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GRAND-MAÎTRE DE FRANCE.

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GRAND-MAÎTRE DE FRANCE. Sous la première race de nos rois, le maire du palais était comme un lieutenant-général partout le royaume ; et selon l’ancienne disposition de l’état, comme il y avait un duc sur douze comtes, et même quelques autres ducs sur des provinces toutes entières, aussi le maire du palais était duc des ducs, et se qualifiait duc ou prince des Français. Son autorité ne s’étendait pas seulement sur la maison du roi, où il disposait de toutes les charges ; il avait encore grand pouvoir sur les gens de guerre, de justice et de finance, et sur toutes les affaires de l’état. Le grand sénéchal de France succéda au maire, et cette charge devint la première de la milice, et la plus considérable de la maison du roi. Aussi voyons-nous dans l’écrit du chevalier Hugues de Cléers, qui fut envoyé par le comte d’Anjou, Foulques v, son seigneur, à la cour du roi Robert, pour revendiquer la charge du grand-sénéchal, dont ce comte était dépouillé, qu’il y est nommé maire de France, major, à cause (dit ce chevalier) que ce comte commandait l’avant-garde et l’arrière-garde dans les armées du roi ; le roi Robert reconnut alors que cette charge était héréditaire aux comtes d’Anjou. En effet, elle avait été donnée au comte Geoffroy Grisegonnelle, dès l’an 977 ou 978, où elle avait passé à ses successeurs.

Sous le grand-sénéchal, il y avait un autre officier qualifié sénéchal de France ; et ceux qui exerçaient cette charge auprès du roi, la tenaient en fief des comtes d’Anjou, auxquels ils rendaient hommage et certaines reconnaissances, comme d’aller au-devant du comte quand il venait au palais, le faire loger, lui laisser servir le roi, etc. ; lui fournir à l’armée une tente pour tenir cent chevaliers.

Il avait aussi retenu une partie du pouvoir du maire du palais, et il jugeait des différends survenus à la suite de la cour, et entre les officiers de la maison.

Le Grand-Maître succédant au sénéchal, dont la charge cessa d’être remplie en 1191, après la mort de Thibaud, comte de Blois et de Chartres, qui en avait été pourvu en 1153, il eut droit de connaître, avec les maîtres-d’hôtel du roi, de toutes les actions tant civiles que criminelles, qui se passaient dans les maisons royales. Cette juridiction fut restreinte par édit du 25 février 1318, et supprimée par un autre édit du mois de décembre 1355. Elle ne laissa pas de subsister jusqu’en 1389, que par arrêt du 7 mars, il y fut mis des bornes. Enfin, par lettres-patentes du 19 septembre 1406, l’exécution de l’édit de 1355 fut ordonnée. On peut voir cela plus en détail, tome i, livre i, titre 19, du Traité de la police, par le sieur de la Mare, commissaire au châtelet.

Le premier, dont du Tillet ait trouvé quelque mémoire, est Arnoul de Wesemalle, chevalier de l’ordre des Templiers, qualifié souverain maître de l’hôtel du roi, sous le règne de Philippe le Hardi, vers l’an 1278.

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 26 novembre, 2006 |Pas de commentaires »

Titre de « Chevalier »

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CHEVALIER, subst. masc. Le premier ordre de la noblesse était celui des barons ou chevaliers bannerets ; il comprenait tous les gentilshommes qui étaient élevés en dignités, tant à cause des titres qui leur avaient été accordés, qu’à cause de leurs fiefs, en vertu desquels ils avaient droit de porter la bannière dans les armées, et d’y conduire leurs vassaux. C’est pourquoi ils sont ordinairement reconnus sous le nom de bannerets, et souvent sous le terme général de barons ; ce qui a fait dire à Divœus, que barones vocari soient ii proceres, qui vexilium in bellum efferunt. Le second ordre était celui des bacheliers, ou de simples chevaliers, et le troisième celui des écuyers.

Dès la première race des rois de France, les nobles se séparèrent de leurs inférieurs, portèrent de longs cheveux, à l’exemple des princes de la maison royale, pour marque de leur ancienne liberté.

Les bannerets étaient des gentilshommes qui avaient de grands fiefs qui leur donnaient droit de porter la bannière ; ils étaient obligés de soudoyer cinquante arbalétriers qui devaient les accompagner.

Selon M. du Tillet, le banneret était celui qui avait autant de vassaux gentilshommes qu’il en fallait pour lever bannière, et faire une compagnie de gendarmes ou gens à cheval, entretenus à sa table et soudoyés à ses dépens. Il devait avoir un château, avec vingt-quatre chefs de famille qui lui prétassent hommage.

Pour parvenir à cette dignité, il ne suffisait pas d’être puissant en fiefs et en vassaux, il fallait encore être gentilhomme de nom et d’armes. Dans une bataille ou un tournoi, le banneret s’y trouvait, et faisait présenter par un héraut le panon de ses armes au roi, ou aux maréchaux de l’armée, en l’absence du prince, et demandait permission de lever bannière, selon son rang de réception.

Le droit de lever bannière était très honorable, et la cérémonie s’en faisait avec pompe.

Selon un ancien cérémonial, un banneret devait avoir cinquante lances, outre les gens de trait, les archers et les arbalétriers qui lui appartenaient, savoir, vingt-cinq pour combattre, et autant pour garder sa bannière, et chaque homme d’armes avait à sa suite deux chevaux.

Les bannerets étaient ordinairement connus sous le nom comme sous le titre de barons ; et comme ils avaient souvent la qualité de Chevaliers, on les appelait Chevaliers bannerets.

Il y a cependant de la différence entre le baron et le banneret. Des arrêts des 2 et 7 juin 1401 contiennent que messire Gui, baron de Laval, soutint à messire Raoul de Coëtquen qu’il n’était point baron, mais seulement banneret, et qu’il avait levé la bannière dont on se moquait, l’appelant Chevalier au drapeau carré.

Il y avait aussi des écuyers bannerets qui possédaient des fiefs avec le droit de bannière ; mais n’ayant pas encore reçu l’honneur de la chevalerie, ils ne pouvaient s’en attribuer le titre.

Dans les commencements, le titre de banneret était personnel, et celui qui l’avait ne le tenait que de son épée et de sa bravoure ; mais dans la suite il devint héréditaire, passant a ceux qui possédaient la terre ou le fief d’un banneret, bien qu’ils n’eussent pas l’âge nécessaire, et qu’ils n’eussent donné aucune preuve de leur valeur pour mériter cette qualité. Cet ordre fut changé, à cause du ban et arrière-ban, parce que, lorsqu’il était assemblé, chaque banneret était tenu de servir son seigneur souverain ; ainsi ce devoir qui était personnel, devint purement réel, suivant le fief et la nature de son inféodation.

Il y avait des terres de haubert et de bannière, comprises sous le nom de militiæ ou de haubert ; d’autres appelées fiefs et terres baculariæ, ou de bachelerie ; d’autres enfin nommées vavassories. Le vavasseur avait des vassaux, mais la seigneurie dépendait d’un autre seigneur. Le banneret avait souvent des seigneurs bannerets, le vicomté de Thouars avait sous lui trente-deux bannières.

Le banneret avait le privilège du cri de guerre, que l’on appelle cri d’armes, qui lui était particulier, et qui lui appartenait privativement à tous les bacheliers et à tous les écuyers, parce qu’il avait droit de conduire ses vassaux à la guerre, et d’être chef de troupes et d’un nombre considérable de gendarmes. En 1283, Philippe le Hardi, fit un règlement portant qu’un Chevalier qui aurait 3 000 l. de terre ou plus, ou un banneret, pourrait avoir trois paires de robes par an, et que l’une des trois serait pour l’été.

La paye du Chevalier-Banneret était différente de celle du Chevalier-Bachelier, comme la paye de celui-ci l’était de l’écuyer. C’était à vingt-un ans, et après beaucoup d’épreuves, que l’écuyer pouvait prétendre au grade suprême de Chevalier, qui faisait toute l’ambition de la noblesse. C’était le prix le plus insigne qu’on pût proposer dans les occasions périlleuses de la guerre, pour redoubler le courage des guerriers. On le regardait comme un caractère qui imprimait des sentiments élévés au-dessus de l’humanité. C’était aussi la récompense la plus capable de payer les plus grands travaux et d’acquitter les plus grands services rendus au souverain et à la patrie ; c’était le grade le plus éminent dans la milice. Le grade de Chevalier était la première dignité dans l’ordre militaire. Cette dignité se conférait par une espèce d’investiture accompagnée de certaines cérémonies et d’un serment solennel.

Des jeûnes austères, des nuits passées en prières avec un prêtre et des parrains dans des églises ou dans des chapelles, les sacrements de pénitence et d’eucharistie reçus avec dévotion, des bains qui figuraient la pureté nécessaire dans l’état de chevalerie, des habits blancs, pris à l’imitation des néophites, comme le symbole de cette même pureté, un aveu sincère de toutes les fautes de sa vie, une attention sérieuse à des sermons, où l’on expliquait les principaux articles de la foi et de la morale chrétienne, étaient les préliminaires de la cérémonie par laquelle le novice allait être ceint de l’épée de chevalerie. Après avoir rempli tous ces devoirs, il entrait dans une église, et s’avançait vers l’autel avec cette épée passée en écharpe à son cou ; il la présentait au prêtre célébrant, qui la bénissait et la remettait ensuite au col du novice. Celui-ci, dans un habillement très simple, allait ensuite, les mains jointes, se mettre à genoux aux pieds du seigneur ou de la dame qui devait l’armer. Cette scène auguste se passait dans une église ou dans une chapelle, et souvent aussi dans la salle ou dans la cour d’un palais, ou d’un château, ou même en pleine campagne. Le seigneur ou le chevalier à qui le novice présentait l’épée, recevait en même temps son serment, que l’on sera peut être bien aise de voir tel que les anciens auteurs nous l’ont conservé.

Ils promettaient,

  1. De craindre, de révérer et de servir Dieu religieusement, de combattre pour la foi de toutes leurs forces, et de mourir plutôt de mille morts, que de renoncer au christianisme ;
     
  2. De servir leur prince souverain fidèlement, et de combattre pour lui et pour la patrie très valeureusement ;
     
  3. De soutenir le bon droit des plus faibles, comme des veuves, des orphelins et des damoiselles en bonne querelle, en s’exposant pour eux selon que la nécessité le requerrait, pourvu que ce ne fut contre leur honneur propre, ou contre leur roi ou prince naturel ;
     
  4. Qu’ils n’offenseraient jamais aucune personne malicieusement, ni usurperaient le bien d’autrui, mais plutôt qu’ils combattraient contre ceux qui le feraient ;
     
  5. Que l’avarice, la récompense, le gain et le profit, ne les obligeraient à faire aucune action, mais la seule gloire et vertu ;
     
  6. Qu’ils combattront pour le bien et pour le profit de la chose publique ;
     
  7. Qu’ils tiendront et obéiront aux ordres de leurs généraux et capitaines, qui auront droit de leur commander ;
     
  8. Qu’ils garderont l’honneur, le rang et l’ordre de leurs compagnons, et qu’ils n’empiéterontrien par orgueil, ni par force sur aucun d’eux ;
     
  9. Qu’ils ne combattront jamais accompagnés contre un seul, et qu’ils finiront toutes fraudes et supercheries ;
     
  10. Qu’ils ne porteront qu’une épée, à moins qu’ils ne soient obligés de combattre contre deux ou plusieurs ;
     
  11. Que dans un tournoi ou autre combat à plaisance, ils ne se serviront jamais de la pointe de leurs épées ;
     
  12. Qu’étant pris en un tournoi prisonniers, ils seront obligés par leur foi et par leur honneur, d’exécuter de point en point les conditions de l’emprise, outre qu’ils seront obligés de rendre aux vainqueurs, leurs armes et leurs chevaux, s’ils les veulent avoir, et ne pourront combattre en guerre ni ailleurs sans leur congé ;
     
  13. Qu’ils doivent garder la foi inviolablement à tout le monde, et particulièrement à leurs compagnons soutenant leur honneur et profit entièrement en leur absence ;
     
  14. Qu’ils s’aimeront et s’honoreront les uns les autres, et se porteront aide et secours toutes les fois que l’occasion s’en présentera, et ne combattront jamais l’un contre l’autre, si ce n’est par méconnaissance ;
     
  15. Qu’ayant fait vœu ou promesse d’aller en quelque quête ou aventure étrange, ils ne quitteront jamais les armes, si ce n’est pour le repos de la nuit ;
     
  16. Qu’en la poursuite de leur quête ou aventure, ils n’éviteront pas les mauvais et périlleux passages, ni ne se détourneront du droit chemin, de peur de rencontrer des Chevaliers puissants, ou des monstres, bêtes sauvages, ou autre empêchement que le corps et le courage d’un seul homme peut mener à chef ;
     
  17. Qu’ils ne prendront jamais aucun gage ni pension d’un prince étranger.
     
  18. Que commandants des troupes de gendarmerie, ils vivront avec le plus d’ordre et de discipline qu’il leur sera possible, et notamment en leur propre pays, où ils ne souffriront aucun dommage ni violence être faits ;
     
  19. Que s’ils sont obligés à conduire une dame ou damoiselle, ils la serviront, protégeront, et la sauveront de tout danger et de toute offense, ou ils mourront à la peine ;
     
  20. Qu’ils ne feront jamais violence à dames ou damoiselles, encore qu’ils les eussent gagnées par armes, sans leur volonté et consentement ;
     
  21. Qu’étant recherchés de combat pareil, ils ne se refuseront point, sans plaie, maladie, ou autre empêchement raisonnable ;
     
  22. Qu’ayant entrepris de mettre à chef une entreprise, ils y vacqueront an et jour, s’ils n’en sont rappelés pour le service du roi et de leur patrie ;
     
  23. Que s’ils font un vœu pour acquérir quelque honneur, ils ne s’en retireront point qu’ils ne l’ayent accompli, ou l’équivalent ;
     
  24. Qu’ils seront fidèles observateurs de leur parole et de leur foi donnée, et qu’étant pris prisonniers en bonne guerre, ils payeront exactement la rançon promise, ou se remettront en prison aux jour et temps convenus selon leur promesse, à peine d’être déclarés infâmes et parjures ;
     
  25. Que retournés à la cour de leur souverain, ils rendront un véritable compte de leurs aventures, encore même qu’elles fussent quelquefois à leur désavantage, au roi et au greffier de l’ordre, sur peine d’être privés de l’ordre de chevalerie ;
     
  26. Que sur toutes choses, ils seront fidèles, courtois, humbles et ne failleront jamais a leur parole, pour mal ou perte qui leur en peut advenir.

Le serment fait, le nouveau Chevalier était revêtu par un ou plusieurs Chevaliers, quelquefois par des dames et demoiselles de toutes les marques extérieures de la chevalerie ; on lui donnait successivement, et dans l’ordre que nous suivons, les éperons en commençant par la gauche, le haubert ou la cotte de mailles, la cuirasse, les brassards et les gantelets ; puis on lui ceignait l’épée. Quand il avait été ainsi adoubé, c’est-à-dire revêtu, il restait à genoux avec la contenance la plus modeste. Alors le seigneur qui devait lui conférer l’ordre, se levait de son siège ou de son trône, et lui donnait l’accolade ou l’accolée ; c’était ordinairement trois coups du plat de son épée sur l’épaule, ou sur le col de celui qu’il faisait Chevalier ; c’était quelquefois un coup de la paume de la main sur la joue ; on prétendait l’avertir par là de toutes les peines auxquelles il devait se préparer, et qu’il devait supporter avec patience et avec fermeté, s’il voulait être fidèle à ses engagements. En donnant l’accolade, le seigneur prononçait ces paroles, ou d’autres semblables : Au nom de Dieu, de Saint-Michel et de Saint-Georges, je te fais Chevalier ; auxquelles on joutait quelquefois ces mots : soyez preux, hardi et loyal.

Il ne lui manquait plus que le heaume ou casque, l’écu ou boucher, et la lance qu’on lui donnait aussitôt : ensuite on amenait un cheval qu’il montait, et pour faire parade de sa nouvelle dignité autant que de son adresse, il caracolait en faisant brandir sa lance et flamboyer son épée. Ensuite il se montrait dans cet équipage au peuple, qui témoignait sa joie par des acclamations, et par des danses autour du nouveau Chevalier.

En temps de guerre, on conférait la chevalerie d’une manière plus expéditive et plus militaire. On présentait seulement son épée, par la croix ou la garde au prince ou au général de qui on voulait recevoir l’accolade ; c’était tout le cérémonial. La célérité des entreprises, et le grand nombre de Chevaliers que l’on créait à la guerre, ne permettaient pas de suivre avec exactitude toutes les lois établies pour la création d’un chevalier.

Les Chevaliers jouissaient de plusieurs avantages extérieurs, qui rehaussaient l’éclat de cette profession par des prérogatives honorables, et donnaient à ceux qui l’exerçaient, une prééminence marquée sur tous les écuyers, et sur tout le reste de la noblesse. Ces distinctions consistaient dans l’armure, dans l’habillement, dans les titres, etc.

Une lance forte et difficile à rompre, un haubert, un haubergeon, c’est-à-dire une double cotte de mailles tissue de fer à l’épreuve de l’épée, étaient les armes assignées aux CHEVALIERS exclusivement ; la cotte d’armes faite d’une simple étoffe armoriée, était l’enseigne de leur prééminence sur tous les autres ordres de l’état et de la guerre.

Les Chevaliers avaient seuls le droit d’enrichir leurs vêtements, les harnais de leurs chevaux, leurs armes, d’ornements en or ; leurs femmes pouvaient aussi porter de pareils ornements sur leurs robes. On les distinguait dans le discours et dans les actes, par les titres de Dom, Sire, Messire, Monseigneur ; on donnait à leurs femmes, les titres de Dame, de Madame, etc. L’argent, destiné pour les écuyers que l’on qualifiait de Monsieur, de Damoiseau, et pour leurs femmes à qui l’on donnait le titre de Demoiselle, marquait aussi la différence qu’on devait mettre entr’eux, et les personnes d’un étage inférieur, qui ne portaient que des étoffes de laine, ou du moins sans or ni argent. Les seuls Chevaliers avaient droit de fourrer leurs manteaux de vair, d’hermine et de petit-gris : d’autres fourrures moins précieuses étaient pour les écuyers, et les plus communes pour le peuple.

La soie, interdite aux bourgeois, était dispensée avec un sage ménagement entre les Chevaliers et les autres nobles. Quand les Chevaliers paraissaient en cérémonie, vêtus de damas, les écuyers ne l’étaient que de satin ; ou si les derniers paraissaient en habit de damas, les premiers l’étaient de velours ; l’écarlate et toute autre couleur rouge était appropriée aux Chevaliers à cause de son éclat. Elle s’est conservée dans l’habillement des magistrats supérieurs et des docteurs.

Si les cérémonies observées dans la création d’un Chevalier étaient propres à faire naître dans le cœur de la jeune noblesse, l’amour de l’honneur et de la vertu, celles qui s’observaient dans la dégradation d’un Chevalier coupable d’un crime déshonorant, ne l’étaient pas moins pour inspirer de l’horreur pour le crime et pour la lâcheté.

Un gentilhomme qui avait déshonoré par quelque action honteuse, la chevalerie dont il était revêtu, était réduit à l’état le plus ignominieux par une espèce de dégradation, dans laquelle on remarque plusieurs traits de ressemblance avec celle des ministres de l’église.

Le Chevalier juridiquement condamné, pour ses forfaits, à subir cette flétrissure, était d’abord conduit sur un échafaud, où l’on brisait et foulait aux pieds, en sa présence, ses armes et les différentes pièces de son armure, dont les hérauts et poursuivants d’armes le dépouillaient successivement, en commençant par le casque. Pendant ce temps, des prêtres récitaient les vigiles des morts, après lesquelles ils prononçaient, sur la tête du coupable, le psaume 108, qui contient plusieurs imprécations contre les traîtres. Cela fait, le roi, ou héraut d’armes, demandait, par trois fois, le nom du coupable, et chaque fois, le poursuivant d’armes le nommait par son nom propre et par celui de sa seigneurie ; et ce héraut disait toujours que ce n’était pas le nom de celui qu’il avait devant les yeux, puisqu’il ne voyait en lui, qu’un traître déloyal, et foi mentie. Ensuite, prenant des mains du même poursuivant d’armes, un bassin plein d’eau chaude, il le jetait avec indignation sur la tête de cet infâme Chevalier, pour effacer le sacré caractère conféré par l’accolade.

Le coupable dégradé de la sorte, était ensuite tiré en bas de l’échafaud, par une corde passée sous le bras, et mis sur une claie ou sur une civière, couvert d’un drap mortuaire ; enfin porté à l’église, où l’on faisait sur lui les mêmes prières et les mêmes cérémonies que pour les morts. Ce cérémonial achevé, le dégradé était livré au juge royal, pour lui faire subir la peine de mort, ou telle autre qu’il avait méritée. Après l’exécution, les rois et les hérauts d’armes déclaraient les enfants et descendants du dégradé, ignobles, vilains et roturiers, incapables de porter les armes et de paraître à l’armée, aux joutes ou tournois, sous peine d’être battus de verges, comme nés d’un père infâme.

Des fautes plus légères, mais toutefois déshonorantes, excluaient celui qui les avait commises, de la table des Chevaliers. S’il osait y prendre place, chacun d’eux était en droit de venir trancher la nappe devant lui. Les écuyers même pouvaient lui faire un pareil affront.

Aujourd’hui, la maniere de révoquer l’ordre de la chevalerie, est de retirer à l’accusé le collier ou la marque de l’ordre, que l’on remet ensuite entre les mains du trésorier de l’ordre.

Le titre d’écuyer ou de Chevalier, était d’abord affecté à la seule noblesse faisant profession des armes. La noblesse qui s’acquiert par les grands offices, et surtout par le service dans les cours souveraines, ne donnait point autrefois la qualité d’écuyer ou de Chevalier, qui paraissait incompatible avec un office dont l’emploi est différent de la profession des armes. Aussi les présidents et conseillers des cours souveraines ne prirent d’abord d’autre titre que celui de Maître, qui équivalait à celui de Noble ou d’Écuyer ; mais dans la suite, les gens de robe et autres qui jouissaient du privilège de noblesse, prirent les mêmes titres que la noblesse d’épée. Il y eut des chanceliers, des premiers présidents du parlement qui furent faits Chevaliers ès-lois, et depuis ce temps, tous les présidents ont pris les qualités de Messire et de Chevalier. Les conseillers et autres officiers jouissant de la noblesse, ont pris pareillement la qualité d’Écuyer. Il y en a même beaucoup qui prennent les qualités de Messire et de Chevalier, qui n’appartiennent néanmoins réguliérement qu’à ceux qui les ont par la naissance, ou à l’office desquels ces qualités ont été expressément attribuées.

Un arrêt du parlement, rendu sur les conclusions du procureur-général, le 13 août 1663, défend, en vertu des ordonnances, à tous gentilshommes de prendre la qualité de Messire et de Chevalier, sinon en vertu de bons et légitimes titres, et à ceux qui ne sont point gentilshommes de prendre la qualité d’écuyer, ni de timbrer leurs armes, le tout à peine de 1 500 livres d’amende.

Malgré tant de sages règlements, il ne laisse pas d’y avoir beaucoup d’abus, tant de la part de ceux qui étant nobles, au lieu de se contenter du titre d’écuyer, usurpent celui de Chevalier, que de la part de ceux qui n’étant point nobles, usurpent des armories timbrées qui n’appartiennent qu’aux véritables nobles.

Il est égalemement certain que le titre de Chevalier exprimé en latin par celui de Miles, commence à paraître comme une espèce de dignité, et est donné à quelques seigneurs, dans certains actes, sur la fin de la seconde race. Le P. de Mabillon, dans ses Annales de l’ordre de Saint-Benoît, en fournit plusieurs exemples. Mais il est vrai aussi que ce fut sous les premiers rois de la troisième race que les Chevaliers commencèrent à faire comme un corps distingué dans l’État et dans les armées, qu’il se forma une jurisprudence qui réglait leurs rangs, leurs droits, leurs prérogatives, l’âge, les qualités et les autres conditions requises pour parvenir à cette dignité.

Du temps de Philippe-Auguste, sous le règne duquel on commence à faire plus souvent mention des Chevaliers, ce qu’on appelait Miles était un homme de naissance, qui avait fait preuve de noblesse par de bons titres et de valeur par de belles actions, et à qui la chevalerie avait été conférée avec certaines cérémonies dont nous avons le détail dans des monuments anciens que nous appelons céréroniaux.

Les nobles seuls pouvaient être Chevaliers de droit ; car, « si quelqu’un s’était fait armer Chevalier, sans être gentilhomme de père, quoiqu’il le fût par sa mère, le roi ou le baron de qui il relevait, le pouvait faire prendre, trancher ses éperons sur un fumier, et saisir ses meubles ».

Le parlement mêrne porta la sévérité jusqu’à prononcer une amende contre le Chevalier qui avait eu la témérité de donner l’accolade à un roturier, parce qu’il n’y que le roi qui puisse faire d’un roturier un Chevalier.

Nous en avons un exemple. Le comte de Flandres et le comte de Nevers son fils, ayant fait Chevaliers deux roturiers frères, le parlement les condamna chacun à une amende, par arrêt de la Toussaint 1279 et de la Pentecôte. Il condamna pareillement, par arrêt de la Saint-Martin 1281, chacun de ces roturiers à mille livres tournois d’amende envers le roi. Cette somme excède seize mille livres de notre monnaie actuelle. Si la première fois que l’on a recherché les usurpateurs de noblesse, on les avait traités aussi sévèrement, le nombre en serait moins grand aujourd’hui.

Les nobles seuls combattaient à cheval, soit en duel, soit à la guerre : les roturiers ne pouvaient, en aucuns cas, combattre qu’à pied ; car vilain ne sait que valent éperons.

« S’il arrivait qu’un roturier accusât un Chevalier, ou un gentilhomme qui dût être Chevalier, de meurtre, de vol de grand chemin ou de quelqu’autre crime qu’on punit par la mort du coupable ; il était permis au gentilhomme de se battre à cheval, s’il le voulait ; mais si c’était le gentilhomme qui se portât accusateur, il était obligé de combattre à pied ».

Voilà le seul cas d’exception à la règle générale : Beaumanoir nous en apprend la raison ; c’est dit-il, « parce que s’avilissant jusqu’à appeler en duel une personne d’aussi basse extraction, il perdait le privilège attaché à sa dignité ; et, dans ce cas, il devait se servir d’armes telles que celui qu’il avait appelé pouvait avoir de droit. S’eût été une grande cruauté de laisser à un gentilhomme, qui aurait appelé un roturier, l’avantage du cheval et de l’armure ».

On appelait un Chevalier d’armes Messire ou Monseigneur, et le Chevalier de lois n’avait que le titre de Maître un tel. Les premiers portaient la cotte d’armes armoriée de leur blason, et les autres une robe fourrée de vair, et le bonnet de même. Voyez Drap d’or.

Chevalier bachelier. Les Bacheliers étaient du second ordre de la noblesse, c’est-à-dire qu’ils tenaient le milieu entre les hauts Chevaliers et les écuyers : on disait Bachelier, au lieu de bas chevalier. Le banneret ou le Chevalier recevait l’investiture par la bannière carrée, et le Bachelier par un panon qui se terminait en queue, qui était l’enseigne avec laquelle il conduisait ses vassaux à la guerre, pour servir sous la bannière d’un Chevalier banneret, parce que le Bachelier n’ayant ni assez de bien, ni assez de vassaux pour les mener à la guerre à ses dépens, marchait et combattait sous la bannière d’autrui, et tâchait par ses exploits d’arriver à la qualité de Chevalier banneret.

« Lorsqu’un Bachelier a grandement servi et suivi la guerre, et qu’il a terre assez, et qu’il puisse avoir gentilshommes, les hommes, et pour accompagner sa bannière, il peut licitement lever la bannière, et non autrement ; car nul homme ne doit lever la bannière en bataille, s’il n’a au moins cinquante hommes d’armes, tous les hommes et les archers et les arbalestriers qui y appartiennent ; et s’il les a, il doit à la première bataille où il se trouvera, apporter un pennon de ses armes, et doit venir au connétable ou maréchaux, ou à celui qui sera lieutenant de l’ost, pour le prince requérir qu’il porte bannière ; et s’ils lui octroyent, doit sommer les hérauts pour témoignage, et doivent couper la queue du pennon pour en faire bannière ».

d’après le Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842)  — Paris, 1816

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 26 novembre, 2006 |Pas de commentaires »

Croyez seulement ce que vous jugez être vrai pour vous. »

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"Il ne faut pas croire quelque chose parce qu'un sage le dit,
Il ne faut pas croire quelque chose parce que c'est  d'usage,
Il ne faut pas croire quelque chose parce que c'est écrit,
Il ne faut pas croire quelque chose parce que c'est réputé être divin,
Il ne faut pas croire quelque chose parce qu'autrui y croit.
Croyez seulement ce que vous jugez être vrai pour vous."
Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 12 novembre, 2006 |2 Commentaires »

Humilité dans l’exercice de l’autorité

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Humilité dans l’exercice de l’autorité

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1/ De quoi s’agit-il ?

Le terme humilité vient du mot latin Humus = la terre.
Le dictionnaire dit : « Absence complète d’orgueil.
Abaissement volontaire, par conscience de notre insuffisance ou par calcul. »

       L’encyclopédie Chrétienne Théo ajoute « L’humilité ne signifie pas d’abord un sentiment de mépris, de dépréciation de soi-même. C’est plutôt le retentissement dans le coeur de l’homme de l’émerveillement devant le modèle de sainteté de Dieu, et un regard positif sur les autres hommes : Cet émerveillement et ce regard positif permettent à l’homme de se situer en vérité devant Dieu et les autres, d’entrer dans une relation d’accueil et de réciprocité, de s’accepter lui-même avec ses limites et qualités. »        » Le diable ne craint rien tant que l’humilité ! « , dit un de nos proverbes.

       Etre humble, ce n’est donc pas marcher la tête basse… ni se dévaluer : dire ou penser du mal de soi… encore moins manquer de confiance en soi…

       A l’inverse, c’est ne pas se juger d’essence supérieure aux autres, même si on est patron… C’est ne pas afficher sa (prétendue) supériorité… C’est ne pas se sentir propriétaire, ni de la charge qui vous a été confiée (comme un service), ni même de ses dons. C’est savoir qu’ils vous viennent d’ailleurs (pour les Chrétiens, de Dieu…)

      Cette conception de l’humilité peut aller de pair avec l’assurance et la confiance en soi. Elle n’empêche pas d’avoir des idées nettes et une autorité ferme. Elle ne doit pas conduire à l’hésitation et à la pusillanimité. C’est une forme de réalisme.

       ( Pierre Dac disait, à sa manière plaisante : « La véritable modestie consiste à ne jamais se prendre pour ni moins ni plus que ce qu’on estime qu’on croit qu’on vaut, ni pour plus ni moins que ce qu’on évalue qu’on vaut qu’on croit… »)

2/ La crise de l’humilité

      Cela dit, l’humilité n’est pas à la mode ; elle est même décriée.

-Aux yeux de Nietzsche, « c’est le grand mensonge des faibles qui transforment ainsi astucieusement leur lâcheté en apparente vertu ».

-Pour Freud, c’est « une variante masochiste du complexe de culpabilité ».

-Pour Adler, « elle voisine avec le sentiment d’infériorité ».
       Ces interprétations philosophiques négatives laissent des traces dans notre société impressionnée par les succès des jeunes loups et autres golden boys.

       Et pourtant l’humilité est le seul antidote connu de l’orgueil !

       Cet orgueil qui nous tente tous a mille facettes : amour-propre, fatuité, gloriole, suffisance, vanité, dédain, arrogance. Le mot superbe formé à partir du préfixe latin super en est révélateur. L’orgueilleux, le superbe, se croit supérieur aux autres.

      Cela dit, l’estime de soi est une qualité indispensable pour vivre, et la confiance en soi est encore plus nécessaire, notamment pour exercer une autorité.

Mais le succès et la chance sont, d’une certaine façon, dangereux pour beaucoup de gens qui « réussissent » car :
- d’une part, cela risque de les rendre insatiables… « Quo non ascendam ? »
- d’autre part, ils tendent à leur faire croire qu’ils sont invulnérables, qu’ils ont raison, toujours et partout, ce qui les amène fréquemment à refuser d’écouter et d’entendre les gens qui les mettent en garde.
- En découle aussi leur tendance à croire à qu’il sont d’une autre espèce que le reste de l’humanité.

       A partir de cela, toutes les déviations de l’autorité sont possibles, depuis l’autoritarisme familial ou patronal, jusqu’à la folie de Hitler, de Staline et du tyran qui règne à Pyongyang…

      La Rochefoucauld écrit dans ses Réflexions morales : « L’aveuglement des hommes est le plus dangereux effet de leur orgueil : il sert à le nourrir et à l’augmenter et nous ôte la connaissance des remèdes qui pourraient soulager nos misères et nous guérir de nos défauts. »

      Qu’on soit simple chef de famille, patron d’une PME, président d’une multinationale ou chef d’Etat, l’aveuglement en question peut nous conduire à commettre des erreurs graves. Il est souvent dû au refus d’écouter les gens qui vous crient « casse-cou »…

      Parmi bien d’autres, les grands échecs politiques et militaires sont dus à des certitudes abusives liées à des bouffées d’orgueil. Les campagnes de Russie menées en 1812 et en 1941 par Napoléon et Hitler en sont, parmi bien d’autres, des cas-école tristement fameux.
      L’actualité nous en fournit d’ailleurs bien d’autres exemples, y compris dans le domaine économique.

      De façon moins dramatique, l’exercice de l’autorité, surtout en face de responsabilités importantes, a toujours été attaché à l’apparence (cf César, Louis XIV). Il paraît aujourd’hui davantage lié à un comportement de vedette plutôt que de violette.

       Sur ce plan, et sachant que nul n’est parfait, je regrette une certaine faiblesse de grands chefs militaires que j’admire beaucoup comme le Général de Lattre. Il a conduit l’armée française à la victoire et mérite bien d’avoir une avenue à son nom dans toutes nos villes. Cela dit, à l’époque où il voulait faire de nous des éducateurs de jeunes, je souffrais qu’il ternisse un peu son image illustre aux yeux de ses jeunes subordonnés par un comportement un peu trop théatral. (Ce travers a été d’autant plus dommageable que certains de ses subordonnés ont tenté de l’imiter sans posséder les éminentes qualités de leur modèle.) La fin de sa vie, très cruelle, l’a d’ailleurs fait apparaître sous un tout autre jour.

       Mais de pareilles attitudes sont encore fréquentes, en 2006, dans tous les milieux et notamment chez les personnes en vue.

      Leurs conseillers en communication ne leur recommandent sans doute pas de marcher les yeux baissés comme les religieuses d’autrefois… et le reste à l’avenant…

***

3/ Que faire?
L’éducation à l’humilité

      Ancien officier de Légion devenu Préfet après un brillant parcours, cet ami me déclare :
       « L’expérience et la diversité des tâches poussent à la modestie et non à l’arrogance »….
      Mais cette vertu n’est pas courante et rarement innée. Aussi, c’est dès l’enfance que, comme le reste, on peut le mieux apprendre à combattre l’orgueil et à mettre un peu d’humilité dans sa vie.

      Cela dit, les actes d’humilité, même modestes, ne sont pas faciles à poser, ni par les grands de ce monde ni même, et surtout, par les jeunes que leur nature conduit souvent à se vanter, ne serait-ce que de la voiture de leurs parents…

      Citons quand même quelques attitudes à encourager chez les jeunes et à entretenir toute la vie :

-S’astreindre à cultiver une certaine réserve et une certaine discrétion, dans ses paroles, ses gestes et même sa tenue vestimentaire. L’humilité rejoint ici le bon goût. (Ne pas se vanter de sa fortune, de ses dons, de ses relations : éviter par exemple ce que les anglais appellent le name –dropping, façon plus ou moins subtile de laisser entendre à son interlocuteur qu’on connaît des gens connus ou influents.)       A cet égard, Louis XI, tant décrié, était exemplaire pour la modestie de son apparence et son mode de vie. Il a fini par écraser son flamboyant adversaire Charles le Téméraire, laissant la France riche, puissante et en paix.

- Accepter ses échecs et même les considérer comme sources de progrès
Accepter, de même, ses émotions car refuser de leur céder, c’est une forme d’orgueil.

       J’ai connu une femme d’officier, admirable à bien des égards, qui, un jour, a dit à ses enfants: « Je viens d’apprendre que votre père a été tué… Rappelez-vous que, dans notre famille, on ne pleure pas !… Passons à table !»
      Ce faisant, elle a traumatisé plusieurs des siens.

- Apprendre à relativiser ses mérites propres. Pour cela, reconnaître la dette qu’on a vis-à-vis de ses parents, de ses maîtres, de ses anciens et même de ses subordonnés …
       J’ai entendu récemment un grand patron dire lors d’une interview « Ce que j’ai fait, je n’ai pu le réussir que grâce aux gens qui travaillaient avec moi… C’est à eux que je dois ma réussite. »
       Pour le Chrétien, voir toutes choses, notamment ses succès, comme issues de la main de Dieu.

- Conjuguer l’estime de soi et le sens de l’autre.

      Pour cela, apprendre avant tout à regarder et à écouter les autres.
       (Le P. Guy Gilbert, éducateur de jeunes loubards et dont le franc parler est connu, dit qu’il s’est donné comme devise personnelle « FTG » (ferme ta g…) lors des réunions de son conseil de direction et qu’il essaye de s’y tenir au maximum, de façon à laisser ses adjoints exercer leurs responsabilités.

-Pratiquer l’humour, et surtout envers soi.
       Thomas More disait : « le diable ne supporte pas qu’on le raille ! »Je conseillais de même : « Prenez votre mission au sérieux mais vous, ne vous prenez pas au sérieux

Conclusion Tenir les deux bouts de la chaîne,
      Dans les choses humaines, il est rare que tout soit tout blanc ou tout noir. Il ne faut donc pas toujours choisir la solution N° 1 ou la N° 2 mais employer le « et » au lieu du « ou ».

       Par exemple, en matière d’éducation des enfants, on ne choisit pas entre tendresse et fermeté. On doit allier l’amour et l’exigence.

      En matière de maintien de l’ordre, dans les banlieues notamment, il serait stupide de privilégier le tout-répression, par rapport à la prévention et à l’éducation ; il faut allier la carotte et le bâton et surtout chercher à soigner les causes plutôt qu’à traiter simplement les conséquences.

       De même, dans le cas qui nous occupe, l’exercice de l’autorité suppose une forte confiance en soi tempérée par la capacité à écouter les avis des autres – et à en tenir compte s’ils sont justifiés pour se remettre en cause…

      Tenir les deux bouts de la chaîne : détermination et fermeté, d’un côté, et humilité de l’autre, c’est la marque des responsables dignes de ce nom, parents y compris

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 3 novembre, 2006 |4 Commentaires »

Le Bonheur

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Le Bonheur

On se persuade souvent soi-même que la vie sera meilleure après s’être marié, après avoir eu un enfant et, ensuite, après en avoir eu un autre.

Plus tard, on se sent frustré parce que nos enfants ne sont pas encore assez grands et on pense que l’on sera mieux quand ils le seront.

Puis, on se frustre parce qu’ils sont adolescents et que c’est une étape difficile à vivre pour nous. On est alors convaincu que l’on sera plus heureux quand ils sauront passé cette étape. On se dit que notre vie sera complète quand les choses iront mieux pour notre conjoint, quand on possédera une meilleure voiture ou une plus grande maison, quand on pourra aller en vacances, quand on sera à la retraite.

La vérité est qu’il n’y a pas de meilleur moment pour être heureux que le moment présent. Si ce n’est pas maintenant, quand? Ta vie sera toujours pleine de défis à atteindre et de projets à terminer. Il est préférable de l’admettre et de décider d’être heureux de toute façon.

Le Philosophe Francis Raemy, conseiller en Ressources Humaines, bientôt en reconversion professionnelle a dit:  » Pendant longtemps, j’ai pensé que ma vie allait enfin commencer. La Vraie Vie! Mais il y avait toujours un obstacle sur le chemin, quelque chose qu’il fallait résoudre en premier, un thème non terminé, un temps à passer, une dette à payer. Et alors, là, la vie allait commencer! Jusqu’à ce que je me rende compte que ces obstacles étaient justement MA VIE. Cette perspective m’a aidé à comprendre qu’il n’y a pas un chemin qui mène au Bonheur. Le Bonheur EST le chemin.  »

Ainsi, amasse chaque moment que tu as et, plus encore, quand tu partages ce moment avec quelqu’un de spécial, suffisamment spécial pour partager ton temps, et rappelle-toi que le temps n’attend pas.

Alors arrête d’attendre de terminer l’école, qu’on augmente ton salaire, de perdre 5 kilos, de te marier, d’avoir des enfants, que tes enfants partent de la maison ou, simplement le vendredi soir, le dimanche matin, le printemps, l’été, l’automne ou l’hiver, ou de mourir, pour décider qu’il n’y a pas de meilleur moment que maintenant pour être heureux. Le Bonheur est une trajectoire et non une destination.

Alors:

  • Travaille comme si tu n’avais pas besoin d’argent.
  • Aime comme si jamais personne ne t’avait fait souffrir.
  • Et danse comme si personne ne te regardait.

Nous avons des édifices plus hauts mais de moins belles vues; des salaires plus élevés mais moins de sécurité; de plus grandes maisons mais de plus petites familles; plus d’appareils ménagers mais moins de temps et de repos; plus de diplômes et de titres mais moins de bon sens; plus de savoir et d’informations mais moins de jugement; plus d’experts, plus de problèmes, plus de médecins, moins de soins, plus de remèdes mais plus de maladies.

Nous avons multiplié nos possessions mais réduit nos valeurs; réussi dans la vie mais pas notre vie; ajouté des années à la vie mais pas de vie aux années; nous allons sur la lune mais nous sommes incapable de parler à nos voisins; nous avons des revenus plus hauts mais le moral plus bas.

C’est le temps des fast-foods et des digestions lentes, des hommes plus grands et des caractères plus faibles, des loisirs plus nombreux avec moins de plaisir; des voyages éclairs et des aventures d’un soir, des pilules pour rire ou pour s’endormir, des bébés-éprouvettes, des clonages et des opérations d’un jour. C’est le temps des grandes technologies: ce message vous est parvenu à la vitesse de l’éclair. Vous pouvez le méditer doucement et changer peu à peu… ou l’oublier… aussi.

A vous de décider !!

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 28 octobre, 2006 |Pas de commentaires »

Charles de Gaulle

perso.gifCharles de Gaulle

Discours à Rome, le 27 juin 1959 :

«  Nous avons une responsabilité, celle de jouer la rôle de la France ; ce rôle, dans mon esprit comme dans le vôtre, se confond avec un rôle chrétien. Notre pays ne serait pas ce qu’il est, c’est presque banal de le dire, s’il n’était pas d’abord un pays catholique. Partout où il m’est donné de passer, non seulement dans la métropole, mais à travers les pays de la Communauté, et souvent aussi en terre étrangère, les Françaises et les Français religieux sont présents. Je constate et salue leurs efforts, leurs mérites, et je prends acte de ce que servant Dieu, il servent aussi notre patrie. De tout cela je voudrais vous remercier très simplement, en ajoutant comme dernier mot, l’affirmation de mon entière confiance dans les destinées de notre pays. Je pense que si Dieu avait voulu que la France mourût, ce serait fait/ Il ne l’a pas voulu, elle vit, l’avenir est à elle ;  »

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 24 octobre, 2006 |Pas de commentaires »

Les querelles théologiques.

CXQE.jpgLes querelles théologiques.



 

Hérésie: opinion contraire au dogme.

Schisme: opinion contraire à la discipline.

Gnoticisme: né au IIème siècle en Egypte: révélation intérieur qui permet d’accéder à la connaissance du divin et à la Rédemption.

Marcionisme: né au IIème siècle en Mésopotamie: dualisme qui oppose Dieu des Juifs à la justice vindicative et le Dieu des chrétiens + miséricordieux.

Montanisme: né au IIème siècle en Afrique: Montanus prêtre phrygien se veut la voix du Saint-Esprit apportant le message complémentaire à l’Evangile pour préparer à la fin du monde imminente. Une morale rigoriste.

Novatianisme: prêtre romain Novatien du IIème siècle qui s’oppose au pardon des lapsi (ceux qui ont renié leur foi lors des persécutions) au contraire du pape.

Le concile de Nicée en 325 le condamne.

Ebionites: IIIème siècle, ils nient la divinité de Jésus.

Artotyrites: IIIème siècle, ils célèbrent le repas eucharistique avec du pain et du fromage.

Cyrénaïques: IIIème siècle, ils nient l’utilité de la prière.

Donatisme: en Afrique de nombreux traditores (ceux qui ont livré les Livres lors des persécutions de Dioclétien), or en 311 Cécilien nouvel évêque de Carthage a été ordonné prêtre par un évêque traditores, l’Eglise d’Afrique considère que le sacrement n’est pas valable. En 312 70 évêques numides rejettent l’Eglise des pécheurs pour l’Eglise des saints et élisent Majorinus puis Donat évêque de Carthage provoquant un schisme. Cependant les autres Eglises et l’empereur Constantin reconnaissent Cécilien.

Les donatistes en appellent à un jugement par les évêques Gaulois, Constantin en 313 réunit le concile du Latran (pape préside avec des évêques Italiens et Gaulois) qui condamne Donat mais ce dernier refuse la sentence. Constantin décide de réunir un tribunal épiscopal au concile d’Arles en 314 qui condamne le donatisme + expulse du Clergé les traditores si prouvé par des actes officiels + pénitence pour les lapsi + pas rebaptiser les hérétiques + évêque > confesseur (celui qui a subit des sévices lors des persécutions sans en mourir). Donat fait appel au tribunal impérial, Constantin en 316 condamne le donatisme et par un édit en 317 ordonne aux donatistes de rendre les lieux de culte mais refus, alors Cécilien demande l’intervention de l’Etat provoquant une persécution contre les donatistes. En 321 édit d’unité de Constantin qui laisse aux donatistes les églises et la liberté de culte. Le schisme durera jusqu’au VIIIème siècle.

Arianisme: débat trinitaire: 320 opposition entre Alexandre évêque d’Alexandrie et Arius un de ses prêtres. Il reprend les doctrines subordinationistes en prétendant que les 3 personnes de la Trinité ne sont pas = ni confondus: Dieu le Père est incréé et inengendré et par là est > au Christ Fils et Verbe de Dieu car celui-ci a été créé avant la création du temps mais n’est pas éternel mais une créature exceptionnelle et pas de même substance (nature) que le Père.

Alexandre réunit en 320 un synode (les évêques d’Egypte et de Libye dépendant du patriarcat) à Alexandrie qui excommunie et chasse Arius mais celui-ci à l’appui des évêques palestiniens (tel Eusèbe de Nicomédie). Constantin essaye de réconcilier Alexandre et Arius mais n’y arrive pas, il réunit en 325 un concile œcuménique (l’épiscopat en entier) à Nicée I dont il fixe l’ordre du jour et préside.

Décision: condamnation de l’arianisme + novatianisme + paulicianisme, rédaction du symbole de Nicée (ou Credo) qui résume la doctrine officielle (Jésus engendré et non créé, de même substance que le Père donc éternel (consubstantialité)), date de Pâques établie d’après le calendrier solaire romain et non plus d’après le calendrier lunaire juif, interdiction des transferts épiscopaux, des métropolitains dans chaque chef-lieu de province. Les évêques ariens sont obligés par Constantin de signer le texte, ceux qui refusent (2 dont Eusèbe + Arius) sont exilés.

Macédonianisme: Macédonius (mort en 370) nie la divinité et la consubstantialité du Saint-Esprit.

Le concile de Constantinople I en 381 le condamne et le patriarcat de Constantinople est mis en deuxième position d’honneur après celui de Rome.

Nestorianisme: débat christologique: Nestorien (a étudié à l’école d’Antioche) évêque de Constantinople prône que Marie n’est la mère que de la nature humaine (Christotokos et non Théotokos), les 2 natures (divine et humaine) se sont unies à la naissance. Il y a donc 2 personnes dans le Christ, l’homme et le Dieu, et Marie n’est pas la mère de Dieu.

Le concile d’Ephèse (431) condamne et dit qu’il n’y a qu’une personne dans le Christ et donc Marie est mère de Dieu. Le concile de Constantinople (II (553) confirme cela en condamnant les écrits de 3 nestoriens (« Trois Chapitres »).

Monophysisme: débat christologique: en réaction au nestorianisme Eutychès (mort en 453), soutenu par l’école d’Alexandrie, a appuyé sur l’idée de l’unicité de la personne du Christ, on en est arrivé à ne plus distinguer les 2 natures. Donc 1 seule nature dans le Christ, la nature humaine a été absorbée par celle divine.

A l’intérieur de cette hérésie domine le courant Sévèrien qui admet que le Christ soit consubstantiel à Dieu et à l’homme (donc dérive de 2 natures), mais dans le Christ ne subsiste qu’une nature.

Le concile de Chalcédoine (451) condamne et définit que les 2 natures sont distinctes mais unies dans 1 seule personne. Jacques Baradaï (mort en 578) fonde l’Eglise jacobite qui reprend les thèses monophysites.

Monoénergisme (1 énergie) et monothélisme (1 volonté): débat christologique dont le but est, en 630, de refaire l’unité religieuse de L’Empire. Le patriarche de Constantinople Sergius contourne l’obstacle des natures en disant que le Christ n’a qu’une seule énergie (1 action) et l’édit impérial Psèphos en 633 interdit toute discussion (en raison de l’opposition du patriarche de Jérusalem Sophronios). Le pape Honorius I accepte Psèphos mais relance le débat avec l’unique volonté. En 638 Ekthésis définit officiellement le Foi (d’après la lettre d’Honorius I) et en 648 Typos interdit toute discussion.

Mais opposition du patriarche de Jérusalem (reprend Aristote en disant que l’on ne peut affirmer unicité de l’activité sans affirmer l’unicité de nature) + perte des provinces monophysites + opposition de Maxime Le Confesseur (prend l’exemple de La Trinité pour montre que la volonté se rattache à la nature et non à la personne, donc le monothélisme = monophysisme) + l’opposition des papes (pape Martin, avec l’aide de Maxime Le Confesseur, convoque le concile de Latran qui condamne le monothélisme mais l’empereur ne le reconnaît pas car ne l’a pas convoqué ni présidé).

L’empereur Constantin IV convoque et préside le concile de Constantinople III (680-681) qui condamne le monothélisme. Donc 2 natures + 2 volontés + 2 énergies + 1 personne (hypostase). C’est la fin de l’unité chrétienne, les monophysites se séparent. L’empereur affaiblit doit accepter que sur les monnaies le droit est l’image du Christ, on a remplacé le culte impérial par le culte de l’image.

Pélagianisme: moine breton Pélage (mort en 422) attribue un caractère tout-puissant à la volonté humaine, perfection possible sur Terre, nie la grâce et le péché originel.

Premier iconoclasme: (attention pas une hérésie car porte sur le dogme) l’empereur Léon III veut recentre l’autorité sur l’empereur (ainsi remettre l’image de l’empereur sur les 2 côtés de la monnaie) + il voit dans l’anarchie civile et le siège de Constantinople par les Arabes et l’éruption du Santorin la colère de Dieu contre le culte des images et ses excès (on prête aux images des vertus miraculeuses), dans l’Ancien Testament colère divine contre les idoles donc il faut faire une nouvelle Alliance pour éviter la déportation et l’empereur a le devoir de protéger les chrétiens. La critique ne porte pas sur la représentation mais sur la relation qu’elle suggère avec le divin.

En 730 l’édit impérial Silention condamne les images, le patriarche Germanos refuse de le signer car la décision d’interdire le culte des images ne peut se faire que par un concile et il démissionne (dès avant 730 Germanos s’était opposé à Constantin de Nacoleia sur ce sujet: le second voit dans le culte des saints un polythéisme, à quoi Germanos répond que le Christ est pleinement homme et que les saints ne participent pas à la nature divine et donc ne peuvent être confondus avec des dieux). Le nouveau patriarche suit Léon III mais pas le pape.

L’empereur Constantin V propose une doctrine iconoclaste dans Interrogations: une critique externe en montrant que la vénération des icônes est une idolâtrie, une critique interne en montrant que le Christ est 1 hypostase unissant de façon indissociable les 2 natures à la fois en les confondant et il ne peut donc être représenté (comme représentée la nature divine) donc si l’on est pour le culte des images l’on est soit monophysite (1 nature) soit nestorianiste (en représentant que la nature humaine en la séparant de celle divine), l’image est de même nature que son prototype. Le concile de Hiereia (pas de patriarches présents donc pas œcuménique) s’appuie sur la Bible + Pères + Actes des conciles + thèse impériale pour lancer un anathème contre les images. Constantin V le fait appliqué.

Les réactions hostiles: iconoclasme met en cause l’Incarnation, dénoncée l’ingérence impériale. Germanos continue à lutter, Rome, Jean Damascène est le principal défenseur des images car il vit en terre d’Islam (Palestine) pour qui le culte des images n’est pas une idolâtrie mais une référence à l’Incarnation qui rend Dieu représentable, donc le Christ parfaitement homme peut être représenté car sinon on est monophysiste (on confond les 2 natures), il distingue l’image du prototype (les honneurs rendus remontent au prototype par la vénération, et non l’adoration, de l’image), il propose une échelle de l’image.

Le concile de Nicée II (787): le pouvoir impérial revigoré amène un apaisement, Taraise accepte de devenir patriarche si un concile est réuni. L’impératrice Irène réunit un concile œcuménique qui condamne l’iconoclasme à partir de l’étude des textes sacrés (Bible, Pères, Canons, Vies des saints, récits de miracle) et des lettres de Germanos mais sans faire appel à la pensée damascienne. On assimile les iconoclastes aux Arabes et aux Juifs. On a montré quantitativement la valeur du culte des images mais sans un débat de fond, on est allé très loin en inventant une religion avec le culte des images (au départ la doctrine du pape Grégoire Le Grand semble accepté puis elle est dépassée: les images ne sont pas seulement destinées à l’enseignement des illettrés mais l’on doit les vénérer comme moyen de communiquer avec le prototype, ce n’est plus l’icône qui est à la ressemblance du prototype mais l’inverse).

Deuxième iconoclasme: retour de l’iconoclasme car défaites militaire + anciens évêques iconoclastes sont encore en place + schisme moechien + invocation de Constantin V par la foule et l’armée. L’empereur Léon V veut sauver l’Empire et pense que Dieu l’a abandonné (constate que les empereurs iconoclastes ont gagné leurs batailles et ont fondé une dynastie) et il restaure l’horos de Hiereia (Actes), le patriarche Nicéphore démissionne. Les seules persécutions touchent des moines intransigeants.

Nicéphore s’oppose en disant que le Verbe s’est circonscrit en prenant nature humaine, on peut donc le représenter, si refuser de circonscrire le Verbe s’est nier l’Incarnation et être monophysite. Pour le moine Théodore Stoudite il existe une différence entre l’image réelle (Fils image du Père) qui ne diffère pas de son modèle et l’image art ; l’icône représente le prototype pour celui qui le contemple ; le Christ est circonscrit en tant qu’homme et incirconscrit en tant que Dieu, si pas d’image on nie l’Incarnation, le Christ s’est fait homme et s’est rendu visible, il n’est pas Christ si il ne peut être représenté car alors il n’est pas homme. Donc les images ne sont pas des idoles car elles renvoient à autre chose qu’à elles-mêmes. Constantin V a confondu image et être, l’image est une simple ressemblance, la seule image consubstantielle à son prototype est celle du Fils image du Père dans la Trinité.

L’empereur met fin à l’iconoclasme en 843.

Schisme photien: le patriarche de Constantinople Ignace est élu et s’oppose aux partisans de l’ancien patriarche Méthode (il dépose Grégoire Asbestas). Asbetas fait appel à Rome pour qui l’archevêques n’est plus alors déposé mais suspendu. Or Ignace est remplacé par Photios qui est ordonné par Grégoire Asbestas encore suspendu et il reçoit tous les ordres en 5 jours (déjà des précédents mais pas conforme aux canons).

Un concile anti-ignatien, où présence des légats du pape, confirme la condamnation car désigné par un laïc sans élection. Donc si papauté approuve déposition d’Ignace alors Ignace n’a jamais été patriarche et donc Grégoire jamais déposé donc appel au pape nul et intronisation de Photios valable. Mais le pape Nicolas I confirme l’élection d’Ignace (ses partisans ont fait appel à lui) et condamne Photios car élévation trop rapide et consécration par un évêque suspendu, rejet du synode anti-ignatien. Photios envoie alors une encyclique aux patriarches orientaux où dénoncent les erreurs latines (divergences sur la discipline et la pratique) et convoque un concile qui excommunie Nicolas I en 867. Mais Photios est déposé et le concile de Constantinople IV (869-870) rétablit Ignace d’où réconciliation. Après la mort d’Ignace Photios redevient patriarche et le concile de 879-880 le réhabilite. Le pape accepte ce concile car a besoin de l’armée byzantine face aux Arabes mais la réconciliation n’est que de façade, le concile admet que chaque patriarcat conserve ses pratiques + partage du monde chrétien en 2 hiérarchies égales avec appel réciproque.

Filioque: à partir de la pensée de saint Augustin (l’Esprit procède en premier du Père qui communique au Fils son pouvoir) l’Occident de Charlemagne dit que le Saint Esprit procède du Père et du Fils, l’Orient dit que le Saint Esprit procède du Père à travers le Fils. L’Orient refuse le Filioque comme la destruction de l’équilibre de la Trinité (risque que le Père et le Fils soient 2 principes distincts et indépendants du Saint Esprit) + violation du principe voté à Constantinople I et à Ephèse interdisant de modifier le symbole de Nicée + négation de l’enseignement évangélique (Jean XV, 26 je vous enverrai l’esprit de la Vérité qui procède du Père.

Tétragamie: Début X l’empereur Léon VI interdit les quatrièmes mariages, mais avec ses 3 premières femmes il n’a pas de fils. Sa maîtresse lui en donne un, le patriarche accepte de baptiser l’enfant mais force Léon VI à se séparer de sa maîtresse. Cependant ce dernier la fait revenir et l’épouse, la patriarche lui ferme alors le portes de Sainte-Sophie et Léon VI fait appel à Rome qui lui envoie une dispense. Léon Vi force la patriarche à démissionner. A la mort de Léon VI son frère Alexandre rappel le patriarche qui excommunie tout le Clergé qui a soutenu Léon VI dont le pape. Donc schisme interne en Orient et rupture avec Rome, mais vite les liens se refont.

Schisme de 1054:

Pourquoi: pape couronne Henri II avec le globe d’or symbolisant le monde + encyclique de Photios a mis en évidence des divergences + début de la réforme ecclésiastique en Occident + querelle pour le titre de patriarche œcuménique + Italie du Sud byzantine menacée par les Normands + en Italie du Sud archevêchés de Trani (promut par Byzance) et de Bari (capitale de l’Italie byzantin) passent à l’obédience romaine.

Un lettre de Léon d’Ochrida condense les erreurs liturgiques romaines (pain azyme, carême le samedi, pas mariage des prêtres), le cardinal Humbert y voit une lettre faite par Léon et le patriarche Michel Cérulaire. Le pape Léon IX répond par une lettre adressée à Cérulaire où énumère les hérésies orientales + primauté romaine issue de la donation de Constantin (un faux) + attaque le patriarche. Cérulaire fait alors fermé les églises latines de Constantinople.

Une ambassade, sur la demande de l’empereur Constantin et de Michel (pape  et Humbert pensent alors que Cérulaire a reculé car l’empereur l’y contraint donc la situation est favorable à Constantinople pour que l’empereur lâche le patriarche), avec le cardinal Humbert de Moyenmoutier + Frédéric de Lorraine chancelier + Pierre archevêque d’Amalfi. L’ambassade apporte une lettre pour l’empereur et une lettre pour le patriarche. Le Basileus la ménage car a besoin de la Papauté contre les Normands et l’entrevue se passe bien la lettre plaisant au Basileus, mais le patriarche est hostile et l’entrevue est mauvaise:

    – sur la forme: il les reçoit entouré de son synode, on les place au rang en fonction de leur poste non en tant qu’envoyé du pape (problème de la place d’Humbert qui est placé comme titulaire du petit évêché de Silva Candida car le titre de cardinal est inconnu).

    – sur la forme: Michel ignore, ou feint d’ignorer, qu’Humbert lui a attribué la lettre de Léon d’Ochrida, pour lui il n’a écrit que la lettre de concorde jointe à celle de l’empereur, or la lettre de réponse de Léon IX condamne les rites orientaux avec des menaces d’excommunication. Il est impensable que Léon IX ait répondu ainsi à sa lettre, la lettre est donc une fausse destinée à nuire au patriarche auprès de l’empereur, le crime profite au duc byzantin d’Italie son ennemi d’où tout un roman (Argyros a confisqué la véritable lettre et remplacé par la fausse lors du passage des légats qui ne sont donc que des hommes de paille du duc) qui est faux mais Michel le croira et ne recevra plus les légats d’autant plus que la mort de Léon IX vient le conforter dans son erreur.

Humbert va alors affronter, au sujet des pratiques, le moine Nicolas Stéthatos (le patriarche évite de discuter), mais l’empereur ne peut sacrifier ses objectifs politiques et donc il force le moine à se rétracter, ceci confirme Humbert dans son appréciation erronée des rapports de force (le souci politique de l’empereur l’amènera à faire plier le patriarche).

L’ambassade excommunie le patriarche (dépose le samedi 16 juillet sur le maître-autel de Sainte-Sophie la charte), le lundi l’ambassade s’en va, Michel n’informe l’empereur que le mardi (attente de 3 jours pour avoir le soutien de la foule et du Clergé), le Basileus fait ramener l’ambassade. Le jeudi les légats doivent comparaître devant le synode qui est dévoué au patriarche, Humbert veut la présence impériale (l’empereur ne peut accepter pour des raisons politiques leurs condamnations) mais Michel refuse car ce n’est pas un concile et pas de base canonique à la présence impériale, l’empereur fait alors partir l’ambassade pour sa sécurité. Le synode se réunit et fait comparaître les interprètes, l’empereur fait porter un lettre qui recommande l’excommunication des légats et c’est ce qui arrive. Les légats ont fait une erreur d’appréciation des rapports de force. Le dimanche lecture de la sentence d’excommunication à Sainte-Sophie, elle frappe les légats et leurs conseillers mais pas le pape.

Donc la double excommunication frappe le patriarche et les légats du moment, donc entre hommes (il n’est pas rare que 2 évêques s’excommunient mutuellement). Il ne s’agit donc pas d’un schisme, mais le fossé se creuse de + en + au niveau des rites. C’est 1204 (prise de Constantinople par la quatrième croisade) qui sera la véritable rupture.

Néomessalianisme: apparaît en Anatolie au Xème siècle et est nanichéenne: la nature humaine est mauvaise, les sacrements s’ont aucun pouvoir pour le salut. Après un épreuve les initiés peuvent s’unir à qui ils veulent. Refus de la Croix et de la Vierge.

Secte des Souniens: en Orient, débat trinitaire: Fils et Saint Esprit attributs du Père.

Athinganes: en Orient, secte judaïsante mais refusant la circonsition.

Phoundagiagites: en Orient, secte dualiste.

Paulicianisme: VII-IXème siècles, manichéenne, en Orient. Refus du Clergé, de la Croix, des saints, du mariage. Le Pater est la seule prière. La communion se fait pas l’enseignement du Christ et non par l’Eucharistie. 2 branches: en Arménie Christ adopté par Dieu, en Grèce manichéenne avec Dieu mauvais créateur du monde et Dieu bon créateur du ciel). Les pauliciens sont persécutés.

Bobomiles: Xème siècle, manichéenne, en Bulgarie. Le monde terrestre est mauvais car œuvre de Satan, il faut renoncer au monde matériel. Le Christ pur esprit n’est pas mort sur la Croix mais seulement l’homme Jésus. Seul un noyau dur de fidèles peut se séparer du monde.

Orléans: en Occident, contre le sacrements, ascétisme strict.

Pélagianisme: en Occident, nie pêché originel.

Adoptianisme: en Occident à la suite de Félix évêque d’Urgel en 794.

Bérenger de Tours au XIème siècle refuse la Transsubstantiation.

Schisme d’Aquilée: VI-VIIème siècles les métropolitains d’Aquilée et de Milan (Italie du Nord) refusent de communier avec le pape nommer par l’empereur.

Ratramne nie la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, le corps du Christ dans l’Eucharistie est une figure à la ressemblance du corps historique du Christ. I

Prédestinationisme: Gottschalk moine (mort en 868) , nie le libre arbitre de faire du bien sans la grâce de Dieu qui sait à l’avance et prédestine. L’homme est prédestiné avant sa naissance au salut ou à la damnation.

Le concile de Mayence le condamne en 848.

Dulcinistes ou Apostoliques: Gérard Segarelli (1300) et Dulcrin (1307) disent qu’au règne du Père, puis du Fils, doit succéder celui du Saint Esprit qui mènerait les hommes à la perfection.

Les Vaudois: Pierre Valdès, vers 1180, marchand lyonnais, veut vivre une vie évangélique (imiter la vie des Apôtres). Il vend ses biens, vit d’aumône, sans domicile fixe, reçoit (bien que non prêtre) le droit de prêcher. Mais des abus dans sa prédication amène en 1184 son excommunication par le pape, les Vaudois critiquent le Clergé et les sacrements. Ils fondent une Eglise hérétique.

En 1205 schisme entre les Vaudois Lombards qui veulent faire un travail manuel et les Vaudois autour de Pierre Valdès qui veulent vivre des dons (pauvreté et mendicité).

Catharisme: 1170 papa Nicetas convertit en Lombardie et Languedoc en installant une hiérarchie (diacre, évêque). Un dualisme absolu (Dieu est le Bien et l’Esprit, Satan est le Mal et la Matière) en Languedoc et dans une partie de Lombardie, dualisme mitigé dans le reste de la Lombardie. Ils sont opposés aux sacrements, à la résurrection des morts (l’âme va de corps en corps jusqu’à son retour au ciel), tout ce qui est matériel est l’œuvé du démon. Par le consolamentum (imposition des mains alors que le croyant récite le Pater Noster) on met un terme à la réincarnation de l’âme, on devient un parfait pratiquant l’ascétisme (pauvreté, abstinence, chasteté).

L’Eglise tente d’abord de convaincre, puis croisade des Albigeois et Inquisition.

Jean Wyclif: théologien qui vers 1375 écrit des traités de théologie qui donnent au prince un pouvoir sans limite: seul Dieu commande et possède, le Christ a vécu pauvre pour ne pas s’approprier ce qui est à Dieu, donc l’homme n’a pas le droit de commander et posséder de biens, donc un idéal de pauvreté qui ruine l’édifice social, mais l’imperfection des hommes fait qu’une loi civile est nécessaire et le roi dirige tout même l’Eglise visible. Il va plus loin en acceptant la prédestination (distingue Eglise invisible des Sauvés et Eglise visible (institutions, sacrements) inutile), la Bible est la seule source de foi donc chaque chrétien doit y avoir accès sans intermédiaire pour atteindre l’état de grâce permettant de devenir un Sauvé, il nie la transsubstantiation.

Le concile de Constance en 1414 condamne la pensée de Wyclif et interdit la lecture de la Bible en langue vulgaire. Les Lollards sont les disciples de Wyclif.

Jean Huss: participe à la réforme de l’Eglise de Bohême, mais en 1411 hausse le ton pour critiquer le Clergé et rejette la papauté. Il pousse plus loin la pensée de Wyclif en disant que seuls les prédestinés font partie de l’Eglise.

Le concile de Constance en 1414 le juge comme partisan de Wyclif et il est brûlé. Ses disciples se divisent entre taborites (extrémistes), calixtins ou utraquistes (modérés).

Grand Schisme d’Occident: les ambitions politiques des cardinaux provoquent une division de la Papauté de 1378 à 1417. Angleterre + Saint-Empire + Flandre soutiennent le pape de Rome ; France + Espagne + Portugal soutiennent le pape d’Avignon.

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 17 septembre, 2006 |Pas de commentaires »

LA GENEROSITE

LA GENEROSITE
   C’est le complément indispensable de Valeurs comme le courage, la responsabilité et le sens de l’honneur.
    Nous nous efforcerons d’abord de cerner le sujet en expliquant ses différents aspects. Nous soulignerons ensuite la crise actuelle de la générosité sans notre société.
    Nous lancerons enfin quelques pistes de réflexion sur la formation des jeunes à la générosité, l’éducation du coeur étant inséparable de celle de l’esprit et du caractère.

1/ DE QUOI S’AGIT-IL ?
    On peut argumenter sans fin sur la notion de Valeur et la classification des Valeurs. N’étant pas philosophes, nous cherchons surtout à remettre le bon sens à sa place, et donc à réhabiliter d’abord des notions qui paraissaient quelque peu perdues de vue. A l’époque où l’on privilégie souvent les facteurs intellectuels et émotionnels, nous voudrions au contraire mettre en relief l’importance du caractère, colonne vertébrale de la personnalité.

    Cela dit, l’homme est indivisible et les Valeurs sont inséparables les unes des autres car complémentaires. Pour être un homme digne de ce nom, il ne suffit donc pas d’avoir un sens élevé de l’honneur ou de la responsabilité, et d’être courageux. Il faut aussi avoir du coeur et le montrer. C’est l’idée essentielle de cette réflexion toute simple qui débouchera sur quelques conclusions en matière d’éducation à la générosité.

Qu’est donc que la générosité ?
    (du latin generosus , de bonne race ) D’après le Littré, c’est la qualité de celui qui donne largement (On parle aussi d’une terre généreuse ou d’un vin généreux), qui est d’un naturel noble (coeur généreux), par extension celui qui est courageux .
    La générosité, c’est aussi la grandeur d’âme, la disposition à la bienveillance, à la largesse, à la bienfaisance. C’est un état d’esprit d’ouverture et de don de soi – même, tout le contraire de l’égoïsme, du calcul et de l’avarice, mais la générosité ne concerne pas que le porte-monnaie.

QUELQUES FACONS D’ETRE GENEREUX

DONNER SON ARGENT
    Si démuni que l’on soit, on trouve toujours un plus pauvre à qui donner un peu de son superflu, voire de son nécessaire. Ce faisant, on manifeste le sens de la solidarité humaine, c’est pourquoi les trois religions du Livre font de l’aumône une obligation pour le croyant.

    Autour de ce principe, on peut faire plusieurs réflexions:
- Le nombre et la diversité des gens qui font la mancheest aujourd’hui tel qu’on peut se demander si donner de l’argent à ces SDF n’en dissuade pas certains de chercher du travail. Ce peut être un prétexte pour ne rien donner à ceux qui en ont besoin!
- Nous sommes aujourd’hui sollicités de toutes parts, d’où la nécessité de faire un choix en fonction de ce que nous estimons prioritaires: les réfugiés ou notre vieille cousine?
- Par ailleurs, sortir une pièce de sa poche, n’est-ce pas une façon simple de nous débarrasser d’un importun en faisant taire notre mauvaise conscience?
La façon de donner vaut mieux que ce que l’on donne. Une pièce accompagnée d’un mot gentil a plus de valeur humaine qu’un billet déposé ostensiblement lors d’une quête. Ce dont les pauvres ont surtout besoin, c’est de notre considération.

    Mais, il ne s’agit pas seulement d’argent … Etre généreux, ce peut être aussi accueillir chez soi des amis en difficulté, prêter sa voiture, partager son repas avec les voisins qui déménagent, voire avec des inconnus …

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DONNER DE SON TEMPS
    En un siècle où tout le monde court contre la montre, la générosité consiste aussi à donner gratuitement de son temps.
    Le travail professionnel fournit déjà des occasions d’en faire preuve en ne comptant pas ses heures, en donnant un coup de main à un collègue. Mais elle s’exprime surtout dans l’activité bénévole qui couvre quantité de domaines indispensables à la Société. L’Etat ne peut pas tout faire et la générosité nous commande de nous occuper des autres.
    Depuis les services élémentaires de voisinage (changer les plombs d’une personne âgée, l’aider à rédiger sa feuille de sécurité sociale, repeindre sa chambre ou simplement lui faire une petite visite…) jusqu’au militantisme au sein d’associations caritatives, sportives, culturelles, politiques ou religieuses, les occasions de donner son temps ne manquent pas et le problème de la retraite se pose souvent en termes de bénévolat.
    Dans ce domaine cependant, il faut faire des choix car on voit, à côté de quelques inactifs, trop de retraités surmenés, tandis que d’autres dispersés entre de multiples organisations.

    Donner de son temps, ce n’est d’ailleurs pas assez. Il faut fournir aussi sa compétence et son dynamisme. C’est particulièrement vrai dans le milieu associatif où le bénévolat ne garantit pas l’efficacité. Sachons donc revendiquer et exercer des responsabilités en fonction de notre expérience et de notre disponibilité, une secrétaire dévouée et assidue étant souvent plus utile qu’un président qui papillonne.

    Donner de son temps, c’est donc se donner du mal. Mais j’atteste, comme visiteur de prison, que notre tâche éprouvante est aussi enrichissante et valorisante.

DONNER SON COEUR
    Il est donc impossible de se dévouer à quelque chose ou à quelqu’un sans y mettre de l’amour. On épuise vite son argent et on est toujours limité en temps, tandis que les réserves du coeur sont inépuisables. Chacun a sa façon d’agir et d’aimer. Les obstacles à vaincre sont la routine et l’égoïsme (parfois à deux) qui mènent à l’endurcissement du coeur.

Etre généreux, c’est aussi savoir pardonner. C’est encore reconnaître ses torts.

TRANSMETTRE LA VIE
    Le rapport entre sexualité et transmission de la vie est apparemment simple et en réalité terriblement complexe.

    Des couples font un enfant, sans y penser, parce qu’ils s’aiment et qu’ils ont fait les gestes de l’amour. Des couples font un enfant surtout pour se faire plaisir ; c’est aussi le cas de certaines femmes modernes qui se font faire un enfant qu’elles élèveront sans père.
    Certains couples manquent de sagesse humaine et font trop d’enfants par rapport à leurs capacités de leur donner le maximum de chances de se réaliser.

    Il existe encore heureusement beaucoup de cas où l’homme et la femme choisissent d’avoir plusieurs enfants parce qu’ils considèrent que la vie est un bien précieux et qu’il est bon d’appeler des enfants à la vie et de leur donner des chances d’être heureux. Ces gens là renoncent à leur tranquillité et souvent à leur aisance car chacun sait qu’un enfant apporte de la joie mais aussi des soucis, du travail et des privations.

    Ceux qui assument leur paternité et leur maternité de façon responsable, les aventuriers du monde moderne, disait Péguy… ceux- là font preuve d’une grande générosité.

PROTEGER LA VIE
    Sur les champs de bataille d’autrefois, laisser la vie à un ennemi vaincu et blessé était une marque insigne de générosité. Il en va de même aujourd’hui pour ceux qui travaillent pour la vie, soit en militant contre l’avortement, soit, mieux, en aidant des femmes en difficulté à mettre au monde et à élever leur enfant, malgré la pression sociale en faveur de l’IVG.

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DONNER SON SANG
    Risquer sa vie au service des autres est considéré comme la plus haute forme de la générosité. Elle concerne aussi bien le pompier, le policier, le sauveteur que le soldat. A un degré moindre, donner de son sang constitue déjà un geste généreux.

TRANSMETTRE SES CONNAISSANCES
    Une civilisation meurt lorsque les connaissances ne sont plus transmises, a écrit Pierre Chaunu. Or cette situation peut se produire s’il n’y a plus personne pour les recevoir ou si l’enseignement est défectueux (C’est la double menace actuelle…)
    Or, l’enseignement suppose outre des connaissances et des aptitudes pédagogiques, attention portée à chacun, dévouement et patience, formes élevées de la générosité. La tâche éprouvante d’éducateur est essentielle et ne concerne pas que les parents et les enseignants. L’ingénieur retraité qui offre ses compétences scientifiques à des lycéens en difficulté fait preuve de générosité. De même les personnes qui donnent bénévolement des leçons aux prisonniers ou handicapés au sein d’associations comme GENEPI ou Auxilia.

2/ LA CRISE DE LA GENEROSITE

    Au delà de la théorie, on relève aujourd’hui une crise de la générosité :

- Le refus de la paternité ou de la maternité par beaucoup de nos contemporains est typique de cette crise. Les Américains ont inventé à ce propos le terme de couple DINK (double income, no kid = double salaire, pas de gosse) pour caractériser ces gens qui cherchent surtout à écarter un possible élément de gêne de leur vie égoïste à deux.

- La crise des vocations est un autre aspect de cette mentalité. Il ne s’agit pas seulement des vocations religieuses mais aussi de la répugnance de beaucoup de jeunes à s’engager dans quelque chose d’exigeant et de définitif : choix d’une carrière, entrée dans la vie active ou mariage…
    A noter que cette crise concerne aussi les adultes qui, par exemple, relèguent trop de vieux parents dans les maisons de retraite (quand ils ne les abandonnent pas chaque été dans des hôpitaux). Dans un autre domaine, bien des dirigeants d’associations se plaignent d’avoir du mal à recruter des bénévoles pour les aider, les relayer et les relever.

- La crise du sang est d’actualité. Les mêmes qui considèrent comme normal de recevoir du sang quand ils sont blessés ne se bousculent pas les jours de collecte.

- L’ambiguïté de la générosité médiatique On doit se réjouir des manifestations de générosité médiatique malgré leur caractère artificiel et éphémère. Les « pros » de la TV savent émouvoir le bon peuple au point, l’effet d’entraînement jouant, d’amener chacun à signer un chèque. Il est en revanche difficile d’amener les mêmes personnes à soutenir régulièrement une personne ou une cause.

EN CONTREPOINT , ON NOTE DE MERVEILLEUX EXEMPLES DE GENEROSITE

    Dans ce contexte général d’individualisme, on peut cependant citer de merveilleux exemples de générosité moderne, chez les jeunes notamment.
- Des garçons et des filles sont moniteurs de colonies de vacances, éducateurs de rues, chefs scouts ou décident de consacrer aux autres un an de leur vie, souvent au loin…
- Des couples qui ont déjà des enfants, adoptent, en plus, un petit handicapé.
A mes yeux , ceux là représentent le plus haut niveau de la générosité .
    Dans le contexte actuel, tous ces exemples sont très réconfortants.

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3/ L’EDUCATION A LA GENEROSITE

    Elle repose, comme les autres domaines de l’éducation, sur quelques principes simples :

- L’éducation du coeur est aussi importante que la réussite au bac et que la formation du caractère …

- Chaque cas est particulier: dès les jeunes années, certains enfants apparaissent particulièrement généreux parmi des frères et soeurs plus intéressés.
    Sachons donc nuancer selon les cas : l’éducation, c’est du « sur mesures« …

- Comme dans l’éducation à l’honneur et à la responsabilité, l’exemple vaut mieux que les discours et, à l’inverse, le contre témoignage est une catastrophe …

- Les jeunes ont besoin de modèles et de héros: sachons leur en proposer, même si ceux là heurtent parfois ce que nous considérons comme le sens de la mesure …

    Pour mettre en oeuvre ces principes, semons la graine de générosité prudemment, progressivement mais opiniâtrement , délicatement et de façon réaliste .

    Prudemment car l’équilibre des jeunes est chose fragile et que se pose souvent pour eux un problème de sécurité. C’est ainsi un fait d’expérience qu’il peut être dangereux, sous prétexte d’ouvrir les enfants aux réalités de la vie, de les mettre trop tôt en contact avec des personnes marginales.
    Ce qui prime, c’est le bien de ceux qu’on éduque et, pour reprendre le sous-titre de l’un de nos livres  » Les parents de Julie« , l’éducation, c’est d’abord du bon sens. Par exemple, il est clair qu’un célibataire ou un retraité ont davantage de liberté d’esprit pour s’engager généreusement à l’extérieur qu’un père de famille qui se doit d’abord aux siens.
    Cherchons donc à apprendre aux jeunes à donner gratuitement mais sachons aussi leur crier casse cou quand ils envisagent de prendre des risques inutiles …

    Mais il nous faut tenir à la fois les deux bouts de la chaîne car l’éducation au risque mesuré est complémentaire de l’éducation du coeur…

    Progressivement car il est un temps pour tout. C’est parce qu’on aura appris au bambin à prêter son jouet qu’on pourra inciter l’adolescent à donner aux autres un peu de son argent de poche ou de son temps. Brûler les étapes risquerait de l’écoeurer.
    Opiniâtrementcar l’éducation est une longue patience. Dans ce domaine comme dans les autres, il faut toujours recommencer sans se lasser.
    Délicatement car il s’agit ici, non pas d’imposer un comportement instantané, mais de tenter de faire naître un état d’esprit qui durera toute l’existence et s’exercera de façon différente selon les personnes, les circonstances et les états de vie.

    Et dans une optique de total désintéressement réaliste pour que le jeune à qui on enseigne la générosité ne se comporte ni en égoïste, ni en poire et qu’il ne s’imagine surtout pas que le bien qu’il fait lui vaudra la reconnaissance de ceux qu’il aide.

    Cela étant, sachons lui inculquer encore deux idées :

- S’il a eu de la chance dans la vie, « renvoyer l’ascenseur » aux autres, d’une façon ou de l’autre, c’est un devoir élémentaire de solidarité humaine.

- C’est aussi l’une des clefs du bonheur.

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 12 septembre, 2006 |Pas de commentaires »

LE CIVISME

LE CIVISME
    Le Civisme est l’un des piliers de la société mais il est, comme elle, en crise.
    Même si les citoyens vivent individuellement les Valeurs précédentes, notre société se portera mal tant qu’ils n’assumeront pas davantage leurs responsabilités vis à vis de la collectivité, tant qu’ils ne seront pas davantage imprégnés de sens civique.
   La situation s’aggrave et le péril nous paraît si grand que nous estimons nécessaire de reprendre ici certaines de nos idées déjà diffusées. Elles sont très simples et ne font que réactualiser des notions bien connues mais trop souvent perdues de vue.

    En appui de notre thèse, voici trois opinions émanant de trois sources différentes :
« Le civisme est une valeur civilisatrice moderne qui se vit au quotidien des peuples; il est la marque d’une appartenance à une même collectivité, au service d’une même nation ou des mêmes idéaux. »

( Etats généraux du Civisme. Sorbonne 1986)

« Nous sommes en guerre, dans une véritable guerre économique, culturelle et technologique, en danger du fait de l’exaltation effrénée de l’individualisme. Pour être du côté des gagnants, nous ne pouvons nous contenter de former de bons ouvriers ou de bons ingénieurs, NOUS DEVONS AUSSI FORMER DE BONS CITOYENS. »

J.-P. Chevénement

Parmi les droits de l’homme, il faut inclure le droit au civisme supérieur, le droit de crier et de suffoquer devant les laideurs irrespirables, le droit à la beauté enseignée aux enfants, le droit à la création plutôt qu’à la créativité, le droit à la morale civique, aux valeurs fondamentales de la personne humaine… »

Philippe de Villiers « La chienne qui miaule »


1/ DE QUOI S’AGIT-IL ?

« Le civisme, nous dit le Littré, c’est le sentiment qui fait les bons citoyens. C’est l’attachement à la Cité. » « C’est, dit le Larousse , le sens qu’a un homme de ses responsabilités et de ses devoirs de citoyen « . André Siegfried précise: « C’est le dévouement à la chose publique, en vertu duquel chacun, tout en revendiquant son quant-à-soi, estime devoir s’insérer dans une communauté et collaborer à la vie sociale ».
    Dans ces conditions, le Civisme n’est pas seulement une affaire de code à connaître et à respecter (encore que le respect du code de la route soit finalement un élément du civisme)
, c’est surtout une affaire d’attachement au BIEN COMMUN, donc de cœur.
    Le BIEN COMMUN, ce n’est pas seulement l’air, la rue, le jardin public et le métro…
C’est aussi et surtout l’ensemble des conditions sociales qui permettent à chaque citoyen d’atteindre son épanouissement : sauvegarde de la vie, sécurité intérieure et extérieure, santé, moralité publique, accès au travail, à l’instruction et à l’éducation, à l’aide aux familles, libertés essentielles correspondantes (de penser , de parler, de s’assembler, de pratiquer sa religion …) .

    Il est évident que le souci du bien commun implique, pour chacun, une certaine renonciation à sa liberté individuelle.

LES TROIS NIVEAUX DU CIVISME
Le Civisme est avant tout un ETAT D’ESPRIT qui doit pousser les citoyens :
· Au minimum, à ne pas gêner les autres, à ne pas perturber le fonctionnement extérieur de la société. C’est une attitude assez passive qui amène à ne traverser la rue que dans les clous, à ne pas jeter les papiers gras sur le trottoir, à respecter les feux rouges, les pelouses et les banquettes… C’est le premier niveau, élémentaire, du Civisme. Il concerne tous les citoyens en vertu de ce principe: « Il ne peut y avoir de droits pour chacun que si les autres se reconnaissent le devoir de les respecter ».
· Complémentaire du précédent, le deuxième niveau est celui de l’électeur, du contribuable, hier du jeune qui partait faire son Service National. Il correspond à l’obéissance aux lois. Il s’applique également à tous.
· Le troisième niveau ne concerne en revanche que ceux qui en ont le goût et les dons. Il s’agit d’ACCEPTER DES RESPONSABILITES dans la Cité en fonction de ses possibilités physiques et intellectuelles. C’est le niveau du pompier volontaire, du conseiller municipal, du dirigeant d’association, du maire ou du député…

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2/ LA CRISE DU CIVISME

Le Civisme est en crise notamment parce que:
- d’une part, l’individualisme a envahi nos cités avec le progrès matériel;
- d’autre part, le sens du bien commun n’est pas inné chez les enfants. Il faut le faire découvrir progressivement aux jeunes. Or, c’est ce à quoi beaucoup d’éducateurs répugnent, parents y compris, ou ne prêtent pas assez attention.
   Le résultat, c’est, pêle-mêle (et entre autres), la pollution des trottoirs et des lieux publics, l’abstention électorale, la fraude fiscale, les affaires, la montée de la délinquance et la difficulté de trouver des donneurs de sang et des bénévoles pour s’occuper des autres et du bien commun de façon désintéressée…

3/ L’EDUCATION AU CIVISME

    Le bambin qui découvre la vie a instinctivement le sens de sa propriété. Il est naturellement égoïste et il faut lui apprendre à accepter des copains sur le tas de sable, à prendre son tour sur la balançoire et à partager son gâteau …

    L’éducation au Civisme, c’est d’abord l’acquisition et l’entretien d’un certain savoir et de certains réflexes: respecter les jardins publics, les murs, les trottoirs , les banquettes… traverser au vert et dans les clous .. . accepter les droits de l’autre aux jeux collectifs… Payer son billet dans le Métro…

    C’est surtout l’acquisition d’un certain ETAT D’ESPRIT CIVIQUE.
Les deux domaines sont étroitement imbriqués car le fait de faire ou de ne pas faire certains gestes crée des habitudes, d’où procède l’état d’esprit. C’est tout petit qu’il faut apprendre à l’enfant à respecter et à promouvoir le bien commun. Cette initiation doit être progressivement approfondie, élargie et consolidée car rien n’est jamais acquis. Les adultes jouent à cet égard un rôle essentiel en donnant le bon exemple aux jeunes.
   L’éducation au Civisme apparaît ainsi comme une création continueet la TV pourrait participer, mieux qu’elle ne le fait, aux grandes campagnes d’incitation au civisme .

A L’ECOLE
    Après la famille, l’école est le lieu par excellence de la sociabilisation et de l’initiation au civisme. Celui où les enfants apprennent à dompter leur envie de remuer ou de parler, à respecter le maître et les autres, à acquérir des notions élémentaires d’ordre, d’hygiène, de discipline et les bases de la morale.
    Encore faut-il que les enseignants soient convaincus de leurs responsabilités en la matière et qu’ils soient formés en conséquence !

AU SPORT et DANS LES MOUVEMENTS DE JEUNESSE
    Appartenir à un équipe sportive. Accepter de venir à l’entraînement chaque semaine. Se plier à la discipline collective du jeu. Tirer ensemble sur les avirons. Pousser, les 3 lignes faisant bloc, dans la mêlée de rugby. Respecter les règles du sport pratiqué. S’incliner devant les décisions du capitaine d’équipe et de l’arbitre… Tout cela est déjà une excellente école d’éducation au civisme. C’est dans cet esprit que les Anglo-Saxons, férus de vraie démocratie, ont placé la pratique du sport à un tel niveau à l’école et à l’université. A cet égard et à beaucoup d’autres, on peut donc souhaiter que le sport (sport d’équipe notamment ) soit davantage pris au sérieux en France, sous l’angle de la pratique entre amateurs s’entend ( et non des spectacles de TV…)

   L’appartenance à un mouvement de jeunesse ouvre des perspectives éducatives complémentaires. Bien qu’il n’ait pas de monopole en la matière, prenons l’exemple du scoutisme. Saluer les couleurs tous les matins… Aligner les tentes quand on monte le camp… Ranger ses affaires pour qu’elles n’envahissent pas la place ( exiguë ) réservée aux autres sous la guitoune… Enfouir les détritus… Surveiller le feu pour éviter les incendies… Répartir les tâches entre les grands et les plus petits… Tenir sa place (au ralenti durant l’hiver et à plein durant les camps) dans une patrouille ou une sizaine, petite communauté à taille humaine…

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    Progresser, d’année en année, dans ce cadre favorable pour y découvrir progressivement la responsabilité et l’autorité conçues comme un service. Le tout dans une ambiance de vie simple et joyeuse, de respect et d’amour de la nature, d’appel permanent, non seulement à l’esprit d’aventure mais aussi et surtout aux Valeurs morales et spirituelles les plus hautes…
    Telles sont les caractéristiques générales de la pédagogie scoute. On ne saurait trop recommander aux parents d’inscrire leurs enfants dans l’un de ces Mouvements ( Il en existe de différentes sensibilités…).

    Qu’ils incitent même, le moment venu, leurs adolescents à assumer, à leur tour, des responsabilités d’encadrement des plus jeunes. C’est un remarquable élément de formation qui prépare ces bons citoyens du 3° niveau dont nos cités et notre pays ont tant besoin.

Il y a plus. Aujourd’hui où l’on cherche désespérément les moyens de remédier à la crise des banlieues, et où les maisons de la culture montrent leurs limites, ne faudrait-il pas se pencher sérieusement sur l’expérience de ces milliers d’hommes et de femmes qui ont été formés pour la vie dans les mouvements et les patronages ?

    L’Association JET (Jeunes en équipes de travail) constituait à cet égard un laboratoire en vraie grandeur. Face aux jeunes délinquants primaires qu’on lui confiait pour les arracher à l’atmosphère délétère de la prison, elle obtenait de bons résultats en appliquant les principes éprouvés d’une pédagogie de bon sens: discipline ferme mise en oeuvre avec bienveillance par un encadrement (fourni par les Armées) motivé et expérimenté, contact systématique avec la nature à travers le sport et le travail manuel, souci permanent de rendre leur dignité aux jeunes et de leur donner confiance en eux, tout en leur faisant prendre des habitudes de vie saine.
   Jet vient, hélas, de fermer, les Armées n’ayant plus les moyens de fournir l’encadrement. Il est, par ailleurs, de bon ton dans certains milieux de dénigrer ces méthodes (soi-disant « paternalistes » et « militaristes », pourtant éprouvées aux Chantiers de Jeunesse.)
    Devant la misère des jeunes déboussolés, elles pourraient être adaptées aux besoins et aux réalités d’aujourd’hui. Cela devrait constituer une voie de recherche prioritaire.

ET, PAR DESSUS TOUT, DANS LA FAMILLE
    La préparation au civisme est une éducation permanente. Elle concerne, ou devrait concerner, spécialement les jeunes.
    Il n’y a pas de recette spécifique pour enseigner le Civisme. L’éducation est un tout. Elle implique, entre autres un minimum de compétence, beaucoup d’amour et de la cohérence entre ce qu’on dit et ce qu’on fait. Prétendre par exemple donner aux enfants des leçons de civisme et brûler un feu rouge devant eux, ou déclarer à table qu’on n’ira pas voter ou qu’on fraude le fisc, serait un contre-témoignage coupable…
    Cette cohérence, il faut aussi essayer de la susciter entre ce que les enfants entendent à la maison et ce qu’ils apprennent à l’école, au sport, dans les mouvements de jeunesse et à la TV, tous organismes qui ne dépendent pas de nous. Encore qu’on puisse souvent choisir l’école de ses enfants, leur club sportif ou leur troupe scoute. C’est plus compliqué pour la télé qui exerce une sorte de fascination pour eux et qui est donc devenue un élément important dans l’éducation, en positif ou souvent en négatif. L’apprentissage de l’usage de la télé est donc une nécessité éducative nouvelle.

Il devrait exister une éducation de masse au civisme, à travers les médias, mais ce qui est primordial, c’est d’enseigner le civisme à la maison et au fil des jours .

Comme le reste, le civisme s’enseigne très jeune, à petites doses, (gare à la saturation moralisante !) mais souvent, dans la joie et la tendresse, et pas à coup de trique…

   Chez les tout petits, il faut d’abord inculquer des réflexes: on jette son papier de bonbon dans la poubelle et pas par terre… On respire les fleurs du jardin et on ne les casse pas… On traverse la rue dans les passages protégés et on passe au vert… On met ses pieds sous les banquettes et pas dessus etc…

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    Il y a certes un ETAT D’ESPRIT à créer chez les jeunes en faveur du bien commun mais cet état d’esprit-là commence par l’acquisition des réflexes feu vert / feu rouge …
    La politesse rejoint ici le civisme. Dire bonjour, notamment aux gens de la maison qu’on rencontre dans l’escalier; céder sa place à une personne âgée… ce sont des réflexes à retrouver car ils sont oubliés, même par beaucoup d’éducateurs…
    Dès 6 ans, le réflexe gestuel ne suffit pas. Il faut aussi inlassablement EXPLIQUER aux jeunes le POURQUOI des choses, dans le domaine du civisme comme ailleurs. Cherchons donc à saisir chaque occasion favorable. Par exemple, commentons si possible en positif un fait divers caractéristique, aperçu dans le journal par un enfant. Ou l’attitude « sportive » d’un joueur vu à la TV. Ou encore expliquons ce que va faire le cousin qui donne son sang.

    Essayons de traiter le civisme sous forme de leçons de choses mais n’abusons ni du terme civisme ni du monologue, et cherchons surtout à susciter l’attention des enfants et à les faire parler. Au moment de la déclaration d’impôts, faisons bénéficier nos apprentis-citoyens d’une initiation au civisme fiscal ! Montrons-leur à quoi sert l’impôt et que, le payer, c’est un devoir élémentaire de citoyen.

D’une façon générale, essayons d’expliquer aux jeunes comment marche la société dans laquelle ils vivent. Cet aspect des choses a été longtemps le seul auquel s’intéressaient les programmes scolaires avec l’étude du fonctionnement des Institutions et des collectivités locales. Les notions de bien commun et de responsabilité du citoyen en étaient évacuées. Suivons les nouvelles directives qui recommandent de former des citoyens responsables.

   Comment faire pour préparer les enfants à accepter des responsabilités dans la Cité.
Essentiellement sur le tas, de façon pragmatique et progressive. Confions très tôt de petites tâches aux enfants dans la maison et poussons-les à accepter ailleurs des responsabilités à leur mesure, au bureau des élèves, aux scouts, dans les équipes sportives. La préparation à long terme d’un camp ou d’une fête de classe est par exemple très éducative. L’initiation au civisme et l’apprentissage de la liberté et de la responsabilité vont de pair…

    Nos maîtres-mots sont donc : Traiter du civisme à dose homéopathique, commencer par apprendre des gestes, dialoguer en permanence, créer un état d’esprit, enseigner les leçons de choses du Civisme…
    Ayons le souci d’une éducation globale et enracinée dans la vie ; nous convaincrons progressivement tous les parents et éducateurs.

    Mais ce que nous appelons les Valeurs Fondamentales sont indissociables et l’éducation des jeunes au civisme resterait bien désincarnée si on ne la complétait pas par l’éducation à la générosité.

   Par ailleurs, une notion plus charnelle et plus chaleureuse qui s’appelle le patriotisme est, selon nous, inséparable du civisme. Si on n’ y introduit pas l’amour de la patrie, l’éducation au civisme restera ce qu’elle était jusqu’ici, notamment dans les programmes scolaires : une somme de connaissances techniques sans finalité profonde et sans âme …

    Comme disait Simone Weil , ( la philosophe ) :

        » Il faut donner aux Français quelque chose à aimer : LA FRANCE « …

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 12 septembre, 2006 |Pas de commentaires »

LE PATRIOTISME

LE PATRIOTISME
    La notion de Patrie ne peut se réduire à des statistiques ou à des organigrammes. Elle a une dimension affective et culturelle marquée .

   Dans ce domaine comme en beaucoup d’autres, il faut tenter d’avoir une vision en stéréo de la réalité en la regardant sous deux angles. Ainsi, pour un Français, l’amour de sa patrie n’est pas exclusif de l’acceptation d’une certaine organisation politique et économique de l’Europe. Il est compatible aussi avec un profond attachement de chacun à son coin de terre.

    L’amour de la Patrie est donc en soi excellent. Ce qui en revanche peut faire problème, ce sont ces déformations de l’idée de Patrie qui aboutissent au mépris des autres hommes et des autres Patries à travers un culte abusif rendu à la Nation plutôt qu’à la Patrie.
Pour tenter d’éclairer la notion de Patrie, nous allons l’aborder successivement sous différents angles: Civisme et Patriotisme, Patrie et Nation, Patrie et Etat, Patrie et Europe, Patrie et Provinces, Patrie et Eglises.
    Nous montrerons ensuite les déformations de l’idée de Patrie et conclurons sur l’éducation à l’amour de la Patrie et à la connaissance de leur Patrie.

1/ De quoi s’agit-il ?

Définitions élémentaires
On lit dans le Petit Larousse .Nation (du latin NATUS: né) = communauté humaine, le plus souvent installée sur le même territoire, et qui, du fait d’une certaine unité historique, linguistique, religieuse, ou même économique, est animée d’un vouloir vivre commun .

Etat = Nation (ou groupe de nations) organisée, soumise à un gouvernement et à des Lois communes (en ce sens le mot prend une majuscule )

Patrie ( du latin PATER: père) = pays où l’on est né ou auquel on appartient comme citoyen . Exemple, la France est notre patrie. Ensemble des personnes qui sont associées entre elles de coeur ou de volonté en une nation, que celle-ci soit ou non organisée en un état indépendant.
    Par extension, pays que l’on aime par dessus tout . » Le véritable patriotisme n’est pas l’amour du sol mais l’amour du passé  » , dit Fustel de Coulanges. . .

CIVISME ET PATRIOTISME
    Pour nous, la personne humaine a le pas sur la société. Le but de celle-ci est de favoriser l’épanouissement des personnes qui la composent. Cela dit, l’homme est un animal social comme la fourmi. Il vit en société mais est capable, lui, de modifier l’organisation du groupe.
    Le civisme, c’est le sentiment qui nous pousse à admettre que la Cité est régie par des règles qui visent à préserver l’interêt général et le bien commun .
Il nous amène à nous sentir individuellement responsables de ce bien commun et appelés à travailler individuellement pour le promouvoir .
    Il nous fait admettre que nos droits sont inséparables de nos devoirs et nous pousse à accepter des responsabilités dans la Cité et à prendre les risques correspondants.
    Cette conception du Civisme n’est pas concevable sans une parcelle d’Amour, celui qui englobe et dépasse le respect, la tolérance, voire le pardon.

    Ainsi le Civisme est le fondement du Patriotisme qui s’en distingue par sa dimension affective. Le PATRIOTISME ajoute un sentiment de solidarité verticale entre les générations, l’impression que nous avons une dette de reconnaissance envers nos anciens et que c’est aux jeunes que nous devons la rembourser. C’est une question d’honnêteté .

Il introduit aussi un sentiment de solidarité horizontale entre gens qui parlent la même langue, ont la même culture et ont des intérêts communs.

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Patrie et Nation
Le mot Nation désignait un groupe d’hommes ayant même langue, même coutumes, même volonté de vivre en commun mais pas nécessairement même terre: on a jadis connu la nation franque, la nation tartare, la nation polonaise (qui a survécu aux partages de la Pologne) ; on pourrait parler aujourd’hui de nation kurde .

Patrie et Peuple
Du latin Populus, le terme peuple désigne un ensemble de gens qui n’ont pas nécessairement la même terre ni les mêmes habitudes mais qui ont entre eux un lien de caractère souvent religieux: c’est ainsi qu’on parlait du peuple juif (que la diaspora n’a pas fait disparaître), du peuple romain et du peuple chrétien … St Paul appartenait à la fois à ces trois peuples .

Patrie et Etat
L’Etat est une organisation politique ayant les attributions de la souveraineté. Il a généralement des frontières reconnues et des institutions propres. Il peut grouper des nations différentes: ce fut le cas de l’Empire Austro-Hongrois, de la Yougoslavie et de l’URSS. A l’inverse, les nations italienne. espagnole et allemande ont été longtemps divisées en plusieurs états. C’est encore le cas en Corée.

Patrie et Provinces
L’attachement de chacun à son coin de terre et à sa culture régionale paraissait jusqu’ici parfaitement compatible avec l’amour de la patrie. Le cas particulier de la Corse montre cependant que l’exacerbation du particularisme local peut aboutir à des situations de tension au détriment de la paix et de la prospérité générales .

Patrie et Europe
Il se trouve aujourd’hui que l’Europe a perdu son rôle dominant dans le monde, que chacune des nations qui la constituent est trop petite pour exercer une influence politique ou être compétitive au plan économique; ces nations ont donc ressenti le besoin de s’associer .

A ce besoin s’ajoutait le souci d’empêcher une nouvelle guerre Franco-Allemande.
Par ailleurs, malgré les différences de langue et au delà des conflits qui les ont opposées pendant des siècles, ces pays se sentent des racines et des traditions communes nées du triple héritage d’Athènes, de Rome et du Christianisme .

Dans les faits, l’association des pays a commencé par la création de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (1950) débouchant sur le traité de Rome (1957) qui organisait la Communauté économique Européenne qui ne cesse de s’étendre.

Depuis l’échec de la Communauté Européenne de défense (1954), le relatif succès de la construction Européenne sur le plan économique détone avec la difficulté de réaliser l’unité sur les plans politique, diplomatique et militaire. On note aussi l’alourdissement continu des institutions européennes et la pesanteur des contraintes qu’elles exercent sur les états.

   Cela parait dû au fait que les dimensions humaine, culturelle et spirituelle de la construction européenne ont été négligées au profit de l’économie .

   Quoi qu’il en soit, le patriotisme français devrait pouvoir s’associer à l’idéal des peuples de l’Europe en adhérant, pour reprendre les termes du Pape Jean Paul Il: « à une structure politique commune, émanation de la libre volonté des citoyens européens qui, loin de mettre en péril l’identité des peuples de la communauté, sera plus à même de garantir équitablement les droits, notamment culturels, de toutes les régions. Les empires du passé ont tous failli qui ont tenté d’établir leur prépondérance par la force de coercition et la politique d’assimilation. Votre Europe sera celle de la libre association de tous les peuples et de la mise en commun des multiples richesses de la diversité »
(Discours du 11 Novembre 1988 au Parlement Européen)

Patrie et Eglises
   Les églises ont toujours reconnu la valeur des communautés naturelles comme la famille et la patrie, à condition qu’elles restent fidèles à leur rôle d’accompagnement des personnes.
    L’Eglise catholique a écrit de nombreux textes sur ce sujet, mettant notamment en garde contre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes quand les structures sociales et économiques ne sont pas en place, et que n’existent pas les élites capables de gouverner en respectant les règles de la justice et des droits de l’homme .

    Le Pasteur Vassaux écrit de son côté :  » Une nation n’est pas animée par une force aveugle mais par la claire conscience d’un patrimoine spirituel commun. Sans cette prise de conscience, l’idée nationale risque de dégénérer en nationalisme, exaspération du sentiment national … « (« Eglise, état, armée » Editions Alethina , Lausanne)

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2/ La crise du Patriotisme

La désaffection apparente des jeunes pour la patrie
Voyageant beaucoup, ils ne semblent guère s’intéresser à ce qui fait la France… Selon un sondage récent, la Patrie serait même, pour 45 % des 15/20 ans, la première Valeur à rejeter, avant la recherche spirituelle que récuseraient 42% d’entre eux. (A titre d’information, la Valeur classée en N° 1 serait la tolérance et la N°2 le respect de l’environnement…)
   Tout se tient d’ailleurs: selon le même sondage, 3% seulement d’entre eux respecteraient le bien commun et 19% seulement reconnaîtraient qu’ils sont solidaires des autres…

Face à cette situation, un écrivain croate déclarait à Alain Finkielkraut :  » Chez nous aussi, les 15/20 ans se prenaient pour des nomades rock. il a fallu l’agression serbe pour qu’ils réapprennent, d’un coup, leur pays et leur âme. Une mémoire secrète attend au fond des êtres. Les circonstances la dévoilent. Je vous en souhaite de plus clémentes que les nôtres. »

Les déformations de l’idée de patrie
Celles qui considèrent la patrie comme un absolu, les déviations nationalistes, et celles qui la nient au profit d’un nouvel ordre mondial, internationaliste ou marxiste .

Les déviations nationalistes
Pour les Jacobins, la Nation française est seule porteuse de l’idéal de liberté, d’égalité et de fraternité qui constitue l’héritage de la Révolution. La Nation constitue donc un absolu dont le service motive tous les sacrifices et justifie tous les actes, même les plus barbares. Les revers militaires de 1793 et les révoltes populaires qui s’ensuivirent ayant amené les Jacobins à proclamer « la Patrie en danger » , ils n’eurent ainsi aucun scrupule à recourir à la Terreur pour la sauver.

Pour Nicolas Chauvin, un ancien combattant de l’Empire (17 fois blessé, « toujours par devant ») , le patrimoine national se réduit à ses gloires militaires dont l’éclat est à la mesure de la grandeur de la patrie. Pour lui, la patrie a toujours raison et sa doctrine, le chauvinisme, a apporté de l’eau au moulin de la doctrine des nationalités qui a inspiré toute la politique européenne du XIX°° siècle.

Fichte, avec son « discours à la nation allemande », en fut un des théoriciens. Il confond volontairement la notion de patrie et celle d’état et exige l’indépendance politique pour chaque peuple. Il allait notamment en résulter l’éclatement de l’Empire Austro Hongrois, sans parler des revendications indépendantistes d’aujourd’hui. L’hymne de l’Allemagne impériale  » Deutchland uber alles  » répondait à cet appel. En exacerbant une telle conception de la Nation, les Nazis en sont arrivés à considérer et à traiter certains hommes comme des sous hommes et à envahir leurs voisins. Aujourd’hui, cette conception provoque les nettoyages ethniques que l’on sait.
    En France, les conquêtes de la Révolution et de l’Empire nous ont valu bien des haines.

Nous n’en sommes plus là et, la mauvaise conscience et le mondialisme ayant fait leur oeuvre, ce sont les simples patriotes qui risquent aujourd’hui d’être qualifiés de Franchouillards présumés fascistes et racistes.

Les déviations internationalistes
Au XIX° siècle, Auguste Comte, fondateur du positivisme, a lancé l’idée d’une religion positive de l’humanité faisant disparaître, outre les religions, l’organisation sociale fondée sur les états et les patries .

Au nom de l’Evangile, Lammenais le rejoignait, affirmant  » Souvenez vous bien qu’à la patrie, vous devez préférer l’humanité. (…) Les maux qui désolent la terre ne disparaîtront que quand les nations, renversant les funestes barrières qui les séparent, ne formeront plus qu’une unique et grande société… » .
Cette conception inspire encore aujourd’hui des écoles de pensée influentes.

Pour des raisons différentes, le marxisme aboutit au même idéal utopique.
    Pour Marx, c’est la classe qui constitue le milieu normal de vie et la classe des opprimés doit s’unir au delà des frontières pour se dresser universellement contre les oppresseurs. A noter qu’on a vu cette théorie mise à mal en 1941 au début de ce que les Soviétiques appelaient La grande guerre patriotique.

3/ L’EDUCATION A l’AMOUR DE LA PA TRIE

   Il s’agit, d’une part, de montrer aux jeunes que, comme disait Renan, « l’existence d’une Nation est un plébiscite de tous les jours » … ( Il y a fort à faire à cet égard alors qu’on leur parle surtout de défense des acquis et des intérêts catégoriels) et, d’autre part, de leur expliquer ce que représente notre patrimoine historique, culturel et spirituel.

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    En effet, pour que nous vivions mieux, nos pères ont défriché la forêt, tracé les routes, amendé le sol, bâti et rebâti les villes, guerre après guerre. Notre gratitude est d’abord d’ordre matériel. Mais la façon dont s’est accomplie cette oeuvre, c’est toute notre histoire, celle des Rois et des soldats, celle des manants et des marchands, celle des savants et des clercs .
    Connaître cette histoire, c’est pour nous, aussi vital que, pour l’arbre, plonger ses racines dans le sol. Le Patriotisme, c’est donc un amour à base de connaissance. Notre langue, notre culture, nos modes de pensée et d’agir, tout cela rentre dans cette connaissance.
    S’y ajoute la prise en compte d’un immense capital spirituel, de tout ce qui s’est fait de bien et de beau au long des siècles pour que les hommes soient davantage hommes.
    Le Patriotisme, c’est la perception de tout cela, l’Amour instinctif et raisonné de tout cela et la volonté de le transmettre après l’avoir protégé et embelli.

A l’école
    On ne peut que se réjouir de voir l’éducation civique remise à l’ordre du jour. On espère cependant que les maîtres ne se contenteront pas d’enseigner les bases d’un comportement de citoyen mais qu’ils formeront aussi les enfants à l’amour de la France.

    Jean Jaurès s’adressait ainsi aux instituteurs, au début du siècle, :
 » Vous tenez en mains l’intelligence et l’âme des enfants. Vous êtes responsables de la Patrie. Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire et à compter . Ils sont français et doivent connaître la France, son histoire, sa géographie, son corps et son âme. Ils seront citoyens et doivent savoir ce qu’est une démocratie libre: quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la Nation. Enfin, ils seront hommes et il faut qu’ils aient une idée de l’homme. Il faut qu’ils sachent quelle est la racine de notre grandeur: la fierté unie à la tendresse. Il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le culte de l’infini qui est notre joie »…

    Des mesures simples et éprouvées paraissent susceptibles d’initier progressivement les jeunes à l’amour de leur pays: promenades commentées, rédaction de monographies, organisation de la découverte des monuments et des plaques commémoratives, participation aux cérémonies patriotiques…

Dans les mouvements de jeunesse
   La même pédagogie peut être appliquée au cours des jeux, des camps et des raids.
Certains mouvements organisent même des pèlerinages à thème sur des hauts lieux, par exemple pour faire découvrir aux participants les champs de bataille de 1914/18 ou les lieux du débarquement de 1944, la guerre de Vendée, l’épopée de Jeanne d’Arc ou celle des maquisards du Vercors.

Dans l’Armée et autour de l’Armée
    Le service militaire était une remarquable occasion de faire réfléchir les recrues à cette réalité qu’est la Patrie et à leur faire mesurer la dette de reconnaissance de chacun à son égard. Le cérémonial militaire exalte d’ailleurs la notion de solidarité entre les générations, en évoquant fréquemment le sacrifice des anciens et leurs batailles.
    Les cadres se sentent au plus haut point investis de la mission de compléter l’éducation civique des jeunes soldats, selon les principes qui viennent d’être exposés. Pour toutes ces raisons, et d’autres, je regrette personnellement qu’il soit mis fin à la conscription.
    Subsistent heureusement les associations dites patriotiques. Déployées sur tout le pays, elles représentent le conservatoire du dévouement à la Patrie. Malheureusement, elles sont constituées de gens âgés et leurs dirigeants n’ont pas tous conscience de leur mission de contribuer à rayonner l’idéal patriotique auprès des jeunes, ne serait-ce qu’en rassemblant les enfants des écoles autour des anciens combattants à chaque cérémonies du Souvenir.

Sur les genoux maternels
    C’est dans la famille que les enfants apprennent le mieux et ressentent le mieux l’amour de la patrie. Comme la Foi, c’est avec la tendresse qu’on la transmet le plus facilement .

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L’éducation par l’histoire
   Les parents et les anciens peuvent ainsi apprendre aux enfants comment s’est faite la France et ce qu’ont apporté les générations successives qui nous ont précédées.
    Les rudiments d’histoire de France peuvent leur être inculqués d’autant mieux, qu’à côté d’ouvrages tendancieux, il existe maintenant des livres admirablement rédigés et illustrés qui retiennent très bien l’attention des enfants.
    A ce propos, l’apprentissage d’éléments d’histoire politique et militaire est nécessaire car, comme écrivait de Gaulle: «  La France s’est faite à coups d’épée ».
    Mais leur attention doit être aussi attirée sur l’oeuvre immense et modeste de tous ceux qui ont contribué au développement économique, culturel et spirituel de notre pays: défricheurs, bâtisseurs, copistes et écrivains, législateurs, savants et artistes…
.     C’est en effet leur immense et patient labeur qui a permis de tisser progressivement cette trame à plusieurs dimensions qui constitue la France d’aujourd’hui.

Histoire, télévision et éducation
    La TV pourrait jouer un grand rôle à cet égard: elle représente un merveilleux moyen d’éducation populaire et il existe déjà de remarquables émissions de vulgarisation historique ou culturelle. Le problème est cependant de diffuser ce genre de programmes plus souvent et à des heures d’écoute convenables. Il faudrait aussi que certaines émissions ne déforment pas la vérité historique. Enfin, dans le cadre de sa triple mission de service public: informer, distraire, cultiver, il faudrait surtout que la TV prenne davantage conscience de ses responsabilités éducatives en ce qui concerne la cohésion nationale et l’amour de la France.

CONCLUSION
   Le civisme est inséparable de l’amour de la Patrie. L’un et l’autre doivent être enseignés aux enfants, mais les adultes ont besoin, eux aussi, d’être entretenus dans ces sentiments .

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 12 septembre, 2006 |Pas de commentaires »
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