Archive pour la catégorie 'VALEURS DE FRANCE'

HISTOIRE du Compagnonnage,

templar2.gif

 

HISTOIRE du Compagnonnage,
sa Légende, les Répressions
 

Histoire

On donne le nom de compagnonnage à certaines associations formées entre les ouvriers du même état ou d’états analogues et dont le but est de se prêter de mutuels secours. Le compagnonnage était jadis, sous le régime des règlements, des restrictions et des privilèges que la Révolution renversa, le second degré du noviciat pour arriver à la maîtrise. On n’y était admis que cinq ans après avoir été reçu apprenti et sur la production d’un chef-d’œuvre. L’association des compagnons d’un corps d’état pour s’entraider, s’assister et trouver de l’ouvrage, a survécu à la chute du monopole industriel frappé par la loi du 2 mars 1791, et forme le compagnonnage en cours au XIXe siècle.

Selon telle ou telle version, la tradition* voudrait donner au compagnonnage une origine biblique : ses fondateurs (maître Jacques, tailleur de pierre, et le père Soubise, charpentier) auraient participé au temps de Salomon (Xe siècle av. J.-C.) à l’édification du premier temple de Jérusalem avant de venir introduire le rite en Gaule. Dans une autre version nous les retrouvons au XIIe siècle, moines constructeurs créant les premières associations d’ouvriers itinérants.
En fait, sans doutes héritiers des guildes, frateries et hanses nées dès le VIIIe siècle, il est à peu près certain que le compagnonnage naquit au XIIe-XIIIe siècle, essentiellement dans le cadre de la construction des cathédrales et à côté des corps de métiers.
 

Sans pouvoir en tirer de preuve véritable sur l’existence d’un compagnonnage à

cette époque, on trouve par le concile de Rouen en 1189 et celui d’Avignon en 1326 des décrets de l’Eglise concernant l’excommunication de confréries clandestines dont les membres se réunissent régulièrement, prêtent serment, revêtent des tenues particulières et promettent de se porter secours mutuellement.En 1258, dans son Livre des métiers qui codifie les usages corporatifs parisiens, Etienne Boileau mentionne 1 268 ouvriers voyageurs. En 1276 Rodolphe 1er accorde des franchises aux tailleurs de pierre de Strasbourg. Mais il est fort probable qu’à côté des guildes et corporations reconnues existaient déjà des organisations d’entraide ouvrière qui agissaient clandestinement pour ne pas souffrir les interdictions de l’Eglise et de l’autorité Royale.

Dès le XIIe siècle on voit aparaître sur les statues, les monuments, les peintures, des signes qui sont particuliers aux compagnons ou qui évoquent leurs rites et légendes. Ainsi des bas-reliefs sur une colonne du XIIIe siècle à St-Bertrand de Commingues. A Chartres et à Poitiers également où l’on découvre une guillebrette (maison canoniale du XIIIe et Notre-Dame-de-la-Grande). A Chartres encore, deux personnages accroupis face à face tenant des dés qui représenteraient un maître et un apprenti car sur les dés sont figurés des symboles compagnonniques. Villard de Honnecourt a d’ailleurs fait un dessin de cette scène en y ajoutant un sanglier et un lapin qui désignent chez les compagnons l’initié et l’apprenti. A Valenciennes, une figuration des deux colonnes Hachin et Boaz ; à St-Denis, le Christ faisant un signe compagnonnique ; à Strasbourg, la mort d’Hiram. Autant de signes troublants qui ne peuvent pour autant être pris comme preuves car communs aux compagnons mais aussi à la religion.
On peut cependant citer encore l’Abbé Grandidier (XVIIIe) qui aurait retrouvé trace de rituels pratiqués par les ouvriers de la cathédrale de Strasbourg au XIIIe siècle. Il

y serait fait état d’une « mère » qui tient une auberge, de voyages de compagnons et de l’assistance mutuelle qu’ils doivent se porter. De même dans le fameux manuscrit de Villard de Honnecourt de nombreux dessins sont évocateurs, ne seraient-ce que ces esquisses de personnages ou d’animaux sur lesquels sont superposés des dessins géométriques ; certains pensent qu’il pourrait s’agir d’une sorte de « mémento » permettant de rappeler aux bâtisseurs des procédés de tracé. A la fin du Moyen Age, la puissance des corporations est grandissante et y accéder à la maîtrise est devenu très difficile car le recrutement des maîtres se fait de plus en plus par voie héréditaire. Ainsi en réponse à cette puissance des corps de métiers apparaissent les confréries ouvrières.
On parlait plus à cette époque de « corporations de métiers » que l’on décomposait en trois grandes catégories : les maîtres qui devaient faire preuve de compétences techniques et payer des droits d’entrée, les apprentis (destinés à devenir maîtres) et les valets que l’on appellera compagnons à partir du XVe siècle.

Les ouvriers qui allaient travailler de province en province ne pouvaient s’enfermer dans le cadre étroit et réduit de la corporation que les maîtres s’appliquaient d’ailleurs à rendre de plus en plus exclusive avec le temps. La « confiscation » des corporations par les patrons s’est faite avec la complicité du régime (octroi des lettres de maîtrise par l’autorité royale). De là le besoin très réel pour les ouvriers de fonder des associations particulières, sortes de confréries qui assuraient leur défense, la solidarité ouvrière et dont la protection les accompagnait dans leurs pérégrinations laborieuses. Ces associations ne servaient pas seulement à assurer du travail à l’ouvrier jeté dans une ville inconnue, elles lui faisaient aussi trouver des mains fraternelles, des visages amis partout où il allait ; elles lui assuraient des secours et du pain dans le besoin, loin de son pays et des siens. Ce fut surtout l’instinct de défense mutuelle qui porta les hommes de même métier à se protéger et à s’unir contre l’arbitraire des patrons.
A la ligue des bourgeois et artisans établis, il fallait opposer la ligue des travailleurs. L’atelier ayant cessé d’être un asile commun et étant devenu une sorte d’exploitation du plus faible par le plus fort, l’intérêt du maître et celui du compagnon étaient devenus aussi distincts que possible et un fossé profond avait fini par se creuser ; de là l’indispensable association ouvrière avec ses règlements, ses usages et ses mystères.

Au XIVe siècle les parcours des compagnons furent attestés dans la ville de Rouen ; au début du XVe siècle les menuisiers, les brodeurs et les tondeurs pouvaient ester en justice en tant que corps. L’essentiel des traits du compagnonnage était donc déjà bien dessiné à la fin du Moyen Age…

Dans son « Etude sociale sur les corporations compagnonniques », le couvreur Auguste BONVOUS nous apprend que « C’est seulement vers 1470 que les archives municipales font la mention des Compagnons du Devoir. Les garçons du Devoir, serruriers, en Poitou, fondent les compagnons serruriers du Devoir en se rangeant sous l’égide de Maître Jacques. A Orléans, les forgerons luttent contre les vanniers**** ; le guet s’empare du logis des compagnons forgerons du Devoir et prennent un coffret de fer dans lequel il y avait un lopin et une chanson contre les vanniers (sept. 1451). »

A partir du XVIe siècle, édits et sentences faisant défense aux ouvriers de s’assembler se multiplièrent**. Les réunions de compagnons furent interdites par l’autorité royale (ordonnances de 1539, 1534, 1566…) à laquelle s’ajouta celle de l’Eglise. En effet, tous les rites mystérieux entourant le compagnonnage, les libations, les réunions, les « mères », les masques, bâtons, rubans et autres attributs attirèrent les foudres de la justice royale et de la justice ecclésiastique. Ainsi, les imprimeurs de Lyon furent par exemple menés entre procès et émeutes contre l’autorité royale entre 1539 et 1573. Les associations d’ouvriers se retrouvaient sans statut légal, réprimées par les pouvoirs publics et dénoncées par les autorités corporatives. Elles devaient se mettre en place clandestinement mais malgré la multiplication des interdits les autorités furent en fait tout à fait impuissantes à empêcher l’accroissement du compagnonnage. Certains compagnonnages (appelés « devoirs » jusqu’au XVIIe siècle) se transformèrent en véritables sociétés secrètes qui se ramifièrent dans tout le pays, les plus nombreux étant ceux des métiers du bâtiment (maçonnerie et charpenterie).
Dans leur « résistance », les compagnons n’hésitèrent pas à s’engager dans les conflits religieux. Les Gavots (enfants de Salomon) furent considérés comme réformés et les Dévoirants (enfants de maïtre Jacques) pour catholiques ce qui attisa les rivalités*** entre sociétés parallèlement à l’aval qu’ils exerçaient sur les salaires et les embauches.

Au XVIIe siècle, après toute une série de procès de 1643 à 1655 contre les cordonniers et ouvriers du textile et du cuir, Michel-Henry Buch tenta de créer une structure « honnête » avalisée par la Sorbonne et l’Etat. On créa à Paris, à Lyon et à Soissons des « couvents-coopératives » mais ceux-ci devinrent à leur tour des foyers de résistance aux autorités des corporations et aux maîtres.
Le mot compagnon désignait l’ouvrier qui ayant fini son apprentissage travaillait pour le compte d’un industriel ou d’un entrepreneur, ainsi le compagnonnage était la durée du travail des anciens apprentis devenus compagnons chez leur patron avant de pouvoir enfin travailler pour leur propre compte. C’est donc à partir du XVIIe siècle que le compagnonnage tel que nous l’entendons a été véritablement organisé.

Chaque Devoir observait des règles et rites qui lui étaient propres tant au niveau de l’initiation de ses membres qu’à leur formation professionnelle et spirituelle, le tout étant entièrement tourné vers la transmission du savoir, le souci du matériau et de l’outil mais aussi le respect du travail et de l’oeuvre à accomplir.

Ainsi, le compagnon désespérant de la maîtrise soit à cause d’un stage presque indéfini, soit à cause de sa pauvreté, entreprit de courir de ville en ville les chances de la fortune, excellent moyen du reste pour acquérir une instruction et une expérience que la routine de l’atelier oridinaire lui refusait. De là le tour de France et les agrégations de compagnonnage de plus en plus multipliées parce que de plus en plus nécessaires à l’ouvrier voyageur, et de plus en plus secrètes et mystérieuses parce que l’ombre et le silence pouvaient seuls permettre d’échapper aux sévérités de la législation faite tout entière au profit des bourgeois et des maîtres. Les associations du compagnonnage eurent pour objet l’assistance mutuelle des compagnons de chaque société ou devoir, et répondirent aussi à un besoin qui alors devait être fort vivement senti et qui était de tous les instants. Il s’agissait de faciliter les déplacements et les voyages en procurant aux affiliés, dans toute l’étendue du pays mais surtout dans un certain nombre de villes dites « du tour de France », travail, aide et protection.

*Voir La Légende
** Voir
La Répression
*** Voir
Rivalités
**** Archives Municipales d’Orléans – 1471

Tradition et Légende  

Les compagnons revendiquent de tous temps une origine mythologique à trois figures emblématiques (Salomon, Maître Jacques et le père Soubise) et à deux temps : la construction du temple de Jérusalem dont maître Jacques aurait été l’architecte en compagnie de son ami maître Soubise, et la fin de l’ordre des Templiers, bâtisseurs féconds. Dans ce second temps maître Jacques deviendrait alors Jacques de Molay, dernier maître exécuté en 1314 sur ordre de Philipe le Bel. Sur ces bases, chaque corps de métier et chaque époque a brodé sa propre variante mais d’un point de vue général, les gens du bâtiment furent réellement les créateurs du Compagnonnage.

Le compagnonnage serait un reliquat des sociétés secrètes de l’antiquité.Antiquité qui avait d’ailleurs ses sociétés d’ouvriers.


 

Chez les Juifs par exemple, nous trouvons les Khasidéens qui donnèrent plus tard naissance aux esséniens et dont la mission était, dans l’origine, d’entretenir et de réparer le temple que Salomon avait fait bâtir au Seigneur sur le modèle du tabernacle, ce même temple d’où les compagnons, notamment ceux qui s’intitulent les « enfants de Salomon » prétendent être issus. A en croire ces derniers, le troisième roi des juifs, pour récompenser ses nombreux ouvriers de leurs travaux, leur aurait donné un « devoir » ou, ce qui revient au même, une doctrine, et les aurait unis fraternellement dans l’enceinte de l’édifice qu’ils venaient de construire. Quoi qu’il en soit, les Khasidéens se soutenaient entre eux : ils avaient dans plusieurs contrées des maisons appelées « semnées » où ils s’arrêtaient en voyage.De la Judée ces associations passèrent en Egypte et de l’Egypte en Grèce.C’est à l’Egypte en effet que la Grèce doit le culte de Bacchus dont les prêtres, appelés « dionysiens », formaient des associations pour les constructions des temples et édifices ; les rois de Pergame les organisèrent en corporation. C’est de Grèce enfin que Numa fit venir à Rome les architectes qu’il mit à la tête des collèges d’ouvriers (collegia artificum, 797 av. J.-C.). Ces collèges d’ouvriers, exemptés d’impôts et privilégiés pour les constructions publiques se perpétuèrent pendant tout la durée de l’empire romain et existaient encore à l’époque de la domination lombarde sous le nom de confrérires ou de corporations franches. Les papes leur accordèrent le monopole de la construction des églises et dans les chartes qu’ils leur donnèrent on voit qu’ils les exemptaient de toutes les lois et statuts locaux, édits royaux, règlements municipaux, concernant soit les corvées soit toute autre imposition obligatoire pour les habitants du pays. Munies de ces chartes les corporations franches se répandirent en Allemagne, en France et en Angleterre, leurs immunités firent donner à quelques-unes le nom de « francs-maçons ». D’autres se consacrèrent à la construction des ponts ; tels sont les frères pontifes que l’on trouve dans le Midi vers 1178. Les templiers eux-mêmes furent compris dans l’ordre de ces corporations et ne dédaignèrent pas de s’associer aux travaux de construction. Ils se chargèrent de l’entretien des trois grandes routes du Midi de la France.

Toutes ces sociétés, depuis les Khasidéens jusqu’aux corporations franches avaient eu à la fois un caractère industriel et un caractère religieux et mystique : il fallait, pour être admis en leur sein, subir l’initiation par certaines épreuves, adopter certains dogmes, certains signes et paroles de reconnaissance. Au Moyen Age il s’y joignit l’idée féconde de secours mutuels contre l’autorité violente et despotique des seigneurs. C’est à cette époque de troubles que remonte vraissemblablement l’institution de compagnonnage actuel.
Le compagnonnage serait né dans la franc-maçonnerie et aurait été comme elle protégé par l’ordre des templiers. L’opinion est assez répandue d’ailleurs que le Maître Jacques considéré par les Compagnons Passants tailleurs de pierre comme le fondateur de leur société, n’est autre que le grand maître Jacques de Molay.
Faire naître le compagnonnage dans la franc-maçonnerie n’est pas une idée nouvelle mais il est bon de ne pas oublier que :

- la franc-maçonnerie moderne n’a d’autre ressemblance avec les anciennes confréries de maçons constructeurs que le nom

- qu’il faut distinguer deux maçonneries : l’une matérielle et l’autre intellectuelle qui à une époque se sont réunies pour ne plus en former qu’une seule.

Donc, au lieu de dire que la franc-maçonnerie donna naissance au compagnonnage il est plus exact de dire que cette institution telle qu’elle nous apparaît aujourd’hui est issue des corporations d’arts et de métiers.

Les compagnons donc feraient comme les franc-maçons remonter leur association à la fondation du temple de Jérusalem par Salomon.
En effet, ce temple aurait été construit pour abriter l’Arche d’Alliance selon le voeu du roi David. Mais celui-ci ayant du sang sur les mains, Dieu lui dit « C’est ton fils qui construira la maison ». Ainsi Salomon entreprit l’édification du Temple. Voici ce que l’on trouve à ce propos dans la Bible :

« Le roi Salomon choisit des ouvriers dans tout Israël et commanda pour cet ouvrage 30 000 hommes. Cet immense chantier était dirigé par le maître d’œuvre Adon Hiram, plus souvent nommé Hiram. Salomon avait 70 000 manœuvres qui portaient les fardeaux et 80 000 qui taillaient la pierre sur les montagnes, sans compter l’intendance de chaque ouvrage, lesquels étaient au nombre de 3 300 et donnaient des ordres au peuple et à ceux qui travaillaient. Le roi leur commanda aussi de prendre des grandes pierres pour les murs et les fondations du temple et de les préparer à cet effet. Les tailleurs de pierre de Salomon et ceux d’Hiram eurent soin de bien les travailler. » (Exode XXV, 10-17) (Rois V, 1 à 18)On ne peut pas conclure à partir de ce texte que le Compagnonnage existait déjà, mais c’est ici que la légende se constitue, et même plusieurs légendes transmises d’âge en âge par la tradition ; ces légendes sont au nombre de trois car les différents corps du compagnonnage reconnaissent trois fondateurs : Salomon, maître Jacques et le père Soubise. De là trois grandes catégories : les « Enfants de maître Jacques », les « Enfants de Salomon » et les « Enfants du père Soubise ». Ces trois classes de compagnons sont ennemies, ou plutôt ont été ennemies les unes des autres et se sont reproché longtemps les inimitiés imaginaires de leurs fondateurs.

Comme nous l’avons vu plus haut, les Enfants de Salomon prétendent que ce roi leur aurait donné un « devoir » pour les récompenser de leurs travaux et les aurait unis fraternellement dans le temple. Une autre histoire se superpose à celle-ci avec Hiram qui était dit-on rempli de sagesse et d’intelligence. Il avait fait deux colonnes de bronze d’une hauteur de 18 coudées chacune pour la porte du vestibule du Temple. Le nombre considérable d’ouvriers posait des problèmes, notamment avec quelques imposteurs qui se faisaient payer comme des travailleurs alors qu’ils ne faisaient rien. Pour mettre fin à ces excès, Salomon (mais d’autres disent Hiram), donna à chaque ouvrier un mot de passe pour se faire reconnaitre ainsi qu’une assignation pour se faire payer. Par ailleurs, les bons initiés étaient initiés dans un souterrain du Temple et se faisant recevaient un nouveau mot de passe : pour les apprentis à la colonne Jakin, pour les ouvriers qualifiés à la colonne Boaz. Les Compagnons de Liberté seraient alors nés.
Holem, Sterkin et Hoterfut, des apprentis furieux de s’être vus refuser la maîtrise, décidèrent de soutirer le mot de passe correspondant à Hiram ou de l’assassiner. Il l’attendirent à la sortie du temple et alors que Hiram se présentait à la porte de l’Occident, Serkin tenta de le forcer à livrer le secret. Hiram refusa et Sterkin le frappa à l’épaule avec une règle. Hiram s’enfuit vers la porte du Midi où Holem, après le même scénario, lui donna un coup de maillet. Hiram se sauva donc vers la porte de l’Orient ou Hoterfut l’acheva d’un coup de levier. Les trois compères emportèrent le corps dans un lieu retiré où ils l’enssevelirent, puis ils creusèrent deux autres fosses, l’une pour ses habits, l’autre pour sa canne.
Neuf compagnons d’Hiram partis à sa recherche découvrirent son corps car un acacia avait poussé sur sa tombe. Salomon changea le mot de passe et ordonna à tous les compagnons, en signe de deuil, de se raser la barbe, de se couper les cheveux, de prendre un tablier de peau et des gants blancs pour montrer qu’ils étaient innocents de cette infamie. Puis Hiram fut mis dans un tombeau d’airain portant l’inscription gravée sur un triangle d’or : A.L.G.D.P.G.A.D.L.U. (A La Gloire Du Plus Grand Architecte De L’Univers). Un autre triangle portait le nom de Jehova et un troisième était gravé des lettres S.U.G. (Sagesse Union Génie)

Alors que les Compagnons du Devoir de Liberté se donnent pour fondateur Salomon, les Compagnons du Devoir (ou Compagnons du Saint Devoir de Dieu) assurent que leur fondateur, Maître Jacques, un des premiers maîtres artisans de Salomon et collègue d’Hiram, naquit dans une petite ville des Gaules nommée Carte ou Cartès (aujourd’hui St-Romili) située dans le midi de la France, mais que l’on chercherait vainement sur les cartes ! Il aurait eu pour père un célèbre architecte nommé Jakin, ou Jacquin, se serait exercé à la taille des pierres dès l’âge de quinze ans, aurait voyagé dans la Grèce où il aurait appris la taille de la pierre, la sculpture et l’architecture, serait venu en Egypte puis à Jérusalem où il aurait exécuté avec tant de grâce deux colonnes qu’on se serait empressé de le recevoir « maître ».
Maître Jacques et son collègue maître Soubise, après les travaux du temple achevés, seraient revenus ensemble dans les Gaules, jurant de ne jamais se séparer ; mais la jalousie du second s’étant émue de l’ascendant du premier sur leurs disciples, il y aurait eu séparation. L’un, maître Jacques, aurait été débarqué à Marseille avec 13 compagnons et une quarantaine de disciples ; l’autre, maître Soubise, à Bordeaux.


 
Maître Jacques voyagea trois ans pendant lesquels il du se défendre contre les embûches des disciples de Soubise. Un jour, s’étant éloigné de ses propres disciples, maître Jacques se serait vu assailli par dix ouvriers de maître Soubise mais en se sauvant il aurait fait une chute dans un marais ; soutenu par les joncs, ils aurait été délivré par les siens et se serait retiré à Ste-Baume. Mais, bientôt trahi et livré par un de ses disciples appelé Jéron selon les uns, Jamais selon les autres, il serait mort frappé de cinq coups de poignard alors qu’il était seul et en prière; ceci dans sa 47ème année, 4 ans et 9 jours après sa sortie de Jérusalem, 989 ans av. J.-C. Les compagnons lui ayant ôté sa robe auraient trouvé sur lui un petit jonc qu’il portait en mémoire de ceux qui l’avaient sauvé dans le marais et aussitôt ils auraient adopté le jonc pour emblême sous la forme d’un bâton qui devint plus tard la canne. En général, on n’accuse pas Soubise d’avoir trempé dans cet assassinat. Les larmes qu’il versa sur la tombe de son collègue lèvent une partie des soupçons qui pèsent sur lui. Quant au traître, il serait allé, de désespoir, se jeter dans un puits que les disciples de Jacques auraient comblé avec des pierres. La dépouille de maître Jacques fut portée en procession par ses compagnons jusqu’à un lieu proche de St-Maximin où elle fut ensevelie après l’accomplissement de tous les rites sacrés alors que la défroque du martyr aurait été mise dans une caisse. A la destruction des temples, les Enfants de maître Jacques s’étant séparés, son chapeau aurait été donné aux chapeliers, sa tunique aux tailleurs de pierre, ses sandales aux serruriers, son manteau aux menuisiers, sa ceinture aux charpentiers et son bourdon aux charrons.
Aujourd’hui encore un pélerinage a lieu à la Ste-Baume chaque année, le 22 juillet. C’est un pélerinage que chaque compagnon doit faire au moins une fois dans sa vie en mémoire de maître Jacques et de Marie Madeleine devenue leur sainte patronne. C’est à cet endroit que les couleurs des compagnons sont frappées et timbrées.
Selon une autre tradition, maître Jacques ne serait autre que le dernier grand maître des templiers, Jacques de Molay, lequel aurait accueilli sous la bannière de son ordre des Enfants de Salomon en dissidence avec la société mère et leur aurait conféré un « devoir » nouveau vers 1268. Le père Soubise ne serait autre qu’un moine, bénédictin ou cistercien, qui aurait donné aux charpentiers de haute futaie des statuts spéciaux. Cette seconde légende est acceptée assez généralement comme se rapprochant plus que la précédente de la vérité. Il s’ensuivrait que la division des sociétés de compagnonnage en trois classes date de la fin du XIIIème siècle. Ce qu’on peut affirmer, c’est que les Enfants de maître Jacques sont d’une origine moins ancienne que ceux de Salomon et qu’ils en sont même un démembrement.

Enfin, concernant Soubise, on le voit non seulement dans la légende de maître Jacques (la plus communément admise) mais aussi moine bénédictin ou encore venu de Nogent sous Paris. Comme pour son comparse Jacques il y a confusion dans les époques à son sujet. Soubise, nom à consonnance moyenâgeuse, aurait comme signification « sous la bise »…

  La répression

A l’origine le compagnonnage ne s’était pas placé comme les corporations des maîtres sous la protection de l’Eglise. L’initiation se faisait dans des sortes de mystères où s’invoquait une tradition antérieure au christianisme. Le clergé s’en émut, surtout au XVIIe siècle. Les pratiques employées pour les réceptions de compagnons furent condamnées comme impies par la faculté de théologie de Paris le 14 mars 1665.

Précédemment, un édit de François 1er (ordonnance de Villers-Cotterêts) daté de 1539 avait interdit aux compagnons « de se lier par serment, de se donner des capitaines ou chefs de bande, de se former, en dehors des maisons ou ateliers de leurs maîtres, en rassemblements de plus de cinq, sous peine d’être punis comme monopoleurs d’amendes arbitraires ; de porter épées, poignards ou bâtons ès maisons de leurs maîtres ni par la ville ; de faire enfin aucun banquet pour entrée et issue d’apprentissage ou autre raison de métier. »

Pendant les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, les rois et les parlements intervinrent souvent contre les communautés, confréries assemblées et cabales des compagnons ; défense fut faite aux taverniers de les recevoir au nombre de plus de quatre et de favoriser en aucune manière, sous peine de punition exemplaire, les pratiques du prétendu Devoir.
Tout au long du XVIe siècle, le pouvoir Royal mena une pression forte par les ordonnances d’Orléans, de Moulins et de Blois.
Le XVIIe siècle ne fut pas une époque plus favorable. En effet, l’église n’apprécie pas plus la ressemblence des symboliques et le corporatisme florissant n’arrange rien.

Toutes les professions avaient leur compagnonnage mais plusieurs le perdirent vers le milieu du XVIIe siècle, notamment les cordonniers qu’une sentence du bailli du Temple du 22 novembre 1651 anéantit. Les tailleurs d’habits et les bourreliers furent dénoncés et condamnés à la même époque. L’organisation du compagnonnage d’alors est surtout connue d’après les révélations qui furent faites au clergé : « Ce prétendu Devoir, dit une officialité de Paris de 1655, consiste en trois paroles : « Honneur à Dieu, conserver le bien du maître et maintenir les compagnons », mais tout au contraire ces compagnons déshonorent grandement Dieu, profanent tous les mystères de notre religion, ruinent les maîtres vidant leurs boutiques de serviteurs quand quelqu’un de leur cabale se plaint d’avoir reçu bravade. Les impiétés et les sacrilèges qu’ils commettent sont différents selon les métiers. Ils ont néanmoins tous cela de commun : de faire jurer celui qui doit être reçu sur les saints Evangiles qu’il ne révélera à père ni à mère, femme ni enfant, prêtre ni clerc, pas même en confession, ce qu’il va faire ou voir faire et, pour ce, choisissent un cabaret qu’ils appellent la mère parce que c’est là qu’ils s’assemblent d’ordinaire comme chez leur mère commune, dans lequel ils choisissent deux chambres commodes pour aller l’une dans l’autre, dont l’une sert pour leurs abominations et l’autre pour le festin. »
Déjà en 1646 on lisait dans un rapport de Police : « Les compagnons cordonniers se réunissaient dans deux chambres contigües : la première servait pour interroger les récipiendaires et pour leur faire subir des épreuves en usage, puis ils étaient conduits dans la chambre des mystères où se trouvaient un autel et des fonts baptismaux : là, ils choisissaient trois compagnons dont l’un servait de parrain, l’autre de marraine et l’autre de curé. Après avoir prêté serment sur le saint chrême et sur le livre ouvert des Evangiles, le nouveau baptisé était reçu au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit; puis la réception terminée ils célébraient la messe. » Ce rapport est déposé à la faculté de thélologie, laquelle condamna le 21 septembre 1646 ces pratiques comme étant un blasphème et un sacrilège.

Plusieurs évêques publièrent des mandements contre l’institution du compagnonnage et le corps des cordonniers fit abjuration solennelle. Les selliers, les chapeliers, les tailleurs et une partie des charbonniers les imitèrent mais les autres métiers, c’est-à-dire la plus grande partie des compagnons, au lieu de se joindre à eux les accusèrent hautement au contraire d’apostasie. L’autorité temporelle prit une part moins active à la poursuite du compagnonnage.
Toutefois, outre l’édit de François 1er cité plus haut, on signale des arrêts du parlement de Bretagne qui l’interdirent à l’occasion de rixes sanglantes entre différents Devoirs. Il y eut quelques arrêts semblables motivés sur les mêmes circonstances de la part du Parlement de Paris mais l’autorité se relâcha de ces sévérités, sans doute parce que l’oppression des corporations de maîtres grandissant il lui fallait un contre-poids dans l’organisation ouvrière en compagnonnage. Il n’en fut pas de même du clergé et l’anathème des hommes d’Eglise ne manqua pas au compagnonnage considéré comme une institution du diable. Le compagnonnage était un cas de péché mortel, mais il est avec le ciel des accommodements et de temps en temps l’Eglise a transigé. Le compagnonnage, qui était loin d’ailleurs d’être un foyer de libre pensée, en a été quitte pour faire dire annuellement des messes en l’honneur de ses saints patrons et pour y assister pieusement avec ses rubans et ses cannes.

Avant la Révolution les compagnonnages inquiétèrent souvent et de façon croissante les autorités. A Dijon on dénombra pas moins d’une vingtaine de procès intentés aux compagnons entre 1667 et 1785. A Marseille, les Gavots et les Dévoirants allèrent même jusqu’à s’allier de manière ponctuelle vers 1725.
On trouve aux archives de la mairie de Lyon, dans les délibérations consulaires de 1771, une ordonnance* portant défense à tous ouvriers et compagnons « 
se désignant entre eux sous le nom de compagnons du devoir, ou sous celui de compagnon gavots, ou sous d’autres dénominations, et notamment aux compagnons charpentiers et menuisiers, de s’attrouper et s’assembler, pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce soit, en plus grand nombre que celui de quatre…« 

En fait, leur pouvoir de priver certaines villes de leurs ouvriers et surtout de travail par la « damnation » ont fait des compagnons la principale cible des décrets d’Allarde et Le Chapelier en 1791 qui interdisaient les coalitions et les corporations ouvrières en proclamant « l’anéantissement de toute espèce de corporation de citoyens de même état de profession ». En fait, ces lois, loin de supprimer le compagnonnage, obligèrent simplement les sociétés à rester secrètes comme sous l’Ancien Régime.

Sous la Révolution, et plus encore sous l’Empire, les compagnons furent tolérés mais étroitement surveillés. La conscription leur ôta d’importantes forces vives et sous la Restauration ils connurent une période de renouveau malgré encore quelques heurts avec les autorités comme à Angoulême en 1820. Les compagnons regrettaient l’Ancien Régime, sans le livret ouvrier et surtout sans la loi d’Allarde.
Toujours à cause de leur aval sur l’embauche et les salaires, les compagnons firent l’objet d’attaques nombreuses et répétées de la part de la monarchie de Juillet avant d’être réhabilités par l’oeuvre d’Agricol Perdiguier, compagnon menuisier élu député en 1848.

* Archives, mairie de Lyon – Cote BB 339-1

Le compagnonnage aujourd’hui

En 1830 se crée une dissidence au sein des compagnons du Devoir. Les aspirants serruriers de Toulon estiment que leur société ne répond pas ou plus à leur désir de « parvenir à l’Unité Corporative pour que le principe de la Mutualité se réalise d’une manière féconde » ; ils fondent la Société de l’Union des Travailleurs du Tour de France dont le compagnon Pierre Moreau sera le secrétaire. Dès 1832 des bureaux sont mis en place dans plusieurs villes de France : à Toulon le 30 juillet, à Bordeaux le 15 août sous l’impulsion de Marius Motte, un serrurier. Les bureaux comprennent une section par profession, ils accueillent les sociétéaires âgés de 16 ans révolus, « de bonne moeurs et de bonne conduite » et nantis d’un passeport en règle. S’il tombe malade, le sociétaire perçoit 60 centimes par jour pendant un mois, 50 centimes le deuxième mois et 40 centimens les mois suivants ; selon la gravité de l’état une veille de nuit est assurée par un ou deux sociétaires.

Les tentatives répétées depuis 1848 de réconciliation et d’union des différents devoirs ont tourné court. La crispation sectaire sur les rites anciens est le fait d’un compagnonnage réduit à l’état de survivance par l’industrialisation qui a fait naître de nouvelles structures ouvrières : les syndicats.

Au début du XXe siècle, trois mouvements compagnonniques subsistent : les Compagnons du Devoir, les Compagnons du Devoir de Liberté et l’Union Compagnonnique des Devoirs Unis. Une tentative de regroupement et d’adaptation de ces trois mouvements va être tentée durant les années 20 et 30 sans pourtant aboutir.
La relance éphémère en 1941 imprimée par le régime de Vichy et la Charte du même nom le 1er mai au nom d’un certain corporatisme cher à la « Révolution nationale » n’a été qu’une parenthèse malgré l’intervention du compagnon tailleur de Pierre Jean Bernard dit « la fidélité d’Argenteuil » qui n’acceptant pas la mise à l’écart du mouvement compagnonnique parvient à convaincre le maréchal Pétain après sa décision de suppression de toutes les sociétés « secrètes ». L’effort de dialogue entrepris entre les deux guerres et le groupement des corps de métier du compagnonnage du Devoir vont marquer une étape importante dans l’évolution du compagnonnage français par la suite.

Les trois associations qui subsistent aujourd’hui avec l’Union Compagnonnique des Compagnons du tour de France des Devoirs unis et la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment ne regroupent qu’une petite élite dans quelques métiers artisanaux mais celle-ci garde la mémoire d’un mouvement qui porta haut la fierté ouvrière et l’éthique de la «belle ouvrage».

De nos jours encore, quelques dizaines de compagnons (ébénistes, orfèvres…) accomplissent un tour de France au cours duquel ils apprennent à perfectionner leur art. Dans les années 1840, ils étaient plusieurs centaines de milliers.
Le XIXe siècle assista surtout à la naissance du compagnonnage « romantique » alors que les compagnons se faisaient écrivains ; au XXe siècle ils acceptèrent d’être syndiqués ; vers 1945-1946 ils se dotèrent enfin de structures fermes.

Le compagnonnage contemporain n’est plus que la survivance d’un grand mouvement d’association ouvrière qui s’est développé dans les métiers artisanaux à l’époque de la Renaissance et qui a été étouffé à la fin du XIXe siècle par l’essor de l’industrie. Il reste cependant aujourd’hui une institution de formation reconnue dans le monde artisanal et dans le monde du bâtiment.

Partout nous pouvons admirer les travail des compagnons d’aujourd’hui : de la tour Eiffel, dont les travaux ont été conduits par un compagnon, à la restauration de l’Arc de triomphe ou de l’Assemblée Nationale, du Musée d’Orsay à l’archange du Mont Saint-Michel, de la réfection de la toiture de la gare St-Charles à Marseille, des soubassements de la pyramide du Louvre au métro de Caracas, du tunnel sous la Manche jusqu’à la restauration de la flamme de la statue de la Liberté…

Les métiers représentés restent nombreux que ce soit dans le bâtiment (maçons, couvreurs, charpentiers…), l’industrie (chaurdonniers, mécaniciens, serruriers…), les métiers de bouche (pâtissiers, boulangers) et les jeunes ouvriers continuent à se perfectionner au travers d’un tour de France qui tend à s’étendre de plus en plus vers l’étranger. Il se crée en effet régulièrement de nouvelles étapes, notamment en Belgique (Bruxelles), en Allemagne, en Ecosse mais aussi au Canada (Montréal) et même à la Réunion. Les jeunes aspirants sont accueillis dans des « maisons de compagnons » et travaillent dans les entreprises locales tout en suivant des cours donnés par des compagnons. On parle parait-il d’accueillir bientôt des jeunes filles dans le compagnonnage, il s’agira alors d’un grand changement au sein des sociétés compagnonniques.

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 5 avril, 2007 |11 Commentaires »

Le Chevalier et L’HOMME NOUVEAU

templar33.jpg

L’HOMME NOUVEAU

D’APRES BORIS MOURAVIEFF

  L’image de ce monde passe. Tout change sous nos yeux, ces changements sapent les bases mêmes de l’ordre ancien. Le progrès technique poursuit sa marche à une cadence de plus en plus accélérée, et personne ne saura l’arrêter, ni le freiner. Les sources nouvelles d’énergie – quasi illimitées – et l’automatisation de la production industrielle modifient du tout au tout l’aspect de la vie et de la société humaine. Il n’est pas téméraire de dire qu’avec cela, dans un avenir pas très éloigné, la « lutte pour l’existence » – grand régulateur de la vie humaine – passera dans le domaine des souvenirs historiques. Du fait même de sa naissance, l’homme sera doté de tout ce dont il aura besoin pour vivre. Le luxe sera gratuit.

Une telle perspective peut être réjouissante; mais elle peut être, également effroyable. L’apôtre St. Pierre, dans sa vision révélatrice, saisit cette dernière branche de l’alternative : la catastrophe générale. Il dit que le jour fatal viendra et : « qu’en ce jour les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre avec les ouvres qu’elle renferme, sera consumée (II Pierre, III, 10).

Aujourd’hui, nous comprenons mieux le sens profond de cet avertissement car le danger est sorti du domaine vague des « prophéties » pour prendre une brûlante actualité. Et toute une série de problèmes graves, urgents surgit en conséquences devant nous. De leur solution heureuse ou malheureuse dépendra le sort de la prophétie de Saint Pierre.

Le premier problème est posé. Le congrès de l’automatisation a bien constaté que le progrès acquis dans la production modifie le fond en comble le problème de la main-d’oeuvre et celui du « plein emploi ».
La nécessité de gagner son pain, qui jusqu’à présent, occupe l’homme et bride automatiquement ses instincts féroces, sera abolie. Par quel moyen saura-t-on équilibrer la vie sociale lorsque cette soupape de sécurité – la nécessité impérieuse de gagner sa -aura été supprimée ? On ne le sait. Une seule chose est claire, c’est que cette contrainte exercée sur l’homme par la nature des choses, autrement dit par la volonté divine, ne saurait-être remplacée par une contrainte humaine, c’est-à-dire policière. Il faut donc chercher la solution du problème sur un plan supérieur.
Serrons la question. Une des premières conséquences de l’application généralisée de l’automatique dans la production sera l’affaiblissement proportionnel du pouvoir politique et social de l’argent. A présent, le pouvoir réel dans le monde est détenu par une élite qui possède l’argent ( capitalisme) ou qui gère l’argent ( communisme).

La question est de savoir qui formera l’élite dirigeante dans l’Ere nouvelle ? En d’autres termes, par quelle force nouvelle sera remplacée la force agonisante de l’argent ? Tel est le second grand problème qui surgit comme conséquence directe de l’automatisation.
On ne peut répondre à ces questions que par des hypothèses basées sur les analogies avec une situation semblable déjà connue dans l’histoire ! Le dernier grand tournant de l’histoire de l’Europe, analogue à celui dont nous traitons, est le passage du Moyen Age à l’histoire moderne. Ce passage effectué au cours du XIV- XVIIème siècles ouvrit, avec le XVIIIème siècle la page de l’histoire contemporaine. Il sera donc instructif pour notre étude d’examiner rapidement le processus du remplacement de l’ancienne élite médiévale par l’élite nouvelle.

L’homme d’élite du Moyen Age était le Chevalier. La chevalerie forma la noblesse, classe dirigeante de cette époque où l’argent ne détenait pas encore les rênes de la vie publique et privée. Le noble d’alors était caractérisé par sa force physique, musculaire, il était donc maître de son entourage et obéissait à son tour aux ordres de l’Eglise.

Avec la Renaissance qui sécularisa les esprits, l’idéal médiéval du chevalier pâlit, puis devint l’objet de moqueries de la part des gens de l’élite nouvelle en formation. La force grandissante de l’intellect prenait la place de la force physique musculaire, dans la hiérarchie sociale. Et l’argent ; dont la manipulation avait été religieusement interdite au Chevalier par les préceptes de St. Thomas d’Aquin, devint petit à petit, insensiblement, le but principal de l’activité. Avant de défendre la cause commune – devoir sacré de la chevalerie – l’homme nouveau s’est appliqué à la défense de son propre intérêt.
L’ancien régime s’écroula. La force physique céda la place à la force intellectuelle. Et comme l’intellect de par sa nature est agnostique, la Religion, force suprême d’autrefois, céda la place à la Science.
La Religion chercha à défendre ses anciennes positions dominantes. Seulement, et cela lui fut fatal, elle le fit par des moyens anciens, c’est-à-dire par la force physique : le feu de l’Inquisition. Elle sapa ainsi la base même de sa raison d’être.

Cette contradiction interne provoqua la révolte de la raison, qui se solda par la Réforme. La raison prit le dessus sur tous les points. Les Universités et les Collèges créés jadis sous l’égide de l’Eglise, devinrent citadelles de la Science laïque et de la pensée libre. L’Encyclopédie poussa le monde nouveau vers la Révolution : La grosse bourgeoisie et les intellectuels y prirent la place de la noblesse. C’était la consécration du long processus historique de la formation de l’élite nouvelle.

L’homme de Science, l’intellectuel, créa la machine. Mais la machine s’est avérée plus forte que lui. Il ne sait plus ni l’arrêter, ni la freiner. Et l’élite dirigeante d’hier se voit aujourd’hui dépassée, étant impuissante à assumer la responsabilité du pouvoir dans le monde à venir. Ainsi, la formation d’une élite dirigeante nouvelle s’impose.

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 20 mars, 2007 |2 Commentaires »

L’ordre de la Chevalerie

chevsevin.jpg

Si tu veux, chevalier, beaucoup aimer l’ordre de la chevalerie, il convient de t’efforcer d’avoir la hardiesse du courage et l’espérance contre ceux qui s’opposent à la chevalerie. Et si tu meurs pour maintenir la chevalerie, tu connaîtras la chevalerie en ce que tu peux la mieux aimer, servir et maintenir ; car la chevalerie n’est en aucun lieu aussi bien agrée qu’en la noblesse du courage. Et nul homme ne peut mieux aimer, honorer et posséder la chevalerie que celui qui meurt pour l’honneur et l’ordre de la chevalerie. Il t’est signifié à toi, chevalier, qui a un grand amour de l’ordre de la chevalerie, que, comme la chevalerie, par la noblesse du courage, te fait avoir la hardiesse et te donne le mépris des périls pour que tu puisses l’honorer, la convenance de l’ordre de la chevalerie doit te faire aimer la sagesse et le savoir pour que tu puisses honorer l’ordre de la chevalerie, en luttant, contre le désordre et la défaillance qui sont en ceux qui pensent suivre l’honneur de la chevalerie par la folie et le manque d’entendement. L’office du chevalier est de défendre les veuves, les orphelins et les impotents (les sans pouvoirs, les impotents) ; car comme il est d’usage avec raison que les plus forts aident et défendent les moins forts et que les plus faibles trouvent refuge auprès des plus forts, de même il est d’usage que l’ordre de la chevalerie en ce qu’il est grand, honoré et puissant soit le secours et l’aide de ceux qui sont moins honorés et plus faibles. Et si, au chevalier, Dieu a donné un cœur, c’est pour qu’il soit le réceptacle de la noblesse de son courage ; au chevalier qui a la force et l’honneur, Dieu a donné un cœur pour qu’il ait la pitié et la miséricorde d’aider, de sauver et de garder ceux qui, les yeux en pleurs et le cœur plein d’espoir, implorent les chevaliers de les aider, de les défendre et de leur donner le nécessaire. Donc, le chevalier qui n’a pas les yeux qui se tournent vers les impotents et le cœur qui s’inquiète de ce qui leur est nécessaire n’est ni un vrai chevalier ni n’appartient à l’ordre de la chevalerie ; car tant est haute et noble la chevalerie que tous ceux qui sont usurpateurs et sans courage sont exclus de l’ordre et de son bénéfice. Il convient que le chevalier aime le bien commun, car, par la communauté, est élue la chevalerie, et le bien commun est plus important que le bien particulier. Et au chevalier s’accordent le parler courtois, les beaux vêtements, la possession de belles armes et la tenue d’une grande maison hospitalière, car toutes ces choses sont nécessaires pour honorer la chevalerie. La courtoisie et la chevalerie s’accordent, car la vilenie et les mauvaises paroles sont contre la chevalerie . L’intimité des hommes de bien, la loyauté, la vérité, la hardiesse, la vraie largesse, l’honnêteté, l’humilité, la pitié et les autres choses semblables à celles-ci appartiennent au chevalier ; car comme l’on doit reconnaître à Dieu toute noblesse, ainsi doit-on comparer le chevalier à tout ce dont la chevalerie reçoit d’honneur de ceux qui sont en son ordre.

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 18 février, 2007 |2 Commentaires »

Vie Quotidienne des Chevaliers

kgkgddd.jpg

 

 

L’entraînement à la guerre occupe beaucoup de temps de la vie d’un chevalier. 

Avec ses écuyers et, il s’exerce inlassablement aux armes dans la cour de son château fort. 

Bien souvent, deux hommes tirent un cheval factice, monté par le chevalier et celui-ci doit frapper la « quintaine » . 

Le « Rolland » (mannequin en osier, recouvert d’une armure représentant un ennemi) pivote sur un axe et le chevalier doit le frapper au plus près.

Le reste de son temps, le chevalier l’occupe à surveiller le travail de ses gens et bien sur, de jouir de son plaisir favori : la chasse à courre avec la meute de chiens, sur son domaine. 

Le gros gibier (cerf, sanglier, loup, renard, ours) ainsi rapporté, était consommé par le seigneur, grand mangeur de viandes.

La chasse au faucon (celui-ci attrape les lapins, les faisans et les oiseaux) était la plus difficile des chasses, car le dressage de cet oiseau de proie durait fort longtemps. 

A l’entraînement, il fallait leur mettre une laisse pour les empêcher de s’envoler, des grelots, pour les retrouver, un chaperon sur leur tête pour les faire tenir tranquille et une bourse de friandises pour les récompenser.

La chasse est un bon entraînement pour la guerre mais elle a également son utilité lorsqu’il s’agit de détruire des bêtes féroces qui menacent les récoltes, les animaux domestiques ou même les hommes. Tel est le cas du loup, très répandu pendant la période médiévale.

Pour les grandes occasions, le chevalier organisait des tournois ou l’on pouvait se battre pendant plusieurs jours. De grands festins accompagnés de musiciens enchantaient les invités.

Les chevaliers organisaient régulièrement des fêtes, au moins cent jours dans l’année. 

 

Chaque évènement dans la famille du chevalier (baptême, naissance, fiançailles, mariage et même décès) était une bonne occasion pour préparer une fête. 

On invitait toute la parenté et quelques vassaux ou amis. 

Ces jours-là, on se plaçait tous autour d’un grand banquet et on mettait ses plus beaux vêtements pour manger force viande et gibier.

Après le repas, les hommes invitaient les femmes pour un pas de danse pendant que les musiciens jouaient de leur instrument favori. Pendant l’été, il n’y avait pratiquement pas de fêtes car tous étaient occupés soit aux travaux des champs, soit à la guerre ou à l’entraînement militaire. 

Au contraire, pendant l’hiver, ils essayaient de faire durer les fêtes comme celle de noël qu’on pouvait célébrer pendant douze jours.

Les tournois

Apparu à la fin du XIème siècle, le tournoi est d’abord une véritable bataille, au cours de laquelle s’affrontent deux troupes de chevaliers. 

Les règles sont peu précises et la mêlée est souvent violente, en conséquence, il y a des blessés et des morts.

Cette forme de combat, primitive et brutale, se codifie peu à peu : dans la joute, deux chevaliers sont lancés au grand galop de chaque côté d’une palissade. 

Ils tentent mutuellement de se renverser à l’aide d’une longue lance de frêne. Si les deux concurrents tombent, ils poursuivent le combat avec des armes émoussées. 

Le vainqueur dispose des armes et des chevaux de son adversaire et reçoit de nombreux prix. En effet, le perdant abandonnent son cheval et ses armes, et paie aussi une rançon, pour être libéré.

A noter que certains chevaliers pauvres mais vaillants gagnent leurs vies en allant de tournoi en tournoi

Une fois dans sa vie, le chevalier fait un pèlerinage vers les lieux saints. Il manifeste aussi sa foi en participant aux travaux de l’église de son village ou de la cathédrale de sa cité.

Les pèlerins qui se rendaient à Saint Jacques de Compostelle y allaient généralement avec un coquillage accroché à leurs vêtements. 

Cette « tradition » de la coquille était liée à une légende. En effet, on racontait qu’un chevalier qui aurait été précipité dans la mer par son cheval aurait été sauvé par saint Jacques et serait ressorti de l’eau recouvert de coquilles! .

 

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 14 février, 2007 |114 Commentaires »

Idéal chevaleresque

maltese.gif

 

L’église entend faire de l’entrée en chevalerie une cérémonie chrétienne presque un sacrement et tente par la même de limiter la guerre (conciles de paix, « limitation de la guerre » dont la paix de dieu « pax dei » et la trêve de dieu « tregua dei« ) .

Le nouveau chevalier reçoit donc les bénédictions (« la veillée d’armes » ) et le serment pour sacraliser l’emploi de ses armes.

Les formules liturgiques employées rappelaient l’idéal chevaleresque, qui était sensiblement le même que l’idéal proposé aux rois : Le chevalier doit combattre pour le droit à la justice, être brave, généreux, protéger les clercs, les femmes, les faibles, les pauvres et faire preuve de chasteté, d’humilité et d’obéissance, se qui n’empêchera pas un grand nombre de chevaliers de faillir à leurs devoirs. 

Saint Bernard, en un texte célèbre, fit l’éloge de la nouvelle chevalerie: « tout chevalier devait se muer en soldat du Christ, ne pas participer aux guerres injustes et tyranniques et réserver ses efforts contre les infidèles, à la croisade » .

Disciplina Militaris

La mentalité féodale n’était guère favorable à la discipline militaire. A partir du XIIème Siècle, des penseurs suggérèrent de reprendre le modèle romain et jugèrent que devenir chevalier impliquait de prêter serment d’obéissance au prince (l’aide et le conseil : « auxilium » et « consilium » ) .

En échange, le seigneur promettait de rendre à son vassal « bonne justice« , c’est à dire de s’engager à défendre ses droits, de ne pas le léser et de le protéger contre ses ennemis sur son fief, concession qu’il détenait de ce seigneur.

Ce contrat entre les deux parties pouvaient s’interrompre en cas de mort ou d’infidélité du vassal ou du seigneur.

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 14 février, 2007 |7 Commentaires »

Cri d’armes, Cri de guerre des Chevaliers !

logoklein.jpg

 

Cri d’armes, Cri de guerre
CRI DE GUERRE ou CRI D’ARMES.

Ancienne exclamation des guerriers. On la voit inscrite sur un listel toujours flottant au-dessus du cimier des armoiries.
Les coutumes particulières et les lois municipales qui ont déféré aux aînés la prérogative de porter les armes pleines de la famille dont ils sont issus, leur ont presque toutes attribué en même temps le cri d’armes, comme une dépendance de l’écu, avec lequel il est ordinairement placé, tant sur les tombeaux et autres lieux que dans les documents et les armoriaux. Les coutumes de Troyes, de Chaumont, de Bar et de Sens portent, en termes formels, que le nom, cry et armes de la maison appartiennent à l’aîné.
La Chronique de Flandre se sert du terme de relever le cry, c’est-à-dire, le nom et les armes d’une famille, en disant : à l’assemblée fut occis le sire de Beaujeu, par trop hastivement assaillir ses ennemis ; mais Guichard son père, releva le cry de Beaujeu.
Le cri d’armes n’est autre chose qu’une clameur conçue en deux ou trois paroles prononcées au commencement ou au fort du combat ou de la mêlée, par un chef ou par tous les soldats ensemble, suivant les rencontres et les occasions ; le cri était personnel au général de l’armée ou au chef de chaque troupe.
Ces cris n’étaient pas toujours des voix incertaines et confuses, mais souvent articulées et consistant en la prononciation de quelques mots. Ils servaient à exciter ou enflammer le courage des soldats.
Les premiers cris étaient des invocations à caractère religieux dans les premiers siècles qui précédèrent les croisades. Ducange cite divers auteurs à l’appui de ce fait. Ainsi Luithprand en parlant du combat d’Henri ier dit l’Oiseleur, roi de Germanie (mort en 936) contre les Hongrois, dit : Hand mora bellum incipitur atque ex christianorum parte sancta mirabilisque vox […], ex eorum turpes et diabolica Hui, Hui, frequenter auditur. Plus tard, Ditmar, évêque de Mersebourg, décrivant une bataille entre les troupes de l’empereur d’Allemagne Henri ii (mort en 1024), et les Polonais, s’exprime ainsi : Ut primum castra visis agnovere tentoriis, alta voce per Kyrie eleison socios convocantes, hostes effugarunt. Le même Ducange ajoute que la louable coutume d’implorer la Divinité a été l’origine de cris d’armes personnels proférés par les rois et les princes. Ceux-ci invoquaient d’ordinaire l’assistance de Dieu, de la Vierge ou des Saints dans les dangers du combat. À l’appui de cette opinion, citons les voces fidei, nom donné par Roderic, archevêque de Tolède, aux cris de la chevalerie, c’est-à-dire, cris de confiance en l’assistance de Dieu.
Les Français qui prirent part à la première conquête de la Palestine avaient pour cri général ces mots : Adjuva Deus, d’après la citation de Foucher de Chartres et d’un autre auteur ancien, ou bien Eia Deus, adjuva nos, suivant l’Histoire de Hierusalem. Roderic, archevêque de Tolède, que nous venons de nommer, rapporte qu’au siège et à la prise de Cordoue sur les Sarrasins, les Chrétiens s’écrièrent : Deus adjuva. Ils ajoutaient quelquefois à cette invocation ces mots : Deus vult, ou, suivant la Chronique du Mont-Cassin, Diex el volt, dont l’origine remonte au concile de Clermont en Auvergne, où le pape Urbain ii fit une exhortation si vive aux princes chrétiens pour les engager à enlever le tombeau de Jésus-Christ aux infidèles, que les auditeurs se croisèrent aux cris de Diex le volt, Diex le volt.
Plusieurs princes réclamaient le secours de la Sainte-Vierge dans leurs cris, tels que les ducs de Bourgogne dont l’invocation était, selon Monstrelet, Georges Chastellain et quelques héraults, Nostre Dame Bourgogne ; les comtes de Vergy criaient : Vergy à Notre-Dame ; le duc de Gueldre, Nostre Dame Gueldres ; le seigneur de Coucy, Nostre Dame au seigneur de Coucy, et le comte de Hainaut, suivant Monstrelet, Nostre Dame Hainault.
En outre, des noms de saints furent invoqués ; saints qui étaient les patrons des chevaliers demandant leur intercession. Ainsi, les Liégeois criaient Saint Lambert ! C’était le patron de la ville de Liège.
Les cris dérivaient très souvent de quelque aventure notable des ancêtres, de qualifications désignant la dignité ou la suprématie de la maison, ou des armoiries mêmes des chevaliers. Ordinairement et telle était presque la règle générale, le nom de famille servait de cri. D’après la Chronique de Flandre, Jean i, duc de Brabant, prit le cri : Lembourg à celui qui l’a conquis, après la conquête du duché de Limbourg, dont la possession lui était disputée par le duc de Gueldre qu’il défit à la bataille de Woëringen en 1238, car les ducs de Brabant avaient auparavant le cri de : Louvain au riche duc. Mais ces cris ne reposent que sur une tradition.
Il y avait des cris de guerre qui marquaient la dignité annexée à la maison dont le seigneur était issu. Ainsi les premiers ducs de Bourgogne avaient pour cri : Chastillon au noble duc ! le comte de Mœurs : Mœurs au comte ! les comtes de Hainaut : Hainault au noble comte ! ou simplement : Hainault !
On voyait d’autres cris d’armes tirés de quelques épithètes d’honneur attribuées aux familles. Ainsi les seigneurs de Coucy, en Picardie : Coucy à la merveille ! les seigneurs de Guise : Place à la bannière ! les seigneurs de Vilain, issus des châtelains de Gand : Gand à Vilain sans reproche!
Il y avait des cris dérivés des symboles héraldiques. Tel est le cri des comtes de Flandres : Flandres au Lyon ! et celui de la maison de Waudripont : Cul à cul Waudripont ! allusoire aux deux lions adossés ornant le bouclier des seigneurs de Waudripont ou Wattripont.
Quelquefois les souverains ont crié le nom de la capitale de leurs états. Philippe Mouskès nous dit que l’empereur Othon cria : Rome ! à la bataille de Bouvines, en les vers suivants :
Li roi Othe pour son reclaim
Cria Roume trois fois s’enseigne,
Si come proesse li enseigne.
Les communes criaient ordinairement le nom de la ville principale de leur pays. Les Avalois, habitants des environs de Cologne, crièrent, suivant Philippe Mouskès, à la bataille de Bouvines : Cologne ! C’est ce qui ressort du vers suivant : Li Avalais crient Coulougne.
Les Flamands révoltés contre leur prince, comptaient beaucoup de Gantois dans leurs rangs et criaient, suivant Froissart : Gand ! Gand !
Les bannerets avaient le privilège du cri de guerre que l’on appelle cri d’armes, qui leur était particulier et leur appartenait privativement à tous les bacheliers, comme ayant droit de conduire leurs vassaux à la guerre et d’être chefs de troupes et d’un nombre considérable de gens d’armes. Tous les gentilshommes et tous les nobles n’avaient pas le droit au cri d’armes ; c’était un privilège qui n’appartenait qu’à ceux qui étaient chefs ou conducteurs de troupes et qui avaient bannière à l’armée. De cette façon, il y avait, sur le champ de bataille, autant de cris que de bannières. C’est de cet usage que Guillaume Guiart a dit en 1195
Et roissiez crier Montjoie,
Que la bataille ne rensaingne,
Saint Pol, Ponti, Drues, Chainpaingne,
Melun, Bourgoingne, Ferriens
Et autres diverses banuieres.
Ainsi le terme de crier bannière et crier les enseignes est parfaitement justifié.
Le cri général se prononçait unanimement par tous les soldats en même temps et avant d’en venir aux mains avec l’ennemi ou plutôt à l’instant de la mêlée en se précipitant sur les bataillons. Ces cris étaient poussés avec vigueur et allégresse.
Aux assauts des villes et au moment de l’escalade des murailles, on exprimait le cri général ; au siège d’Antioche, les croisés crièrent : Dieu le veult ! À celui de Jérusalem les mêmes guerriers crièrent : Deus adjuva, Deus vult !
À la prise de Luxembourg par les Bourguignons, les soldats y crièrent Bourgongne ! d’après les vers manuscrits du temps :
Meantmoins par subtile maniere,
Prit-on la ville en toutes parts,
Et au prendre eut mainte bannieres
Desploiées, et tant d’estendars,
Tant de glaives et tant de dars,
De lances en la compagnie,
Qu’ils bouterent hors les soldats,
En haut criant Ville gagnie.
Puis pour au chef de la besongne
Accroistre le nom en tous lieux
Crioient : Bourgongne ! Bourgongne !
Trestons ensemble qui mieux mieux.
Le chroniqueur Froissart relate le fait d’un chevalier banneret commandant plusieurs bannières ou compagnies, comme le plus âgé ou le plus qualifié, et envoyé pour attaquer une place. Le cri de ce banneret fut général pour tous ceux qui étaient sous ses ordres.
Quelquefois, le cri était une demande d’aide ou de secours. Au dire du même Froissart, le comte de Flandres descendit au marché de Bruges, escorté par un grand nombre de falots, afin de tenir tête aux Gantois qui s’étaient emparés de la ville et cria : Flandres au lyon au comte !
Nous voyons aussi qu’à la bataille de Mons-en-Puelle, en 1304, le roi Philippe le Bel, voyant que les Flamens avoient jà tué deux bourgeois de Paris, qui à son frein estoient, et messire Gilbert de Chevreuse qui gisait mort devant luy, l’Oriflambe entre ses bras, s’escria le noble roy Montjoie Saint Denys ! et se ferit en l’estour (1).
Ces cris étaient appelés : cris à la recousse.
Non seulement on proférait le cri général au commencement de la bataille, mais encore, chaque soldat criait le cri de son capitaine et chaque cavalier celui de son banneret. C’est ce qui eut lieu au combat du Pont de Comines, en 1382, où une petite troupe de cavaliers français, sous la conduite du maréchal de Sancerre, attaqua un grand nombre de Flamands. En nous parlant de ce combat Froissart dit : Là crioit-on : Saint Py, Laval, Sancerre, Anguien ! et autres cris qu’ils crièrent dont il avoit gendarmes.
La Chronique de Flandres rapporte la rencontre près de Ravensberg, en Flandres, vers l’an 1303, en ces termes : Aussi-tost que le comte Othe (de Bourgogne) et les autres hauts hommes les virent approcher, incontinent férirent à eux chascun criant son cry à haute voix et commença l’estour mult crueux. (2)
On prononçait encore le cri des chevaliers lors des tournois, lorsque les jouteurs allaient entrer en champ clos. Georges Chastellain cite plusieurs exemples en son Histoire de Jacques Lalaing, chevalier de la Toison d’or.
On proférait aussi le cri du seigneur prédominant, lorsqu’on arborait la bannière au château de son vassal, lorsque ce dernier lui rendait hommage. Un titre de l’an 1245, contenant l’hommage de Signis, veuve de Centulle, comte d’Estrac, et de son fils Centulle, au comte Raymond de Toulouse, dit que le viguier de Toulouse, sur l’ordre du comte, monta au donjon principal et que là, il arbora sa bannière ratione et jure majoris dominii ; puisqu’il y fit préconiser et crier à haute voix le cri de guerre du comte, qui était : Tolose.
En présence de la défense faite aux puînés de porter les armes de famille sans brisure, ceux-là ne pouvaient prendre le cri qu’en le modifiant sensiblement ; toujours en vertu du principe qui réservait à l’aîné seul, le droit de porter les armes pleines, le nom et le cri de race.
Les comtes d’Artois, suivant les Provinciaux (manuscrits), criaient : Montjoye au blanc esprevier ! ou Montjoye au blanc épervier ! en souvenir de l’épervier dont le roi Philippe le Bel fit présent, en 1293, à Robert ii comte d’Artois, sauf à lui rendre hommage pour son comté.
Il fut donc d’usage, chez les puînés des grandes maisons, de proférer le cri du père, en y ajoutant le nom d’une seigneurie ou d’un fief.
Mais, depuis que le roi de France Charles vii (1429-1461) eut établi des compagnies d’ordonnance ou milices permanentes et dispensé les grands feudataires de faire la guerre en y conduisant leurs vassaux, sous leurs bannières, l’usage du cri d’armes fut définitivement abandonné.
D’après cette dissertation, on peut conclure que le cri d’armes est bien différent du tessara des Latins, du […] des Grecs et du mot du guet des Français, quoique ces locutions consistent dans la prononciation de certains mots destinés à reconnaitre les partis. (Glossarium, par du Cange. — Dissertation sur les cris d’armes, tome vii.)
d’après le Dictionnaire archéologique et explicatif de la science du blason
Comte Alphonse O’Kelly de Galway — Bergerac, 1901
CRI. Dans la suite de cet ouvrage, un chapitre spécial est réservé, à ce mot d’ordre, de guerre, et de ralliement, dont l’exposé demande un long développement historique ; bornons-nous à faire remarquer que le Cri diffère de la devise par sa brièveté et que comme cette dernière, il figure généralement sur les timbres, parmi les ornements extérieurs de l’écu, et est inscrit sur une banderole.
d’après l’Alphabet et figures de tous les termes du blason
L.-A. Duhoux d’Argicourt — Paris, 1899
CRI D’ARMES, CRI DE GUERRE, subst. masc. Certains mots, certaines paroles en usage chez nos premiers Français et chez les autres peuples de l’Europe pour animer les soldats au combat, ou pour se faire connaître dans les batailles et dans les tournois. Voyez Guerre.
Le Cri le plus ordinaire des princes, des chevaliers et des bannerets, était leur nom ; quelques-uns ont pris le nom des maisons dont ils étaient sortis, d’autres celui de la ville dont ils portaient la bannière. Outre cette espèce de Cri, on en distingue encore de sept sortes :
1° Le Cri d’invocation. Les seigneurs de Montmorency criaient Dieu aide ; ensuite Dieu aide au premier chrétien ;
2° Le Cri de résolution, comme celui que prirent les croisés : Diez le volt, c’est-à-dire Dieu le veut ;
3° Le Cri d’exhortation, tel que celui du seigneur de Clermont-Montoison, à qui Charles VIII cria : À la rescousse, Montoison ;
4° Le Cri de défi, comme celui des seigneurs de Chauvigny : Chevaliers pleuvent, c’est-à-dire viennent en foule ;
5° Le Cri de terreur. Celui des seigneurs de Bar était : Au feu ! au feu ! et celui des seigneurs de Guise : Place à la bannière ;
6° Le Cri d’évènement, comme, celui des seigneurs de Prie : Cant l’oiseau, parce qu’un seigneur de cette maison avait chargé l’ennemi dans un bois où chantaient des oiseaux
7° Le Cri de ralliement, comme celui de France : Montjoye, Saint-Denis, c’est-à-dire ralliez-vous sous la bannière de Saint-Denis.
L’aîné seul pouvait porter le Cri de guerre de sa maison, les puînés y faisaient quelques changements. Ainsi les ducs de Bourgogne de la maison de France criaient : Montjoye au noble duc ! ou Montjoye Saint- Andrieu ! Voyez Montjoye Saint-Denis.
de Recourt, en Champagne : bandé de vair et de gueules ; au chef d’or. Devise : Audacter et sincere. Cri d’armes : Aux châtelains.
de Melun de Brometz, en Picardie : d’azur, à sept besants d’or. Devise : Virtus et honor. Cri de guerre : A moi, Melun !
d’après le Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842)  — Paris, 1816
 
Notes de bas de page :
(1) Estour veut dire, en langage moderne : combat.
(2) Crueux, en langage moderne : cruel.

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 13 février, 2007 |3 Commentaires »

Vous avez dit Chevalerie ?

templar5.gif

 

Un chevalier était d’abord un guerrier, « sicarius », « buccellarius », « gladiator », puis remplaçant tout les autres termes : un « miles ». Il était protégé au départ par un haubert (cotte de mailles constituée de centaines de petits anneaux de métal) , par dessus laquelle, il portait un surcot, « broigne », « gambison », qui abritait le haubert du soleil et de l’eau. Le gambison est une sorte de pourpoint, faite de toile et fortement rembourrée sur le dos, la poitrine et les jambes.
  

C’est à partir de l’époque Carolingienne (VIIIème siècle) que les cavaliers lourdement armés devinrent une vraie pièce maîtresse du dispositif militaire.

Les sources latines les appellent « milites » les opposant aux gens à pied « pedites »

Guillaume « le Conquérant » ou Godefroy de Bouillon l’emportèrent ainsi, grâce à la valeur et à l’ardeur de leurs chevaliers.
 

Ils n’étaient pas seulement des militaires au service des princes et des rois mais souvent compagnons d’armes de ces même princes et faisaient en majorité partie de l’aristocratie guerrière. Depuis leurs enfances, ils se préparaient au  métier des armes.
 

Le cavalier du Xème siècle

Sous la cotte d’armes nous trouvons une tunique longue, très colorée, descendant jusqu’au dessus des genoux.

Les jambes, non armées, sont couvertes de chausses en peaux.

Aux souliers, sont attachés les éperons.

La cotte se réunit au casque par un couvrenuque.
 

Le cavalier du XIIIème siècle

L’habillement du chevalier du XIIIème siècle gagne en élégance.

La cote d’arme d’étoffe ne descendant qu’au-dessus des genoux couvre entièrement le haubert de mailles, dont les manches seuls restent apparentes.

Le capuchon de mailles tient au haubert et est serré à la hauteur des tempes par une mince courroie bouclée ou nouée par derrière.

Les gantelets de mailles tiennent aux manches et peuvent laisser la main libre au moyen d’une fente pratiquée au poignet.

Le ceinturon, large, pendant, est retenu par une ceinture qui serre la taille.

Les jambes sont, ainsi que les pieds, revêtus de chausses de mailles.
 

Extrait de l’encyclopédie médiévale de Viollet le Duc
 

Le cavalier du XIVème siècle

Vers le début du XIVème siècle, la cotte de maille fut recouverte de plaques d’acier. Elle pesait entre vingt et vingt cinq kilos et protégeait la poitrine, les cuisses.

les genoux et les bras. Le chevalier se battait à cheval essentiellement au moyen d’une lance et d’une épée (son bien le plus précieux à qui il donnait un nom), en groupes rangés, autour d’un « dominus », d’un prince.

Ainsi monté, il ressemblait a une forteresse vivante.

Néanmoins, la moindre blessure infectée pouvait entraîner la mort car la médecine de l’époque était restée dans l’ignorance.

A noter que le cheval est « houssé » . Ainsi, la housse d’étoffe n’est pas un simple ornement : elle préserve efficacement le cheval des traits d’arbalète et même des coups d’épée.
 
 
L’armement du chevalier

Sous son haubert de maille, « osberc », « hauberc », « haubergeon », une tunique, habituellement à capuchon, de près de vingt mille anneaux, totalisant douze kilos, nous trouvons le « gambesson » ou « gambison » (c’est un habit matelassé qui sert à amortir le choc des coups divers, du XIIème, XIIIème et XIVème siècle) . 
 
A noter que le haubert de mailles est le vêtement le plus important du chevalier.
 

Par dessus tout cela, le chevalier porte une cotte, « cote », « turnicle », « cortelle », « surcot ». Cette cote d’armes (faite de soie assez forte : « cendal ») est, à proprement parler, la tunique d’étoffe ou de peau que l’on pose, à partir de la fin du XIIème siècle sur le haubert de mailles. Elle permet d’empêcher le soleil d’échauffer le tissu de fer, ou la pluie de pénétrer trop facilement. Elle n’a pas d’intérêt défensif pour l’armure. A partir du XIIIème siècle, on voit ces cottes armoyées, c’est à dire chargées de pièces du blason de ceux qui les portent.

Pour protéger le cœur et les cotes, le plastron est l’élément de protection indispensable au chevalier. Plus haut, le camail est la pour protéger la tête et le cou du porteur.
  
Sous son heaume, « helme », « hiaumet », « yaume », une armure de tête qui n’apparaît proprement dit qu’à la fin du XIIème siècle (lourd de trois kilos), le chevalier porte un bonnet molletonné qui amortit et protége des coups venant par le haut.
Par dessus son haubert de maille, il porte une broigne (trois kilos) . 

On la fabrique en cuir, riveté des carrés de cuir, de fer, ou d’os pour mieux parer les coups.
 
La lance, « hauste », à dater du XIème siècle est essentielle pour le cavalier. La hampe, dont la longueur, ne dépasse pas trois mètres (9 pieds), atteint 5 mètres (15 pieds), vers la fin du XIVème siècle.

Lorsque le cavalier ne combat pas, le bois de la lance repose sur l’étrier droit. En pleine action et bien menée, les gens de pied ne pouvaient soutenir son choc redoutable.

Dès que les lances étaient rompues, pendant les charges, alors le chevalier mettait la main à son épée.
 
Son épée, « branc » (deux kilos en moyenne) est l’arme principale autant pour l’attaque que pour la défense. C’est aussi l’arme qui représente le mieux la noblesse.

Pendant la seconde moitié du XIIIème siècle, il y a deux genres d’épée : les épées longues à lames légères et cannelées servant pendant le combat à cheval et les épées à lames lourdes et à section quadrangulaire servant à pied. Les premières sont de taille et les secondes sont d’estoc.
 
L’écu « escu », « targe », « bouclier », (trois kilos) sert à se protéger du devant.

 Écu Normand, en forme d’amande du XIIème siècle : 1.30mx36cm
 Écu français du début du XIIIème siècle : 1.50m de hauteur.
 Écu français du milieu du XIIIème siècle : 1m de hauteur maxi.
 

A la fin du XIIIème siècle et au début du XIVème siècle, les blasons peints sur les écus sont bien lisibles, de telle sorte « qu’on put les voir de loin » .

Il est suspendu au cou du chevalier ou en bandoulière part une courroie, appelée « guige » ou « giche » .

Au début du XIIème siècle, l’écu circulaire ou en forme d’amande apparaît.

Puis, il dut diminuer de hauteur pour ne pas embarrasser le cheval.

Vers 1300, l’écu devient un triangle équilatéral et n’a guère plus de 60 centimètres de largeur sur 60 centimètres de longueur.
 

Les tournois

Des règles simple mais strictes furent observés des les premiers tournois qui étaient des batailles entres deux camps de chevaliers. Il ne fallait pas blesser le cheval, touché l’adversaire aux jambes était une maladresse.

Pour gagner la joute, il fallait désarçonner son adversaire, briser sa propre lance sur l’écu de l’autre. Seuls les chevaliers et leurs écuyers étaient autorisés a pénétrer dans l’arène et il était interdit aux spectateurs d’avoir des armes. Ainsi dans les tournois, le vainqueur recevait une forte somme et aussi les armes des vaincus.

De plus il recevait les honneurs de la dame pour laquelle il s’était battue, les couleurs de la dame, à son bras. A la guerre, la capture des chevaliers représentait de fortes sommes (la rançon), les simples soldats, eux, sont tués sans pitié.

 Armes et chevaux (le prix de quatre-vingt fantassins) leur appartenant, ils ont des pages, des écuyers et des valets d’armes à leurs services. Ils possèdent des terres, en général des fiefs, qu’ils transmettent sous certaines conditions à leur descendance.
 

Le page et l’écuyer

Le page : garçon destiné à devenir chevalier, envoyé vers sept ans dans une autre famille noble.

Il sert à table, apprenant ainsi les bonnes manières, aide le seigneur à s’habiller le matin, puis apprend à monter à cheval et à se battre à l’épée (entraînement durant de longues heures à l’épée en bois) .

L’écuyer : vers quatorze ans, le page devenait alors écuyer d’un chevalier. Il suit son seigneur au combat et l’équipe pour la bataille, s’occupe de ses chevaux et de son armure.

La plupart des écuyers devenaient chevaliers vers vingt et un ans. Toutefois, un écuyer pouvait devenir chevalier sur-le-champ, s’il avait fait preuve de grande bravoure au combat. L’écuyer passait de longues heures à s’entraîner aux joutes à l’aide d’un bouclier en bois pivotant, la « quintaine », lui servait de cible.
 
L’adoubement

En raison même de la compétence militaire qu’impliquait l’état de chevalier, nul ne l’était de naissance. On devenait chevalier à la suite d’un acte volontaire et conscient qui s’insérait en général dans un rituel.

A la faveur de ce rituel, l’aspirant à la chevalerie, qualifié d’écuyer, devenait « chevalier nouveau » .

A partir du XIIème siècle, le rituel apparaît plus élaboré et étoffé de véritables liturgies, visant à donner tout sons sens dans l’adoubement. Vêtu d’une simple robe, baigné, rasé, le jeune homme qui allait devenir chevalier passait la nuit à prier dans la chapelle du château.

La nuit passée, changeant son vêtement pour de plus beaux habits, il se rendait dans la grande salle du château ou ses amis et sa famille l’attendait pour le féliciter.
 
  
Cérémonie souvent rapide, un chevalier (le parrain) faisait venir l’impétrant et le faisait chevalier « au nom de dieu et de saint Georges » en lui donnant « la colée », c’est à dire en le frappant au cou de la paume de la main, soit, plus tard, du plat de l’épée sur l’épaule.
 

Il recevait le baudrier de chevalerie (c’est une courroie servant à attacher l’épée « cingulum militiae »), les éperons (inventés en Asie, permettent de rester plus facilement en selle tout en combattant) et l’épée de la part de son parrain (en général, cadeau de son père ou du seigneur lui même) ainsi qu’un écu et une lance.

Puis le nouveau chevalier retournait à la chapelle ou le prêtre le bénissait ainsi que son épée.

Des fêtes Accompagnés d’exercice guerriers suivent l’intronisation dont le jeu de la quintaine (les jeunes chevaliers, après avoir été armés se précipitaient lance en avant pour abattre un mannequin d’osier, revêtu d’une armure, symbolisant l’ennemi) .

Ainsi, ils prouvent leurs vaillances et leurs hardiesse, mais surtout, leurs expériences. 
 
Idéal chevaleresque

L’église entend faire de l’entrée en chevalerie une cérémonie chrétienne presque un sacrement et tente par la même de limiter la guerre (conciles de paix, « limitation de la guerre » dont la paix de dieu « pax dei » et la trêve de dieu « tregua dei ») .

Le nouveau chevalier reçoit donc les bénédictions (« la veillée d’armes » ) et le serment pour sacraliser l’emploi de ses armes.

Les formules liturgiques employées rappelaient l’idéal chevaleresque, qui était sensiblement le même que l’idéal proposé aux rois : Le chevalier doit combattre pour le droit à la justice, être brave, généreux, protéger les clercs, les femmes, les faibles, les pauvres et faire preuve de chasteté, d’humilité et d’obéissance, se qui n’empêchera pas un grand nombre de chevaliers de faillir à leurs devoirs.

Saint Bernard, en un texte célèbre, fit l’éloge de la nouvelle chevalerie: « tout chevalier devait se muer en soldat du Christ, ne pas participer aux guerres injustes et tyranniques et réserver ses efforts contre les infidèles, à la croisade » .
Disciplina Militaris
La mentalité féodale n’était guère favorable à la discipline militaire. A partir du XIIème Siècle, des penseurs suggérèrent de reprendre le modèle romain et jugèrent que devenir chevalier impliquait de prêter serment d’obéissance au prince (l’aide et le conseil : « auxilium » et « consilium » ) .

En échange, le seigneur promettait de rendre à son vassal « bonne justice », c’est à dire de s’engager à défendre ses droits, de ne pas le léser et de le protéger contre ses ennemis sur son fief, concession qu’il détenait de ce seigneur.

Ce contrat entre les deux parties pouvaient s’interrompre en cas de mort ou d’infidélité du vassal ou du seigneur.
 
 Le vassal

  L’hommage 

Agenouillé devant son seigneur et les mains jointes (signe de soumission) placées dans les siennes qui sont ouvertes et prêtes à se refermer, il se proclamait son « homme », puis il prononçait le serment de fidélité, sur un livre sacré, ou une saint relique.

Alors le seigneur remettait à son nouveau vassal un objet qui représentait le fief qu’il lui confiait (de la terre, ou des brins de blé…)  : c’est l’investiture.
 
Le vassal est en premier lieu un guerrier qui doit assister son seigneur dans toutes ses expéditions militaires (service de l’ « ost ») . 

Il a aussi la charge de rendre à son seigneur « le service du conseil » en venant à sa « cour » et en étant juge à son tribunal. 

Il doit enfin lui fournir « l’aide aux quatre cas » .
 
L’aide aux quatre cas
 
1er cas Aide financière pour son seigneur lorsque celui-ci est fait prisonnier et qu’une rançon est demandée.
2ème cas Aide financière pour le mariage de la fille aînée de son seigneur.
3ème cas Aide financière pour l’adoubement du fils aîné du seigneur.
4ème cas Aide financière pour partir en croisade.
 
Les arbalétriers
 
 Au concile de Latran, en 1139, Innocent III interdit l’usage de l’arbalète, considérée comme « trop barbare et non digne des combattants chrétiens » (cette arme est autant redoutée par les hommes d’armes que par les chevaliers) .

La croisade relancera l’intérêt destructeur de l’arbalète, le roi de France, Philippe II « Auguste », et le roi d’Angleterre, Richard cœur de Lion, en autoriseront l’emploi contre les infidèles.

A la fin du XIIème siècle, l’arbalète devient une « arme de guerre », l’ arme du soldat à pied par excellence. Cette dernière dérive de l’arc (fait de deux pièces, la 1ère: un arc en bois ou en corne, la 2ème : l’arbrier, fait de bois, creusé dans le sens de la rainure) et permet un tir plus précis, son trait (ou carreaux « quarrel » : pointe à section carrée, carrelet : forme perforante mesurant en général de 15 à 30 centimètres et pesant en moyenne de 50 à 60 grammes) à courte distance, est plus puissant que la flèche elle même.

A noter que la cadence est son point faible, inférieure du fait que l’armement de la corde est plus long (2 traits, contre 10 flèches dans le même temps) .
 
 
Le trait empenné (mesurant au maximum 25 centimètres et fait de bois, de métal et de plumes), appelé « vireton » était bien meurtrier, les pennes imprimant une rotation en cours de vol, augmentant ainsi la précision et la portée (au maximum 150 mètres), une cotte de mailles était bien vite transpercée.
 
Le transport des traits, pointe en haut, se fait dans de petits carquois de bois, de cuir, ou peau, appelé « couire ». Le tout se porte à la ceinture.

En plein combat, l’arbalétrier est le plus vulnérable. Bien moins protégé (il ne porte pas de cottes de mailles), donc plus léger (sûrement pour avoir les gestes plus rapides et plus surs) .

Sa tête est protégée par un chapeau de fer (composée de plaques d’acier rivetées, ses bords larges protégent la nuque et les épaules) et un camail (pièce de mailles qui recouvre la tête, le cou et les épaules) .

Son bouclier, hors période de combat, est suspendu au cou ou au dos. Au combat, il est tenu sur l’avant-bras par des courroies « énormes » et sur sa face extérieure figure les armes du seigneur ou du prince pour lequel il combat), fait office de rempart à sa personne au moment d’armer l’arbalète, ainsi que sa jaque « gippon » (vêtement composée de toiles fortes cousues sur une matelassure de bourre ou de coton, protégeant quasiment des flèches et des coups d’épée, à manches longues, ou à manches courtes, descendant jusqu’aux genoux) .
 
Les routiers

    Souvent issues de la petite noblesse, de tous pays, les cadets de famille ou le plus souvent les « bâtards », deviennent par nécessité, des mercenaires offrant service à qui payera le bon prix.

Une « solde » leur est donnée, de là vient le nom de « soldats », et leurs bandes s’appellent des « routes », de là le nom de « routiers ».

Ces bandes se groupent en Compagnie « compaigne », ou l’on trouvent quelques chefs anglais et surtout des Bretons, des Gascons et des Espagnols.

Quand la guerre cesse, leurs revenus fondent au soleil et les routiers décident  généralement de poursuivrent leurs activités guerrières pour leur propre compte, attendant la reprise de la guerre, à leur campement.
 
L’organisation des Compagnies

Chacune à ses maréchaux-ferrants, ses bouchers, ses couturières, ses selliers, ses blanchisseuses, ses chirurgiens et aussi ses clercs pour tenir les comptes, rédiger les sommations adressées aux villages et aux châteaux, ainsi que les saufs-conduits vendus aux marchands.

A noter que toutes ces « corporations » pratiquent sous tente.
 
Voici comment Froissart fait parler un vieux routier en retraite

« Comme nous étions réjouis quand nous chevauchions à l’aventure et pouvions trouver sur les champs un riche abbé, ou un riche prieur, ou un riche marchand, ou une route (une troupe) de mulets, chargés de drap d’or ou de soie, de pelleteries, d’épiceries venant de Bruges, ou d’autres marchandises venant de Damas ou d’Alexandrie!. Tout était notre ou rançonné à notre volonté. Tous les jours nous avions nouvel argent. Les vilains d’Auvergne et de Limousin (pays ou opérait sa bande), nous pourvoyaient et amenaient en notre château les blés et la farine, le pain tout cuit, l’avoine pour les chevaux et la litière, les bons vins, les bœufs, les moutons, les brebis, tout gras, et la poulaille et la volaille… Nous étions étoffés comme des rois!. Et quand nous chevauchions, tout le pays tremblait devant nous… Par ma foi, cette vie était bonne et belle! » .
 

Licenciées après le traité de Brétigny, les Grandes Compagnies se répandent dans le royaume, ravagent et terrorisent les campagnes. L’épouvante se trouve à la porte des maisons!.

Le traité de Brétigny, signé le 8 mai 1360, découle de la défaite de Poitiers et de la captivité du roi de France, Jean II. Ce traité prévoit la cession en pleine souveraineté de l’Ouest du royaume de France au roi Édouard III, d’Angleterre.
 
 A noter que le traité de Brétigny est le premier grand traité de la guerre de Cent-ans.
 
 Charles V tente de se débarrasser des routiers en les envoyant en Hongrie contre les Turcs, mais le projet échoue.

Le roi charge alors Bertrand du Guesclin de les regrouper et de les emmener en Espagne. Celui-ci parvient à rassembler la plupart des Grandes Compagnies et ensemble, se dirigent vers l’Espagne. 

Ainsi, les Grandes Compagnies soutiendront la cause d’Henri de Trastamare contre Pierre le Cruel, avant de se disperser.
 
Les capitaines des grandes compagnies

En 1361, le connétable de France, Jacques de Bourbon, est battu et tué à Brignais par des routiers rebelles.
En 1362, Arnaud de Cervolle , capitaine d’origine périgourdine, (surnommé l’Archiprêtre car il perçoit des revenus de l’archiprêtré de Vélines) est au service de Charles V et avec Bertrand du Guesclin, tente de chasser de France les grandes compagnies. Arnaud de Cervolle commande donc un contingent de l’armée royale envoyée pour combattre les routiers en Bourgogne, mais celui-ci est écrasé par les écorcheurs, près de Lyon.

En 1364, Arnaud de Cervolle participe à la bataille de Cocherel.

En 1365, Arnaud de Cervolle prend le commandement des grandes compagnies qu’Urbain V et Charles V ont décidé, pour s’en débarrasser, d’envoyer combattre les Turcs en Hongrie. C’est un échec car ils ne peuvent traverser l’Allemagne.

En 1366, Arnaud de Cervolle est tué dans une querelle avec un homme d’armes, alors qu’il tentait une nouvelle fois de rassembler les bandes de routiers dispersées en Languedoc.

De 1390 à 1391, les dernières bandes sont anéanties dans le Massif central.

En 1410, le Castillan, Rodrigue de Vallandrando, arrive en France et se joint à la bande du seigneur de l’Isle-Adam, qui louvoie entre Armagnacs et Bourguignons. Il finit par se rallier au duc de Bourgogne. La rapidité de ses déplacements tient du prodige et l’épouvante qu’il suscite en fait presque un personnage de légende. Ses nombreux prisonniers faits à Anthon, lui assurent d’énormes rançons; les États du Dauphiné, en témoignage de reconnaissance, lui concèdent la seigneurie de Puzagnan, et Charles VII lui donne le titre d’écuyer du roi.

Vers 1430, fautes de guerres, les routiers, appelés les « écorcheurs », sèment dans les campagnes la terreur et tuent.

Entre 1430 et 1435, La bande de Rodrigue garde son autonomie, et tandis que les écorcheurs ravagent les régions de l’Est et du Nord-est, elle va exploiter le Centre et l’Aquitaine. Les sollicitations les plus vives lui viennent de Castille, où le roi Jean II et son connétable, Alvaro de Luna, sont menacés par une coalition féodale. Rodrigue passe en Espagne, écrase l’armée rebelle, et gagne le titre de maréchal de Castille.

En 1445, une grande partie des routiers est intégrée dans l’armée permanente de Charles VII. Les autres doivent se disperser.
 

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 12 février, 2007 |1 Commentaire »

L’ordre des chevaliers Porte Glaive

templari2.jpg

L’ordre des chevaliers Porte Glaive 
 par Georges LENORMAND

L’ORDRE DES CHEVALIERS PORTE-GLAIVE

L’Ordre des Chevaliers Porte-Glaive (en allemand Schwertträger) est un ordre religieux et militaire, créé en 1202 par Albert de Buxhövden, l’évêque de Livonie et fondateur de la ville de Riga. Ol a été approuvé en 1204 par le pape Innocent III. Cet ordre qui portait aussi les noms de « Chevaliers des Deux Epées » et « Frères de l’Epée » (en allemand : Schwerbrüderorden), avait pour objet la défense des chrétiens contre les païens des régions voisines. Les chevaliers, qui portaient une robe blanche avec deux épées rouges en croix brodées sur la poitrine, suivaient la règle de Cîteaux, et leur organisation était calquée sur celle des Templiers. Ils restaient soumis au siège de l’ordre à Riga, élevé au rang d’archevêché.

Ayant fait la conquête de la Livonie (d’où le nom « Chevaliers de Livonie »), et de la Courlande (région de Lituanie) sous leur premier grand maître Winno de Rohrbach (première partie du XIIIes), ils furent vaincus sous le second, Foulques Schenk de Winterfeld, et durent fusionner avec l’Ordre Teutonique (1237), dont ils adoptèrent alors la règle et le vêtement.

La branche livonienne de l’ordre reprit son autonomie en 1525. Son dernier grand maître Gotthard Kettier, battu par le tsar Ivan IV, céda la Livonie à Sigismond II, roi de Pologne, et devint duc de Courlande et de Zemgale (1561).

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 31 janvier, 2007 |11 Commentaires »

L’ordre des chevaliers Teutoniques

141.jpg

L’ordre des chevaliers Teutoniques 
 par Georges LENORMAND

LES CHEVALIERS TEUTONIQUES

Les chevaliers teutoniques constituent un ordre religieux et militaire fondé en Terre Sainte lors de la troisième croisade en 1191.

Origines et organisation de l’ordre

De son nom complet « ordre des chevaliers Teutoniques de l’Hôpital Sainte-Marie-de-Jérusalem », l’ordre est à l’origine un simple hôpital créé par des bourgeois de Brême et de Lübeck, pendant le siège d’Acre en 1191. Transformé en ordre militaire en 1198, l’ordre des chevaliers Teutoniques est officiellement reconnu par le pape en 1199. Étroitement lié à la curie, il calque son organisation sur celle des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem et reprend les techniques des Templiers dans leur processus d’évangélisation.

Tous ses membres, nobles allemands, sont vêtus d’une cape blanche ornée d’une croix noire. La règle, édictée en 1244, hiérarchise les différents membres (frères chevaliers, prêtres et domestiques) et les place sous l’autorité d’un grand maître. Élu à vie, le grand maître est assisté de cinq dignitaires : le grand commandeur, le maréchal, le trésorier, l’hospitalier et un responsable de la garde-robe.

Œuvres des chevaliers Teutoniques

Au XIII° siècle, l’ordre, d’abord implanté en Terre Sainte, acquiert de vastes domaines en Méditerranée et en Allemagne, où sont créés douze bailliages destinés à financer les expéditions. Dès 1211, les chevaliers Teutoniques migrent vers la Transylvanie et fondent la ville de Kronstadt (Brasov). En 1231, le grand maître Hermann von Salza entreprend, à la demande du duc Conrad de Mazovie, la conquête et la colonisation de la Prusse païenne, conquête qui se termine en 1283. L’ordre continue son expansion par fusion (en 1237 avec l’ordre des Porte-Glaive) ou achat (Poméranie-Ultérieure en 1309, Estonie en 1346). En 1329, les chevaliers Teutoniques reçoivent en fief du pape la région balte qui s’étend du golfe de Finlande à la Poméranie.

L’ordre des chevaliers Teutoniques obtient de l’empereur Frédéric II le statut et les privilèges accordés aux princes d’Empire. En 1309, il installe son siège à Marienburg (aujourd’hui Malbork, Pologne). Les chevaliers font édifier de nombreuses forteresses, comme celles de Marienburg ou de Gollub en Prusse. De même, ils fondent quatre-vingt treize villes sur leurs territoires (telle la ville de Königsberg, aujourd’hui Kaliningrad).

Déclin de l’ordre

De plus en plus contestés à partir de la fin du XIV° siècle, les chevaliers Teutoniques sont défaits à la bataille de Grunwald par les Polonais de Ladislas II Jagellon, en 1410, ce qui stoppe leur expansion territoriale. Heinrich von Plauen, grand maître de 1410 à 1413, cherche à réformer l’ordre en déclin mais se fait bientôt déposer par le chapitre. La guerre de Treize Ans (1454-1466) entre la Pologne de Casimir IV et les Teutoniques se termine par la restitution de tous les territoires de l’ordre à la Pologne, à l’exception de la Prusse orientale et de la Livonie, par la paix de Thorn (aujourd’hui Torun) de 1466. De surcroît, le roi de Pologne devient suzerain du grand maître de l’ordre pour les territoires restants.

Au XVI° siècle, la Prusse et la Courlande sont sécularisées et transformées en duchés, et la Livonie est partagée entre la Pologne, la Russie et la Suède.

L’ordre des chevaliers Teutoniques survit en Allemagne méridionale et connaît un certain regain dans la lutte contre les Turcs en Hongrie. Dissout par Napoléon Ier en 1809, il se maintient néanmoins en Autriche au cours du XIX° siècle. En 1918, il est pour la première fois dirigé par un prêtre et, en 1929, la discipline religieuse est totalement restaurée. Depuis cette date, à l’exception de la période de la Seconde Guerre mondiale, l’ordre des chevaliers Teutoniques, dont le siège est à Vienne, est un ordre de charité qui limite son action à l’Autriche, à l’Italie et à l’Allemagne.

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 31 janvier, 2007 |13 Commentaires »

L’ordre des chevaliers de St Georges

templ06.gif

L’ordre des chevaliers de St Georges 
 par Georges LENORMAND

L’ORDRE CONSTANTINIEN DE SAINT-GEORGES

L’empereur romain Constantin, après sa victoire sur Maxence le 28 octobre 312, décida de créer une légion de cinquante hommes chargés d’accompagner au combat le sacré « labarum » orné de la croix divine. Cette milice fut reprise bien des années plus tard pour devenir un ordre de chevalerie sous le nom de « Milice Constantinienne de Saint-Georges » (en italien : Sacro Militare Ordine Costantiniano di San Giorgio). Cet ordre reçut officiellement de l’empereur de Constantinople, Ange Comnène, des règles et un statut en 1190, et la règle de Saint Basile lui fut imposée.

Après la chute de Constantinople, le 24 mai 1453, les princes italiens offrirent une large hospitalité à la famille des Comnène et aux chevaliers constantiniens. L’ordre, tout en demeurant strictement familial, passa aux Bourbons de Naples à la mort du duc François Ier Farnèse.

Pendant les guerres de l’Empire napoléonien, la dignité suprême de l’ordre émigra, un moment, en Sicile, mais elle revint en 1814 dans la capitale du royaume de Naples.

Après les traités de 1815, Marie-Louise, archiduchesse d’Autriche, ex-impératrice des Français, reçut les duchés de Parme et de Plaisance. Se fondant sur l’ancien droit des ducs de Parme et sur le fait qu’elle descendait directement de la famille des Farnèse, elle se déclara grande maîtresse de l’Ordre Constantinien, mais c’est, en fait, un nouvel ordre qu’elle fonda le 26 décembre 1816 dont le roi des Deux Siciles restait grand maître du véritable Ordre Constantinien.

En 1860, tous les biens de l’Ordre Constantinien de l’ex-royaume des Deux-Siciles étaient restitués, par décret de Garibaldi, au patrimoine national du nouvel état italien, mais l’ordre n’était pas pour autant supprimé.

L’ordre est aujourd’hui la propriété dynastique de la Maison royale des Deux-Siciles. Il est destiné, comme par le passé, à la glorification de la Croix, la propagation de la Foi, la défense de l’Eglise, l’assistance hospitalière et la bienfaisance.

HISTOIRE DE L’ORDRE SACRE ET MILITAIRE CONSTANTINIEN DE SAINT GEORGES

Les Origines

L’Ordre Sacré et Militaire Constantinien de Saint Georges remonte à la « Chevalerie Dorée Constantinienne » (« dorée » en vertu du collier en or très fin, porté par les plus hauts dignitaires), que l’Empereur Constantin fonda en 312 apr. J.-C., une fois devenu le seigneur indiscutable de l’Empire Romain, grâce à sa victoire définitive contre Maxence, au Pont Milvius. La victoire avait été obtenue par la grâce divine de la vision de la Croix dans le Ciel avec la devise « In Hoc Signo Vinces », qu’il fit ensuite apposer sur ses vexilles et ses armures, sur ceux de ses fils et de ses officiers.

Constantin, comme remerciement au Seigneur pour la victoire, fonda le premier Ordre de Chevalerie de l’histoire, investissant lui même les cinquante premiers chevaliers, parmi lesquels ses fils, les futurs Empereurs. De plus, comme il est notoire, il concéda la liberté de culte aux chrétiens dans l’Empire entier.

On a énormément discuté les origines directes de l’Ordre, mais la critique historique la plus accréditée semble reconnaître que, en 1190, l’Ordre était sous le Grand Magistère de l’Empereur Romain d’Orient, Isaac – Ange – Flavius Comnène, auteur du premier Statut de l’Ordre (tout au moins du premier que nous possédons, même si partiellement) et que, dans les siècles suivants, il fut gouverné par la famille Comnène, malgré la perte du Trône en 1453, par l’impulsion musulmane.

Parmi les plus prestigieux chevaliers des siècles médiévaux, dont nous possédons des notices, se distinguent les figures d’Empereurs et de Rois tels : Frédéric Barberousse, Richard Cœur de lion, Philippe II de France, Casimir de Pologne, Alphonse II d’Aragon, Guillaume II de Sicile, Sanche VI de Navarre, Alphonse IX de Castille, etc. Le deuxième document certain, dont nous disposons est de l’an 1522 : il s’agit toujours du Statut de l’Ordre, rédigé par Angelo de Drivasto : la famille des Anges de Drivasto, princes de Thessalie, détenteurs du Grand Magistère de l’Ordre, descendait de la famille Comnène.

Nous avons en réalité des preuves relatives à l’existence de l’Ordre, beaucoup plus antécédentes. Les premières Règles écrites, ayant été données pour le Gouvernement de l’Ordre, que l’histoire nous atteste, sont celles dictées par l’Evêque Saint Basile, approuvées en l’an 456 par le Pape Saint Léon Ier Le Grand, à travers la célèbre lettre envoyée à l’Empereur Marciano. Cette lettre, dont une copie est gardée auprès des Archives Historiques de Naples, commence ainsi : « L’Evêque Léon à l’Empereur Marciano. Je n’admire jamais suffisamment votre dévotion et votre amour envers ceux qui professent la foi catholique, ô très glorieux Empereur. C’est donc avec le cœur en joie, que j’ai reçu votre lettre et celle du valeureux Prince Alexis-Ange, par laquelle vous demandez que j’appose l’autorité apostolique à la Règle de l’Evêque Basile de Césarée, dont la vie est si pure, Règle qu’il prescrivit aux frères soldats constantiniens, portant les armoiries frappées d’une croix rouge, pour valoir en tant que signe confirmatif de votre part et de la part du Prince Alexis, guide suprême de ces frères »

Il s’agit du Prince Alexis Ange qui serait, selon la tradition, le premier Grand Maître de la famille Comnène, nommé par l’édit de l’Empereur Léon Ier (457-474). Cependant, la règle de l’Evêque Basile, peut donc être considérée le premier Statut de l’Ordre Constantinien.

Il existe en outre, toujours auprès des Archives Historiques de Naples parmi les « Carte Costantiniane » (les Documents Constantiniens), un document probablement contemporain de la lettre de Pape Léon Ier, intitulé Descursus aurati seu calcaris aurei, dont la teneur textuelle est la suivante : « On y démontre que la série de ces chevaliers prend son origine du Souverain Pontife Saint Silvestre et du Grand Empereur Constantin et, le droit de créer ces Chevaliers revient au Souverain Pontife ou bien à l’Empereur, ou à ceux en recevant l’autorité du Pontife ou de l’Empereur. Il y est aussi démontré que de ces Chevaliers dérive l’Ordre Constantinien de Saint Georges ». Considérations d’où déduire que, à l’origine, les Chevaliers Constantiniens étaient nommés indépendamment par l’Empereur ou le Pontife.

En revenant aux temps modernes, le 17 juillet 1550, Pape Jules III reconnut l’Ordre par la Bulle Quod Alias, assurant le Grand Magistère à André et Jérôme Anges de Drivasto (comme dit précédemment, les descendants de la famille Comnène), à laquelle succéda une disposition de la Congrégation du Conseil, sous le pontificat de Grégoire XIII, en 1576, qui apporta une grande nouveauté à l’Ordre : celle du caractère religieux, le soumettant définitivement à la Règle de Saint Basile. En 1623, les Anges de Drivasto cédèrent le Grand Magistère à Marino Caracciolo, prince d’Avellino, et le 23 novembre de la même année, Urbain VIII confirma telle dignité, attestant d’autre part son origine byzantine. Cependant, à la mort du prince d’Avellino en 1630, le Grand Magistère revint à Jean André Ange de Drivasto. Par le Bref Cum Sicut du 27 août 1672, Pape Clément X nomma un Procureur Général de l’Ordre à Rome et un Cardinal Protecteur, le Cardinal de’ Massimi ; il établit que le Procureur Général de l’Ordre prenne place dans les Chapelles Pontificales et qu’il vienne tout de suite après le Procureur Général des Servites de Marie. Par le Bref du 14 juin 1687, Innocent XI nomma Protecteur de l’Ordre le Cardinal Gaspero Cavaliero, auquel succéda, durant 1690, le Cardinal Jean-François Albani (devenu plus tard Pape Clément XI). A la fin du XVIIème siècle, la famille des Anges de Drivasto (dernière branche de la famille Comnène) allait s’éteindre avec Jean – André – Ange de Drivasto Flavius Comnène, par manque d’héritiers ; suivant un acte rédigé le 27 juillet 1697, ce dernier transféra le Grand Magistère à l’alors Duc de Parme et Plaisance François Ier Farnèse (1697-1727) et à ses descendants.

Le Grand Magistère des Farnèse de Parme

Par décret de l’Empereur Léopold Ier du 5 août 1699, et la Bulle Sinceræ Fidei de Pape Innocent XII, du 24 octobre de la même année, cet acte de cession était confirmé, autorisant en termes explicites le passage du Grand Magistère à la Maison de Farnèse.

Voici les paroles solennelles par lesquelles le Pontife sanctionne tel acte : « Entendant pleinement et accueillant avec bienveillance les requêtes qui concernent cette question et qui nous ont été humblement adressées, en ton nom et au nom de Jean – André, Prince et Grand Maître, Nous, par motu proprio, en conscience et après une mûre délibération, en vertu de la plénitude de notre pouvoir apostolique, nous confirmons et approuvons à perpétuité la cession de ladite charge de Grand Maître et administrateur éternel de la Milice Aurate Constantinienne, cession faite par le susdit Jean – André, Prince et Grand Maître, à toi et à tes descendants ». Sont à remarquer les termes précieux : « L’affection de foi sincère et de singulière dévotion dont vous faites preuves à notre égard et envers le Siège Apostolique, ainsi que les nombreux mérites de ton illustre famille témoignés à ce même Siège, nous induisent à concéder volontiers à toi et à tes futurs descendants, tout comme aux autres princes de ta propre famille, toutes choses aptes à accroître votre honneur, afin qu’elles demeurent, marque éternelle, comme le souvenir de notre bienveillance paternelle envers toi et envers ta famille ». Les Statuts constantiniens furent par la suite modernisés au moyen de l’approbation survenue en 1706.

De plus, par la Bulle Militantis Ecclesiæ du 27 mai 1718, Pape Clément XI voulut manifesté à l’Ordre Constantinien son affection et sa bienveillance, au point qu’il accorda au Grand Prieur des privilèges abbatiaux, au clergé les insignes de la prélature et enfin, à l’Ordre même, la faculté de pouvoir constituer des « bénéfices ecclésiastiques » : « Et si quelqu’un osait invalider ce qui a été décidé, qu’il sache qu’il s’exposera à l’indignation de Dieu Tout-puissant et de Ses bienheureux Apôtres Pierre et Paul ».

Par une Bulle de 1719, Clément XI en personne se félicite avec les Chevaliers Constantiniens, pour voir conduit plus de 2000 fantassins en Dalmatie contre les armées Turques. Un nombre considérable de documents, présents dans les archives nationales, témoignent la guerre, longue etvictorieuse, combattue contre les Turcs, par la République de Venise, à l’aide du Duc François Farnèse, qui envoya un « Régiment Constantinien ».

Ettore Gallo commente : « La documentation concernant le Régiment Constantinien montre, sous l’aspect militaire, combien étaient vivaces, dans la petite armée Farnésienne, la valeur, le courage, et un esprit, véritablement chrétien d’attachement aux principes qui ont inspiré l’Ordre : « Glorification de la Croix et propagation de la Foi » »

Le Duc François Farnèse était lui aussi sans enfants ; par conséquent, il ne voulut point juger l’Ordre un privilège de la Couronne et disposa que celui-ci devait se transmettre de père en fils et que, en cas d’extinction, le Grand Maître soit « le plus proche [en ligne familiale] au feu Grand Maître, et appartenant à la famille Farnèse ». Ainsi, à la mort de François Ier, le 26 février 1727, les pouvoirs de l’Etat et du Grand Magistère de l’Ordre furent assumés par son frère Antoine qui, le 20 janvier 1731, après seulement quatre années de principauté, décéda sans laisser de fils.

C’est à ce moment que devient essentiel le rôle d’Elisabeth Farnèse, sœur des deux Ducs et Reine d’Espagne pour avoir épousé Philippe V d’Anjou, le vainqueur de la Guerre de Succession Espagnole (consulter la rubrique de la section historique la Maison de Bourbon, soit trois Royaumes et un Duché).

Elle parvint à assurer que l’héritage allodial de la Famille Farnèse puisse revenir à l’Infant Don Carlos de Bourbon. En effet, les grandes puissances, prévoyant comme non lointaine l’extinction de la Maison Farnèse, établirent, par le Traité de Londres de 1718, qu’à la mort du Duc Farnèse, l’Infant Don Carlos obtiendrait les terres de la Famille Farnèse (c’est à dire le Duché de Parme et de Plaisance), mais sans l’interférence de la part de son père le Roi d’Espagne, encore moins sous le prétexte de tutelle familiale. La paix d’Utrecht en 1713 le dictait. Mort cependant le Duc Farnèse en 1727, le successeur Antoine désigna à l’héritage allodial de sa Maison l’Infant Don Carlos de Bourbon (son neveu).

En 1731, Charles entra à Parme en tant que souverain ; en 1734, il devint Roi de Naples et en 1735 il fut couronné, à Palerme, Roi de Sicile. Mais, en 1759, suite au renoncement de Charles pour devenir Roi d’Espagne, les deux Couronnes de Naples et de Sicile passèrent à son fils Ferdinand, qui régna jusqu’en 1825 (consulter les rubriques dédiées à Charles de Bourbon et Ferdinand Ier).

Le Grand Magistère à la Maison de Bourbon des Deux-Siciles

Après la conquête du Royaume de Naples et de Sicile, Charles transféra à Naples le siège de l’Ordre, laissant à son frère cadet Philippe II le Duché de Parme et Plaisance (1748). Comme nous l’avons dit, ayant dû ceindre la Couronne d’Espagne en 1759 (et étant donc contraint à abandonner celui de Naples et Sicile pour des raisons politiques et dynastiques, dont nous rendons compte dans la rubrique dédiée à Charles de Bourbon et dans celle intitulée « L’Ordre Sacré et Militaire Constantinien de Saint Georges et la Maison Royale de Bourbon des Deux-Siciles »), par acte souverain du 6 octobre 1759, il céda tous les biens allodiaux Italiens à son troisième fils Ferdinand et, par un acte expressément distinct, il voulut céder également le Grand Magistère Constantinien, en tant qu’Ordre Familial lié aux successeurs et héritiers du fidéicommis Farnésien.

Le Saint Siège reconnut explicitement et clairement aux Bourbons de Naples la possession du Grand Magistère Constantinien, par le Monitorium du 19 décembre 1763 de Clément XIII, où le Pontife intimait aux ordinaires et en général à tous ceux qui ont charge d’âmes, de ne guère troubler les Chevaliers de Saint Georges en possession pacifique de leurs privilèges et rappelait les Bulles de ses prédécesseurs, insistant sur le fait que si un conflit surgissait entre le Magistère et l’Autorité Ecclésiastique « celui-ci ne pourrait être traité que par devant la Chambre Apostolique ». Ce Monitoire général fut promulgué sur les instances du Chevalier de Grand-Croix Constantinienne Petraccone Caracciolo, Duc de Martine, au nom également d’autres Chevaliers de Grand-Croix, et par celui-ci se prescrivent les peines, les censures aux perturbateurs des privilèges accordés à l’Ordre susdit, en vertu des Bulles Sinceræ Fidei et Militantis Ecclesiæ respectivement d’Innocent XII et de Clément XI.

Il existe en outre le Bref Rerum humanarum conditio de Pie VI, du 24 mars 1777, par lequel fut ratifiée l’agrégation des biens de l’Ordre de Saint Antoine Viennois (qui avait été aboli) du Royaume de Naples à l’Ordre Constantinien, exigée par Ferdinand de Bourbon Roi de Naples et Sicile.

De telle façon, il était évident et indéniable que le Saint Siège reconnaissait le Grand Magistère de l’Ordre Constantinien aux Bourbons de Naples et Sicile. Il existe toutefois de nombreuses sources de droit positif démontrant « le caractère familial » de la très haute dignité, parmi lesquelles est digne d’attention une « Dépêche » du Roi Ferdinand IV datée au 8 mars 1796, qu’il est bon de citer pour son importance : « (…)le Roi a, avec toute la pondération nécessaire, considéré que vers sa Royale Personne Sacrée convergent deux qualités bien distinctes, l’une de monarque des Deux-Siciles et l’autre de Grand Maître de l’Ordre Constantinien, lesquelles bien que s’unissant glorieusement, forment toutefois deux Seigneuries indépendantes de par leurs lois, leurs prérogatives et leurs privilèges et surtout de par leur juridiction (…) si bien que les Grands Maîtres prédécesseurs de cet Ordre ont formulé un Code de Constitutions du nom de Statuts, dans lesquels on distingue une volonté précise d’établir une Juridiction Privative pour l’Ordre lui-même et pour les Chevaliers et individus, par l’élection à cet effet d’un Conseil Suprême Magistral pour la connaissance de tous les droits, les prérogatives et les causes qui leur appartiennent ».

Par le Bref Maxima et Præclarissima du 17 juillet 1851, Pape Pie IX reconnut officiellement Grand Maître de l’Ordre Constantinien Ferdinand II Roi des Deux-Siciles. De plus, le 17 septembre 1863, toujours Pie IX promulgua le Bref Quæ in rei sacræ, par lequel, suite aux bouleversements politiques de 1860 en Italie, il était décidé que l’Eglise Constantinienne de Saint Antoine Abbé de Naples, ainsi que tous les biens Constantiniens y afférents, soient placés sous la dépendance temporaire de l’Ordinaire de Naples, aussi longtemps que le Saint Siège le jugerait opportun.

Pape Saint Pie X s’occupa encore de l’Ordre avec le Bref du 7 mars 1910, où il nomma Protecteur de l’Ordre le Cardinal Dominique Ferrata et, avec le Placet du 22 mars 1911, par lequel il approuva l’érection en Siège de l’Ordre, de l’Eglise Abbatiale de Sainte Marie a Cappella, dite des « Crocelle », à Naples ; et en date du 7 avril 1911 et du 2 avril 1913, il apposa le Placet aux décrets magistraux, octroyant des insignes spéciales aux Chevaliers Ecclésiastiques Aumôniers de l’Ordre, outre à d’autres privilèges ; puis encore, le 3 décembre 1913, il nomma le Cardinal François di Paola Cassetta nouveau Protecteur de l’Ordre.

En 1913, l’Ordre Constantinien fit partie de la Commission chargée de la célébration du XVIème centenaire de la paix et de la liberté de l’Eglise (l’Edit de Constantin) et, par vouloir du Pape Saint Pie X, il érigea une chapelle dans l’église de la Sainte Croix au Pont Milvius, inaugurée le 22 mai 1918 par une donation du Chevalier Ecclésiastique Eugène Pacelli, le futur Pape Pie XII ; la Commission susdite reconstitua aussi le Labarum Constantinien, qui fut béni par Saint Pie X le 29 décembre 1913 au Vatican, en présence de S.A.R. le Duc de Calabre et qui est aujourd’hui conservé au Siège de la Grande Chancellerie de l’Ordre à Naples.

Benoît XV se montra également bienveillant envers l’Ordre : par le Bref Ad futuram rei memoriam du 13 décembre 1916, se rapportant à un Bref du 17 septembre 1863 de son prédécesseur le Bienheureux Pie IX , il établit la restitution de l’Eglise de Saint Antoine Abée à l’Ordre Constantinien et reconnut en le Grand Prieur de l’époque (et en ses successeurs), l’Abée titulaire de l’Eglise susdite avec juridiction sur le Clergé Constantinien pour toutes affaires concernant l’Ordre ; et encore, par le décret du 9 juillet 1919, il concéda le Privilegium Officiorum pour que l’Ordre Sacré et Militaire Constantinien puisse utiliser le clergé, outre à approuver les variations apportées aux Statuts de l’Ordre ; par un Bref du 9 juin 1919, il nomma enfin Protecteur de l’Ordre, le Cardinal Victor Amédée Ranuzzi de’ Bianchi.

L’autorité de Ettore Gallo commente : « La doctrine a pu relever certaines importantes considérations sur l’examen global et comparatif des documents pontificaux cités : d’abord, la reconnaissance constante et la gratitude du Saint Siège envers l’Ordre Constantinien ; et aussi la faculté de son Grand Maître, constamment dénommé dans les documents papaux « perpetuus administrator Militiæ Auratæ Constantinianæ » de pouvoir nommer ses Chevaliers, de diriger l’Ordre et d’interpréter des anciens Statuts Farnésiens »

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 31 janvier, 2007 |13 Commentaires »
123456

Rackam |
Unité Dharma |
Thorgrime-le-rancunier |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Mon Chemin
| l'Islam Vrai
| Blog de l'Aumônerie Secteur...