Le Chevalier, la Chevalerie, son armement et sa technique

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Le choc de la charge


Jean Flori
Docteur d’État, directeur de recherche au CNRS, Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (Poitiers)

Le Chevalier, la Chevalerie, son armement et sa technique dans VALEURS DE FRANCE traitnoirb
 

Professionnel de la guerre, le chevalier est propriétaire de ses armes. Son équipement ne cesse de se perfectionner, pour répondre à de nouvelles pratiques de combat.

Un chevalier, pendant tout le Moyen Âge, est avant tout un guerrier combattant à cheval avec des armes et des méthodes caractéristiques. Celles-ci ont évidemment évolué entre le Xe et le XVe siècle. Les trois images de cet article permettent en partie de visualiser cette évolution.

Se défendre

Parmi les armes défensives, l’écu de type normand, en bois peint ou recouvert de cuir, se répand en France aux XIe et XIIe siècles. Sa forme allongée, pointue à la base, facilite son utilisation à cheval. Il est porté au bras gauche, la main droite tenant la lance ou l’épée. Il protège efficacement des flèches, des javelots et des coups d’épée, mais ne peut guère résister à la force de pénétration de la lance dans la nouvelle méthode de combat (à partir du XIe siècle). Il tend alors à devenir plus petit, parfois échancré pour permettre le passage de la lance. Il devient inutile lorsque l’armure rigide remplace la cotte de maille.
Le haubert ou cotte de maille se répand à partir du Xe siècle et remplace peu à peu la broigne, vêtement de cuir sur lequel sont cousues des écailles de métal. Véritable tissu de mailles métalliques, il couvre tout le haut du corps, des épaules jusqu’aux genoux, et est fendu devant et derrière pour permettre de chevaucher. On le retrouve presque identique au milieu du XIIe siècle, porté cette fois par-dessus une tunique en tissu protégeant des écorchures. Cette tunique est parfois rembourrée (gambaison). Quelques textes font état de l’usage de deux hauberts superposés, à ne pas confondre avec le haubert à maille double ou triple (treslis). Un haubert, au XIIe siècle, pèse entre 10 et 13 kg. Il protège très bien contre les coups de taille, mais mal contre les coups d’estoc, particulièrement contre la lance couchée. Au XIIIe siècle, le haubert se renforce de plaques de métal aux endroits les plus exposés (poitrine, épaules, articulations) et, au XIVe siècle, continue à se porter, allégé, sous l’armure de plate, formée de pièces métalliques rigides articulées, aboutissant, au XVe siècle, au grand harnois blanc, protégeant l’ensemble du corps. L’armure de joute, renforcée du côté le plus exposé, peut atteindre 50 kg et interdit tout mouvement au sol.
Le heaume est d’abord un casque à nasal. Les documents connus en représentent la version normande, presque conique, répandue en France. Dès la fin du XIIe siècle, il tend à se fermer, pourvu de deux fentes au niveau des yeux et percé de trous pour respirer. Il prend alors des formes diverses selon les régions (cylindrique, semi-sphérique, en forme d’obus, etc.), puis évolue vers le bassinet à visière mobile (XIVe siècle). La fermeture du heaume et l’usage général de la cotte de maille, puis de l’armure, rendent impossible l’identification du chevalier. Les romans tirent parti de cet anonymat, tandis que se développe l’usage des signes distinctifs et armoiries, sur les écus, bannières, surcots et cimiers, parfois extravagants.

Attaquer

Avant le milieu du XIe siècle, les armes offensives du chevalier ne se distinguent pas de celles d’un piéton. À pied comme à cheval, il combat comme un fantassin, usant de l’épée et de la lance, mais jamais de l’arc, sauf dans les sièges. L’épée se manie surtout comme arme de taille et tend à s’allonger au fil du temps, pour aboutir aux énormes épées à deux mains des XIVe et XVe siècles. L’épée d’acier trempé, décorée tel un bijou, au pommeau contenant parfois de petites reliques, exige comme le haubert près de 200 heures de travail de forgeron.
La lance est l’arme caractéristique de la chevalerie. Avant le milieu du XIe siècle, elle ne se distingue pas de la pique des piétons. La nouvelle méthode de combat permet d’en faire une arme redoutable et spécifique. Dès lors, elle s’allonge et peut atteindre 3 à 4 mètres à la fin du Moyen Âge. Pour éviter qu’elle ne glisse vers l’arrière lors de l’impact, on la munit d’un arrêt de main, plus tard d’un arrêt de cuirasse pour solidariser l’arrière de la lance avec l’armure et soulager le bras. Le chevalier peut parfois aussi user d’autres armes, comme la masse d’arme ou plus rarement la hache. À partir du XIe siècle, les chevaliers d’un certain rang utilisent des lances munies de bannières (chevaliers bannerets). Elles sont bientôt enrichies de symboles héraldiques, signes de ralliement et affirmation de pouvoir et de rang social.
Toutes ces armes sont solennellement remises au nouveau chevalier lors de son adoubement, acte déclaratif de son entrée dans la chevalerie, corporation des guerriers d’élite. Il a lieu le plus souvent dans la salle du château, parfois en plein air, à des dates variables (Pentecôte, Pâques, Saint-Jean, plus rarement Noël), et donne lieu à des festivités de plus en plus somptuaires : festin, jeux, joutes et quintaines. Il n’a guère lieu avant l’âge de 16 ans. Aux XIe et XIIe siècles, l’épée, souvent déposée sur l’autel pour y être bénie, est remise au chevalier par un personnage du plus haut rang possible : seigneur allié de la famille, parent, oncle maternel chez lequel le futur chevalier aura fait son apprentissage. L’Église cherche à faire de l’adoubement un acte presque sacramentel en créant des rituels contenant de nombreuses bénédictions sur les armes (épée, bouclier, bannière), puis sur le chevalier ainsi armé. Ces rituels liturgiques, issus des formules du sacre royal, tendent à faire glisser sur la chevalerie dans son ensemble les devoirs qui depuis toujours incombaient au roi : protection de l’Église, du pays et de ses habitants sans défense, pauvres, femmes et orphelins. Dans ces adoubements liturgiques, l’officiant est un ecclésiastique, généralement un évêque. Seule la remise des éperons reste jusqu’à la fin du Moyen Âge un geste accompli uniquement par des chevaliers. Le coût croissant de l’équipement complet (50 bœufs vers 1250) conduit, à partir du XIIIe siècle, à la levée d’une aide financière de la population à son seigneur lorsqu’il adoube son fils aîné (ou lorsqu’il marie sa fille, part en croisade ou doit se libérer contre rançon), et à la raréfaction des adoubements, réservés à l’aîné.

Changement de technique

La plupart des aspects de cette évolution sont issus de l’adoption, dans la seconde moitié du XIe siècle, d’une nouvelle méthode de combat qui devient spécifique de la chevalerie : la charge massive, lance couchée en position horizontale fixe. Jusqu’à cette date, à pied comme à cheval, on pouvait user de la lance de deux façons différentes, à la manière d’un javelot ou d’une pique.
À la bataille d’Hastings, les piétons anglo-saxons d’Harold comme les chevaliers normands de Guillaume projettent contre leurs adversaires ces javelots, par un geste fort bien illustré par le cavalier de gauche. Ces javelots sillonnent les airs entre les deux groupes adverses. Cette méthode ne disparaît pas totalement, mais les chevaliers la dédaignent peu à peu.
Le même document montre aussi l’usage de la lance à la manière d’une pique, dans le combat rapproché.  Un piéton anglo-saxon qui, bras levé , cherche à porter un coup descendant. On pouvait aussi frapper de bas en haut ou directement, par simple extension du bras devant soi. Dans ces trois cas, cependant, le cavalier qui en usait ne se trouvait en rien avantagé par rapport à un piéton. Bien au contraire, si l’impact avait lieu en mouvement, il risquait fort de s’occasionner une luxation de l’épaule ou du coude, le mouvement tendant à arracher son bras du corps. C’est pourquoi les chevaliers arrivaient à cheval sur le champ de bataille et mettaient pied à terre, ou bien combattaient dans la mêlée, pratiquement à l’arrêt.
Une troisième méthode apparaît, adoptée par toute la chevalerie européenne à des dates variables selon les régions, entre 1066 et 1140 au plus tard. Il s’agit de la lance couchée en position horizontale fixe. Elle est probablement liée à l’emploi des lances à bannière, difficiles à utiliser comme javelots et même comme piques. On en voit quelques exemples sur la broderie de Bayeux. Le chevalier central y est représenté tenant sous son bras, coude replié, une lance à bannière. Cette méthode, rendue possible par l’emploi de selles plus profondes, permet de tenir la lance fermement tout en conservant l’avantage du mouvement du cheval, sans risquer la luxation de l’épaule. Elle rend désormais possible la charge massive, rapide et compacte de chevaliers groupés, serrés ensemble en petits escadrons ou conrois. La force de pénétration et la panique causée par de telles charges ont été parfois comparées à celles des blindés lors de la Première Guerre mondiale.
Cette méthode  (XIIe siècle). Il faut le lire à la manière d’une bande dessinée. La charge s’y déploie en trois phases successives, décomposant le mouvement. La première phase, en haut, montre les chevaliers au début de la charge. La lance, d’abord tenue verticalement, s’abaisse progressivement de la position du chevalier de gauche à celle du chevalier de droite. Ce dernier, lance couchée, abat déjà un adversaire en le désarçonnant. La poursuite continue au second niveau : les chevaliers de droite chargent lance couchée, tandis que le chevalier de gauche, qui a probablement perdu sa lance brisée ou plantée dans le corps de son adversaire, a dégainé son épée pour continuer le combat dans la mêlée. Le troisième niveau, en bas, est plus explicite encore. On y voit les dernières phases de la charge. Le chevalier de droite, lance tenue sous le bras en position horizontale fixe, dirige de sa main la pointe de sa lance vers le corps de l’adversaire, ici en fuite (en général, dans les combats entre chevaliers, la charge est symétrique, frontale de part et d’autre, ce qui accroît encore la violence du choc). Il tient son écu au bras gauche et a lâché les rennes après avoir éperonné pour lancer son cheval à pleine vitesse, comme l’explique avec précision un texte du XIIe siècle. Le chevalier de gauche, quant à lui, est représenté lors de la phase ultime de la charge. L’adversaire, désarçonné, gît à terre, la lance enfoncée dans le corps. Par un mouvement du bras de bas en haut lui remontant l’épaule, le chevalier retire sa lance avant qu’elle ne se rompe pour poursuivre le combat avec cette arme redoutable.
La nouvelle méthode exige un entraînement assidu, mais ses avantages sont évidents : désormais, seule la précision du coup dépend de celle de la main qui dirige la lance vers son objectif. La puissance de l’impact, donc son efficacité, est assurée, elle, par la vitesse du cheval. On comprend alors pourquoi les épopées, les romans, les chroniques et l’iconographie nous décrivent des chevaliers traversant de part en part le corps de leur adversaire, la bannière ressortant de l’autre côté. On comprend aussi pourquoi l’on a dû perfectionner les armes défensives, en particulier les armures, pour résister à une telle force de pénétration ; pourquoi, dans les tournois, il pouvait y avoir de nombreux blessés, parfois des morts, malgré les efforts des chevaliers pour désarçonner l’adversaire en frappant son écu plutôt que de chercher à le tuer ; pourquoi, toujours dans les tournois et plus encore dans les joutes qui se multiplient aux XIVe et XVe siècles, on utilise des lances dites « à plaisance » (où la pointe acérée est remplacée par une pointe émoussée ou crantée), et des armures de joute très renforcées du côté de l’impact. Il s’agit d’une fête qui se déroule devant un public de dames et de seigneurs, chacun des participants affrontant un seul adversaire qui lui fait face, les deux combattants étant désormais (depuis le XIVe siècle) séparés par une barrière. Chaque participant est accompagné d’un écuyer. La joute, alors, est devenue fête et distraction aristocratique, tout en conservant un peu du caractère premier des tournois : un entraînement nécessaire aux chevaliers. Richard Cœur de Lion l’avait bien compris quand, en 1194, il autorisa les tournois, jusqu’alors interdits en Angleterre.

http://www.cndp.fr/RevueTDC/908-77837.htm

Publié dans : VALEURS DE FRANCE |le 7 novembre, 2008 |22 Commentaires »

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22 Commentaires Commenter.

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  1. le 24 novembre, 2008 à 17:48 roberto écrit:

    trop trop super bien

  2. le 6 janvier, 2009 à 14:39 sarah écrit:

    franchement je pense q’une photo expliquant l’armement d’un chevalier ne serai pas de trop sinon super site

  3. le 19 janvier, 2009 à 21:33 93100 écrit:

    c trop cool mes il faut des photo des armures et leur nom

  4. le 25 mars, 2009 à 17:04 lili écrit:

    jador ce site!!!!g fé un exposer avek lé info trouver dedans!!!!!!!!!!!!

  5. le 7 avril, 2009 à 10:47 bryan écrit:

    mercii bocoup 18 sur 20 avec tout les info

  6. le 7 avril, 2009 à 18:32 faysa 501 hamjago écrit:

    merci j’ai rechercher sa pendant beaucoup d’heure pour mon cour

  7. le 17 avril, 2009 à 14:07 Julie écrit:

    Il faudrait joindre des photos avec les indications pour savoir exactement où se trouvent l’armement mais sinon c’est un super site où il y a beaucoup d’informations ! Super pr mon exposé
    Mici

  8. le 9 juin, 2009 à 11:54 lune écrit:

    c’est trop bien pr mon exposé merchhi beaucoup

  9. le 15 juin, 2009 à 11:45 mansard écrit:

    c’était long mais super

  10. le 21 septembre, 2009 à 15:56 tillier écrit:

    merci pour toute ces information je vais avoir une super note

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