Archive pour le 21 novembre, 2008

Défense de la Chrétienté et naissance d’une identité.

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Défense de la Chrétienté et naissance d’une identité. Hongrie,
Pologne et péninsule Ibérique au Moyen Âge
par Nora BEREND
Au milieu du XIIIe siècle, les rois de Hongrie, de la péninsule
Ibérique, comme, au milieu du siècle suivant, celui de Pologne, déclarèrent chacun que la défense de la Chrétienté dépendait de leur royaume. Ces revendications, qui procèdent d’une
réalité historique en même temps qu’elles marquent une prise de
position idéologique royale, nous conduisent vers l’exploration des frontières imaginaires de la Chrétienté médiévale1.
Le terme de Christianitas, en effet, recouvrit peu à peu l’idée d’un
territoire,poussant au développement du concept de frontières à défendre aussi bien qu’à étendre2. Il faut souligner que les deux aspects – réel et imaginaire – de la formation des confins des terres chrétiennes ne coïncidaient pas nécessairement. La question
concerne donc à la fois l’existence réelle de ces frontières et la
façon dont elles ont été pensées au Moyen Aˆ ge, et l’on se propose ici d’analyser l’invention des
identités en milieu curial aux frontières de la Chrétienté, en
Hongrie et, à titre comparatif, en Pologne et dans la péninsule
Ibérique. L’analyse de la formulation identitaire de la frontière nécessite d’examiner non seulement la relation entre
discours et réalités, mais aussi l’interpénétration entre les
réflexions élaborées, d’une part, à la cour pontificale et, d’autre part, dans les cours royales. Connue et décrite habituellement par les chartes, où sont recensées les limites de propriétés,
un modèle linéaire de la frontière s’est constitué alors même qu’il
n’existait pas encore de frontières fixes fortifiées. L’émergence d’un pouvoir royal fort et la territorialisation croissante de ce pouvoir jouèrent aussi un rôle essentiel dans la formulation de cette identité. Finalement, la diffusion de l’idée d’une Chrétienté
territoriale, dans laquelle la papauté a joué un rôle central,
fournit une justification sur laquelle les discours particularistes pouvaient jouer, les dotant d’une force qui
dépassait le cadre des royaumes pris individuellement. Une idéologie
chrétienne favorisée au centre par la papauté était ainsi reprise, retournée et réutilisée par les rois de pays frontaliers dans leur rivalité avec le pape, pour finalement devenir un élément clé de l’identité nationale.

Les frontières de l’Est

Le royaume chrétien de Hongrie, formé à la fin du Xe et durant le XIe
siècle, conserva comme voisin oriental le monde nomade, restant ouvert à des attaques et à l’immigration venues de la steppe. L’événement central à la base de l’identité de la Hongrie comme porte de la Chrétienté est l’invasion mongole de 1241-1242.
Bien que l’impact réel sur le royaume reste controversé, le choc
psychologique fut important : les sources médiévales décrivent le désastre que représentèrent les
destructions3. En Hongrie, comme en Europe de l’Ouest, la peur du
retour des Mongols resta forte4 ; elle offrait des possibilités de manipulation. Ainsi la cour royale hongroise, au milieu du XIIIe siècle, s’attribua-t-elle le rôle de frontière la plus importante de la Chrétienté.
Une comparaison avec le cas polonais s’avère pertinente, en raison de
similarités étroites et multiples et, en même temps, d’une différence qui se révèle significative.
La christianisation de la Pologne et la formation d’un royaume y fut
synchrone avec l’évolution de la Hongrie. Limitrophe du monde nomade,
la Pologne fut elle aussi touchée par des raids et par l’immigration. L’invasion mongole, contemporaine de celle du royaume hongrois, fut perçue comme une dévastation complète5. Malgré une situation semblable à celle de la Hongrie, les exigences royales n’émergèrent pas au cours du XIIIe siècle, même si, dès les
années 1240, la nécessité de défendre le territoire chrétien conduisit à l’idée de la Pologne comme fines Christianitatis. L’idée que cette position devait donner droit à des privilèges ne
survint qu’au XIVe siècle6. Pourquoi ce décalage ? Il réside dans la
nature du pouvoir.
En effet, il n’existait pas de pouvoir royal unique dans la Pologne
du XIIIe siècle, fragmentée en principautés, alors que le roi Béla IV (1235-1270) manifestait constamment la volonté de centraliser et de renforcer son autorité.
La lutte contre les Mongols n’aboutit donc pas en elle-même à l’idéologie d’une défense de la Chrétienté. Mais, dès l’unification, la volonté de centraliser et d’étendre le pouvoir royal apparaît.

Le discours royal

«La Hongrie, si elle est possédée par les Tatars, sera pour eux une
porte ouverte vers d’autres régions de la foi catholique », écrivait Béla IV au pape Innocent IV7.
Sur cette lettre royale scellée d’une bulle d’or, la formule de
datation ne précise pas l’année, que des opinions diverses placent entre 1247 et 12548.
Pour analyser cette missive, l’examen de son langage métaphorique est aussi important que celui de la situation réelle. Le roi souligne que la menace mongole pèse non seulement sur la Hongrie mais sur toute la Chrétienté – comprise ici comme unité territoriale, synonyme de l’Europe9. Le Danube est la dernière barrière entre le monde païen et le monde chrétien. Il est révélateur que le roi ne parle pas des
montagnes des Carpates, ni des gyepu´´ (marches), zone de défense
située dans la partie orientale de la Hongrie, mais choisisse ce fleuve qui coule au milieu du royaume. Sans doute l’expérience récente, mentionnée par Béla IV, de la halte momentanée des Mongols aux rives du Danube contribua-t-elle à ce choix. Mais il y avait là, également, une liaison symbolique permettant de renforcer l’effet de
menace que le roi voulait mettre au centre de sa lettre. Attila avait
eu jadis sa capitale sur le Danube ; c’est là un point que le roi ne laisse pas d’exploiter. L’évocation du seul nom de ce chef hun, en effet, ne manquait pas de résonances en Occident. Comme Béla IV le souligne, Attila était venu de l’Est pour soumettre l’Ouest, et il avait choisi de s’établir dans des terres qui devinrent ensuite partie
du royaume hongrois. Au XIIe siècle, Buda (Ezilnburg) était
identifiée avec la cité d’Attila10 et, de surcroît, l’assimilation des Huns aux Hongrois continua assez systématiquement tout au long du XIIIe siècle. Après avoir affirmé le rôle essentiel du royaume de Hongrie, le roi Béla se plaint de n’avoir pas été soutenu par le pape et les rois chrétiens au moment de l’invasion. Il décrit la Hongrie entourée d’ennemis chrétiens aussi bien que païens : au lieu de lui porter assistance, ses voisins chrétiens ont tiré bénéfice des dangers que subissait le royaume. Voilà qui justifiait la
politique orientale du roi : des alliances dynastiques nouées avec
les princes russes et polonais pour mieux surveiller les projets des Mongols, l’invitation faite aux Coumans de s’établir dans le royaume et le mariage du prince Istva´n, fils du roi, avec une femme coumane. Le récit de ces alliances donne aussi force à la menace du roi : si besoin était, il pourrait s’allier avec les Mongols pour
sauvegarder son royaume dont la population, traumatisée, serait amenée, en cas de nouvelle incursion, à ne pas résister aux Mongols, laissant ainsi ouverte la porte vers l’Europe.
Cette dernière image, placée par Béla au centre de son argumentation,
est riche de significations. Symboliquement, la porte désigne le point de passage, l’accès ou l’entrée refusée, soit l’état d’entre-deux. Le motif de la porte était parfois
utilisé sur les tombeaux, sans doute pour figurer le passage du mort
d’un monde à l’autre. La représentation des confins entre ce monde et l’autre était associée aux portes de l’enfer comme de la Jérusalem céleste. Porte ouverte, porte fermée ; frontières perméables ou défendant le territoire. Owen Lattimore a différencié les
concepts de frontière d’exclusion et d’inclusion11 ; l’image de la
porte contient les deux à la fois.
Dans le vocabulaire de la Hongrie médiévale, le substantif porte
signifiait aussi des points d’entrée réels : une vallée, un fleuve, une île, un manse servile.
Rogerius, témoin de l’invasion mongole et plus tard archevêque de
Split, raconte que les habitants avaient fortifié une île contre les Mongols, dont on ne pouvait s’approcher que par un étroit sentier sur lequel se trouvaient, édifiées à chaque mille, trois portes avec des tours12. La porte désigne également des lieux forts sur
les gyepu´´, des points de passage entre le royaume et les
territoires environnants, la plupart des exemples étant postérieurs à 1240. On trouve donc une «Oroszkapu (porte russe, entre Hongrie et Galicie) ; une « porta versus Poloniam » vers la Pologne ; une «Nemethkapu » (porte allemande)13. La brana, mot emprunté au
slave, ou le kapu (porte, en hongrois), pouvait être un obstacle
fermant un passage ou, au contraire, une entrée14. Sur le plan conceptuel, rien ne distingue l’entrée de l’île fortifiée et celle du royaume. Bien que le mot utilisé par Béla (hostium) soit
différent de celui qui désigne les points d’entrée aux frontières, il
apparaît clairement que l’idée d’une Chrétienté territoriale entraîna celle de points d’entrée bien antérieurement à l’existence de frontières linéaires nationales. Des chartes, des textes de lois, l’hagiographie, les chroniques témoignent d’ailleurs de la conceptualisation des frontières autour du royaume, où les mots et les concepts recouvrent l’idée de confins et limites : l’ennemi pénètre les « fines regni Hungarie », la défense « confiniorum regni nostri » est digne de récompense, les hommes du roi peuvent être envoyés en commission « ultra terminos regni nostri »15.
En 1212, l’ordre Teutonique était installé « ad custodiendum confinium »16.
Celui de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem fournit des frères « ad custodiam et defensionem castrorum et munitionum in confiniis existentium »17. Ces ordres militaires n’étaient
pas installés sur une frontière fixe, mais dans la partie orientale
du royaume, sur les terres traversées par les routes qu’empruntaient les nomades lors des attaques.
Même si les sources écrites mentionnent la défense de la patria ou du
regnum aussi bien que des confins du royaume, surgit le concept de la défense des confins et limites, et même celui d’une frontière linéaire. Un chroniqueur anonyme pouvait esquisser l’établissement des frontières du royaume par un des premiers souverains de la même façon que les officiers délimitaient terroirs et villages,
par le bornage : un imaginaire ayant un précédent biblique18.
En dépit de l’imagination de l’Anonyme hongrois, les frontières fixes
de la Hongrie n’existaient pas, dans la réalité, au XIIIe siècle. Le
royaume était en partie entouré par les indagines regni ou clausura regni, les gyepu´´ ; des gardiens (custodes confiniorum) assuraient un service de courrier au roi en cas d’attaque. Si l’on examine
la localisation des villages en Hongrie médiévale, établie par György
Györffy, et les cartes des territoires du royaume hongrois limitrophes
d’autres pays au début du XIVe siècle, on peut constater que, bien souvent, de vastes zones séparant ces pays sont dépourvues d’habitats19. Ainsi, dans le comitat de Ma´ramaros, la partie
voisine de la Galicie était inhabitée. A` l’Ouest, le comitat de Moson était densément peuplé, même à proximité immédiate de l’Autriche, au contraire de celui de Nyitra, vers la Moravie, à l’exception d’U´ jva´r («Châteauneuf »), sur la route reliant
la Hongrie et la Moravie. La densité de peuplement était d’ailleurs
inégale même à l’intérieur du pays. Selon Gyula Kristo´ , la frontière orientale de la Hongrie, lieu d’interaction avec le monde nomade, s’est constituée beaucoup plus lentement
que sa frontière occidentale. Alors que des chartes parlaient déjà de
frontières avec la Pologne ou l’Autriche, les confins orientaux étaient toujours décrits comme zone « sans frontières »20. Même la peur et le choc de l’invasion n’ont pas suffi à fournir
l’impulsion pour créer une frontière linéaire fortifiée. Quand, après
l’invasion mongole, le roi abandonna le monopole de la construction des fortifications, le résultat fut l’érection de châteaux forts sur les domaines privés des nobles et non le renforcement des frontières21. Le concept existait donc en l’absence de frontières
étatiques réelles.
On retrouve également une conceptualisation des limites de
territoires plus étendus en Pologne. Les papes fixaient les dimensions des diocèses.

Les documents parlent aussi des confins avec les païens : les forteresses (castra) des chevaliers teutoniques sont « in Prutenorum confinio » ; on se soucie des peuples « in finibus » et « in Pruscie confinio »22. Les lettres pontificales de confirmation de la donation
à l’ordre des chevaliers Teutoniques par Conrad, duc de Mazovie et
Cuiavie, précisent les obligations des chevaliers : lutter contre les Infidèles voisins de Conrad qui attaqueraient ses terres. Défense, propagation de la foi et élargissement des territoires sont ici associés, confiés aux chevaliers en poste « in confinio »23. On
trouve également l’idée de délimitation des duchés et des pays. Le
duc de Cracovie Conrad et l’ordre Teutonique en Prusse ont fixé les limites entre leurs terres. Une charte de 1278 mentionne des limites entre les Polonais et le royaume hongrois (« usque ad metas Ungarie »)24.
Des limites linéaires existaient bien en Hongrie et en Pologne, comme
ailleurs en Europe, à l’échelle des domaines et des villages. Il
suffit de parcourir des chartes hongroises de donations de terre pour percevoir l’omniprésence des processus de délimitations. Ces documents contiennent de longues et précises descriptions de marqueurs naturels (arbres, ruisseaux, pierres) ainsi que des bornes
artificielles, établies pour faciliter le repérage des points qui
définissent les limites de ces terres. En Pologne, le processus de délimitation des terres des domaines (ujazd) est attesté par les chartes depuis le XIIe siècle. Les limites y sont signalées
par des arbres marqués, des buttes, des pierres parfois ornées du nom
(ou plus tard des armes) identifiant le propriétaire et par des bornes
artificielles25.
La rhétorique des rois désignant leur royaume comme la frontière la
plus importante de la Chrétienté ne procédait pas d’une volonté d’en
fortifier et d’en consolider les lignes frontalières. De même, la situation du pays face au monde nomade était duelle : bien que sur la défensive, les rois n’en bénéficiaient pas moins de l’immigration nomade. Béla IV lui-même avait non seulement laissé entrer les Coumans, avant l’invasion mongole, mais il avait ensuite
joué un rôle actif dans leur installation. Les habitants de Pest s’étaient élevés contre les Coumans au moment de l’avance mongole et, à la suite d’un massacre, ceux-ci durent quitter le royaume. Mais Béla les invita à revenir, après l’invasion, parce qu’il en tirait
avantage d’un point de vue militaire et politique. Dans sa lettre, le
roi se plaignait auprès du pontife de la nécessité de s’appuyer sur les païens pour défendre un royaume chrétien et l’Église. En réalité, les Coumans servaient surtout le roi, non dans la défense contre les Mongols, mais dans les attaques contre ses voisins chrétiens et comme soutien du pouvoir royal contre la noblesse locale. De même,
Béla lui disait regretter le mariage dégradant mais nécessaire de son
fils Istva´n ; cette alliance était en fait un moyen de renforcer son pouvoir en s’assurant du soutien des Coumans.A` la cérémonie des épousailles, les chefs coumans prêtèrent serment de loyauté au roi26. Cette conjonction contradictoire de la politique et de l’identité chrétienne apparaît en Hongrie comme en Pologne : là, le
recours aux Ruthènes et autres non-chrétiens par les ducs dans les guerres internes, les missions chez les païens en Prusse, l’installation des Tatars, qui devaient un service militaire, les relations paisibles et les alliances avec les païens lithuaniens n’empêchaient en rien que l’on réclamât de l’aide pour la défense contre les païens.
Ainsi, une politique d’alliances, de mariages dynastiques et
d’espionnage était mise au service de la défense27. Parallèlement, se forgeait une idéologie présentant la Hongrie comme porte de la Chrétienté et réclamant des privilèges pontificaux qui auraient dû découler de cette position spéciale du royaume : la
mainmise sur les ressources ecclésiastiques au service de la construction du pouvoir royal.
C’est pourquoi la fragilité de la Hongrie, et non sa force défensive
potentielle, était au centre de l’argumentation. Le roi décrit une partie seulement de la réalité, omettant d’avouer les avantages qu’il tirait de l’installation des Coumans, ou les victoires militaires contre ses voisins. De là, le choix de la métaphore de la porte,
au lieu de celle du mur ou du rempart, pourtant déjà utilisée dans
des documents émanant de la cour royale : le roi Andra´s II l’employa pour justifier l’installation des chevaliers teutoniques dans le Barcasa´g, « in confinio [...] pro regno tamquam firmum propugnaculum28 ». En choisissant l’image de la porte, le roi
s’adaptait aux exigences de la réalité et manipulait à son profit le concept d’identité chrétienne, voulant tout à la fois exploiter la situation de frontière, profiter de la présence coumane et retourner contre la papauté une idéologie venant du « centre ». Béla
multiplia à cette fin lettres et messagers pour avertir les pontifes
du danger mongol et faire pression pour que soient satisfaites ses revendications. De telles exigences s’inscrivent dans la politique du roi, qui reprenait des domaines donnés aux institutions
ecclésiastiques et formulait l’idée que l’Église, le haut clergé
surtout, devait le soutenir pour le bien du royaume29.
Kazimierz III (r. 1333-1370) fut le premier à prendre le pouvoir d’un
royaume polonais unifié ; et le premier aussi à utiliser systématiquement une identitéfrontière pour son royaume, qui se fondait sur la revendication d’une position frontalière aux marges orientales de la Chrétienté. Cette rhétorique avait pour but
de faciliter le contrôle royal sur l’Église (avec un gain financier à
la clé) : utiliser les taxes pour les guerres et autres objectifs royaux, installer des hauts fonctionnaires ecclésiastiques au gré du roi. Cette formulation de la nouvelle idéologie royale ne surgit pas du néant ; elle apparaît sous okietek (1260- 1333), le
réunificateur du royaume, couronné roi en 1320. Dans ses lettres au
pape Jean XXII, parlait des raids nomades et de la nécessité de la défense pour espérer
obtenir la couronne, et décrivait le Halicz-Vladimir comme une « zone-
tampon » contre les Tatars en 1323 pour en justifier l’annexion30. En 1343, Kazimierz fonda les intérêts du royaume polonais à l’Est sur la défense de la Chrétienté. Le roi
obtint du pape l’autorisation de retenir une partie des revenus
ecclésiastiques dans son royaume pour la défense de celui-ci contre les païens31. En 1352, il demanda l’exemption de la Pologne des obligations financières à Rome en employant une argumentation qui ressemble à celle de Béla IV32 : le royaume est situé sur les
frontières chrétiennes les plus lointaines, donc les plus exposées
aux attaques.
Tout assaut contre la Pologne entraînerait un danger pour les
chrétiens, qu’ils soient proches ou éloignés du royaume ; lutter pour la Pologne est synonyme de défense des fidèles et doit être subventionné par la papauté. Les revendications découlant de l’identification de la Pologne comme frontière de la
Chrétienté servaient l’expansion territoriale et la centralisation du pouvoir royal33. Il est significatif que, parallèlement à sa correspondance avec le pape au sujet de la
Pologne, frontière de la Chrétienté, Kazimierz s’intéressa à la délimitation de ses territoires.
Ainsi, en 1349, il établit les « vraies et perpétuelles » limites
entre ses terres et
celles de l’ordre Teutonique, en se désignant comme roi de toute la
Pologne34.
L’identité frontalière apparaît donc au carrefour des guerres contre
les païens, d’un intérêt axé sur la délimitation des terres, surtout royales, et de la volonté d’accroître la puissance royale. La guerre défensive contre les non-chrétiens ne suffit pas à produire une telle idéologie, puisque ces conflits commencèrent
longtemps avant Kazimierz.
Un discours identique rassemblait rois et papes. L’idée d’une
Chrétienté territoriale, dont les rois avaient pour rôle d’assurer la défense, pouvait servir la papauté en renforçant son autorité suprême à la tête du monde chrétien. Mais elle pouvait aussi servir les intérêts des rois qui, tel Béla IV, revendiquaient des pouvoirs
sur l’Église locale. Les revendications spécifiques de Béla étaient
formulées avec l’aide de clercs qui connaissaient les droits romain et canon35.
Une autre donnée indique que le discours du roi est issu du même
milieu ecclésiastique que celui de la papauté : l’utilisation de la forme Totila pour Attila.
Son emploi dans la lettre de Béla IV est peu commun. Il nous fournit
un indice quant à la formation de son auteur : elle atteste une influence italienne36. L’inversion d’une rhétorique pontificale traditionnelle, l’image de l’Église-mère et des rois-fils, est explicite lorsque Béla affirme qu’il sera inévitable de s’incliner devant les Mongols si le pontife traite le roi comme une marâtre son beau- fils.

Le soutien pontifical

Pendant et après l’invasion mongole, l’idée d’une croisade pour aider
la Hongrie fut avancée. En 1241, Grégoire IX parla des Mongols comme d’un danger commun à toute la terre des chrétiens (« totam christianorum terram ») et présenta la défense comme un devoir commun37. Innocent IV était prêt à lancer un appel à
la croisade pour aider la Hongrie au cas où les Mongols seraient de retour38. En 1247, le souverain pontife se montra aussi favorable à l’envoi de croisés si nécessaire, car il considérait le danger mongol non comme une cause purement locale, mais qui concernait chaque fidèle : « Non est proprium, sed commune, ac tangit quemlibet
christianum »39. Le peuple chrétien tout entier est donc responsable
de la protection de la Hongrie, et le pape acceptait d’accorder à ces combattants pour la foi la même indulgence qu’aux croisés en route pour la Terre sainte40. Le risque mongol fut aussi souligné au concile de Lyon I, en 1245. Innocent IV
enjoignit aux souverains des pays touchés par les invasions, en leur promettant une aide financière, de surveiller minutieusement les routes et les entrées par lesquels les Mongols
pouvaient pénétrer dans leurs territoires et de les bloquer avec
fossés et murs41.
Les papes, sans enthousiasme au début du XIIIe siècle, mais de plus
en plus volontiers par la suite, surtout après l’invasion mongole,
reconnaissaient les dangers que les païens faisaient courir à la Pologne. En 1217, le pape Honorius III releva l’archevêque de Gniezno de sa participation au pèlerinage à Jérusalem
en raison de son état de santé, et l’autorisa à garder des croisés inaptes au combat en Terre sainte afin de défendre les terres polonaises contre les païens. En 1221, on dit de Lestko, duc de Pologne, alors malade et incapable de faire le passage outre-mer,
qu’il pourrait plus facilement se rendre en Pruténie voisine (la
Prusse) à la tête d’une armée pour convertir les païens (Grégoire IX encouragea d’ailleurs cette guerre). Les papes accordèrent à ces croisés des indulgences parfois égales à celles offertes aux croisés en route pour la Terre sainte42.
Après l’invasion mongole, la papauté promut la défense de la Pologne
contre les attaques tatares. Les bulles pontificales se multiplièrent, qui annonçaient la prédication de croisades contre les Mongols et autres païens qui s’en prendraient à la Chrétienté43. L’invitation à lutter contre le paganisme se trouve dans plusieurs
lettres pontificales comme défense du nom du Christ, des fidèles, ou
de la « dilatatio » de la foi. La papauté admet, avec les rois de Pologne, que le danger est l’affaire de « totius christianitatis »44.
Béla retourna donc contre le pape l’idée d’une Chrétienté
territoriale, déjà bien diffusée au XIIIe siècle, pour exiger des concessions auxquelles d’autres souverains aspiraient également. Ce détournement est explicite quand le roi reproche au pape son intérêt pour la croisade de Louis IX : même si les
territoires outremer se trouvaient détachés du monde chrétien, ce fait ne nuirait pas autant aux habitants de l’Europe que la perte de la Hongrie. Cette argumentation est en partie comparable à celle exprimée dans le traité Super Hieremiam (entre 1243-1248), où
sont condamnées les croisades. Une des raisons en est l’idée que
l’envoi de chrétiens vers l’Orient latin affaiblit la barrière qui protège la Chrétienté contre les païens. Or, vers 1250, ce traité était connu en Allemagne et en Italie ; on doit se demander s’il a pu influencer la lettre de Béla IV45. La critique continua tout au long
du XIIIe siècle en Europe centrale. Comme l’a montré Jacques Le Goff,
l’espace de la Chrétienté devint un enjeu au concile de Lyon II où Bruno, évêque d’Olomouc, insista sur l’importance de la frontière voisine face aux Tatars et aux Coumans46.
Mais, contrairement aux rois polonais, Béla ne parvint pas à
convaincre le pape.
Certes, les pontifes successifs s’alarmèrent, jusqu’à adresser à Béla
une série de lettres destinées à empêcher une alliance matrimoniale entre les Mongols et lui47.
Néanmoins, l’obligation de payer une partie des dîmes pour la
croisade en Orient latin concerna même la Hongrie48. Le pape Alexandre IV, quant à lui, réfutait
carrément la position du roi. Il affirma tout d’abord que, mise à
part une confrontation militaire, l’effort de conversion était la seule attitude légitime possible envers les Mongols ; toute autre forme de transaction mettrait en péril non seulement le
pays, mais l’âme du roi. Alexandre avait recours à l’antique topos
d’un Dieu juste qui punit les chrétiens pour leurs péchés mais qui écoute ceux qui prient et croient : le roi et le peuple sont les seuls coupables ; s’ils étaient de vrais chrétiens, Dieu écarterait d’eux le danger mongol49.
Au XIVe siècle, l’attitude de la papauté paraît évoluer quelque peu.
En 1325, Jean XXII adressa une série de lettres au roi et au peuple chrétien de Pologne, concédant à la suite de leurs demandes des indulgences pour ceux qui prenaient part à la lutte contre les Mongols et les autres païens pour la défense de la foi chrétienne en Pologne ; ce combat concernait aussi la défense d’autres terres voisines.
Le pape se référait à une lettre envoyée de Pologne, qui présentait
sa population en proie aux attaques des Infidèles et ayant besoin d’aide, ce qui ne l’empêcha pas de déclarer que l’aide spirituelle devait prévaloir sur l’aide temporelle50. En 1343, une lettre pontificale reprenait l’affirmation du roi que la
protection de la Pologne concernait l’Église tout entière : les Tatars, Ruthènes et Lithuaniens infidèles attaquent le royaume, dont la défense est aussi celle de l’honneur de l’Église51. L’entente est donc complète sur l’importance de la guerre contre les païens. Le pape admet que cette lutte touche la « santé » et la sécurité des chrétiens, même loin de Pologne.A` la demande du roi Kazimierz, le pape Innocent VI réitéra, en 1356, l’obligation pour les ecclésiastiques polonais d’assister le roi pour la défense du royaume, cette fois contre les Lithuaniens païens52.
Cette assistance prit une forme concrète au cours du XIVe siècle ; en Pologne, l’Église finança le roi.

Les frontières ibériques

A` l’autre bout de l’Europe, le rôle des royaumes chrétiens ibériques
dans les guerres contre les musulmans était aussi perçu comme service et défense de la Chrétienté, et utilisé comme moyen de pression contre la papauté. Les références
à la cause chrétienne se multiplient au cours du XIIIe siècle : la Reconquista est devenue de plus en plus une affaire interne espagnole, pour ce qui est des protagonistes, mais, dans son idéologie, elle se voulait un enjeu pour la Chrétienté tout
entière. La chronologie et les caractères de l’émergence d’une identité locale liée à la guerre restent controversées ; mais, dans ce processus, souverains et pontifes élaborèrent une rhétorique commune : celle de l’avancée chrétienne contre les musulmans53.
Dès 1134, le comte de Barcelone Raymond Berengar concédait un château
aux Templiers contre les Sarrasins, « ad defensionem christianitatis »54.Dans les années 1180, Alphonse VIII de Castille eut recours à une nouvelle image de légitimation,
forgée avec l’aide de clercs ayant la maîtrise du droit romain et du
droit canon : le champion de la Chrétienté55. Si les papes traitaient les royaumes chrétiens ibériques comme défenseurs de la Chrétienté depuis longtemps, le soutien pontifical était loin d’être constant. En 1213, Innocent III révoqua les indulgences accordées à ceux qui luttaient en Espagne et introduisit une taxe sur les revenus ecclésiastiques pour promouvoir la cause de la croisade en Terre sainte. Mais, en 1217, le pape Honorius III privilégia lui aussi la poursuite de la croisade à l’Est56. Les bulles pontificales étaient invariablement porteuses d’un vocabulaire
qu’elles partageaient avec les lettres royales, où elles l’avaient puisé. Cette rhétorique chrétienne de la guerre contre les musulmans s’attacha à des notions telles que la défense du peuple
chrétien et de l’Église. A` l’Ouest comme à l’Est, se trouve exprimée l’idée de la défense et de l’expansion d’une Chrétienté territorialisée, ayant ici des confins et des fronts militaires avec les musulmans. Des campagnes sont nécessaires « ad exterminandum inimicos nominis Christiani de finibus haereditatis » de l’Infant
Ferdinand57. Les exemples de villes, bâtiments et populations « in
frontaria » et « in confinio sarracenorum » sont nombreux. D’autres expressions encore concernent l’expansion des limites de la Chrétienté : Honorius III demanda au roi Alphonse IX de Leo´n de promouvoir la guerre contre les Sarrasins pour cette même
raison : « ad exterminandos sarracenos ipsos de Yspanie finibus et
christianorum terminos dilatandos », puis concéda une taxe à cette fin, exprimant l’espoir que Dieu veuille étendre les limites de la Chrétienté58. Le rôle des rois était central aux yeux des
papes, car la direction des campagnes militaires leur était confiée,
et ils étaient félicités pour leurs victoires, ce que fit, par exemple, Urbain II en 1088 à l’adresse du roi Alphonse VI, élevé par le Christ au rang de « christiane fidei propugnatorem »59.
Cette « promotion » contribua à l’essor des revendications royales.
Les XIIe-XIIIe siècles correspondent à une territorialisation des
pouvoirs, période au cours de laquelle la délimitation des domaines se fait de plus en plus précise dans les chartes60. La conquête, puis la répartition des terres menèrent également à leur démarcation. Ainsi, à Valence, forteresses, collines, ravins signalent
des limites61. Ailleurs, celles-ci sont établies tout aussi
soigneusement, signalées par des bâtiments, y compris une mosquée, des fleuves, voire des bornes (mojones).
Les litiges et les interventions royales pour déterminer les limites
des domaines et pour instruire les agents royaux sur l’emplacement des bornes montrent toute l’importance de ces pratiques62 et le rôle de la mémoire dans l’établissement des limites. Ferdinand affirma que celles d’une terre devaient rester là où elles étaient
au temps des musulmans ; à l’occasion, ce sont les musulmans eux-
mêmes qui prêtent serment pour attester l’emplacement des limites63. A` l’échelle du royaume, le concept de frontière existait cependant avant le XIIIe siècle64.

Les frontières apparaissent dans les articles des traités politiques (ainsi entre la Castille et le Leo´n) ; elles y étaient même déterminées à l’avance65. Les rois d’Aragon et de Castille ont
souvent tenté, par des accords, de partager les territoires conquis
en décidant de l’appartenance à l’un ou l’autre royaume de tel ou tel château ou ville, ainsi en 1244 dans le traité d’Almizra66. A` partir du XIe siècle et, surtout, du XIIe siècle, les rois statuèrent aussi sur les frontières précises des royaumes, y compris les rivières
et l’emplacement des bornes67. Les effets pratiques de ces accords
étaient variables, mais la tendance était à la stabilisation des frontières. Ces documents reflètent deux types de décisions : l’identification de lieux spécifiques, qui ne suppose nullement
la création d’une frontière linéaire, et l’existence d’une ligne
frontalière précise entre royaumes (comme les rivières).
C’est dans ce contexte de guerres locales et de territorialisation
des pouvoirs qu’il faut situer les revendications royales émises auprès de la papauté. Le recours à une idéologie chrétienne au bénéfice du roi est présent dans la péninsule dès la fin du XIIe siècle, sans guère de réussite avant les règnes de
Jacques Ier d’Aragon et de Ferdinand III de Castille. Les rois, soutenus par leurs victoires ainsi que par le spectre de nouvelles invasions et rébellions musulmanes, demandèrent à pouvoir
disposer des ressources des églises locales68. Jacques Ier d’Aragon
décrivit la guerre contre les Sarrasins comme le subsidium (l’aide) de la foi chrétienne dans la lutte pour l’extirpation de la perfidie des Maures et pour l’extension (ad ampliandam) de la foi catholique69. Célébré par les papes pour ses conquêtes, il
exprima à plusieurs reprises sa fierté d’être le meilleur roi, assuré qu’il était que personne n’avait mieux que lui servi Dieu, l’Église et le pape70. Combattre les musulmans avait aussi une
dimension territoriale. Jacques essaya de convaincre les nobles qui
l’entouraient de l’aider contre les Infidèles, arguant que la défense des conquêtes était plus importante dans la péninsule qu’outre-mer. Il fait référence à la « frontera » de Murcie et de Grenade dans une charte, parle du front militaire et de la nécessité de garder la « frontera »71, et il donna des châteaux et des villes « qui loca sunt in termino regni Valencie » aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
De l’accent mis sur la cause chrétienne, on glissait à celui porté
sur les frontières.
En témoigne l’idéologie curiale en vigueur sous Ferdinand III de
Castille.
Ce dernier possédait un sens aigu de la territorialité : il chercha à
consolider le territoire et le pouvoir monarchique, exprimant la nécessité pour un roi de défendre les frontières de son royaume72. L’idée des confins avec les musulmans transparaît de plus en plus dans les sources : ainsi la crainte qu’un noble pût s’allier contre Ferdinand III avec des puissances musulmanes « in frontaria nostre » ; une famille noble détenant ses terres « in frontaria maurorum » ; une autre ayant reçu des donations « in frontaria sarracenorum »73. Rodrigo Jiménez de Rada († 1247), archevêque
de Tolède, lui-même partie prenante dans les guerres d’expansion
aussi bien que dans la formulation de l’histoire officielle sous
Ferdinand, dit de l’Hispania qu’elle est située « in Occidentis finibus » et parle du Duero comme « limes inter Christianos et Arabes » au temps d’Almanzor74. La Cro´nica latina de
los reyes de Castilla utilise aussi la forme « frontaria » dans le contexte de ces guerres avec
les musulmans « pro honore fidei Christiane »75. Le substantif «
frontera », dans les chroniques relatives au règne de Ferdinand III, désigne la plupart du temps la limite entre la Castille et les pays musulmans d’al-Andalus76. L’idée d’une séparation territoriale entre chrétiens et musulmans est accentuée dans ces sources, quand bien même l’objectif royal n’était pas l’établissement d’une
frontière fermée par des fortifications. Ferdinand III a clairement exprimé le lien entre la défense de la Castille et celle de la Chrétienté, par exemple dans ses donations à l’ordre
de Calatrava pour ses mérites « in defensione regni et Christianitatis77 ». L’insistance sur les frontières chrétiennes, ainsi que la répétition de ce que la conquête était au service de Dieu et du peuple chrétien, lui a permis d’obtenir de Rome le
contrôle des revenus et du personnel ecclésiastiques. Il reçut aussi
le droit d’intervenir dans les élections épiscopales et d’utiliser les tercias, la partie des dîmes ecclésiastiques qui fut intégrée aux revenus royaux78. Une charte de 1264 réunit tous ces points idéologiques. Alphonse X se réfère au soulèvement musulman pour
affirmer que ce qui est contre le pouvoir royal est aussi contre la
foi chrétienne. Il cite les bulles pontificales pour promouvoir la guerre contre les musulmans « en
la frontera de Castilla e de Leo´n»79. Bien qu’un danger réel existât
encore, les revenus accordés, justifiés par la nécessité de la défense, étaient souvent utilisés à d’autres fins que la guerre ; la même justification se retrouve dans les demandes diverses, y compris les dispenses de mariage. Ainsi l’accent sur la guerre comme
cause chrétienne a-t-il contribué à l’émergence du mot frontera dans
le contexte de la frontière avec l’Islam80. Aller à la « frontera », soit pour visiter des lieux (éd.), La documentacio´n pontificia de Inocencio IV, 2 vols, Rome, Instituto Espan˜ ol de récemment conquis, soit pour guerroyer contre les Infidèles, est une expression
que l’on trouve fréquemment dans la Estoria de Espan˜a. Le mot
désigne un territoire, des terres récemment conquises, le front… La chronique parle aussi d’une « frontera » – toujours un territoire – fortifiée, surveillée, sécurisée81.
L’analyse des propos que la Estoria de Espan˜a prête au roi Alphonse
à la veille de la bataille de Las Navas de Tolosa souligne l’usage de la référence religieuse, surtout dans les relations avec le monde extérieur. Il s’adresse à ceux qui viennent des diverses parties de la péninsule Ibérique, puis aux « ultramontains »,y compris ceux des territoires italiens, allemands et français. Aux premiers, qu’il
présente comme des « amis », il souligne le lien qui les unit : «
Nous sommes tous des Espagnols ». Il parle d’une guerre pour le territoire ainsi que d’une vengeance pour le mal que les musulmans ont fait subir à la Chrétienté en prenant sa terre de force. En s’adressant aux seconds, Alphonse insiste sur la force unificatrice de l’Église et de la Chrétienté : « En la cristiandad et [sic] en la
eglesia todos eramos unos82. »
Ainsi, le concept d’une Chrétienté à étendre et défendre fut repris
par les rois et utilisé pour renforcer leurs pouvoirs émergents aussi bien en Hongrie que dans la péninsule Ibérique pendant le XIIIe siècle, tandis que le même processus se déroulait en Pologne au XIVe siècle, toujours dans le même contexte : la
conjoncture idéologique d’une Chrétienté unie sous l’autorité d’un souverain pontife ; des guerres locales impliquant une population d’une autre religion, requalifiées en guerres contre
des ennemis de la Chrétienté ; la territorialisation, puis
l’émergence de la centralisation monarchique. En Pologne, tous ces éléments étaient réunis au XIIIe siècle, à l’exception d’un pouvoir monarchique local ; avec l’apparition de ce dernier au siècle suivant, l’idéologie de la défense de la Chrétienté s’imposa
aussitôt à la cour royale. Pour penser les frontières à l’échelle d’un royaume ou du monde chrétien, l’existence préalable des limites locales et du concept de limites précises était fondamentale.
L’existence d’un tel concept facilita l’articulation d’une rhétorique
chrétienne contre les non-chrétiens avec la territorialisation du pouvoir. Les changements au niveau mental jouaient donc un rôle dans l’émergence des frontières étatiques. Aux XIIIe et XIVe siècles, l’idée de la défense de la foi ou des gens coexiste conquista de Toledo (1085): fronteras reales y fronteras mentales »,
Cuadernos de Historia de Espan˜a, 69, 1987, pp. 197-215. Au XIIIe siècle, « frontera » devint un substantif : avec celle du territoire et des frontières du monde chrétien. Il n’existe pas d’antagonisme
entre des périodes où le pouvoir aurait été pensé uniquement par
référence aux populations et à la juridiction, et une autre, plus tardivement, où il aurait été uniquement territorial.
Les rois des pays frontières revendiquèrent une position centrale
dans la géographie mentale chrétienne. Ce discours servit à renforcer le pouvoir royal.
Pour autant, cette rhétorique n’était pas une création des seules
cours royales : elle s’est forgée dans l’interaction avec Rome. Dans la lutte pour le pouvoir entre papes et rois, il serait vain de chercher à identifier qui fut à l’origine de l’idée de défenseur
de la Chrétienté. L’idéologie pontificale et les revendications
locales étaient inextricablement liées.

1 -Je remercie Louise Haywood, Peter Linehan, Ana Rodrı´guez Lo´ pez,
Grzegorz
Mys´liwski, Sylvain Piron, Wojciech Polak, Stephen C. Rowell, Henryk
Samsonowicz
pour leurs conseils.
2 – NORA BEREND, At the Gate of Christendom: Jews, Muslims and «
Pagans » in Medieval
Hungary c. 1000-c. 1300, Cambridge, Cambridge University Press, 2001,
pp. 42-43 ; PAUL
W. KNOLL, « Poland as Antemurale Christianitatis in the Late Middle
Ages », The Catholic
Historical Review, 60-3, 1974, pp. 381-401, ici pp. 382-383 ; EMILIO
MITRE FERNA´ NDEZ,
«La Cristiandad medieval y las formulaciones fronterizas », in E.
MITRE FERNA´ NDEZ et
alii, Fronteras y fronterizos en la historia, Valladolid, Instituto
de Historia Simancas/
Universidad de Valladolid, 1997, pp. 9-62.
Annales HSS, septembre-octobre 2003, n°5, pp. 1009-1027.

3 -N. BEREND, At the Gate of Christendom…, op. cit., pp. 34-38.
4 – FELICITAS SCHMIEDER, Europa und die Fremden: Die Mongolen im
Urteil des Abendlandes
vom 13. bis in das 15. Jahrhundert, Sigmaringen, Thorbecke, 1994 ;
PETER JACKSON,
« Christians, Barbarians and Monsters: The European Discovery of the
World Beyond
Islam », in P. LINEHAN et J. L. NELSON (éds), The Medieval World,
Londres-New York,
Routledge, 2001, pp. 93-110.
5 – ANNA RUTKOWSKA-PLACHCINSKA, « L’image du danger tatar dans les
sources polonaises
des XIIIe-XIVe siècles », in Histoire et société : Mélanges offerts à
Georges Duby, vol. 4, La
1 0 1 0 mémoire, l’écriture et l’histoire, Aix-en-Provence,
Université de Provence, 1992, pp. 87-95.
L E S M A R G E S D E L ‘ E U R O P E
6 -Les demandes de protection ne constituent pas le même type d’usage
idéologique,
cf. JADWIGA KRZYZh ANIAKOWA, « Poland as « Antemurale
Christianitatis ». The Political
and Ideological Foundations of the Idea », Polish Western Affairs, 33-
2, 1992, pp. 3-24,
ici pp. 8-9. P. W. KNOLL, « Poland as Antemurale
Christianitatis… », art. cit., pp. 385-386 ;
URSZULA BORKOWSKA, « The Ideology of « Antemurale » in the Sphere of
Slavic Culture
(13th-17th Centuries) », in The Common Christian Roots of the
European Nations, Florence,
Le Monnier, 1982, vol. 2, pp. 1206-1221, ici pp. 1206-1207.
7 -« Si possideretur a Thartharis, esset pro ipsis apertum hostium ad
alias fidei catholice
regiones »: Archivio Segreto Vaticano [ASV], AA Arm. I-XVIII-605. Fac-
similé : ALDO
MARTINI, I sigilli d’oro dell’Archivio Segreto Vaticano, Milan,
Franco Maria Ricci, 1984,
9E. L’édition de AUGUSTINUS THEINER, Vetera Monumenta Historica
Hungariam Sacram
Illustrantia, vol. 1, 1216-1352, Rome, 1859, pp. 230-232, omet «
Cumanorum » au titre
royal, et contient quelques erreurs mineures de transcription.
8 -N. BEREND, At the Gate of Christendom…, op. cit., pp. 166-167 ;
TORU SENGA, « IV. Béla
külpolitika´ja és IV. Ince pa´pa´hoz intézett « tata´r-levele » », Sza´
zadok, 121-4, 1987,
pp. 584-612.
9 -« Non solum contra nos [...] ymmo eciam contra totam
christianitatem condixerunt,
et [...] firmiter in brevi proposuerint contra totam Europam suum
innumerabilem exercitum
destinare. »»
10 -G YO¨ RGY GYO¨ RFFY, « Hun sza´rmaza´selmélet », in Kro´nika´ ink
és a magyar o´störténet.
Régi kérdések- u´j va´ laszok, Budapest, Balassi Kiado´ , 1993, pp.
126-180, ici pp. 131-137.
11 -O WEN LATTIMORE, « Origins of the Great Wall of China: A Frontier
Concept in
Theory and Practice », Studies in Frontier History: Collected Papers,
1928-1958, Londres,
Oxford University Press, 1962, pp. 97-118.
12 -I MRE SZENTPÉTERY (éd.), Scriptores Rerum Hungaricarum, 2 vols,
Budapest, Magyar
1 0 1 2 Tudoma´nyos Akadémia, 1937-1938, vol. 2, p. 578.
L E S M A R G E S D E L ‘ E U R O P E
13 -G YULA KRISTO´ , FERENC MAKK et LA´ SZLO´ SZEGFU″ , « Szempontok
és adatok a korai
magyar hata´rvédelem kérdéséhez », Hadtörténelmi Közlemények, n. s.,
20-4, 1973, pp. 639-
659, ici pp. 648-650.
14 -G YULA KRISTO´ , A va´ rmegyék kialakula´ sa Magyarorsza´gon,
Budapest, Magveto´´ Kiado´ ,
1988, p. 112 ; HANSGERD GO¨ CKENJAN, Hilfsvölker und Grenzwächter im
Mittelalterlichen
Ungarn, Wiesbaden, Franz Steiner, 1972, pp. 10-11. LORA´ND BENKO″ , «
A korai magyar
gyepu´védelem terminolo´ gia´ja´hoz (Anonymus Borona´-i) », in Név és
történelem. Tanulma´ -
nyok az A´ rpa´ d-korro´l, Budapest, Akadémiai Kiado´ , 1998, pp. 76-
83.
15 -G USZTA´ V WENZEL (éd.), Codex diplomaticus Arpadianus
continuatus, 12 vols, Pest,
1860-1874, vol. 4, pp. 25, 253, 310.
16 -L UCIEN AUVRAY (éd.), Les registres de Grégoire IX, 4 vols,
Paris, 1890-1955, no 643 ;
ZSIGMOND JAKO´ (éd.), Erdélyi Okma´ nyta´ r (Codex Diplomaticus
Transsylvaniae), I, 1023-
1300, Budapest, Akadémiai Kiado´ , 1997, no 43. Grégoire IX, 26 avril
1231 : G. WENZEL,
Codex diplomaticus…, op. cit., vol. 1, pp. 297-298 ; AUGUSTUS
POTTHAST, Regesta Pontificum
Romanorum, 2 vols, Graz, Akademische Druck-und Verlagsanstalt, 1957,
no 8729 ;
Z. JAKO´ (éd.), Erdélyi Okma´ nyta´ r…, op. cit., no 161. 31 août
1232 : L. AUVRAY (éd.), Les
registres de Grégoire IX, op. cit., no 1096 ; Z. JAKO´ (éd.), Erdélyi
Okma´ nyta´ r…, op. cit., no 166.
17 -ASV, Registra Vaticana 22, an. VIII, ep. 533, f. 76r, f. 75v ;
ÉLIE BERGER (éd.), Les
registres d’Innocent IV, Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes
et de Rome, Paris,
1884-1921, no 5266 (1250).
18 -E MIL JAKUBOVICH (éd.), Anonymi (P. Magistri) Gesta Hungarorum,
in I. SZENTPÉTERY
(éd.), Scriptores Rerum Hungaricarum…, op. cit., vol. 1, pp. 33-
117, ici pp. 113-114. Sur la
délimitation de Canaan par Dieu dans la Vulgate : Nombres 34, 2-12. 1
19 -G YO¨ RGY GYO¨ RFFY, Az A´ rpa´ d-kori Magyarorsza´ g történeti
földrajza, 4 vols à ce jour,
Budapest, Akadémiai Kiado´, 1963, sous le nom de chaque comitat (par
ordre alphabétique).
20 -G. KRISTO´ , A va´ rmegyék…, op. cit., p. 114.
21 -E RIK FU¨ GEDI, Va´r és ta´rsadalom a 13-14. sza´ zadi
Magyarorsza´gon, Budapest, Akadémiai
Kiado´ , 1977, pp. 30-31 (trad. angl. Castle and Society in Medieval
Hungary (1000-
1437), Budapest, Akadémiai Kiado´ , 1986).
22 -I RENA SUŁKOWSKA-KURAS´ et STANISŁAW KURAS´ (éds), Bullarium
Poloniae, vol. 1,
1000-1342, Rome, École française de Rome, 1982, nos 248 (1230), 626
(1257), 254 (1230),
263 (1232), 343 (1236). Ces désignations avaient toujours cours au
XIVe siècle, voir
nos 1072 et 1169.
1 0 1 4 23 – Ibid., nos 318 et 386.

24 – LEON RZYSZCZEWSKI et ANTON MUCZKOWSKI (éds), Codex diplomaticus
Poloniae, t. II/2,
Varsovie, 1852, p. 596, no 441 (1242), et t. I, Varsovie, 1847, p.
105, no 59.
25 -H ANS-JU¨ RGEN KARP, Grenzen in Ostmitteleuropa während des
Mittelalters, Cologne-
Vienne, Böhlau Verlag, 1972, pp. 120-126 ; GRZEGORZMYS´LIWSKI, «
Boundary Delimitation
in Medieval Poland », in S. J. KIRSCHBAUM (éd.), Historical
Reflections on Central
Europe. Selected Papers from the Fifth World Congress of Central and
East European Studies,
Warsaw, 1995, Londres-New York, Macmillan Press, St Martin’s Press,
1999, pp. 27-36,
ici pp. 27-28. Avant l’invasion mongole : L. RZYSZCZEWSKI et A.
MUCZKOWSKI (éds),
Codex diplomaticus Poloniae, t. I, p. 31, no 19 (1228) [voir
corrections ibid., t. 2, pars 1,
p. 9, no. 8], p. 41, no 27 (1237), et après l’invasion : p. 105, no
59 (1278).
26 -N. BEREND, At the Gate of Christendom…, op. cit., pp. 70-71, 98-
99, 196.
27 -J ENO″ SZU″ CS, « A kereszténység belso´´ politikuma a XIII.
sza´zad dereka´n : IV. Béla
kira´ly és az egyha´z », Történelmi Szemle 21, 1978, pp. 158-181 ;
ID., Az Utolso´ A´ rpa´dok,
Budapest, MTA Történettudoma´nyi Intézete, 1993, pp. 3-139. DENIS
SINOR, Inner Asia
and its contacts with Medieval Europe, Londres, Variorum Reprints,
1977, nos X, XII.
28 -F RANZ ZIMMERMANN et CARL WERNER (éds), Urkundenbuch zur
Geschichte des
Deutschen in Siebenbürgen, Hermannstadt, 1892-1902, vol. 1, p. 20
(1222).
29 -É DOUARD JORDAN (éd.), Les registres de Clément IV, Bibliothèque
des Écoles françaises
d’Athènes et de Rome, 2e série, Paris, Thorin, Albert Fontemoing/De
Boccard, 1893-
1945, no 113 (1265). « Pro bono statu regni » : J. SZU″ CS, « A
kereszténység belso´´ politi-
kuma… », art. cit., p. 174.
30 – Codex diplomaticus Maioris Poloniae, vol. 2, Poznan´ ,
Bibliotheca Kornicensis, 1878,
no 1013 ; JOANNES PTAS´NIK (éd.), Monumenta Poloniae Vaticana, vol.
1, Cracovie, Academia
Litterarum Cracoviensis, 1913, no 83.
31 -I RENA SUŁKOWSKA-KURAS´ et STANISŁAW KURAS´ (éds), Bullarium
Poloniae, vol. 2,
1342-1378, Rome, École française de Rome, 1985, no 106; P. W.
KNOLL, « Poland as
antemurale Christianitatis… », art. cit., p. 392.
32 -I. SUŁKOWSKA-KURAS´ et S. KURAS´ (éds), Bullarium Poloniae, vol.
2, op. cit., no 607 ;
AUGUSTINUS THEINER, Vetera Monumenta Poloniae et Lithuaniae
gentiumque finitimarum
historiam illustrantia, t. 1, 1217-1409, Rome, 1860, no 713 : «
Regnum Polonie [...] est in
ultimis Christianorum finibus constitutum [...] ex impugnacione
ipsorum non solum
dictum Regnum eiusque incole, quinimo fideles ceteri dicto Regno tam
proximi quam
remoti proculdubio diris adversitatibus lederentur [...] in huiusmodi
defensione et tuitione
non solum dictorum Regis et Regni, sed aliorum fidelium vicinorum, et
eciam,
ut premittitur, remotorum salubritas agitur et securitas
procuratur. » P. W. KNOLL,
« Poland as Antemurale Christianitatis… », art. cit., pp. 392-393.
33 -N ORMAN DAVIES, God’s Playground: A History of Poland, Oxford,
Clarendon Press,
1981, vol. 1, pp. 95-102 ; PAUL W. KNOLL, The Rise of the Polish
Monarchy: Piast Poland
in East Central Europe, 1320-1370, Chicago-Londres, The University of
Chicago Press,
1972 ; GOTTHOLD RHODE, Die Ostgrenze Polens: Politische Entwicklung,
kulturelle Bedeutung
und geistige Auswirkung, vol. 1, Cologne-Graz, Böhlau Verlag, 1955,
pp. 242-253.
34 -L. RZYSZCZEWSKI et A. MUCZKOWSKI (éds), Codex diplomaticus
Poloniae, t. II/2, op. cit.,
p. 706, no 500 (1349) : « Nos Kazimirus [...] rex tocius Polonie
[...] fecimus et ordinamus
inter nostras terras, Cuiavie videlicet et Polonie parte ex una, et
religiosum ac magnificum
virum dominum Henricum [...] et suum ordinem ac terras ipsorum,
Culmensem
videlicet et Pomoranie parte ex altera veras granicies et perpetuo
duraturas. » Ibid.,
p. 696, no 496 (1346) : «Demum dicti nostri oppidi Konigesburg
granicies et metas perpetuis
temporibus duraturas hoc modo declaraturus ». Cf. PAUL W. KNOLL, «
The Stabilization
of the Polish Western Frontier under Casimir the Great, 1333-1370 »,
The Polish
Review, 12-4, 1967, pp. 3-29. 1 0 1 7

35 -G YO¨ RGY BO´ NIS, A jogtudo´ értelmiség a Moha´ cs elo´tti
Magyarorsza´ gon, Budapest, Akadémiai
Kiado´ , 1971, pp. 18-26 ; J. SZU″ CS, « A kereszténység belso´´
politikuma… », art. cit.,
pp. 172-178 ; LA´ SZLO´ FEJÉRPATAKY, A kira´ lyi kancella´ ria az A´
rpa´dok kora´ban, Budapest,
1885, pp. 38-40 ; ISTVA´N HAJNAL, « IV. Béla kira´ly
kancellaria´ja´ro´l », Turul, vol. 32, 1914,
pp. 1-19 ; N. BEREND, At the Gate of Christendom…, op. cit., pp.
160-161.
36 -Attila et Totila étaient systématiquement confondus en Italie :
SA´ NDOR ECKHARDT,
« Attila a monda´ban », in G. NÉMETH (éd.), Attila és Hunjai,
Budapest, Magyar Szemle
Ta´rsasa´g, 1940, pp. 143-216, ici pp. 167-171 et 190.
37 -P ETER JACKSON, « The Crusade Against the Mongols (1241) »,
Journal of Ecclesiastical
History, 42, 1991, pp. 1-18 ; CHRISTOPH T. MAIER, Preaching the
Crusades: Mendicant
Friars and the Cross in the Thirteenth Century, Cambridge, Cambridge
University Press,
1998, pp. 59-60 ; JEAN RICHARD, « The Mongols and the Franks »,
Journal of Asian
History, 3, 1969, pp. 45-57.
38 -É. BERGER (éd.), Les registres d’Innocent IV, op. cit., nos 30 et
46 (1243).
- Ibid., no 2957.
40 – Ibid., no 4000 (1248).
41 -J OSEPH ALBERIGO et alii (éds), Conciliorum OEcumenicorum
Decreta, Bologne, Istituto
per le scienze religiose, 1973, p. 297.
42 -I. SUŁKOWSKA-KURAS´ et S. KURAS´ (éds), Bullarium Poloniae, op.
cit., vol. 1, nos 129,
123, 185, 255, 256, 258, 260, 343 (1236), 140 (1218), 382 et 384
(1243) ; voir aussi nos 148,
182, 186, 237, 263, 289, 290, 292, 293, 295, 296 (1221-1233).
43 – Ibid., nos 537 (1253), 574 (1255), 577 (1255), 601 (1256), 620
(1257), 636 (1257), 653
(1257), 668 (1258), 670 (1258), 685 (1260), 696 (1261), 700 (1261),
703 (1262), 763 (1265),
766 (1265), 1308 (1325), 1320 (1325), 1895 (1340), 1896, 1897.
44 – Ibid., nos 537, 574, 757, 601, 668, 683, 686, 685, 757 ; J.
KRZYZ˙ ANIAKOWA, « Poland as
« Antemurale Christianitatis »… », art. cit., pp. 7-8. G. RHODE, Die
Ostgrenze Polens…,
op. cit., pp. 132-152. 1 0 1 9

45 -E LIZABETH SIBERRY, Criticism of Crusading, 1095-1274, Oxford,
Clarendon Press,
1985, pp. 204-206.
46 -J ACQUES LE GOFF, « La perception de l’espace de la Chrétienté
par la curie romaine
et l’organisation d’un concile oecuménique en 1274 », in 1274, année
charnière, mutation et
continuités, Paris, Éditions du CNRS, « Colloques internationaux du
CNRS-558 », 1977,
pp. 481-489, ici p. 485.
47 -ASV, Reg. Vat. 25, f. 223v-225r ; CHARLES BOUREL DE LA RONCIÈRE
et alii (éds), Les
registres d’Alexandre IV, 3 vols, Paris, Thorin/Albert Fontemoing/De
Boccard, « Bibliothèque
des Écoles françaises d’Athènes et de Rome, 2e série », 1895-1959, no
2963. ASV,
Reg. Vat. 29, f. 99v ; f. 99v-100r ; JEAN GUIRAUD (éd.), Les
registres d’Urbain IV, 4 vols,
Paris, Albert Fontemoing/De Boccard, « Bibliothèque des Écoles
françaises d’Athènes
et de Rome, 2e série », 1899-1958, no 1242 (1264).
48 – Ibid., nos 468, 466, 421, 470, 471.
49 -ASV, Reg. Vat. 25, f. 224v ; C. BOUREL DE LA RONCIÈRE et alii
(éds), Les registres
d’Alexandre IV, op. cit., no 2963. Cf. E. SIBERRY, Criticism of
Crusading…, op. cit., pp. 217-218.
50 -I. SUŁKOWSKA-KURAS´ et S. KURAS´ (éds), Bullarium Poloniae, op.
cit., vol. 1, 1289,
1308, 1320.
1 0 2 0 51 -A. THEINER, Vetera Monumenta Poloniae…, op. cit., no
604.

52 -I. SUŁKOWSKA-KURAS´ et S. KURAS´ (éds), Bullarium Poloniae, op.
cit., vol. 1, nos 1072
(1318), 1169 (1320), vol. 2, no 788.
53 -C HARLES JULIAN BISHKO, « The Spanish and Portuguese Reconquest,
1095-1492 »,
in K. M. SETTON (éd.), A History of the Crusades, vol. 3, Madison,
Wisconsin, University
of Wisconsin Press, 1975, pp. 396-456 ;RICHARD A.
FLETCHER, «Reconquest andCrusade
in Spain c. 1050-1150 », Transactions of the Royal Historical
Society, 5e série, 37, 1987,
pp. 31-47, ici pp. 43-47 ; ID., St James’s Catapult: The Life and
Times of Diego Gelmı´rez of
Santiago de Compostela, Oxford, Clarendon Press, 1984, pp. 270-271,
294-299 ; PETER
LINEHAN, History and the Historians of Medieval Spain, Oxford,
Clarendon Press, 1993,
pp. 12-13, 82-83, 88-90, chap. 4 ; JOSÉ A´ NGEL GARCI´A DE CORTA´
ZAR, « Introduccio´ n:
Espacio, sociedad y organizacio´n medievales en nuestra tradicio´n
historiogra´fica », in
ID. et alii (éds), Organizacio´n social del espacio en la Espan˜a
medieval: La Corona de Castilla
en los siglos VIII a XV, Barcelone, Editorial Ariel, 1985, pp. 12-
15 ; DEREK W. LOMAX, The
Reconquest of Spain, Londres-New York, Longman, 1978.
54 -P RO´ SPERO DE BOFARULL Y MASCARO´ , Coleccio´n de documentos
inéditos del Archivo General
de la Corona de Arago´n, Barcelone, José Eusebio Monfort, 1847-1910,
t. 4, p. 18, no 6 ;
cf. p. 93, no 43 (1143), p. 243, no 94 (1157).
55 -P. LINEHAN, History and the Historians…, op. cit., pp. 289, 292-
296, 305-310. 1 0 2 1

56 -A NA RODRI´GUEZ LO´ PEZ, La consolidacio´n territorial de la
monarquı´a feudal castellana:
Expansio´n y fronteras durante el reinado de Fernando III, Madrid,
Consejo Superior de
Investigaciones Cientı´ficas, 1994, pp. 104-105.
57 – Ibid., p. 86.
58 -D EMETRIO MANSILLA, La documentacio´n pontificia de Honorio III
(1216-1227), Rome,
Instituto Espan˜ ol de Estudios Eclesia´sticos, 1955, pp. 124 (1218),
160 (1219), 274 (1221).
59 – ID., La documentacio´n pontificia hasta Inocencio III (965-
1216), Rome, Instituto Espan
˜ ol de Estudios Eclesia´sticos, 1955, p. 40 (1088).
60 -T EO´ FILO F. RUIZ, «Fronteras: de la comunidad a la nacio´n en
la Castilla Bajomedieval
», Anuario de Estudios Medievales, 27-1, 1997, pp. 23-41 ; JULIO
GONZA´ LEZ, El reino de
Castilla en la época de Alfonso VIII, 3 vols, Madrid, Consejo
Superior de Investigaciones
Cientı´ficas, 1960, vol. 3, nos 638 (1195), 975 (1215).
61 -R OBERT I. BURNS, Diplomatarium of the Crusader Kingdom of
Valencia: the Registered
Charters of its Conqueror Jaume I, 1257-1276, vol. 2, Documents 1-
500, Foundations of Crusader
Valencia: Revolt and Recovery 1257-1263, Princeton, Princeton
University Press, 1991,
no 365, pp. 309-310 (1261).
62 -J ULIO GONZA´ LEZ, Reinado y diplomas de Fernando III, Cordoue,
Publicaciones del
1 0 2 2 Monte de Piedad y Caja de Ahorros de Cordoba, 1986, 3 vols,
vol. 2, nos 73, 155, 171,
481 ; vol. 3, nos 514, 548, 557, 575, 649, 673.MANUEL GONZA´ LEZ
JIMÉNEZ (éd.), Diplomatario
andaluz de Alfonso X, Séville, El Monte/Caja de Huelva y Sevilla,
1991, no 133
(1251).
63 -J. GONZA´ LEZ, Reinado y diplomas…, op. cit., vol. 3, nos 675,
835. D’autres cas semblables
sous Alfonse X (1255-1266) :M. GONZA´ LEZ JIMÉNEZ (éd.), Diplomatario
Andaluz…,
op. cit., nos 184, 296, 317, 146, 252, 253, 260, 261.
64 -Cf. MIGUELA´ NGEL LADERO QUESADA, « Sobre la evolucio´n de las
fronteras medievales
hispa´nicas (siglos XI a XIV) », in C. DE AYALAMARTI´NEZ, P. BURESI
et P. JOSSERAND
(éds), Identidad y representacio´n de la frontera en la Espan˜a
medieval (siglos XI-XIV), Madrid,
Casa de Vela´zquez, Universidad Auto´noma de Madrid, 2001, pp. 5-49 ;
JEAN GAUTIERDALCHÉ,
« Islam et chrétienté en Espagne au XIIe siècle : contribution à
l’étude de
la notion de frontière », Hesperis, XLVI, 1959, pp. 183-217 ; ANDRÉ
BAZZANA, PIERRE
GUICHARD et PHILIPPE SÉNAC, « La frontière dans l’Espagne médiévale »
in Castrum, 4.
Frontière et peuplement dans le monde méditerranéen au Moyen Aˆ ge,
Rome-Madrid, École
française de Rome/Casa de Vela´zquez, 1992, pp. 36-59.
65 -J. GONZA´ LEZ, El reino de Castilla…, op. cit., vol. 3, no 845,
p. 482 ; A. RODRI´GUEZ
LO´ PEZ, La consolidacio´n territorial…, op. cit., p. 168; MICHEL
ZIMMERMANN, « Le rôle de
la frontière dans la formation de la Catalogne (IXe-XIIe siècle) »,
in Las sociedades de frontera
en la Espan˜a medieval, Saragosse, Universidad de Zaragoza, 1993, pp.
7-29 ; JOSÉ ANGEL
GARCI´A DE CORTA´ ZAR, « De una sociedad de frontera (el valle del
Duero en el siglo X)
a una frontera entre sociedades (el valle del Tajo en el s. XII) »,
in ibid., pp. 51-68.
66 -J. GONZA´ LEZ, Reinado y diplomas…, op. cit., vol. 3, no 721 ;
A. RODRI´GUEZ LO´ PEZ, La
consolidacio´n territorial…, op. cit., pp. 238-240. Voir aussi
DANIEL NORDMAN, Frontières de
France : de l’espace au territoire, XVIe-XIXe siècle, Paris,
Gallimard, 1998, pp. 72-73, 75-78, 80.
67 -P. DE BOFARULL Y MASCARO´ , Coleccio´n de documentos…, op.
cit., t. 8, p. 114, no 42 ;
A. RODRI´GUEZ LO´ PEZ, La consolidacio´n territorial…, op. cit., p.
235. M. GONZA´ LEZ
JIMÉNEZ (éd.), Diplomatario andaluz…, op. cit., nos 285, 322
(charte dans M. A. LADERO
QUESADA, « Sobre la evolucio´n de las fronteras… », art. cit., p.
40).

68 – PETER LINEHAN, «Religion, Nationalism, and National Identity
inMedieval Spain and
Portugal », in S. MEWS (éd.), Religion and National Identity, Oxford,
Basil Blackwell, 1982,
pp. 161-199, ici pp. 180 et 189.
69 -P. DE BOFARULL Y MASCARO´ , Coleccio´n de documentos…, op.
cit., t. 6, p. 178, no 49.
AMBROSIO HUICIMIRANDA etMARI´A DESAMPARADOS CABANES PECOURT (éds),
Documentos
de Jaime I de Aragon, vol. 1, 1216-1236, Valence-Alicante,
Diputaciones Provinciales
Ayuntamientos de Valencia-Castello´n et Universidad Literaria de
Valencia, 1976, no 239,
p. 388 (1236) ; no 240, p. 390 (1236).
70 -R OBERT I. BURNS, The Crusader Kingdom of Valencia:
Reconstruction on a Thirteenth-
Century Frontier, Cambridge, Harvard University Press, 1967, 2 vols,
vol. 1, pp. 1-2, 12-14.
JORDI BRUGUERA (éd.), Llibre dels Fets del Rei en Jaume, vol. 2,
Barcelone, Editorial
Barcino, 1991, pp. 115, 129, 278 et 315.
71 -J. BRUGUERA (éd.), Llibre dels Fets…, op. cit, pp. 147, 163,
271, 296 et 293. P. DE
BOFARULL YMASCARO´ , Coleccio´n de documentos…, op. cit., t. 6, p.
169, no 44 (1265). A. HUICI
MIRANDA et M. DESAMPARADOS CABANES PECOURT (éds), Documentos de Jaime
I, op. cit.,
no 173, p. 304 (1233).
72 -A. RODRI´GUEZ LO´ PEZ, La consolidacio´n territorial…, op.
cit., pp. 123, 179, 200, 218 et
293-310. « Oportet reges suas frontarias premunire », « Decet reges
ac principes catholicos
contra insididas infidelium fines eorum seu frontarias premunire » :
J. GONZA´ LEZ,
Reinado y diplomas…, op. cit., vol. 2, nos 154, 157. Cf. PETER
LINEHAN, « At the Spanish
Frontier », in P. LINEHAN et J. L. NELSON, The Medieval World, op.
cit., pp. 37-59, ici
p. 46.
73 – A. RODRI´GUEZ LO´ PEZ, La consolidacio´n territorial…, op.
cit., pp. 207, 241, 292 ;
J. GONZA´ LEZ, Reinado y diplomas…, op. cit., vol. 2, no 191 ;
AUGUSTO QUINTANA PRIETO 1 0 2 4
Historia Eclesia´stica, 1987, vol. 1, p. 398.
74 -J UAN FERNA´ NDEZ VALVERDE (éd.), Roderici Ximenii de Rada.
Historia de rebus Hispanie
sive Historia Gothica, Turnholt, Brepols, 1987, pp. 104, 163. Sur
Rodrigo, voir PETER
LINEHAN, History and the Historians…, op. cit., pp. 316-354.
75 -L UIS CHARLO BREA (éd.), Cro´nica latina de los reyes de
Castilla, Cadix, Universidad
de Ca´diz, 1984, pp. 14, 94 (voir aussi, pp. 16, 25, 32, 62 et 72).
76 -A. RODRI´GUEZ LO´ PEZ, La consolidacio´n territorial…, op.
cit., pp. 259-263.
77 -J. GONZA´ LEZ, Reinado y diplomas…, op. cit., vol. 2, no 115.
Cf. M. GONZA´ LEZ JIMÉNEZ
(éd.), Diplomatario andaluz…, op. cit., no 297.
78 -P ETER LINEHAN, The Spanish Church and the Papacy in the
Thirteenth Century, Cambridge,
Cambridge University Press, 1971, pp. 6-11, 103-112, 177-178, 207-209
et 323.
ANGUS MACKAY, Spain in the Middle Age: From Frontier to Empire, 1000-
1500, Londres,
Macmillan, 1977, p. 59. JOSÉ MANUEL NIETO SORIA, Iglesia y poder real
en Castilla: el
episcopado, 1250-1350, Madrid, Universidad Complutense, 1988, chap. 2
et 5, ici pp. 95-
98, 198-199. A. RODRI´GUEZ LO´ PEZ, La consolidacio´n territorial…,
op. cit., pp. 127-128, 133
et 313-321.
79 -M. GONZA´ LEZ JIMÉNEZ (éd.), Diplomatario andaluz…, op. cit.,
no 286.
80 -P ASCAL BURESI, « Nommer, penser les frontières en Espagne aux
XIe-XIIIe siècles »,
in C. DE AYALA MARTI´NEZ et alii, Identidad y representacio´n…, op.
cit., pp. 51-74, ici
pp. 54-57. EMILIO MITRE FERNA´ NDEZ, « Reflexiones sobre la nocio´n
de frontera tras la
81 -R AMO´ NMENÉNDEZ PIDAL (éd.), Primera Cro´nica General de
Espan˜a, Madrid, Editorial
Gredos, 1955, 2 vols, pp. 541, 704, 729, 731, 737, 739, 740-742, 745,
746, 748 et 770.
« Frontero » (personne) : p. 741. De même au XIVe siècle : MANUEL
GONZA´ LEZ JIMÉNEZ
(éd.), Cro´nica de Alfonso X segu´n el MS. II/2777 de la Biblioteca
del Palacio Real (Madrid),
Murcie, Real Academia Alfonso X El Sabio, 1998, pp. 33, 35, 70, 71,
95, 132, 178, 180,
181, 183, 184, 185, 186, 187, 188, 199 et 206.
82 -R. MENÉNDEZ PIDAL (éd.), Primera Cro´nica General…, op. cit.,
p. 693. « Amigos, todos
nos somos espannoles [sic] ».

Nora Berend
University of Cambridge

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 21 novembre, 2008 |Pas de commentaires »

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