Archive pour juin, 2010

Histoire de la Normandie:Rouen, capitale templière

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Histoire de la Normandie:Rouen, capitale templière

La plus importante maison du Temple, en Normandie, devait être celle de Rouen, la capitale du duché fut, jusqu’en 1173, le siège de la principale commanderie de l’Ordre; les chevaliers installèrent ensuite leur maison chêvetaine à Sainte-Vaubourg.

 

A l’époque où les Templiers s’y installèrent, Rouen était déjà une cité considérable, qui comptait au XIIème siècle quelque dix milles habitants. C’était une ville qui s’agrandissait rapidement et, surtout, un port très actif. Les échanges entre la Normandie et l’Angleterre étaient très importants, et les marchants rouennais avaient même, à Londres, un entrepôt particulier.

 

Les templiers de Rouen eurent, selon toute vraisemblance, des activités économiques et bancaires: la première maison des chevaliers était située au sud de la rue du Vieil-Pont, au bord même de la Seine, qui était alors une artère commerciale très fréquentée. Dès cette époque les artisans commençaient à s’installer à proximité des rivières.

 

La métropole normande était aussi un point de passage important pour les pèlerins qui, suivant la route de Rouen à Chartres, se rendaient à Saint-Jacques-de-Compostelle.

 

Allemands et Anglais venus par la mer, débarqués à Fécamp ou à Dieppe, Flamands et Artésiens venus de Lille et de Saint-Omer. Du Nord venaient même des pèlerins de Bruges, capitale du comté de Flandres. Les chevaliers du Temple étaient les protecteurs et les instigateurs du pèlerinage à Compostelle. Ils étaient tenus d’assister tous ces pèlerins.

 

A Caen, qui était aussi un point de passage important pour les « jacquaires » descendant vers Le Mans, les Templiers de Bretteville avaient possédé plusieurs maisons.

 

Sans doute les Templiers de Rouen devaient-ils protéger les pèlerins de Saint-Jacques, mais les chevaliers étaient aussi les « banquiers » des pèlerins : ceux-ci déposaient entre leurs mains une somme d’argent qui, s’ils ne revenaient pas de Compostelle, serait remise plus tard à leurs héritiers. Les commanderies de Rouen et de Caen jouèrent certainement ce rôle de dépôt monétaire.

 

Il n’est rien resté du Temple de Rouen, car les vieux quartiers de la capitale normande ont été malheureusement détruits par les bombardements et les incendies de la dernière guerre.

 

Une quinzaine de biens et de demeures, aux environs de la cathédrale Notre-Dame, relevaient de l’Ordre du Temple; les chevaliers avaient aussi édifié des maisons et des chapelles rue des Cordeliers, rue Saint-Eloi et square Solférino.

 

La rue des Cordeliers s’appelait autrefois la « rue du Temple »

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Publié dans:L'ordre des Templiers |on 30 juin, 2010 |Pas de commentaires »

L’Ordre Teutonique

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L’Ordre Teutonique

L’Ordre des chevaliers teutoniques est né en 1191 et apparaît initialement comme le versant germanique de l’Ordre des Hospitaliers.

Bien que sa confirmation officielle ne survienne que près d’un siècle après la conquête de la Ville Sainte par les croisés, l’histoire de l’Ordre commence, en fait en 1128, avec la fondation par des pèlerins allemands, de l’Hôpital de Sainte-Marie des teutoniques.

Initialement, ce dernier reprend la même finalité que l’Hôpital de Saint-Jean, à savoir : assister les souffrants et les nécessiteux, avec la spécificité de s’adresser préférentiellement aux pèlerins allemands.

L’autre particularité de l’Ordre Teutonique réside dans le fait que, dès son origine, il n’a aucune vocation militaire et va jusqu’à présenter un caractère séculier plus prononcé que son homologue hospitalier.

Ce n’est qu’à partir de la troisième croisade qui voit la disparition tragique de l’armée de Frédéric Barberousse, que l’Ordre opta pour une vocation davantage militaire.

La légende affirme que le Duc Frédéric de Souabe s’émut du sort de quelques pèlerins allemands délaissés par les hospitaliers et par les templiers, et que devant leurs souffrances, il annonça la création de l’Hôpital de Sainte-Marie de Jérusalem.

Le Duc ne vit pas le résultat de sa noble initiative car il disparut un mois avant la confirmation de la nouvelle fraternité par le Pape Clément III en Février 1191, mais en léguant la quasi-totalité de ses biens en la ville d’Acre, il apporta à l’Ordre son premier centre en Terre Sainte.

En l’an 1198, les teutoniques réunis en conseil, validèrent la mesure qui stipulait que l’aspect hospitalier de l’Ordre suivrait pour tout ce qui se rapporterait aux pauvres et aux malades, la règle de Saint Jean, alors que son versant clérical adopterait la règle du Temple.

Le même conseil officialisa aussi les vêtements que devraient dorénavant porter les frères, à savoir :

Le manteau blanc à croix noire.

En Février 1199, le Pape Innocent III reconnut le nouvel Ordre militaire, satisfait à la fois d’avoir acquis un élément de contre-poids à l’hégémonie des templiers et des hospitaliers et l’arme absolue dans sa lutte contre le Saint Empire germanique.

Dès leur reconnaissance officielle, les teutoniques intensifièrent leurs activités et de nombreuses maisons de l’Ordre apparurent en Europe, mais c’est avec Hermann Von Salza que l’Ordre Teutonique acquit ses lettres d’or.

Personnage talentueux, il fut aussi un fin politicien qui perçut, dès l’échec de la troisième croisade, que le maintien en Terre Sainte des Etats latins d’Orient relevait, à long terme, de l’impossible.

Sans interrompre la présence de l’Ordre en Palestine, le Grand Maître renforça la position des teutoniques sur les terres du Saint Empire germanique et établit un nouveau centre à Venise.

De ce fait, il obtint une position intermédiaire et privilégiée entre ces deux pouvoirs temporels antagonistes que demeuraient : la Papauté et l’Empereur.

Par ailleurs, Hermann Von Salza souhaitait « germaniser » la notion de croisade, percevant que l’idée de pèlerinage armé perdait progressivement de son attrait aux yeux des croisés allemands.

Il fut confirmé dans son aspiration lorsqu’en l’année 1217, le Roi André II fit appel à l’Ordre Teutonique pour mettre fin aux incursions ravageuses de nomades païens en Transylvanie.

En 1225, la province fit définitivement pacifiée et les teutoniques, aidés de colons germains, commencèrent à exploiter les terres reconquises.

Inquiet du pouvoir grandissant des nouveaux arrivants, le Roi de Hongrie somma ceux-ci de se retirer. Faute de forces suffisantes et sans garantie, le Grand Maître dut céder.

Entre 1218 et 1223, plusieurs raids de tribus païennes prussiennes dévastèrent les terres du Prince polonais Conrad de Mazovie. Incapable d’en venir à bout, ce dernier céda définitivement le territoire d’Helminskaya aux teutoniques, en échange de leur protection permanente.

En obtenant le soutien de la Papauté et de l’Empereur Frédéric II, Hermann Von Salza sut alors garantir ses acquis. Mieux encore, l’Empereur lui concéda que toutes les terres païennes conquises par l’Ordre, seraient de fait, sous la suzeraineté teutonique.

Cette concession souleva l’opposition du Pape Grégoire IX, inquiet du rapprochement de l’Ordre à l’égard du Saint Empire germanique, il sut rappeler au Grand Maître que de tels droits avaient déjà été octroyés à l’Evêque Von Buxhovden, fondateur de l’Ordre chevaleresque des Porte-Glaives.

En l’an 1228, toutefois, dans une volonté d’obtenir définitivement le soutien du Grand Maître, le Pape accorda à l’Ordre teutonique, les mêmes privilèges dont bénéficiaient déjà les templiers et les hospitaliers et confirma les droits de l’Ordre sur les territoires prussiens, à la mort de Von Buxhovden.

La disparition du Grand Maître Hermann Von Salza n’interrompit pas la prospérité de l’Ordre, bien au contraire. Partis de la province de Kulm au début de l’année 1230, les teutoniques anéantirent toutes résistances et établirent tout au long de leur parcours vers la côte balte, des forteresses.

En 1235, l’Ordre de Dobrin fondé en 1227 par le Prince Conrad de Mazovie, fut incorporé aux teutoniques, suivi en 1237 par celui des Porte-Glaives.

Après l’invasion mongole , l’Ordre aspira à agrandir ses territoires aux dépens de ses voisins russes, mais fut défait en 1242 sur le lac Peïpous par le Prince de Novgorod : Alexandre Nevski.

La même année, les teutoniques durent faire face à une vaste révolte des prussiens, qui justifia sept années de lutte acharnée, avant d’en venir à bout.

En 1253, une grande croisade, à laquelle participa le Roi tchèque, fut organisée dans l’intention d’unir les territoires côtiers de Prusse et de Livonie. En l’honneur du Roi et de sa participation aux nouvelles prises, fut fondée la ville de Königsberg (Kaliningrad), achevant la conquête du territoire de la Semigallie.

En 1260, une nouvelle révolte remit en cause les vingt années de conquêtes et de combats de l’Ordre dans la région mais l’intervention papale sous la forme de 22 bulles invitant tous les croyants à se croiser, sauva ce dernier :

« …A la fin du XIII ème siècle, la Prusse fut divisée en quatre diocèses dirigés par des évêques qui étaient vassaux nominaux du Pape.

…Une sage politique des autorités dans ces territoires nouvellement conquis stimula les développements de l’agriculture et des jeunes cités, …fondées par des immigrants originaires de terres germaniques.

Les cités recevaient…des privilèges municipaux, appelés Loi de Kulm.

… Peu à peu, l’aspect du pays changea, à la place de forêts sauvages, de marais infranchissables et de prairies, on trouvait des riches cités,…de gros villages, des terres cultivées et des ports de mouillage.

Dès le milieu du XIII ème siècle, l’Ordre avait passé un traité avec la population locale : tout noble prussien pouvait être adoubé pour peu qu’il se convertisse.

En 1309, la capitale de l’Etat teutonique et le Quartier Général de l’Ordre furent transférés de Venise à la forteresse prussienne de Marienburg… »

A la fin du treizième siècle, devant la montée en puissance de la Lituanie, dont la population demeurait païenne, et de la rivalité avec la Pologne catholique, les teutoniques recherchèrent de nouvelles alliances.

Ils eurent alors l’idée de ressusciter les idéaux croisés en rendant populaires les chemins de pèlerinage de la Prusse.

Malgré la renommée et la crainte qu’inspiraient les chevaliers teutoniques, leur expansion et leur puissance incitèrent leurs ennemis à se rassembler contre eux.

Ainsi en 1385, le Prince de Lituanie Jagellon épousa la Reine de Pologne Edwige et une puissante alliance s’instaura.

Le couronnement de Jagellon autorisa l’adhésion définitive de la population lituanienne au christianisme et la Pologne réalisa par la diplomatie ce que des décennies de campagnes militaires de l’Ordre teutonique n’avaient pu obtenir.

La popularité de l’Ordre déclina sérieusement après leur défaite enregistrée au cours de la bataille de Tannenberg le 15 juillet 1410 :

« …L’Ordre avait assemblé toutes ses forces pour vaincre les lituaniens. La grande armée réunissait presque tous les frères chevaliers, les contingents des milices des territoires et des villes, les « invités » de l’Ordre (chevaliers pèlerins d’Europe Occidentale avec leurs suivants), des détachements de mercenaires…

Au total, l’armée comprenait 50 régiments, les divisions de choc de la cavalerie lourde étant constituées des chevaliers et sergents en armure…, 24 chevaliers venaient de Geniegau, environ 120 de différentes provinces françaises (Normandie, Picardie) et selon certaines sources, le fameux chevalier et futur Maréchal de France : Jean Boucicaut.

L’effectif total approchait les 25000 hommes.

…L’armée polono-lituano-russe sous le commandement du Roi polonais Jagellon… et du grand Prince de Lituanie Vitold… comprenait 50 bannières polonaises et 40 bannières russes… au total 40000 guerriers.

…Au début, l’attaque de la cavalerie légère de l’aile lituano-russe et tartare fut brisée par les forces de l’Ordre et le flanc droit de l’armée s’enfuit, mais les régiments de Smolensk, au centre, tinrent bon et sauvèrent la situation, offrant la possibilité à la cavalerie polonaise de contre-attaquer.

Le Grand Maître Ulrich Von Jungingen mena sa dernière troupe de réserve pour percer la ligne polonaise mais échoua. Il fut débordé avec ses chevaliers et tué.

Après un court engagement, le reste de son armée se dispersa et s’enfuit, laissant plus de 200 chevaliers de l’Ordre morts sur le champ de bataille, sans compter ceux faits prisonniers… »

Les conflits suivants avec la Pologne en 1422 et 1435 amplifièrent son déclin, alimenté par le soutien de la Papauté au Roi de Pologne.

En 1457, impayés depuis plusieurs mois, les troupes mercenaires vendirent aux polonais la capitale de l’Ordre teutonique : Marienburg, précédant la reddition de la Prusse Occidentale au Roi de Pologne en 1466.

Moins d’un siècle plus tard, l’Ordre abandonna le principe de guerre sainte.

En 1525, le Grand Maître Albrecht Von Ansbah de Brandenbourg se convertit au lutherianisme, puis reconnut officiellement comme suzerain le Roi de Pologne, faisant ainsi de la Prusse un duché de la couronne polonaise !

En 1561, l’Ordre perdit la région de Livonie, conquise par le Tsar Ivan IV le Terrible.

Le Grand Maître prit alors la décision de transférer son Quartier Général à Margentaim (en Franconie) et l’Ordre teutonique se rallia au Saint Empire germanique.

Edouard GUIMEL

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 15 juin, 2010 |Pas de commentaires »

L’office Templier comporte quatre grandes partie :

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L’office Templier comporte quatre grandes partie :

- La Confession publique

- La Préparation

- Le Sacrement et la Parole

- Les Oraisons

LA CONFESSION

(LE Diacre) : Mes Frères, mes Soeurs, que chacun de nous, dans les armes de la

Confession générale de l’Ordre, confesse maintenant ses propres péchés, courbé

et humilie en ta présence.

Car j’ai péché par orgueil, envie, médisance, jalousie, haine, mensonge.

J’ai péché par enthousiasme irraisonné ou par prudence timorée

J’ai péché par désir violent d’autorité, d’honneur, de richesse

J’ai péché un administrateur fidèle, sage et humble des biens matériels et

spirituel qui m’ont été confiés.

J’ai péché en n’aimant pas mon prochain comme j’ai été aimé

J’ai péché en oubliant que mon ennemi est aussi ton enfant, et en le méprisant

au lieu de le conduire, par ma patience et mon amour, à reconnaître qu’en

Jésus-Christ il n’est de possible que le pardon et l’amour.

J’ai péché en écoutant avec indulgence, parfois avec plaisir, less de la

sensualité et les discours des impies

J’ai péché en ne solennisant pas le jour du repos, en ne priant pas chaque jour,

en profanant la Maison de Deie en prononçant des paroles obscures ou superflues,

en ne respectant pas les objets du Culte, en recevant le Pain et le Vin

consacrés sans discerner la présence du Segneur.

J’ai péché par tout mon être enfin, et j’ai ainsi offensé la sainteté de mon

Seigneur, attristé son Amour

Je regrette toutes ces fautes, je m’en repens, j’ai un regret sincère de les

avoir commises et je m’an accuse devant toi Seigneur, afin que l’ennemi n’ai

aucun avantage sur moi ; qu’il ne dise pas, au dernier jour que j’ai caché mes

fautes et que je ne me suis pas accusé, en présence du Seigneur. Mais qu’on se

rejouisse au contraire au Ciel a mon sujet, car j’ai confessé mes fautes en ta

Présence.

Accorde-moi Père Tout Puissant, ineffable et Saint, le pardons de mes offenses

afin que je puisse accomplir en toute manière devant toi et devant tous les

hommes, cette mission que tu m’as confié dans le Temple pour le service de

l’Humanité en son passage, à ta seule Gloire Amen.

La Préparation

C’est le cheminement liturgique vers le sacrement. Elle comprend :

- l’encensement des Trois Croix et de l’autel

- La présentation par l’officiant, à l’Assemblée d’un linge blanc, consacré,

rectangulaire, accompagné de ces mots : Ceci est le Corps du Christ.

Il s’agit du Suaire qui, telle une substance universelle, notre Mère, porte

imprimé en son intime Mystère la continuité de la Vie du Monde à travers le

Temps : c’est le manteau du chevaliers dont les plis et les fibres sont chargés

de la plénitude du dépôt de la Tradition Primordiale, riche du souvenir

permanent des souffrances et des joies du passé, comme du devenir des mouvements

de l’Humanité en son assomption permanente.;

C’est donc pleinement le Christ en son COrps que salue les chevaliers dés

l’ouverture de l’Office : ils y reconnaissent leur propres souffrances et la

certitude de leur glorieuse déstinée. ILS y trouvent enfin le rappel de leur

Mission : oeuvrer à l’évangélisation de la Création tout entière pour que

l’Homme soit UN, pour que l’humanité soit UNE, pour qu’en Jésus-Christ Dieu soit

TOUT EN TOUS.

- La présentation de la Bible, ouverte à l’Evangile selon Saint Jean,

accompagnée de ces mots : « ceci est la Parole »

L’affirmation est simple et ne permet aucune équivoque. La Bible est reçue et

confessée par l’Ordre du Temple, comme une révélation divinement inspirée en

témoignage de l »intervention directe de Dieu. Elle est littéralement cette

Parole perdue par la faute originelle, voilée par l’orgueil qui ferme le coeur

et obscurcit l’esprit de l’homme en lutte contre lui même, révélée

progressivement à celui qui confesse que Jésus est le fils de Dieu, et qui croit

que Dieu l’a ressuscité des morts. La Parole est le phare qui éclaire à travers

vents et tempêtes, la foi et les oeuvres du Chevalier du Temple.

- Le Prologue

- Les Invocations

- Le Credo

- Le Confiteor

Le Prologue 1-

« Dans le principe était le Verbe. Et le Verbe était en Dieu. Dieu était le Verbe

et celui-ci était en Dieu. Toutes choses en lui et par lui ont été produites. En

dehors de lui, rien n’a été produit. Ce qui a été produit en lui était Vie. Et

la Vie était la Lumière des Hommes. Et la Lumière dans les ténèbres brûle. Et

les ténèbres ne l’ont pas saisie.

Il vint un homme envoyé d’auprès de Dieu. Son nom était JOHANNAN. Celui ci est

venu pour le témoignage, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous

eussent la foi par elle. Il n’était pas, lui, la Lumière. Mais il est venu pour

rendre témoignage à la Lumière Vraie qui éclaire tout homme entrant dans le

monde.

Dans le monde était le Verbe, et le monde en lui et par lui a été produit, et le

monde ne l’a pas reconnu. Il vint chez soi, et les siens ne l’ont pas reçu. Ceux

qui l’ont reçu, il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, ceux qui

croient en son nom, qui non du mélange des sangs, non du désir de la chair, mais

de Dieu sont nés.

Et le Verbe est devenu chair. Et il a habité parmi nous. Et nous avons contemplé

sa gloire, gloire comme celle de l’unique engendré la recevant du Père, plein de

Grâce et de Vérité. Jean lui rend témoignage : et il criait, disant : celui ci

est celui dont je disais : celui qui après moi arrive, avant moi est venu, car

antèrieurement à moi il était. Certes, de sa plénitude, tous, nous avons reçu

grâce sur grâce, car la loi a été donnée par Moïse, la Grâce et la Vérité sont

venues par Jésus-Christ. Dieu, personne ne l’a vu jamais. L’unique engendré,

Dieu, dont l’être est dans le sein du Père, celui-là nous l’a fait connaître »

Une fois allumés les feux de la rampe, un extraordinaire projecteur va fixer,

pour toute la durée de l’Office , les regards et la foi du Chevalier sur la

personne du Protagoniste : c’est le sens du Prologue de Jean, à la place qu’il

occupe, pour rappeler que le sacré et le sacramentel prennent leur source en

Jésus-Christ et ne tirent que de lui seul leur existence et leur richesse

Le Prologue 2-

La théologie templière, qui ne prétend dans ce domaine à aucune originalité,

trouve dans le Prologue, en termes mystiques, les fondements de la foi

chrétienne tels qu’ils sont exprimés par Saint Paul en vue d’une instruction

pastorale :

- la reconnaissance, sans équivoque ni restriction, de Jésus comme le Christ,

fils de Dieu, Dieu lui même. L’auteur de cet évangile, qui peut donner

l’impression d’accorder peu d’importance aux détails chronologiques,

circonstanciels, personnels, n’a d’ailleurs d’autre but que celui-ci : Ce

livre… »a été écrit afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de

Dieu, et qu’en croyant vous ayez la Vie par son Nom (Jean 20-30). Comme tel, le

Verbe, émanant de Dieu, est le principe de la Vie.

- la plénitude de l’incarnation de Dieu en Jésus-Christ-le Verbe- historiquement

projeté au carrefour de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance, de la Loi et de

la Grâce, né d’une femme, véritablement fils de l’homme, homme par excellence,

donne pouvoir a ses frères en humanité qui croient en lui, de renaître à leur

destin divin. Comme tel, il est le renouveau de la Vie.

- l’assurance que « ni la chair, ni le sang ne peuvent avoir en héritage le

Royaume de Dieu (ICor 15-30) et que seule la présence et l’action du Christ en

l’homme terrestre, créature animée (Gen 2-7) fait de lui un citoyen du ciel à

l’image du nouvel Adam qu’est l’esprit vivifian (ICor 15-45 et suiv). Le retour

du Christ, admis comme un fait eschatologique par tous les chrétiens, est aussi

un phénomène individuel, personnalisé (« le Royaume de Dieu est au dedans de

vous » Luc 17-21) puisque, de souffrances en agonies, de morts en résurrections,

le Christ renaît des cendres de l’humain. Comme tel, le Verbe est l’achêvement ,

l’accomplissement de la vie.

- la certitude de l’universalisme de la grâce de Dieu. Dans sa prophétie sur la

fin des Temps et le retour en Dieu de toute la Création, Jérémie rappelle la

donnée commune à tous les citoyens de la Jérusalem Céleste : « Je mettrai ma loi

au dedans d’eux, et je l’écrirai dans leur coeur » (Jérémie 31-33). De l’aventure

humaine, il ressort que certains reçoivent et d’autres ignorent, ou rejettent

l’approche incarnée de Dieu. Mais nulle exclusive ne vient du Père. C’est ce que

souligne Saint Paul au terme de son épitre aux Colossiens : « Il n’y a ni Grec,

ni Juif, ni circoncis, ni incirconcis, ni Barbare, ni Scythe, ni esclave, ni

homme libre, mais Christ est Tout et en Tous » (Colossiens 3-10.11)

La conclusion du Prologue est aussi la synthèse et le coeur de notre foi. Elle

est à nouveau exprimée dans les derniers entretiens de Jésus avec ses disciples

: « Je suis le chemin, la Vérité et la Vie ; nul ne vient au Père que par moi. Si

vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dés maintenant, vous le

connaissez et vous l’avez vu » (Jean 14-6.7)

Les Invocations 1-

Après avoir déposé un triple baiser sur le sol devant l’autel, face au Nord, où

se trouve la statue de la Vierge, l’autel étant orienté à l’Est, l’officiant

récite : « Tu es la Terre, tu es la chair, tu es la Substance Universelle, tu es

notre Mère

Par Toi tout est manifesté, sans Toi rien n’est manifesté.

Tendre Marie pure et modeste, explique enfin tes dogmes maternels. De nos

saisons sois la Vierge Celeste. L’Humanité relève ses autels »

Puis, debout, face à l’autel, il salue templièrement le suaire en disant :  » Tu

es le Fils, tu es l’Epoux, tu es notre Seigneur Christ Eternel, monarque de

Lumière, triomphe encore de tes bourreaux cruels. Viens par l’Esprit

transfigurer la Terre. L’Humanité relève ses autels ».

L’Ordre du Temple est un ordre marial et Marie tient une place primordiale dans

le coeur, dans la foi et dans la piété du Chevalier. Après tant de siècles

d’aberrations et de duperies s’achevant en mariolâtrie saint-sulpicienne, il

nous paraît necessaire de rappeler le sens et le rôle d’une théologie mariale

dans notre temps et de démontrer, s’il se peut, pourquoi et comment nous

reconnaissons à Marie et à elle seule, le pouvoir de rassembler en une même foi

christique les enfants dispersés de la Mère éternelle.

Car la Terre, la chair, la substance universelle, Eve, mère de l’homme, Marie

mère de Dieu, Notre Dame Epouse de l’Esprit, mère du Fils de l’Homme revenu à sa

divinité, sont, par le jeu admirable des analogies et des correspondances

universelles, la Vierge Mère, agent unique de création et manifestation. Marie,

comme nous l’entendons (Maria : les « eaux » de la Genèse sur quoi plane

l’Esprit), de substance principielle, car elle se confond avec le Fils qui est

en elle le germe de l’être manifesté, le Verbe, devient la Nature, la Matière,

la Femme, toutes réalités passives (ou receptives) animées d’une vibration sans

possibilités propres d’expansion, concentrée sur elle même, elle est la Vierge

Immaculée en ce sens qu’aucun accident ne vient ternir sa pureté originelle,

mais en qui s’effectue le travail du Verbe pour une constante génération des

créatures finies : eternellement Vierge elle est donc ainsi éternellement Mère.

Marie, Mère de Jésus, représente cette vérité et l’actualise, à un moment précis

de l’histoire. Ainsi, comprenons nous le rôle, de second plan à vues humaines,

qu’elle tient dans les récits bibliques : elle est présente auprès de la crèche,

pour l’avènement de son Fils; elle est présente au pied de la Croix où il

expire; elle est présente à l’ensevelissement, présente avec les autres « Marie »

à l’annonce de la Résurrection, comme elle sera présente dans la chambre de la

Pentecôte, parce qu’elle est le messager vivant du Verbe, , le Christ, elle est

le Pont d’une rive à l’autre de l’aventure humaine. A droite et à gauche du

gibet se tiennent Marie et Jean, le disciple bienaimé. Le Christ dit à sa mère :

« Femme, voici ton Fils » et il dit à Jean : « Voici la mère » et Jean prit Marie

dans sa maison : c’est l’image de l’Eglise Spirituelle du Christ. Là, Marie

l’Immaculée, veille sur la Colombe qu’elle porte serrée sur son sein, sous son

voile, et qui est le Paraclet, l’Esprit Saint, la Lumière Universelle, pour un

éclatement de cette Eglise, demain. C’est cela que nous nommons l’Eglise de

Jean, dont celle de Pierre, une fois épurée, rectifiée, restera le soubassement,

la base lapidaire : le rocher (Matth16-18).

Les Invocations 2-

Parvenu à ce point d’histoire, nous n’apprenons plus rien du Nouveau Testament

sur Marie. D’où vient donc ce dogme de l’Assomption promulgué par l’Eglise

romaine et qui a creusé davantage encore le fossé entre les confessions

catholiques et non catholiques ? Nous ne souhaitons pas justifier la position

prise par Rome à ce sujet : comme souvent dans le cours de l’histoire des

vérités fondamentales ont été voilées, sinon déformées dans leur présentation au

peuple des croyants. L’Assomption de la Vierge-Mère (puisque c’est d’elle qu’il

s’agit à travers toutes les analogies physiques et métaphysiques de Marie) n’est

autre que son retour progressif à sa divinité originelle. Après avoir été

entrainées vers les plans les plus bas de la création matérielle par le Dragon,

le Serpent, voici la Terre, la Femme, la Vierge-Mère assumée par l’Ascension de

son Fils ressuscité, restitué à sa nature céleste. L’Assomption de la Vierge,

correspond , historiquement, à l’évolution de l’humanité, celle ci étant la part

négative, féminine, du Christ par rapport à sa divinité.

La Vierge Marie que nous avons qualifié de « pont » entre les deux rives de

l’aventure humaine, c’est à dire entre le premier et le nouvel Adam, entre le

Corps et l’Esprit, entre Dieu et l’homme, est donc à tous les plans, l’âme des

êtres et des choses. A l’echelle humaine également, elle est en quelque sorte,

le trait d’union du nom de Jésus-Christ, la mère interne de l’individu. Et

l’Assomption de la mère intérieure par la résurrection de l’étincelle christique

en l’individu est son combat, son obéissance à son destin tracé, son Ascension :

l’âme, tributaire et solidaire du corps qu’elle veut entraîner à la rencontre de

l’esprit, enfante la Personnalité.

« Je suis le chemin, la vérité, la vie, nul ne vient au Père que par moi » dit

Jésus (Jean 14 6-7). Voilà ce que nous croyons et ce dont nous vivons. Mais ce

Jésus là n’a été possible que par l’acceptation d’une fille des hommes. Le Verbe

s’est incarné en prenant la substance de Marie : il est donc, pour toujours,

lié à cette maternité qu’il a choisi, et dont il respectera les lois et les

devoirs, jusqu’à la mort, et au delà. Dans les deux invocations qui nous

préoccupent, la chronologie est conforme à la théologie : la Mère est invoquée

d’abord, qui manifeste le Fils. Mais le lien Mère-Fils est préservé par cette

affirmation commune aux deux prières :  » l’humanité relève ses autels ».C’est le

rappel obstiné à la fois en l’Incarnation, à l’évangélisation de la terre, au

combat sur la terre, par la terre, à l’attente et à l’espérance du salut global

de l’humanité réunie dans le sein de l’Eglise du Saint Esprit. Or, défendre la

réalité de l’Incarnation, c’est défendre, au milieu et au profit de toutes les

religions, l’originalité inaltérable de la foi templière. Si nous donnons à

Marie, dans nos prières, le titre d’Arche de l’Alliance, c’est qu’en elle se

préparent, se fécondent avec Jésus toutes les alliances qui changent la face du

monde parcequ’elles changent le coeur des hommes. Dans ce sens et pour cette

raison, nous ne reconnaissons qu’à une théologie mariale le pouvoir

d’oecuménisme absolu. Dés l’instant où, selon l’expression de Saint Ambroise de

Milan, Marie est « enceinte du Verbe de Dieu », l’humanité entre en contact avec

le Dieu vivant, et le grand courant d’unification répond aux prières et

accomplit les promesses des prophètes. Le mur d’inimitié est détruit, qui

opposait l’homme à Dieu, les nations entre elles, les religions entre elles, le

nouvel Adam au premier dans le coeur même des hommes.

Par le « OUI » de l’Annonciation, Marie a permis que Dieu, en Jésus, fonde la

Religion de Paix, de Réconciliation, d’Amour, au prix de son sacrifice. A ce

titre, elle, qui est éclairée par la gloire du Fils et submergée par sa Grâce,

demeure bénie entre les femmes et confessée par le Chevalier du Temple comme

chef de l’Ordre pour annoncer, préparer, réaliser, le Retour du Christ »

Les Invocations 3-

Au sein de l’Ordre, l’Amazone et le Chevalier mariés, reproduisent en vérité le lien et la relation que nous venons de décrire. Le couple a pour vocation, en vivant l’unité « Marie Notre Dame/Jésus-Christ » de s’associer au Grand Oeuvre de rachat et de contribuer à la naissance de l’homme nouveau dont nous savons qu’il est- ou qu’il sera- à la mesure de la stature parfaite du Christ (Eph 4-13). L’importance primordiale de la Vierge-Mère, dont la femme, notre femme, notre épouse, notre mère, notre soeur sont des représentations à notre dimension, nous aide à comprendre comment la destruction des valeurs éternelles sur quoi est fondée la Création toute entière, la destruction de cette Création et notamment de l’humanité, passe par des attaques systématiques, insidieuses, permanentes, meurtrières, contre le femme.

De la Genèse (3-15) à l’Apocalypse (12), l’Ecriture Sainte est suffisamment explicite, et sur ce sujet fondamental la doctrine templière ne saurait varier : la nature de la femme, conformément à ce que nous avons décrit, est celle de la Substance Originelle. Même étymologiquement (substance : ce qui se tient en dessous), tout élément matriciel, à toutes les sphères et dans tous les règnes de la Création, peut manifester l’ange ou le démon selon le générateur qui le modèle et le met en mouvement. Ainsi se définit dans le couple, la responsabilité de l’époux et le rôle de l’épouse. Il n’y a là aucune notion péjorative de la hiérarchie des valeurs. L’histoire du salut est ainsi faite que Jésus n’existe que par Marie et que Marie n’existe que par Jésus. Aussi bien condamnons-nous sans appel, tous les mouvements qui, ouvertement ou hypocritement, favorisent une « émancipation de la femme » 1-(voir note en bas de ce texte).

Il y a là danger mortel pour l’âme de la femme, pour l’âme du foyer, pour l’âme de la france, pour l’âme du monde. Ce nous est une raison suffisante pour que la Vierge soit constamment présente dans nos coeurs, mais aussi dans nos rituels, et d’une façon toute particulière dans le rituel de cet Office qui élève l’officiant et son épouse à la gloire du « couple sacerdotal »

1- La Chevalerie dont nous sommes entoure cependant le femme de beaucoup de tendresse et de respect. Les règles de courtoisie et de préséance à l’égard de la gent féminine gardent toute leur valeur pour le Chevalier, dans la mesure où la « dame » ne se livre pas à une quelconque mascarade de virilisation.

La femme n’a nul besoin d’être émancipée, mais d’être reconnue comme bénéficiant à part entière de l’attention de Dieu et de son amour et comme participant au même titre que l’homme, au rachat du monde, au renouveau et à la sublimation de la Vie.

L’émancipation en question est vieille comme le monde : mais c’est la créature homme et femme qui, dans sa totalité, aspire à retrouver la liberté perdue par l’orgueil. Cette liberté est le fruit de la souffrance et de l’effort, les démagogues de Faculté, de Chaire et de Tribune ne peuvent rien contre elle.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 12 juin, 2010 |2 Commentaires »

A PROPOS DE L’HISTOIRE DU SIGNE DE LA CROIX

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A PROPOS DE L’HISTOIRE

DU SIGNE DE LA CROIX.1

Hiéromoine Nicolas (Molinier)

L’objet de ce travail n’est pas de faire l’historique de la croix comme

signe en général, ni même de ses représentations, pas plus que d’étudier les

significations possibles de ce symbole. Plus modestement, il s’agit de rassembler, à

l’usage des fidèles orthodoxes, ce que nous croyons savoir de l’histoire de la

signation, acte par lequel les chrétiens font le signe de la croix sur eux-mêmes.

Le signe en forme de croix tracé sur le front est un des rites les plus

antiques de l’Eglise. Comme pour la plupart de ceux-ci, il pose bien des énigmes à

celui qui entreprend de rendre compte de sa pratique et de son développement au

cours de l’histoire. Le lecteur jugera s’il est possible, en rassemblant, comme ici, des

renseignements épars dans la littérature patristique et liturgique, et en collationnant

des études savantes, de parvenir à une vision moins imprécise. Cet exorde avoue

suffisamment notre ignorance de bien des aspects du sujet abordé.

Ajoutons que les différences d’usages dans la manière de se signer ont

été, parmi d’autres, une pomme de discorde entre les églises orthodoxes et l’occident

latin. Rien ne serait plus détestable que de reproduire et de prolonger les vaines et

subjectives considérations d’une mauvaise apologétique. La question, en effet, n’est

pas de savoir si l’on doit se signer à main ouverte, avec deux ou trois doigts, de droite

à gauche ou inversement, ni même d’évaluer les justifications théologiques a

posteriori de telle ou telle pratique2. Il s’agit bien plutôt d’examiner si celui qui se

signe participe par cet acte, de façon vivante, à la présence du Crucifié-Ressuscité.

Communie-t-il à ce don avec une foi et un amour qui le portent à partager le sort du

Serviteur pour parvenir en Lui à la Gloire? L’honneur et la dignité du signe de la

croix est le bienfait spirituel que l’on en tire et non ses règles d’accomplissement3.

Cela est d’autant plus vrai que la signation, comme geste, n’est pas

spécifiquement chrétienne4. Pas plus d’ailleurs que la forme de la croix, symbole de

1 Les moyens techniques dont nous disposons ne nous ont pas permis, dans les rares citation grecques que nous avons

faites, de marquer les esprits, les accents et les iotas souscrits. Le lecteur helléniste voudra bien nous en excuser. Il y

remédiera aisément par lui-même.

2 On verra d’ailleurs plus bas que l’on a appliqué des “justificatifs théologiques” également orthodoxes à des pratiques

contradictoires. On trouvera là une raison supplémentaire d’évoque avec gratitude Evagre le Pontique : “La science du

Christ a besoin non d’une âme dialecticienne, mais d’une âme voyante.” Evagre, Kephalaia gnostika, IV, 90.

3 “Si on contemple ce qui n’apparaît pas par le moyen de ce qui apparaît, selon ce qui est écrit (Rm. 1,20), à beaucoup

plus forte raison, par le moyen des choses qui n’apparaissent pas, ceux qui s’élèvent à la vie spirituelle auront

l’intelligence de ce qui apparaît. La vue symbolique (sumbolikh qewria) des choses intelligibles par le moyen des

choses visibles est science spirituelle et intellection des choses visibles par les invisibles.” Maxime le Confesseur,

Mystagogie, II, P.G., 91, 669 D.

4 C. Vogel, La Signation dans l’Eglise des premiers siècles, La Maison-Dieu, 75, 1963, p. 43, note 26.

2

bonheur que l’on retrouve sur des sceaux, des pendentifs, des stèles bien avant l’ère

chrétienne5.

Ce fait, cependant, ne permet pas de conclure que les fidèles du Christ

auraient emprunté aux cultes païens. Ils se sont plutôt montré les héritiers de la

tradition messianique juive, comme nous allons le voir. Aussi convient-il, avant

d’étudier le signe de la croix, le Tau, de s’attarder un peu sur le signe du Tav.

Le signe du Tav6.

Il semble que, dans les toutes premières communautés judéo-chrétiennes,

les fidèles traçaient sur leur front une marque qui évoquait autre chose que le bois de

la croix. En effet, le livre d’Ezéchiel7 annonce que les membres de la communautémessianique seront marqués8 au front du signe du Tav9.

Le Tav hébreu, dernière lettre de l’alphabet, désigne Dieu à la manière

dont l’Oméga le fait en grec. Cette lettre Tav pouvait, au temps du Christ, être

représentée par le signe + ou le signe x10. Nous pouvons donc penser que le signed’Ezéchiel en forme de croix, le sceau (sjragis), est bien le Nom du Père.

Ainsi, les premiers chrétiens, majoritairement d’origine juive, étaient

marqués au front d’un Tav désignant le Nom de Yahwé au jour de leur baptême. La

formule de saint Luc : « Celui qui ne porte pas sa croix et ne me suit pas, ne peut êtremon disciple11 » peut comporter une allusion liturgique au Tav en forme de croix

marqué sur le front.

Cet usage chrétien du Nom de Yahwé ne paraîtra étrange qu’à ceux qui

oublient que dans la communauté chrétienne primitive, comme le confesse une

homélie du deuxième siècle, « le Nom du Père est le Fils12. » Déjà, dans l’Apocalypse,

le saint apôtre, évangéliste et théologien Jean voyait 144.000 personnes » qui avaient

5 “Several conclusions can be drawn from this brief survey. It must first be stated that copious documentation referring

to the cross is available to the historian of religions. The cross is everywhere : in pre-vedic civilization ; in the Elamite

world and Mesopotamian iconography, in the vast area of Aryan migrations and the cultures to which they gave birth,

in China, in pre-Colombian and American Indian civilizations, among nonliterate people who are our contemporaries.

Such universality shows that we are dealing with a basic phenomenon in the life of homo religiosus” Mircea Eliade,

The encyclopedia of religion, Cross (J. Ries), t.IV,1987, col.155-65.

6 Cf. Jean Daniélou, Les symboles chrétiens primitifs, Seuil, 1963, p. 143-152.

7 Ez. 9,4-6 : “Passe par le milieu de la ville, par le milieu de Jérusalem, et marque d’un Tav le front des hommes…, de

quiconque porte sur lui le Tav, n’approchez pas.”

8 Ezéchiel utilise symboliquement une réalité de l’Antiquité : l’habitude de marquer les esclaves.

9 Il est fort probable qu’au temps du Christ, les Esséniens, qui prétendaient constituer la communauté eschatologique,

portaient au front la lettre Tav. Cf. J. Daniélou, Les manuscrits de la Mer morte et les origines du Christianisme, Paris,

1957, p.100-102.

10 On le rencontre sous cette forme dans les ossuaires palestiniens du 1er siècle de notre ère. Cf. B. Bagati, Osservatore

Romano, 6 août 1960. Mme Françoise Jeanlin, de l’Institut St Serge, nous signale à ce sujet l’étude de M. Hadas-Lebel,

Histoire de la langue hébraïque, P.O.F., 1986, p. 25-31.

11 Lc 14, 27.

12 Evangile de Vérité, 38,5, ed. Ch. Puech, G. Quispel et M. Malinine, Zurich, 1956.

3

le Nom de l’Agneau et celui de son Père écrits sur le front13. » Le Tav des premiers

Chrétiens désignait le Verbe-Nom du Père, et signifiait qu’ils lui étaient consacrés.

Lorsque les communautés devinrent majoritairement grecques, le Tav

devint Tau et fut naturellement interprété autrement14. Il fut compris comme la croix

du Christ d’autant plus aisément que de nombreux passages des épîtres de saint Paul

la mentionnent à la fois comme un sujet de gloire pour le chrétien et comme

l’emblème de la rédemption de l’homme. Le signe de la croix est apparu à l’origine

non comme une allusion à la passion du Christ, mais comme une désignation de la

Gloire divine révélée dans le Verbe. Même lorsqu’il sera référé à la croix sur laquelle

est mort le Christ, celle-ci sera considérée comme l’expression de la puissance divine

qui agit par cette mort. Les quatre bras de la croix montreront le caractère cosmique15

de cette action salvatrice.

Le signe de la croix.

Le signe de la croix se discerne d’abord, nous venons de le voir, dans les

rites baptismaux. Dès le début du III ème siècle, en Afrique et à Rome, l’imposition

de ce signe constitue traditionnellement le premier rite de l’initiation conféré aux

catéchumènes16. Il est une marque indélébile17 et sainte de l’appartenance au Christ. Ilest, selon l’expression de Clément d’Alexandrie « tou kuriakou shmeiou tupoV.18 » On

comprend que chacun soit attentif à le garder pur. Saint Cyprien encourageait les

martyrs en leur disant : »Que ton front soit fortifié, afin que la marque de Dieu soit

préservée intacte.19 » Le même constatait que, chez ceux qui n’avaient pas faibli dans

la persécution, « le front, purifié par le signe de la croix, ne pouvait pas souffrir la

couronne de satan, mais se réservait pour la couronne du Seigneur.20 » Il est inutile de

préciser que le signe de la croix accompagnait aussi l’administration des autres

sacrements.

13 Ap. 14,1.

14 Saint Cyprien : “La lettre grecque Tau, notre T, est la forme de la croix que le prophète prévoyait que nousporterions sur notre front.” Adversus Marcionem, III, 22. Origène : “…la forme de la lettre Tau présentait une

ressemblance avec la figure de la croix, ce qui contenait une prophétie du signe que les chrétiens font sur leur front, car

tous les fidèles font ce signe en commençant toute action, particulièrement au début de la prière ou de la lecture de

l’Ecriture sainte.” Selecta in Ezechiel, c.III. -Dans le même sens : Jérôme, In Ezech., IX,4.

15 Cf. J. Daniélou, Le symbolisme cosmique de la Croix, La Maison-Dieu, 75, 1963.

16 Ainsi Quodvultdeus, évêque africain de IV ème siècle, écrit : “Vous n’êtres pas encore nés à nouveau par le baptême

, mais par le signe de croix, vous avez étés conçus dans le sein de l’Eglise.” Sur le Symbole, I,1.

17 “Le signe de croix avait une valeur durable, il semble que les fidèles le considéraient comme permanent, c’est du

moins ce que l’on peut induire de la réponse faite par le conscrit Maximilien au proconsul d’Afrique en 295 : “Dion ad

Maximilianum dixit : Milita et accipe signaculum, respondit : Non accipio signaculum, jam habeo signum Christi

domini mei…Dion ad officium dixit : Signetur, cumque reluctaret, respondit : Non accipio signum saeculi…non licet

mihi plumbum colloportare post signum salutare Domini mei Jesu Christi filii Dei.” D.A.C.L., H. Leclercq, Croix, t.

III, col. 3140.

18 Stromates 1, VI, 11.

19 Epist., LVIII n.9.

20 De Lapsis, c.II.

4

Les chrétiens avaient ainsi une claire conscience du fait que la croix était

le signe de leur consécration21. L’épitaphe d’Abercius (160-190?) parle des chrétiensde Rome comme du « peuple qui a le sceau brillant.22 » Ce sceau est le signe de la

croix glorieuse inscrit sur le front. Mais les disciples du Christ savaient qu’elle était

aussi l’arme défensive23, puissante24 et véritable25 de leur combat spirituel contre les

tentations démoniaques. C’est pourquoi ils ont aimé faire mémoire du salut reçu à

leur baptême en se signant sur le front avant leurs principales occupations. Un texte

gnostique, les Acta Ioannis (150-180), mentionne explicitement le signe de la croix26

appliqué sur le corps. Bien vite, cette signation a accompagné comme une

bénédiction et une protection27 chaque acte de la vie quotidienne28.

Mais le signe de la croix a aussi été compris comme un exorcisme, une

arme offensive pour mettre en fuite les démons et montrer la vanité de l’empire qu’ils

prétendent exercer sur ce monde29. Telle était l’expérience des martyrs : les démons et

les idoles païennes ne peuvent tenir devant la croix.

S’il en fallait une après tous les témoignages que nous venons de fournir,

c’est chez Théodoret de Cyr que l’on trouverait la preuve de l’attachement du peuple

21 Il semble même, d’après le bienheureux Augustin, que certains chrétiens d’Afrique du nord aient orné leur front dela croix, tatouée ou peinte. Cf. H. Rondet, La croix sur le front, Recherches de Science religieuse, 42 (1954), p. 388-

394. Cf. aussi Saint Pachôme qui ordonna à ses moines de porter “des cuculles sans poils semblables à celles que

portent les enfants sur lesquelles il prescrivit d’imprimer au fer une marque de pourpre en forme de croix.” Pallade,

Histoire Lausiaque, 32,3.

22 “Citoyen d’une ville distinguée, j’ai fait ce monument de mon vivant afin d’y avoir un jour une place pour mon

corps. Je me nomme Abercius, je suis disciple d’un saint pasteur qui fait paître ses troupeaux de brebis sur les

montagnes et dans les plaines, qui a de grands yeux, dont le regard atteint partout. C’est lui qui m’a enseigné les

écritures sincères. C’est lui qui m’envoya à Rome contempler la majesté souveraine, et voir une reine aux vêtements

d’or et aux chaussures d’or. Je vis là un peuple qui porte le sceau brillant (lampran sjrageidan econta)”. D.A.C.L.,

Abercius, t.1, col. 74.

23 “Si tu es tenté, signe-toi le front avec piété, car c’est là le signe de la Passion, connu et éprouvé contre le diable

pourvu que tu le fasses avec foi, non pour être vu des hommes, mais en le présentant avec habileté comme un bouclier.”

Hippolyte de Rome, Tradition Apostolique, S.C. 11 bis, Cerf, 1968, p. 135.

24 J. Daniélou, La charrue symbole de la croix, Recherche de Science Religieuse, T.42, 1954, p.201.

25 Car les païens accumulaient au cours de la journée, eux aussi, les signes destinés à conjurer le mauvais sort.

26 Acta Ioannis, ed. R.A. Lipsius-M. Bonnet, Acta apostol. apocrypha, II, 1, 1898.

27 Sévère de Gabala : “Un trésor non marqué du sceau est à la merci des voleurs, une brebis sans marque est à la merci

des embuches.” Sur le Baptême, PG, XXXI, 432 c. Amphiloque d’Iconium : “Comme la brebis sans pasteur est à lamerci des fauves et une proie toute préparée, ainsi l’âme qui n’a pas la sjragiV est à la merci des démons.”

Sur la

pécheresse, I, PG XXIX, 62b. Jean Chrysostome : “Et que nous soyons en voyage , à la maison, partout, la croix est

un grand bien, une armure salutaire, un bouclier inexpugnable contre le démon.” Hom. Philip., III,13.

28 Tertullien : “A chaque pas, à chaque mouvement, en rentrant et en sortant, en revêtant nos vêtements ou en mettant

nos chaussures, au bain, à table, quand on allume les lampes, en nous couchant, en nous asseyant, à toute occupation,

nous marquons nos fronts du signe de la croix.” De corona mil., c. III. Mêmes idées chez saint Cyrille de Jérusalem :

Catéchèses, XIII, 36. Enfin, saint Jean Chrysostome : “Ce signe de la croix, qu’autrefois tout le monde avait en

horreur, est maintenant si avidement recherché par tous, qu’on le retrouve partout : chez les gouvernants et chez leurs

sujets, chez les hommes et chez les femmes, chez les personnes mariées et celles qui ne le sont pas, chez les esclaves et

chez les hommes libres. Tous le tracent sans cesse sur la plus noble partie de la face humaine et le portent chaque jour

gravé pour ainsi dire sur leurs fronts comme sur un pilier. Le voici à la sainte table, à l’ordination des prêtres, il

resplendit avec le corps du Christ à la Cène mystique. Partout on peut le voir glorifié… Ainsi tout le monde recherche à

l’envi ce don merveilleux, cette grâce indicible.” Quod Christus sit Deus, P. G., t.XLVIII, col.826.

29 “Grégoire le Thaumaturge entrant dans un temple païen “purifie l’air souillé de miasmes par le signe de la croix.”

Grégoire de Nysse, Vie de Grégoire le thaumaturge, P.G., XLVI, 916 A.

5

chrétien à se signer et de la prégnance de cette habitude. Cet auteur nous rapporte

qu’au moment du danger, on vit Julien l’Apostat, se signer instinctivement30. Nous

pouvons, bien sûr, soupçonner Théodoret d’avoir un peu arrangé les choses. Il n’en

reste pas moins que nous avons là un témoignage supplémentaire de l’habitude

invétérée de se signer.

Le signe de la croix jusqu’aux VII-VIIIéme siècles.

On aura remarqué que, dans tous les passages cités, il est toujours

question de signer le front. On remarquera aussi le fait que la Tradition Apostolique

d’Hippolyte de Rome indique l’usage, dans la capitale de l’empire, d’une signation

précédée d’une forme de soufflement fait dans la main31, réitération par le fidèle del’exsufflation baptismale32. Cet usage paraît avoir connu une notable extension,

comme en témoigne une lettre de Julien l’Apostat, destinée à l’évêque de Pergame,

Pégase, apostat lui aussi. L’empereur le félicite parce qu » « il n’avait rien fait de ce que

les impies (comprenez : les fidèles chrétiens) ont coutume de faire, traçant sur leur

front l’emblème du blasphémateur (comprenez : le Christ), pas plus qu’il n’avait eu

pour lui (Julien) de sifflement dédaigneux, comme c’est leur usage, car en ces deux

actes consiste le plus haut degré de leur religion : adresser aux dieux des sifflements

et tracer la croix sur leur front.33 » Ainsi, sous l’empereur apostat, les chrétiensavaient conservé l’habitude, qui avait cours au temps des persécutions34 , de souffler

leur mépris du démon et des idoles et de se signer le front.

Si la signation du front était la pratique générale des premiers chrétiens,

elle ne fut pas cependant exclusive. En effet, au IIème siècle, les Odes de Salomon

ainsi que Justin font allusion à un signe de croix sur le visage. Sans doute s’agit-il là

d’une autre façon de faire mémoire du baptême. En effet, dès les premiers siècles, les

adultes candidats à l’Illumination faisaient l’objet de nombreux exorcismes dans

lesquels le ministre accompagnait ses adjurations soit de l’imposition des mains, soit

du signe de la croix tracé sur le front, les oreilles et les narines35. Nous entendrons

reparler de cette pratique au XIII ème siècle, en Espagne.

Le signe de croix était tracé avec le pouce ou avec un seul doigt. On voit

mal en effet comment, sur le petit espace du front, on pourrait se signer autrement.

D’ailleurs, les auteurs anciens qui décrivent l’acte de tracer le signe de la croix sur

30 H. E. III, III. Cf. aussi Greg. de Naz. Invect. 1,55.

31 Hippolyte de Rome, Tradition Apostolique, S.C. 11bis, p. 131, Cerf, 1968. Cf. la discussion de C. Vogel, art. cit., p.

41.

32 Tradition Apostolique, p. 79. Et non pas sputation. Cf. B. Botte, La sputation, antique rite baptismal?, in Mélanges

offerts à Mlle Ch. Morhmann, Utrecht, 1963, p. 196-201.

33 Julien, Opera, Ed. Hertlein, p. 604.

34 Cf. Martyrologe romain, 12 janvier : “Saint Saturus, martyr en Achaïe, lequel passant devant une idole, lui adressa

un sifflement, en même temps qu’il se signait le front ; l’idole s’écroula aussitôt, c’est pourquoi il fut décapité.”

35 Tradition Apostolique, 20, ed B. Botte, S.C.11 bis, p. 79-81. Au III ème siècle, un graffito en donne un autre

témoignage. Cf. Carcopino, de Pythagore aux apôtres, Paris, 1956, p. 94.

6

certains objets, indiquent assez souvent qu’on se sert pour cela d’un seul doigt36. Il

nous paraîtrait, en la circonstance, plus naturel de se servir de la main tout entière,

mais tel n’est pas le cas. On peut en inférer que, s’il en est ainsi, c’est que l’on avait

l’habitude de se signer soi-même de cette façon. Si l’on se souvient, en outre, du fait

que le signe de la croix évoquait d’abord le sceau baptismal accompli par le ministreavec un doigt37, on comprend que sa réitération par le fidèle ait conservé la même

forme. Enfin, il semble que l’acte d’imprimer un sceau, de tracer ou d’inscrire,

s’exprime plus adéquatement par une action du doigt que par celle de la main.

Le signe de la croix constituant un puissant exorcisme, l’usage de le

tracer sur des objets a été, dès les premiers temps, aussi familier aux chrétiens que

celui de se signer eux-mêmes. Tertullien parle d’une femme chrétienne qui signe son

lit avant de se coucher comme d’une chose tout à fait naturelle38, et les citations faites

plus haut montrent que les chrétiens l’appliquaient sur la plupart des objets dont ils se

servaient.

La piété populaire tendit à faire du signe de croix un usage fréquent. On

les multipliait sur soi. Ce n’est sans doute pas par hasard qu’Hippolyte de Rome

donnait à ses lecteurs la précision suivante : « En te signant…ton corps est sanctifié

jusqu’aux pieds.39 » Malgré ce rappel à la sobriété, on trouve au IVème siècle, le geste

de signer le front, la bouche et le coeur40, usage que l’on retrouve dans la littératurespirituelle

41 et qui s’est conservé jusqu’à nos jours, tant pour les prêtres que pour les

fidèles, au cours de la liturgie latine, avant la lecture de l’Evangile.

Saint Ambroise de Milan est le théoricien d’une autre pratique. Nous

remarquerons que, dans son explication du geste, il est moins fait référence à

l’expérience baptismale qu’à une exigence morale de l’existence chrétienne. Peut-être

sommes-nous là les témoins d’une évolution qui n’est pas sans conséquences. »Nous

avons le signe de la croix sur notre front, sur notre coeur et sur nos bras : sur notre

36 Epiphane parle d’un saint homme qui sanctifiait de l’eau “en faisant, sur le vase, avec son doigt, le signe de la

croix.” (staurou sjagida dia tou idiou daktuliou) Adv. Haeres., XXX, 12. Sozomène, un demi-siècle plus tard, raconte

commen l’évêque Donat “fit avec son doigt le signe de la croix en l’air et cracha sur le dragon.” Hist. Eccles., VIII, 28.

Jean Moschos nous apprend comment l’évêque Julien, fit trois fois avec son doigt le signe de la croix sur une coupe

empoisonnée qu’il but ensuite sans dommage. “sjragidaV triton to pothrion tw daktulw autou”. Pré spirituel, c. XCIV.

Grégoire le Grand rapporte le récit suivant : “Le serviteur de Dieu Martyrius fit avec son doigt le signe de la croix sur

des pains qui cuisaient dans la braise et lorsqu’on les retira, ils étaient marqués de l’emblème de la croix que le

boulanger avait oublié de tracer.” Dialogues, I. II, P.L.,t. LXXII, col. 212.

37 Il est loisible, aussi, de se demander si cette façon de procéder n’aurait pas quelque relation avec la manière dont

l’Ancien Testament prescrit au prêtre de faire avec un doigt (l’index) l’onction d’huile pour la purification des lépreux.

Lev.14,16 et 27.

38 Ad Uxorem II, 5 : “cum lectulum tuum signas.”

39 Hippolyte de Rome, ibid., p. 131.

40 Prudence : “Quand, appelé par le sommeil, tu gagnes ta chaste couche, aie soin que le signe de la croix marque tonfront et ton coeur.” (Prudentius, Cathem. VI) Gaudence de Brescia formule le conseil complet : “Que la parole de Dieu

et le signe du Christ soient sur ton coeur, sur tes lèvres, sur ton front, soit que tu te mettes à table, soit que tu ailles au

bain, soit que tu prennes ton repos, que tu sortes, que tu entres, en temps de joie comme en temps de tristesse.”

(Gaudentius, De lect. evang., P.L., t. XX, col. 890).

41 Par exemple, Sophrone de Jérusalem, Vie de sainte Marie l’Egyptienne.

7

front, parce que nous devons toujours confesser Jésus-Christ ; sur notre coeur, parce

que nous devons toujours l’aimer ; sur nos bras parce que nous devons toujourstravailler pour lui.

42« 

Il est possible que cette tendance à multiplier sur soi les petits signes de

croix ait pu conduire à des modifications dans la manière de se signer soi-même.

Ainsi, l’usage dont témoigne saint Ambroise de Milan de faire quatre croix, sur le

front, le coeur et les bras (on comprend difficilement autre chose que les épaules)

peut bien avoir été la préfiguration du grand signe de croix que nous connaissons et

qui tendra à remplacer tous les autres. La Vie de sainte Nino, illuminatrice de

l’Arménie, écrite au VIII ème siècle, montre que cette façon de faire lui était

familière43.

Ces évolutions locales qu’attestent les divers témoignages que nous

venons d’évoquer, vont se cristalliser aux VII-VIII ème siècles à l’occasion de la crise

monophysite et monothélite, objet d’intérêt théologique passionné. En effet, pour

protester contre les hérétiques monothélites qui donnaient au fait de n’user que d’un

seul doigt pour se signer, le sens d’une attestation publique de leur cacodoxie, les

orthodoxes firent la croix avec deux doigts, manifestant ainsi leur foi dans les deux

natures et les deux volontés du Christ. C’est sous cette forme que le signe de la croix

passa aux slaves et qu’il y fut conservé jusqu’à la réforme du patriarche Nikon

(1652)44.

La manière de se signer apparaît ainsi complètement coupée du fait

baptismal en tant que tel. La signation est devenue une protestation d’orthodoxie.

Cela permet de comprendre que les fidèles aient préféré l’accomplir de façon bien

visible, ce qui supposait un geste bien plus large qu’une petite croix sur le front. Un

unique grand signe de croix sur le corps, à la manière ambrosienne, remplaça les

multiples petits.

Cette manière nouvelle de comprendre la signation, comme geste

attestant la foi juste, permet aussi de saisir pourquoi, une fois la querelle monothélite

apaisée, l’église grecque introduisit l’usage de se signer avec trois doigts en l’honneur

de la sainte Trinité. Sans doute exprimait-on là le sentiment, par un retour à la

tradition originelle, que l’identité du chrétien trouvait sa source et sa densité dans sa

relation à la Trinité sainte, puisqu’il était baptisé « Au nom du Père et du Fils et du

Saint-Esprit. » Car il est fort probable que dès l’antiquité, bien que nous n’en ayons

42 Ambroise, Vie d’Isaac

43 A propos d’un miracle qu’elle opéra en rendant la santé à la reine du pays, il est écrit : “Saint Nino se mit à

prier…Ensuite elle prit sa croix et en toucha la reine à la tête, aux pieds et aux épaules, en faisant le signe de la croix ;

et aussitôt la malade fut guérie.” Voir Studia Biblica, t. V, p. 32. Cf. M. Tamarati, l’Eglise géorgienne, Rome, 1910,

p.187 et sv.

44 “Prétextant que l’Eglise russe doit aligner ses usages sur ceux de l’Eglise grecque, jugés plus vénérables parce que

plus anciens, Nikon impose toute une série de réformes, commençant par interdire de se signer avec deux doigts pour

adopter le signe avec trois doigts, conforme à la pratique grecque. Cette interdiction…jette le trouble dans tout le pays.”

B. Marchadier, Raskol, D.S., t.XIII, col.128.

8

aucun témoignage, certains aient accompagné leur signation de la formule

baptismale45. Cette manière de se signer à trois doigts deviendra progressivement

générale. Elle sera commune à l’orient et à l’occident, comme nous le verrons plus

loin, au début du douzième siècle.

Le grand signe de croix en Occident.

Tout donne à penser que si le grand signe de croix était d’un usage

courant en orient à partir du VIII ème siècle, il était aussi connu en occident bien que

nous n’en trouvions pas de témoin avant la seconde partie du XII ème siècle. En effet,

si le chroniqueur qui rapporte la mort de Charlemagne a une formule bien vague pour

le décrire46, nous trouvons, par contre, toutes les précisions souhaitables dans le livreanglais intitulé Ancren Riwle (écrit vers 1160) où l’auteur dispense des conseils aux

recluses, notamment sur les dévotions à pratiquer avant de prendre leur repos :

« Dites : Christus vincit +, Christus regnat +, Christus imperat +, en

faisant trois croix avec le pouce sur le front ;

ensuite : Ecce crucem + Domini, fugite partes adversae : Vicit leo detribu Juda, radix David, Alleluia

. (Une grande croix, comme à Deus in adjutorium

meum, en disant Ecce crucem Domini) ;ensuite quatre croix aux quatre cotés

47, en disant ces quatre autres

phrases : Crux + fugat omne malum. / Crux + est reparatio rerum. / Per crucis hujussignum

+ fugiat procul omne malignum. / Et per idem signum + salvetur quodque

benignum. Enfin signez-vous vous-mêmes et aussi votre lit : In nomine Patris et Filiiet Spiritus Sancti. Amen

. »

Nul doute que la grande croix comme à Deus in adjutorium48 ne soit legrand signe de croix que nous connaissons

49. Nous constatons qu’en Occident, au

moins jusqu’au XIIIéme siècle, les formes de la dévotion mêlaient le grand signe de

croix à d’autres petits, faits à la manière antique sur certaines parties du corps, en

guise de protection, et d’autres enfin tracés en l’air pour éloigner les esprits mauvais.

Il n’en reste pas moins que le grand signe de croix, du front à la poitrine

et aux épaules, a acquis progressivement une place prépondérante, accompagné qu’il

45 Cette probabilité se fonde sur le fait que la Tradition Apostolique prescrivait aux prêtres et aux évêques : “En toutes

bénédictions, qu’on dise : Gloire à Toi, Père et Fils avec le Saint-Esprit dans la sainte Eglise, maintenant et toujours et

dans les siècles des siècles, Amen!” Hippolyte de Rome, Tradition Apostolique, S.C. 11bis, Cerf, 1968, p. 55.

46 “Etendant sa main droite avec le peu de force qui lui restait, il imprima le signe de la sainte croix sur son front et sur

sa poitrine, et signa tout son corps.”-“Extensa manu dextera virtute qua poterat signum sanctae crucis fronti imprimens

et super pectus et omne corpus consignavit.” (P.L., CVI, col. 410).

47 On pourrait en effet penser que les quatre croix sur les quatre côtés sont faites aux quatre points cardinaux, et ce,

d’autant plus, qu’il s’agit d’invoquer la protection de la croix contre le mal et de mettre en fuite le démon qui, comme

le dit l’office latin des complies, “circuit quaerens quem devoret.” (1P.5,8).

48 Ce verset de psaume sert de bénédiction initiale à l’office des heures dans la liturgie latine.

49 Un autre passage du même livre nous le confirme par une description plus détaillée : “Levez-vous et dites Domine

labia mea aperies, et faites le signe la croix sur votre bouche avec le pouce, et au Deus in adjutorium meum faites une

grande croix avec les trois doigts depuis le haut du front jusqu’au bas de la poitrine.”

9

était, à l’occasion, de l’invocation de la sainte Trinité, comme nous venons de le voir

plus haut.

La manière de se signer en Occident.

Aelric, un auteur d’homélies, écrites vers 1100, indique à ses auditeurs

que « l’on doit se signer avec trois doigts à cause de la sainte Trinité. »

Voici comment le pape Innocent III50 s’exprime à ce sujet : « Le signe de

la croix doit se faire avec trois doigts, parce qu’on le trace en invoquant la Trinité,

dont le prophète dit : Il a soutenu sur trois doigts la masse de la terre51. Il est tracé de

haut en bas, et est ensuite coupé de droite à gauche, parce que Jésus-Christ est

descendu du ciel en terre et a passé des Juifs aux Gentils. Certains, cependant, font le

signe de la croix de gauche à droite, parce que nous devons passer de la misère à la

gloire, tout comme le Christ a passé de la mort à la vie, et du séjour des ténèbres au

paradis…52« 

Quelques années plus tard, un évêque espagnol, Luc de Tuy, écrit : « une

question se présente concernant le signe de la croix, si, lorsque les fidèles font le

signe de la croix sur eux-mêmes ou sur d’autres, la main doit se diriger de gauche à

droite ou de droite à gauche. A quoi nous répondons, selon ce que nous croyons et

tenons loyalement, que les deux méthodes sont toutes deux bonnes, toutes deux

saintes, toutes deux aptes à surmonter la puissance de l’ennemi ; pourvu seulement

que la dévotion du chrétien en fasse usage avec la simplicité catholique. Toutefois,

voyant que plusieurs s’efforcent, dans leur présomption, de supprimer l’une de ces

deux méthodes, et soutiennent que l’on ne doit pas faire passer la main de gauche à

droite, selon ce que nous avons appris de nos pères, nous allons dans une intention

charitable, dire quelques mots à ce sujet. En effet, lorsque Notre Seigneur Jésus-

Christ, pour racheter le genre humain, bénit miséricordieusement le monde, il vint à

nous du Père, il vint dans le monde, il descendit, à gauche pour ainsi dire, aux enfers

; et, montant aux cieux, il est assis à la droite de Dieu. Or, voila précisément ce que

tout fidèle chrétien semble retracer, lorsque, signant sa face du signe de la croix, il

élève trois doigts étendus à la hauteur de son front en disant : In nomine Patris, les

abaisse ensuite jusqu’au menton en disant : et Filii, les porte alors sur la gauche endisant :

Et spiritu sancti, et enfin sur sa droite en prononçant : Amen53« 

Outre la particularité propre aux espagnols de signer leur visage selon

l’antique tradition dont nous avons parlé plus haut, on aura noté le fait que les deux

textes cités sont d’un esprit bien différent. Le premier semble considérer qu’il est

normal de se signer de droite à gauche (sans pour autant déprécier ou interdire l’usage

50 Lothaire de Segni, pape (8 jan.1198-16 juillet 1216). Etudes à Paris, élu à 37 ans, remarquable par sa diplomatie.

51 Is 40, 13.

52 Innocent III, De sacro altaris mysterio, I, II, chap. XLV.

53 Lucas Tudensis, De altera vita, Adversus albigentes, I. II, chap. XV.

10

inverse dont l’auteur ne dit pas comment il s’est introduit). Innocent III se contente

d’attribuer une signification spirituelle différente aux deux manières de faire.

La seconde citation, par contre, loue les deux manières de faire, mais il

est montré que ceux qui les pratiquent ne coexistent plus pacifiquement : les tenants

de la manière ancienne (sans doute devenus à ce moment minoritaires) sont dénoncés

comme ayant une attitude offensive à l’égard de ce qui est, de fait, une innovation54,

mais qui doit être assez ancienne pour que Luc de Tuy la considère comme la

tradition reçue de ses pères. Indiquant sa préférence, il attribue à cet usage, et à cet

usage seulement, une signification spirituelle semblable à celle que l’on trouve chez

Innocent III.

Nous pouvons donc dire que, dans la manière de se signer, une lente

évolution s’est accomplie en occident du VIII ème au XIII ème siècle. L’innovation

de se signer de gauche à droite devenant peu à peu l’usage courant sans que la

hiérarchie s’en alarme. On peut même dire que la signation de droite à gauche, si elle

est souvent mentionnée sans être blâmée, n’est pour autant jamais positivement

recommandée.

Comme nous venons de le dire, les tenants de la pratique ancienne

étaient très minoritaires au XIII ème siècle. Par la suite leur nombre déclina encore

au point que certains liturgistes du XIV ème55 et du XVI ème siècle56, tout en

affirmant l’antiquité et la dignité de l’ancienne manière de faire, pratiquaient euxmêmes

la nouvelle.

On aura remarqué que, dans tous les textes cités, le grand signe de la

croix se fait avec les trois doigts. On s’est demandé à quelle date l’usage occidental de

se signer à main ouverte s’était introduit. Dom S. Baümer57 affirme que l’influence

des Bénédictins et de leurs missionnaires introduisit cette manière de faire au VIII

ème siècle. De son coté H. Leclercq affirme : « Dans l’église latine, un changement

s’opéra au XIII ème siècle et on adopta l’usage moderne qui consiste à tenir la main

ouverte, tous les doigts joints…58 » Nous serions bien en peine de départager les deux

54 Il nous faut, là encore, avouer notre ignorance de la cause de cette innovation. Nous avons vainement cherché un

fondement historique aux explications qui ont cours dans certains milieux scolaires orthodoxes (les barbares du VIII

ème siècle se seraient signés de gauche à droite en suivant des yeux les missionnaires qui les bénissaient de droite à

gauche).

55 Archidiaconus (Guy de Bayso), Rosarium sur le Decretum Gratiani, glose sur la pars prima, Dist. XI, can.5,

Ecclesiasticarum.

56 “Et quoiqu’il y ait une grande controverse entre des auteurs renommés pour savoir si l’on doit toucher l’épaule

gauche avant l’épaule droite (ce qu’affirment une glose en ma possession et un cardinal de très grande autorité) ; ou au

contraire l’épaule droite avant l’épaule gauche (ce que soutiennent l’Archidiacre, Dominique et un autre cardinal) ;

pour ma part, je me range à l’avis de la glose, et c’est ainsi que je fais moi-même et que font beaucoup d’autres, ce que

l’Archidiacre reconnaît également. Toutefois je suis loin de regarder la pratique opposée comme mauvaise; car ni l’une

ni l’autre ne sont prescrites ni défendues par aucune loi humaine ou divine, et il y a de bonnes raisons en faveur de

l’une et de l’autre, comme je l’ai déclaré dans mes leçons à Salamanque sur cette glose, et que je l’ai consigné par

écrit.” Navarre (Martin Azpilcueta), Commento o repeticion del capitulo “Quando”, De Consignatione, Dist. I,

Coïmbra, 1550, p.420.

57 Kirchenlexikon, T. VII, col.1138.

58 D.A.C.L., Croix, t.III, 2, col.3143.

11

savants auteurs. Après tout, cette manière de faire a peut-être commencé comme le

décrit Dom. Baumer, mais de façon moins universelle qu’il ne le prétend, et ne s’est

propagée que lentement jusqu’à devenir majoritaire au cours du treizième siècle. Cela

expliquerait pourquoi ni Photios ni Michel Cérulaire ne reprochent cette pratique aux

latins. Il ne leur en sera fait grief que dans la seconde partie du XI ème siècle59. En

dépit de cela, Innocent III et Luc de Tuy recommandent la signation à trois doigts et

ne signalent pas la pratique à main ouverte.

Quant à la raison pour laquelle s’est introduite cette pratique, nous

l’ignorons. Et il semble bien que les bénédictins du XIV ème siècle (si leurs

prédécesseurs sont bien les initiateurs de cette coutume) en avaient eux-mêmes perdu

la mémoire puisqu’ils prescrivaient aux novices de procéder à la manière ancienne,

avec les trois doigts60.

Pour en finir.

L’histoire de la signation ne s’arrête pas, bien sur, au XIV ème siècle.

Même si les règles générales de son accomplissement sont désormais fixées dans des

traditions différentes en orient et en occident, dans chacune d’elles, la piété des

fidèles ou leur tempérament national n’a pas manqué de les assortir de quelque

originalité. Il n’est pas ici question de porter un jugement sur ces pratiques, mais de

constater qu’elles existent. C’est ainsi qu’en occident nous voyons, par exemple, dans

les pays de culture hispanique de curieux développements qui méritent d’être

rapportés61 : « Le pieux espagnol fait d’abord avec le pouce un petit signe de croix sur

son front, ses lèvres et sa poitrine, en disant : Par le signe + de la sainte croix, de nos

+ ennemis libère nous, Seigneur + notre Dieu. Vient alors la grande croix, faite avec

ampleur, la main descendant bien au-dessous de la poitrine,accompagnée des paroles:

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen….Enfin d’après l’usage…l’enfant

espagnol, et aussi de nombreux adultes, ajoutent une petite cérémonie qui, pour le

spectateur semble consister en ce qu’ils baisent leur pouce. En réalité, c’est l’acte de

baiser la croix sommairement formée en plaçant le pouce croisé sur l’index… »

Les églises orthodoxes montrent, elles aussi, de notables différences, et

cela au point que, à la manière de se signer, on peut reconnaître la nationalité des

59 Le traité anonyme “Contra francos” attribué à tort au patriarche Photios, fut traduit en latin au XII ème siècle par

Hugues Ethérien et énumère 28 accusations contre les pratiques latines dont deux nous intéressent : “En entrant dans

l’église, ils (les latins) se prosternent la face contre terre pour prier, ensuite, faisant la signe de la croix avec un seul

doigt, ils se relèvent et achèvent leur prière de cette façon.” “Ils se signent avec leurs cinq doigts, je ne sais trop

comment et ils se signent ensuite la face avec le pouce.” M. Jugie, Theologia dogmatica christianorum orientalium, t.

1, p. 367-372.

60 A. Boudinhon, dans l’article cité, signale ce paradoxe : Un recueil bénédictin du XIV ème siècle provenant de

l’abbaye de Canterbury, enseigne aux novices à se signe ainsi : “Qu’alors le maître des novices apprenne à chacun

d’eux à faire le signe de la croix, qui est tracé avec les trois premiers doigts de la main droite, directement du sommet

de la tête quasi jusqu’aux pieds, et de l’extrémité de l’épaule gauche jusqu’à celle de l’épaule droite.” Consuetudinary

of St Augustine’s, Canterbury, I, p. 402, H. Bradshaw Society.

61 Cf. A. Boudinhon, art. cit., p.35.

12

fidèles. L’immense signe de croix russe accompagné d’une profonde inclinaison du

corps diffère autant du triple petit balayage pectoral grec conclu par un coup sur la

poitrine que du signe de croix latin.

On l’aura compris. Nous n’avons pas à juger des pratiques qui relèvent de

la piété particulière des fidèles et du génie de leur peuple, mais à vérifier nos propres

usages. Si, par habitude, ils ont dégénéré en simples signaux de reconnaissance

confessionnels ; si, par peur, ils se sont dévoyés en rituel magique, il nous reviendra

de nous convertir à notre propre baptême et de retrouver en lui la puissance de

l’amour vivant qui donne l’énergie à nos signes de croix. Mais cette question

spirituelle et pastorale déborde le cadre étroit de notre essai.

Au courageux lecteur qui a eu la patience de nous suivre jusqu’ici, il ne

nous reste plus qu’à conseiller vivement ce que l’Ancren Riwle prescrivait aux

recluses pour le temps de leur repos : « Au lit, autant que vous le pouvez, ne faites

rien, ne pensez à rien, mais dormez . »

B i b l i o g r a p h i e .

D.A.C.L., H. Leclercq, Croix, t.III, 2.The encyclopedia of religion, Cross (J. Ries), t.IV, 1987.

B.Bagati, Osservatore Romano, 6 août 1960.

P.Bernardakis, Le culte de la croix chez les grecs, Echos d’orient, V, 1901, p.194 et sv.B. Botte,

Un passage difficile de la tradition apostolique sur le signe de la croix, RAM 27,1960, p.

5-19.

A.Boudinhon, Sur l’histoire du signe de la croix, Revue du clergé français, t.72, 1912.

J. Carcopino, De Pythagore aux apôtres, Paris, 1956.J. Danielou,

La charrue symbole de la croix, Recheches de Science Religieuse, t.42, 1954.

J. Danielou, Les symboles chrétiens primitifs, Seuil, 1963.J. Danielou,

Les manuscrits de la mer morte et les origines du Christianisme, Paris, 1957.

J. Danielou, Le symbolisme cosmique de la Croix, La Maison Dieu, 75, 1963.P. Erny,

Le signe de la croix chez Tertullien, Présence Orthodoxe, 1988, 79, p.19-28.J. Hani, Le signe de la croix, in J. Ries : Le symbolisme dans le culte des grandes religions.

Louvain la neuve, Centre d’histoire des religions, 1985, Homo religiosus.

A. M. Roguet, Du signe de la croix et de son bon usage, RAM 27, 1960, p. 144-150.H. Rondet,

La croix sur le front, Recherches de science religieuse, 42, 1954.M. Sulzberger, Le symbole de la croix et les monogrammes de Jésus…, Byzantion, II, 1925, p.362

et sv.

M. Tamarati, l’Eglise géorgienne, Rome, 1910.C. Vogel,

La signation dans l’Eglise des premiers siècles, La Maison-Dieu, 75,1963.

13

G. Zapata, Del olvidio de la cruz a su presencia en la historia, Theologica Xaveriana, col. 1986,n°81, p. 405-422.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 10 juin, 2010 |Pas de commentaires »

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