Archive pour le 3 mars, 2010

DÉCRET DU CONCILE DE VIENNE1 (1311)

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DÉCRET DU CONCILE DE VIENNE1 (1311)

Parmi les soucis qui chargent nos épaules, nous nous préoccupons sans cesse de pouvoir

amener ceux qui errent dans la voie de la Vérité et de les gagner à Dieu avec l’aide de sa grâce :

voilà ce que nous recherchons avec passion, ce à quoi nous appliquons avec soin le désir de notre

âme et ce sur quoi nous veillons avec un zèle appliqué et une application zélée. Nous ne doutons

pas que pour la réalisation d’un tel désir l’exposé de l’enseignement divin ne soit convenable et sa

fidèle prédication tout à fait opportune. Mais nous n’ignorons pas que cet enseignement s’avance

sans force et revient sans effet, s’il est présenté à des oreilles qui ignorent la langue de celui qui

parle. C’est pourquoi imitant l’exemple de celui dont nous tenons indignement la place, qui voulut

que les Apôtres destinés à évangéliser l’univers soient instruits en tous genres de langues par des

hommes catholiques ayant la connaissance des langues dont se servent les Infidèles, nous désirons

vivement que la Sainte Eglise possède en abondance des hommes qui connaissent les Infidèles eux

mêmes, puissent leur donner la formation sacrée et les agréger au Collège des Chrétiens par

l’enseignement de la foi et la réception du baptême. En conséquence pour que la connaissance de

telles langues puisse être obtenue par un enseignement efficace, avec l’approbation du saint concile,

nous décidons de créer des écoles pour les langues énumérées ci-dessous partout où il arrivera que

réside la Curie romaine, en outre dans les studia de Paris, d’Oxford, de Bologne et de Salamanque,

ordonnant que dans chacun de ces lieux se trouvent des hommes catholiques possédant une

connaissance suffisante des langues hébraïque, arabe et chaldéenne, deux pour chaque langue, qui

gouvernent ces écoles, traduisent les livres en latin, enseignent avec soin ces langues, déversent

dans leurs élèves leur connaissance de ces langues par un enseignement zélé, de telle manière que

leurs élèves formés et instruits suffisamment en ces matières puissent avec la grâce de Dieu

produire le fruit espéré et propager la foi salutaire dans les peuples infidèles. Pour le salaire et les

dépenses de ces maîtres nous voulons qu’il soit pourvu de la manière suivante : ceux qui enseignent

au siège de la Curie romaine le recevront du Siège apostolique, ceux qui enseignent dans le studium

de Paris du Roi de France, ceux qui enseignent dans les studia d’Oxford, de Bologne et de

Salamanque des prélats, monastères, chapitres, couvents et collèges exempts et non exempts et

recteurs d’église des pays respectifs, en imposant à chacun une contribution suivant ses ressources,

tous privilèges et exemptions contraires ne pouvant faire obstacle, sans que toutefois un préjudice

puisse leur être fait dans tous les autres cas.

COMMENTAIRE

Les Clémentines

Le recueil des décrétales de Clément V et des canons du concile de Vienne constitue le liber

septimus du Corpus juris canonici. La composition de ce recueil pose un certain nombre de

problèmes. Tout d’abord, il est difficile de repérer parmi les décrétales les décisions prises à coup

sûr par le concile : le cas le plus clair est représenté par la mention « sacro approbante concilio »,

mais il est probable qu’on doit y ajouter nombre d’autres décisions dépourvues de cette indication.

Comme d’autre part, on ne possède pas les actes officiels du concile, on en est réduit sur ce point à

des conjectures. En second lieu, ce recueil ne fut pas publié par Clément V lui-même. Sans doute,

ce Pape fit lire le début du recueil à un consistoire tenu en mars 1314, ce qui équivalait à une

promulgation officielle, mais le liber septimus ne devait avoir force de loi qu’après avoir été envoyé

aux Universités. Or, Clément V mourut avant cette formalité eut été faite. Elle échut donc à son

successeur Jean XXII qui remania légèrement l’oeuvre de Clément V et enfin le fit connaître aux

Universités. A travers tant de vicissitudes, il est difficile de retrouver le texte primitif des canons du

1 inséré dans les Clémentines, lib. V, tit. 1, De magistris c. 1.

1

concile et d’autre part, la première rédaction du recueil.

Le concile de Vienne

Ce concile fut convoqué par le Pape Clément V le 12 août 1308. Son ouverture d’abord fixée

au 1er octobre 1310 fut ensuite reportée au 1er octobre 1311. Ce long délai s’explique par la

nécessité de recueillir les rapports des commissions pontificales qui enquêtaient sur l’ordre du

Temple considéré en tant qu’ordre.

Ce concile se rattache étroitement au conflit de Boniface VIII et de Philippe le Bel. Il était

prévu dans le plan de Nogaret : il devait juger le Pape hérétique et simoniaque que le Roi de France

dans sa vigilance pour l’Eglise aurait au préalable arrêté. Boniface meurt, Philippe le Bel et Nogaret

continuèrent à réclamer le concile pour juger sa mémoire.

En fait, ce concile changea très vite de signification dans la pensée de ses promoteurs euxmêmes.

Tout en continuant à parler du procès de Boniface VIII, Philippe le Bel à partir de 1307

recherchant avant tout la suppression de l’ordre du Temple, et ce procès, que Clément V redoutait

par dessus tout, lui servait de moyen de chantage. On peut donc observer l’effacement progressif de

la question du procès de Boniface VIII au profit de l’affaire du Temple. La bulle de convocation

« Regnans in coelis » prévoit trois points au programme du concile : le procès de l’ordre du Temple,

la Réforme de l’Eglise et la Croisade. Le procès de Boniface VIII était nettement séparé du concile

et devait s’instruire en présence du Pape lui-même. Ce procès s’instruisit effectivement en 1309-

1310, mais très visiblement il n’était plus pour le Roi qu’un moyen de pression pour le Pape.

Finalement, un accord se conclut durant l’hiver 1310-1311. Philippe renonça officiellement à ces

accusations sous condition pour le Pape d’imposer au concile la condamnation de l’ordre du Temple.

Tout ceci explique qu’au cours du concile, il ne fut nullement question de Boniface VIII, alors qu’à

l’origine il avait été dirigé contre lui.

Un contraste existe entre la durée du concile, 8 mois et le nombre de ses sessions, 3

seulement (16 octobre 1311, 3 avril 1312 et 6 mai 1312) ; c’est que le concile travailla par

commissions, elles-mêmes divisées en sous-commissions. Autant qu’on puisse s’en rendre compte,

l’idée de nation joua un rôle dans ces travaux préliminaires. On s’aperçoit d’une double

ressemblance avec les grands conciles du XVe siècle de Bâle et de Constance.

Croisade et mission

A – Croisade

La question de la Croisade avait été inscrite au programme du concile, mais en fait elle n’y

tint que peu de place et tous les efforts tentés en ce sens aboutirent à un lamentable échec. Pourtant,

certaines conditions favorables existaient au début du XIVe siècle : les bases de Chypre et de

Rhodes, la possibilité d’une alliance avec les Mongols ; d’autre part, les nombreux mémoires qui

furent alors consacrés aux croisades par des Evêques, des Princes d’Orient, les grands maîtres des

ordres militaires, les légistes de Philippe le Bel attendaient l’emprise que cet idéal conservait sur les

esprits – mais que d’obstacles sur la route de ce projet. Tout d’abord, on peut se demander si

Philippe le Bel et Clément V croyaient sérieusement à la croisade dont ils ne cessaient de parler :

leur conduite à la suite du concile de Vienne autorise à élever ce doute. Ensuite, le Roi d’Aragon

prônait une croisade restreinte contre le royaume de Grenade ; enfin, la croisade se compliquait

d’une opération préliminaire contre l’Empire grec de Constantinople au profit de l’héritier des droits

de l’Empereur latin, qui n’était autre que le frère du Roi de France. Ajoutons à cela la politique

intéressée des villes d’Italie, dominée par le commerce, qui n’hésitaient pas à vendre aux musulmans

même des produits nécessaires à la guerre.

2

Finalement, au concile, le Pape annonça que le Roi de France allait prochainement prendre

la croix et les Evêques décidèrent la perception d’une décime pendant six années. Ces résultats

étaient illusoires. Philippe le Bel retarda d’abord sa prise de croix jusqu’au 3 juin 1313, reculant

d’autant la date de son départ qui devait se faire dans les six années à venir. D’autre part, le Pape,

montrant la plus regrettable légèreté, abandonnait au Roi pour ses besoins personnels la décime

prévue pour les quatre premières années. La mort de Philippe le Bel porta le coup définitif au projet.

Ses fils s’étaient croisés avec lui, ils parlèrent eux-aussi de préparer une croisade, perçurent des

décimes, nommèrent un capitaine général des armées de la croisade. Mais rien ne sort de tout cela.

B – Les missions

Le mouvement des missions est diamétralement opposé à celui des croisades. C’est la

conquête pacifique en face de la conquête militaire. Ce mouvement – au moins en ce qui concerne

les pays musulmans et l’Extrême Orient – est créé au XIIIe siècle. Les deux grands fondateurs

d’ordres, Saint François et Saint Dominique, eurent des pensées missionnaires. Saint François en

1219 repartit entre ses frères les premières missions musulmanes et lui-même part pour la Palestine

avec les croisés ; il assiste à la prise de Damiette par le Roi de Jérusalem Jean de Brienne et veut

compléter cette oeuvre militaire par la conversion du Sutant d’Egypte Malek-el-Kamel. Son

entrevue avec le Sultan n’eut aucun succès, il n’obtint même pas de pouvoir discuter avec les

docteurs musulmans qui se dérobèrent et fut congédié. L’accueil avait été cependant

remarquablement bienveillant du côté musulman.

Saint Dominique lui-aussi a en vue dès 1217 des missions chez les Païens et les Sarrazins et

ces premiers successeurs à la tête de l’ordre Jourdain de Saxe2, Humbert de Romans3, hériteront de

ses préoccupations. Jourdain de Saxe organise la province dominicaine de Terre Sainte et Humbert

de Romans adresse à ses religieux des appels émouvants en faveurde l’apostolat lointain.

Les deux plus grands noms du mouvement missionnaire en pays musulman furent au XIIIe

siècle le Dominicain Raymond de Pennafort4 et le tertiaire franciscain Raymond Lulle5. Ce qui fait

leur importance, c’est moins l’action apostolique directe du second – il trouva le martyre à Bougie

au terme de l’existence la plus mouventée – c’est le principe commun aux deux de la nécessité d’une

formation intellectuelle particulière pour pouvoir se consacrer aux missions, en particulier nécessité

de connaître les langues orientales. C’est ainsi que grâce à Raymond de Pennafort les Dominicains

possédèrent plusieurs collèges spéciaux où les futurs missionnaires apprenaient l’hébreu et l’arabe.

On signale de ces écoles à Tunis, et à Murcie, en terre musulmane et plus tard à Valence, à Xativa

(Catalogne) et Barcelone en terre chrétienne. Raymond Lulle se fit l’apôtre inlassable de ces écoles

de langues orientales. Il avait commencé par prêcher l’exemple. Après s’être converti è c’est-à-dire

2 Jordain, ou Jourdain de Saxe (aussi appelé Jourdan de Saxe, Gordanus, Giordanus ou Jordanus de Alamaia),

né vers 1190 et mort en 1237, diacre allemand, membre de l’ordre des Prêcheurs et maître général de ce même ordre

de 1222 à sa mort.

3 Humbert de Romans est né à Romans dans le diocèse de Vienne, vers 1194. En 1215 il est étudiant à Paris. En

1224, il entre chez les dominicains, et enseigne la théologie à l’école de l’Ordre à Lyon en 1226, avant d’en devenir

le prieur de 1236 à 1239. Il est élu provincial de la province de Rome en 1240, puis de la province de France en

1244 qu’il gouverne jusqu’en 1254, date à laquelle il est élu Maître Général de l’Ordre des Prêcheurs lors du

chapitre général de Budapest. En 1263, lors du chapitre général de Londres, il renonce à ses fonctions pour se retirer

au monastère de Valence où il décède probablement le 14 juillet 1277.

4 Raymond de Pennafort , théologien et canoniste espagnol, de l’ordre des Frères prêcheurs, né au château de

Pennafort, en Catalogne, en 1175. Il étudia à Bologne, fut archidiacre de Barcelone, puis dominicain en 1222.

Docteur en droit canonique, il fut le confesseur du pape Grégoire IX en 1230, puis fut maître général de l’ordre des

Dominicains de 1238 à 1240. Il voulut évangéliser les Maures et fonda avec saint Pierre Nolasque l’ordre de Notre-

Dame de la Merci. Revenu à Barcelone, il mourut en 1275.

5 Raymond Lulle (Ramon Llull en catalan) (né v. 1235 à Palma de Majorque – mort en 1315) était un laïc proche des

franciscains (peut-être appartint-il au Tiers Ordre des Mineurs), philosophe, poète, mystique et missionnaire catalan

du XIIIe siècle, descendant d’une famille noble catalane.

3

avoir abandonné la vie mondaine – il acheta un Sarrazin qui lui donna des leçons pendant neufs ans,

et composa un grand traité, son « ars magna » où se trouvait élaborée une nouvelle méthode de

raisonnement pour triompher des contradicteurs.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 3 mars, 2010 |Pas de commentaires »

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