’autre appelés à faire preuve de courage physique.
Mais le courage moral est plus méritoire encore que celui de Turenne qui disait « Tu trembles, carcasse » et s’en allait dormir sur un affût de canon…

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Le Courage moral
      Le comble du courage, c’est de mettre sa peau au bout de ses idées; c’est de risquer sa vie ou la donner pour ses convictions . Un martyr comme le Père Kolbe , déporté à Auchwitz et volontaire pour prendre la place d’un père de famille condamné à mourir de faim, reste ainsi l’un des exemples le plus pur de l’héroïsme moderne.
      Dans tous les domaines, c’est à chaque instant qu’on a besoin de courage pour mener dignement sa vie d’homme. De nos jours, l’on a rarement à affronter des bêtes féroces examinons plutôt ce qui concerne l’homme contemporain .
      Garder son bébé, c’est parfois héroïque de la part de certaines jeunes femmes enceintes que des camarades de bureau ou d’atelier, des médecins, voire le mari ou le compagnon, poussent à avorter…
      Refuser de faire grève malgré l’intimidation qui règne dans l’usine. Se désolidariser d’une majorité d’irresponsables gueulards à l’université. Voilà aussi de beaux actes de courage moral contemporain.
      De même, pour un chef d’entreprise en difficulté, se battre pour maintenir son activité au lieu de déposer son bilan ou de se faire racheter, comme tant de collègues… Pour un chômeur, recommencer son CV pour la N° fois et l’adresser à de nouveaux employeurs potentiels, c’est une forme de vertu bien nécessaire, hélas, à beaucoup de nos concitoyens.

      Sur un plan plus élevé, Churchill osait prédire à son peuple, en Juin 1940, « du sang , de la sueur et des larmes ». Un tel langage, exceptionnel en politique, est resté dans l’histoire comme typique du courage dans l’adversité, d’autant plus qu’il était accompagné par les actes correspondants.

      Mais c’est au cours de leur vie de tous les jours que certaines personnes font preuve de la même vertu, les malades et les handicapés notamment.
      Les femmes me semblent particulièrement représentatives du courage dans la durée. Je salue notamment le courage des femmes de soldats de ma génération. Elles ont été séparées de leur mari, à plusieurs reprises et 27 mois à chaque fois. Elles ont assumé seules pendant des années l’éducation des enfants, tout en tremblant pour l’absent. La force d’âme est une vertu très féminine  » et il se dépense dans les maisons plus de bonne volonté, d’esprit de sacrifice et de continuité dans le courage pour l’intérêt de la famille, que dans le pays pour le service de la nation ».(Ph. Herriat)
      Toutes ces femmes, et bien d’autres, semblent très loin de l’aventure prodigieuse de Guillaumet survivant à l’écrasement de son avion à 5.000 m d’altitude et traversant à pied la cordillère des Andes …
      Pourtant, elles sont (et ils sont), chacun à sa manière, des héroïnes et des héros.

Le courage d’endurer
      La commémoration de la Libération nous rappelle chaque année le courage indomptable des déportés des camps de la mort. Les prisonniers des camps Viet ont connu un sort peut être plus effroyable encore à certains égards. Le Goulag est fermé, nous dit-on, mais nous savons qu’il reste dans le monde beaucoup de prisonniers pour leurs idées et leur foi, héros des temps modernes. Tant il est vrai que derrière les barbelés, comme dans les hôpitaux et derrière les murs des belles maisons ou des HLM, c’est bien le courage qui caractérise l’homme. «  Aucune bête au monde, disait Guillaumet n’aurait pu faire ce que j’ai réussi »

Le courage devant la mort
      Malgré l’angoisse, il est probablement plus facile de marcher à l’échafaud comme l’ont fait, entre autres, Louis XVI et les Carmélites de Compiègne, portés par leur foi et la grâce du martyre, que de se débattre dans les souffrances et les révoltes d’une longue maladie. Comme dit Graham Green : »On parle du courage d’un condamné à mort qui marche jusqu’au lieu de son exécution. Il en faut parfois autant pour garder une façade acceptable en allant au devant de la souffrance quotidienne. »
Cela dit, nul ne choisit… mais, même en admettant que mourir ne soit pas le plus difficile de l’existence, notre position face à la mort est la pierre d’achoppement dont dépend notre capacité d’être courageux dans les autres circonstances de notre vie.

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Certes, croire à une vie future permet dans une certaine mesure de mieux regarder la mort en face. La foi donne aux croyants la possibilité d’aborder peut-être mieux que les autres ce moment suprême, d’où une relation étroite entre le courage de mourir et le courage de croire, c’est à dire d’aborder sereinement la question du sens de la vie. Ainsi, le courage de regarder la mort en face peut contribuer à notre paix intérieure, mais autre chose est d’y penser quand on est bien portant, et autre chose de se présenter, seul et nu, devant le grand passage…
      Le fait d’aider à mourir celui ou celle qu’on aime réclame encore plus de courage.

Pour certains, le courage de vivre est bien plus méritoire que celui de mourir, par exemple s’il faut recommencer chaque matin une vie médiocre ou pénible, et a fortiori, pour les malades graves, celui d’aborder une nouvelle journée de douleur intense.

Le courage de décider
Il est souvent dur de décider: les vrais choix de l’existence comportent des risques et, de façon un peu infantile, nous préférerions ne pas avoir à les distinguer aussi clairement. Certains hommes balancent ainsi longuement sans parvenir à choisir entre tel ou tel parti à prendre sur le plan professionnel ou politique… Cette indécision chronique leur empoisonne la vie car vivre c’est choisir
- A l’opposé, c’est aussi une forme de courage que de ne pas se précipiter pour prendre une décision irrévocable… car la précipitation est souvent une fuite en avant.

Le courage d’accepter une responsabilité
On trouve de moins en moins de gens qui acceptent de prendre des responsabilités, notamment dans les domaines professionnel, associatif et politique.

      Raison de plus pour saluer le courage de ceux qui osent s’engager de façon claire en mettant leur énergie au service d’un idéal, telle Christine Boutin, député des Yvelines, qui défend au Parlement la conception Chrétienne de la dignité humaine, notamment en matière de bioéthique, face aux vrais apprentis-sorciers matérialistes, (voir chapitre La VIE).

Le courage de dire « non »
      C’est une forme de courage qui a de multiples aspects: l’adolescent qui dit « non » quand on lui offre un « joint »; la jeune fille qui refuse de se donner à un garçon qui lui plait mais qui ne lui assure pas la dimension d’amour dont elle rêve; le responsable qui tient bon devant un chantage ou une compromission… tous ces gens là sont des modernes courageux.

Le courage d’être seul car « Le plus brave d’entre nous a peur de son moi« (Shakespeare) C’est malheureusement le lot de beaucoup de nos contemporains, en ville notamment, à comparer avec la sévère promiscuité des HLM de banlieues…

Le courage d’endurer sa souffrance personnelle, et plus encore celle de ceux qui vous sont chers Il faut bien plus de courage à un père pour soigner et soutenir son propre enfant gravement handicapé que pour faire face à ses difficultés personnelles ou risquer sa propre vie sur un champ de bataille…

Le courage de se remettre en question

Le courage de renoncer, par exemple à une responsabilité, quand on sent qu’on commence à être fatigué. C’est, semble-t-il, une forme de courage à laquelle beaucoup de dirigeants ne sont pas assez préparés…

Le courage de vieillir se rattache au précédent mais il comporte aussi celui d’essayer de rester jeune d’une certaine manière…

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Le courage de s’engager quand on aime, celui de rester fidèle, et celui de mettre de l’exigence dans son amour car, par exemple, trop de parents y considèrent surtout la dimension tendresse et ont peur de déplaire à leurs enfants…

Le courage de pardonner. C’est celui qui manque par exemple à tant de foyers qui pourraient essayer de se reconstruire au lieu de se déchirer…

Le courage collectif
      Depuis les temps préhistoriques, la survie des humains dépend surtout du courage de tous. C’était vrai au temps des cavernes que les tribus disputaient aux bêtes sauvages. Cela a été vérifié souvent depuis, comme en France pendant la Guerre 1914/18 alors que les hommes étaient au front, les femmes aux champs ou à l’usine.. L’attitude du peuple Anglais a, de même, été héroïque durant le « Blitz »; comme celle des Israéliens lors de la création de leur Etat ou lors des différentes guerres Israélo Arabes.
      Dans un autre ordre d’idées, le relèvement de l’Allemagne et du Japon après leur défaite de 1945 est d’abord à imputer au courage collectif de ces peuples…
      Aujourd’hui comme hier, la formule de Platon reste donc vraie:

« Ce sont les hommes et non les pierres qui forment le rempart de la Cité. »

2/ LA CRISE DU COURAGE

      Malheureusement, en face de tous ces traits de courage, on connaît des gens qui, par exemple, s’étaient distingués au feu durant leur jeunesse et qui se révèlent veules, voire lâches dans d’autres domaines à leur maturité. (L’inverse est vrai aussi…) On cite surtout des cas innombrables de lâcheté individuelle et collective dans tous les domaines de l’activité humaine et de l’actualité.

Nos lâchetés individuelles et collective.
      La lâcheté est d’abord individuelle et commence souvent à l’école. Des gamins rackettent leurs camarades plus faibles qui n’osent ni se plaindre ni réagir. Des violeurs, des consommateurs et distributeurs de drogue sont chez eux dans certains quartiers ou lycées où personne ne les dénonce car règne l’omerta corse, la loi du silence.
      Dans certains immeubles, les témoins de violences à enfants et à femmes n’osent pas intervenir pour ne pas se mêler des affaires de leurs voisins. Dans les lieux publics, dans les transports ou dans la rue, des énergumènes peuvent casser des objets, menacer, molester ou attaquer des personnes, violer des femmes ou détrousser des vieillards sans que personne n’ait le courage d’intervenir…
Cette lâcheté individuelle réagit souvent sur la vie collective: on constate que beaucoup d’hommes publics n’osent ni résister à un chantage ou à une pression ni dire la vérité quand elle risque de déplaire à leurs électeurs. Ceux là pratiquent plutôt la démagogie que le courage politique.
A propos de lutte contre la corruption, il faut du courage aux responsables pour refuser d’entrer dans ce cycle infernal. (Encore faudrait-il que le courage et l’intégrité de certains ne soit pas une assurance pour les autres de conquérir les marchés publics!)

La lâcheté en politique
      Il est indéniable que nous avons laissé Hitler se renforcer faute de réagir quand il a occupé la Rhénanie en 1936. De lâcheté en lâcheté, nous en sommes arrivés à la guerre de 1939/45 avec ses horreurs dont nous sommes indirectement responsables. Vis à vis de l’URSS, pendant 44 ans, nos démocraties Occidentales ont fait preuve de la même faiblesse, en refusant de soutenir les habitants des pays satellites réduits en esclavage quand ils tentèrent de secouer leurs chaînes, les Hongrois en 1956, les Tchèques en 1968 et les Polonais en 1980.
Le « Naturellement, nous ne ferons rien! » du Ministre des relations extérieures françaises de cette époque résonne encore comme un aveu d’impuissance et de lâcheté collectives, celles qu’on a retrouvées en Bosnie et ailleurs…

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Sur le plan de la politique intérieure, c’est encore une forme de lâcheté de la part des pouvoirs publics que de refuser de présenter à l’opinion dans leur vraie dimension des réalités inquiétantes. Par exemple, l’immigration incontrôlée qui pèse lourd en termes de dépenses de santé, de délinquance, de commerce de la drogue… La montée d’un Islam conquérant qui menace l’identité et la sécurité françaises. L’aspect pervers d’une certaine politique d’assistance aux exclus de la métropole et des DOM/TOM que les allocations encouragent en fait à la paresse. C’est encore manquer de courage, en ce qui concerne la prévention du SIDA, que de se référer au seul préservatif en cachant le fait que le vagabondage sexuel est la vraie cause de la propagation de la maladie.

      Mettre les hommes et les femmes devant leurs responsabilités personnelles serait une tout autre preuve de courage politique…

Tout cela, Soljénitsyne le stigmatisait déjà lors de son discours d’Harvard en 1978 :
« Le déclin du courage est peut être ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui. Le courage civique a déserté, non seulement le monde occidental dans son ensemble, mais même chacun des pays qui le composent, chacun de ses gouvernements, chacun de ses partis, ainsi que, bien entendu, l’Organisation des Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d’où l’impression que le courage a déserté la société toute entière. Bien sûr, il y a encore beaucoup de courage individuel mais ce ne sont pas ces gens là qui donnent sa direction à la vie de la société. Les fonctionnaires politiques et intellectuels manifestent ce déclin, cette faiblesse, cette irrésolution dans leurs actes, leurs discours et plus encore, dans les considérations théoriques qu’ils fournissent complaisamment pour prouver que cette manière d’agir, qui fonde la politique d’un Etat sur la lâcheté et la servilité, est pragmatique, rationnelle et justifiée, à quelque hauteur intellectuelle et même morale qu’on se place. Ce déclin du courage, qui semble aller ici ou là jusqu’à la perte de toute trace de virilité, se trouve souligné avec une ironie toute particulière dans les cas où les mêmes fonctionnaires sont pris d’un accès subit de vaillance et d’intransigeance, à l’égard de gouvernements sans force, de pays faibles que personne ne soutient ou de courants condamnés par tous et manifestement incapables de rendre un seul coup. Alors que leurs langues sèchent et que leurs mains se paralysent face aux gouvernements puissants et aux forces menaçantes, face aux agresseurs et à l’Internationale de la terreur.
Faut-il rappeler que le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant coureur de la fin ? « 

***

3/ L’éducation au courage

      Comment réensemencer le courage dans nos sociétés ? Deux remarques fondamentales:

- La vertu de courage n’est pas innée chez le petit d’homme; il lui faut donc une éducation au courage.
- Comme la peur, le courage est contagieux, d’où l’importance de l’exemple en matière de propagation du courage physique, moral et social.
Les spartiates entraînaient systématiquement leurs jeunes gens à se dominer à travers la pratique de sévères exercices. En 2005, nous n’en sommes plus là; l’idée de souffrir nous fait horreur et les ascenseurs nous épargnent même tout effort physique. Il faut donc réhabiliter l’idée simple que l’éducation au courage est un élément constitutif de la formation du caractère, et que cette dernière passe d’abord par la maîtrise de son corps.
      Prenons garde cependant! L’éducation est un tout et l’on ne saurait privilégier sans risques l’éducation au courage par rapport à celle du coeur ou de l’esprit. Tout déséquilibre dans ce domaine risque d’aboutir à des troubles du comportement…

      Sous prétexte de formation du caractère des enfants, gardons nous d’envoyer trop tôt nos gamins au parcours du risque ou à la tour à parachute… Apprenons-leur aussi le don de soi et la générosité.

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      Mais n’élevons pas nos enfants (garçons et filles) dans la mollesse et enseignons-leur très tôt à exercer leur courage à travers de petites choses. Dès 4 ans, à ne pas faire de drame s’ils s’écorchent le genou; dès 6 ans, à se lever le matin sans rechigner et à ne pas avoir peur du noir; les faire marcher en forêt ou en montagne dès 7/8 ans…
      Ce sont là des éducatifs simples qui les prépareront à refuser, quelques années plus tard, un joint ou une dose de dope.
      Cela les aidera peut être à tenir bon, à 40 ans, devant une compromission ou une lâcheté professionnelle… Un scout de 14 ans est lâché seul un soir à l’orée d’une forêt avec la consigne de la traverser à la boussole en deux étapes séparées par une nuit à la belle étoile. C’est un beau test de débrouillardise et de contrôle de soi. On peut le transposer dans d’autres domaines.

      Dans cette éducation au courage, L’EXEMPLE est essentiel. C’est pourquoi, quand ça va mal, nos officiers ont l’habitude de dire à leurs hommes :  » En avant derrière moi… »

      Dans le même ordre d’idées mais dans des domaines différents, l’exemple que les parents courageux donnent aux enfants est essentiel, à condition qu’il reste humain.
(J’ai connu un camarade, orphelin de père, qui a été marqué par les sacrifices héroïques faits par sa mère pour lui permettre de continuer ses études malgré sa pauvreté. A contrario, j’ai entendu un adulte au psychisme perturbé parce que sa mère lui a interdit de pleurer, enfant, la mort de son père…)

      L’exemple des parents est donc essentiel mais il ne suffit pas. Les jeunes ont aussi besoin de modèles et il est important de savoir en présenter aux enfants et aux jeunes. Malheureusement, la civilisation médiatique moderne a tendance à confondre idole et modèle, et la TV incite trop les jeunes à ressembler à tel chanteur ou à tel joueur de foot…
      Sachons, quant à nous, identifier les auteurs d’actes de courage authentiques; sachons les citer et les donner en exemple car le courage est contagieux.

Avec les RAISONS DE VIVRE, c’est de CARACTERE, donc de COURAGE, que nos jeunes auront surtout besoin pour la vie qui les attend. « Le caractère, écrivait de Gaulle, c’est la vertu des temps difficiles… » Or, qu’il s’agisse de la situation socio-économique, politique ou humaine, on peut prévoir que les temps à venir seront difficiles.

      Au siècle de la sécurité à tout prix et de l’assurance tous azimuts, remettons donc à la mode le proverbe « La chance sourit aux audacieux ». Dans tous les domaines de l’activité humaine, des raids militaires à la création d’entreprises, en passant par le mariage et la mise d’un enfant au monde, réhabilitons l’idée que la vie est un combat et que s’y applique donc la devise des Paras:

« Qui ose gagne »


      (Il s’agit évidemment d’une condition nécessaire mais pas suffisante; le courage ne vaut rien sans bon sens, sans réalisme et sans compétence…)

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 12 septembre, 2006 |Pas de commentaires »

LE RESPECT

LE RESPECT
    Ces Valeurs, qui souvent perdues de vue, sont pourtant comme des piliers qui aident l’homme et la société à tenir debout.
Comme pour les autres chapitres, le plan retenu est le suivant :
           - De quoi s’agit-il ?
           - La crise du respect
           - Pour une éducation au respect

***

1/ Le respect. De quoi s’agit-il ?

    Le dictionnaire nous précise :
 » – Traiter quelqu’un ou quelque chose avec déférence en raison de sa supériorité, de son âge, de son mérite.
- Sentiment de vénération à l’égard de ce qui est sacré ( la mémoire d’une personne par exemple ).
- Attitude qui consiste à ne pas porter atteinte à quelque chose ( la loi, le bien d’autrui… )
Une déformation du respect est la crainte de l’opinion des autres, c’est le « respect humain ».
- Synonymes : considération, déférence, révérence, vénération… »

Le point de vue de philosophes
     » Mon Général (ou mon Colonel), je vous présente mes respects ! » La formule fait partie des usages militaires. Traduit-elle en profondeur un sentiment réel?…

    En effet un philosophe écrit : « Le respect est une vertu, certes mais seulement si son objet en est vraiment digne. Il existe en effet une forme de respect, faite de conformité sociale ou de soumission aux hiérarchies qui relève purement du dressage.
    Lorsqu’il justifie une obéissance sans réflexion, sans discussion, le respect est la porte ouverte à l’irresponsabilité et à l’inhumanité… »
   Ainsi, lors de son procès à Jérusalem, Eichmann, le bourreau nazi, justifiait son obéissance aux ordres de ses supérieurs en invoquant son respect inconditionnel de la parole donnée au Führer. Ce respect-là semblerait dès lors condamnable en raison de la servilité à laquelle il ne manquerait pas de nous conduire…
   
« D’où la dévalorisation du respect dans notre vie quotidienne. Respecter autrui, la parole donnée, les plate-bandes, les gens qui font la queue… Pourquoi, si c’est stupide et aliénant? »
   
« Le respect est pourtant une vertu. Il est même l’expression par excellence du comportement moral, et pas seulement éthique, celui où l’être humain exerce sur lui même un contrôle et reconnaît une limite infranchissable, que ce soit le visage de l’autre, ou ma propre dignité, ou encore la vérité sans laquelle il n’est plus de lien entre les êtres humains… »

Catherine Audard « Le Respect » Editions Autrement Série morales

    Alain soutenait la nature liberticide du respect : « Tout le mal vient, dit-il, de ce que les hommes ne savent pas obéir sans respecter… » (Je conteste, quant à moi, sa vision des choses…)
    Un autre auteur affirme : « Confondu avec la déférence, la politesse, aux limites de l’obséquiosité, de la servilité mais aussi de la crainte et de l’admiration, le respect apparaît plus comme le résultat de la pression sociale que comme une vertu… »

   Sur un ton différent, la philosophe catholique Simone Weil écrit : « Le fait qu’un être humain possède une destinée éternelle n’impose qu’une seule obligation, c’est le respect.
L’obligation n’est accomplie que si le respect est effectivement exprimé, d’une manière réelle et non fictive. Il ne peut l’être que par l’intermédiaire des besoins terrestres de l’homme. »

   Faute de pouvoir prolonger le débat à ces hauteurs, je conclurai que, d’une certaine manière, le respect s’adresse surtout au sacré. Il concerne à la fois l’ordre cosmique et la loi, loi de nature ou loi des hommes.
   S’agissant de l’autre, il s’agit de le reconnaître d’abord comme une personne.
C’est a priori difficile, non seulement en Inde pour le brahmane vis à vis de l’intouchable, le policier face au délinquant… mais aussi, admettons-le, pour chacun de nous dans les circonstances ordinaires de la vie.

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Les différentes formes du respect

Le respect commence par le respect de soi-même, de son corps (la pudeur est ainsi une forme élémentaire de respect de soi-même), de son esprit et de son cœur (Le respect de soi-même est une forme de l’honneur) . C’est ne pas se respecter soi-même que de se laisser aller à une action vile.
    Le respect des autres (leur corps, leurs biens, leurs opinions…) est un élément fondamental de la vie en société.
Cette notion ne va certes pas de soi mais, sous l’influence du Christianisme et des Droits de l’Homme, elle a progressé au fil des âges.
    Dans l’Antiquité, il était courant de passer les vaincus au fil de l’épée, l’esclavage était communément admis et ceux qui pensaient mal étaient tués ou enfermés. Aujourd’hui, ces pratiques perdurent, hélas, du Soudan aux bagnes chinois, mais elles suscitent la réprobation majoritaire. (M’occupant de prisonniers depuis des années, j’atteste que le respect dû aux détenus a considérablement progressé en France, encore qu’insuffisamment…)

    Dans toutes les civilisations, un certain nombre de circonstances humaines revêtent un certain caractère sacré et donc mérite le respect: tout ce qui touche à la naissance et à la mort.
   De même pour des lieux de mémoire comme l’Arc de Triomphe, Verdun, Auchwitz ou les Cathédrales.

2/ La crise du respect : » France, ton respect fout le camp !  »

   Cela commence par le respect de soi-même.

Deux exemples parmi bien d’autres.
    Nous nous indignons du fait que les intégristes musulmans imposent le «  burka  » à leurs femmes mais, à l’inverse, mesurons-nous assez le scandale que représentent certaines modes féminines européennes sans parler de notre publicité à base de nus et de notre TV.

    Il y a dans nos villes des officines pleines de jeunes qui viennent se faire tatouer ou poser un « piercing ». Toutes ces personnes qui sacrifient à des modes cruelles et imbéciles manquent au respect d’eux-mêmes.

De même, le respect des autres semble disparaître:

    Les injures entre automobilistes… Les propriétaires de chiens qui laissent salir les trottoirs… Les jeunes qui bousculent les personnes âgées… Les voisins bruyants…

    L’escalade des vols marque un mépris absolu de la propriété d’autrui. La Loi et les règlements sont journellement bafoués, à commencer par le code de la route…

    Sur un autre plan, des journalistes n’hésitent pas à livrer des vies privées en spectacle.

   L’attitude du public huant la Marseillaise lors d’un match France-Algérie était scandaleuse mais l’attitude de nos hommes politiques n’est pas non plus édifiante.
    On voit lors des séances de questions orales télévisées, des députés en séance lisant le journal, bavardant avec leur voisin, faisant claquer leur pupitre et interrompant bruyamment leurs adversaires…

Il n’y a même plus de respect du « sacré »

    On ne compte plus les outrages commis par des écrivains, des journalistes, des dessinateurs, des cinéastes à l’égard de la Religion Catholique, du Drapeau, de la mémoire des Anciens Combattants et d’autres symboles considérés autrefois comme sacrés.
    La Justice donne raison à un afficheur superposant la Croix du Christ et la croix gammée, tandis qu’une marque de bière caricature les rites de la Messe à des fins mercantiles…

    La Mort elle-même, considérée comme sacrée dans toutes les civilisations depuis que l’homme est sur terre, perd son caractère de tabou et les viols de sépultures se multiplient.

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Pour une éducation au respect
    Il paraît donc nécessaire de réagir et c’est ce que propose France-Valeurs qui veut réensemencer les Valeurs en reprenant tout à la base.
    Dans ce domaine comme dans bien d’autres, en effet, tout est affaire d’ éducation.

   Or, l’éducation aux Valeurs, c’est une œuvre globale: les Valeurs forment un tout indissociable. Pour  » élever  » un enfant, il faut l’aider à développer ensemble son corps, son esprit et son âme ; l’éveiller à la fois à la générosité, au courage, à la responsabilité… et au respect.

    Ce genre d’éducation revient d’abord à la famille.

    Elle passe par l’exemple. C’est une affaire d’imprégnation quotidienne. L’apprentissage du respect se diffuse chaque jour « à dose homéopathique  » et dans la tendresse …

    Elle concerne d’abord la famille mais il faudrait que les autres agents éducatifs tirent dans le même sens ( l’école, les amis, les mouvements de jeunesse, la TV…)
    D’où l’importance primordiale de la
cohérence dans l’éducation.

L’éducation au respect de soi-même

Faute de pouvoir évoquer l’éducation morale en général, je me borne à une seule remarque.

    En ce siècle d’exhibitionnisme où des jeunes filles montrent leur nombril aux passants alors que des messieurs ventripotents promènent sans complexe leur bedaine dénudée, il conviendrait sans doute de revenir à une saine conception de l’éducation à la pudeur.

   Dans le cas de la pudeur féminine, (c’est le visiteur de prison qui parle ici et qui rencontre beaucoup de délinquants sexuels…), cela relève d’ailleurs de la simple prudence. On brandit le principe de précaution vis à vis de la vache folle, pourquoi nos filles ne se l’appliqueraient pas à elles mêmes alors que grandit ( sans doute en raison du contexte ) le nombre des détraqués et des pervers…

L’éducation au respect des parents

    Entourer leurs enfants d’amour, c’est évidemment le premier rôle des parents mais cela n’exclut pas qu’ils se fassent respecter. La Bible stipule d’ailleurs : « Tu honoreras ton père et mère! » et le code civil dit la même chose en son article 371.
    Or, sans revenir à la conception haïssable du père dominateur, écraseur de personnalités, il y a fort à faire, à l’inverse, pour rattraper les effets pervers de la mode des « parents-copains« .
    Se faire respecter, c’est vrai d’abord dans le domaine du langage (on ne parle pas aux parents comme on parle aux camarades de classe…) . C’est vrai aussi dans le domaine du respect des lieux de leur intimité, de leurs affaires, de leur correspondance…

Tout cela s’apprend dès les premières années, en douceur mais fermement.

Cela va évidemment de pair avec le respect des parents pour leurs enfants.

    Ayant ainsi découvert une première série de repères élémentaires au sein de la famille les jeunes n’en seront que mieux préparés à accepter d’autres limites dans d’autres domaines et, d’abord, à se situer vis à vis des autres en les respectant.

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L’éducation au respect des autres
    Là encore, la famille est le meilleur espace de découverte des autres et du respect de leur altérité, surtout s’il s’agit d’une famille relativement nombreuse. C’est en vivant avec les autres qu’on apprend à les respecter.
    Chacun sait cependant qu’il s’agit, pour les parents (et pour les enfants), d’une longue patience et que la cohabitation familiale ne va pas sans heurts.

    De même, la sociabilisation est l’un des objectifs affichés de l’école. Elle postule que les enfants apprennent à vivre ensemble, donc, au minimum, à admettre des limites à leur liberté. C’est là une dimension nécessaire mais pas suffisante pour que règne l’harmonie.
    La première façon de lutter contre la violence à l’école , thème cher à nos politiques et à nos associations, c’est de faire de ce principe une réalité, ce dès la maternelle.

Le respect de la femme, « éducatrice de l’homme et gardienne de la civilisation. »
    En cette époque d’éducation mixte, réinventons des moyens simples d’enseigner aux garçons le respect de la femme – et aux filles le souci de se faire respecter. ( 1 )

Le respect du Sacré
    A des titres divers, il nous faut réapprendre progressivement à nos enfants à respecter tout jeunes des réalités simples comme, par exemple :
- le pain, synthèse de l’œuvre de la nature et du travail des hommes,
- la peine des autres, à commencer par l’humble besogne des éboueurs et des plongeurs…
- les lieux publics (parcs & jardins , espaces de jeux, rues…)

    Cette initiation peut déboucher sur l’apprentissage graduel du respect de la nature, en commençant par le respect du silence de la forêt ou de la campagne, et en continuant par le respect des arbres et des plantes, des animaux et des sites …

    A partir de ces bases, les jeunes ayant pris un certain nombre de repères, il est plus facile d’aborder progressivement avec eux des notions plus complexes et dont certaines sont abstraites comme le respect des monuments et des œuvres d’art, le respect de la Loi, le respect des symboles, le respect de ceux qui nous ont précédés et qui ont contribué à façonner, à embellir et à protéger notre pays.

    Il apparaît ainsi que l’éducation au respect est nécessaire mais non suffisante.

Elle n’est que l’un des éléments de l’éducation tout court mais qu’elle débouche sur d’autres éléments dont le respect est indissociable, à commencer par l’amour.

***
(1) Respect des femmes.
Bien que ces sujets ne relèvent pas explicitement de ce chapitre surtout consacré à l’éducation au respect, comment ne pas évoquer ces scandales que constituent, d’une part, l’enlèvement et la « vente » de jeunes filles de l’Est qu’on livre chez nous à la prostitution, d’autre part, les mutilations sexuelles toujours en vigueur, notamment en Afrique, et tolérées, de fait, ici, dans certains milieux immigrés.
Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 12 septembre, 2006 |Pas de commentaires »

L’HONNEUR

L’HONNEUR
Il paraît nécessaire de réhabiliter chez nous l’honneur, une notion apparemment oubliée. 

   Des générations d’hommes et de femmes ont pourtant essayé de mettre en pratique avant nous la définition du Littré: « L’honneur est le sentiment qui fait que l’on veut conserver l’estime de soi même et des autres« .

   Cette définition connote indéniablement, comme dit Henri Hude, « un souci de distinction, un effort vers le haut, un désir de grandeur. » Il est donc triste que, pour trop de nos contemporains, ce concept semble non seulement inintelligible mais même suspect.
   « L’honneur, dit un élève de 1°, ne joue plus un grand rôle dans notre société. Chacun a plutôt un autre souci en tête: la vie est plus importante que l’honneur« .

   L’actualité nous montre cependant, « par défaut« , que l’Honneur doit rester un des piliers de notre existence individuelle et collective et qu’il est, plus que jamais, urgent de le faire revivre en nous.

1/ Différents types d’honneur

- l’honneur aristocratique.
   C’est celui qui sacrifie l’intérêt personnel (amour y compris) au devoir.
Corneille le célèbre notamment avec le Cid, et Péguy le fera sien :

« Puissions nous, Ô régente, au moins tenir l’honneur
et lui garder, lui seul, notre pauvre tendresse…
« 

   L’honneur était le principe de la société aristocratique. La démocratisation a sans doute contribué « à jeter le bébé avec l’eau du bain« , sauf dans certains milieux comme l’armée où il continue à être évoqué sans respect humain.- l’honneur militaire
   La devise de l’armée française est en effet « Honneur et Patrie » et on y honore le sacrifice des morts au champ d’honneur.
   L’honneur est ainsi revendiqué comme une vertu militaire cardinale. C’est notamment la consolation du courage malheureux : « Tout est perdu fors l’honneur !« , disait François 1° après Pavie.
   C’est en son nom que nos soldats avaient résisté victorieusement à Verdun et qu’ils ont livré les combats sans espoir de Mai /Juin 1940 et de Dien Bien Phu.

- l’honneur dans son métier
   De façon moins dramatique, l’honneur d’un industriel, d’un artisan ou d’un commerçant consiste essentiellement à tenir ses engagements vis à vis de ses clients, ceux du cahier des charges, et vis-à-vis de ses employés, ceux du contrat de travail.

   Il comporte donc les dimensions élémentaires « honnêteté » et « amour du bel ouvrage », ceux de la couturière, du maçon ou du peintre qui fignolent leur travail. Les compagnons du devoir en ont fait le centre de leur éthique professionnelle.

   C’est aussi en son nom qu’est bannie la corruption active ou passive, celle, entre autres, du pot de vin offert ou accepté. L’honneur d’un commerçant qui faisait de mauvaises affaires lui commandait autrefois de refuser d’être mis en faillite; il tenait à dédommager ses créanciers sur ses biens.

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- L’honneur dans sa famille
   Le B, A, BA de l’honneur familial est, pour les parents, de tenir leurs engagements de fidélité et de prise en charge en faisant preuve chacun de responsabilité vis-à-vis de son conjoint et de ses enfants. En échange, l’honneur des enfants, c’est de respecter leurs parents et de les assister, le cas échéant. 

-L’honneur dans la vie publique
   Tenir ses engagements est une forme élémentaire de l’honneur; la parole est à cet égard aussi sacrée qu’un engagement écrit.

   S’agissant des avantages liés à l’exercice du pouvoir, la règle d’or des hommes publics est (ou devrait être) : « Servir et non se servir ».

- L’honneur à l’école
   Il incite l’enfant à obtenir les meilleurs résultats scolaires possibles grâce à son travail sans faire appel à des tricheries. C’est lui qui interdit aux petits écoliers de souffler les réponses à leur voisin paresseux ou au lycéen de préparer des anti sèches. Il exclut de même toute forme de vol (même baptisé larcin…).
   Le tableau d’honneur et le prix d’honneur d’antan allaient dans le même sens.

- l’honneur dans le sport
   Il consiste de même à aller jusqu’au bout de ses forces mais en respectant les règles, les décisions d’arbitrage et l’adversaire, en évitant toute tricherie.

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   D’une façon générale, l’honneur est signe d’une conception de la vie qui « tire les hommes vers le Haut ».

Le seul vrai honneur est le service des autres.

   La société civile d’autrefois mettait son honneur à vivre en conformité avec un code social, écrit ou non, les chevaliers aussi bien que les artisans. On se sentait très lié par un engagement moral (comme la dette d’honneur).On en est très loin aujourd’hui.2/ La crise de l’honneur- L’honneur dévoyé - L’honneur dévoyé


   En Corse, en Sicile, au Maghreb, en Albanie et ailleurs, l’honneur consiste surtout, dit-on, à passer pour un homme redoutable que l’on n’offense pas impunément. D’ailleurs, un code social ancestral régit rigoureusement le traitement des conflits, au besoin dans le sang, la protection jalouse de la vertu des filles et le soutien des proscrits, notamment à travers l’omerta, la loi du silence. Cette conception caricaturale de l’honneur a probablement contribué à affaiblir la portée du vrai honneur.- L’honneur aristocratique
   Il a parfois été dévoyé en orgueil nobiliaire et esprit de caste, aboutissant à des comportements mégalomaniaques et quelquefois suicidaires qui amenèrent longtemps la fleur de notre jeunesse à s’entretuer pour des broutilles…

- Honneur et honneurs
   Par ailleurs, dans tous les milieux, la passion de l’honneur peut dégénérer en passiondes honneurs… A cet égard, le désir de hautes charges peut conduire des personnes de grande qualité à se déshonorer. Il faut donc bien distinguer entre honneur et ambition et ne pas séparer noblesse de sentiments, générosité, simplicité et gentillesse.
   A défaut, le sentiment de l’honneur devient vite morgue hautaine et préjugé de caste.

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- L’honneur militaire en question
   Des facteurs politiques ont souvent compliqué la vision militaire de l’honneur, d’où de douloureux cas de conscience dans certaines circonstances.
   En 1940/42, au sein de promotions formées dans le même moule, certains officiers ont mis leur honneur à obéir et d’autres à désobéir. Ceux d’Algérie ont connu le même déchirement en 1961/62 comme leurs grands anciens lors des inventaires des églises en 1905. 

   Sur un autre plan, les antimilitaristes relèvent volontiers que ce vocable a couvert des entreprises néfastes : les charges stupidement héroïques de nos cavaliers, d’Azincourt à Reichshoffen, ou le sacrifice de commandants se faisant un devoir de rester sur leur passerelle pour couler avec leur bâtiment ; sans parler, dans un autre domaine, de ce qui a été, hélas, baptisé en 1941/ 42 : « la Collaboration dans l’Honneur« …

- L’honneur dans sa famille, dans son métier et dans la vie publique
   Aujourd’hui, hélas, beaucoup de gens ne se sentent plus liés par les promesses qu’ils avaient faites en fondant une famille. Le divorce est banalisé, l’abandon d’enfants n’est pas rare et même le refus de payer les pensions alimentaires est fréquent.

   Il en est de même dans le domaine professionnel et dans les affaires publiques. De puissants personnages confondent leur bourse personnelle avec la caisse de leur entreprise ou de leur parti. La corruption est généralisée. Des affaires en tous genres assombrissent notre vie nationale et démontrent l’affaiblissement de la simple honnêteté – chez beaucoup de nos responsables politiques et économiques et chez les particuliers. L’exemple qu’ils donnent est déplorable, d’autant que ces scandales sont (souvent abusivement) médiatisés.

- L’honneur à l’école
   Il y a toujours eu des (mini) conflits de devoir pour les enfants à l’école, ne serait-ce que quand le maître demande à l’auteur d’un méfait de se dénoncer sous peine de punition collective, que le coupable refuse et que la classe est tiraillée entre justice et solidarité.

   De nos jours, s’y ajoutent malheureusement la « fauche » qui est devenue un fléau scolaire dès les petites classes, et la tricherie qui sévit partout, y compris lors des examens.

- L’honneur dans le sport
   L’idéal olympique était splendide mais la professionnalisation du sport et le développement du sport-spectacle ont abouti à des abus criants comme le dopage sportif, et les trafics d’argent liés par exemple au rachat de joueurs vedettes.

- L’honneur dans la vie politique
   Sans parler des innombrables retournements de vestes liés au jeu politique, on doit dénoncer l’écart fréquent entre les promesses publiques de certains candidats aux élections (démagogie) et leurs comportements dès lors qu’ils sont élus et investis de pouvoirs. Tout semble se passer comme si les mots honneur et politique étaient antinomiques.

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-L’honneur des nations
   Cette crise est perceptible aussi à l’échelon des Nations. Autrefois, au nom de l’honneur national, on se déclarait la guerre pour un coup de chasse mouches (Alger 1830) ou pour le libellé d’une dépêche qu’on estimait injurieux (Ems 1870). Aujourd’hui, nos démocraties préfèrent se déshonorer que courir un risque. De 1945 à 1979, elles ont laissé les mains libres à l’URSS pour écraser les tentatives de révolte des Hongrois, des Tchèques, des Polonais et des Allemands de l’Est. La menace nucléaire a inhibé notre velléité de les aider.
   On peut en revanche se demander pourquoi la communauté internationale répugne à intervenir sérieusement aujourd’hui au Soudan et ailleurs.

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 12 septembre, 2006 |Pas de commentaires »
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