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Les énigmes templières

templier.gifLes énigmes templières  

  

 Avec sa disparition brutale , l’Ordre du Temple laisse derrière lui un ensemble ’énigmes nées d’accusations et d’aveux jamais résolus à ce jour. Certaines, cquises sous la persécution, sont à rejeter cependant, d’autres furent obtenues librement comme celles déposées devant la Commission pontificale voire devant le pape en personne.

 

 Le fait que le pouvoir royal ait déformé certaines de ces accusations n’efface en rien leur réalité, au contraire elles paraissent reposer sur un fond de vérité confirmant ainsi qu’il se déroulait bien au sein du Temple des évènements singuliers et inconnus des autres ordres de l’époque. L’aveu le plus courant est celui du reniement du Christ et de la Croix, ce rite se pratiquait la nuit en huis clos en la chapelle ou dans la salle capitulaire, l’officiant, (un chevalier ou chapelain) assisté de chevaliers et sergents entouraient le nouveau frère, la Croix qui comportait souvent l’image du crucifié était posée à terre. Au delà des hypothèses multiples plus ou moins acceptables telles que le rejet de l’Église Exotérique de Pierre l’influence islamique du « mauvais maître » alias GERARD de RIDEFORT, tout ici exprime un rite purement initiatique dont le contenu symbolique est incompris par récipiendaires et officiants, d’où le parfum d’hérésie que l’on connaît. 

En fait, l’existence du rite suggère celle d’un cercle intérieur d’initiés dans l’Ordre que l’on pourrait imaginer structuré en trois niveaux donnant lieu à trois types distincts de réceptions : ·        Le premier, sans rite ni mystère, était réservé à la majorité des frères comme l’affirment les aveux de nombre d’entre eux jurant ne rien connaître de telles pratiques. 

·        Le second où se pratiquait le reniement du Christ ·        Le troisième réservé aux seuls membres du Chapitre Général : 

«…nous avons trois articles … » déclarait le frère GAUCERANT de MONTPEZAT, « … que personne ne connaîtra jamais excepté Dieu… et les Maîtres…. » 

  Ainsi, on peut concevoir que c’est au deuxième niveau que le frère devenait réellement templier par l’accomplissement d’un rite de passage où mourrait le « vieil homme » encore empreint de christolâtrie pour que surgisse le « nouvel homme » 

Tout cherchant ne doit-il pas d’abord se plonger dans les ténèbres pour ensuite se relever dans la lumière ici apportée par le groupe d’affiliation en l’occurrence l’Ordre ? Cette « descente » et cette « remontée » pourraient avoir été symbolisées par le reniement du Christ, Jésus apparaissant dès lors davantage sous une figure humaine voire humanisée, que divine figure assimilée par analogie au récipiendaire que ses propres pêchés pouvaient conduire à sa « mort » à sa crucifixion symbolique à la perte de son Paradis. Ainsi, plus qu’une »…véritable abjuration.. ; » le reniement du Sauveur est davantage « …une sorte d’épreuve où l’on devait témoigner de la faculté de dépasser une forme exotérique, simplement religieuse et dévotionnelle du culte… » Autre chef d’accusation : les baisers interdits donnés aux frères par ceux qui les recevaient comme le commente HUGUES de BURE : 

« …J’ai été reçu dans la Commanderie… par le frère… précepteur…,j’enlevai tous mes vêtements sauf chemise et braie et il me remit le costume et le manteau de l’Ordre, il me baisa ensuite sur les lèvres puis au nombril et à l’épine dorsale… » Là encore la réalité de ces baisers reproduit un rite initiatique antique totalement incompris, celui-ci fait référence à « l’activation des potentialités de l’Énergie ou du Verbe alimentant les centres forces diversifiés des actions humaines. C’est ce que les traditions orientales désignent sous le terme de KUNDALINI et de CHAKRAS. 

Le baiser buccal symbolise toute la transmission du souffle de l’initiateur à l’initié, le souffle représentant lui-même l’Esprit et le Verbe Divin Créateur. 

Le second baiser donné sur le plexus sacré avait pour fonction de transmettre la force créatrice spiritualo-temporelle émanée de la « Vénus » antique, de cette Beauté absolue créatrice des œuvres issues de l’Intelligence. Le troisième baiser appliqué sur l’ombilic liait le frère à l’Ordre qui la recevait.

L’ordre d’application de ces baisers avait une profonde importance, l’on, devait commencer par le bas, le plexus sacré où siègent les souffles de la matière brute puis continuer par le ventre lieu d’élaboration et de création pour terminer par la bouche et la tête lieu du souffle purifié et siège du Divin car « l’homme nouveau » doit partir du bas de la matière première pour parvenir en haut, à la matière purifiée.

Une telle « élévation symbolique » fut d’ailleurs jusqu’au XVIIIe siècle présente au sein de l’Église où cardinaux comme prélats baisaient successivement les pieds, genoux, et ventre du Pape, éliminant dès lors le parfum de scandale et le caractère spécifiquement templier de ce rite qu’une certaine conception de l’Histoire nous a imposée.   

L’autre accusation sérieuse portée contre l’Ordre Templier et source de malentendus qui excitèrent l’imagination des détracteurs contemporains et ultérieurs fut celle de l’adoration du BAPHOMET et de son idolâtrie. Confondu avec l’image de la tête adorée soi-disant par les Templiers le BAPHOMET aurait désigné la tête idole en question alors qu’il existe plus que jamais deux réalités bien distinctes : En premier lieu , le terme BAPHOMET ne fut jamais prononcé par les Templiers à l’exception d’un seul le frère sergent occitan GAUCERANT qui s’accusa à titre individuel d’avoir adoré une image Baffométique un BAPHOMET qui en langue d’Oc était une déformation populaire désignant MAHOMET. 

Ignorant par ailleurs que l’Islam interdit toute représentation humaine, dans l’esprit du frère occitan, une telle image assimilée à tort à une image mahométane ne pouvait être qu’une représentation païenne. De là, les erreurs d’interprétation affirmant l’existence d’une influence musulmane dans les croyances secrètes du Temple que l’autorité royale saura déformer à souhait et que les auteurs des siècles suivants teinteront d’occultisme. 

L’accusation d’idolâtrie en revanche, porte davantage à réflexion à la lecture du Procès Verbal d’avril 1310 : « …ils adoraient … cette idole, ils la vénéraient… comme leur Sauveur, spécialement dans leurs grands chapitres,… ils disaient que cette tête… donnait à l’Ordre toutes ses richesses, qu’elle faisait fleurir les arbres, qu’elle faisait germer. Ils entouraient cette tête de cordelettes, les lui faisaient toucher puis ils ceignaient leurs corps avec ces cordelettes… » 

  L’aspect de la tête diffère selon les témoins, masculine et féminine pour certains, hideuse et angélique pour d’autres, elle présente donc deux faces comme JANUS. 

Sa matière est tout aussi variée à ce point que les témoignages contradictoires et le fait que les juges et les gens d’armes chargés de perquisitionner les commanderies n’aient jamais mis en évidence une seule de ces têtes, nous laisse à penser que celles-ci n’ont jamais matériellement existé. Il semble qu’elles fassent appel à une expérience dramatisée de la conscience propre à chaque templier pendant sa réception, d’un choc initiatique en présence de la Lumière, celle-là même « … qui éclaire nos travaux… » 

En fait nous sommes ici en présence d’une captation par l’homme d’une sagesse et d’une Connaissance, d’une Gnose au sens le plus élevé du terme qui est celle de la « Vierge Sophia » qui donne : vie éternelle, gloire et richesse au plan spirituel, cela s’entend. Le rite de la tête quant à lui, s’inscrit comme une donnée essentielle de la Tradition Primordiale, ce qui explique qu’elle soit présente universellement tant chez les grecs avec la tête de la Méduse que chez les vikings, avec celle de MIMIR qu’ODIN venait consulter, que chez les aztèques avec celle de TEZCATLIPOCA. Ce rite qui est celui de la décollation renvoie à une double initiation, en coupant la tête d’un adversaire (initiateur), le vainqueur (néophyte) s’approprie à la fois l’énergie transcendante et la puissance spirituelle du Maître, il abandonne dès lors son corps de chair au bénéfice de l’Esprit. 

Loin d’être une idole, la tête templière est définitivement la base d’un rite initiatique de type héroïco solaire, à la fois moines et guerriers, les templiers par le rite de la décollation symbolique de la tête s’appropriaient la puissance spirituelle et l’Esprit pour mieux se préparer à vaincre les ennemis visibles mais ceux aussi plus redoutables qui siègent dans les profondeurs de l’Être et qui influencent l’Âme et l’Esprit de chacun. Quant au problème rapporté au lien entre la tête idole et la cordelette portée par les frères et qui selon les aveux était ceinte après avoir été passée autour du cou de la tête en question n’y a t il pas encore malentendu quand on sait que cette pratique est tout à fait conforme au rite chrétien de la bénédiction et de la conservation d’un objet ? La cordelette, symbole de chasteté du moine, étant ici tout simplement bénie par la mise en contact avec un objet sacré reliquaire assimilé dans le cas présent à la tête idole. 

  Enfin, d’autres accusations persistent comme celle de la Règle Secrète ou celle de la Réception dans l’Ordre des chevaliers excommuniés. 

La Règle secrète renvoie inévitablement à l’existence d’un Ordre intérieur, de nombreux aveux dont ceux du précepteur de Laon, GERVAIS de BEAUVAIS convergent dans ce sens : « … il y avait dans l’Ordre un règlement si extraordinaire et sur lequel un tel secret devait être gardé que chacun aurait préféré se faire couper la tête que de le révéler… » 

  Jacques de Molay nia toujours l’existence des deux mais il est curieux de constater que peu avant le 13 octobre 1307, le grand Maître ait détruit un certain nombre ‘exemplaires de la Règle toutefois : de quelle règle s’agissait-il ? De la règle officielle ou de la Règle secrète ? Même s’il apparaît logique qu’un Ordre initiatique et parallèle désire que son règlement ne soit accessible qu’aux seuls frères qualifiés l’Histoire a conservé son secret. 

La réception et l’inhumation en terre chrétienne des chevaliers excommuniés fut un autre des griefs portés contre le Temple, l’exemple du Comte d’Essex, Geoffroy de MANDEVILLE mort excommunié et inhumé par les templiers d’Angleterre en 1143 est particulièrement révélateur. Il exprime une évolution de l’esprit de l’Ordre allant à l’encontre d’un dogme fondamental du Christianisme officiel et traduisant de fait une opposition à l’autorité de l’Église romaine dont les représentants sont en principe seuls maîtres du pouvoir « de lier et délier ». 

Cette évolution se fait pleinement sentir dans la différence qui marque la Règle latine de l’Ordre adoptée au Concile de Troyes en 1128 de la Règle française de 1140. La première, en effet, interdit expressément toute admission de chevaliers excommuniés alors que la seconde les accepte voire les recherche, à la condition unique qu’ils expriment un repentir sincère. 

Certes, tout ceci répond avant tout à une nécessité militaire sous tendue par la vertu élémentaire de charité chrétienne, néanmoins cette volonté affichée de donner à tous l’ultime occasion de se racheter est aussi bernardine de conception. Saint Bernard, en effet, ne déclare-t-il pas se réjouir de voir l’Ordre s’ouvrir « aux impies,…aux sacrilèges car le Christ a triomphé d’eux avant de triompher par eux… »  En cela, il reste conforme au message de Saint Jean l’Évangéliste fondé sur l’Amour Universel dont nul ne saurait être exclu et fait du Temple, plus que jamais une église Johannique. 

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 11 septembre, 2006 |Pas de commentaires »

L’Ordre Spirituel des Templiers

tmet3zcz.jpgL’Ordre Spirituel des Templiers
 
 

En Orient, le Christianisme s’est élaboré à partir d’un milieu riche en systèmes religieux et philosophiques au sein desquels les idées de Création, de Trinité, de Rédemption, et de Résurrection circulaient déjà.

De la rencontre de ces systèmes et du Christianisme naquirent de nombreuses sectes hétérodoxes (nestorisme, manichéisme, etc.) regroupées sous l’appellation de GNOSTICISME (du grec GNOSIS signifiant CONNAISSANCE ). D’emblée déclarés hérétiques, ces sectes furent au cours de l’Histoire systématiquement condamnées par les conciles mais de même qu’il prit connaissance des textes esséniens, l’Ordre du Temple eut aussi accès aux doctrines gnostiques.

Qu’est-ce que la Gnose néanmoins ?

Apparue à peu près à la même époque que le Christianisme, la Gnose est née à la frontière du judéo-christianisme, et puise ses sources dans les pensées juive, chaldéo-babylonienne ,égyptienne et grecque.

Apanage des seuls initiés, elle se présente comme une sagesse communiquant par le mythe et le discours : les mystères sacrés pour mieux offrir une délivrance exprimée au travers d’un retour à soi, d’un retour à l’UNITE.

Selon la GNOSE, le salut ne peut en effet se faire que par une connaissance totale et immédiate englobant l’Homme , le Cosmos, et la Divinité.

Dans le sillage des gnoses classiques, s’est édifiée une Gnose chrétienne rattachée aux enseignements oraux secrets révélés par le Christ aux apôtres comme le décrit Saint Clément d’Alexandrie :

« … la Gnose, communiquée et révélée par le Fils de Dieu est la Sagesse… elle a été communiquée oralement par les Apôtres,…elle est la connaissance …de la nature de notre naissance et de celle de notre renaissance…la connaissance de l’homme est la connaissance de la perfection, la connaissance de Dieu en est la consommation… »
Deux éléments vont toutefois caractériser la Gnose chrétienne

·        Sa volonté de concilier les pensées grecques (Platonisme, Aristotélisme) et Chrétienne.

·        Son élitisme marqué et couplé à un profond mysticisme.

Dans le premier cas, tout en soulignant le fait que l’exil de l’âme lumineuse au sein de la matière ténébreuse soit assimilable à une dégénérescence de l’esprit, elle modèrera au fil du temps la pensée juive au profit d’une hellénisation du christianisme.

L’intention étant de donner du chrétien : l’allure d’un sage grec à l’âme claire et confiante dans le Seigneur.

C’est d’ailleurs la position de l’Ordre du Temple qui adopta comme patron Saint Jean l’Évangéliste de PATMOS, le disciple préféré du Christ.

Le caractère élitiste est, quant à lui, parfaitement exprimé dans un autre témoignage de Saint Clément affirmant :

« … le Seigneur nous a permis de communiquer les mystères divins…à ceux capables de les recevoir,…les choses secrètes se confient oralement, et non par écrit et Dieu fait de même,… les symboles sont divulgués sous une forme mystique… mais cette transmission sera faite moins par les mots que par leur sens caché… »
Par cet élitisme, on peut imaginer qu’un enseignement assorti de rites spécifiques qui déconcertèrent tant de frères non-initiés, était délivré à tous ceux qui constituaient l’Ordre Intérieur Templier.

En fait, la Gnose chrétienne renvoie indubitablement à l’existence d’un ésotérisme chrétien présent dans l’Église primitive et pourtant nié de tous temps par l’Église de Pierre.

Il reste néanmoins, évoqué dans l’Évangile de Marc au travers des lignes suivantes :
« …a vous disciples choisis, il est donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu mais à la multitude, ces choses sont dites en paraboles afin qu’ils voient et n’entendent pas, qu’ils écoutent et ne comprennent pas… »

Il est aussi attesté par le fait que jusqu’au IVe  siècle , le cheminement qui devait mener le catéchumène à l’entendement des doctrines et des rites chrétiens passait à un moment déterminé par « l’étape » de l’arcane.

Ce n’est qu’ultérieurement que deux voies se dessinèrent :

·        La voie exotérique incarnée par l’Église de Pierre qui en tant qu’Église Universelle « catholicos » fut fondée sur la Croyance (PISTIS) dévotionnelle et formelle.

·        La voie ésotérique représentée par l’Église de Jean, basée sur la Connaissance (GNOSIS) de l’initié et ne se dévoilant que progressivement à travers la pratique rituélique des saints mystères et dont l’Ordre Templier fut la remanifestation entre 1118 et 1314.

Sur un plan historico-symbolique, ces deux voies ne sont que les expressions des deux pontificats parallèles que l’on retrouve dans l’Ancienne Alliance assimilés aux sacerdoces d’AARON,et de MELCHISEDEQ : le Roi du Monde.

Selon la Tradition, le Pontificat de Pierre prendra fin avec le retour du Christ auquel succèdera le glorieux Pontificat de Jean qui rétablira à jamais la Tradition Primordiale.

Toute la supériorité de Jean et la nature dissimulée de son rôle sont d’ailleurs pleinement exprimées au cours de l’épisode de la pêche miraculeuse qui souligne aussi son rôle, prolongement de celui du Christ :

« …Pierre se retournant, vit venir derrière eux le disciple que Jésus aimait, celui qui pendant le repas du soir, s’était aussi penché en arrière sur sa poitrine et avait dit :Seigneur qui est celui qui te livre ?
Pierre donc en l’apercevant dit à Jésus : Seigneur, que fera celui-là (Jean), Jésus lui dit : Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, en quoi cela te regarde-t-il ?
Toi (Jean), continue à me suivre… » (JEAN : XXI 20-22)
C’est dans cette optique qu’il faut percevoir la création du Temple, l’Ordre fut en fait la « cristallisation » de l’héritage secret de Jean, il fut destiné à incarner le lien entre l’Orient et l’Occident, tous deux détenteurs au delà des formes, des rites, et dévotions d’une portion de la Tradition Première.

L’Ordre Templier œuvrait pleinement à l’avènement du second pontificat. En fait il a bel et bien existé pendant plusieurs siècles en Orient comme en Occident (à Lyon) une Église officielle de Jean.

Au XIIe siècle, cette Église prospère possédait ses propres rites, son texte canonique : l’APOCALYPSE (du grec APOCALYPSIS : Révélation), et son clergé dont fut membre le Patriarche THEOCLETES, celui-là même qui donna au Temple ses pouvoirs lors de sa création.

En dépit de sa filiation et de sa mission johannique, l’Ordre à son tour se scinda en un temple extérieur et un temple intérieur. Le temple extérieur suivait les enseignements de l’Église de Rome et s’adressait aux templiers non-initiés, le temple intérieur suivait ceux  de Jean, privilégiant son évangile et célébrant son office selon vraisemblablement le rite Byzantin. L’Ordre du Temple appartenait donc bien à la « Maison de Jean », nom qu’il donnait d’ailleurs à sa Maison cheftaine de Jérusalem.

Gardien du saint Graal, Jean incarne toute la puissance de la Tradition Originelle et Éternelle qui s’exprime  intensément dans la Révélation Christique car contrairement à la pensée émotionnelle de Pierre, celle de Jean privilégie l’Esprit Saint, le Verbe, le Logos, c’est à dire toute cette Énergie Secrète de l’Univers assimilée au Christ Solaire et victorieux, porteur de Lumière et de Vie.

L’Ordre du Temple fut ainsi dans une certaine mesure davantage l’Église du Saint Esprit que celle du Christ proprement dit, d’où l’explication du rite de reniement que l’on  connaît.

A Jean de PATMOS, l’Ordre associait Jean le Baptiste, tous deux étaient fêtés à l’occasion des solstices quand les jours recommencent à croître comme à décroître, illustrant parfaitement cette parole de l’Évangile de Jean :

« … Il faut que celui là croisse et que moi je diminue… »
 
Le Temple avait ainsi symboliquement compris que les deux Jean à l’image du Janus latin ne sont rien d’autre que les pôles de l’initiation aux mystères, Jean le Baptiste se confond en ce « vieil homme » qui doit mourir par la descente aux enfers au profit du « nouvel homme » incarné par Jean l’Évangéliste.

La « nouvelle naissance » permettant dès lors d’ouvrir les portes du Ciel donnant accès aux réalités premières.

Voilà ici résumés tout le sens et contenu de la Quête du Graal auquel l’Ordre faisait référence quand il demandait aux frères « de mourir saintement afin de renaître dans la Gloire du Seigneur Dieu ».

Cette association des deux Jean pourrait aussi fournir l’explication du mystère de la tête coupée des templiers souvent décrite dans les aveux comme une tête biface avec une face vielle et barbue( Jean le Baptiste) et une jeune imberbe ( Jean de PATMOS).

Une telle représentation pourrait bien avoir exprimé cette image d’un « Baptême par le feu » représentation de l’Esprit Saint johannique, venant compléter le « Baptême par l’eau » autre symbole du Baptiste car : « seul l’Esprit Saint …infusé en l’être lui permet l’accession à la Gnose et à la Grâce… de la compréhension des Mystères divins… »
L’Ordre templier fut aussi dès sa création lié à la personnalité de Saint Bernard de Clairvaux dont la pensée en modela la destinée. Cette pensée prenait appui sur  « Dame  Charité » ainsi que sur l’Amour Divin que l’âme peut atteindre par l’extase.

Charité et Amour ne sont toutefois pas donnés spontanément à l’homme, ils ne peuvent s’acquérir que par un effort constant et intense qui aboutit à une connaissance absolue ainsi qu’à un don entier de soi.

Conformément à la doctrine de Jean, il est dit que Charité et Amour concernent tous les hommes une fois reconstitués les liens de l’Unité Première (l’Androgynie Originelle) par la réactivation d’un centre dépositaire de la Sagesse Primordiale.

De ce principe découleront le concept de Terre Sainte de la pensée bernardine et templière ainsi que l’entière fonction de l’Ordre. L’Ordre du Temple se conçoit en effet en terme de « Milice de Dieu » destinée à « servir de chevalerie au Souverain Roi » et à recréer en tant que telle les liens spirituels entre les hommes, c’est pourquoi il n’hésitera pas à contacter d’autres ordres initiatiques traditionnels(ASSACIS, COPTES, DRUZES etc.) sans pour autant hésiter, quand cela sera nécessaire, à faire preuve de rudesse comme «  d’agir par le fer ».

L’autre grand apport de Saint Bernard au Temple fut celui de la vénération pour la Vierge Marie, remanifestation, christianisée de la Grande Protectrice génésique qui chez les peuples pré-chrétiens répondait aux noms d’ISIS, d’ISHTAR ou de VENUS.

Archétype de la femme sublimée, la Vierge est ainsi la Voie, l’intermédiaire qui permet au Verbe de s’incarner, elle dessine un chemin par où passe la force cosmique, elle symbolise l’Amour éternel et indifférencié, la Dame au sens chevaleresque du terme, qui fournit à tous  cherchants : formes et âmes. Au sein de l’Ordre Templier et comme précédemment, la thématique de Marie connut deux niveaux d’interprétation :

·        Un niveau exotérique à base strictement dévotionnelle où la Vierge est définie comme la mère du Sauveur, conformément à l’enseignement de l’Église de Pierre.

·        Un niveau ésotérique où Marie image voilée d la « Sophia grecque » n’est autre que la SCHEKINAH kabbalistique, la présence immédiate et sensible de la Divinité au sein du monde comme de l’homme.

Marie est dès lors le lien qui relie le fini à l’infini, les mondes supérieur et inférieur, la médiatrice sublime qui fait communiquer Dieu et les hommes.

Ce concept est d’ailleurs exprimé dans les ultimes paroles prononcées par le Christ mourant comme relaté dans l’Évangile de Jean :

« … Jésus donc voyant sa mère et auprès d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : Femme, voici ton fils, ensuite il dit au disciple : voilà ta mère… et depuis lors le disciple la garda dans sa maison… » (JEAN XIX :26).
Une fois encore, Jean apparaît donc pleinement être ce gardien de la Tradition Apostolique    du Christianisme Originel, Tradition que l’on assimile à Marie et à sa virginité, « …la virginité de Marie est comparable à celle des Écritures du Seigneur, ces écritures sont fécondes par la lumière qui en rayonne, et par la vérité qu’elles mettent au monde, mais elles demeurent vierges et enveloppent d’un voile saint et pur les mystères de la Vérité… »
Bien que la pensée de Jean privilégie l’Esprit Saint, Marie n’est pas étrangère à cette primauté, l’Ordre du Temple eut connaissance de celle-ci au travers d’une tradition de tos temps rejetée par l’Église de Rome et qui veut que la Vierge fut parmi les Apôtres lors de leur transfiguration par l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte. Mieux encore, cette même tradition précise que c’est sur elle même que s’est initialement posé l’Esprit Saint pour se répandre ensuite en langues de feu sur tous ceux qui l’entouraient.

Marie est ainsi, un personnage fondamental dans l’Église de Jean, à la fois médiatrice et dispensatrice de l’Esprit Saint, il était légitime que l’Ordre lui porte une profonde dévotion et puisse percevoir à travers elle le commencement et l’achèvement de toutes religions.

  

Notre voyage au sein de l’Ordre Templier s’achève il nous a révélé qu’ « … à travers l’Histoire et ses incidences temporelles, il a toujours existé chez un petit nombre d’hommes, un mouvement dynamique orienté vers l’essentiel, celui-ci permet d’opérer des percées lumineuses donnant accès au fond d’Éternité qui appartient à chaque homme… »

La tentative historique et spirituelle des Templiers eut ainsi deux entrées :

Celle de la Foi qui transcende le monde matériel et permet de le considérer à sa juste et relative valeur,

Celle de l’expérience initiatique qui emprunte la voie de l’apparence pour s’enquérir de l’invisible.

Investis dans leur tâche métaphysique les Templiers empruntèrent puis dépassèrent rapidement la seule voie religieuse pour dessiner cette voie spirituelle où l’Harmonie découle de l’union des contraires.

L’Ordre devint alors une œuvre harmonieuse et cohérente où des hommes tournaient leur regard vers Dieu, s’engageant dans un quête à la fois douce et brutale mais dont l’essence respire encore puissamment à travers leur devise :
« …Non pas à nous Seigneur, non pas à nous, mais à ton Nom seul donne la gloire !… »

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 11 septembre, 2006 |4 Commentaires »
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