Archive pour le 24 novembre, 2008

TEMPLIERS ET PELERINS

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…Vêtus simplement et couverts de poussière, ils ont le visage brûlé des ardeurs du soleil, le regard fier et sévère : à l’approche du combat, ils s’arment de foi au-dedans et de fer au-dehors ; leurs armes sont leur unique parure ; ils s’en servent avec courage dans les plus grands périls, sans craindre le nombre ni la force des Barbares : toute leur confiance est dans le Dieu des armées ; et, en combattant pour Sa Cause, ils cherchent une victoire certaine ou une mort sainte et honorable….

SAINT BERNARD de CLAIRVAUX

La frayeur causée par l’avènement de l’an mil n’est plus qu’un ancien souvenir. La misère, les petites guerres féodales de «  divertissement aristocratique  », l’abrutissement des peuples et d’autres joyeusetés du même calibre enfoncent l’Occident dans un chaos indescriptible. A tel point que les suzerains et le clergé, ne sachant plus à quel saint se vouer, autant effrayés, sinon plus, par l’ennemi de l’intérieur que par l’ennemi de l’extérieur concoctent un gigantesque projet rassembleur. Les petits remèdes proposés par l’Eglise ne pouvaient plus endiguer le raz-de-marée des malheureux ni inculquer le moindre bon sens à la noblesse dépravée… Pauvres serfs ! Taillables et corvéables à merci, obligés de partager leurs maigres récoltes avec les seigneurs de l’endroit.

Récoltes souvent saccagées par le passage intempestif des chevaliers en goguette et des hommes d’armes en débandade. En guise de «  subsides  », les filles étaient violées, les jeunes gens enrôlés et les récalcitrants pendus ou égorgés. Les uns s’ennuyaient, tandis que les autres en prenaient plein la figure pour pas un rond. Tout ceci commençait à bien faire…

La grande idée consiste à désigner un démon fait de chair et de sang, donc vulnérable : l’  » Infidèle  » ; une région lointaine, mais accessible ; et susceptible tout de même d’attiser les convoitises du plus grand nombre. L’astuce suprême : fanatiser les masses, en profitant de la sincère et profonde conviction des gens de bonne foi, très nombreux et de tous milieux. En effet, un grand nombre d’  » excités  » se feront occire dans l’aventure, tandis que de nouvelles richesses et de nouveaux territoires viendront renforcer la puissance des «  décideurs  ». L’objectif avoué : libérer le tombeau du Christ ! Les hésitants recevront comme pénitence, en lieu et place de 3 Ave et de 2 Pater : un pèlerinage à Jérusalem. En cas de refus, ce sera l’excommunication. Tandis que les plus obéissants obtiendront des «  indulgences plénières ».

Et voici Pierre l’Ermite(*) sorti de sa coquille (aucun lien de parenté avec le mollusque Bernard du même nom) qui prêche avec un franc succès la «  Croisade populaire  ». Une multitude de malheureux (plus de 100.000, ce qui est considérable pour l’époque), hommes, femmes et enfants s’élancent sur les routes de la Terre Sainte. Ils sont dépourvus d’intendance, ridiculement armés (des fourches, des faux, etc.) complètement inorganisés, affamés, épuisés, sans aucune formation militaire et simplement encadrés par quelques soldats de fortune que commande un noble désargenté, «  Gauthier-sans-avoir  ». Ils sont surtout guidés par la foi et assurés d’aller au paradis. Ce qui ne traînera pas…

Après avoir déjà perdu une bonne partie de la troupe en cours de route et perpétré plusieurs odieux massacres pour se nourrir (pris par la soif, ils burent le sang de leurs chevaux et leur « propre  » …urine), le 21 octobre 1096, à l’aube, non loin de Civitot, le Sultan Kilij Arslan met fin à ce triste carnaval en faisant passer tout ce joli monde de vie à trépas. Le vainqueur triomphe sans gloire et en peu de temps. Quelques milliers de flèches anéantissent rapidement la cavalerie occidentale et déciment les fantassins. Lorsque le corps à corps s’engage, les Chrétiens sont déjà en débandade. Seuls deux à trois mille pèlerins, dont la plupart seront vendus comme esclaves, parviennent à sauver leur vie. Quant à l’illustre Pierre l’Ermite, réfugié depuis plusieurs jours à Constantinople, il s’en retourne de l’autre côté de la Méditerranée, toujours prêt … pour prêcher une nouvelle Croisade.

Au même moment, le preux Godefroy de Bouillon rassemblait et organisait les armées féodales.

En 1097, Nicée tombe comme un délicieux fruit mûr aux mains des Occidentaux. Le 1er juillet de la même année, à Dorylée, les Turcs Seldjoukides conduits par Kilij Arslan, en voyant l’armée franque, demeuraient convaincus d’un succès aussi facile que précédemment. Supérieurs en nombre, bénéficiant de l’effet de surprise, les Seldjoukides utilisèrent leur tactique habituelle : des charges successives de cavaliers légers tirant à l’arc. Godefroy leur opposa une charge de cavalerie lourde. Le résultat fut implacable. Telle une gigantesque chape de fer, la Chevalerie chrétienne s’abattit sur les musulmans. L’infanterie franque, bien disciplinée, en rangs serrés, acheva le travail à la manière d’un rouleau compresseur. Kilij Arslan, Sultan de Bagdad, venait de découvrir, tardivement, un nouvel art de la guerre : l’assaut frontal.

Sur leur lancée, les chrétiens prirent Edesse, puis Antioche, en exterminant complètement, au passage, une armée de secours musulmane commandée par Karbouka, le maître de Mossoul.

Lors de leur arrivée en Orient, les Chevaliers chrétiens avaient été horrifiés en découvrant les cadavres atrocement mutilés des  soldats et des pèlerins de la Croisade des pauvres. L’horrible charnier s’étendait sur plusieurs kilomètres. Des têtes, des jambes, des bras gisaient éparpillés çà et là tout au long du chemin. Des corps en décomposition criblés de flèches, dont celui de «  Gauthier-sans-avoir  », étaient pendus ou cloués aux arbres.

 

Un an plus tard, lorsque les troupes chrétiennes parvinrent devant Jérusalem en 1099, ces visions de cauchemars subsistaient encore en leur mémoire (*).

Provoquant une fois de plus l’étonnement des troupes musulmanes, plutôt que d’ériger des tours et de construire des machines de siège, les chrétiens se mirent en prière et entreprirent une longue procession autour des murs d’enceinte. Certains chantaient, tandis que beaucoup d’entre eux tombaient à genoux en pleurant. Soudain, se regroupant en bataillons compacts, lances levées ils s’élancèrent comme des enragés contre les remparts. Les défenseurs égyptiens ne savaient quelle attitude adopter, étant partagés entre la stupeur et la terreur. Portés par cette foi qui soulève des montagnes, les guerriers et pèlerins chrétiens montaient à l’assaut du Ciel.

La Ville tomba aux mains des attaquants en moins de quinze jours et … le carnage commença. Dans ce contexte, l’expression «  ne pas faire de quartiers  », signifiant n’accepter aucune reddition, peut paraître paradoxale. Des quartiers de chair humaine en tout cas, il y en eut, mais par milliers. Les combattants progressaient dans les rues, de maisons en maisons, découpant tous les habitants à la hache ou à l’épée. Le sang coulait à flot dans les rigoles provoquant des mares atteignant la hauteur des chevilles. Les musulmans étaient rassemblés dans les mosquées et les Juifs dans leurs synagogues, ensuite, les Francs incendiaient le tout. A ce moment, la Croix devint gammée de dégoût. Le tombeau du Christ était enfin libéré et purifié par le sang des Infidèles. Le chaos médiéval d’Occident pouvait s’exporter dans le royaume de Jérusalem.

Godefroy de Bouillon refusa la couronne de Jérusalem, car il estimait n’avoir aucun droit de se ceindre la tête d’or, là où son Seigneur Jésus avait porté une couronne d’épines. Le preux Chevalier se contenta du titre : « Avoué du Saint Sépulcre  ». Il demeura dans la ville libérée en compagnie de seulement 300 chevaliers et deux à trois mille piétons, le gros de la troupe étant retourné en Europe.

 

Les pèlerinages continuent, les massacres aussi !

 

Les pèlerinages pouvaient continuer, d’autant plus que Godefroy venait de créer un nouveau royaume latin et de prospères Etats chrétiens comme Antioche ainsi que Tripoli. Les Chevaliers de St Jean de Jérusalem, nommés également Hospitaliers (ensuite Chevaliers de Rhodes et aujourd’hui Chevaliers de Malte) existaient déjà. Ces moines-soldats vêtus d’un manteau noir orné d’une croix blanche construisaient des hôpitaux de campagne (hospices) et soignaient les pèlerins

Les actions de ces chevaliers, très louables au demeurant, n’étaient pas militaires au début. Au contact des TEMPLIERS, ils s’amélioreront dans le domaine des armes et s’établiront en Syrie, dans le célèbre «  KRAK DES CHEVALIERS  », une impressionnante forteresse perchée au sommet d’une colline. Cette imposante construction existe encore de nos jours.

Quoi qu’il en soit, avant de «  rafistoler  » les gens, il eut peut-être été plus judicieux de les protéger. D’autant plus que les bandits de grand chemin pullulaient et que l’Islam du prophète Mahomet (la paix soit sur lui…) rassemblait ses forces. Bref, les massacres recommençaient de plus belle. Les routes vers les Lieux Saints comptaient autant de pendus que d’arbres. Le corps médical de l’époque, en l’occurrence ces braves Hospitaliers, était débordé. Au Moyen Age, la mutuelle n’existait pas et le ticket modérateur n’avait pas encore été inventé. En fin de comptes, des renforts d’élite s’avéreront nécessaires.

 

Voici le temps des Templiers

En 1118, neuf chevaliers conduits par Hugues de Payens se rendent à Jérusalem et sont reçus par le roi Baudouin II. Ils lui exposent leur projet de protéger les «  touristes  » en voyage pour les Lieux Saints. Les noms de ces neuf héros ne sont pas tous connus. L’origine du fondateur lui-même, Hugues de Payens prête à confusion. Certains historiens lui attribuent une origine champenoise, tandis que d’autres prétendent qu’il provient de l’Ardèche. En réalité, il s’agirait d’un ardéchois devenu officier pour le comte de Champagne. Parmi ses compagnons du début, citons : André de Montbard (de Clairvaux), Geoffroy de Saint-Omer, Payen de Montdidier et Archambaud de Saint-Amand (tous trois issus des Flandres). Quatre autres Français auraient également composé ce groupe.

Un premier mystère sans importance surgit déjà. En effet, ces neuf valeureux «  chevaliers du Christ  » (leur nom d’origine) se confinèrent dans un relatif secret pendant neuf ans au sein d’une annexe du Temple de Jérusalem que leur avait donnée

le roi Baudouin II ( leur nom devint «  les chevaliers de la milice du Temple  » ou plus nettement … les TEMPLIERS). Que firent-ils pendant tout ce temps ? Nul ne le sait.

Selon les suppositions les plus logiques, il s’adonnaient à la prière et à la vie contemplative de moines sous la Règle de saint Augustin. Après tout, que fait un moine en son monastère (à part de la bière et du fromage…), eh bien, il prie ! Ceci étant, comme ils vivaient dans le cœur du Lieu saint, certains historiens affirment, comme s’ils avaient été là, que les neufs fondateurs entreprenaient des recherches de type archéologique et qu’ils auraient découvert des «  vérités interdites  » (comme par exemple l’absence du Christ dans son tombeau, sans rire ?) Peut-être reconnaissaient-ils le terrain ? (quartiers chauds, boites de nuits…) De toutes façons, leur solitude fut quand même interrompue par la visite du comte Hugues de Champagne en 1126 qui se joignit à eux et offrit tous ses biens au Temple.

Là-dessus, en 1127, le recrutement commence fort et les dates importantes se succèdent rapidement. En 1128, eut lieu le Concile de Troyes où saint Bernard de Clairvaux rédigea les premiers statuts de l’Ordre (règle définitive en 1140). En 1148, le Pape détermina leur uniforme : ce sera le manteau blanc orné sur l’épaule d’une croix rouge pattée (le blanc pour la pureté, la chasteté et la lumière ; le rouge pour l’amour divin). Leur gonfanon (étendard) sera le Beaucéant (ou Baussant) aux couleurs blanc et noir (le noir signifiant le mal et les ténèbres) avec la croix rouge pattée. A noter que les écuyers, les «  frères-sergents  » et les servants seront habillés soit de noir, soit de gris (avec la croix rouge pattée) ou porteront les habits usagers de leurs frères chevaliers et ne posséderont généralement qu’un seul cheval.

Les chevaliers, quant à eux, (issus de la noblesse séculière) posséderont trois chevaux : le destrier pour les combats, le palefroi pour les voyages et le cheval de bât. Symboliquement, ils étaient si pauvres qu’ils ne disposaient que d’un seul cheval pour deux (le sceau du Temple représente d’ailleurs deux cavaliers sur un seul cheval). Ceci exprime la solidarité entre les frères TEMPLIERS (voir pages suivantes) qui mangeaient (copieusement) à deux dans la même gamelle. Le vin leur était autorisé…(ouf !).

L’épopée des Templiers est en route pour deux siècles.

Les chevaliers au blanc manteau protégeaient les pèlerins, mais sauvaient également les rois des désastres en Terre Sainte. Leurs très haute valeur militaire augmentée de leur puissante et noble force morale, terrorisaient leurs ennemis, suscitaient l’admiration des peuples et provoquait la hargne d’une grosse partie de la noblesse chrétienne. Pour les seigneurs féodaux, ces TEMPLIERS constituaient à leur corps défendant, une sorte d’«  insoumis révolutionnaires  » (quoique le terme révolutionnaire n’ait que peu de signification pour le Moyen Age). Diable ! leur mode de vie témoignait d’un exemple difficile à suivre, par les nobles bambocheurs et querelleurs. En outre, l’orgueil des princes en prenait souvent pour son grade, lorsqu’ils venaient quémander l’argent de ces pauvres Chevaliers du Christ pour régler la rançon de chrétiens capturés par les musulmans.

Comme ils ne dépendaient d’aucune autorité séculière (sauf du Pape et encore…), les TEMPLIERS ne se privaient pas de manifester leur indépendance. Quand le roi venait réclamer leur appui avant la bataille, le Grand Maître (ou le Commandeur du lieu) acceptait, à la condition toutefois, que les chevaliers au blanc manteau conduisent la charge et puissent diriger la manœuvre. Bien obligé, le monarque acceptait en étouffant sa rancœur. Certains chroniqueurs de l’époque, ne voulaient pas comprendre que les TEMPLIERS agissaient avec autant de bravoure que d’intelligence. Ils les accusaient de toujours monter en première ligne pour s’emparer de la plus belle part du butin. Pourtant, depuis les premières victoires éclatantes des armées féodales, l’eau avait coulé sous les ponts. Les Turcs, loin d’être des imbéciles, avaient étudié la trop simpliste stratégie militaire des Francs. Le coup de la charge de cavalerie avait fait son temps. En outre, l’infanterie musulmane évitait, autant que possible, d’engager le combat avec les puissants piétons chrétiens contre lesquels ils n’avaient aucune chance. La technique du harcèlement, la parfaite connaissance du terrain, l’adaptation au climat et les traquenards permettaient à l’Islam de reprendre du poil de la bête. Les Infidèles craignaient surtout les moines-soldats, aussi redoutables dans la guérilla que dans les batailles rangées, eux qui éventaient les pièges et venaient à bout de trois guerriers en même temps (le «  3  » étant leur chiffre «  magique  »)(*). D’ailleurs, lorsque des Chrétiens étaient capturés, la plupart étaient échangés contre une rançon ou vendus comme esclave, tandis que les valeureux TEMPLIERS, étaient systématiquement égorgés ou décapités.

Quelques péripéties

L’historien et romancier Georges Bordonove a écrit un livre très fouillé et objectif sur les TEMPLIERS, paru aux éditions «  Marabout  ». Le meilleur moyen de découvrir de manière complète les aventures épiques des chevaliers du Christ consiste simplement à se procurer sans tarder ce remarquable ouvrage, dont nous faisons référence. Le présent recueil, ne peut livrer ici que quelques courts extraits.

Le défilé des monts Cadmus

 

Sous la conduite du roi de France Louis VII, les Croisés s’engagèrent dans le défilé des monts Cadmus (surnommé la «  montagne exécrable). Discipline militaire et féodalité ne faisant pas bon ménage, le vassal chargé de partir en reconnaissance, n’en fit qu’à sa tête. Plutôt que d’attendre le gros de la troupe, il installa son avant-garde de l’autre côté du versant de la montagne. En séparant les forces franques, il offrait ainsi un somptueux cadeau aux Turcs qui ne se firent pas prier. Les traits fusaient sur l’armée chrétienne encerclée. Les Cavaliers étaient désarçonnés, tandis que chevaux et fantassins s’enfuyaient dans tous les sens. Cette expédition allait se conclure dans la plus profonde confusion, sans Everard des Barres, le Maître du Temple de Paris (futur Grand Maître), qui réorganisa et rassura les troupes franques en débandade. Mais plutôt que de foncer tête baissée dans un autre piège, comme l’aurait fait un quelconque seigneur franc, une partie des chevaliers au blanc manteau en réalisant un mouvement tournant, enveloppa les assaillants, tandis que les autres rassemblaient tous les chevaux et encadraient l’arrière-garde. Sauvé in extremis par le courage et le sang froid des TEMPLIERS, dont il devint un ardent partisan, le roi Louis VII remit le commandement de son armée à Everard des Barres à qui il emprunta ensuite une forte somme d’argent. Par ce prêt, la croisade fut sauvée une seconde fois.

Ascalon

Evitant de justesse une guerre civile avec sa propre mère, la reine Mélissande, qu’il assigna à résidence pour avoir enfin la paix, le roi Baudouin III envisageait d’entreprendre le siège d’Ascalon. Les TEMPLIERS, en liquidant une division égyptienne et en effaçant dans leur foulée un contingent turc, ajoutaient le château neuf de Gaza à leur forteresse de Safet et à leurs autres propriétés de Palestine. Les pèlerins affluaient.

Mis en appétit par ces victoires, le roi décida de passer à l’attaque.

 

Ascalon était une imposante ville adossée à la mer et défendue par cent cinquante tours disposées sur une double enceinte. Jardins et vergers prospères entouraient la cité, dont la vocation demeurait surtout militaire. Les habitants étaient tous familiarisés au maniement des armes.

A l’issue d’un siège sanglant, une partie de la muraille s’écroula enfin. Alors, tous les Croisés s’élancèrent vers la brèche dans la plus grande pagaille. Cependant, les TEMPLIERS, fidèles à la tradition, se trouvaient en première ligne et constatèrent que la garnison, plutôt que de fuir, s’était convenablement ressaisie. L’armée chrétienne allait inévitablement se faire massacrer. Les quarante chevaliers au blanc manteau bloquèrent l’élan désordonné des chrétiens et repoussèrent les Ascalonites le temps nécessaire au regroupement des Croisés. L’armée du roi fut sauvée, mais les quarante héros commandés par leur Grand Maître, Bernard de Trémelay périrent tous au combat. Leurs dépouilles furent suspendues aux remparts, afin d’impressionner les Croisés.

Complètement découragés par la mort des moines-soldats, malgré l’arrivée d’importants renforts, les assiégeants s’apprêtaient à lever le siège. Ignorant l’état d’esprit de leurs ennemis, les assiégés désespérés de ne recevoir aucun secours, capitulèrent. Ils reçurent toutefois les honneurs de la guerre, le 19 août 1153.

 

En hommage à leur sublime bravoure, Guillaume de Tyr, chroniqueur et riche prince d’Eglise, affreusement jaloux de leur puissance et de leur vaillance, trempa sa plume dans du venin pour calomnier ces héros au cœur pur. Il prétendait que les chevaliers au blanc manteau avaient agi par appât du gain en voulant être les premiers à s’emparer du butin. Il omettait bien entendu de préciser que les TEMPLIERS, ayant fait vœu de pauvreté, ne pouvaient disposer d’aucune fortune personnelle et que la plupart des Grands Maîtres mourraient au combat. Involontairement, il décrit d’ailleurs lui-même la manière désordonnée et imprudente des Croisés qui allaient s’engouffrer dans la ville et explique le rôle salvateur du sacrifice des TEMPLIERS. Ceux-ci commençaient déjà à déranger…

Richard Cœur de Lion

 

Mauvais roi, piètre stratège, guerrier au cœur de lion et négociateur au caractère de cochon, Richard d’Angleterre, se fit beaucoup d’ennemis…dans les deux camps.

S’alliant avec le roi de France, Philippe Auguste, Richard Cœur de Lion personnifiait le panache de cette 3ème croisade. L’heure était grave, car après Jérusalem, beaucoup d’autres villes avaient été reprises par les musulmans.

 

Forte d’une armée de plus de cent mille hommes, dont les femmes avaient été exclues (même les ribaudes(*) par Richard, cette sainte expédition prenait la même tournure, en plus puissante encore, que la première croisade. Les victoires chrétiennes se multipliaient à un rythme soutenu. La «  contre-croisade  » tant espérée par Saladin battait de l’aile, toutes ses armées se faisant décimer les unes après les autres. Lui-même commençait à douter de l’Islam et fustigeait les siens, dont la foi semblait bien fragile à côté de celle des Croisés. Ceux-ci reprenaient d’ailleurs possession de toutes les places fortes perdues. L’une des plus prestigieuses à se rendre aux chrétiens fut sans conteste  Saint-Jean-d’Acre, dont la reddition fut signée dans la tente du Grand Maître du Temple, Robert de Sablé.

Celui-ci appuya Saladin dans son offre de rachat des trois mille défenseurs. En guise de réponse à cette louable tentative de négociation, l’irascible Richard Cœur de Lion, dans un accès de fureur, fit égorger tous les prisonniers. Ragaillardi par sa stupide cruauté, le monarque remporta victoires sur victoires. Succès qu’il ne put convenablement exploiter et qui ne parvinrent qu’à assouvir sa soif de batailles. Malheureusement pour eux, arrivés aux portes de Jérusalem, les Croisés n’étaient plus en mesure d’occuper durablement la Ville sainte. Saladin consentit cependant une trêve de trois ans et le libre accès à Jérusalem pour les pèlerins venus d’Occident. Entre-temps, le roi de France, Philippe Auguste, ne supportant plus le mauvais caractère de son allié anglais, était retourné chez lui. La montagne ayant accouché d’une souris, il ne restait plus à Richard que de regagner benoîtement ses pénates. Le royal sabreur avait réalisé l’unanimité contre lui. Revêtu du blanc manteau, Il fut contraint de s’embarquer sur un navire du Temple en réclamant au Grand Maître, son ami, une immense faveur en ces termes : «  Sire Maître, je sais bien que je ne suis pas aimé, et aussi sais-je bien que si je passe la mer, je n’arriverai jamais que je ne sois mort ou prisonnier. Pour cela, je vous prie de faire préparer ceux de vos frères chevaliers et sergents qui viendront avec moi sur la galère, et ensuite me conduiront jusqu’ en mon pays, comme si j’étais un Templier.  »

Saint-Jean-d’Acre

Nous sommes à la fin du 13ème siècle, les Etats chrétiens d’Antioche et de Tripoli ne sont plus qu’un pieux souvenir. Suzerains et vassaux conspirent, se querellent pour une dame, joutent et festoient. Les «  grands vizirs chrétiens  » voulaient tous devenir calife à la place du calife. Chassez le naturel, il revient au galop… Génois et Vénitiens allèrent même jusqu’à se livrer une bataille navale devant les murs de Saint-Jean-d’Acre. Les TEMPLIERS, le dernier carré occidental sensé de Terre sainte, ne parvenaient plus à maintenir l’ordre. Pour comble de malheur, voici que les Mongols, commandés par Hulagu, petit-fils de Gengis-Khan, attaquent la Syrie. Ce nouvel ennemi des Infidèles fut considéré comme un allié potentiel par une partie des Croisés. Les autres se rangèrent aux côtés des Mameluks. Leur sultan Beybars, aussi efficace, mais nettement moins chevaleresque que son illustre prédécesseur Saladin, écrasa les Mongols. Afin de faire bonne mesure et pour parer à toute éventualité, il se débarrassa aussi de ses nouveaux alliés chrétiens. Comme l‘appétit vient en gagnant, il entreprit de reconquérir tout l’Islam.

Le jeudi 5 avril 1291, le Sultan dispose ses machines de siège et ses deux cent mille soldats (cavaliers et fantassins) sous les remparts de Saint-Jean-d’Acre. Les TEMPLIERS, commandés par leur Grand Maître, Guillaume de Baujeu, aidés de quelques HOSPITALIERS et de troupes auxiliaires ne peuvent lui opposer que huit cents chevaliers et dix mille combattants à pied. Les trente mille habitants étaient des vieillards, des femmes et des enfants, tout à fait inaptes au combat. Face à cette gigantesque disproportion, les défenseurs lancèrent cependant plusieurs charges de cavalerie. En vain. Les assiégeants progressaient inexorablement. Les contre-sapes répondaient tant bien que mal au travail des sapeurs. Quatre énormes balistes, appuyées par une multitude de mangonneaux(*) balayèrent les remparts. Les Sarrasins vinrent à bout des murailles.

Cependant, un côté de la puissante forteresse donnait accès à la plage. Les héroïques défenseurs gagnèrent assez de temps, afin de permettre l’embarquement pour Chypre d’une grande partie de la population. Le Grand Maître et une douzaine de ses chevaliers périrent en attaquant le flot des assaillants qui s’engouffraient par une brèche. Hélas, beaucoup de civils voulurent rester chez eux. Tragique erreur !

 

Melec-el-Esseraf, le sultan des sultans, accepta une première capitulation honorable. Les premiers Sarrasins entrés dans la ville tentèrent de violer les femmes qu’ils rencontraient. Du coup, les TEMPLIERS n’eurent pas d’autres choix que de s’interposer et tuèrent tous les agresseurs. Le Sultan feignit alors d’accepter une seconde négociation, mais fit décapiter les ambassadeurs envoyés par les défenseurs. Constatant ces odieux méfaits, les chevaliers au blanc manteau, sous les ordres du Maréchal Pierre de Sévry, décidèrent de se battre jusqu’au dernier. Les Infidèles minèrent les remparts et se précipitèrent, tel un raz de marée, par l’ouverture. A un contre vingt et plus, dans un corps à corps désespéré, les vaillants TEMPLIERS vendaient chèrement leur peau, taillant de profondes saignées dans les rangs ennemis. Submergés par le nombre, ils firent mieux que résister en enseignant aux Sarrasins la manière de se battre et de mourir avec panache. Dans un effroyable vacarme, les murs s’effondrèrent et ensevelirent les derniers défenseurs. Rien que pour ce seul baroud d’honneur, ils avaient quand même mis plus de 2000 musulmans au tapis.

 

La chute de Saint-Jean-d’Acre marqua la fin des Croisades.

 

La prospérité et le succès des Templiers

 

La prestigieuse renommée du TEMPLE se retrouve autant dans la paix que dans la guerre. Bien entendu, les combats épiques nourrissent l’imagination des poètes et des enfants (et un peu les adultes aussi…). Quoi qu’il en soit, les populations, qui ne sont pas aussi stupides que certains voudraient le faire croire, comprirent très vite que leur salut ne viendrait que des chevaliers au blanc manteau, véritable incarnation de la chevalerie parfaite.

Hugues de Payens n’avait pas perdu son temps. Par ses nombreux contacts en Europe, il avait considérablement développé les propriétés de l’Ordre.

 

Ses successeurs vont édifier plusieurs centaines de châteaux et fermes dans toute l’Europe. Ces commanderies admirablement protégées serviront même de gardiennes des trésors royaux, seigneuriaux et religieux. Les «  pauvres chevaliers du christ  » font creuser des mines, construisent des forges, des ateliers, des manufactures, entreprennent de vastes chantiers, lancent une importante flotte sur les mers lointaines, établissent des comptoirs à l’étranger, font du commerce et ouvrent des banques. Ils ont notamment inventé les chèques et la lettre de change, ce qui évitait les imposants transports de fonds hasardeux. En outre, ils concédaient de nombreux prêts à faible taux d’intérêt, à l’opposé des usuriers de l’époque. Ils étaient les plus puissants banquiers du monde. A la fin des croisades, leur actif est évalué à plus de neuf mille Commanderies et maisons fortifiées, chacune avec ses dépendances agricoles, ses pêcheries, ses forêts et ses péages. Leurs revenus annuels se montent à plus de 300 milliards et, vivant exclusivement des productions de leurs innombrables domaines, ils ne dépensent rien

Au Moyen Age, les gens pensaient qu’il n’était possible de faire fortune que par la guerre ou la magie. Comme les croisades étaient terminées, les imaginations allaient bon train. Les chevaliers au blanc manteau, tels des militaires professionnels en temps de paix, furent considérés comme inutiles et par conséquent, accusés de se livrer à l’alchimie et à d’autres formes de sorcellerie.

Un exemple de la tolérance des Templiers.

 

Ousama, ambassadeur de la l’Emir de Damas, écrit : «  Lorsque je visitai Jérusalem, j’entrai dans la mosquée al-Aqsâ, qui était occupée par les TEMPLIERS…à côté se trouvait une petite mosquée convertie en église par les Francs . Les TEMPLIERS me l’indiquèrent pour y faire mes dévotions. Un jour j’y entrai pour glorifier Allah. Comme j’étais tourné vers la Mecque pour la prière, un Franc bondit sur moi, me saisit et me tourna la face dans la direction opposée en me disant avec véhémence :  » c’est par là que tu dois regarder quand tu pries !  » Les TEMPLIERS se précipitèrent sur le Franc et l’expulsèrent. Ils s’excusèrent pour lui auprès de moi en m’expliquant que l’individu venait tout juste de débarquer en Terre sainte et qu’il n’avait jamais vu personne se tourner dans cette direction pour prier. Quand Ousama parlait des chevaliers au blanc manteau, ils disait :  «  mes amis les TEMPLIERS…  ».

 

Beaucoup de gens ignorent qu’à cette époque, une chevalerie musulmane existait également. En véritables chevaliers, les adversaires s’affrontaient en combat violent, certes, mais la haine avait fait place au respect. Au fil des années, ces affinités tissèrent des liens d’amitié entre Chrétiens et Musulmans. A la valeur des armes, s’était substituée la grandeur de l’âme.

 

Rituel de réception d’un frère au Temple

 

Cette réception est tellement émouvante qu’elle mériterait d’être retranscrite complètement Malheureusement, nous ne pouvons à nouveau que vous renvoyer à l’excellent ouvrage de Georges Bordonove.

 

Dans la chapelle d’une Commanderie, tous les frères sont réunis en Chapitre. Le Commandeur demande si quelqu’un s’oppose à la réception de l’  » impétrant  » (celui qui demande). Si tous se taisent, il l’envoie chercher et le fait mettre en une chambre proche du Chapitre. En cet endroit, deux ou trois prud’hommes vont lui poser des questions et l’instruire de ce qu’il aura à répondre. Ils insistent sur la dureté de la discipline et des peines qu’il aura à souffrir tout au long de sa vie. S’il persiste dans sa décision, les prud’hommes retournent au chapitre et rendent compte de l’entretien. Le Commandeur demande à ses frères : «  Voulez-vous qu’on le fasse venir de par Dieu ?  ». L’assistance répond : «  faites-le venir de par Dieu.  » (il ne s’agit pas d’un ancêtre du célèbre acteur français Gérard Depardieu)

 

Le nouveau frère entre, s’agenouille devant le Commandeur et dit : «  Sire, je suis venu devant Dieu, devant vous et devant les frères, et vous prie, et vous requiers par Dieu et par Notre-Dame, que vous m’accueilliez en votre compagnie et dans les bienfaits de la Maison, comme celui qui à tout jamais veut être serf et esclave de la Maison.  » (N’oublions par que ce nouveau frère est déjà chevalier séculier, donc noble.)

 

Le Commandeur répond d’un air un peu incrédule : «  Beau frère, vous requérez bien grande chose, car de notre religion vous ne voyez que l’écorce qui est par dehors. Car l’écorce est telle vous nous voyez avoir beaux chevaux et belles robes, et ainsi vous semble que vous serez à votre aise. Mais vous ne savez pas les forts commandements qui sont par dedans : car c’est une grande chose que vous qui êtes sire de vous-même, deveniez serf d’autrui. Car à grande peine, vous ne ferez jamais à votre désir : si vous voulez être en la terre qui est en deçà la mer, l’on vous mandera au-delà ; si vous voulez être en Acre, on vous mandera en la terre de Tripoli, ou d’Antioche ou d’Arménie… ou en plusieurs autres terres où nous avons nos maisons et possessions. Et si vous voulez dormir, on vous fera veiller ; et si parfois vous voulez veiller, on vous commandera d’aller reposer en votre lit… Quand vous serez à table, que vous voudrez manger, on vous commandera d’aller où l’on voudra, et vous ne saurez jamais où. Maintes fois vous devrez entendre des réprimandes. Or regardez, beau frère, si vous pourrez souffrir toutes ces duretés.  »

 

Si, malgré cette mise en garde, le nouveau venu dit :  » oïl (oui), je les souffrirai toutes s’il plaît à Dieu  », le Commandeur précise encore : «  Beau frère, vous ne devez pas requérir la compagnie de la maison pour avoir seigneuries ni richesses, ni aise de votre corps, ni honneur. Mais vous la devez requérir pour trois choses : l’une pour éviter et laisser le péché de ce monde ; l’autre pour faire le service de notre Seigneur ; et la troisième pour être pauvre et faire pénitence en ce siècle, afin de sauver votre âme ; et telle doit être l’intention pour laquelle vous la devez demander.  »

 

Le dialogue entre le nouveau venu et le Commandeur continue sur le même ton, pendant quelques instants. A la suite de quoi, le Commandeur lui demande de sortir en ajoutant :

  »  priez Notre Seigneur qu’il vous conseille. » 

 

Pendant ce temps, le Commandeur s’adresse à ses frères : «  Beaux Seigneurs, vous voyez que ce prud’homme a grand désir de la compagnie de la maison, dit qu’il veut être tous les jours de sa vie désormais serf et esclave de la maison. Et je vous ai demandé que, si l’un d’entre vous connaissait un empêchement à ce qu’il ne dût être frère droiturièrement, il le dise, car ensuite il serait trop tard.  »

 

Il répète sa question : «  voulez-vous qu’on le fasse venir de par Dieu ?  » L’assistance accepte et envoie des prud’hommes chercher l’impétrant.

 

Le Commandeur renouvelle sa question, le nouveau venu répond : «  Sire, oil, s’il plait à Dieu.  »

 

Alors le Commandeur invite l’assistance à se lever et à prier  et le chapelain récite l’oraison du Saint-Esprit. Le Commandeur ouvre les Evangiles et les remet au nouveau venu, toujours à genoux, en lui disant : «  Beau frère, les prud’hommes qui vous ont parlé, vous ont assez questionné ; quoi que vous ayez répondu, ce sont paroles vaines, et nous ne pourrions, ni vous-même en avoir grand dommage. Mais voyez ici les saintes paroles de Notre Seigneur ; des choses que nous allons vous demander, dites-nous vérité, car, si vous en mentiez, vous en seriez parjure et en pourriez perdre la maison, dont Dieu vous garde.  »

 

Le Commandeur pose ensuite six questions dont nous faisons grâce aux lecteurs.

 

La cérémonie continue par les promesses que doit tenir le nouveau venu, dont voici l’une d’entre elles : «  Promettez à Dieu et à Madame Sainte Marie que jamais vous ne serez en lieu ni place où nul chrétien soit opprimé à tort et à déraison, ni par votre force ni par votre conseil ?  » Le nouveau venu répond : «  oïl Sire, s’il plaît à Dieu.  »

 

Le moment de la réception est enfin venu. Le Commandeur la prononce selon le formulaire indiqué dans les Retrais (règlement) : «  Et nous, de par Dieu et de par Notre Dame Sainte Marie, et de par notre père l’apostole (le pape), et par tous les frères du Temple, nous vous accueillons à tous les bienfaits de la maison qui ont été faits dès le commencement et qui seront faits jusqu’à la fin, et avec vous votre père et votre mère et tous ceux que vous voudrez accueillir de votre lignage. Et vous aussi, vous nous accueillez en tous les bienfaits que vous avez faits et ferez. Et nous vous promettons du pain et de l’eau, et la pauvre robe de la maison, et de la peine et du travail en suffisance.  »

Le Commandeur revêt le nouveau frère du manteau de l’Ordre. Quelques paroles sont encore prononcées. Un TEMPLIER est né !

A l’aube du 21ème siècle…

Cette prodigieuse et fulgurante expansion fut inexpliquée à l’époque et le reste encore aujourd’hui. Animés de concepts différents, un cerveau «  bien-pensant  » du 20ème siècle, ne comprend pas mieux le bon sens des idéalistes. Comment expliquer que le seul égoïsme intelligent n’est rien moins que la solidarité ? A moins, que les TEMPLIERS n’aient réussi à changer simultanément l’homme et le système, adaptant l’un à l’autre et vice versa ? Quoi qu’il en soit, nous n’imaginons pas un seul instant que la plupart de nos économistes et banquiers contemporains, découvrent un jour l’énigme de ce mystère.

A moins que par l’opération du Saint Esprit, les grands décideurs comprennent subitement que pour survivre et prospérer, l’économie doit absolument s’engager dans la voie sociale et à l’échelle planétaire. Imaginons un instant que les seigneurs des complexes militaros-industriels, décident de construire pour la paix, plutôt que de fabriquer des machines de guerres. En prime, ils restitueraient la haute technologie d’aujourd’hui à son propriétaire légitime, l’être humain. Rêvons que les pays les plus industrialisés abandonnent la dette du tiers monde. Nous pourrions enfin connaître la véritable humanité.. Fort heureusement, le rêve reste encore gratuit et autorisé, mais constitue la seule nourriture de l’incommensurable multitude de malheureux. Au moment où ces lignes s’impriment, deux milliards six cent millions d’humains meurent de faim, alors que le patrimoine des 225 personnes les plus riches du globe, suffirait à leur offrir le minimum vital (étude réalisée par un économiste libéral et publiée dans la Nouvelle Gazette d’octobre 1998).

Plutôt que de répartir ces colossales richesses, les maîtres du monde nous montrent, par le truchement de leur télévision, les os saillants et les seins plats d’une maman soudanaise qui s’efforce d’allaiter son bébé mourant. A la suite de ce clip «  coup de poing  » un petit commentaire demande aux téléspectateurs consternés d’offrir rapidement leurs dons à un numéro de compte en banque qui s’affiche sur l’écran. En espérant qu’une partie de l’argent versé arrive à son véritable destinataire (la maman et le bébé vus dans le poste, quant à eux, seront peut-être morts depuis longtemps). Ces dons sont-ils le prix de la bonne conscience ? Ce bouchon de sable, placé dans la faille du barrage ne réussira pas toujours à empêcher le déferlement de l’océan d’affamés. La confrontation «  nord-sud  » remplacera-t-elle l’ancienne menace «  est-ouest  » ? Nous connaîtrons probablement la réponse que CNN voudra bien nous communiquer à l’occasion d’une prochaine opération militaro-chirurgicale du style «  tempête du désert  ». Comme dirait le regretté Pierre Desproges (dans sa chronique de la haine ordinaire), pourquoi ne pas secourir l’humanité avec le budget destiné aux armées et faire la guerre avec les collectes humanitaires?

Trop Humains ?

Bien entendu, les TEMPLIERS incarnaient la probité, l’intelligence, la sécurité, la rigueur, la douceur, la charité et la puissance face au chaos médiéval. Ils ne pouvaient que rencontrer l’adhésion massive des populations malmenées. Tout en faisant régulièrement la charité aux pauvres et les protégeant en permanence, ils rémunéraient convenablement le travail bien fait. Spolié et humilié continuellement par la noblesse séculière, le peuple souhaitait ardemment se mettre au service du TEMPLE et travaillait pour lui de toutes ses forces et de son mieux. Le progrès social prenait son envol en lâchant au passage ses besoins sur la tête du pouvoir féodal.

Les sciences n’étaient pas en reste. Dans leurs bagages, les chevaliers au blanc manteau avaient rapporté des trésors autant intellectuels que matériels. En excellents guerriers qu’ils étaient, ils ne sous-estimaient jamais l’adversaire. Au fil des ans, ils avaient même appris à vivre ensemble et à se respecter. Or, l’orient était beaucoup plus évolué que l’occident dans des domaines aussi pointus que la médecine ou l’arithmétique (dont nous utilisons encore les chiffres) par exemple. Les occidentaux étaient d’ailleurs considérés comme des barbares arriérés par les Arabes. Un chroniqueur oriental de l‘époque, décrit avec effarement les soins prodigués par les «  physiciens  » occidentaux qui coupaient une jambe pour soigner un abcès (exemple parmi d’autres). Les TEMPLIERS, quant à eux, courageux mais pas fous, ne manquaient pas de se faire soigner par les médecins musulmans. Un spectateur avisé n’aurait pu discerner la différence entre un médecin et un grand inquisiteur chrétien. Tous deux soignaient quelque chose, le premier s’occupait du corps et le second de l’âme…mais en utilisant les mêmes outils de torture.

Bref, ces avancées culturelles ramenées en occident contribuaient à émanciper les petites gens. Ce qui ne manquait pas d’inspirer une peur bleue au pouvoir féodal.

Quant à la religion, les TEMPLIERS essayèrent d’éliminer les points de discorde entre chrétiens et musulmans, s’efforçant de rassembler toutes les nuances, tant occidentales qu’orientales sous une même croyance cohérente. Ils ne traitaient pas les hérétiques en ennemis, car ils estimaient que tous les hommes étaient les créatures d’un seul Dieu rassembleur. Les Inquisiteurs risquaient le chômage. Quelqu’un a écrit que le nationalisme représentait la haine des autres, tandis que le patriotisme traduisait l’amour des siens.

Les pauvres chevaliers du christ étaient de grands patriotes de l’humanité.

Ils faisaient faire un grand bond en avant à l’histoire par l’élaboration d’un projet de société plus humaine. Ce changement positif et radical, tellement nécessaire, ne pouvait que révolutionner la vie au Moyen Age. Dans ce contexte les moines-chevaliers fascinaient autant les humbles qu’ils horrifiaient les puissants.

Hélas, les saines révoltes de bon sens, même quand elles sont correctement organisées paraissent souvent fragiles face à la rage des nantis. L’idée de partager ou de répartir correctement les richesses et les privilèges avec ceux qui ne possèdent que l’intelligence et leur force de travail, même quand il s’agit de la moindre des choses, a toujours suscité l’effroi des possédants. Lorsque Bill Gate, l’homme le plus riche de la planète, s’est pris une tarte à la crème en plein visage, lors de sa visite en Belgique, a-t-il compris que le «  terroriste pâtissier  » lui avait tout simplement rappelé qu’il n’était qu’un «  vulgaire  » mortel comme les autres ? Cette indifférence ou ce sentiment de légitimité dans l’opulence freine constamment l’évolution de l’Humanité, quand elle ne la fait pas régresser. Le fossé de haine entre riches et pauvres ne fait que se creuser inexorablement. L’Histoire ne se répète pas, elle bégaye…

Les TEMPLIERS avaient rassemblé sous leur seule bannière : biens matériels, progrès scientifiques, émulation philosophique et puissance politique. En plus, ils avaient prouvé dans les faits que l’ensemble fonctionnait par la démonstration d’une réussite totale dans tous les secteurs. Cette preuve n’a pu que déclencher une vision apocalyptique dans le cerveau exigu des puissants de l’époque. Un peu comme une marche blanche qui décréterait le changement de culture politique. Encore faudrait-il savoir dans quelle direction elle va…

Les TEMPLIERS devaient donc périr dans les flammes de l’enfer. A l’issue d’un procès inique et scandaleux, Philippe le Bel (*)et Nogaret, avec la complicité d’un Pape insignifiant et veule (Clément V), en firent brûler plusieurs, mais ne parvinrent qu’à détruire leur enveloppe charnelle. Ces trois illustres bourreaux moururent d’ailleurs de façon mystérieuse dans l’année, comme le leur avait promis le Grand Maître Jacques de Molay en montant sur le bûcher à Paris, le 18 mars 1314. L’anecdote nous rapporte que Philippe le Bel, sentant sa mort venir, se souvint avec effroi de la malédiction que le Grand maître avait ajoutée à la sentence divine «  …maudit jusqu’à la 13me génération  ». Ce monarque de fer partit pour l’éternité avec une expression de terreur, les yeux grands ouverts, malgré les multiples efforts de ses proches pour lui abaisser les paupières. Quant à la France, elle s’engageait dans une guerre de cent ans avec l’Angleterre…

(*) Comble de l’ingratitude, quelques années auparavant, les TEMPLIERS avaient sauvé la vie de Philippe le Bel poursuivi par les Parisiens en révolte, en l’hébergeant au Temple de Paris .Il est également connu que ce monarque avait insisté pour adhérer au TEMPLE et que sa demande avait été rejetée. Fasciste avant l’heure, Philippe le Bel faisait brûler les Juifs et s’emparaient de tous leurs biens. Il est mort d’un ictus au cerveau. Le pape Clément, soigné pour ses intestins, reçut en guise de remède miracle, des émeraude s broyées qui lui donnèrent le coup de grâce. Quant à Guillaume de Nogaret, il serait mort empoisonné par l’intoxication d’une chandelle (dans laquelle quelques ingrédients avaient été rajoutés). La main de l’homme avait servi la volonté de Dieu….

Quelques siècles plus tard, lorsque la tête de Louis XVI tomba sous le couperet de la guillotine, un homme dans la foule s’écria :  » Jacques de Molay est vengé !  ». Ce dernier roi capétien, lointain descendant de Philippe le Bel avait passé ses dernières heures dans le donjon du … Temple de Paris.

L’aventure n’est peut-être pas terminée.

Tous les biens immobiliers des TEMPLIERS de France et des Flandres furent attribués aux HOSPITALIERS, tandis que leur légendaire trésor passa sous le nez de Philippe le Bel. Ce roi, aussi cupide que cruel, alors qu’il disposait de la comptabilité du Temple, ne comprit absolument rien au mécanisme financier qu’il avait sous les yeux. La France retombait dans le marasme.

En Italie, leur destinée variait selon les seigneurs locaux. Très peu nombreux en Allemagne, domaine quasi exclusif des CHEVALIERS TEUTONS, ils y connurent également des sorts divers. En Ecosse et en Angleterre, ils auraient créé la FRANC-MACONNERIE. Par contre, au Portugal (où se dresse encore à Thomar, leur splendide forteresse) ils furent tous acquittés et conservèrent la totalité de leurs domaines. Cependant, pour rester en paix avec l’Eglise qui les avait excommuniés (par une bulle papale ou une encyclique qui claque), ils reprirent leur ancien nom de «  CHEVALIERS DU CHRIST  », gardèrent leur uniforme en ajoutant une croix blanche à l’intérieur de la croix rouge pattée. En Espagne, ils devinrent l’Ordre de Montessa.

De nos jours…

Nos contemporains spécialistes de l’histoire templière ne comprennent toujours pas comment la plus puissante force militaire, politique et économique d’Europe s’est laissé détruire. Les TEMPLIERS n’offrirent pratiquement aucune résistance, lorsque les troupes royales vinrent les appréhender. Certes, ils ne pouvaient lever l’épée contre d’autres chrétiens, mais tout de même ! Le monde n’était peut-être pas encore prêt pour accueillir leur conception de la vie ? Un mystère de plus ? En tout cas, ce ne fut jamais qu’un reniement supplémentaire, commis par un Pape qui savait de qui tenir…

Mais les fleuves de sang du Moyen Age se sont transformés en ruisseaux d’encre et en pluies d’ondes à l’époque d’Internet. D’autant plus qu’il arrive trop souvent que des fous dangereux transforment un joyau d’altruisme libérateur en brique sectaire. A côté de braves gens qui s’efforcent de perpétuer l’esprit du Temple, d’autres profitent de la bêtise ou du désarroi de leurs semblables pour les embrigader dans de sinistres caricatures de confréries qui se révèlent en réalité n’être rien moins que des sectes dangereuses (par ex. Le TEMPLE SOLAIRE de Jouret et Di Mambro qui ont entraîné 53 personnes dans la mort). Les CHEVALIERS AU BLANC MANTEAU permettaient au cerveau humain de développer le maximum de ses capacités par l’étude, les recherches et l’analyse. Ils dynamisaient le mécanisme de la pensée par l’érudition, à l’opposé des sectes qui enferment le raisonnement et le libre arbitre dans un dogme réducteur et tyranique.

L’âme des TEMPLIERS est demeurée intacte, tandis que leur esprit continue à traverser les siècles. Ils reviendront, à moins qu’ils ne soient déjà parmi nous. Qui sait ?

«  Chaque frère doit s’efforcer de vivre honnêtement et de montrer bon exemple aux gens du siècle et d’autres couvents, en toutes choses, de telle manière que ceux qui le verront ne puissent rien noter de mal en son comportement, ni dans sa façon de chevaucher, ou d’aller, ou de boire, ou de manger, ou de regarder, dans aucun de ses actes ni aucune de ses œuvres.  » (REGLE DU TEMPLE)

Le « procès » des Templiers

 

Philippe le Bel ne fit pas dans la dentelle. Les accusations inventées contre les chevaliers au blanc manteau furent énormes, jugez-en :

  • lors de la cérémonie de réception, les nouveaux frères auraient été contraints de renier le Christ par trois fois et de cracher sur la croix ; 

     

  • pratique de baisers indécents ; 

     

  • incitation à la sodomie entre frères du Temple ; 

     

  • adoration d’une statue diabolique, dénommée « baphomet  » ; 

     

  • lors de la Messe, omission de «  sacrer par le corps de Notre-Seigneur  ». 

     

  • etc.,  

 

L’ignoble procédure dura sept ans. Les accusés étaient «  soumis à la question  » et devaient répondre à un interrogatoire-type, dont les réponses étaient déjà formulées comme des chefs d’accusation. Les témoins à décharges étaient immédiatement incarcérés, tandis que Pierre de Bologne, le principal et le plus brillant défenseur des Templiers disparut mystérieusement.  »Arrêt spaghetti » médiéval…  ?

 

La plupart de ces accusations farfelues furent abandonnées par la commission pontificale qui clôtura ses travaux, à l’Abbaye de Maubuisson, le 5 juin 1311. La fameuse statue barbue, mi-homme, mi-femme (le baphomet) ne fut jamais présentée. Comme rien ne put corroborer une hérésie commune entre Templiers et Cathares, l’accusation d’omission des paroles sacrées, lors de la Consécration, tomba automatiquement. Les actes de sodomie ne furent jamais prouvés. Il était peut-être plus facile de découvrir un cardinal pédophile qu’un Templier homosexuel… Quant aux baisers indécents, il ne s’agissait que des baisers de paix, comme les prêtres s’en donnent, lors de la Messe.

 

Seul le reniement du Christ par le crachement sur la Croix, lors du rituel de réception d’un nouveau frère fut retenu. Ce motif demeurait amplement suffisant pour allumer les bûchers. Pourtant, cette fantastique calomnie se révélait dénuée de tout fondement, quand on se rappelle que les Templiers se faisaient égorger ou décapiter sur place par les Sarrasins, plutôt que de renier leur foi.

 

Quoi qu’il en soit, alors qu’il «  n’était que  » condamné à perpétuité, le Grand Maître Jacques de Molay, conscient qu’il serait brûlé vif comme relaps s’il revenait sur ses aveux extorqués par la torture, proclama bien haut que son Ordre était pur et innocent de tout crime.

 

 

L’Esotérisme

 

La notion d’ésotérisme colle à l’histoire des Templiers comme un morceau de sparadrap récalcitrant. Ainsi que nous l’avions vu précédemment, les gens du Moyen Age pensaient qu’il n’était possible de faire fortune, qu’au moyen de la guerre ou de la magie. Or, les fiers moines-soldats accumulaient les richesses, autant matérielles qu’intellectuelles. Comme on ne prête qu’aux riches, les mystères templiers ne firent que croître au fil des siècles.

 

Quoi qu’il en soit, l’ésotérisme, c’est l’exemple de la boite fermée, dans laquelle on vous affirme qu’une grenouille s’y trouve. Justement, vous avez entendu un petit bruit provenant de cette sacrée boite et quand vous la secouez, quelque chose bouge. Donc, l’animal s’y trouve. Soit ! Mais, vous voudriez tout de même regarder à l’intérieur, ne serait-ce que par acquit de conscience. Cependant, vous craignez d’ôter le couvercle, car la grenouille risquerait de s’échapper. Résultat, vous vous asseyez dessus en vous demandant si cette satanée bestiole ne va pas étouffer. Vous avez suivi tout le raisonnement ? Alors, vous venez de découvrir l’ésotérisme.

 

Evidemment, les saintes Ecritures nous rapportent que Jésus sur la Croix a dit à sa mère en regardant Jean, son apôtre préféré : «  Mère, voici ton fils  » et à Jean :  » fils, voici ta mère  ». Se ralliant à cette phrase, les Templiers auraient choisi Jean comme représentant du Christ, plutôt que Pierre. Vous savez, celui qui a renié trois fois son ami avant le chant du coq, afin de se faire pardonner, au lieu de se pendre comme l’autre traître de Judas. Du coup, l’Eglise ésotérique de Jean, la « véritable », mais que seuls quelques initiés connaissent (ceux qui ont osé enlever le couvercle et qui ont réussi à rattraper la grenouille) se trouve en opposition avec l’Eglise exotérique de Pierre, celle que tout le monde peut voir. Mais que ferait le gentil Jean, parmi les puissants caïds de l’Opus dei ? Quoi que…si Saint Augustin a pu développer sa notion de guerre sainte en utilisant le super pacifiste Jésus, pourquoi d’autres ne pourraient se servir d’un doux apôtre pour justifier l’organisation d’une armée de l’ombre, fort ténébreuse au demeurant… ?

 

Ce parallèle des deux Eglises se retrouve dans le Temple. Jacques de Molay n’était-il que le Grand Maître visible, alors que les véritables chefs, connus des seuls initiés, seraient demeurés cachés ? Fallait-il laisser détruire la partie saillante du Temple ? Mystère !

 

Tout est possible, en partant du principe que personne à ce jour n’a pu donner la moindre explication plausible concernant ces incroyables arrestations. Les Templiers ne pouvaient riposter contre un autre chrétien qu’après le troisième coup. Soit, mais avant le 4me, les soldats du roi auraient dû prendre la pâtée. Alors pourquoi ? Vous pouvez nous envoyer les réponses. Les gagnants seront tirés au sort et pourront nous réécrire la semaine suivante.

Bibliographie

 

  • Les Templiers, les chevaliers du Christ (Georges Bordonove), 

     

  • Les croisades vues par les Arabes (Amin Maalouf), 

     

  • Les Templiers (Gilette Ziegler),  

     

  • Les rois maudits (Druon); 

     

  • Le B.A.-BA Templiers (Bernard Marillier).
  •  

    TEMPLIERS ET PELERINS
    Texte de
    Michel Bastin
    Illustrations et scénarii Alain Jost

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 24 novembre, 2008 |2 Commentaires »

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