Oriflamme, Etendard, Bannière, Drapeau….
L’oriflamme aux XIIE – XIIIE – XIVE et XVE siècles
Bannière de l’abbaye de Saint-Denis, qui la conservait pendue sur le tombeau de son patron, et prétendait la tenir du roi Dagobert. Si l’origine exacte ̃ de l’oriflamme est inconnue, on ne connaît pas mieux sa nature matérielle. Ce semble avoir été une pièce de forte toile de soie ou cendal rouge feu, dont le champ fut, suivant les époques, couvert de flammes et d’étoiles d’or, et qui se portait soit fixée à une longue hampe dorée, soit attachée au cou du porte-étendard.
Celui-ci fut, de droit, jusqu’au XIIe siècle, le comte du Vexin, avoué de l’abbaye de Saint-Denis et chargé comme tel d’en défendre les biens temporels. Mais, lorsqu’au commencement du XIIe siècle, le roi Louis le Gros acquit le comté du Vexin, il se trouva, de fait, porte-étendard de Saint-Denis dont il fit porter l’oriflamme à la bataille, avec la bannière de France.
Cet usage demeura en vigueur sous ses successeurs, et c’est ce qui explique en partie le cri d’armes des gens du roi Montjoye Saint-Denis! sans que l’on soit porté à considérer comme exactes les figurations des manuscrits médiévaux où l’on voit ce cri écrit en grands caractères sur l’oriflamme. L’oriflamme est signalée dans la Chanson de Roland (CCXXIII) comme une bannière royale d’abord appelée Romaine, puis Munjoie. Sans doute cette oriflamme carolingienne, qui aurait été donnée à Charlemagne par le pape de Rome, était fabuleuse.
Quoi qu’il en soit, on est porté à croire que, plus les oriflammes étaient d’un type ancien, plus elles avaient de queues; leur coupe était quadrangulaire et le bord libre, opposé à la hampe, déchiqueté en double lambel, tandis que les oriflammes des XIVe et XVe siècles sont à deux queues. Il a dû exister des confusions chez les auteurs anciens entre l’oriflamme, le gonfanon du roi et la bannière royale bleue fleurdelisée d’or cette dernière, qui semble avoir été l’image de la cape relique de Saint-Martin de Tours, était à l’origine montée sur une grande hampe dorée, dressée sur un chariot bardé de fer que traînaient des bœufs, tandis que le gonfanon du roi était son drapeau personnel, dont les couleurs variaient jusqu’au noir complet sous Charles VII; il devint plus fard le drapeau royal (V. Drapeau).
Dans le rituel féodal et chevaleresque, le roy, premier vassal de l’abbé de Saint-Denis, en tant que comte du Vexin, fait hommage au saint avant que de prendre l’oriflamme qui, en temps de paix, ne quitte pas le tombeau du saint. La cérémonie a un caractère avant tout symbolique. Tête nue, la robe non ceinte, le roi a dû, à jeun, faire ses dévotions à Notre-Dame de Paris, puis à Saint-Denis même. La sainte bannière est alors remise au porte-oriflamme qui doit communier avant que de la recevoir et jurer de la défendre fidèlement. Mais celui-ci doit garder le précieux dépôt roulé dans une custode pour ne l’en sortir qu’au moment de la charge. La pièce de cendal vermeil, ornée, bordée de houppes de soie verte, est alors fixée au bout d’une lance, ou bien le roi l’attache à son cou et elle lui forme comme une robe d’armes. Cet usage s’accorde avec celui de ne mettre les cottes armoriées et
de ne déployer les bannières qu’au moment de l’action, coutume qui fut observée toujours pendant le XIVe siècle.
Si on connaît mal la nature exacte de l’oriflamme, on connaît mieux son histoire, à partir du XIIIe siècle. On la voit, en 1328, portée à la bataille de Cassel par le sire Miles de Noyers qui
« estoit monté sur un grand destrier couvert de haubergerie, et tenait en sa main une lance à quoi l’oriflamme estoit attachiée, d’un vermeil samit, en guise de gonfanon, à trois queues, et avoit eritour houppes de verte soye » (Chronique de Flandres, LXVII), On remarquera que l’oriflamme du XIVe siècle est bien différente de celle du XIIIe que Guillaume le Breton dépeint comme une simple pièce de soie rouge, pareille à celles dont on se sert pour les processions de l’église. Au reste, la forme de l’oriflamme a beaucoup changé, elle posséda deux, trois et même quatre queues suivant les temps, car bien qu’elle eût le privilège de marcher, à la bataille, avant toutes les autres bannières, elle n’avait pas ses bords libres entiers comme ceux de la bannière royale. Sans doute, l’oriflamme
primitive fut souvent remplacée par des pièces plus neuves, elle subit d’ailleurs des fortunes diverses et fut prise maintes fois à la guerre. On a prétendu qu’elle disparut en 1382 à la bataille de Rosebecque elle tomba aux mains des Anglais à la journée de Poitiers, en 1356, où le porte-oriflamme Geoffroy de Charny périt aux côtés du roi Jean. Elle semble avoir eu une pareille fortune en 1415, à Azincourt, où elle était tenue par le sire Martel de Bacqueville. On en trouve encore des mentions plus tard; ainsi les Registra Delphinalia (1436) citent « l’auriflambe en guise d’un gonfanon à deux queues, et tout autour houppes de soie verte »’, etc.
Une des dernières traces est fournie par l’inventaire du trésor de Saint-Denis fait en 1536 par la chambre des comptes; on y lit « un étendard de cendal fort épais, fendu par le milieu, en façon d’un gonfanon, fort caduque, enveloppé autour d’un bâton couvert d’un cuivre doré, et un fer longuet aigu au bout. » L’oriflamme était déjà une relique. Tout porte à croire qu’elle disparut des champs de bataille après la guerre de Cent ans. Maurice Maindron.
Histoire de l’étendart
L’étendard
C’est d’une manière générale le drapeau de la cavalerie il dérive de la bannière, de la cornette et du guidon. Mais à l’origine il désigna surtout le drapeau du roi, notamment à la fin du xve siècle et au commencement du xvie, tandis que les drapeaux de la cavalerie étaient spécialement les guidons, les cornettes et ceux de l’infanterie étaient les enseignes. C’est ainsi que l’étendard du roi Louis XII était jaune et rouge, chargé d’un porc-épic, tandis que l’étendard français était jaune et noir, chargé d’une petite croix noire.
La croix blanche était cependant considérée alors en Italie comme le signe français, mais les fonds des étendards variaient extrêmement. Comme drapeau des troupes à cheval, on peut dire que l’étendard est le successeur immédiat de la bannière, le signe distinctif des compagnies soldées par le roi et combattant ordinairement sous ses couleurs et ses devises. Sous Charles VII, ces étendards semblent vermeils avec un soleil d’or ; sous Charles VIII, la garde écossaise a son étendard « long d’une toise, rouge, blanc, vert, à l’image de saint Michel, et un soleil auprès ». Sous Louis XII, ces étendards sont longs, à deux pointes, rouges et jaunes; on y retrouve le saint Michel et le soleil, avec le porc-épic couronné, emblème du roi, mais d’autres étaient carrés, rouge lie de vin, avec un soleil rayonnant d’or, etc.
Les étendards, aux diverses périodes de notre organisation militaire, suivirent les mêmes lois que les enseignes ; leurs couleurs varièrent suivant celles des chefs de corps, sauf l’étendard du colonel général de la cavalerie la gendarmerie demeurant toujours exceptée, car ces étendards étaient dits guidons ou même enseignes; et elle était commandée par le roi seul, qui avait son drapeau à lui, et en son absence par le connétable qui lui servait de vicaire qui demeura blanc comme l’enseigne colonelle de l’infanterie. L’organisation de la cavalerie ayant été encore moins rapide que celle des troupes à pied, une certaine confusion subsista dans ses étendards pendant les XVe etXVI siècles,
et leur forme varia un peu à la fantaisie des chefs de corps dont ils portaient les couleurs. Mais, d’une manière générale, ils tendent à devenir carrés et plus petits que ceux de l’infanterie, portent des franges d’or et d’argent et rarement des cordons et des cravates. Ils sont montés sur des hampes de 6 à 8 pieds et portés par des officiers (cornettes, guidons, puis porte-étendards). En 1635, il n’y avait qu’un seul étendard blanc dans la cavalerie c’était celui du colonel général de cette arme, et il était porté par un cornette, dans la première compagnie du régiment appartenant au colonel général. L’étendard blanc de la gendarmerie était porté par le porte-cornette de France, et cette charge survécut à celle de connétable, lorsque cet étendard fut donné aux grenadiers à cheval de la maison du roi (1676-1776). Les troupes qui combattaient à pied ou à cheval (mousquetaires de la garde du roi au XVIIe siècle) avaient drapeaux et étendards, suivant la manière dont elles servaient l’un était porté flottant et tenait la droite de l’autre qui restait plié. Le nombre d’étendards équivalait au nombre des compagnies d’un régiment ; mais, quand une partie de celles-ci avait été supprimée, le colonel n’en gardait pas moins ses étendards, si bien qu’un régiment tombé de douze compagnies à quatre, gardait douze étendards.
Au XVIIe siècle, les étendards différaient des drapeaux de l’infanterie en ce qu’ils étaient plus petits, frangés, ne portaient ni cravates, ni cordons, ni la croix, ni plusieurs couleurs sur une même face; ils étaient pleins, c’est à dire d’une seule couleur, ordinairement rouge ou bleue, parfois jonquille, verte, cramoisie, même noire, et rehaussés du soleil d’or et de la devise de Louis XIV. Comme le roi et les officiers fournissaient les étendards aux régiments dont ils étaient propriétaires, les étendards étaient à leurs couleurs suivant les compagnies, et répondaient à celles des bandoulières, des housses, des chaperons, des fontes, des tabliers, des timbales. Des devises et emblèmes étaient brodés sur le tableau. La confusion était telle que sur 16 types d’étendards de chevau-légers on en comptait 6 blancs, 5 rouges, 1 jaune, 4 bleus. On distingua en 1786 les régiments de l’état-major général par des étendards disposés en trophées brodés aux coins des housses et sur les chaperons des fontes; leur nombre et leurs couleurs faisaient les différences.
La bannière du moyen-âge au XIXe siècle
La bannière royale
Le mot bannière a désigné, au moyen âge et jusqu’au XVIe siècle, un petit drapeau rectangulaire, armorié, attaché à une lance ou à une hampe. La bannière était le privilège des seigneurs puissants qui pouvaient conduire à l’armée un certain nombre de chevaliers et qui étaient dits bannerets ; les officiers qui commandaient l’armée royale jouissaient de la même prérogative, même s’ils n’étaient pas bannerets; enfin le roi, lorsqu’il était à la tête de ses troupes, se faisait précéder de la bannière royale.
L’historien Ligord raconte qu’à la bataille de Bouvines Gales de Montigny portait devant Philippe-Auguste la bannière royale semée de fleurs de lys. Les vitraux de Chartres nous ont conservé la représentation do nombreuses bannières féodales du XIIIe siècle et notamment de la bannière royale de saint Louis. C’est un petit drapeau bleu semé de fleurs de lys d’or. La bannière royale n’accompagnait pas seulement le roi à l’armée; elle figurait à son sacre et à ses obsèques; on la mettait en girouette sur les tours des villes du domaine; on l’attachait à des mâts plantés dans les camps des troupes royales ; on la plaçait à la poupe des vaisseaux royaux. C’était toujours un carré de soie ou de velours bleu frangé d’or semé de fleurs de lys d’or. Mais l’usage de la bannière royale tomba peu à peu en désuétude ; elle parut pour la dernière fois aux obsèques de Louis XIV.
Les bannières des églises et des abbayes furent longtemps semblables de forme comme de nom aux bannières féodales : elles avaient, du reste, la même signification; elles guidaient à l’armée ou dans les cérémonies les vassaux de l’Eglise ou de l’abbaye et étaient portées par leurs avoués.
A l’exemple des barons, les communes eurent leurs bannières, analogues à celles des chevaliers ; et bientôt les paroisses, les confréries, les corporations ou les quartiers des villes se distinguèrent par des bannières différentes, si bien que dans certaines villes le mot bannière finit par être synonyme de quartier ou de corporation. Dans quelques villes du Nord on nommait maieurs de bannière les chefs élus des métiers. A la fin du XVe siècle, on imagina de disposer la bannière carrée sur un manche en forme de T, a la barre transversale duquel on la cloua; en même temps, les bannières devinrent plus amples. Depuis le XVIe siècle, on dorra de préférence aux bannières religieuses la forme du « labarum » qu’elles ont conservé, Depuis cette époque le clergé, les confréries et surtout les corporations et les sociétés ont seules conservé l’usage de la bannière. Les sociétés musicales, notamment, ont chacune leur bannière à laquelle on suspend les médailles et autres signes de distinction obtenues dans les concours par l’association. On a souvent, par abus, donné le nom de bannière & d’autres
Histoire du drapeau du Moyen-Age au XIXeme siècle
« Ce terme ne parait pas avoir été employé avant la fin du xvie siècle, et jusqu’au XVeme les drapeaux des compagnies gardèrent généralement le nom d’enseignes, le mot étendard désignant ceux de la cavalerie.
Le drapeau au Moyen-Age
Lors des premières tentatives d’organisation régimentaire, on réunit sous un même drapeau, insigne du commandement des colonels, les diverses compagnies ou enseignes qui formaient le régiment. Jusqu’alors les masses d’infanterie formant ce que l’on appelait les bandes avaient marché sous diverses bannières dont la régularisation relative n’apparut qu’à la fin du XVe siècle. Antérieurement, le drapeau national le mieux caractérisé parait avoir été une pièce d’étoffe de couleur variable sur laquelle était rapportée la croix rouge des croisades, qui était la croix de Pierre
l’Ermite. Longtemps la France garda la croix rouge sur ses bannières, tandis que l’Angleterre portait une croix blanche, la Bretagne une croix noire, Flandre et Lorraine une croix verte, Italie et Suède une croix jaune, Bourgogne la croix rouge de Saint-André. Mais aux temps difficiles de la guerre de Cent ans et des luttes terribles entre les Armagnacs représentant le parti national (croix blanche) et les Bourguignons alliés des Anglais (croix rouge et croix rouge de Saint-André), le drapeau des Anglais victorieux finit par réunir, en 1422, sous Henri VI, sur son champ les croix blanche et rouge de France et d’Angleterre, les croix de Saint-André, blanche et rouge de Guyenne et de Bourgogne.
Charles VII avait son drapeau de France d’azur fleurdelisé d’or, et sur l’antique bannière des ducs
de France il ajouta la croix blanche des Armagnacs, champions de l’indépendance nationale. Ce drapeau « connu d’abord sous le nom de pennon royal, puis sous celui de grand étendard royal, devint plus tard l’enseigne principale de la milice des francs-archers, et enfin le drapeau particulier du premier régiment de France, du régiment des gardes françaises » (général Susane). La croix blanche a subsisté sur les drapeaux de notre infanterie jusqu’en 1789; elle en partageait ordinairement le champ ou tableau en quatre quartiers.
Le drapeau à la Renaissance
Dès le XVIe siècle, le drapeau blanc était l’insigne de la dignité du colonel; l’arborer était faire preuve d’une indépendance militaire relative. Les enseignes étaient alors et furent depuis les drapeaux des groupes subordonnés à l’enseigne colonelle ou drapeau du colonel. Porter drapeau blanc ne pouvait se faire que par permission du roi, ce qui n’empêcha nullement les réformés de le faire pendant les troubles. Chaque seigneur qui put lever des troupes en assez grand nombre ne manqua point de faire porter le drapeau blanc, et, dans les circonstances assez rares où catholiques et réformés eurent à combattre côte à côte, notamment sous Henri HI, cette prétention de porter
le drapeau blanc sans commission régulière donna lieu à de fréquents troubles entre les colonels nommés par le roi et les colonels réformés qui entendaient garder le titre qu’ils s’étaient arrogé ou le droit de porter drapeau blanc. Ces querelles ont été racontées par Brantôme. Au reste, les réformés usaient d’enseignes pleines, c.-à-d. de drapeaux tout blancs, mais sur lesquels étaient brodées les armes, couleurs et devises des chefs.
Le colonel général de l’infanterie avait alors le droit d’avoir, dans chaque bande ou régiment, une compagnie dite colonelle, qui portait une enseigne blanche; de là s’étendit l’usage de donner le drapeau blanc à tout régiment d’infanterie qui, à titre de récompense ou autre, était admis dans l’armée permanente. Dans chaque formation régimentaire il existait, sans tenir compte des drapeaux des compagnies ou enseignes, deux drapeaux celui de la bande ou régiment, celui du colonel.
Le drapeau au XVIIeme siècle
Sous Louis XIII, le colonel général ne voulant avoir de compagnie colonelle que dans les régiments anciens, la possession du drapeau blanc devint un signe d’ancienneté, un honneur pour le corps qui le possédait, et on a vu que cet honneur était souvent conféré à titre de récompense. « C’est ainsi que le mot drapeau blanc est devenu et est resté, pendant quelque temps, le synonyme de régiment entretenu et payé par 1 ordinaire des guerres. » (Susane.) Peu à peu tous les régiments possédèrent le drapeau blanc; en 1638, aucun n’en était dépourvu. Le drapeau blanc apparaît dès lors
comme un drapeau général, drapeau d’état-major qui ne fut jamais celui de la royauté ni de la France. C’est à cette date de 1638 que le drapeau blanc semble apparaître comme signe de parlementaire.
Le drapeau au XVIIIeme siècle
Les drapeaux des régiments étaient de diverses couleurs, de même pour les enseignes. En 1776, il n’y eut plus qu’un seul drapeau par régiment. Le drapeau blanc, dès Louis XIV, était devenu le drapeau du roi colonel général des troupes. Chargé de l’écusson de France, il servait d’enseigne à la maison du roi; les gardes le portaient à la garde de service chez le roi ou le dauphin. Les drapeaux des anciennes grandes bandes de Picardie étaient rouges avec la croix blanche, ceux des grandes bandes de Piémont noires avec la croix blanche. Le régiment de Champagne avait son drapeau vert à croix blanche, Navarre couleur feuille morte avec croix blanche semée de fleurs de lis d’or, etc. En somme, au XVIIIeme siècle, les drapeaux d’ordonnance étaient les mêmes pour un même régiment, mais il n’y en avait point deux de semblables, car, sans compter les régiments français, il y avait nombre de régiments étrangers ou appartenant en propre soit au roi, soit à quelque prince, et qui portaient sur leurs drapeaux les couleurs, les emblèmes de ces princes ou du pays d’origine. Un seul caractère commun donnait quelque air de famille à tous ces drapeaux de couleurs si dissemblables, c’était la croix blanche qui en divisait le champ en quatre quartiers. Encore tous ne la possédaientils pas. Ainsi Bourgogne et Royal-Comtois, créés par Louis XIV, portaient sur leurs drapeaux la croix rouge de Bourgogne, et beaucoup de régiments étrangers ne portaient point la croix. La croix existait sur le drapeau colonel chargé d’ornements, d’emblèmes, d’armoiries peintes et brodées, comme les autres. Le drapeau blanc des gardes françaises avait ses quartiers chargés de fleurs de lis d’or, chaque branche de la croix portant en outre une couronne d’or. Si l’on ajoute à cela que nombre de régiments étrangers portaient aussi les drapeaux de leur patrie en restant au service de la France, que nombre de corps des armées étrangères avaient des drapeaux semblables aux nôtres, voire blancs (Espagne, Hollande, Naples, régiments suisses à leur service), on comprendra qu’il était impossible de reconnaître, en campagne, un corps à la nature de ses enseignes.
Jusqu’à la Révolution, nos drapeaux gardèrent cette variété. Faits d’une ou plusieurs pièces de taffetas suivant les couleurs du tableau, chargés d’inscriptions ou d’armoiries brodées ou formées de feuilles d’or appliquées au vernis, leur hampe était de bois peint aux couleurs du régiment, terminée par un fer de pique. Ils ne portaient point de franges, au contraire de ceux de la cavalerie et étaient munis de cravates ordinairement blanches, parfois rouges (Piémont), accompagnées de cordons à glands dont les couleurs variables rappelaient celles des drapeaux des régiments. Ainsi: cramoisi et blanc, Bourgogne; rouge et aurore, Royal-Vaisseaux; violet et feuille morte, Royal; orange et bleu, Nassau vert et blanc, Auxerrois, etc. Les drapeaux étaient portés par un officier dont le grade équivalait à celui d’enseigne, et le mot même était synonyme de la. charge. Ainsi l’on disait le roi a donné un drapeau à ce vaillant » soldat (Richelet), pour dire la charge de porte-drapeau.
Dans l’ordre du défilé, les drapeaux étaient portés à la tête de la division du centre. La confusion était extrême dans les drapeaux des régiments et des compagnies à la fin du XVIIIeme siècle.
Le drapeau au XIXeme siècle
Le 27 pluviôse an II, l’Assemblée nationale rendit un décret instituant un drapeau national en France; en voici les termes « Le pavillon, ainsi que le drapeau national, sera formé des trois couleurs nationales disposées en trois bandes égales, de manière que le bleu soit attaché à la garde du pavillon, le blanc au milieu et le rouge flottant. Les gardes nationales des provinces arborèrent aussi le drapeau tricolore, mais elles ne furent pas d’accord sur les dispositions des couleurs: on vit simultanément des drapeaux bleu, blanc et rouge, puis d’autres rouge, bleu et blanc et enfin blanc, bleu et rouge. Quelques bataillons adoptèrent le rouge et le bleu en bandes horizontales. Une loi spéciale de 1792 ordonna que tous les anciens drapeaux seraient détruits pour être remplacés par des insignes aux trois couleurs; et aux cravates blanches qui ornaient la hampe on substitua des cravates aux trois couleurs. Le drapeau doit avoir cinq pieds six pouces de long (lm75) sur une largeur égale. La hampe était surmontée sous la première République d’un fer de six pouces de long, terminé en pointe de hallebarde. Sous l’Empire, le fer fut remplacé par une aigle héraldique. Le drapeau tricolore fit place au drapeau blanc surmonté d’une fleur de lis, lors de la rentrée de Louis XVIII. En 1830, le drapeau tricolore reparut avec un coq à la place de l’aigle.
Sous la République de 1848, le fer pointu revint au sommet de la hampe; sous le second Empire il céda la place à l’aigle, et aujourd’hui le drapeau républicain est surmonté d’un fer de lance; sur le socle les lettres R. F. L’étoffe du drapeau est la soie. Sous la République, on y inscrivait successivement le nom des batailles fameuses où il avait figuré, de l’autre cette légende Discipline et obéissance à la loi. Sous le premier Empire, ces inscriptions furent modifiées comme suit l’Empereur au. régiment, avec le nom des combats mémorables de l’autre côté. Sous la Restauration, le drapeau fut chargé des armes royales; cet écu disparut à la révolution de 1830, et en 1831 il fut remplacé par la devise Liberté, Ordre publie. En 1848, on inscrivit sur la zone blanche Liberté, Egalité, Fraternité et au-dessous Unité. Le second Empire substitua à ces mots l’inscription Honneur et Patrie. Depuis 1870, au drapeau national cette inscription est surmontée des mots République française. Suivant un décret du 14 juin 1859, un drapeau peut être décoré de la Légion d’honneur; la croix est attachée au haut de la hampe.
Définition du terme drapeau
DRAPEAU n. m. XIIe siècle, drapel, « morceau de tissu, chiffon », « vêtement », puis « langes ». Dérivé de drap. I. Au sens propre. 1. Pièce d’étoffe fixée à une hampe, à un mât, de manière à pouvoir se déployer et flotter au vent, et portant les couleurs et les emblèmes d’une nation, d’une province, d’une organisation, d’une unité militaire. Le drapeau national. Le drapeau français, allemand, italien. Le drapeau européen. Le drapeau de la Croix-Rouge. Le drapeau olympique. Le drapeau d’un régiment. La cravate d’un drapeau, voir Cravate. Des drapeaux pris à l’ennemi, sur l’ennemi. On salue un chef en inclinant les drapeaux. Le salut au drapeau. Une ville pavoisée de drapeaux. Déployer, hisser, amener un drapeau. Mettre un drapeau en berne, en signe de deuil, le placer à mi-hauteur du mât ou l’enrouler sur lui-même en ne laissant flotter que son extrémité. Au drapeau ! batterie ou sonnerie militaire exécutée pour rendre les honneurs au drapeau. Planter son drapeau sur une terre, en prendre possession au nom d’une nation ou à titre symbolique. Par ext. Petits drapeaux en carton, en papier. Piquer des drapeaux sur une carte. Spécialt. Drapeau tricolore, désigne en particulier le drapeau français, bleu, blanc, rouge. Drapeau blanc à fleurs de lis, emblème de la France de 1816 à 1830. Le drapeau du Royaume-Uni est appelé l’Union Jack. Drapeau rouge, sans surcharge, emblème des révolutionnaires. Drapeau noir, pavillon des pirates, puis emblème des anarchistes. 2. Pièce d’étoffe ou morceau de matière rigide, fixé à un manche et servant à donner un signal. Le drapeau rouge du chef de gare. Agiter un drapeau rouge pour signaler un danger, des travaux sur une route. Donner le signal du départ d’une course en abaissant un drapeau. Délimiter une zone avec des drapeaux. Spécialt. Drapeau blanc, en temps de guerre, qui marque le désir de l’un des adversaires de suspendre les hostilités, de parlementer ou de se rendre. II. Au sens figuré. 1. Symbole de l’armée, de la patrie. Le respect, l’honneur, le culte du drapeau. Se rallier autour du drapeau. Mourir pour le drapeau. Au pluriel. Être sous les drapeaux, être en activité de service, ou faire son service militaire. Appeler une classe, appeler les réservistes sous les drapeaux. Se ranger, servir, combattre sous les drapeaux, servir à l’armée. 2. Symbole de la cause pour laquelle on combat. Le drapeau d’un parti. Le drapeau de la liberté. Rester fidèle à son drapeau. Abandonner, trahir son drapeau. En parlant d’une personne. Servir de drapeau à une cause, en être le symbole. Metternich craignait que l’Aiglon ne servît de drapeau à la cause bonapartiste. Cet homme est le drapeau de la réaction (vieilli). Expr. Arborer, déployer, lever haut son drapeau, exprimer publiquement ses opinions. Se rallier au drapeau, se ranger sous le drapeau de quelqu’un, embrasser son parti. Fam. Mettre son drapeau dans sa poche, dissimuler ses opinions.
(dictionnaire de l’Académie française)
DEFINITION DU TERME CRAVATE DE DRAPEAU
CRAVATE n. f. XVIIe siècle, aux sens de « soldat croate » et de « cravate ». Le terme a d’abord désigné les mercenaires croates, dont Louis XIV fit le régiment Royal-Cravate, puis la bande de tissu portée autour du cou par ces cavaliers. MILIT. Ornement honorifique, fait de soie et brodé d’or ou d’argent, qu’on attache au haut d’une lance, d’un drapeau.
(dictionnaire de l’Académie française)
DEFINITION DU TERME MAT
MÂT n. m. XIe siècle. Issu du francique *mast, de même sens. 1. Élément vertical du gréement, dressé sur le pont d’un navire et qui porte vergues et voiles. Le grand mât. Un mât en bois, en métal. Le mât de misaine, d’artimon, voir ces mots. Caler, haubaner, abaisser un mât. Guinder les mâts. Un navire à trois mâts ou, ellipt. et subst., un trois-mâts . Spécialt. Mât de charge, qui, à bord d’un navire ou à terre, fait fonction de grue. 2. Par anal. Poteau servant à soutenir une toile, à porter un drapeau, etc. Dresser un mât. Le mât d’un chapiteau. Hisser un drapeau, un guidon au sommet d’un mât. Spécialt. Mât de cocagne, voir Cocagne.
(dictionnaire de l’Académie française)
DEFINITION DU TERME BANNIERE
(1)BANNIÈRE n. f. XIIe siècle. Peut-être dérivé de ban I. 1. MOYEN ÂGE. Enseigne que le banneret ou le roi faisait porter devant lui, en conduisant ses vassaux à la guerre. Lever, agiter, déployer la bannière. Des vassaux marchant sous la bannière de leur suzerain. Par méton. Troupe que commandait un chevalier banneret ou un prince, et qui formait une unité de l’armée. À Poitiers, la bannière du duc d’Orléans fut la première où se mit la déroute. Fig. Se ranger sous la bannière de quelqu’un, être de son parti, partager ses opinions. La bannière de la liberté, l’idéal de la liberté. 2. MARINE. Anciennt. Pavillon arboré à la poupe d’un navire pour en indiquer la nationalité. Il naviguait, sous la bannière de la France. 3. Étendard suspendu à une hampe par une traverse en T, autour duquel se groupent les membres d’une paroisse, d’une confrérie, d’une association, d’une corporation, particulièrement dans les défilés ou les processions. Porter la bannière de sa corporation. La bannière de Notre-Dame. La croix et la bannière, originellement, les vassaux qui marchaient derrière le banneret et les miliciens qui marchaient sous la croix paroissiale, et, par ext., le grand apparat. Expr. fig. et fam. C’est la croix et la bannière, c’est une entreprise périlleuse, longue et difficile.
(dictionnaire de l’Académie française)
DEFINITION DU TERME LAMBREQUIN
LAMBREQUIN n. m. XVe siècle, lambequin. Dérivé de lambeau.
1. HÉRALD. Ornement extérieur à l’écu, constitué de longs rubans contournés partant du casque et entourant l’écu. 2. AMEUBL. Bande d’étoffe garnie de franges, de houppes, de glands, couronnant un décor de tapisserie, des rideaux de fenêtre, un dais, un ciel de lit.
(dictionnaire de l’Académie française)
DEFINITION DU TERME DRISSE
DRISSE n. f. XVIIe siècle. Emprunté de l’italien drizza, déverbal de drizzare, « hisser une voile ».
MARINE. Cordage qui sert à hisser et à amener une voile, un pavillon. Drisse de foc. Étarquer la drisse, la tendre
(dictionnaire de l’Académie française)
drapeau bateau technique navale
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