Archive pour juin, 2009

LES DOUZE REGLES POUR LE COMBAT SPIRITUEL

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LES DOUZE REGLES POUR LE COMBAT SPIRITUEL

 

 
( Traduit pour la première fois du latin de J. PIC DE LA MIRANDOLE, par le Docteur MARC HAVEN. )

I. – Si l’homme trouve dure la route de la vertu, parce que sans cesse il nous faut lutter contre la chair, le diable et le monde, qu’il se souvienne que quelque vie qu’il ait choisie, fut-elle selon le monde, beaucoup d’adversité, de tristesses, de désagréments, de travail s’y rencontreraient.

 

II. – Qu’il se souvienne que, dans les choses du monde, plus longtemps on combat, plus péniblement un travail succède à un autre travail, avec, au bout, le châtiment éternel.

 

III. – Qu’il se souvienne qu’il est insensé de croire qu’on puisse parvenir au ciel autrement que par une lutte de ce genre, de même que notre chef, le Christ, n’est monté au ciel que par la Croix ; la condition du serviteur peut-elle être meilleure que celle du Maître ?

 

IV. – Qu’il se souvienne que non seulement il faudrait supporter ce combat, mais le désirer, même s’il ne nous arrivait aucune récompense, seulement pour se conformer à la doctrine du Christ notre Dieu et Seigneur. Chaque fois qu’en résistant à l’un quelconque de tes sens tu te fais violence, pense à la partie de la Croix du Christ à laquelle tu te rends ainsi conforme. Quand, résistant à ton ventre, tu mortifies le goût, rappelle-toi sa boisson de fiel et de vinaigre ; quand tu retires ta main du rapt de quelque chose qui te plaît, pense à ses mains fixées pour toi sur le bois de la croix ; et si tu résistes à l’orgueil, rappelle-toi celui qui, alors qu’il avait la forme d’un Dieu, a accepté pour toi la forme d’un esclave et a été humilié jusqu’à mourir sur la croix, et quand tu es tenté par la colère, souviens-toi que lui qui était Dieu, et le plus juste de tous les hommes, se voyant malgré cela raillé, insulté, flagellé, couvert de toutes sortes d’opprobres comme un voleur, mélangé avec des brigands, n’a cependant donné aucun signe de colère ou d’indignation, mais supportant tout très patiemment, répondait à tous avec la plus grande douceur, et ainsi, en suivant tout point par point, tu ne trouveras aucune souffrance qui, par un certain côté ne te rende conforme au Christ.

 

V. – Mais ne te fie pas à ces douze armes pas plus qu’à aucun moyen humain ; confie-toi en la seule vertu de Jésus-Christ qui a dit :  » Prenez confiance, j’ai vaincu le monde  » et ailleurs :  » Le prince de ce monde est jeté dehors  » ; aussi fions nous à sa seule force pour vaincre le monde et dompter le diable ; et pour cela, nous devons toujours demander son secours par la prière et le secours de ses saints.

 

VI. – Souviens-toi quand tu as vaincu une tentation, que toujours une autre va venir, car le diable rôde toujours autour de nous, cherchant à nous dévorer. C’est pourquoi il faut toujours se tenir dans la crainte et dire avec le prophète :  » je me tiendrai sur mes gardes.  »

 

VII – Non seulement il ne faut pas être vaincu par le diable, mais il faut toi-même le vaincre, et cela se fait quand non seulement tu ne pèches pas, mais que, dans ce qui t’avait tenté, tu trouves l’occasion d’un bien ; de même, si quelque bonne, action t’est procurée, pour que tu te laisses aller à ce sujet à une vaine gloire, pense aussitôt que ce n’est pas ton úuvre, mais un bienfait de Dieu ; humilie-toi, et songe à être plus reconnaissant envers Dieu de ses bienfaits.

 

VIII. – Quand tu combats, combats comme sûr de la victoire, et devant avoir enfin une paix perpétuelle, car Dieu t’accordera peut-être cette grâce que le diable, confus, de ta victoire, ne reviendra pas ; quand tu as vaincu, comporte-toi comme si tu allais encore combattre, comme si tu combattais encore. Souviens-toi toujours de ta victoire, et, dans la victoire, souviens-toi du combat.

 

IX. – Quoi que tu te sentes bien gardé et fortifié, fuis cependant toujours les occasions de pécher ; le Sage a dit :  » Qui aime le danger y périra « .

 

X. – Dans les tentations, cours toujours au principe et précipite les enfants de Babylone sur la pierre ; la pierre, c’est le Christ ; car le remède est toujours préparé tardivement, etc.

 

XI. – Souviens-toi que même dans le moment du combat, c’est une ruse de la tentation de montrer la bataille : et, cependant, il est bien plus doux de vaincre la tentation que d’aller au péché où la tentation t’appelle. Et, en cela, beaucoup sont trompés ; car ils ne comparent pas la douceur de la victoire à la douceur du péché, mais le combat au plaisir : et cependant l’homme, qui mille fois a fait l’expérience de ce qu’était céder à la tentation, devrait bien, une fois du moins expérimenter ce qu’est amère ta tentation.

 

XII. – En outre, parce que tu es tenté, ne te crois pas abandonné de Dieu ou peu agréable à Dieu, ou peu juste et imparfait. Souviens-toi qu’après que Paul eut vu la divine essence, il subît les tentations de la chair que Dieu permit qu’on lui envoyât, pour lui éviter celles de l’orgueil. Et en cela l’homme doit remarquer que Paul, qui fut un vase d’élection et fut ,enlevé jusquíau troisième ciel, était cependant en danger de s’enorgueillir de ses vertus comme il le dit lui-même :  » Pour que la grandeur des révélations ne me fut pas un danger, on m’a donné l’aiguillon de la chair qui me souffletât « . Ainsi, de toutes les tentations, celle de l’orgueil est-elle celle dont l’homme doit le plus se défier, car l’orgueil est la racine de tous les maux : le seul remède contre elle est de songer sans cesse que Dieu s’est humilié pour nous jusqu’à la croix et que la mort, malgré nous, nous humiliera jusqu’à faire de nous la nourriture des vers.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 30 juin, 2009 |4 Commentaires »

Pour l’Ordre des Templiers, comprendre les titres des Sultan – Sultanes, de Cheikh, d’Émir, et Calife

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Nous vous proposons de faire la connaissance des titre de Sultan – Sultanes, de Cheikh, d’Émir, et Calife, la lettre est peut être un rien plus longue que les autres mais celle-ci regroupe les 4 titres, leurs histoires et fonctions ! certaine lettres en arabe ont le i ī le a ā surmonté d’un trait et le s  š d’une forme de croissant
 
Mahmoud et Ayaz, Le premier sultan de l’histoire.
Vers l’an 900, le califat abbasside fut très affaibli. Plusieurs gouverneurs de provinces furent déjà transformés en souverains héréditaires, portant le titre d’émir. Il y eut également des émirs contrôlant des territoires plus réduites, une ou quelques cités et leurs environs.
Vers l’an 940, la guerre civile battit son plein. La dynastie des Abbassides, sur le point de disparaître, fut sauvée par les frères bouyides, qui ramenèrent de l’ordre dans les provinces centrales, qui sont approximativement les territoires actuels de l’Irak et l’Iran. Le plus jeune des 3 frères, Ahmad ibn Bouway, s’empara de Bagdad en 945 et reçut du calife abbasside le titre d’ « amîr al-oumarâ’ » (« émir des émirs »), souvent appelé comme « grand émir ». Sauvés par les bouyides, les califes abbassides passèrent dès lors sous leur tutelle.
Issu d’une province abbasside, succédant à l’état samanide, l’empire ghaznavide fut dans sa plus grande phase d’expansion sous Mahmoud de Ghazni. Ce chef turkmène, qui gouverna de 997 à 1030, à la tête d’un empire plus grand que les bouyides, ne reconnaissant nullement la supériorité de ces derniers, mais ne voulant pas non plus disputer la place du calife, choisit donc un autre titre: sultan.
Les Grands Seldjouks
A la fin de son règne, Mahmoud de Ghazni souffrit de la révolte des Seldjouks dans ses territoires. Ces derniers, menés par Togroul Beg, s’emparèrent d’une grande partie de l’empire ghaznavide en 1040. Ensuite, Togroul Beg s’avança vers l’ouest, annexa l’empire bouyide et mit fin à cette dynastie d’émirs des émirs. Portant le titre de sultan, Togroul Beg et ses successeurs devinrent les nouveaux protecteurs des califes.
D’autres dynasties
L’unité des Seldjouks ne dura pas longtemps. L’empire s’éclata en plusieurs états, dont les souverains de certains portèrent le titre de sultan comme les Seldjoukides de Roum (1077 – 1307) ou les Seldjoukides d’Hamadan (1118 – 1194).
Les Ayyoubides, dynastie des sultans qui régna d’Egypte jusqu’en Syrie, fondée par Saladin en 1169, figurent parmi les sultans les plus connus en Occident. Saladin commanda plusieurs émirs et reçu des ordres du calife de Bagdad.
Il y avait d’autres souverains se proclamant sultan, de l’Afrique de l’Ouest jusqu’en Indonésie. Ce titre constitue un emblème à leur attachement à l’islam, et une reconnaissance à l’autorité religieuse du calife, durant son existence.
Cas particuliers, les sultans ottomans, à partir de l’an 1517, portèrent aussi assez souvent le titre de calife.
Les sultanes
La première sultane qui gouverna en son propre nom (avant elle il y eut déjà des sultanes régentes qui gouvernèrent pour leurs fils en bas âge) est probablement Soultana Razya (1236 – 1240) du sultanat de Delhi. Elle fit établir écoles, académies, centres de recherches et bibliothèques publiques. Elle demanda qu’on l’appelle sultan et pas sultanat. Selon elle, sultanat est un terme réservé aux épouses et concubines du sultan.
Chand Sultanat, plus connue comme Chand Bibi fut régente du pays de son mari, le Bijapur de 1580 à 1590. Elle fut ensuite régente de son pays natal, l’Ahmednagar entre 1596 et 1599. Elle maîtrisa plusieurs langues, parmi lesquelles l’arabe, le kannada, le marathi, le persan et le turc.
L’empire ottoman connut une période appelée « Sultanat des Femmes » (kadinlar saltanati en turc) longue de 130 ans environ. Durant cette période, des mères, voire des grandes-mères de sultan comme Kosem Sultan (1589 – 1651) avaient gouverné au nom de leurs enfants ou petits-enfants.
Sultans contemporains
De nos jours, le titre de sultan est porté :
au Moyen-Orient, par le souverain d’Oman ;
en Insulinde et dans la péninsule malaise,
par le souverain du Brunéi, au nord de l’île de Bornéo ;
en Indonésie, notamment par les souverains des trois cours de Cirebon et de la cour de Yogyakarta dans l’île de Java, de la cour de Pontianak à Kalimantan et des cours de Ternate et Tidore dans les Moluques;
par les souverains de 7 des 9 États constitutifs de la fédération de Malaisie : Johor, Kedah, Kelantan, Pahang, Perak, Selangor et Terengganu, tous situés dans la péninsule malaise (à la différence des deux autres États, voisins du Brunéi et situés sur l’île de Bornéo).
Noms et prénoms
Sultan est aussi un nom de famille et un prénom répandu. Concernant les prénoms, on constate néanmoins une certaine rareté de Sultana par rapport à la version masculine Sultan.
Certaines personnes prénommées Sultan sont devenues célèbres:
Tippou Sultan, souverain de Mysore en Inde de 1782 à 1799. Il prit le titre de Padishah.
Noursoultan Nazarbayev, président du Kazakhstan depuis 1990. « Noursultan » est composé de « Nour » (arabe: lumière) et sultan.
Soultan bin Abdoul Aziz Al Saoud, prince héritier de l’Arabie Saoudite depuis le 1er août 2005.
Autres usages
Moins connu, le mot sultan fut aussi utilisé pour désigner:
Un titre de noblessse au khanat d’Astrakhan.
Un rang dans l’armée perse à partir du 16è siècle. Le sultan correspond à peu près au capitaine en Europe
Cheikh
Un cheik, chaykh, cheikh, scheich, schérif, ou sheikh ( maître; vieillard; sage) est, chez les Arabes, un homme respecté en raison de son grand âge ou de ses connaissances scientifiques ou religieuses. Ce titre correspond au sage. Une fille ou une épouse d’un cheik (le seigneur) s’appelle parfois cheykha, mais ce terme peut avoir différentes interprétations péjoratives dans certains pays.
Le titre de cheikh, dont le sens générique est vieillard, vénérable, ancien, docteur, maître, directeur, guide dans la vie spirituelle. Il a été porté par les chefs des tribus arabes préislamiques avec celui de seigneur, et on le donnait à Abou Bakr en même temps que le titre de calife (le plus ancien ou le premier des califes). C’est le qualificatif pompeux, respectable et vénéré dont tous ceux qui dirigent, administrent, détiennent une parcelle de la puissance publique, sont heureux de se parer. Aussi bien dans le spirituel que dans le temporel, dans la vie mystique ou monacale que dans l’existence sociale, c’est un titre auquel les Arabes attachent un grand prix, de précieuses vertus, et qu’ils portent avec une ostentation non dissimulée.
Ce titre désigne également un chef de tribu bédouine dans la péninsule arabe, l’entité politique correspondante étant le sheikhat (anglais sheikhdom, sur le modèle de sultan-sultanat). Le monarque du Koweït portait le titre de cheikh jusqu’à l’indépendance en 1961, il fut ensuite qualifié d’émir.
Dans les contrées soumises à l’Empire ottoman, celui qui occupe le premier rang dans l’ordre spirituel est qualifié de Ckeikh-el-Islam les prédicateurs des mosquées sont des chioukh ou, plus spécialement, des waïz ou mechioukh-el-koursi (chioukh de la chaise) on les nomme ainsi pour les distinguer des chefs des confréries, qu’on désigne par l’appellation de niechioukh-es-zaouïa.
Dans le golfe Persique, c’est une formule de politesse pour les personnes d’influence, s’ils sont directeurs, riches propriétaires voire hommes d’affaires, ou même membre du gouvernement.
Par exemple, c’était le terme employé en Occident pour désigner les chefs de la dynastie régnante d’Al-Sabah du Koweït, mais le titre monarchique était en fait hakim (« gouvernant » en arabe) jusqu’au 19 juin 1961, date où le Koweït a adhéré à la Ligue arabe, et le titre d’émir a été adopté, de même au Bahreïn et au Qatar. Ce terme est employé par chaque membre masculin de toutes maisons royales du Golfe.
Dans l’Afrique septentrionale, et plus particulièrement en Algérie, les fonctionnaires turcs chargés de l’administration des tribus s’appelaient chioukh, et les directeurs des confréries religieuses chioukfi-et-lrouq (directeurs spirituels). Pendant la colonisation (l’agent placé à la tête d’un douar, l’adjoint indigène) et plus tard ces dénominations ont été conservé.
Ajoutons que, dans les contrées kabyles, les tolba directeurs des zaouïa sont appelés chioukh-ez-zaouïa, et que, par extension, tous les maîtres éducateurs ou initiateurs sont désignés, par leurs élèves ou adeptes, par le titre de chioukh-et-terbia.
Il a été également employé dans certaines régions islamiques de l’Afrique, comme en Éthiopie impériale par les dirigeants musulmans héréditaires de Bela Shangul, et par certains notables musulmans du Wollo, du Tigré et de l’Érythrée.
Le nom de famille « Shaikh » signifie l’ascendance arabe en Asie du sud. Shaikh est une communauté multi-ethnique en Asie du sud, que l’on trouve en particulier au Pakistan et au Bangladesh, et généralement en Inde.
Cheikh est aussi un prénom arabe de même sens ; en Afrique Noire, il donne différentes variantes dont Cheikou et Sékou.
Émir
Émir est un titre de noblesse musulman. En arabe,  amîr est celui qui donne des ordres, mot lui-même dérivé du verbe Mara (commander).Le terme amiral est dérivé du terme  amir al Bahr (« émir/roi de la mer »)
Le territoire dirigé par un émir se nomme émirat.
Le mot « émir » peut signifier « prince » (« émira » désignant « princesse ») lorsqu’il désigne une personne régnant sur un territoire, ou « général » lorsqu’il désigne un commandant d’armée.
En arabe
Amir al-mu’minin
Commandeur des croyants.
Amīr al-mu’minīn est habituellement traduit par commandeur des croyants, a été latinisé comme Miramolinus, d’où en français Miramolin. C’est le titre donné au représentant suprême des musulmans, porté dans les premiers temps de l’islam par le calife. Le roi du Maroc porte, aujourd’hui, le titre de Commandeur des croyants.
Amir al-muslimin
Amīr al-muslimīn est le titre donnés aux sultans et signifiant prince des musulmans. Ce titre a été utilisé par Abû Yûsuf Ya`qûb ben `Abd al-Haqq sultan Mérinide qui en 1269, se proclame prince des musulmans (amīr al-muslimīn) pour ne pas prendre le titre califal de prince des croyants (amīr al-mu’minīn).
Amir al-’umara’
Le titre d’amīr al-’umarā’ (émir des émirs) à été donné au Xe siècle au commandant des armées califales. Le premier à porter ce titre serait un oncle du calife abbasside Al-Muqtadir. Il a ensuite été porté par les sultans bouyides lors de leur mise sous tutelle du califat. Ce titre est ensuite repris par les Seldjoukides lorsqu’ils prennent la succession des Bouyides.
En persan
Amir-e olus
Amīr-e olūs (prince de la nation) un équivalent d’amīr al-’umarā’ dans le contexte de la dynastie des Ilkhabnides.
Amir-e tuman (émir de dix-mille (hommes)) est le titre d’un chef militaire conduisant une armée de 10 000 hommes. L’armée était divisée en groupes de dix, cent, mille et dix-mille hommes. A l’époque Kadjar, la vente des titres va le déprécier. Malgré un décret limitant à sept le nombre de titulaires de ce titre, il y en avait plus d’une centaine.
Amīr-e laškar
Amīr-e laškar (émir de l’armée) est un titre militaire Iranien équivalent à celui de général qui a été aboli par Reza Pahlavi, lors de son accession au trône (1925). Sous les Kadjar, les titres d’amīr-e laškar et d’amīr-e tūmān coexistent jusqu’à leur abolition.
Amir-e nezam
Le titre d’Amīr-e nezām (émir de l’armée) a été utilisé pendant la période Kadjar, il ne semble pas avoir été en usage aux périodes antérieures. Il semble être l’équivalent de général en chef. En Azerbaïdjan, au début du XIXe siècle, ce titre a été introduit dans le cadre d’une réforme de l’armée par le commandant en chef de la garde du prince royal. Après 1900, ce titre disparaît. En Iran, à la fin de l’époque Kadjar, avec la vénalité des titres, il devient un simple titre de parade. Les dernier titulaires n’avaient même plus de lien avec l’armée.
Amir-e haras
L’amīr-e haras (émir des gardes) est, à la cour des Abbassides, l’officier chargé du maintien de l’ordre à l’intérieur du palais. Cet office perd de son importance avec les Seldjoukides.
Ces titres ont souvent été portés par des esclaves militaires turcs (mamelouks) chez les Seldjoukides.
Amir-e Jandar (émir des gardes (du corps)) titre porté par le chef de la garde du sultan.
Amir-e selah (émir des armes) titre porté par celui qui est chargé de porter l’armure et des armes du sultan.
Amir-e akhor (émir des écuries) titre porté par celui qui est chargé des chevaux du sultan
Calife
Le mot calife, ou khalife (prononcé halif en arabe et en persan) est une romanisation de l’arabe khalîfa , littéralement « successeur » (sous-entendu du prophète), terme dérivé du verbe khalaf signifiant « succéder ». c’est-à-dire vicaires ou successeurs, titre porté par les successeurs de Mahomet après sa mort en 632 jusqu’à l’abolition de cette fonction par Mustafa Kemal Atatürk en 1924. Les califes réunissaient le pouvoir temporel au pouvoir spirituel. Le porteur du titre a pour rôle de garder l’unité de l’islam et tout musulman lui doit obéissance : c’est le dirigeant de l’oumma, la communauté des musulmans. L’autorité d’un calife s’étend sur un califat. Il porte aussi le titre de commandeur des croyants.
À la mort de Mahomet en 632, le premier calife est Abou Bakr (ou Abubéker) qui poursuit la conquête de la péninsule arabique. À sa mort en 634, son premier ministre Omar lui succède. Celui-ci conquiert la Palestine, la Mésopotamie, l’Égypte et la Perse ; en 644, il est poignardé par un ancien esclave perse. Avant de mourir, il désigne un comité de six personnes qui devront choisir parmi eux le troisième calife. Ce sera Othman (644-656). Le quatrième calife est Ali (656-661). Ensuite le califat devient dynastique. La première de ce dynasties est celles des Omeyyades qui choisissent Damas comme capitale. Viennent ensuite celles des Abbassides, qui portent leur siège à Bagdad. Ceux-ci voient leur autorité contestée et la proclamation de califes concurrents (Fatimides au Caire, Omeyyades à Cordoue) si bien que vers l’an 1000, le monde musulman est divisé en trois califats indépendants.
On distingue trois principaux califats :
1) celui d’Orient, dont le siège fut à Médine jusqu’à la mort d’Ali, puis à Damas sous la famille des Omeyyades, et à Bagdad sous celle des Abbassides ; il dura 626 ans (632-1258) ; califat unique à ses débuts, certains territoires s’affranchirent par la suite de son autorité en se constituant comme califats concurrents ;
 
2) celui d’Égypte ou des Fatimides, qui fut fondé en 909 par Ubayd Allah al-Mahdi, descendant de Fatima, fille de Mahomet, et qui fut renversé en 1171 par Saladin.
 
3) celui de Cordoue, issu d’un émirat fondé à Cordoue en 756 par Abdérame, de la famille des Omeyyades, et démembré en 1031;
Les califes furent d’abord élus mais, dès la fin du Ier siècle de l’hégire, Muawiya Ier (ou Moavian, Muawiyya), le premier calife Omeyyade, abolit l’élection et rendit le califat héréditaire dans sa famille. Ils perdirent toute puissance temporelle depuis la création de l’Emir-al-Omrah (935). Il y eut pourtant des califes jusqu’en 1516; en cette année, le sultan ottoman Selim Ier se fit céder le califat par le dernier abbasside, Al-Mutawakkil III. Selim Ier fit transporter les reliques de Mahomet et des quatre premiers califes à Istanbul comme symboles de sa position califale.
L’autorité califale fut à partir de cette date assurée par la Dynastie ottomane jusqu’à ce que Kemal Atatürk abolisse le califat en 1924, 2 ans après avoir aboli le sultanat.
Le 101ème et dernier calife fut Abdülmecit II.
Beaucoup de musulmans, en particulier les musulmans des Indes, voulaient voir le chérif Hussein prendre la fonction de calife. Il est devenu célèbre après la révolte arabe qu’il a lancée contre les Turcs en 1916-1918.
Le roi égyptien, Fouad Ier et le roi saoudien Ibn Séoud songeaient également à reprendre le califat.
De nos jours, certains musulmans seraient favorables à un éventuel retour du califat, même si son pouvoir ne serait en rien comparable à celui de la papauté actuelle. En effet, le calife ne serait juste que le représentant des musulmans, mais n’aurait en aucun cas le rôle d’intermédiaire obligé à l’instar du catholicisme.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 19 juin, 2009 |7 Commentaires »

Fondation de l’Ordre du Temple

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Fondation de l’Ordre du Temple, par John Charpentier

1La pieuse exaltation suscitée par les terreurs de l’an iooo (ce chiffre fatidique figure dans l’Apocalypse) avait fait les chrétiens s’engager, dès la seconde moitié du Xe siècle, sur les routes du Proche-Orient. D’aller à Saint-Jacques, au mont Cassin, aux Saints-Apôtres ne semblait plus suffisant : il fallut remonter le courant de la foi jusqu’à sa source pour s’y retremper. C’est que, des plus humbles aux plus puissants, tous s’étaient posé la même question avec une égale anxiété : « La France (cette France distincte désormais de l’Allemagne et de l’Italie qui commence à vivre de sa vie propre en 987, à l’avènement des Capétiens) doit-elle périr et le monde avec elle ? »

Hugues, incertain de son droit, s’était refusé par scrupule à ceindre le diadème. En qualité d’Abbé de Saint-Martin de Tours, il s’était contenté de revêtir la chape du vénérable évêque, et son fils Robert, âme édifiante, n’avait eu de pensée que pour les pauvres, les infirmes et les égrotants. On attribua à une grâce de franchir la passe redoutée avec ce bénin pilote à la barre…

C’était le premier millénaire de la Chrétienté. Reportons-nous à ces temps lointains, rendus si proches, cependant, par l’actualité. L’homme, au lieu de mettre à profit pour son rachat, son salut, la Passion de Notre-Seigneur, n’avait cessé de perpétrer crimes sur crimes, de piller, de violer, de tuer. Il eût été juste qu’il pâtît, payât son infamie de l’anéantissement annoncé et que les trompettes du Jugement dernier retentissent le jour où l’Annonciation de la Vierge coïnciderait avec le vendredi saint, suivant la prédiction d’un ermite de la Thuringe, nommé Bernard. La conjonction s’était produite en 992 ; mais c’avait été assez de l’ouragan qui dévasta le Parisis en 945 ; des famines de 990 et de 997, lesquelles, un lustre durant, chacune, désolèrent les campagnes. Dieu, auprès de qui son Fils avait intercédé, invoquant les prières du roi, des mères au sein tari, avait suspendu son geste vengeur, accordé aux coupables un délai. On le pensa, du moins; et les premiers pèlerins, armés du seul bourdon de voyage, partirent de chez nous.

Après s’être agenouillé dans l’ombre des églises, on voulut se prosterner, battre sa coulpe, exhaler son repentir et sa gratitude en pleine lumière, sur le sol où le Verbe s’était incarné, afin d’obtenir la rémission plénière de ses fautes. Jérusalem ! « Les pieds y portaient d’eux-mêmes », a dit Michelet. Heureux qui revenait plus heureux qui mourait près du tombeau du Christ, et qui pouvait lui dire, selon l’audacieuse expression d’un contemporain (Pierre d’Auvergne) : « Seigneur, vous êtes mort pour moi et je suis mort pour vous ».

Mais on n’approchait pas sans péril de la Judée. Si, longtemps, les califes de Bagdad et du Caire s’étaient montrés tolérants à l’égard des Occidentaux, attirés par les lieux saints, aussitôt Jérusalem tombée au pouvoir des Turcs, tout avait changé. Ces musulmans arrogants, cruels, abreuvaient d’outrages les chrétiens. Après leur avoir infligé d’odieuses vexations, s’être plu à les contraindre de souiller la pierre sous laquelle le Sauveur avait été enseveli, ils les torturaient, puis les exterminaient ou les abandonnaient, mutilés, aux ardeurs du soleil.

En vain, l’empereur Alexis Comnène, menacé par les Arabes qui campaient devant Constantinople [sur la rive asiatique du Bosphore], avait-il crié au secours, vantant aux chrétiens pour les séduire, avec des mots de proxénète, la rare beauté des filles de son pays : son appel était demeuré sans réponse. Auparavant, une éloquente lettre adressée aux princes par le pape français Sylvestre II, n’avait produit aucun effet. Cette armée, enfin, de 5o.ooo chevaliers, dont il eût voulu prendre le commandement pour accomplir la délivrance du Saint-Sépulcre, Grégoire VII avait échoué à la lever, malgré son énergie.

Mais ce que tant de consciences, écartelées par le remords, se répétaient sans arrêt dans leur solitude, une voix s’éleva pour l’exprimer publiquement. La grande pénitence, un moine né à Amiens ou aux environs de cette ville, et que l’on avait affublé du sobriquet de coucou Piètre, Pierre l’Ermite la prêcha.

C’était trop peu des larmes répandues : il fallait du sang ; pour cela tenir les promesses arrachées par l’épouvante et toujours différées ; payer, sans nouveau délai, de sa personne. Pierre, qui revenait tout frémissant du théâtre des horreurs turques et avait eu à Jérusalem une vision céleste, disait, avec les paroles qui transpercent les coeurs des simples, la grande pitié des pèlerins. Monté sur une mule dont on tirait des pincées de poils au passage pour s’en faire des reliques, ce petit homme malingre, à la barbe embroussaillée, enthousiaste et rude, boutait le feu aux esprits en évoquant, crucifix au poing, les souffrances des meilleurs d’entre les chrétiens. Partout, sur son passage, s’affermissait la même volonté. « On avait pleuré en Italie, on s’arma en France », a écrit Voltaire, son habituelle ironie tombée. Gesta dei per Francos !

Mais les menues gens, en réclamant les premiers la guerre sainte, montrèrent plus d’empressement à acquitter leur dette envers la Providence que la noblesse assemblée à Clermont sur convocation d’Urbain II. Comme on délibérait encore, s’attardait à des préparatifs, ils devancèrent la date fixée par le Souverain Pontife pour le départ des « Croisés », car c’est ainsi qu’on appela les chrétiens résolus de soustraire la Terre Sainte à la domination des infidèles, à cause de l’insigne qu’ils adoptèrent : une croix d’étoffe rouge fixée à leur épaule ou à leur chaperon. « Chacun doit renoncer à soi-même et se charger de la croix », avait dit Urbain II.

« Dieu le veut ! Dieu le veut ! » l’immortel cri, la foule indisciplinée des gueux, serfs et vagabonds (« l’écume de la France ») (Faex residua Francorum « Guibert de Nogent ») groupés autour du Picard, le poussa d’abord. Nulle ambition ni espoir de conquête chez ces déshérités, au rebours des comtes et barons qui, sûrs de leur vaillance, de leur épée abandonnaient leurs biens à vils prix en faisant le rêve de devenir princes, rois, empereurs même dans les pays fabuleux qu’ils allaient envahir. Mais sous la conduite d’une chèvre, démunis d’armes ou presque, sans viatique, confiants en Dieu seul, que voulaient, sinon racheter leur âme, plus que la vie ! Ceux-là qui vidaient dans les mains des misérables les boisseaux de froment qu’ils avaient tenus cachés en prévision de la disette ? « Sept brebis, dit Guibert de Nogent, furent vendues sept deniers ».

Pierre donnait l’exemple, distribuant autour de lui les dons qu’il recevait en abondance. Les pieds déchaux, seulement vêtu d’une robe de bure, il ne mangeait ni viande ni pain, ne semblait nourri que du divin souffle. Nul mieux que lui ne justifia l’opinion que la Croisade était chose plus qu’humaine, « non tam humanitus quam divinitus ». Un siècle avant François d’Assise, il incarnait la pauvreté libératrice. Et qui avait-il pour lieutenant ou pour émule ? Un valeureux guerrier nommé Gauthier-Sans-Avoir. Huit chevaux, voilà tout ce que l’on pouvait se partager entre tant de milliers d’hommes, bientôt exténués.

Des pauvres gens qui le révéraient, l’Ermite ne devait ramener en France qu’une poignée. Dans la marche vers l’est, il en tomba une multitude telle que la route qui emprunte la vallée du Danube en fut jonchée de bout en bout.

Trois mois et six jours après leur entrée à Cologne, le samedi de Pâques 12 avril 1096, les bandes décimées de Pierre parvinrent à Constantinople. Près de Civitot, en Asie-Mineure, il périt on ignore combien de Croisés, et Gauthier-Sans-Avoir d’abord, symboliquement percé de sept flèches, autant que le Crucifié fut de fois blessé dans sa chair. Presque tout le reste devait mourir de la faim, de la peste devant Antioche. Ébranlée, la foi chancela, faillit s’abattre sous le faix des maux. La débauche, ce vertige que rend irrésistible le spectacle de la mort triomphante en sa furie déchaînée, s’empara de ces misérables. Leur délire horrifia Pierre qui s’enfuit, incapable d’en supporter l’abomination. Il fallut, de force, le ramener au camp des Croisés en armes, arrivés enfin.

Seule, la convoitise avait soutenu le courage défaillant de ceux-ci. Mais, Antioche emportée, la vue de Jérusalem ranima l’enthousiasme. Un mystique élan souleva et d’un seul coup fit flamber les âmes. Des chants, hymnes et cantiques jaillirent de toutes les poitrines, battirent les murs de la ville avant les vagues d’assaut des guerriers. Pas un chrétien qui ne s’agenouillât, bras tendus ou mains levées vers le ciel. Les plus fervents, prosternés, baisaient la terre, l’arrosant de leurs pleurs.

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Par l’ouverture des haillons dont, pour la plupart, les Croisés étaient couverts, on voyait la croix qu’ils avaient imprimée dans leur chair avec un fer rouge afin d’être sûrs qu’elle ne les quitterait pas, leurs habits déjà usés, pourris par les pluies, déchirés par les coups, eussent-ils achevé de s’émietter sous la brûlure du soleil.

Les privations, les souffrances, endurées en commun, faisaient qu’on ne distinguait plus les hommes les uns des autres, toutes classes mêlées. L’épreuve avait établi entre eux une indéfectible égalité. Celui-ci était-il de la « vilainaille » et celui-là « prudhomme » ? On ne savait. Et pourquoi eût-on voulu savoir ? Tous se retrouvaient enfants de la même foi, fils du même Dieu. Cela seul importait de les réconforter, de leur assurer la vie sauve. Mais il faut voir là plus qu’une coïncidence : c’est avec la Croisade que naissent [la chevalerie forgeant sa règle et tout chevalier pouvant en créer un autre "Jusqu'au XVIIIe siècle, on put être armé chevalier sans avoir à fournir un titre de noblesse. Par la suite, recevoir l'investiture devint une obligation pour tout gentilhomme. On punit d'amende les écuyers nobles qui, passé vingt-quatre ans, n'avaient pas été faits chevaliers"] les armoiries, les devises parlantes. En même temps, les noms de famille remplacent les noms de baptême. Jean devient Lefort, par exemple, et Robert, Lebon ou Ledoux, pour leurs qualités physiques et morales. Celui-ci s’appellera Charron, à cause du métier qu’il exerce, et cet autre Dubois, Dupont ou Duval en considération du lieu où il habite. Supprimées entre eux les différences sociales, les hommes s’individualisent. Enfin, un grand sentiment de commisération se dégage de l’expérience, de la leçon des Croisades. Si fortement trempées qu’elles soient, les âmes s’attendrissent, ici, de pitié. Et les plus rudes ne sont pas les moins émues.

L’assaut de la ville sainte avait été donné le 14 juillet 1099. Onze ans plus tard, avec quelques-uns des 3.000 chevaliers demeurés aux côtés de Godefroi de Bouillon, le pur [il mourut vierge à trente-neuf ans] Gérard de Martigues, un Provençal, fonde l’ordre religieux, puis militaire des Hospitaliers. Ces Hospitaliers, c’est mieux que ce que nous appelons prétentieusement « l’humanité » : la charité qui les inspire. A qui le chevalier dévouera-t-il le courage, la puissance qu’il tient de Dieu et dont il est si fier, si ce n’est aux débiles ? Au moyen âge, le goût du risque pour le risque ne saurait être le mobile du héros, comme on en a hasardé le paradoxe. Le chevalier n’est pas joueur. Sans la foi il ne serait qu’un aventurier, la brute ivrogne et paillarde [bonne à tout, propre à rien] qui bataillera sous la bannière de n’importe quel chef de bande deux ou trois siècles plus tard.

Au début des Croisades, le preux (de probus, probe) a vu dans les faibles des martyrs dont l’exemple a frayé la voie à de plus faibles encore. Car on s’élança sur leurs traces. « Le père n’osait point arrêter son fils, l’épouse son époux, le maître son esclave; chacun était libre d’aller au saint tombeau (…). Aucune route, aucune cité, aucune plaine, aucune montagne qui ne fût couverte des tentes et des pavillons d’une foule de barons, de chevaliers, d’hommes et de femmes de toutes conditions », dit la chronique.

La fièvre des conquérants tombée (elle ne reparut que cinquante ans plus tard), une autre lui succéda, qui devait se prolonger jusque sous le règne de saint Louis et même au-delà. Presque sans interruption le zèle des peuples l’entretiendra pendant près de trois siècles.

En pleine guerre de Cent Ans, on verra Jeanne écrire au duc de Bourgogne pour le conjurer de faire la Croisade avec les fidèles sujets du roi Charles VII plutôt que de poursuivre une lutte fratricide. Par désir d’expiation d’une faute, pour accomplir un voeu comme Vercors, le père de Violaine, dans L’Annonce faite à Marie, ou en quête du paradis promis à ceux-là qui, à défaut de pourfendre des Sarrasins, iraient en suppliants prier à Jérusalem, on organisait des pèlerinages pareils à de véritables expéditions. Il y eut même une croisade des enfants…

Offrir un refuge aux chrétiens errants égarés, les secourir dans la détresse, tel fut l’objet des Hospitaliers, les « Frères de la Maison allemande », comme de leurs cadets, les Chevaliers Teutoniques. En 1128, « un honnête et religieux Allemand, inspiré par la Providence, dit Jacques de Vitry, fit bâtir à Jérusalem, où il habitait avec sa femme, un hôpital pour ses compatriotes ».

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Contrairement aux infirmiers de cet hôpital, qui ne s’armèrent qu’après coup, comme les Hospitaliers, pour devenir l’ordre militaire des Chevaliers Teutoniques, les Templiers constituèrent, d’abord, un ordre guerrier.

Avant d’entreprendre de soulager les misères des pèlerins, de leur prodiguer la charité chrétienne, s’ils étaient malades ou blessés, ils songèrent à les protéger en vertu de l’adage : « Mieux vaut prévenir que guérir ». Ces « moines-soldats », ainsi qu’on les a appelés, voulaient rendre par leur bras, aussi sûr que possible à leurs frères trop faibles pour se défendre, ce désert de Judée « qui semble respirer encore la grandeur de Jehova et les épouvantements de la mort », comme l’a vu Chateaubriand dans L’Itinéraire de Paris à Jérusalem.

En 1118, Hugues de Payens ou de Payns (Hugo de Paganis), de la maison des comtes de Champagne, et Godefroy ou Geoffroi de Saint-Omer (Godefridus de Sancto Andemardo), d’origine flamande, qui étaient partis pour Constantinople en 1096, se consacrèrent au service de Dieu sous la règle des chanoines de Saint-Augustin. A cette date, Baudouin Dubourg, cousin et successeur de Baudouin d’Edesse, étant roi de Jérusalem, ils choisirent, afin d’y exercer une surveillance efficace, le plus dangereux pour les caravanes, de tous les défilés qui menaient au Saint-Sépulcre, celui d’Athlit. Situé à la hauteur de Nazareth, entre Césarée et Caïpha, au sud de Saint-Jean-d’Acre (l’antique Ptolémaïs), ce défilé devint par la suite célèbre sous le nom de Château-Pèlerin.

Pour en assurer la garde, ce parut assez à Hugues et à Geoffroi de s’adjoindre sept compagnons réputés pour leur prudhomie et vaillance : André de Montbard, Gondemare, Godefroy, Roral (ou Rossal), Payen de Montdésir, Geoffroy Bisol et Archambaud de Saint-Agnan (ou de Saint-Anian) (Lejeune cite, en outre, Hugues, comte de Champagne, le fondateur de Clairvaux. Mais de 1118 à 1127 [pendant neuf ans] le nombre des chevaliers resta à neuf).

Comme ces preux étaient sans gîte, Baudouin II leur offrit un asile à Jérusalem même, dans l’aile de son palais qui jouxtait l’ancienne mosquée d’el-Aqsâ, c’est-à-dire le Temple de Salomon (« Rex in palatio quod secus Templum Domini Australem habet partem, lis ad Tempus concessit habitaculum. » « Guillaume de Tyr »), d’où leur surnom de « Pauvres chevaliers du Christ et du temple de Salomon » (Pauperes commilitones Christi templique Salomonici).

Auparavant (Hugues de Payns et Geoffroy de Saint-Omer avaient, tout d’abord, tenu leurs pouvoirs du patriarche Theocletes, soixante-septième successeur de l’apôtre Jean), en présence de Garimond. archevêque ou patriarche de la Ville Sainte, selon le titre quelquefois adopté par les Eglises des Gaules, ils avaient prononcé les trois voeux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, en prêtant serment de faire tout en leur pouvoir pour assurer les routes, défendre les pèlerins contre les brigandages et les attaques des infidèles : Ut vias et itinera, ad salutum perigrinorum contra latronum et incursantium insidias, pro viribus conservarent (Guillaume de Tyr).

Par la suite, les chanoines réguliers du Saint-Sépulcre leur ayant cédé un terrain près du palais, ce fut là qu’ils édifièrent leur demeure et se fixèrent définitivement, sans préjudice de la forteresse, à destination toute militaire, qu’ils devaient bâtir à Château-Pèlerin.

Durant les trois fois trois années qu’ils vécurent avant leur établissement, observant la règle augustinienne sans avoir été soumis à une discipline imposée par la plus haute autorité de l’Église, les Templiers remplirent, en habits séculiers, les devoirs qu’ils s’étaient prescrits. Années d’épreuve, au cours desquelles ils vécurent uniquement d’aumônes, et avec rigueur observant l’engagement qu’ils avaient pris, vis-à-vis les uns des autres, de toujours accepter le combat, fût-ce un contre trois. Leur pauvreté leur fait, d’autre part, une obligation de monter à deux sur un seul cheval, faute d’autant de montures qu’ils sont d’hommes, ou pour épargner celles dont ils disposent. Les sceaux les plus anciens de l’Ordre l’attestent, qui représentent une couple de chevaliers, la lance en arrêt, poussant leur unique cheval au galop contre l’adversaire (Ce sceau prit, par la suite, le nom de boule. Il était coulé en argent et en plomb (cf. Lavocat, Procès des Frères et de l’Ordre du Temple) et portait cette inscription : Sigillurn. militum Christi.).

Ainsi se représente-t-on Hugues de Payns et Godefroy de Saint-Omer, faire au début de leur association la police des Saints-Lieux sur les pistes de l’immense désert, une maigre besace et la gourde à demi pleine d’eau tiédie, surie, pendues à leur selle… L’antiquité de ce cachet dénient l’accusation de manichéisme que l’on a portée contre les Templiers, en arguant de son symbolisme (Mignard : Preuves du, manichéisme de l’Ordre du Temple).

Il n’y faut même pas chercher une allusion à la loi du binaire qui, par la suite seulement, acquerra de l’importance aux regards des Templiers quand ils seront instruits des doctrines pythagoriciennes.

Hugues, Godefroy et les sept premiers Croisés qu’ils s’adjoignirent ne sont que des chrétiens de la plus stricte orthodoxie, choisis par le destin, sans doute, pour accomplir un grand rôle, mais qui ne voient pas au-delà de la tâche qu’ils se sont assignée : mettre les païens « hors d’état d’opprimer les fidèles ». Nulle subtilité d’esprit, aucun ésotérisme, apparemment, chez les deux compagnons, le Champenois de terre ingrate, triste, crayeuse, le Flamand de sol balayé, fouetté par l’âpre vent de mer, mais tous deux de piété fervente et sérieuse, de volonté tenace et de coeur vaillant. Le noyau des soldats du Christ est dur si le fruit, en mûrissant, gonflera une pulpe charnue, tendre, riche de sucs capiteux sous sa peau veloutée, cuivrée par le soleil d’Orient…

« Combattre avec une âme pure pour le suprême et vrai roi », voilà d’abord l’unique ambition de ces moines-soldats qui ne veulent avoir rien de commun avec les chevaliers séculiers, lesquels, par vanité, caparaçonnent leurs chevaux de soie, arborent sur leurs armures on ne sait quelles étoffes lâches et pendantes, couvrent d’ornements leurs lances, leurs boucliers, leurs selles, ont des étriers d’argent et d’or, embellis de pierres précieuses et dont « la faveur humaine est l’objet, non Jésus-Christ ».

Les premiers Templiers, qui dépendent de la charité publique, n’ont pas d’habit distinctif. Quelle meilleure preuve, alors, d’humilité de la part de chevaliers ?

Au surplus, leur communauté n’a rien d’exclusif. Mieux : quoique ce point ait été controversé, il faut tenir pour certain, avec Prutz, que leur règle primitive leur ait enjoint de rechercher tout particulièrement les « chevaliers escomeniés » (excommuniés) et de les convaincre d’entrer dans leur Ordre, après absolution de l’évêque. On admire ce qu’il y a de généreux, de chrétien [d'habile, en même temps, s'il est vrai qu'on peut attendre plus des âmes ardentes à l'excès que des tièdes] dans une telle entreprise de rachat, des sacrilèges, des impies, des voleurs, des meurtriers, des parjures et des adultères ! Discipliner les rebelles, ramener les égarés, fournir aux coupables l’occasion de se réhabiliter, voilà oeuvre qui ne doit pas être moins agréable à Notre-Seigneur que celle de donner en son nom la mort aux oppresseurs et tourmenteurs des fidèles. Ainsi, le sénéchal du roman intitulé La Rose (1199 ou 1201, selon Servois), pour se punir d’avoir fait violence à Liénor, « entre dans l’Ordre des Templiers » ; de même le duc de La Châtelaine de Vergi (1288), après le meurtre de sa femme. Tard, la communauté restera une espèce de légion étrangère où l’on pourra, par une conduite édifiante, se refaire un nom respecté… De là, dans l’avenir, le privilège qui sera conféré aux Templiers de jouir d’une complète immunité touchant les sentences d’excommunication prononcées par les évêques et les prêtres paroissiaux. Qu’on fasse son purgatoire ici-bas, dans le cercle de cette nouvelle milice composée de chevaliers qui sont aussi des religieux, inquiète cependant l’Église et éveille ses soupçons…

Après tout, Hugues de Payns était-il si simple que cela ? N’a-t-il pas deviné la force de l’union, entrevu l’immense avenir proposé à ceux qui savent, par la volonté, la soumission librement consentie à une rigoureuse discipline, dominer un monde instable, hésitant entre les voies à suivre, tiraillé par des motifs frivoles, animé par un vain appétit de gloire, le désir de s’emparer aussitôt d’un bien convoité ?…

Il sentit, en tout cas, le péril qui le menaçait, et l’urgence d’obtenir pour son Ordre, enrichi déjà par les dons de pèlerins débordant de gratitude, la sanction la plus haute, c’est-à-dire sa reconnaissance par le pape.

Dès l’automne de 1127, il délègue à Rome six de ses plus féaux, dont André de Montbard et Gondemare, précédés par une réputation de courage et de sainteté. Il faut lire le vibrant panégyrique (De lande novae militiae), que devait écrire en l’honneur des Templiers, Bernard, le puissant abbé de Clairvaux [la claire vallée] en Champagne, pour comprendre qu’avant même qu’ils touchassent sa terre natale, les ambassadeurs de Hugues de Payns avaient cause gagnée. « L’âme des Croisades », comme on l’a appelé, le saint petit moine au poil roux, dévoré de divine ardeur et de phtisie, qui domine de son haut esprit la chrétienté tout entière, conseille s’il ne régente le pape, accueillit à bras ouverts ces preux selon son coeur. Énergiques : le réformateur de Cîteaux est homme d’action ; simples : il abhorre les ornements fastueux sous lesquels la superstition des croyants masque ou dérobe l’idéale figure de la Divinité, les Templiers lui apparaissent comme l’incarnation même des mâles serviteurs, dont il a toujours rêvé pour la foi.

Au service de la religion, de la Vierge à laquelle il avait voué un culte, il voulait une milice de taille à frayer la voie de la Terre Sainte aux foules des croyants (Lettre 332 aux clercs et au peuple de France ; Lettre 395 à Manuel Comnène). Ces chevaliers au crâne tondu, que n’efféminent point des bains trop souvent renouvelés, qui sont « hirsutes et négligés, noirs de poussière, la peau brûlée par le soleil et aussi bronzés que leur cuirasse », il salue, bénit en eux, dans la forte odeur de suint dont ils sont enveloppés, les plus aimables d’entre les brebis de Notre-Seigneur. C’est en soldat que les célèbre le commentateur du Cantique des Cantiques.

« … Quand sonne l’heure de la guerre, ils se bardent au dedans de foi, au dehors de fer et non de dorures ; ils veulent s’armer, non se parer ; inspirer la terreur à l’ennemi, et non tenter sa cupidité. Ils s’inquiètent d’avoir des chevaux rapides sans souci de les décorer de toutes les couleurs : c’est qu’ils vont à la bataille, non à la parade, désireux de victoire et non de vaine gloire, préoccupés de se faire craindre plutôt qu’admirer… »

Le patriarche Etienne de la Fierté avait sollicité d’Honorius II (Lambert, évêque d’Osie, élu pape le 11 décembre 1124, sous ce nom) l’accord aux Templiers de la règle qu’ils demandaient. Mais on ne pouvait faire mieux que de s’adresser à Bernard pour qu’il appuyât leur requête. Aussi les émissaires d’Hugues de Payns étaient-ils munis de la lettre ci-dessous, adressée à l’abbé de Clairvaux par le P. Chrysostome, et tout au long reproduite par Henriquez :

« Beaudouin II, par la grâce de Jésus-Christ roi de Jérusalem, prince d’Antioche au vénérable P. Bernard, abbé de Clairvaux, salut et respect ».

« Les frères Templiers, que Dieu inspira pour la défense de cette province et protégea d’une façon remarquable, désirent obtenir la confirmation apostolique, ainsi qu’une règle fixe de conduite. A ce fait, nous avons envoyé André (de Montbard) et Gundomar, illustres par leurs exploits guerriers et la noblesse de leur sang, afin qu’ils sollicitent du Souverain Pontife l’approbation de leur Ordre, et s’efforcent d’obtenir de lui des subsides et des secours contre les ennemis de la foi, ligués tous pour nous supplanter et renverser notre règne ».

« Sachant bien de quel poids peut être votre intercession tant auprès de Dieu qu’auprès de son Vicaire et des autres princes orthodoxes de l’Europe, nous confions à votre prudence cette double mission dont le succès nous sera très agréable ».

« Fondez les constitutions des Templiers de telle sorte qu’ils ne s’éloignent pas du fracas et du tumulte de la guerre, et qu’ils restent les utiles auxiliaires des princes chrétiens… »

« Faites en sorte que nous puissions, si Dieu le permet, voir bientôt l’heureuse issue de cette affaire ».
« Adressez pour nous des prières à Dieu ».
« Qu’il vous ait en sa Sainte Garde ».

Munis de cette recommandation royale, les ambassadeurs de Hugues de Payns s’étaient embarqués pour le port d’Italie le plus proche, et avaient été accueillis à Rome par le pape qui leur avait fait rendre les hommages dus à leur rang et à leur courage, et s’était entretenu longuement avec eux de l’état de la Terre Sainte. A Troyes, on a vu qu’ils ne furent pas reçus avec moins d’égards par Bernard que par Honorius II.

L’objet de l’abbé de Clairvaux était, comme on l’a dit, « d’associer l’épée temporelle et l’épée spirituelle ».
N’écrivait-il pas au pape Eugène (Lettre 56) : « Il faut sortir les deux glaives » ? Pour servir d’avant-garde à l’armée de la foi qu’il voulait lever (c’est lui qui prêchera la seconde Croisade en 1147), il ambitionnait de constituer une milice permanente, composée de guerriers d’élite. Et voilà qu’elle venait à lui toute équipée et prête à férir. Dans son exultation, il se hâta de convoquer un concile dans la capitale de la Champagne. Ce concile s’ouvrit le 13 janvier 1128 ; et Bernard s’excusa d’abord de ne point s’y rendre, arguant d’une fièvre aiguë qui l’épuisait. « Les affaires pour lesquelles on veut interrompre mon silence sont faciles ou non, disait-il en outre. Si elles sont faciles, on peut les faire sans moi ; si elles sont difficiles, je ne puis les faire, à moins qu’on ne me croie capable de ce qui est impossible aux autres ». Mais, enfin, dominant par un immense effort de volonté ses maux, sa faiblesse, il parut à l’assemblée que présidait le cardinal Mathieu, évêque d’Albane ou Albano et légat pontifical, assisté de treize évêques et archevêques, de neuf abbés illustres et de plusieurs grands seigneurs, enflammant tout le monde par son seul aspect. Bernard, chacun le sentait, était l’âme du concile.

En suivit-il régulièrement les débats ?
On l’ignore. Mais c’est lui qui a tracé le plan, inspiré la rédaction de la règle sollicitée par les Templiers [règle dite latine] et qui, complétée, réformée comme elle devait l’être par la suite, reçut toujours l’approbation sans réserve de l’Église.

« L’humble escrivain », le scribe de la règle du Temple. Jolian Michiel (de Saint-Michel ou de Saint-Mihel), rédigea, en effet, celle-ci « par le commandement du concile et du vénérable père Bernard abbés de Clervaux ».

Sources : Texte de John Charpentier, L’Ordre des Templiers – Editeur : La Colombe – 1962

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 5 juin, 2009 |Pas de commentaires »

Templiers: L’enseignement intérieur du Temple

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Templiers: L’enseignement intérieur du Temple
John Charpentier

Il est un point qu’il faut prendre garde de ne pas oublier, quand on se propose d’approfondir la question des Templiers, c’est que ces défenseurs des Lieux Saints furent non seulement des chrétiens, mais des catholiques. Ils sont convaincus, comme le concile de Latran l’a proclamé le 11 novembre 1215, qu’«il n’y a qu’une Église universelle hors de laquelle personne n’est sauvé». Partout ils donnent de leur piété des signes évidents. Trois fois par an, ils se consacrent à l’adoration de la croix, en grande procession, la tête découverte et faisant plusieurs stations pour dire, agenouillés, à haute et intelligible voix : «Ador te Crist, et benedise te Crist, qui per la sancta tua crou resemit.


L'enseignement intérieur du Temple

Nulle hypocrisie dans ces manifestations unanimes. Et comment, au fort des batailles, pourraient-ils charger avec tant de fougue en invoquant Dieu, son Fils, s’ils n’y croyaient pas de toute la ferveur de leur âme? La croix demeure pour eux le symbole qui apparut à Constantin et conduisit à la victoire son armée : «In hoc signo vinces !»
Leur charité est exemplaire. A toutes les veilles des grandes fêtes ils distribuent en boules le pain aux pauvres, et libéralement, prodiguent l’argent pour les infirmes. Lors d’une de ces effroyables famines qui désolaient périodiquement le Moyen Age et où l’on voyait les paysans errer comme des fantômes par les campagnes, ronger des racines, piler l’écorce des arbres avec les os des morts arrachés à leur sépulture, les Templiers de la commanderie de Renne-ville firent, en un seul jour, l’aumône à onze mille cent vingt misérables. Et ce geste n’est pas isolé ; en toute occasion il se renouvelle.
Captif, Molay se lamente de ne pouvoir faire ses dévotions, communier. Nombre de ses frères de même, pour qui «le corps et le sang de Jésus-Christ sont véritablement contenus dans le sacrement de l’autel» et qui languissent d’être privés du pain de vie… Tous paraissent imbus de l’orthodoxie la plus rigoureuse. Après Jean-Baptiste, leurs patron et patronne sont saint Polycarpe de Smyrne, qui s’était attaché, jeune, au Précurseur, et sainte Euphénie de Chalcédoine, l’un et l’autre martyrs de leur foi. Ils les honorent d’édifiante manière ; et jamais on ne contesta qu’ils aient apporté au déroulement des rites des modifications qui prêtassent à une équivoque quelconque. Nul n’eût osé, avant le procès, les accuser d’être des dissidents, encore moins des hérésiarques.
S’il existe, comme il convient de le dire maintenant, une doctrine secrète à l’intérieur du Temple, elle se trouve tout à fait à son aise dans le cadre du dogme, dans le giron de l’Église au nom ou sous l’égide de laquelle elle s’est lentement élaborée. Interprétative de ses textes, elle n’en sape aucunement les assises. Du maître de Samos dont l’enseignement ne fut pas perdu pour eux, les Templiers ont retenu cette injonction consignée dans les Paroles d’Or : « Les dieux immortels, tout d’abord, ainsi qu’il est fixé par la loi, honore-les…» Et Pythagore ne parle pas seulement, ici, le langage de la prudence. Notre vérité divine, c’est celle du pays où nous sommes nés, de notre groupe ethnique, celle que notre hérédité et notre sensibilité, notre façon de comprendre la vie nous préparèrent à recevoir. Et de religion, en est-il une plus belle, de portée plus étendue que la catholique?…
Enfin, l’association de l’idée d’hérésie à celle de chevalerie est chose inconcevable au Moyen Age, la chevalerie étant une institution essentiellement chrétienne. Le respect de la religion est la première des vertus que pratique le défenseur de la veuve et de l’orphelin, du faible et du malade. Gardien de la tradition, il ne saurait agir que dans la règle, servir que dans l’obéissance. C’est de l’extérieur (de l’Asie) que viennent les éléments hérétiques qui contaminent la noblesse du Midi de la France, au XIIIe siècle. La rigueur chevaleresque s’est muée en gentillesse courtoise dans cette civilisation brillante, italique et arabe, trop proche de la Méditerranée, où il n’y avait plus — au lieu de féodalité — qu’une aristocratie amollie, efféminée…
On a accusé les Templiers d’être des gnostiques ; mais on a négligé, ce faisant, de tenir compte que, sous l’étiquette «gnose» se trouvent rassemblées bien des notions hétéroclites, sans rapport les unes avec les autres, et parfois même inconciliables. Aussi bien pourrait-on dire qu’il n’y a pas une gnose, mais des gnoses dont les enseignements divers s’étendent sur des siècles et des peuples très différents. Ils ont une base commune à ce qu’il semble : le pythagorisme, d’essence hellénique. Néanmoins, ce pythagorisme varie selon les nuances qu’y apportent les éléments judaïques, égyptiens, arabes, persans, qui le surchargent.
Palestinienne à son origine, Matter voit la Gnose se diviser en trois branches : la syriaque, l’égyptienne et l’asiatique, et se ramifier encore en petites écoles, sorties des sectes d’Egypte. Il faut chercher là, dans son inépuisable individualisation, la cause de son mal. Ses adeptes accusent de plus en plus la tendance à se suffire à eux-mêmes, pour assurer leur salut. Elle se trouve mêlée à la goétie, s’entache de magie noire, en dégénérant.
Son ambition première, comme son nom l’indique (gnôsis veut dire connaissance) était de rendre accessible à l’intelligence le grand Mystère. Elle enseignait à ses zélateurs que tous les êtres spirituels émanent d’une seule lumière, qui est Dieu. Toutefois, la créature ayant transgressé la loi, son âme ne réintégrera le sein de l’Unique qu’au terme d’une lente épuration progressive. La nature est bonne, puisqu’elle est l’œuvre du Créateur ; elle a été gâtée, non par la civilisation (comme le croira Rousseau), mais par le péché, autrement dit l’éloignement et l’oubli de notre origine divine. Le salut est promis à l’âme si, au lieu de les en détourner pour se laisser séduire par les apparences, elle fixe ses regards sur celui dont elle vient. Les gnostiques croient à la faute originelle ; leur doctrine est donc fondée sur l’idée du rachat, de la rédemption.
Mais il n’est pas du propos de ce livre de définir le gnosticisme, sur lequel, du reste, on ne possède guère d’autres renseignements que ceux fournis par ses adversaires, les auteurs chrétiens (les Pères), et qui sont entachés, bien entendu, de partialité. Il suffit de dire, pour l’éclaircissement des principes sur lesquels les Templiers vécurent, que sa tendance était nettement éclectique. Réconcilier la pensée de l’Occident avec celle de l’Orient, et vice-versa, voilà à quoi il visait. Ses tenants raisonnaient ainsi : les Hellènes n’ont qu’une mythologie et s’enlisent dans le scepticisme le plus vain, le plus stérile ; les Juifs ignorent la sagesse suprême parce qu’ils n’ont reçu la loi que d’un démiurge ; enfin, l’Église, qui détient la Vérité, a vu, par la faute de l’incompréhension des Apôtres, ses disciples altérer les textes qu’eux-mêmes leur avaient laissés…
Dépouillée des adjonctions parasitaires qui, par la suite, l’ont dénaturée, la Gnose apparaît, à bien voir, d’inspiration non pas païenne, mais chrétienne, ou plutôt elle est de la même essence que le christianisme en qui elle reconnaît la révélation même de l’Esprit — si elle ne se confond avec lui.
A une époque où les certitudes de l’Église étaient encore assez lâches ou flottantes pour laisser quelque marge aux interprétations, les limites imposées par le dogme ne durent pas être de nature à la gêner. Elle ne présente, toutefois, aucun des caractères de ce qu’on appellera le protestantisme. Elle n’est point protestantisme avant la lettre. Son imagination le lui interdit ; Elle est ensemble trop mystique et trop sensible pour qu’on la dise évangélique. Cette liberté, qui rend tout frémissant le christianisme à peine sorti de la phase initiatique où il élabora sa doctrine, c’est en la Gnose qu’elle se montre le plus impatiente. Ses fidèles, qui s’apparentent aux Esséniens, se font remarquer par leur ascétisme. Aussi, Clément d’Alexandrie les tenait-il pour si honorables qu’il attribue leur nom aux bons chrétiens dans ses Stromates : « Heureux, s’écrie-t-il, ceux qui vivent dans la sainteté de la Gnose ! » Les cinquième et sixième livres de ces mêmes Stromates roulent tout entiers sur la perfection gnostique. On y peut relever notamment ceci : « Celui qui a mérité le nom de gnostique résiste aux séductions et donne à quiconque demande. »
On se tromperait, toutefois, si l’on déduisait de là que les gnostiques aient appartenu nominalement, même au début de leur existence, au christianisme. Quoique le plus considérable de leurs représentants ait des parties de chrétien, il n’en a pas trahi la foi après l’avoir reçue. Pour être infidèle à l’Église, il eût fallu qu’il la servît d’abord. Il n’en est pas sorti, n’ayant jamais fait partie, que l’on sache, de son corps militant1. Les gnostiques ne se soumettaient pas aux idées chrétiennes ; mais ils ne les battaient pas non plus en brèche. Parce qu’un Simon le Magicien niait la divinité de Jésus-Christ, ce n’est pas une raison pour faire partager à tous les gnostiques son incrédulité.
Il a existé une Gnose, mettons de nuance chrétienne, très accentuée, qui procédait de ce même Valentin (si près de saint Paul), dont E. de Paye a écrit qu’il fut un «moraliste chrétien et un spéculatif de haut vol» (Gnostiques et gnosticisme).
C’est à cette Gnose que les Templiers se rattachent lointainement ou dont ils ont recueilli quelques-unes des leçons. Ce sont celles de Clément d’Alexandrie, cité plus haut, et disant que la philosophie hellénique est — au même titre que l’Écriture Sainte — une manifestation du Verbe. Ce sont également celles d’Origène déclarant que «la loi naturelle est plus près de l’Évangile que la Loi, à moins que la Loi ne soit interprétée spirituellement»…
La Gnose n’a pas, à proprement parler, le caractère d’une religion, encore moins d’une philosophie ou d’une ontologie. Elle est une révélation dont la source remonte en Chaldée et en Perse, on a même dit jusqu’à l’Inde — au-delà de ces pays du Moyen-Orient où la foi s’égara, se perdit comme un ruisseau dans les sables, en les cultes de Baal (le Soleil) et de Belphégor (le Phallus). Les gnostiques s’attribuaient le privilège de détenir une science émanée directement de Dieu : «Celui qui a été, est, et sera», comme disait Simon le Magicien. Cette science leur avait été transmise de génération en génération, par une race élue pour sa sainteté.
Historiquement, la Gnose apparaît donc comme une effervescence de la Tradition ; elle marque un moment de son évolution, c’est-à-dire de sa transmission, d’âge en âge, par le canal d’une élite — du moins convient-il de l’entendre ainsi pour comprendre qu’il ait pu s’en retrouver quelque chose dans l’enseignement intérieur ou initiatique du Temple. Mais pour parler du gnosticisme des Templiers, il faudrait qu’il eût existé une Gnose active à l’époque où ils vécurent. Or la secte avait disparu, les membres de son corps militant s’étaient dispersés depuis longtemps, au XIIe siècle, quand l’Ordre fut fondé2.- Preuve qu’il s’agissait pour les miliciens éclairés de tout autre chose que d’une doctrine, au sens strict du mot, c’est qu’on n’en a recueilli aucun témoignage probant. Le Temple n’a rien écrit ni professé, et ceux des frères qui — lors du procès — auraient eu des révélations à faire n’ont rien dit. Toute religion, toute philosophie occulte ont tendance à passer de l’ésotérisme à l’exotérisme. Leur secret, si bien gardé qu’il ait été d’abord, finit toujours par être divulgué, il se laïcise en se sécularisant. Pour les Templiers, qui n’étaient instruits qu’oralement, ils n’ont jamais rien laissé transpirer des vérités qu’ils détenaient. Ils ne se sont faits propagandistes que d’idées de caractère social et politique fondées sur la solidarité, le compagnonnage.
Aucun signe extérieur à quoi l’on reconnaît l’autorité du chef spirituel, chez les Templiers; point de grand-prêtre parmi eux, en apparence du moins, ou de grand-pontife qui officie. Ceux qui savent ne sont pas nécessairement ceux qui, aux yeux des profanes, devraient savoir. Rien ne les désigne à l’attention. Le grand-maître, en particulier, on l’a vu par Jacques Molay, peut n’être qu’un soldat peu ou pas lettré, encore moins nourri de notions transcendantes.
Wilke (Geschichte des Tempelherrenordeus) proclame la piété des Templiers, en général, mais suppose, au sein de leur organisation, l’existence d’une doctrine secrète « introduite par le clergé» et réservée aux membres les plus intelligents de l’Ordre. Et qu’il y ait eu dans celui-ci des hommes éclairés, instruits, bien supérieurs, intellectuellement, aux chevaliers qui ne furent que de vaillants chrétiens, on n’en saurait douter quand on voit les défenseurs qu’ils ont délégués se débattre dans les mailles du procès, argumenter en légistes contre les subtilités de leurs juges.
Pour Jean Marqués-Rivière « un groupe exista, au sein des Templiers, qui possédait des buts secrets de puissance, soutenus par un ésotérisme rigoureux». Cette opinion est aussi celle de Probst-Biraben et Mai trot de la Motte-Capron, qui ont écrit que le Temple «visait avant tout à une puissance d’hégémonie», et qui ont parlé, d’autre part, d’une séparation existant chez lui en «Templiers exécuteurs des ordres, hommes d’action, incomplètement au courant des affaires de l’Ordre», et en «Templiers directeurs, peut-être même chefs apparents et chefs secrets, possédant inégalement encore les vues d’ensemble du grand-maître réel».


Mais il y a davantage à dire.

On a comparé la hiérarchie des Templiers à celle des Fatimistes. Toutes deux, cependant, procèdent des pythagoriciens. Point d’associations secrètes qui ne dérivent de la même source : les mystères d’Egypte. Les lois rigoureuses du maître de Samos, qui étudia sur les bords du Nil, sont en grande partie inspirées par les règles des prêtres de Memphis. Les épreuves que faisaient subir les vrais maîtres du Temple à ceux des chevaliers qu’ils voulaient élever à la qualité d’adeptes, durent être par bien des points pareilles à celles que Pythagore imposait à ses disciples : mise en observation du postulant, étude de sa physionomie, de son caractère, de ses discours, de son aptitude à sentir la lumière de l’éternel silence, Ce n’était qu’au bout d’un assez long temps qu’on lui révélait, et avec quelle prudence ! En la distillant, la doctrine sacrée. L’école se divisait, d’ailleurs, en trois catégories : les écoutants, auxquels on enseignait des principes de morale et la pratique de Fentr’aide; les cénobites, instruits de lois philosophiques et des bienfaits de la vie en commun; les initiés, enfin, ou mystes dont on ouvrait l’esprit à la connaissance des grands mystères. Aussi bien, le vêtement blanc des chevaliers de l’Ordre ne serait-il pas celui des disciples de Pythagore, qui furent, eux aussi, persécutés par un tyran, curieux de connaître leur secret, Denys de Syracuse?… On incline d’autant plus à le croire que l’insigne patriarcal du grand-maître, l’abacus, à pomme plate, sur laquelle était gravée la croix de l’Ordre, rappelait — on a eu l’occasion d’en faire la remarque — le bâton pythagoricien3. Mais l’importance que les Templiers attachaient aux nombres, sur quoi l’enseignement de Pythagore est fondé, se montre partout dans ce que l’on connaît d’eux. Comme les pythagoriciens, ils voient dans le déchiffrement du Tetraktys — la toute-puissante décade — le moyen le plus sûr de rendre la nature intelligible. Le Moyen Age ne connaissait que le pythagorisme allégorique, c’est-à-dire conventionnel. Les Templiers l’interprètent symboliquement. Ces banquiers (par nécessité politique) savent en faire un langage. La mythologie de Pythagore a un caractère cosmosophique, et c’est ainsi qu’un de ses initiés, le même Clément d’Alexandrie, cité plus haut, assimile la lune au masque de Gorgone, dans ses Stromates…
Par les nombres, les images de Pythagore ne sont point des figures employées comme signes d’autres choses, elles sont, à la fois, la signification concrète de valeur et celle, abstraite, de ces choses elles-mêmes.
«C’est l’essence du nombre, a dit Philolaùs, qui enseigne à comprendre tout ce qui est obscur et inconnu (…). La vérité seule convient à la nature du nombre et est née avec lui. »
Rien là que le christianisme condamne ou seulement réprouve. On sait, au contraire, à quel point les nombres sont chargés de sens par lui et comme est riche de spiritualité ce qu’il leur demande d’exprimer.
Le triangle reparaît dans toutes les figures que les Templiers nous ont laissées, et l’on voit que la plupart de leurs églises sont construites sur le plan octogonal. Mais on est frappé par leur prédilection pour le nombre trois, «ce nombre qui, a écrit Joseph de Maistre dans ses Soirées de Saint-Pétersbourg, se montre de tous côtés, dans le monde physique comme dans le moral, et dans les choses divines». Lors de sa réception, le prof es devait se présenter trois fois avant d’être accueilli par le chapitre. Il faisait les trois vœux. Les chevaliers prenaient trois repas par jour, mangeaient de la viande trois fois par semaine et observaient trois grands jeûnes dans l’année, où ils étaient tenus de communier trois fois, au cours de trois adorations de la croix. Dans toutes les commanderies ou maisons de l’Ordre, l’aumône se faisait trois fois par semaine. Chaque Templier avait trois chevaux. Il y avait trois façons de punir les coupables; jetés au cachot, ceux-ci se voyaient flageller à trois reprises. Un milicien se devait d’accepter le combat seul contre trois, et de subir trois fois l’assaut de son adversaire, en combat singulier, avant d’attaquer ou de prendre à son tour l’offensive…
Les Templiers honoraient, en agissant de la sorte, la Très Sainte et Indivisible Trinité, les trois hypostases de l’Un, Père, Fils et Saint-Esprit, mais aussi les trois Logos, les trois âmes de Platon, la manifestation parfaite de l’Unité.
Deux, et montés sur un seul cheval, au début de leur association, ils s’adjoignirent sept compagnons peu après, et furent ainsi neuf qui revêtirent le froc monacal en 1118. Pendant neuf ans, jusqu’en 1127, leur nombre reste le même, neuf étant le chiffre de l’accomplissement. Les commanderies du Temple se divisaient en neuf provinces. Ils sont neuf chevaliers féaux qui — le 7 avril 1310 — rédigent et remettent à la commission papale l’admirable mémoire dont il a été parlé en son temps. Neuf autres encore se présentent au concile de Vienne, en 1312, et sont jetés en prison avant d’avoir été entendus.
N’est-ce pas à dessein, d’autre part, que les Templiers élisent à douze — lui treizième — leur grand-maître ? Par le simple fait de rappeler ainsi le Christ et ses apôtres, ne préfiguraient-ils pas leur destin tragique? (Leur pieux fondateur avait exigé d’eux qu’ils récitassent treize Pater chaque matin, et neuf à l’heure des vêpres…)


13 , 9 et 3, des chiffres majeurs dans l’arythmosophie templiere

La réapparition dans leur histoire du nombre treize, qui devait leur être fatal, est, en vérité, chose impressionnante* Treize évêques et archevêques (outre neuf abbés) assistent le légat pontifical lors du concile dont ils reçoivent leur règle. Cinquante-quatre Templiers sont livrés aux flammes le 13 mai 1310. Le 13 octobre 1307, l’arrestation des chevaliers avait eu lieu dans toute la France. 1313 était une date qu’ils pouvaient atteindre, non dépasser. Molay fut brûlé sept ans après l’ouverture du procès de la Milice; et des vingt-deux grands-maîtres qu’elle compte, treize, comme il a été signalé, payèrent tragiquement de leur vie l’honneur d’un magistère qu’on leur enviait.
Anatole France, parlant un jour de Papus, a trouvé plaisant de railler la prétention des occultistes de se rattacher au passé le plus lointain par une filiation secrète. Il ne voulait voir d’autres ancêtres aux mystagogues du XIXe siècle que les illuminés du XVIIIe. Mais les gnostiques se réclamaient déjà d’une antique tradition. De même feront les alchimistes, et au XVIIe ces Rose-Croix à la découverte desquels s’acharna Descartes. L’immortalité que se targuait de posséder — comme le comte de Saint-Germain — le maître Janus d’Axel, ne pourrait-on proposer de sa réalité une explication satisfaisante pour les esprits sceptiques, en disant qu’elle a le caractère d’un symbole, et qu’il faut l’attribuer à la tradition ?
Une telle tradition, c’est proprement la pérennité de l’Esprit-Saint parmi les hommes. Elle annonçait l’Église à naître, non seulement par les prophètes, mais par les philosophes et les poètes païens ; elle affirme, à l’époque des cathédrales, que cette Église commence à peine et que les chrétiens n’ont rien vu en comparaison de ce qu’ils sont encore appelés à voir, comme le pensait Joseph de Maistre…
L’Église est la maison de Dieu, mais le Saint-Esprit n’a pas de demeure encore, s’il doit être adoré un jour ailleurs que dans le cœur des purs. (L’âme, qui est changeante, doit chercher dans l’Esprit — de la nature de qui elle participe — la stabilité.) «Tout mûrit, avait dit déjà Tertullien, et la Justice aussi. En son berceau, elle ne fut que nature et crainte de Dieu. La Loi et les Prophètes ont été son enfance ; l’Évangile, sa jeunesse ; le Saint-Esprit lui donnera sa maturité. »
Le Moyen Age, en ses élites, est tout palpitant du grand espoir de cette éclosion suprême. «Quiconque a la connaissance de Dieu est le Christ et l’Esprit-Saint, va jusqu’à affirmer Amaury de Bène ; car l’Esprit-Saint s’incarne en lui sans qu’il soit besoin de l’efficacité des sacrements et de l’intermédiaire du prêtre…» Ici, l’individualisme rompt les barrières de l’enseignement sacerdotal. Mais François d’As¬sise et ses petits frères sont tout spirituels. La pauvreté, sœur de la charité, voilà leur idéal suprême, et cet idéal n’est qu’amour. Le mot se pare d’un prestige qui transporte les femmes. En 1300, une Anglaise vient en France prêcher qu’elle est le Saint-Esprit incarné… En Allemagne, aux Pays-Bas, des égarés enseignent que l’âme anéantie dans l’amour du Créateur n’a point souci du corps… Et que traduit la légende du Graal, cette recherche de la coupe où furent recueillies par Joseph d’Arimathie quelques gouttes du précieux sang du Sauveur, sinon le désir de la chevalerie épurée d’atteindre par le sacrifice au dernier degré de l’échelle mystique?
Ce que veulent les soldats du Christ, c’est bâtir le Temple du «Libre Esprit», le sanctuaire même de la Coupe autour de laquelle ils veilleront en armes.
André Godard, qui a approfondi le problème paraclétique, écrit dans L’Universelle Rédemption que «les Templiers opposent à l’Église du Christ le Temple du Saint-Esprit». Pourquoi «opposent»? Sans doute, ils ne font pas de Noël, qui célèbre la naissance de Jésus, ou de Pâques, qui en exalte la résurrection, leur grande fête, mais de la Pentecôte, le jour qui vit pleuvoir des langues de feu sur les Apôtres… Le dimanche de la Trinité, ils se prosternent dans leurs chapelles pour vénérer le plus grand des mystères, celui de la triple essence de Dieu, que Ton trouve à la base de toutes les religions.
Le 24 juin, ils commémorent la venue au monde de saint Jean-Baptiste (le chef de l’Église intérieure)… L’agneau, qui ornait les chapiteaux de leurs chapelles (rappelant le Saint-Sépulcre) est bien le symbole du mystérieux habitant du désert que l’imagerie religieuse représente tenant dans ses bras la douce bête sacrifiée d’avance4. Ce n’est pas à dire que les Templiers veuillent substituer l’Église de Jean à celle de Pierre, qui «a fait son temps», comme devaient le déclarer Fichte et Schelling. Mais Jean fut le maître et Jésus le disciple, malgré sa divinité. Pour ce qui est de ce monde et de son existence ou de sa destinée dans le temps relatif, le fils d’Elisabeth, l’épouse de Zacharie, en savait plus que le fils de Marie, la femme de Joseph… Une telle croyance, maintes âmes l’entretiennent, du moins, aux XIIe, XIIIe et XIVe siècles, et des artistes peignent ou sculptent alors, en toute pureté d’âme, le Baptiste étendant sa protection sur le Nazaréen…
L’heure était-elle à l’époque des Templiers, est-elle aujourd’hui propice à la construction de la maison du Saint-Esprit qui suggérera ce que Jésus a enseigné ? La même question, on voit à diverses reprises, au cours de l’histoire, des groupes d’initiés se la poser anxieusement, et entreprendre l’idéale édification. Spectacle souvent grandiose, mais à tant d’égards décevant… Ah ! N’abandonnez donc pas avant l’heure l’asile de Pierre, le corps baptisé du Christ, pauvres âmes affamées de justice, et qui languissez après le règne tant désiré des saints! A quelle errance, à quels errements misérables ne seriez-vous pas condamnés! Où vous agenouiller, prier, s’il arrivait que son abri vous manquât, Vautre n’étant pas prêt pour vous accueillir?
Ce qui règne parmi les Templiers, ce qu’ils cultivent, ce n’est pas seulement cet «esprit de mysticisme ou de super naturalisme nécessaire aux imaginations rêveuses et délicates » dont a parlé Gérard de Nerval, et qu’acceptait et tolérait, d’ailleurs, le clergé catholique aux premiers siècles de notre ère, c’est l’Esprit tout court. Détenteurs de la Connaissance on comprend que ce soit à l’intérieur de l’Église (qui n’eût rien trouvé d’elle-même à reprendre à leur activité) que les Templiers servirent l’Esprit. Mais ils firent plus, sans doute, que de se livrer à des spéculations. Ils réalisèrent une synthèse des notions éprouvées par l’expérience des hommes dans tous les domaines, et les utilisèrent pour des fins d’un impérialisme hautement désintéressé. Comme ils possédaient la science des nombres, cultivaient les mathématiques transcendantes, ils ont aussi appliqué — avec quel succès ! — le calcul aux opérations bancaires. Avec leur flotte, ils ont couru les mers et, peut-être les premiers, colonisé le Mexique, à la fin du XIIIe siècle. Christophe Colomb, de famille noble, et grand-maître du nouvel Ordre des Templiers, selon Maurice Privas, aurait eu en mains les documents nécessaires à son voyage au Nouveau monde5. Enfin, l’Ordre était instruit d’architecture. Cela ressort de ce qu’on sait des établissements qu’il avait à proximité des édifices religieux que l’on bâtissait, des relations étroites qu’il entretenait avec les compagnons et les maîtres des pierres vives6. Des maisons qu’ils possédaient en tous les lieux où, comme l’a dit le vieux chroniqueur Raoul Glaber, «le monde secouant ses haillons revêtait la robe blanche des églises», les Templiers inspiraient les architectes, guidaient les ouvriers. Et de vivre en Chaldée les incita à approfondir l’astrologie. Rien ne serait moins surprenant, d’autre part, que d’apprendre qu’ils s’adonnèrent à la magie (d’où, peut-être, cette fable de l’enfant qu’ils faisaient rôtir pour oindre de sa graisse leurs idoles) ; cultivèrent les arts divinatoires ou évocatoires, et pratiquèrent l’alchimie. Quoi qu’il en soit, en la pierre philosophale (materia prima magisterium), ils n’ont dû voir que le Parergon, la chose secondaire, l’Ergon, ou chose essentielle, étant la recherche de cette unité de la matière, qui hanta la pensée de Goethe.


la Synarchie , un objectif de l’Ordre du Temple ?

Mais leur suprême objet nous le connaissons : une synarchie. L’idée en fut stimulée chez eux par l’exemple d’Alexandre, le jeune héros macédonien, qu’auréole une gloire si pure. Alexandre s’empara du monde oriental pour le recréer dans l’harmonie, en le douant d’un haut et fécond idéal. « Se sachant envoyé par les dieux, dit Plutarque, pour être l’arbitre de tous et pour réconcilier les hommes», que voulut-il, sinon que chaque peuple eût une patrie dans l’empire qu’il créait?
Il lui manquait la foi qui soulève les montagnes parce qu’elle prend son point d’appui dans un autre monde que celui-ci. Les dieux grecs, que révérait Alexandre, ne sont que l’incarnation des forces naturelles. Chez les Hellènes, le culte de la paix était en honneur en même temps que celui de la guerre. Offenser les dieux, c’était commettre, plutôt qu’un sacrilège, une offense à la raison, une infraction aux mœurs de la race. C’était violer les lois naturelles et les lois sociales qui réglaient sa manière de vivre. Rien de mystique, de métaphysique même dans la mythologie. En se persuadant qu’il était l’instrument des dieux, Alexandre croyait tenir sa mission des morts, être l’exécuteur de leur volonté. Il obéissait à la voix de ses ancêtres, protestant au nom de la sagesse contre la folie du désordre. Les Templiers, eux, ne séparaient point le Chérubin, qui est l’ange de la Connaissance, du Séraphin, qui est celui de l’Amour. La charité qui les avait animés quand ils s’étaient faits moines les inspirait toujours. Leur but était le perfectionnement moral de l’homme. Ils savaient qu’il n’y a de connaissance qu’en l’amour. La haine, ils ont été à même de constater, pendant les Croisades, comme elle est stérile. Cette paix universelle dont ils rêvent, ils l’imposeront aux peuples en attendant que ceux-ci aient atteint leur majorité, aient acquis la raison nécessaire à l’établissement d’une entente durable, qui permettra la rénovation des âmes.
Dante, chez qui on retrouve la même idée de paix, glorifiait, d’autre part, les Templiers de pair avec l’amour « qui meut le soleil et les autres étoiles » — et par rapport à qui se classent les péchés et s’en mesure la gravité : amour exalté, dénaturé, déficient… Car le monde dont les Templiers se réservaient le gouvernement ou sur lequel ils voulaient faire régner leur autorité morale, c’était celui de l’Évangile. Aux musulmans, dans leur projet, eût été dévolu le rôle d’opposer une barrière à la masse asiatique, confuse, en gestation d’on ne saura jamais quelle ténébreuse possibilité, quelle monstrueuse chimère…
Les Templiers n’ont pas trahi la cause de la chrétienté parce qu’ils ont conçu la possibilité de réaliser un équilibre entre l’Orient et l’Occident, non seulement dans l’ordre matériel, mais dans le spirituel. On voit bien, en étudiant avec impartialité l’histoire, les immenses services qu’ils ont rendus à la civilisation européenne, tant à l’est que dans la catholique Espagne, en tenant l’Islam en échec. Si les Templiers, pivot de la résistance aux envahisseurs dans la presqu’île ibérique, n’eussent pas combattu l’influence mauresque, la prise de conscience de son génie par l’Espagne eût été fort retardée, pour le moins. Présents dans l’île de Chypre, ils se seraient, à coup sûr, opposés comme les chevaliers de Saint-Jean à Malte, à l’avance des Turcs. Schaurer (que cite Finke) l’a justement dit : l’Ordre a approfondi l’idée de l’homme chevaleresque, Yhomo legalis, et il lui a donné une fonction religieuse, «ouvrant ainsi à toute une classe du peuple, pour de longs siècles, des sphères d’activité qui ont exercé une énorme influence et qui sont encore aujourd’hui reconnaissables dans le monde».
Sans doute, la mise à exécution de leur grande pensée d’entente spirituelle et d’union politique des États de l’Europe, en accord avec le pape et le roi de France, était-elle prématurée puisqu’elle se heurta au désir de centralisation monarchique de Philippe le Bel, impatient de constituer un tout puissant royaume, et puisque Clément V se montra indigne, par sa vénalité, de sa haute mission sacerdotale…
Mais l’iniquité commise par le mieux doué des Capétiens a eu un effet funeste, et qui s’est prolongé tard : elle a justifié, en quelque sorte, en créant un précédent, l’arbitraire de la procédure criminelle, empruntée aux méthodes de l’Inquisition, en usage sous l’Ancien Régime. Clément V, en outre, en sanctionnant l’abus de pouvoir de Philippe IV, a sapé l’autorité morale de l’Église. Dissolu comme il fut, il a inauguré une ère de corruption dans les mœurs du Saint-Siège, fait le lit de la licence effrénée des papes lors de la Renaissance, et fourni à la Réforme ses plus valables arguments contre le catholicisme romain.
Soutenus comme ils le furent, à leurs débuts, par un homme exceptionnel, Bernard, qui, sans autre titre que celui d’abbé, était en réalité l’âme du monde chrétien, et dont l’auteur de La Divine Comédie a fait son introducteur auprès de la théologie, les Templiers crurent qu’un pape se trouverait, de la même envergure que lui… Ils se trompèrent. Ils commirent aussi l’erreur de compter sur l’assistance du premier des souverains féodaux de l’Occident, infidèles à la pensée de Charlemagne. Ils devaient périr. On l’a déploré, à juste titre, quoiqu’il faille se répéter, en manière de consolation, que les hommes passent mais que les principes demeurent.
«Si l’on me demandait de citer, a dit Dôllinger (Der Untergang des Templerordeus), en employant le mot dans son sens le plus vrai, le dies nefastus de l’histoire du monde, il ne m’en viendrait pas d’autre à l’esprit que le 13 octobre 1307.»


Notes:

1. Tertullien le qualifie de platonicien. Il eut le tort de quitter, pour Rome, Alexandrie, où il enseignait, et où l’éclectisme était en faveur. L’esprit d’unité, qui régnait dans la capitale de l’Empire, lui fut fatal. On le traita avec rigueur et la dissidence se mit parmi ses disciples.
2. Éon de l’Estoile, dont le nom rappelle la pneumatologie de la Gnose, reste un isolé.
3. L’idée gnostique de saisir la nature de l’Être dans son essence est déjà chez Pythagore. Un signe à quoi, d’autre part, on reconnaît une filiation pythagoricienne, de façon infaillible, dans une école hermétique, est l’importance que cette école attache à la science des nombres. Les Rose-Croix, par exemple, plaçaient au sommet des connaissances, les mathématiques.
4. On trouve encore, parfois, en France, des églises et des chapelles ayant appartenu aux Templiers, qui sont placées sous l’invocation de saint Jean-Baptiste. Dans l’église de la commanderie de Brelvennez (Côtes-du-Nord), on a découvert, notamment, l’image d’un agneau de saint Jean portant une petite banderole surmontée de la croix pattée de l’Ordre.
5. Cf : Écoutez-moi, avril 1934.
6. « Les Templiers se rattachaient à ce que l’on a appelé l’hermétisme, tradition d’origine hellène-égyptienne, souvent mêlée à l’ésotérisme chrétien et à l’ésotérisme musulman. Il comportait, précisément, des connaissances d’ordre cosmologique qui correspondent àl’Art Royal, ce lui explique que des liens aient pu exister de tout temps entre les hermétistes et les artisans initiés. Après la destruction de l’Ordre des templiers, il y eut une réorganisation secrète, qui échappe complètement i l’histoire profane, mais qui permit à cette tradition de se maintenir dans les organisations analogues, mais plus cachées. » (E.-G. Dirieq, Le voile d’Isis, numéro spécial sur le Compagnonnage, 1934.) «Dans le Titurel, écrit Henri Martin (Histoire de France), un héros appelé Titurel fonde un temple pour y déposer le saint Vessel (le Graal), et c’est le prophète merlin qui dirige cette construction mystérieuse, initié qu’il a été par joseph d’Arimathie en personne au plan du Temple de Salomon. La chevalerie du Graal devient ici la Massenie, c’est-à-dire une Franc-Maçonnerie ascétique, dont les membres se nomment les Templistes, et l’on peut saisir ici l’intention de relier à un centre commun, figuré par ce Temple idéal, l’Ordre des Templiers et les nombreuses confréries de constructeurs lui renouvellent l’architecture du Moyen Age. »

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 4 juin, 2009 |33 Commentaires »

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