Archive pour novembre, 2008

Sauvetat, Hopital des Templiers !

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A la Sauvetat, commune voisine de Champeix, se trouve la commanderie du Temple.
C’est ici que les Templiers blessés et invalides venaient se faire soigner lors des guerres de religion.
L’entrée se faisait par un porche exigu et long d’environ 10 mètres. Celà permettaient aux occupants de bien contrôler ceux qui voulaient y entrer.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 9 novembre, 2008 |1 Commentaire »

La Guerre et les Chretiens

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Le pacifisme ne tient guère de place dans l’Antiquité gréco-latine. La guerre paraît alors une activité naturelle à laquelle il faut sans cesse se préparer. Ce point de vue est partagé de tous, y compris des philosophes. C’est ainsi que Socrate, lui-même ancien combattant, s’adressant à ses jeunes disciples, les engage à ne pas négliger l’entraînement physique et sportif, non pas pour les Jeux Olympiques, mais pour la guerre : ‘Vous éviterez ainsi d’être tués bêtement, et surtout d’être faits prisonniers.’

La plupart des grandes personnalités politiques de l’époque sont aussi militaires : Alexandre, Hannibal, Scipion, César… La guerre imprègne tout : les enfants apprennent à lire avec la guerre de Troie, les artistes s’efforcent d’illustrer la passion du combat.

Toute cette culture est balayée par le christianisme. Jésus n’a jamais porté les armes. Il n’est pas mort en soldat, sur le champ de bataille, mais en croix, comme un esclave. Il repousse son ami qui, dans un moment dramatique, veut le défendre par l’épée : ‘Celui qui frappera de l’épée périra par l’épée.’ Saint Paul affirme l’universalité du christianisme et, après lui, Tertullien (3ème siècle) son internationalisme : les Barbares sont nos frères en Christ. Au lieu de chercher à nous débarrasser d’eux, nous devons leur apporter l’Évangile et les accueillir en frères. Nous avons là les bases du pacifisme internationaliste chrétien, qui sera présent dans les esprits pendant mille ans, presque jusqu’à la fin du Moyen Âge. Bien sûr, les chrétiens feront la guerre comme tout le monde, mais leur pacifisme se fera toujours sentir. Les grands théologiens (saint Augustin, saint Thomas d’Aquin) poseront le problème de la ‘guerre juste’, une question que n’aurait pas comprise Alexandre ou César.

Le peuple chrétien n’a aucune sympathie pour les gens de guerre, qu’il regarde comme de mauvais chrétiens tout barbouillés de sang et de péchés. L’Église s’efforce de les rendre présentables en instaurant la chevalerie. Enfin, et c’est le plus important, les chrétiens sont de piètres conquérants, bien qu’ils soient de très bons soldats, bien équipés. L’exemple le plus fort est celui des croisades.

Le but de la croisade n’est pas d’anéantir les musulmans mais de les convertir. Cela est éclatant dans les actes du dernier et du plus fameux des croisés : Louis IX, roi de France. Avant de combattre, il adjure ses adversaires de le rejoindre en Christ. Lors de sa dernière croisade, devant Tunis, il fait plus : il propose au sultan de Tunis de se constituer otage et de rester son prisonnier aussi longtemps qu’il le voudra, pourvu qu’il se convertisse au christianisme. Louis est mort de la peste avant de connaître la réponse.

Au 13ème siècle, un autre peuple, un vrai conquérant celui-là, émerge dans l’histoire : le peuple mongol. En quelques décennies, tandis que les chrétiens sont refoulés par les musulmans, les Mongols s’emparent de la Chine, de tous les royaumes musulmans d’Asie que les chrétiens ont à peine égratignés, de Bagdad, de Damas, d’Alep et de la Russie ! Comment font-ils, eux ? Leur roi, Genghis Khan, nous l’explique simplement : quand une ville me résiste, je tue tout le monde. Je détruis tout et je mets le feu. Après quelques exemples de la sorte, les portes s’ouvrent souvent toutes seules.

 

De la guerre moderne…

Les croisades sont l’échec d’une civilisation. Les chrétiens vont s’en détourner complètement et remettre à l’honneur les valeurs contre lesquelles ils s’étaient insurgés mille ans auparavant : celles de l’Empire romain.

Nous savons tous qu’à la Renaissance, les chrétiens ont adopté l’architecture, l’art, le droit, la littérature de l’Empire romain, mais surtout sa politique, qui se résume simplement : ‘La volonté du roi est la loi.’ Mieux encore, à la suite de la Réforme, le roi devient souverain en matière de religion, il la façonne même à son gré. Dans ces conditions, il n’a plus de leçons à recevoir de l’Eglise ni de personne, et surtout pas en matière de politique et de guerre. Les rois s’y adonnent avec d’autant plus d’ardeur que, au Moyen Âge, les armements ont fait d’immenses progrès. Les deux principaux concernent l’artillerie et la construction navale.

La fortification de pierre était devenue presque inexpugnable, ce qui rendait les guerres interminables (guerre de Cent Ans). Mais la nouvelle métallurgie fournit la parade, avec le canon de bronze tirant des boulets de fer. Ce canon fait brèche en une après-midi dans une forteresse qu’il fallait parfois assiéger un an ! La guerre en est toute ragaillardie.

La construction navale n’était pas le domaine d’excellence des Anciens. Ils ne se risquaient guère à déplacer une armée par mer. C’est pourquoi les Romains construisaient tant de routes. Mais, au 16ème siècle, les chrétiens disposent d’une arme terrible : le navire, qui peut porter la guerre à l’autre bout du monde. Et sur le voyage, que fait-on ? On tue, on pille, on brûle. Comme les Mongols, qui ont conquis l’Asie en quelques décennies, les chrétiens s’emparent de tous les océans du monde, et des rivages qui vont avec. Et cela peut être prodigieusement payant !

Dès lors, la guerre moderne a cause gagnée, on ne l’arrêtera plus. Elle va croître en puissance, en prestige et en rentabilité jusqu’à nos jours. Le militarisme regagne le terrain qu’il avait perdu au Moyen Âge, la guerre reprend la place qu’elle avait dans l’Antiquité.

http://www.rotary.belux.org/fr/news/00470.shtml

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 9 novembre, 2008 |1 Commentaire »

La Science Arabe , les Templiers avaient compris …..

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La Science Arabe , les Templiers avaient compris ..... dans L'ordre des Templiers hab_dot hab_dot dans L'ordre des Templiers Un héritage oublié
Françoise Micheau
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Science arabe : un sujet fascinant où les chiffres arabes, l’algèbre, Avicenne, l’astrolabe, l’alambic, captivent notre imaginaire occidental. On peut en fixer les débuts au VIIIe siècle, lorsque les califes abbassides prirent le pouvoir, fondèrent Bagdad et encouragèrent un mouvement culturel de grande ampleur. Son rayonnement dura plus de six siècles et s’étendit progressivement à l’Occident chrétien.

Science arabe : deux mots simples, apparemment aisés à saisir. Et pourtant, il faut préalablement nous expliquer sur ces mots et sur l’objet de ce dossier. Par science, nous désignons aujourd’hui l’ensemble des sciences dites exactes, ou dures, au premier rang desquelles les mathématiques, la physique, l’astronomie, la chimie, et nous y adjoignons volontiers les sciences de la nature, que l’on préfère appeler les sciences de la vie : biologie, médecine, botanique, etc. Et c’est bien de toutes ces sciences, et exclusivement d’elles, qu’il est traité dans ce dossier. Mais cette séparation nette entre un domaine scientifique, dominé par les concepts d’exactitude, de rationalité, de vérité démontrable et démontrée, et les domaines ouverts à la spéculation philosophique et religieuse, qu’accompagne le rejet de tout recours au merveilleux et au magique, est moderne – disons qu’elle date du XVIIIe siècle – et a particulièrement dominé le XIXe siècle, tandis que le XXe siècle a enrichi, et compliqué, le jeu en introduisant les sciences humaines et sociales, notamment la sociologie.

Un humanisme ouvert a tous les domaines de la connaissance

Les hommes du Moyen Age, dans le monde arabe comme dans le monde occidental, avaient une tout autre vision de la science. Il n’existait à leurs yeux qu’une science orientée vers la connaissance par excellence, celle du vrai, du beau, du bien, disaient les philosophes, celle de Dieu disaient plus volontiers les théologiens, et toutes les disciplines concouraient à cette connaissance suprême. Bien plus, les diverses branches ne pouvaient être étudiées séparément les unes des autres et requéraient l’acquisition préalable de fondements théoriques et de principes logiques qui leur étaient communs. Avicenne (Ibn Sina en arabe) fut tout autant un philosophe qu’un médecin et il a laissé dans chacune de ces deux disciplines une magistrale encyclopédie qui servit de référence pendant des siècles en Orient comme en Occident. Rhazès (al-Razi) s’adonna avec un égal bonheur à la philosophie, à la médecine, à la physique, à l’astronomie, à l’alchimie, aux diverses sciences de la nature. Et de tels exemples sont légion. Car l’unité du savoir, que nos esprits modernes ont rejetée au profit des divisions méthodologiques et des spécialisations nécessaires, caractérise l’univers intellectuel de l’homme médiéval, qui cherche à retrouver l’harmonie de l’Univers, à atteindre l’unique Vérité. Séparer une « science » dans l’ensemble des savoirs développés par les Arabes répond sans nul doute à nos curiosités et à nos conceptions d’aujourd’hui, mais risque de nous entraîner à commettre un contresens historique en donnant un caractère de modernité à des savants, des ouvrages, des concepts qu’il faut, au contraire, apprendre à interpréter dans leur contexte culturel propre.

Quand l’arabe était la langue de la science

Science « arabe » ? Oui, si nous signifions par cet adjectif que les textes par lesquels les savants ont exprimé, consigné, diffusé leurs connaissances, leurs certitudes, leurs découvertes, sont rédigés en langue arabe. La science arabe n’est pas la science des Arabes au sens ethnique de ce terme, mais la science écrite en arabe dans un monde et à une époque où la suprématie de cette langue n’était pas contestée. Un peu comme le latin dans le monde occidental médiéval. Car, dans ce vaste espace conquis par les Arabes aux VIIe-VIIIe siècles et qui s’étend des rives de l’Atlantique aux limites de l’Inde, sur la péninsule Ibérique, le Maghreb, l’Égypte, la Syrie, l’Iraq, l’Iran et les confins de l’Asie centrale, vivent des peuples extrêmement divers, mais qui ont tous adopté l’arabe comme langue de culture, et pour le seul Proche-Orient comme langue parlée. La langue du Coran s’est imposée comme véhicule des idées, des concepts, des connaissances, et les chrétiens eux-mêmes l’emploient volontiers. Les Iraniens participèrent en grand nombre au mouvement scientifique, Rhazès et Avicenne déjà évoqués étaient originaires le premier de Boukhara, le second de Ray (près de l’actuelle Téhéran), mais ils écrivirent tous en arabe, du moins jusqu’au XIe siècle. À cette date en effet apparaît le persan moderne écrit, l’arabe est rapidement abandonné, et tout un mouvement intellectuel, surtout important en philosophie, moins bien connu dans le domaine proprement scientifique, s’exprime dans des traités de langue persane. Dans le reste du Proche-Orient, l’arabe garde la suprématie comme langue de culture, comme langue écrite jusqu’à la conquête ottomane au XVe siècle ; mais alors le turc, langue des nouveaux maîtres de toute la partie orientale et méridionale du monde méditerranéen, remplace l’arabe. Les textes scientifiques de langue turque reprennent en général les données de leurs prédécesseurs arabes. Le respect des susceptibilités nationales et plus encore la rigueur historique interdisent les confusions révélatrices d’ignorances et exigent de situer justement, dans l’espace et le temps, savants, documents, textes, idées, afin de repérer les continuités et les ruptures.
À l’expression « science arabe », il est parfois préféré celles de « science islamique » ou « science musulmane ». Elles sont à proscrire. Parlerions-nous de « science chrétienne » pour désigner la science qui s’est développée à Chartres, Paris, Montpellier, Oxford, Cologne ou Padoue durant le Moyen Age ? Il peut pourtant sembler commode de désigner comme « musulmane » une science dont le cadre historique de développement fut la partie du monde alors dominée par des pouvoirs qui ont imposé l’islam comme source de légitimité et comme cadre de référence. Mais c’est oublier que des non-musulmans ont joué un rôle décisif dans l’essor scientifique des premiers siècles. Plus encore, c’est réduire le monde dit musulman aux seuls Proche-Orient et Maghreb et négliger ce grand mouvement historique qui, à partir du XIe siècle, fit adopter l’islam comme religion par des souverains et des peuples en Afrique noire, en Inde, en Indonésie, si bien que, aujourd’hui, les Arabes ne représentent que 15 à 20 % des musulmans. Surtout, c’est laisser entendre que l’activité scientifique s’est développée sur une base « islamique », par référence au donné révélé qui lui en aurait fourni légitimité, prémisses et fondements, et c’est bien avec cette connotation religieuse que certains écrivains arabes actuels, mus par des préoccupations apologétiques, parlent de « science islamique ». Or, les hommes de science du monde arabe médiéval, recourant au seul exercice de leur réflexion propre, ont réfléchi et travaillé indépendamment des références fournies par les textes révélés et les dogmes. Indépendamment, ce qui ne signifie pas en opposition à elles, même si cette attitude intellectuelle caractéristique des « sciences rationnelles » (voir encadré) a entraîné, à certaines époques, de vifs conflits entre les tenants du seul recours à la raison et les représentants des « sciences religieuses ».

La classification des sciences

Pour les penseurs arabes du Moyen Age, les sciences ou ulum, c’est-à-dire les diverses branches du savoir concourant à la connaissance de la Vérité (ou ilm, singulier de ulum), se divisent en deux grands ensembles :
– les sciences qu’ils appellent « religieuses » ou « traditionnelles » : exégèse coranique, étude des traditions (hadith dont l’ensemble forme la Tradition musulmane ou Sunna), langue arabe, droit, sources du droit, théologie dogmatique, etc. Elles ont pour fondements le Coran et la Tradition musulmane et cherchent à développer et à expliquer, y compris par le recours à la Raison, le contenu de la Révélation. Les spécialistes sont souvent appelés oulémas (en arabe ulamas, mot dérivé de ulum) ;
– les sciences qu’ils appellent « rationnelles » parce que méthodiquement construites par l’esprit humain, par le seul exercice de sa réflexion, de sa raison : philosophie, sciences exactes, sciences de la nature. Elles ont été développées dans l’Antiquité, bien avant la Révélation coranique et indépendamment de l’islam, et sont donc aussi appelées « anciennes » ou « étrangères ». Pour en établir la classification, les penseurs arabes se réfèrent volontiers au schéma aristotélicien qui sépare la logique (science instrumentale première), les sciences spéculatives (physique, mathématiques, métaphysique) et les sciences pratiques (entre autres la morale). Les sciences spéculatives se composent de sciences fondamentales et de sciences dérivées ; c’est ainsi que, selon le schéma établi par Avicenne, la physique comprend huit sciences fondamentales (la science des principes généraux, la science du ciel et du monde, la science de la génération et de la corruption, la science des phénomènes supérieurs, la science des minéraux, la science des plantes, la science des animaux, la science de l’âme) et sept sciences dérivées (la médecine, l’astrologie, la physiognomonie, la science de l’interprétation des songes ou oniromancie, la science des talismans, la magie et l’alchimie).

Un calife mécène

Septième calife abbasside, al-Mamun régna à Bagdad de 813 à 833. À la mort de son père Harun al-Rashid en 809, le pouvoir fut partagé entre son frère aîné al-Amin et lui-même. Mais, après quatre années d’une guerre civile acharnée et meurtrière, il s’imposa comme seul successeur. Toute la politique d’al-Mamun fut dictée par la volonté d’assurer l’unité et la grandeur d’un vaste empire, notamment par le contrôle personnel de l’administration et de l’armée, par la lutte contre toutes les formes de dissidence, par la reprise de la guerre contre l’Empire byzantin, par l’adoption du mutazilisme (école de théologie qui argumente en faveur de l’unicité divine par le recours à la philosophie grecque) comme doctrine officielle. Le soutien apporté par le calife al-Mamun aux sciences s’inscrit dans cette politique générale : élaborer une culture nouvelle, d’expression arabe, intégrant l’ensemble des héritages persans et hellénistiques. Par quels moyens ? En accordant de larges pensions aux savants qui trouvaient ainsi un moyen d’existence en favorisant les traductions du grec, du syriaque, du pehlvi en arabe, en enrichissant la bibliothèque de son palais (appelé en arabe « Bayt al-hikma » ou « Maison de la sagesse ») d’ouvrages nouveaux et en l’ouvrant aux hommes de sciences et de religion qui s’y réunissaient volontiers, en finançant les travaux scientifiques (notamment de longues séries d’observations astronomiques), en commandant des livres sur les sciences nouvelles (al-Khwarizmi écrit un traité d’algèbre à sa demande), en réunissant à sa cour traducteurs, lettres et savants, de toutes origines et de toutes confessions, pour de longues soirées de discussions et de controverses.

Aux origines de la science arabe : traductions et esprit scientifique

Si la science arabe n’est pas seulement héritage, nous y reviendrons, elle ne s’inscrit pas moins dans une longue tradition qui, remontant à la Grèce classique, connut des inflexions et se poursuivit aux siècles suivants. L’histoire de la science arabe est d’abord l’histoire du maintien en terre d’Orient des connaissances scientifiques issues des temps antiques. Alors que la vie intellectuelle de l’Occident sommeille à l’âge des invasions barbares et que seules des bribes du savoir des Anciens sont conservées dans les monastères, une civilisation urbaine perdure dans un Orient dominé par deux grands empires rivaux, l’Empire byzantin et l’Empire perse. Les villes d’Alexandrie en Egypte, d’Antioche, d’Edesse, d’Harran, de Ras’al-Aïn, de Nisibe en Syrie et Haute-Mésopotamie, de Ctésiphon, de Djundishabur en Iran, sont des foyers culturels vivants où les ouvrages des savants grecs sont lus et enseignés, compilés et commentés, recopiés et traduits. Les moines syriaques qui, aux VIe et VIIe siècles, traduisirent entre autres Aristote et Galien jouèrent un rôle décisif en effectuant une première transmission de ces textes philosophiques et scientifiques grecs dans une langue sémitique et dans un milieu pétri de christianisme. L’œuvre immense de traduction et d’adoption de l’héritage grec, accomplie au premier siècle abbasside, apparaît comme une continuation, plus ample, plus méthodique, d’une activité amorcée trois siècles plus tôt.
Car la conquête arabe, qui incorpore au nouvel Empire arabe ces centres intellectuels, n’a pas signifié leur mort. Bien au contraire. Une fois leur domination assurée et le pouvoir califal organisé(, les Arabes ont respecté hommes, cultures, religions. Ce long siècle pendant lequel se constitue, dans ses frontières et ses institutions, un Empire califal (de la mort de Mahomet en 632 à la révolution abbasside en 750) est aussi celui où s’élabore la pensée arabe ; l’urgence, pour la société musulmane naissante, est de se donner des bases solides : grammaire, droit, éthique, théologie. Les sciences profanes ne sont venues qu’après : il faut attendre l’arrivée au pouvoir des Abbassides pour assister à la promotion en arabe de la tradition de pensée grecque et à son accueil par les milieux rationalisants. Les nouveaux califes, désireux de s’assurer les services des savants de tous horizons, d’asseoir ainsi le prestige de leur régime et de rivaliser avec le puissant, et toujours rival. Empire byzantin, font de Bagdad, leur capitale fondée en 762, un centre intellectuel de première importance. S’y côtoient secrétaires porteurs de traditions iraniennes, traducteurs chrétiens nestoriens, lettrés défenseurs de leur arabité, théologiens ouverts aux spéculations rationnelles, juristes consignant les corpus à la base du droit musulman : c’est dans un tel contexte d’effervescence intellectuelle que se situent les débuts de la science arabe.
Les premiers textes scientifiques en langue arabe sont des traductions : du grec, plus souvent du syriaque, parfois aussi du pehlvi (la langue de l’Iran ancien). Hunayn ibn Ishaq, chrétien de Bagdad mort en 877, est l’un de ces traducteurs ; son activité est exemplaire des conditions du transfert de la science antique au monde arabe : il a établi, entre autres, 131 versions de traités de Galien (94 du grec en syriaque, 27 du syriaque en arabe, 10 du grec en arabe). Les traductions que lui et ses contemporains ont établies permirent l’élaboration d’un vocabulaire scientifique, inexistant dans une langue qui était celle des bédouins de l’Arabie préislamique et dont le Coran a fait la langue de la Révélation. Elles ont signifié l’introduction, dans les milieux savants arabes, de toute une bibliothèque composée d’Aristote, Platon, Hippocrate, Galien, Ptolémée, Archimède, Porphyre, Dioscoride, et bien d’autres, auxquels il conviendrait d’ajouter les noms de savants indiens. Elles ont suscité des curiosités nouvelles, provoqué une promotion spectaculaire de la Raison comme moyen et garant de la connaissance, fourni les bases d’un véritable développement scientifique.

Panorama des grands secteurs de la science arabe

Le IXe siècle, temps des traductions, d’une science recueillie auprès des civilisations des pays conquis ou des terres voisines, vit aussi les premières manifestations d’une science proprement arabe, avec, notamment, al-Khwarizmi, mathématicien et astronome, al-Kindi, philosophe et géomètre, Hunayn ibn Ishaq, traducteur mais aussi médecin, Thabit ibn Qurra, astronome. Leurs traités ouvrirent la voie à une science qui puise à des sources variées, bien que principalement grecques, se développe selon des méthodes propres, reprend et critique les présupposés des Anciens, introduit des concepts nouveaux, s’enrichit de problématiques originales. Une étude rapide des grands secteurs de la science arabe permet d’en mesurer la part de nouveauté et de création face à un héritage qui lui a fourni les fondements nécessaires.
La physique, qui étudie chez les Arabes comme chez les Grecs la structure de l’Univers, reste inchangée depuis Aristote. Elle pose l’existence de quatre éléments : le feu, l’air, l’eau et la terre, qui proviennent de quatre qualités, le chaud, le froid, l’humide, le sec, et qui composent tous les corps qui se trouvent dans la nature. Si les Arabes sont restés tributaires de ces conceptions aristotéliciennes qui ont prévalu jusqu’à l’époque moderne, ils ont en revanche développé certaines disciplines que nous rattachons à la physique, en particulier l’optique. Ibn al-Haytham, connu en Occident sous le nom d’Alhazen, né à Basra en 965 et mort au Caire en 1039, opère une mutation décisive ; rompant avec une tradition presque millénaire, il renverse le sens de la propagation du rayon : non plus issu de l’œil mais de l’objet regardé. En considérant l’œil comme un appareil optique, Ibn al-Haytham fait de la réfraction le problème central de l’optique, dont les lois mathématiques sont étudiées.

Observatoires et hôpitaux

Les souverains des mondes arabe, turc et persan sont réputés pour avoir été de grands bâtisseurs : mosquées, palais, mausolées attestaient de leur prestige aux yeux de tous et manifestaient une admirable maîtrise de l’architecture et des techniques décoratives. Observatoires et hôpitaux, autres monuments moins connus, doivent aussi être mis à l’actif de ces souverains soucieux de développer les arts et les sciences, par esprit de générosité, par souci de grandeur, par sens du mécénat. C’est ainsi que le calife abbasside al-Mamun patronna toute une série d’observations destinées à vérifier les données de L’Almageste de Ptolémée. Mais la construction de grands observatoires ne date que des derniers siècles de la période médiévale : à Maragha (en Azerbaïdjan), le petit-fils de Gengis Khan fit construire un observatoire doté d’une riche bibliothèque et d’instruments d’une grande perfection technique ; c’est là que Nasir al-Tusi travailla dans la seconde moitié du XIIIe siècle. Aujourd’hui, il ne reste de cet ensemble important qu’un mur de fondation : en revanche, un autre observatoire, fondé au XVe siècle à Samarkand par le petit-fils de Tamerlan, a fait l’objet de fouilles importantes. Des vestiges ont été restaurés, notamment le fragment d’un gnomon.
Cet observatoire servit de modèle à des constructions similaires à Istanbul et en Inde. Les hôpitaux furent, quant à eux, relativement nombreux – on en compte un sinon plusieurs dans toutes les villes du Proche-Orient à l’époque des croisades. Dotés par leur fondateur d’un personnel spécialisé, médecins et soignants, et de revenus suffisants pour en permettre le bon fonctionnement, ils assuraient des soins de qualité aux plus démunis.
Très différents en cela des hospices de l’Occident médiéval, ils permirent une assez large diffusion du savoir médical dans la société urbaine.


En matière d’astronomie, les Arabes eurent accès à deux systèmes de référence : celui de l’Inde qui fait une large place aux calculs trigonométriques pour établir la position des planètes, celui de Ptolémée qui rend compte, par une combinaison complexe de mouvements circulaires, du déplacement des astres. L’Almageste (mot d’origine arabe qui signifie « la grande composition ») est traduit en arabe au début du IXe siècle et, à partir de ce moment-là, l’œuvre du savant alexandrin domine l’histoire de l’astronomie. Dès la seconde moitié du IXe siècle, al-Battani commente, mais aussi corrige et complète L’Almageste en s’appuyant sur des observations nouvelles. Car les astronomes arabes ont mis en œuvre des moyens de calcul et d’observation plus puissants que ceux dont disposaient les Grecs ; ils ont réalisé des tables astronomiques – on en connaît plus d’une centaine – très supérieures à celles établies dans l’Antiquité. Cet essor de l’astronomie d’observation est sans doute lié à des facteurs culturels : le culte nécessite de connaître les heures de lever et de coucher du soleil (pour fixer le moment des cinq prières quotidiennes), le début et la fin du mois de ramadan marqué par l’apparition de la nouvelle lune (pour respecter la durée du jeûne), la direction de La Mecque (pour orienter les mosquées). L’astrologie, qui postule une relation entre la position des astres et les événements terrestres, est directement liée à l’astronomie et largement pratiquée ; elle impose, là encore, de prévoir les mouvements des planètes et leur position. Tout conduit donc à multiplier observations et relevés, mesures et calculs, à l’aide d’instruments nombreux et complexes. Certains savants sont allés plus loin : ils ont repris à leur compte les débats déjà engagés à l’époque hellénistique à propos du système ptoléméen et de sa discutable conformité à la physique d’Aristote qui postule que, dans le monde supralunaire (qui s’oppose au monde terrestre), seuls des mouvements circulaires uniformes, donc parfaits, sont concevables. Réflexions et contestations qui aboutissent aux hypothèses d’al-Biruni sur un système héliocentrique (et non plus géocentrique), d’al-Bitruji sur un système de spirales ouvertes (et non plus d’orbites planétaires fermées), ou encore de Nasir al-Tusi, qui travailla au XIIIe siècle à Maragha (dans l’Iran mongol) et dont les travaux seraient à l’origine de la conception des planètes de Copernic. Si l’astronomie arabe a hérité des Grecs les conceptions cosmologiques et un modèle mathématique rendant efficacement compte des apparences, elle a repris aussi des questions lancées dans le monde hellénistique et leur a apporté des réponses novatrices, originales, en s’appuyant sur des méthodes nouvelles de calcul et d’observation.

La numération décimale de position

Dans la numération de position, la valeur d’un signe dépend de sa position : lorsque j’écris 22, le premier 2 a valeur 2 dizaines et le second 2 a valeur 2 unités (alors que, par exemple, dans le chiffre romain XXII le signe X vaut toujours 10 unités et le signe I vaut toujours I unité). La numération utilisée par les Indiens, puis après eux par les Arabes, est décimale, dans la mesure où elle comporte 9 chiffres, auxquels il convient d’ajouter le zéro. En effet, les textes indiens les plus anciens laissaient un simple espace lorsque aucun signe ne devait être porté : 202 était écrit 2 2 ; on devine les risques d’erreur, d’où l’introduction d’un signe particulier – un simple point – pour désigner cet espace vide que nous appelons zéro. Cette manière d’écrire les chiffres permet d’effectuer les opérations élémentaires (addition, soustraction, etc.) en posant les chiffres les uns à côté des autres, ou les uns au-dessous des autres. Dans l’Antiquité, et pendant longtemps dans l’Occident médiéval, les calculs se faisaient au moyen de sortes de bouliers – ou abaques – et seuls les résultats étaient portés par écrit. Le nouveau procédé évite cette dissociation entre calcul et écriture. Connu dans le monde arabe grâce au traité d’arithmétique d’al-Khwarizmi, il se répandit ensuite en Occident. Le plus ancien manuscrit latin daté et connu à porter des « chiffres arabes » fut copié en 976 dans un monastère du nord de l’Espagne. Mais c’est seulement avec la traduction du traité d’al-Khwarizmi au XIIe siècle et la rédaction au siècle suivant du Liber abbaci par Leonardo Fibonacci que se diffusèrent progressivement les nouveaux procédés d’écriture des chiffres et de calcul, désignés alors comme « arabes ». On aura compris que la manière de dessiner les chiffres est secondaire et, de fait, le dessin varia beaucoup selon les aires linguistiques et au cours des siècles : il n’y a donc pas lieu de s’étonner que les Arabes n’écrivent pas les chiffres comme nous, mais ce sont bien les mêmes « chiffres arabes » !


Un homme du Moyen Age, d’Orient comme d’Occident, ne distinguait pas l’alchimie de la chimie – il n’avait qu’un mot à sa disposition pour désigner la science qui s’efforce d’étudier la composition de la matière, pour être à même de la modifier. La chimie arabe dérive de la physique aristotélicienne telle que nous l’avons brièvement exposée, mais s’enrichit de tentatives de classification (ainsi Djabir ibn Hayyan, à l’identité mal définie et connu en Occident sous le nom de Géber, divise les minéraux en esprits volatiles, métaux fusibles et corps pulvérisables) et, plus encore, de mesure et de quantification des phénomènes de la nature. La chimie des Arabes du Moyen Age croit à la transmutation des métaux – jusqu’à cette ultime transmutation de la matière en or – et les moyens dont elle use relèvent, à nos yeux de modernes, autant de l’expérimentation que de la magie. Elle reste un domaine difficile à pénétrer et bien mal connu.
La médecine dérive, elle aussi, des principes aristotéliciens tels qu’Hippocrate et Galien les avaient appliqués à la connaissance du corps humain, des causes des maladies et des moyens de les guérir. Si la santé dépend de l’équilibre entre les humeurs, et si la maladie résulte de l’excès, généralisé ou localisé dans un organe, de l’une de ces humeurs, la guérison passe par un diagnostic exact qui définit ce déséquilibre et par un traitement qui y remédie, en tenant compte de la personne, de son tempérament, de ses habitudes alimentaires et de ses maladies antérieures. Cette attitude rationnelle face à la maladie – qui a une cause que le médecin doit rechercher pour être à même d’apporter la voie de la guérison – pose la médecine comme une science qui nécessite la connaissance préalable de la physique, car seules la connaissance des éléments qui composent les substances terrestres et la compréhension des règles qui président aux phénomènes de la nature permettent d’appréhender le corps humain, la santé et la maladie. Elle rompt avec toute approche empirique ou superstitieuse, même si de telles pratiques trop vite dites « populaires » ont continué à exister. Mais les traités médicaux, rédigés en grand nombre entre le VIIIe et le XIIIe siècle, s’appuient sur ces fondements théoriques d’origine galénique, tout en les enrichissant d’apports puisés à d’autres sources – notamment dans la pharmacopée indienne – et de leurs propres observations cliniques – ainsi les pages célèbres de Rhazès (al-Razi) sur la variole. Les médecins arabes, souvent éminents praticiens et fins observateurs, ont excellé dans la rédaction d’encyclopédie répondant aux titres évocateurs d’al-Hawi (« le livre qui suffit »), d’al-Kamil (« l’ouvrage complet »), de Canon (« la règle ») et prétendant fournir l’ensemble des connaissances – théoriques et pratiques – nécessaires à l’exercice de la médecine. Ainsi le célèbre Avicenne composa en Iran, à l’aube du XIe siècle, une œuvre majeure, Le Canon de la médecine : cette compilation encyclopédique propose une synthèse large, complète, méthodique du savoir médical gréco-arabe ; elle doit sa célébrité à sa construction rigoureuse, à l’étendue de son apport théorique, à ses exigences de rationalité ; elle resta, tout au long du Moyen Age, une des bases de l’enseignement de la médecine dans le monde arabe comme dans le monde chrétien.
Avec les sciences du calcul – algèbre, arithmétique et trigonométrie – nous voici devant un domaine qui doit beaucoup moins à la Grèce et beaucoup plus à l’Orient. Car l’Inde a développé, entre le IIIe siècle et le VIe siècle, une science calculatrice de haut niveau liée à l’astronomie d’observation et puisant peut-être à des traditions babyloniennes. Un traité majeur, rédigé par Aryabhata au début du VIe siècle, a été traduit en arabe dès la fin du VIIe siècle sous le nom de Sinhind ; il a fortement influencé les débuts de l’astronomie arabe et, plus encore, permis l’introduction dans le monde arabe de la numération décimale de position (voir encadré). Au IXe siècle, al-Khwarizmi écrit un ouvrage de calcul fondé sur ce système et faisant une large place aux problème pratiques (évaluer l’aire d’un champ ou prévoir le bénéfice d’une transaction marchande). Avec cette œuvre se répand au Proche-Orient ce que les Arabes appelèrent « le calcul indien » et que nous appelons « les chiffres arabes » ! Le même savant bagdadien a rédigé un autre traité mathématique, bref mais décisif, car avec lui naît une nouvelle discipline : l’algèbre. Sous le titre arabe d’al-jabr wa l-muqabala (qui signifie littéralement « de la réduction et de l’équilibrage »), il expose la manière de calculer avec des inconnues. Même si la technique est encore rudimentaire, la systématisation du raisonnement, le regroupement des équations en six équations canoniques, les procédés algorithmiques proposés pour les résoudre, ouvrent la voie à une algèbre qui ne doit rien aux Grecs. Les mathématiciens arabes, au premier rang desquels al-Karaji (début XIe siècle), poursuivirent la voie ouverte par al-Khwarizmi dans une direction que l’un des spécialistes contemporains des mathématiques arabes, Roshdi Rashed, décrit comme « l’arithmétisation de l’algèbre ». « Par arithmétisation, précise-t-il, on entend transposer et étendre les opérations de l’arithmétique élémentaire, les algorithmes comme la division euclidienne, ou l’extraction de la racine, aux expressions algébriques et notamment aux polynômes. » Les Arabes ont ainsi ouvert un courant de recherches mathématiques, depuis lors ininterrompu.

Le déclin. Pourquoi ?

Qu’advint-il de la science arabe après ces siècles d’apogée ? Cette question en recouvre deux : quel fut l’apport de la science arabe à l’Occident ? Comment expliquer le déclin de la science arabe ? La seconde question renvoie à un problème historique bien plus large et fort complexe : quelles furent les causes du retrait progressif du monde arabe et de son enlisement politique, économique, culturel ? Il serait prétentieux de vouloir y répondre en quelques phrases, mais tout au plus possible de suggérer quelques réflexions :
– le monde arabo-turco-persan à partir du XIe siècle, plus encore à partir du XVe siècle, se replie sur lui-même, sûr de ses valeurs et de ses savoirs. Il devient indifférent à ce qui se passe à l’extérieur, et se divise en entités politiques, linguistiques, culturelles imperméables les unes aux autres. Or tout monde qui se ferme aux autres est appelé à végéter, incapable de créativité et d’innovation ;
– le champ intellectuel fait une place grandissante aux sciences religieuses, seules enseignées dans les madrasas (dont la création accompagne le renforcement du sunnisme sous les Seldjoukides), et les oulémas représentent une force sociale de plus en plus importante. Dans ce monde d’hommes de religion, s’impose l’idée que le savoir est un savoir clos, et que la charge du savant est seulement d’enseigner et de transmettre. Les discussions et les débats, nombreux, parfois même houleux, en Irak et en Iran à l’époque abbasside, disparaissent ; l’idée de progrès formulée par des esprits novateurs comme Rhazès se perd ;
– du fait de leur évolution politique et économique, ni le Maghreb ni le Proche-Orient n’ont connu le développement d’une puissante bourgeoisie urbaine. Alors que, précisément, c’est ce groupe social qui a été, en Occident, porteur de modernité et d’émancipation ;
– tandis que le monde arabo-turco-persan connaît repli, ankylose, stagnation – termes sans doute plus exacts que « déclin » –, l’Europe s’ouvre à d’autres horizons géographiques (l’Amérique), artistiques et intellectuels (la Renaissance, le classicisme, la science moderne, etc.), politiques (la Révolution et les États-nations). Le « décalage » qui existait entre le monde arabe et l’Occident latin avant le XIIIe siècle, et qui était favorable au premier, est désormais inverse : modification radicale dont les effets s’accentuèrent au XIXe siècle avec la domination politique de l’Europe (colonisation) et dont les conséquences dramatiques n’ont pas fini de se faire sentir.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 7 novembre, 2008 |8 Commentaires »

Le Moyen Âge au féminin

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  Le Moyen Âge au féminin dans VALEURS DE FRANCE hab_dot hab_dot dans VALEURS DE FRANCE Le Moyen Âge au féminin


Marie Weigelt
Conférencière des Musées nationaux

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Si la société médiévale reste fondamentalement masculine, les femmes, dont l’image et la place évoluent, jouent un rôle essentiel dans le processus civilisateur.

« En ma folie, je me désespérais que Dieu m’ait fait naître dans un corps féminin. » Cette réflexion de Christine de Pizan (vers 1364-vers 1430) dans Le Livre de la Cité des Dames (1405) illustre à merveille l’ambiguïté ou l’ambivalence du statut féminin au Moyen Âge : si elle met bien au jour, quoique de manière allusive, l’état de dépendance et de soumission auquel furent généralement réduites les femmes, elle révèle en même temps une prise de conscience et une protestation qui témoignent, a contrario, d’une certaine autonomisation !

Une image contradictoire

Ève impure ou Vierge Notre-Dame, matrone ou dame des tournois… Dans les mentalités médiévales (mais c’est sans doute vrai de toute civilisation à toute époque), les images de la femme sont multiples et parfois contradictoires. Descendante d’Ève – cette figure de l’impureté et du péché responsable de l’expulsion du Paradis terrestre –, la femme est associée à la chair et au péché. Mais le XIIe siècle est aussi celui de l’essor du culte rendu à la Vierge Marie. Placée au-dessus de tous les saints, médiatrice de sagesse et de salut, Marie s’oppose à Ève, comme la virginité à la sensualité, l’esprit au corps, l’idéal au péché. À cela s’ajoute le fait que la plupart des œuvres d’art consacrées à la Vierge la représentent en compagnie de l’Enfant Jésus, ce qui contribue à identifier la femme à la mère.

La femme rachetée par la mère

Car la maternité est alors une étape essentielle dans la vie de toute femme. Si celle-ci ne peut rester chaste, elle se doit au moins de procréer, et de le faire dans la douleur, afin de racheter la faute d’Ève et, ce faisant, les péchés de l’humanité tout entière. Souvent au péril de sa vie. Le nombre de femmes qui meurent en couches est considérable, ce que résume une formule usitée au XIIe siècle : « Toute femme arrivée au moment des couches a d’ordinaire la mort à sa porte. » Contrairement à ce qu’on a pu croire à une certaine époque, le Moyen Âge a bien connu l’attachement maternel : la naissance d’un enfant réjouit tout le foyer (on comptait environ sept enfants par famille), et les indices archéologiques comme les œuvres d’art (celles qui sont consacrées à Marie, mais aussi à sa mère, sainte Anne) sont là pour témoigner de l’amour que la mère portait à ses enfants. C’est elle qui leur transmet les valeurs, leur fait la lecture (pour le milieu noble) et les instruit des rudiments de la religion, mais elle participe aussi à l’éducation des adolescentes et prépare la future jeune femme à l’entrée dans le monde des adultes, qui se fait généralement dès l’âge de 12 ans !

Le mariage : servitudes et libertés

Le temps du mariage suit ainsi aussitôt celui de l’enfance. Pour l’Église, le couple doit être consentant. Mais, dans la réalité, il s’agit davantage d’un contrat d’intérêts passé entre deux familles, et plus la jeune fille est de bonne condition, moins elle aura de liberté de choix. Clairement défini comme monogame et indissoluble, le mariage ne crée pas pour autant uniquement de l’oppression, même si le sentiment amoureux est rarement la condition première pour mener à bien une vie conjugale. Avant tout, dans la noblesse, la femme est la représentante de la position sociale du mari : elle est sa vitrine, mais aussi sa conseillère. Christine de Pizan, dans le Livre des Trois Vertus, précise même que l’épouse peut devenir le guide spirituel de l’homme pour son propre salut.
Pour devenir de bonnes épouses, les femmes de l’aristocratie peuvent s’instruire dans des manuels d’éducation, comme le Speculum dominarum (le miroir des dames) écrit par Durand de Champagne pour la reine Jeanne de Navarre, épouse de Philippe le Bel. Ces manuels témoignent de l’importance de la dame de la noblesse, vue comme un modèle de rigueur et de moralité pour toutes les femmes.
Aux XIVe et XVe siècles, certaines femmes possèdent des biens propres, bijoux, argent, etc. D’ailleurs, dans toute l’Europe, à la fin du Moyen Âge, les grandes familles pratiquent généralement la gestion séparée des biens de l’épouse et du mari. Toute femme peut disposer d’un personnel et d’appartements privés pour sa propre liberté d’action. Mais le couple se doit au moins de partager le lit conjugal.

La valeur émancipatrice du travail

Dans la bourgeoisie, si gouverner la maison reste sa principale activité, et si elle demeure soumise à son mari à qui elle doit respect, obéissance et fidélité, la femme n’en connaît pas moins une certaine promotion par le travail. En 1268, dans son Livre des métiers, Étienne Boileau, prévôt de Paris en 1261 sous Saint Louis, établissant la liste des métiers parisiens, nous apprend que, sur cent métiers, vingt-six sont ouverts aux femmes. Environ 1,5 % des médecins sont des femmes, même si elles n’ont pas accès à l’Université : l’indispensable sage-femme (la « ventrière ») apprend le métier par la pratique. En 1351, une ordonnance de Jean le Bon fixe pour les femmes, notamment dans l’artisanat, des salaires largement inférieurs à ceux des hommes : au XIVe siècle, une femme gagne par jour 12 deniers, un homme, 16 en hiver et 20 en été. Il n’en reste pas moins que le travail confère à la femme une certaine importance. En ville, elle exerce essentiellement des activités dans l’artisanat textile (peignage, cardage, filage), dans la cordonnerie, dans la vente ou dans les arts, comme Jehanne la Verrière qui réalisait des vitraux. À la campagne, elle s’occupe de la tonte des moutons, de la moisson, des vendanges, de la surveillance du troupeau, sans oublier le travail au jardin (« la terre natale des femmes » selon Abélard), très utile pour nourrir et soigner la famille. Ainsi Le Ménagier de Paris, ouvrage écrit par un anonyme parisien au XIVe siècle, est un véritable manuel d’éducation de la jeune femme, avec ses nombreuses recettes de cuisine, mais aussi ses « leçons » de bonne conduite.

La femme dans la vie publique

Dans l’aristocratie, certaines circonstances peuvent favoriser une forme d’émancipation féminine : veuve ou momentanément séparée de son mari, comme lors des croisades, la femme peut devenir chef de famille, et détentrice de seigneuries, de fiefs, voire de royaumes. Mais déjà au VIIe siècle, Bathilde, veuve de Clovis II, avait exercé le pouvoir au nom de son fils aîné, Clotaire III, avant de se retirer au monastère de Chelles. Et, en 1226, à la mort de son mari Louis VIII, la reine Blanche de Castille, mère de douze enfants, veuve à trente-huit ans, garde le royaume pour son fils Louis IX, futur Saint Louis.
Mais malgré ses capacités à gouverner, la femme ne peut accéder à la tête de l’État que pour une période transitoire : la loi salique l’éloigne en effet de la succession directe et du trône, à la différence d’autres pays occidentaux. Cela explique que l’iconographie médiévale présente surtout la femme de l’aristocratie durant le temps des loisirs : la danse (parfois jugée scandaleuse), la musique, les festins, les spectacles, et autres distractions. Cet amour du divertissement est chanté par le poète Eustache Deschamps : « Elles désirent les cités/les doux mots qu’on leur dit/les fêtes, les marchés et le théâtre/lieux de délices qui leur permettent de s’ébattre. »

La voie religieuse

À l’opposé, la religion offre aux femmes une autre voie possible de valorisation sociale, en leur permettant d’entrer dans les monastères, de créer des fondations, et parfois même de rendre compte par écrit de leur expérience. C’est le cas notamment d’Hildegarde de Bingen, la Prophétesse du Rhin, née à la fin du XIe siècle. Entrée à l’âge de 8 ans au service du Seigneur, devenue abbesse bénédictine de Disboden et de Rupertsberg, près de Mayence, elle ose prendre la parole, exposant son interprétation scientifique de l’univers dans des traités de médecine et de sciences naturelles et composant des œuvres religieuses où elle évoque ses visions mystiques (Le Livre des œuvres divines). Ses écrits circulent, ses lettres sont lues par les plus grands du royaume, tels Aliénor d’Aquitaine, des empereurs, des évêques.

Une reconnaissance littéraire

Dès le XIIe siècle apparaît la fin’amor, qui établit un nouveau type de relation amoureuse, faite de générosité et de sublimation du désir. La femme devient la domina, l’épouse du seigneur, et le vassal, son amant. À travers une construction de l’esprit assez complexe sont mises à l’honneur les prouesses chevaleresques pour la dame, suzeraine à laquelle est rendu un véritable culte. Si des jeux réels furent élaborés dans les cours d’amour, il faut garder à l’esprit que la fin’amor fut avant tout un jeu poétique, et la promotion féminine qu’il établissait demeura largement fictive. Il n’en reste pas moins que la fin’amor s’inscrit dans un contexte général où la femme – de l’aristocratie – joua un rôle important, comme commanditaire et destinataire (les romans de Chrétien de Troyes pour Aliénor d’Aquitaine), mais aussi comme auteur. Ainsi, dans la seconde moitié du XIIe siècle, Marie de France, première grande poétesse française, écrit ses Lais, nouvelles relatant des épreuves amoureuses.
Un siècle plus tard, Christine de Pizan, admirée par le roi Charles V en personne, fait des lettres son métier. Veuve à 25 ans, elle s’insurge contre la misogynie des propos du Roman de la Rose, le best-seller de l’époque, et développe une réflexion autour de la condition féminine. Dans son œuvre allégorique, Le Livre de la Cité des Dames, elle crée un royaume, Féménie, dirigé par Raison, Justice et Droiture. Dans la cité, de nobles dames peuvent se libérer par les loisirs, leurs conversations et l’écriture. Disposant d’un scriptorium avec artisans, Christine de Pizan livra même ses idées sur l’iconographie de ses manuscrits.

Mécènes et bienfaitrices

Quand elle n’écrit pas elle-même, la femme de l’aristocratie fait souvent écrire. La commande d’œuvres, notamment de manuscrits enluminés, est fréquente de la part des dames des XIVe et XVe siècles, désireuses de beauté et d’édification morale. Jeanne d’Évreux, reine de France, troisième femme de Charles IV, est connue pour son amour des livres. Elle commande au célèbre Jean Pucelle son Livre d’heures (certainement l’un des plus beaux de cette époque), ainsi que plusieurs objets précieux pour l’abbaye de Saint-Denis : deux statues de la Vierge, une châsse dite de la Sainte-Chapelle, une statue d’or de saint Jean et une couronne royale. Elle se préoccupe également de son vivant de l’exécution de son gisant pour son futur tombeau.
À la fin du XVe siècle, Anne de France, fille aînée de Louis XI, se lance, en accord avec son époux, le duc de Bourbon, Pierre II de Beaujeu, dans une politique de travaux d’art, avec un grand artiste, le Maître de Moulins. On peut encore citer les bienfaitrices de noble naissance comme la reine Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe V le Long, qui, en 1319, patronne la fondation de l’hôpital Saint-Jacques-aux-Pèlerins, laquelle avait déjà reçu l’aide de sa propre mère, Mahaut d’Artois.

Une influence profonde

L’image du Moyen Âge, ces « temps obscurs » d’avant la Renaissance, a longtemps été celle d’un monde brutal et sauvage, exclusivement religieux et guerrier, et donc profondément misogyne. Comme toutes les caricatures, celle-ci n’est pas totalement fausse. Sans doute, la société médiévale a-t-elle été une société essentiellement masculine. Sous l’influence de la religion (ou y trouvant comme une légitimation), qui voit en elle un être excessif et dépendant en raison de sa faiblesse physique et morale, elle réserve à la femme une position inférieure et véhicule d’elle une image volontiers négative. Il n’en reste pas moins qu’une étude plus approfondie des textes et des indices archéologiques tempère cette vision univoque et révèle que la femme, surtout il est vrai dans les classes élevées, joua entre le VIIIe et le XVe siècle un rôle social et culturel non négligeable, contribuant notablement à la « civilisation des mœurs ».

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 7 novembre, 2008 |2 Commentaires »

Les Chevaliers, Une élite guerrière

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  Les Chevaliers, Une élite guerrière  dans VALEURS DE FRANCE hab_dot Une élite guerrière
Jean Flori
Docteur d’État, directeur de recherche au CNRS, Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (Poitiers)
traitnoirb dans VALEURS DE FRANCE
 

D’abord simple corps de combattants à cheval, la chevalerie devient, au cours du Moyen Âge, un ordre de guerriers d’élite réservé à la noblesse.


La notion de chevalerie n’est pas simple à définir. Pas plus d’ailleurs que le mot chevalier. Ces deux termes se sont en effet chargés, au fil du temps, de connotations diverses (sociales, idéologiques, religieuses, culturelles même) qui ont fini par prévaloir, reléguant du même coup le concept initial au second plan. Il en est résulté un « imaginaire » qui, dans la pensée commune, a parfois totalement oblitéré la réalité fluctuante propre aux divers stades de son évolution. Ainsi, les réalisateurs de films dits « historiques » reproduisent le plus souvent les miniatures tardives des XIVe et XVe siècles. L’historien, lui, peut assez aisément éviter de commettre ce « péché d’anachronisme » lorsqu’il s’agit d’éléments purement matériels. Le risque est plus grand, en revanche, au niveau des comportements, aspirations et mentalités des chevaliers dans la société de leur temps. Ceux-ci ont évolué, lentement, sous des influences diverses. À la fin du Moyen Âge, au terme de cette évolution, la « Chevalerie » est devenue une institution, une idéologie, voire un mythe, et n’a plus guère de traits communs avec la notion originelle. Sa dimension militaire, fondamentale, n’a pas totalement disparu, mais a cédé le pas aux connotations sociales, honorifiques et nobiliaires, sous les influences parfois rivales des cultures ecclésiastiques et profanes.

Origines et fonction de la chevalerie

Les mots qui désignent les chevaliers soulignent leur fonction guerrière et leur condition sociale relativement humble : dans le latin de l’Empire romain, militia désigne l’armée et, par extension, une fonction de service public ; les milites accomplissent cette forme de service qui, au Moyen Âge, perd son caractère public et tend à se privatiser. Avant le XIIe siècle, on ne peut pas encore traduire milites par chevaliers, car le terme s’applique aussi bien aux cavaliers qu’aux fantassins. Dans les langues vernaculaires du XIIe siècle, il évoque le guerrier, sans connotation de rang social élevé. Le mot allemand Ritter, à l’origine du français reître, ne donne pas des premiers chevaliers une image bien reluisante, pas plus que l’ancien anglo-saxon cniht, qui désignait un serviteur, parfois armé, plus proche du garçon d’écurie que du noble. En provençal, en espagnol et en ancien français, c’est le cheval qui est pris comme référent sémantique : chevalier s’applique au guerrier capable de combattre à cheval. Le mot n’évoque d’abord aucune autre connotation, sinon celle du service armé, domestique, vassalique ou mercenaire.
Le niveau social des milites n’est donc en rien comparable à celui de la noblesse. Aux XIe et XIIe siècles, les chevaliers « ordinaires » sont, pour la plupart, issus des rangs de la paysannerie. Ils s’en distinguent seulement par leur profession : le métier des armes. S’ils ne peuvent plus l’exercer, ils cessent d’être milites et retournent à leur état de rustici. Un bon nombre des chevaliers de château (milites castri) sont des serviteurs armés du seigneur, formant son escorte ou sa garnison. Même en France, au XIIe siècle, on connaît encore des serfs qui deviennent chevaliers. L’exercice des armes les rend libres, mais d’une liberté viagère, conditionnelle, liée à leur profession.
Jusqu’au milieu du XIIIe siècle, on ne saurait donc confondre chevalerie avec noblesse, liberté, exercice d’une fonction publique ou richesse. Ce n’est ni une classe sociale, ni un statut juridique, ni un état, ni un ordre. C’est, pourrait-on dire, la « corporation honorable des guerriers d’élite » dont les seigneurs et les princes détiennent le commandement ; les milites ordinaires constituent leurs « mains armées ».
Noblesse et chevalerie demeurent ainsi distinctes tout au long du Moyen Âge, même si le prestige militaire et social du chevalier, soutenu par la littérature, renforce ses traits aristocratiques. La chevalerie reste donc longtemps relativement ouverte. Elle tend toutefois à exclure les non-nobles par des exigences juridiques précises. Dès le milieu du XIIIe siècle, on ne peut plus guère y entrer que par naissance ou décision royale d’anoblissement. La « noble corporation des guerriers d’élite à cheval » se mue ainsi en « corporation élitiste des guerriers nobles ». Après 1300, cette dimension sociale et honorifique s’accentue alors même que son rôle militaire tend à diminuer sur le champ de bataille. Elle traduit un rang social élevé, un honneur suréminent, une décoration que tous les nobles n’atteignent pas. Certains historiens estiment que la chevalerie se réfugie dans un monde imaginaire, celui de l’idéologie, où elle joue les premiers rôles.
À la fin du Moyen Âge, le mot chevalier en vient à désigner un grade nobiliaire sans cesser de s’appliquer à l’exercice au moins théorique d’une fonction armée. Les aspects culturels et idéologiques l’ont emporté sur les aspects fonctionnels. Les ordres laïcs de chevalerie accentuent encore ces aspects honorifiques et y ajoutent des dimensions diplomatiques. La chevalerie, pendant ce temps, devient une institution, un modèle culturel se nourrissant de ses propres valeurs exaltées par la littérature qui, à son tour, influence les mentalités et contribue à la formation de l’idéologie chevaleresque, élément culturel majeur de la société médiévale.

L’entrée en chevalerie

Dans les annales et les chroniques antérieures au XIe siècle, les plus anciennes mentions de remise des armes, en particulier de l’épée, concernent des empereurs, des rois, puis des princes au moment où ils atteignent l’âge des responsabilités. Il ne s’agit pas ici d’adoubement, mais d’une sorte de cérémonie d’investiture ou d’intronisation liée au sens symbolique de l’épée, signe d’exercice des pouvoirs de justice, de police et de coercition armée. Les bénédictions sur l’épée prononcées dans ces cérémonies de couronnement seront par la suite (à partir du XIe siècle) réutilisées pour les guerriers partant en campagne, puis plus tard pour les adoubements, faisant ainsi glisser sur la chevalerie de nombreux traits de l’éthique royale.
On ne connaît pas de rituel d’adoubement de chevaliers « ordinaires » avant le milieu du XIIe siècle. Il se confond sans doute avec la simple remise des armes comme « outils de travail », marquant leur entrée, par recrutement seigneurial, dans l’exercice légitime de leur profession. Celle-ci implique pour eux les devoirs ordinaires des soldats : obéir à leur patron-seigneur et le servir par les armes. S’il s’agit, en revanche, d’un châtelain ou d’un grand seigneur, l’entrée dans la carrière s’insère dans un ensemble bien plus vaste de fonctions, de services et de rapports de pouvoir que nous traduisons généralement par le terme générique de « féodalité ». Tous impliquent l’action guerrière, mais ils la dépassent singulièrement.
En d’autres termes, par la remise des armes, le guerrier est admis à agir dans le cadre des fonctions qui lui incombent compte tenu de son rang. Il s’agit donc d’un acte déclaratif public d’ordre professionnel, et non d’une promotion sociale ou honorifique. Contrairement à ce que l’on a longtemps cru, la chevalerie, aux XIe et XIIe siècles, n’est pas une confrérie égalitaire dans laquelle on entre par un adoubement promotionnel qui serait une collation d’un titre ou d’un grade. C’est une corporation inégalitaire, avec ses patrons et maîtres (les princes et sires recruteurs) ; ses compagnons (les chevaliers de base) ; ses apprentis (les juvenes, bachelers, écuyers, valets, servant « pour armes » dans l’entourage des sires) ; ses saints patrons (Georges, Démétrius, Mercure, etc.) ; ses outils spécifiques, armes défensives (heaume, haubert, écu) et offensives (épée, lance) ; son rituel d’entrée (l’adoubement, à la fois rite initiatique et de passage faisant d’un jeune un adulte, et d’un civil un guerrier).
Cette corporation, on l’a dit, demeure ouverte jusqu’à la fin du XIe siècle. Mais avant cette date, contrairement à ce que l’on a longtemps répété après Marc Bloch, la chevalerie ne confère nullement la noblesse. Grâce à ses qualités physiques, à son courage et à ses aptitudes au combat, le nouveau chevalier de base entre cependant en contact avec la société aristocratique qu’il sert. S’il défend bien son seigneur, il peut espérer recevoir un bénéfice, une terre, voire une noble épouse (il ne deviendra pas noble pour autant, mais ses descendants le seront car la noblesse se transmet par la mère). Cet espoir d’ascension sociale, si largement présent dans la littérature du XIIe siècle, disparaît peu à peu lorsque la noblesse réserve la chevalerie à ses fils et la transforme en caste, exigeant, pour l’adoubement d’un jeune, la preuve que quatre de ses ancêtres au moins furent eux-mêmes nobles et chevaliers. Cette fermeture ouvre une crise profonde dans la société médiévale en durcissant les clivages et les exclusions.
Les meilleures descriptions d’adoubement chevaleresque nous sont fournies par les textes du XIIe siècle. La plupart des éléments connus par la suite y figurent déjà, et ces descriptions, destinées à plaire au public des cours seigneuriales, ont l’avantage de mettre l’accent sur ce qui lui importait le plus. Les aspects religieux révélés par la liturgie, que l’on pourrait croire essentiels, y figurent peu, voire pas du tout. Certes, les armes ont pu préalablement faire l’objet d’une bénédiction. On sait que l’épée, au moins dans certains cas, avait été auparavant déposée sur l’autel pour y être bénite ; les auteurs ecclésiastiques en déduisent que, ayant « pris leur épée de l’autel », les chevaliers devraient par-là même se sentir des devoirs envers l’Église ; il est très probable que cette perception demeure un vœu pieux. Ces aspects religieux et liturgiques n’ont guère retenu l’attention des épopées. L’adoubement y reste foncièrement laïc. Il reste aussi ouvert : les textes signalent des personnages qui ne sont manifestement pas nobles mais qui, par leur courage au combat et leur fidélité, sont « adoubés ». Dans ce cas, la cérémonie est des plus sobres : on leur remet seulement des armes. Elle prend par la suite des traits fastueux (et coûteux) lorsqu’elle devient purement nobiliaire.

Église et chevalerie

Au fil du temps, l’adoubement prend aussi une teinte sacramentelle. Avant le Xe siècle, l’Église ne s’intéresse guère aux milites, guerriers subalternes des châtelains. Elle en perçoit la menace à propos des conflits entre seigneuries voisines, dans lesquels elle est elle-même impliquée. Dans les assemblées de paix (Paix de Dieu), l’Église menace d’excommunication les guerriers qui se livrent au brigandage et surtout ceux qui lui portent atteinte. La remise des armes, en revanche, retient toute son attention, car il s’agit alors de personnages qui détiennent le pouvoir de la société seigneuriale, et dont elle a tout à attendre ou à craindre. Les rituels du sacre royal en témoignent ; ils sont lourdement chargés de déclarations éthiques demandant à Dieu qu’il aide le roi dans les divers aspects de sa mission : bonne justice, fidélité à la foi, protection des églises, défense de ses intérêts, assistance aux pauvres et aux faibles. L’empereur est d’abord le défenseur attitré. Mais l’éclatement politique et la multiplication des conflits qui accompagnent le déclin du pouvoir central et l’essor des principautés (vers l’an mil), obligent à trouver d’autres défenseurs. Au XIe siècle, l’Église de Rome recrute ainsi des « soldats de Saint-Pierre » (milites sancti Petri), guerriers mercenaires.
Les riches monastères ou les églises sont menacés par les Normands, Hongrois et Sarrasins (jusqu’au XIe siècle au moins), mais aussi par les seigneurs du voisinage contestant, à tort ou à raison, les donations faites par leurs ancêtres, ou désireux d’imposer les taxes, redevances et « coutumes ». Pour se défendre (le port des armes étant interdit aux clercs et aux moines), ces établissements doivent recruter. Certains rémunèrent directement des guerriers, les milites ecclesiæ ; d’autres, plus nombreux encore, confient à un seigneur laïc la charge lucrative de leur protection armée (advocati ou defensores ecclesiæ). C’est pour eux que l’Église, s’inspirant des bénédictions du sacre royal, compose des rituels d’investiture, longtemps considérés, à tort, comme des rituels d’adoubement. Leur fonction de défenseurs des églises permettait aisément de valoriser et même de sacraliser leur combat sous les bannières du saint patron. Très riches en bénédictions, ces rituels rappellent la dignité et les devoirs de la mission. À partir du XIIe siècle, certains de leurs éléments ont été réutilisés pour des adoubements de chevaliers ordinaires. La prédication de la croisade par Urbain II en 1095, peut être considérée comme une tentative de la papauté de prendre le commandement d’une nouvelle chevalerie, qui se mettrait désormais à son service dans le contexte de la lutte pour le dominium mundi initiée par la réforme grégorienne. L’échec de cette tentative conduit à la formation des ordres religieux militaires, à commencer par celui des Templiers en 1119, ces moines-croisés pour lesquels Bernard de Clairvaux rédige son Éloge de la nouvelle chevalerie.

L’évolution de l’adoubement

La tentative de l’Église d’infuser ses valeurs dans l’idéologie de la chevalerie se traduit par la cléricalisation de l’adoubement, à partir du premier tiers du XIIe siècle. De nombreux auteurs s’efforcent, dans des œuvres didactiques ou poétiques (par exemple L’Ordène de Chevalerie), de donner des divers aspects de cette cérémonie une interprétation allégorique spiritualisante. Tous les rites y prennent alors une signification religieuse, voire mystique. Le bain du chevalier est comparé au baptême ; sa ceinture blanche doit l’écarter de toute luxure ; ses éperons symbolisent le courage et l’ardeur qu’il lui faut avoir pour Dieu ; son épée, la droiture et la loyauté qui doivent le pousser à défendre la religion, le pauvre et le faible. Vers 1230, Lancelot du Lac utilise la même interprétation symbolique pour montrer que le chevalier doit être à la fois le seigneur du peuple et le serviteur de Dieu. L’aspect aristocratique de l’adoubement se renforce au cours du XIIIe siècle. La noblesse étant maintenant acquise par le seul droit de naissance, tous les nobles ne sont plus tenus, comme jadis, de se faire adouber. L’adoubement devient alors une « décoration » supplémentaire interdite aux roturiers. Seule la dispense royale, véritable lettre d’anoblissement, autorise un non-noble à être « fait chevalier ». La plupart des nobles et beaucoup de roturiers pratiquent pourtant le métier des armes et combattent en chevaliers sans en avoir le « titre ». L’adoubement glisse alors de plus en plus vers une signification honorifique et promotionnelle. Aux XIe et XIIe siècles, on adoubait souvent à la veille d’une bataille pour disposer de guerriers à cheval plus nombreux. Aux XIVe et XVe siècles, on le fait plus fréquemment après la bataille, récompensant ainsi par l’octroi d’un titre honorifique les nobles guerriers à cheval. On comprend que la cérémonie soit ici abrégée, réduite à son rite principal, transformant la colée en accolade.
L’aspect militaire de l’adoubement, cependant, ne disparaît pas. La corporation s’est seulement aristocratisée, muée en caste élitiste, non seulement sur le plan professionnel mais aussi social. La valeur morale et religieuse de la cérémonie ne s’est pas renforcée pour autant, et l’on peut même considérer la formation des ordres laïcs de chevalerie, à partir du XIVe siècle, comme une tentative de redonner un lustre moral que la chevalerie réelle avait perdu aux yeux de beaucoup.

Focus

La bataille d’Azincourt (25 octobre 1415)
Elle est l’illustration funeste de la dérive d’une chevalerie française fort éloignée de ses fonctions premières et n’en ayant conservé que les traits idéologiques caricaturaux. Malgré leur supériorité numérique, les Français furent sévèrement battus et massivement exterminés pour plusieurs raisons : une hypertrophie de l’avant-garde, due au fait que tous souhaitaient se réserver la gloire d’une victoire prévisible ; le choix de faire combattre à pied la quasi-totalité de la chevalerie, à l’exception des ailes ; des chevaliers trop lourdement armés du « blanc harnois », qui furent vite épuisés par une marche sur un sol détrempé. Par ailleurs, on peut incriminer l’option de ne pas préparer l’attaque par un tir nourri des arbalétriers, relégués au second plan. Enfin, il faut noter l’efficacité très supérieure des archers anglais polyvalents, qui tuèrent les chevaux de la cavalerie de secours, achevant ou capturant les chevaliers blessés.

La fonction militaire

L’armement et les méthodes de combat spécifiques de la chevalerie en font un corps de combattants d’élite, la « reine des batailles ». Il convient pourtant de relativiser son rôle réel dans la guerre médiévale. Sa prépondérance est probablement moins absolue dans les faits que dans les récits historiques ou littéraires. Plusieurs faits inclinent à cette conclusion. Les opérations militaires médiévales consistent moins en charges de cavalerie qu’en sièges ou assauts de forteresses. Les acteurs principaux sont les archers, arbalétriers, piétons, sapeurs et ingénieurs. L’artillerie, au XVe siècle, accroît encore l’importance de ces spécialistes. Jusqu’au XIIIe siècle au moins, les grandes batailles rangées, où règnent les chevaliers, sont rares : les princes répugnent à risquer toutes leurs forces dans de tels affrontements massifs. D’ailleurs, même dans ces « batailles champel », l’archerie prépare la charge, l’infanterie tient les lignes et parachève la victoire. C’est pour avoir négligé ou méprisé leur apport que la chevalerie française fut souvent mise à mal à la fin du Moyen Âge, par exemple à Crécy (1346) ou à Azincourt (1415). Tout au long du Moyen Âge, les chevaliers ont parfois mis pied à terre pour combattre parmi les fantassins. C’est le cas à Bourgthéroulde (1124), Lincoln (1141), Crécy (1346), Poitiers (1356), etc. Ils participent surtout à des opérations de razzia, à des chevauchées destinées à piller un territoire, à secourir une place assiégée ou à tenter une sortie. C’est là, surtout, que la rapidité et la puissance de leurs interventions sont irremplaçables. Il ne faut donc pas surestimer leur part dans la guerre, même si leur prestige était immense. Ainsi, certaines batailles furent perdues par leur faute, dans un excessif souci de prouesse, préférant l’exploit, personnel ou collectif, à l’efficacité d’ensemble des armées (Mansourah ou Crécy par exemple). Rares furent les cas où ils parvinrent à triompher seuls, sans l’appoint des piétons et des archers. Le conservatisme dans les méthodes de combat et la fidélité à l’idéal de prouesse leur fit retarder la nécessaire adaptation au monde moderne, marqué par l’apparition des armées de mercenaires, la prépondérance de l’infanterie et le rôle croissant de l’artillerie (au XVIe siècle). Mais il ne faut pas, à l’inverse, lui imputer tous les déboires des armées. Car si, tout au long du Moyen Âge, aucune bataille ne fut remportée par la chevalerie seule, aucune ne fut non plus remportée sans elle.
Le perfectionnement des armes défensives des chevaliers et le renforcement de leur caractère élitiste accentuent la dimension ludique de la guerre, et en réduisent les risques par l’adoption de règles déontologiques. Elles constituent les fondements des futures « lois de la guerre » qui s’élaborent entre le XIIe et le XVe siècle. Ainsi en est-il du traitement des vaincus. Dans les charges, malgré leurs armures, les chevaliers risquaient bel et bien leur vie, vulnérables à la lance du chevalier, à la dague et aux armes d’hast (armes munies de hampes) du piéton ou au carreau de l’arbalétrier. Après assaut ou réduction par la famine d’une place forte, ils pouvaient d’être passés au fil de l’épée pour avoir refusé la reddition honorable. Pourtant, peu à peu, le sort des vaincus s’améliore. Dès le XIIe siècle, on ne pratique plus guère l’extermination des populations vaincues ou leur réduction en esclavage, sauf aux marges de l’Occident chrétien. Au cours du siècle, l’usage s’impose de ne pas tuer les chevaliers vaincus. On préfère les mettre en prison et les libérer contre rançon. Cette pratique diminue le nombre des morts, améliore le sort des captifs qu’il faut maintenir en bon état, mais accroît les occasions de conflits : la guerre devient une activité rentable. Le montant de la rançon dépend, bien sûr, du rang social du captif. Elle peut atteindre des sommes colossales pour des rois ou des grands princes (100 000 marcs d’argent pour Richard Cœur de Lion en 1194), mais se réduit à quelques livres pour les petits chevaliers. Les effectifs de la chevalerie, surévalués par les chroniqueurs, donnent lieu à débats entre historiens. Aux XIe et XIIe siècles, on peut accepter une proportion d’un chevalier pour 7 à 12 piétons. La chevalerie constitue donc une élite très minoritaire dans les armées médiévales, ce qui n’entame nullement sa prééminence réelle et surtout admise. Les sergents à cheval, plus rarement les écuyers, combattent également montés. Tous les autres guerriers sont des fantassins. La hiérarchie est reflétée par le montant des soldes : vers 1200, un sergent à cheval touche deux fois plus qu’un piéton, un chevalier quatre fois plus. Même hiérarchie dans le partage du butin : jusqu’au XIVe siècle, la part du chevalier est le double de celle d’un sergent à cheval, le quadruple de celle d’un piéton. Les vainqueurs prennent possession de l’équipement du vaincu, auquel s’ajoutent la rançon et le pillage.

Les tournois

La pratique de la charge exige force et habileté individuelles, cohésion et discipline collectives. Tout cela ne peut s’acquérir que par un entraînement assidu. Ni les exercices physiques, ni les jeux d’escrime, ni la quintaine ne remplacent sur ce plan le tournoi, dont on connaît mal les origines. Sa faveur ne cesse de croître dès son apparition, dans la seconde moitié du XIe siècle, jusqu’à la fin du Moyen Âge. Il est particulièrement prisé des jeunes, turbulents et instables, cadets de famille ou pauvres chevaliers, en quête d’aventures, de bonnes fortunes ou simplement de subsistance. Les rois et les princes y prennent également part, à la tête de véritables équipes de tournoyeurs professionnels, dont les meilleurs (tel le fameux Guillaume le Maréchal, au XIIe siècle) peuvent parfois se hisser, par leur prouesse, à un rang social très élevé, généralement par le biais d’un riche mariage.
Les tournois présentent quatre traits principaux qui expliquent leur succès : un aspect utilitaire d’entraînement aux combats de la guerre ; une dimension ludique qui en fait un jeu mais aussi un sport de professionnels dont le but est de vaincre pour la gloire et le gain ; un enjeu socio-économique : les chevaliers sans fortune y cherchent l’occasion de capturer un adversaire pour en tirer rançon, s’emparer du même coup de son équipement fort coûteux, se faire remarquer et embaucher par les princes, ou même – qui sait ? – séduire une riche héritière ; un caractère festif, qui en fait un spectacle rassemblant des foules considérables. Ces quatre éléments cristallisent des valeurs exaltées par les romans courtois et arthuriens, dans lesquels les tournois occupent une place de choix. Occasion, pour les meilleurs, d’obtenir prix de vaillance, louanges, renommée, admiration et faveurs des dames. Les plus réputés peuvent dans une certaine mesure être comparés, à notre époque, aux vedettes de la chanson, du cinéma ou du sport !
Le tournoi-mêlée domine jusqu’à la fin du XIIe siècle. C’est une guerre véritable, mais codifiée, opposant deux camps parfois inégaux, constitués par affinité. Le terrain d’affrontement est un espace ouvert à proximité d’une ville : il comprend village, champs et bosquets propices aux embuscades. Les charges y sont massives et collectives comme à la guerre. Mais le but n’est pas de tuer, seulement de vaincre et de capturer l’adversaire. S’il y a parfois des morts et souvent des blessés, c’est toujours par accident. L’aspect collectif de l’engagement n’exclut pas la prouesse individuelle : les participants élisent le meilleur d’entre eux. Le tournoi constitue ainsi un creuset social, développant le compagnonnage et assurant la cohésion sociale, unissant princes et chevaliers dans une mentalité corporatiste et élitiste, dans un type de comportement empreint d’un réel complexe de supériorité.
La littérature courtoise s’empare de ce thème, glorifie l’exploit individuel, exalte l’amour « courtois » qu’il fait naître chez les dames, accroissant à son tour la valeur du chevalier. Le tournoi prend alors des aspects plus mondains. Pour les rendre moins meurtriers, on emploie parfois, au XIVe siècle, des lances dites « à plaisance », dont la pointe est remplacée par une couronne crantée. La joute individuelle, à l’intérieur des lices (aspect tardif), souvent au cœur des villes, devant tribunes, prend alors le pas sur le tournoi-mêlée. Au XVe siècle, des barrières séparent les combattants, et les cuirasses de joute, renforcées côté gauche, peuvent dépasser 50 kg. Le rôle des dames, dont les champions portent les couleurs, s’amplifie. Elles leur distribuent parfois le prix selon le verdict des hérauts d’armes, spécialistes de l’héraldique, devenus indispensables depuis que les chevaliers en armures ne peuvent plus être distingués que par leurs armoiries.
Le tournoi, à la fois sport, entraînement et fête, traduit mieux que la guerre la mentalité et les valeurs chevaleresques. Il permet d’affermir les règles, coutumes et mœurs transposées dans la guerre elle-même.

L’idéologie chevaleresque

Qu’est-ce que la chevalerie ? Ce concept, on l’a vu, a considérablement évolué au cours des temps. Dans son acception latine antique, militia désigne la force armée au service de l’État romain. Dès le début du Moyen Âge, l’affaiblissement de la notion d’État a conduit à la privatisation de la fonction publique et au renforcement du caractère aristocratique de la fonction militaire. Sous l’Empire carolingien, entre les mains des seigneurs qui la dirigent, la militia prend des connotations sociales qui la rapprochent de la vassalité, de la féodalité, de la noblesse, sans que l’on puisse toutefois la confondre avec aucune de ces notions. Dans le même temps, du ixe au XIe siècle, l’évolution économique et sociale de l’Europe conduit au renforcement de la prééminence du cavalier, qui devient alors le guerrier par excellence. La militia, dans son acception guerrière, se confond avec la cavalerie lourde. Ce caractère élitiste se renforce encore, au cours du XIe siècle, avec l’évolution technique de l’armement offensif et surtout défensif. Certes, il serait naïf de faire naître la chevalerie de la seule méthode de la lance couchée, qui se répand alors ! Les chevaliers ne combattent pas toujours à cheval ni seulement avec la lance. L’adoption de cette méthode par l’élite de la cavalerie est pourtant significative. Elle symbolise ce qui distingue désormais la chevalerie de tous les autres guerriers, fussent-ils à cheval. Elle s’accompagne de la formation progressive d’un comportement commun, ébauche d’un code déontologique fondé sur la notion d’honneur, qui va, dans une certaine mesure, humaniser les « lois de la guerre ». Dans le même temps, l’Église tente de lui donner une mission et une éthique. Ainsi s’ébauchent, du XIe au XIIIe siècle, les traits que nous considérons aujourd’hui comme majeurs et caractéristiques de la chevalerie. Il convient d’en apprécier la portée en examinant, dans la réalité plus que dans la fiction, le comportement des chevaliers durant les guerres. La littérature n’est toutefois pas à négliger. Elle exalte l’aventure, les vertus de prouesse, largesse et courtoisie, et contribue à forger le thème du parfait chevalier, supérieur au clerc, modèle culturel. Il ne sera supplanté, plusieurs siècles plus tard, que par celui d’« honnête homme ». C’est dire la puissance de l’idéologie chevaleresque qui se forge au XIIe siècle. La chevalerie devient alors un mode de vie, une éthique, un modèle social et moral, bientôt un mythe.

Savoir +

La Chevalerie
FLORI Jean.
Paris : Jean-Paul Gisserot, 1998 (Coll. « Bien connaître »).
Chevaliers et chevalerie au Moyen Âge
FLORI Jean.
Paris : Hachette, 1998. (Coll. « La Vie quotidienne »).

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 7 novembre, 2008 |2 Commentaires »

Le Chevalier, la Chevalerie, son armement et sa technique

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Le choc de la charge


Jean Flori
Docteur d’État, directeur de recherche au CNRS, Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (Poitiers)

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Professionnel de la guerre, le chevalier est propriétaire de ses armes. Son équipement ne cesse de se perfectionner, pour répondre à de nouvelles pratiques de combat.

Un chevalier, pendant tout le Moyen Âge, est avant tout un guerrier combattant à cheval avec des armes et des méthodes caractéristiques. Celles-ci ont évidemment évolué entre le Xe et le XVe siècle. Les trois images de cet article permettent en partie de visualiser cette évolution.

Se défendre

Parmi les armes défensives, l’écu de type normand, en bois peint ou recouvert de cuir, se répand en France aux XIe et XIIe siècles. Sa forme allongée, pointue à la base, facilite son utilisation à cheval. Il est porté au bras gauche, la main droite tenant la lance ou l’épée. Il protège efficacement des flèches, des javelots et des coups d’épée, mais ne peut guère résister à la force de pénétration de la lance dans la nouvelle méthode de combat (à partir du XIe siècle). Il tend alors à devenir plus petit, parfois échancré pour permettre le passage de la lance. Il devient inutile lorsque l’armure rigide remplace la cotte de maille.
Le haubert ou cotte de maille se répand à partir du Xe siècle et remplace peu à peu la broigne, vêtement de cuir sur lequel sont cousues des écailles de métal. Véritable tissu de mailles métalliques, il couvre tout le haut du corps, des épaules jusqu’aux genoux, et est fendu devant et derrière pour permettre de chevaucher. On le retrouve presque identique au milieu du XIIe siècle, porté cette fois par-dessus une tunique en tissu protégeant des écorchures. Cette tunique est parfois rembourrée (gambaison). Quelques textes font état de l’usage de deux hauberts superposés, à ne pas confondre avec le haubert à maille double ou triple (treslis). Un haubert, au XIIe siècle, pèse entre 10 et 13 kg. Il protège très bien contre les coups de taille, mais mal contre les coups d’estoc, particulièrement contre la lance couchée. Au XIIIe siècle, le haubert se renforce de plaques de métal aux endroits les plus exposés (poitrine, épaules, articulations) et, au XIVe siècle, continue à se porter, allégé, sous l’armure de plate, formée de pièces métalliques rigides articulées, aboutissant, au XVe siècle, au grand harnois blanc, protégeant l’ensemble du corps. L’armure de joute, renforcée du côté le plus exposé, peut atteindre 50 kg et interdit tout mouvement au sol.
Le heaume est d’abord un casque à nasal. Les documents connus en représentent la version normande, presque conique, répandue en France. Dès la fin du XIIe siècle, il tend à se fermer, pourvu de deux fentes au niveau des yeux et percé de trous pour respirer. Il prend alors des formes diverses selon les régions (cylindrique, semi-sphérique, en forme d’obus, etc.), puis évolue vers le bassinet à visière mobile (XIVe siècle). La fermeture du heaume et l’usage général de la cotte de maille, puis de l’armure, rendent impossible l’identification du chevalier. Les romans tirent parti de cet anonymat, tandis que se développe l’usage des signes distinctifs et armoiries, sur les écus, bannières, surcots et cimiers, parfois extravagants.

Attaquer

Avant le milieu du XIe siècle, les armes offensives du chevalier ne se distinguent pas de celles d’un piéton. À pied comme à cheval, il combat comme un fantassin, usant de l’épée et de la lance, mais jamais de l’arc, sauf dans les sièges. L’épée se manie surtout comme arme de taille et tend à s’allonger au fil du temps, pour aboutir aux énormes épées à deux mains des XIVe et XVe siècles. L’épée d’acier trempé, décorée tel un bijou, au pommeau contenant parfois de petites reliques, exige comme le haubert près de 200 heures de travail de forgeron.
La lance est l’arme caractéristique de la chevalerie. Avant le milieu du XIe siècle, elle ne se distingue pas de la pique des piétons. La nouvelle méthode de combat permet d’en faire une arme redoutable et spécifique. Dès lors, elle s’allonge et peut atteindre 3 à 4 mètres à la fin du Moyen Âge. Pour éviter qu’elle ne glisse vers l’arrière lors de l’impact, on la munit d’un arrêt de main, plus tard d’un arrêt de cuirasse pour solidariser l’arrière de la lance avec l’armure et soulager le bras. Le chevalier peut parfois aussi user d’autres armes, comme la masse d’arme ou plus rarement la hache. À partir du XIe siècle, les chevaliers d’un certain rang utilisent des lances munies de bannières (chevaliers bannerets). Elles sont bientôt enrichies de symboles héraldiques, signes de ralliement et affirmation de pouvoir et de rang social.
Toutes ces armes sont solennellement remises au nouveau chevalier lors de son adoubement, acte déclaratif de son entrée dans la chevalerie, corporation des guerriers d’élite. Il a lieu le plus souvent dans la salle du château, parfois en plein air, à des dates variables (Pentecôte, Pâques, Saint-Jean, plus rarement Noël), et donne lieu à des festivités de plus en plus somptuaires : festin, jeux, joutes et quintaines. Il n’a guère lieu avant l’âge de 16 ans. Aux XIe et XIIe siècles, l’épée, souvent déposée sur l’autel pour y être bénie, est remise au chevalier par un personnage du plus haut rang possible : seigneur allié de la famille, parent, oncle maternel chez lequel le futur chevalier aura fait son apprentissage. L’Église cherche à faire de l’adoubement un acte presque sacramentel en créant des rituels contenant de nombreuses bénédictions sur les armes (épée, bouclier, bannière), puis sur le chevalier ainsi armé. Ces rituels liturgiques, issus des formules du sacre royal, tendent à faire glisser sur la chevalerie dans son ensemble les devoirs qui depuis toujours incombaient au roi : protection de l’Église, du pays et de ses habitants sans défense, pauvres, femmes et orphelins. Dans ces adoubements liturgiques, l’officiant est un ecclésiastique, généralement un évêque. Seule la remise des éperons reste jusqu’à la fin du Moyen Âge un geste accompli uniquement par des chevaliers. Le coût croissant de l’équipement complet (50 bœufs vers 1250) conduit, à partir du XIIIe siècle, à la levée d’une aide financière de la population à son seigneur lorsqu’il adoube son fils aîné (ou lorsqu’il marie sa fille, part en croisade ou doit se libérer contre rançon), et à la raréfaction des adoubements, réservés à l’aîné.

Changement de technique

La plupart des aspects de cette évolution sont issus de l’adoption, dans la seconde moitié du XIe siècle, d’une nouvelle méthode de combat qui devient spécifique de la chevalerie : la charge massive, lance couchée en position horizontale fixe. Jusqu’à cette date, à pied comme à cheval, on pouvait user de la lance de deux façons différentes, à la manière d’un javelot ou d’une pique.
À la bataille d’Hastings, les piétons anglo-saxons d’Harold comme les chevaliers normands de Guillaume projettent contre leurs adversaires ces javelots, par un geste fort bien illustré par le cavalier de gauche. Ces javelots sillonnent les airs entre les deux groupes adverses. Cette méthode ne disparaît pas totalement, mais les chevaliers la dédaignent peu à peu.
Le même document montre aussi l’usage de la lance à la manière d’une pique, dans le combat rapproché.  Un piéton anglo-saxon qui, bras levé , cherche à porter un coup descendant. On pouvait aussi frapper de bas en haut ou directement, par simple extension du bras devant soi. Dans ces trois cas, cependant, le cavalier qui en usait ne se trouvait en rien avantagé par rapport à un piéton. Bien au contraire, si l’impact avait lieu en mouvement, il risquait fort de s’occasionner une luxation de l’épaule ou du coude, le mouvement tendant à arracher son bras du corps. C’est pourquoi les chevaliers arrivaient à cheval sur le champ de bataille et mettaient pied à terre, ou bien combattaient dans la mêlée, pratiquement à l’arrêt.
Une troisième méthode apparaît, adoptée par toute la chevalerie européenne à des dates variables selon les régions, entre 1066 et 1140 au plus tard. Il s’agit de la lance couchée en position horizontale fixe. Elle est probablement liée à l’emploi des lances à bannière, difficiles à utiliser comme javelots et même comme piques. On en voit quelques exemples sur la broderie de Bayeux. Le chevalier central y est représenté tenant sous son bras, coude replié, une lance à bannière. Cette méthode, rendue possible par l’emploi de selles plus profondes, permet de tenir la lance fermement tout en conservant l’avantage du mouvement du cheval, sans risquer la luxation de l’épaule. Elle rend désormais possible la charge massive, rapide et compacte de chevaliers groupés, serrés ensemble en petits escadrons ou conrois. La force de pénétration et la panique causée par de telles charges ont été parfois comparées à celles des blindés lors de la Première Guerre mondiale.
Cette méthode  (XIIe siècle). Il faut le lire à la manière d’une bande dessinée. La charge s’y déploie en trois phases successives, décomposant le mouvement. La première phase, en haut, montre les chevaliers au début de la charge. La lance, d’abord tenue verticalement, s’abaisse progressivement de la position du chevalier de gauche à celle du chevalier de droite. Ce dernier, lance couchée, abat déjà un adversaire en le désarçonnant. La poursuite continue au second niveau : les chevaliers de droite chargent lance couchée, tandis que le chevalier de gauche, qui a probablement perdu sa lance brisée ou plantée dans le corps de son adversaire, a dégainé son épée pour continuer le combat dans la mêlée. Le troisième niveau, en bas, est plus explicite encore. On y voit les dernières phases de la charge. Le chevalier de droite, lance tenue sous le bras en position horizontale fixe, dirige de sa main la pointe de sa lance vers le corps de l’adversaire, ici en fuite (en général, dans les combats entre chevaliers, la charge est symétrique, frontale de part et d’autre, ce qui accroît encore la violence du choc). Il tient son écu au bras gauche et a lâché les rennes après avoir éperonné pour lancer son cheval à pleine vitesse, comme l’explique avec précision un texte du XIIe siècle. Le chevalier de gauche, quant à lui, est représenté lors de la phase ultime de la charge. L’adversaire, désarçonné, gît à terre, la lance enfoncée dans le corps. Par un mouvement du bras de bas en haut lui remontant l’épaule, le chevalier retire sa lance avant qu’elle ne se rompe pour poursuivre le combat avec cette arme redoutable.
La nouvelle méthode exige un entraînement assidu, mais ses avantages sont évidents : désormais, seule la précision du coup dépend de celle de la main qui dirige la lance vers son objectif. La puissance de l’impact, donc son efficacité, est assurée, elle, par la vitesse du cheval. On comprend alors pourquoi les épopées, les romans, les chroniques et l’iconographie nous décrivent des chevaliers traversant de part en part le corps de leur adversaire, la bannière ressortant de l’autre côté. On comprend aussi pourquoi l’on a dû perfectionner les armes défensives, en particulier les armures, pour résister à une telle force de pénétration ; pourquoi, dans les tournois, il pouvait y avoir de nombreux blessés, parfois des morts, malgré les efforts des chevaliers pour désarçonner l’adversaire en frappant son écu plutôt que de chercher à le tuer ; pourquoi, toujours dans les tournois et plus encore dans les joutes qui se multiplient aux XIVe et XVe siècles, on utilise des lances dites « à plaisance » (où la pointe acérée est remplacée par une pointe émoussée ou crantée), et des armures de joute très renforcées du côté de l’impact. Il s’agit d’une fête qui se déroule devant un public de dames et de seigneurs, chacun des participants affrontant un seul adversaire qui lui fait face, les deux combattants étant désormais (depuis le XIVe siècle) séparés par une barrière. Chaque participant est accompagné d’un écuyer. La joute, alors, est devenue fête et distraction aristocratique, tout en conservant un peu du caractère premier des tournois : un entraînement nécessaire aux chevaliers. Richard Cœur de Lion l’avait bien compris quand, en 1194, il autorisa les tournois, jusqu’alors interdits en Angleterre.

http://www.cndp.fr/RevueTDC/908-77837.htm

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 7 novembre, 2008 |22 Commentaires »

Epée de Godefroy de Bouillon

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Publié dans:L'ordre des Templiers |on 6 novembre, 2008 |8 Commentaires »

Sainte Ide de Boulogne mère de Godefroy de Bouillon et Baudouin de Boulogne, premiers rois de Jérusalem.

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Ide de Lorraine est une figure injustement méconnue du XIe siècle français. Descendante de Charlemagne et nièce du Pape Étienne IX, elle épouse le comte Eustache de Boulogne qui sauve la vie de Guillaume le Conquérant lors de la bataille d’Hastings en 1066. Belle-sœur de Geoffroy, évêque de Paris et chancelier du roi de France Philippe Ier, son influence politique est considérable. Ses fils, Godefroy de Bouillon et Baudouin de Boulogne sont les premiers rois francs de Jérusalem. Sa petite fille Mathilde monte sur le trône d’Angleterre.
Entre la Croix et l’Épée, elle bâtit des cathédrales, vénère le précieux sang du Christ et sera canonisée.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 6 novembre, 2008 |Pas de commentaires »

Le Blason Lorrain et Godefroy de Bouillon

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Le blason aux alérions tire son origine de Godefroy de Bouillon, duc de Basse-Lorraine. En 1099, Godefroy commandait en chef l’armée qui, après avoir pris Saint-Jean-d’Acre, était venue assiéger Jérusalem. Le siège durait depuis des semaines et le sort ne semblait pas décidé à choisir le camp des vainqueurs car si la situation des assiégés n’était pas bonne, celle des assiégeants ne valait guère mieux. Fatigués par les combats, le rude climat et les privations, décimés par les maladies, les Croisés s’affaiblissaient de jour en jour. Un matin, Godefroy, désespéré, implora la Ciel de lui envoyer un signe pour savoir s’il voulait la victoire des armées chrétiennes. Comme il achevait sa prière, trois oiseaux blancs apparurent dans le ciel. Aussitôt, Godefroy s’écria: « Seigneur, si vous avez décidé de notre victoire, daignez guider la flèche que je vais lancer et permettez que j’abatte un de ces oiseaux ». Il banda son arc et tira. La flèche partit dans les airs et toucha non pas un oiseau, mais les trois en même temps. Un grand cri s’éleva dans les troupes, on cria au miracle. Godefroy brandit son épée en clamant: « Dieu le veut! Dieu le veut! Aux échelles » Les préparatifs rapidement achevés, Godefroy ordonna l’attaque et, au bout de plusieurs heures d’un combat acharné Jérusalem fut prise. C’est en souvenir de ce jour que les trois oiseaux de Godefroy de Bouillon, devenus alérions, figurent sur le blason Lorrain. L’histoire officielle affirme que les ducs de Lorraine ne descendent pas de Godefroy de Bouillon, mais d’autres prétendent le contraire.

Cette légende est à n’en pas douter une christianisation d’un ancien culte solaire païen

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 6 novembre, 2008 |1 Commentaire »

Reimbold Creton sous les ordres de Godefroy de Bouillon

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Reimbold Creton

Immortel chevalier de la 1ère croisade, Reimbold Creton marche sous les ordres de Godefroy de Bouillon et se distingue entre tous les autres chevaliers à la bataille d’Antioche.

Dans la chanson d’Antioche composée en alexandrins au XIIème siècle par le Père Richard et seul récit revêtu du caractère historique par les souvenirs d’un témoin oculaire « Les chrétiens venaient de livrer la fameuse bataille du pont d’Antioche où Reimbold avait signalé sa bravoure aux côtés de Godefroy de Bouillon et d’Enguerrand de Saint Pol. Ils mettaient tous leurs soins à ne laisser échapper aucun sarrasin qui fuyait à la nage dans les eaux qui baignent les murailles de la ville. Aucun des français n’osait traverser le cours d’eau rapide et profond, sachant que, du haut des remparts, une pluie de traits l’assaillirait. N’écoutant que son courage le chevalier Reimbold Creton sauta de son coursier, se débarrassa de son heaume, ne garda que son haubert, sa lance et son épée et se jeta à l’eau. Le courageux gagna le côté du pont opposé à celui où se reposaient les Turcs désarmés et les attaqua à l’improviste. A l’issue de ce fait d’armes, Reimbold fut accablé par les traits que les assiégés tiraient du haut des murs  d’Antioche. des écuyers le ramenèrent sur le rivage et il reçut les soins des médecins sous la tente de Godefroy de Bouillon.

Dans la suite de cette première croisade, Reimbold; guéri, ne démentit pas la haute idée qu’il avait donnée de son courage lors de la bataille d’Antioche.

Les historiens sont unanimes à faire son éloge lors de la conquête de Jérusalem, le 15 juillet 1099. Ils présentent le Seigneur Reimbold Creton comme l’héroïque soldat de la Croix à la bannière de soie blanche qui, le premier monta à l’assaut des murailles pour repousser l’ennemi et entrer en ville sainte. Pour immortaliser cet exploit, Godefroy de Bouillon inscrivit sur l’étendard « Vaillant sur la crête ». Pour reconnaitre et immortaliser la façon  dont il l’avait vu monter le premier sur la crête de la ville, le roi offrit au vaillant chevalier un éclat de la vraie croix enchâssé dans un reliquaire d’argent. Cette sainte  relique est conservée précieusement par ses descendants. Madame Elisabeth d’Estourmel est venue plusieurs fois la présenter à la population d’Estourmel.

Reimbol revint dans son château d’Estourmel en 1105.

En 1536, Jean III d’Estourmel est un des défenseurs de Péronne lors du siège de la ville. Une place porte encore aujourd’hui son nom. C’est lui qui a fait édifier le gisant de ses parents, Gilles et Elayne.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 6 novembre, 2008 |Pas de commentaires »
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