Archive pour novembre, 2008

Hymne des Chevaliers Templiers Modernes

dhgfv1.jpg

Voici les nouveaux Chevaliers

Ces fiers Guerriers

Par la force et volonté

Et leur foi vraiment ardente

Partirent vers de lointain pays

Pour défendre la Vérité

 

Protèger tous les pèlerins

Fut leur destin

Et gardiens de la Terre Sainte

Les Chevaliers du Temple

Par modèle et exemple

Atteignirent beaucoup de renommée

 

Refrain

 

Au Beaucéan… Au Beaucéan

Nous poussons avec ferveur

Ce cri éternel de guerre

Avec héroïsme et honneur

Aidons tous les opprimés sur terre et sur mer

Au nom du bon Rédempteur

Nous serons toujours veillant

En propageant

Vieilles et nobles traditions

Par les hauts faits chevaleresques

Portant toute la Chrétienté

Sans les frontières des Nations

Chevaliers multi centenaires

La succession est tout à fait assurée

Par la règle et l’observance

Nous honorons les Templiers

Prouvant pour les martyrs l’innocence

(Juillet 2007 – Paroles et adaptation de Jean-Marie AUZANNEAU-FOUQUET)

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 26 novembre, 2008 |2 Commentaires »

La Commanderie Templière de Ruou, un Modele de l’Ordre

crusaders2007.jpg

Une seigneurie ecclésiastique en Provence orientale au Moyen âge :
La commanderie de Ruou

L’Ordre du Temple, fondé en 1118, apparait, semble-t-il, en Provence vers 1136, date de la fondation des premières commanderies provençales, grâce à la générosité des seigneurs locaux. C’est l’une de ces maisons du Temple, la commanderie de Ruou ou Rue, fondée vers le milieu du XIIe siècle, au nord de la vallée de l’ Argens, que nous nous proposons d’étudier (1). Notre étude portera plus particulièrement sur deux points: d’une part, la formation et l’évolution du domaine temporel de la commanderie et, d’autre part, la situation et le statut des dépendants des Templiers.

I. – FORMATION ET EVOLUTION DU DOMAINE

1° Histoire de la commanderie de Ruou du XIIe au XVe siècle

Nous ne connaissons pas avec précision la date exacte de la fondation. La plus ancienne charte date de 1157 mais ne semble guère postérieure à la fondation. Les premières années de la commanderie et son premier développement sont très mal connus à cause du manque de documents. Ce n’est qu’à l’extrême fin du XIIe siècle que les renseignements se font plus abondants et que nous pouvons apprécier l’importance de la commanderie. Lors d’une donation faite à la

maison de Ruou par Boniface de Salernes, en 1195, quinze frères y compris le commandeur, ont contresigné la charte comme témoins (2). D’autre part, en mai 1193, la maison de Ruou achète un ensemble de biens à Lorgues pour trois mille sous et un poulain, c’est-à-dire une somme relativement considérable. La commanderie apparaît donc prospère et cette prospérite semble se maintenir tout au long du XIIIe siècle (3).

En même temps, le domaine s’accroît et dès le début du XIIIe siècle, la commanderie établit une maison annexe à Lorgues. En 1249, elle en compte cinq autres. C’est donc un établissement riche et prospère qui est frappé brutalement par l’arrestation des Templiers et la confiscation de leurs biens en 1308.

La fin de l’Ordre du Temple en Provence est assez bien connue (4). Après l’arrestation des Templiers, leurs biens sont confisqués et administrés d’abord par les archevêques d’ Arles et d’Embrun, puis par des administrateurs nommés par le roi. Pour les biens de la commanderie de Ruou, c’est Guillaume Hugues, baile du roi à Lorgues, qui en est nomme rector, gubernator et administrator (5). Les Templiers eux-mêmes sont emprisonnés, mais an moins, certains d’entre eux ont pu regagner leur commanderie, car lors de la vi site faite en 1338 pour le compte du Grand Prieuré de Saint-Gilles, on note deux anciens templiers à Ruou : Raymond d’Orange et G. Posqueiras (6). D’autre part, en 1341, an cours d’un procès, intervient le témoignage de Pierre Azoli de Thorame, quondam templerius. Guillaume Hugues administre les biens de la maison de Ruou du 6 janvier 1310 au 24 janvier 1315, date à laquelle l’ensemble du temporel de la commanderie est remis entre les mains d’Elyon de Villeneuve, commandeur de la commanderie de Saint-Jean-de-Jérusalem de Puimoisson (7).

En 1338, la commanderie, désormais de l’Ordre de l’Hôpital, compte quatorze frères et dix donats. Par rapport à l’ensemble des commanderies des Hospitaliers de Provence, la maison de Ruou occupe le neuvieme rang sur trente-trois si on considère sa  » responsion « , c’est-à-dire sa contribution au trésor général de l’Ordre. Si on considère le nombre de frères et de donats, Ruou occupe le huitième rang (8).

Mais les guerres et les calamités de la seconde moitié du XIVe siècle affectent cruellement la commanderie qui, des ce moment, commence à décliner. Les grandes compagnies ravagent la Provence et c’est probablement par l’une de ces bandes que Ruou est attaquée et presque entièrement détruite vers 1360 (9).

Nous possédons le procès-verbal de la visite de 1411 qui nous présente un tableau désolé : les bâtiments de la commanderie sont détruits et personne n’y habite. Sur les huit maisons annexes du domaine, trois seulement restent debout, les terres sont pour la plupart à l’abandon. De plus, une partie du domaine, celle située à Flayosc, est occupée par un seigneur voisin, Antoine de Villeneuve, dont la commanderie n’a pas la force de rejeter la potentia inordinata. En effet, on ne trouve plus, en 1411, que trois frères. Comme les bâtiments de Ruou sont inhabitables, le siège de la commanderie a été transféré à Montfort (10).

Après 1411, les renseignements sur la commanderie sont de plus en plus rares. En 1429, les comptes généraux du Grand Prieuré de Saint-Gilles mentionnent la  » responsion  » payée par Ruou, soit 62 florins (49 livres 12 sous), mais la commanderie n’a pu payer sa  » responsion  » ni en 1427 ni en 1428. Une partie de ces arrérages est payée en 1429. La commanderie est désormais trop atteinte pour subsister et vers le milieu du XVe siècle, à une date impossible à préciser, toutes les possessions de la maison de Ruou sont englobée dans le domaine de la commanderie de Marseille. En 1460, on ne trouve plus trace de la commanderie de Ruou dans les registres des visites de l’Ordre.
La formation du domaine

De 1156 jusque vers 1220, nous ne savons à peu près rien sur les acquisitions de la commanderie. Seules deux chartes concernent cette période et ne nous apportent que de maigres renseignements. C’est à partir de 1190 que se developpe le grand mouvement d’expansion de la commanderie, mais il dure assez peu. En 1253, l’essentiel du domaine apparaît constitué. Après cette date, ne sont mentionnées que deux autres acquisitions beaucoup plus tardives.

Dans cette période relativement courte de soixante années, il est difficile de distinguer des étapes dans l’accroissement du domaine. Tout au plus peut-on noter une plus grande densité de donations et d’achats dans le premier quart du XIIIe siècle, tandis qu’après 1225 le rythme d’accroissement semble plus lent. C’est donc surtout du point de vue géographique que nous essairons de caractériser la formation et la répartition du temporel de la maison de Ruou.

Le patrimoine initial se compose du domaine de Ruou entre Lorgues et Villecroze. Il s’y ajoute les terres de Salgues et Salguette situées juste au sud de Ruou. Ces terres appartiennent en alleu aux Templiers avec tout ce qu’elles contiennent, comme le montre la confirmation faite par le comte de Provence en 1157(11). Ces possessions sont situées un peu a l’écart des grandes routes de circulation, au contact de la haute et de la basse Provence; au nord, c’est déja la Provence montagneuse, avec la zone des  » plans  » comme le grand plan de Canjuers, véritable causse désertique traversé par les canons du Verdon et de l’ Artuby. Au sud, c’est la vallée de l’ Argens, une des principales routes de la Provence orientale au Moyen Age, région plus riche et plus peuplée.

Le patrimoine de la commanderie s’étend dans ces deux directions, mais cette extension est marquée par des caractères particuliers. Vers la haute Provence, les acquisitions de terres sont peu nombreuses et la commanderie n’établit que deux centres d’exploitation annexes.

II s’agit surtout de droits de pâturage concédés par les seigneurs locaux au bétail de Ruou. Vers la basse Provence, au contraire, les acquisitions du Temple consistent surtout en terres, moulins, droits seigneuriaux divers et dans cette region, la commanderie n’etablit pas moins de six maisons annexes. D’autre part, vers le nord, l’accroissement du domaine se fait surtout grâce à des donations. Dans les chartes qui concernent cette partie de la Provence, on ne trouve qu’un ou deux achats. Vers le sud, on note, inversement, un nombre important d’achats dès le debut, auxquels s’ajoutent quelques donations. On a l’impression que c’est surtout dans cette direction qu’a porté l’effort d’expansion et que la commanderie s’y est implantée grâce à une politique suivie avec persévérance par les differents commandeurs.

En haute Provence, on note d’abord des droits de pâturage. Sur treize droits de paâurage concédés, huit concernent cette région : les Templiers pouvaient faire paître leur bétail dans les territoires d’ Aups (donation de 1201), de Salernes (donation de 1205), de Châteaudouble (sur un tiers du territoire, donation vers le début du XIII » siecle), de Lagnes, au nord de la commune d’ Ampus (donation de 1235), d’ Aiguines (dans la partie du territoire possédée par les seigneurs de Flayosc, donation de 1236). Les deux dernières donations sont plus tardives et concernent toutes les deux la Provence montagneuse : en 1277, les Templiers reçoivent les quinzième et seizième parties des pâturages d’ Aiguines et, en 1319, un droit de pâturage dans le territoire de Thorame-Basse. L ‘utilisation de ces paturages est, bien entendu, liée à la transhumance (12).

De plus, les Templiers reçoivent quelques terres dans cette région, en particulier les terres de Lagnes dans la commune d’ Ampus (donation de 1235) et celles de Saint-Maïmes, dans la commune de Trigance (acquisition antérieure à 1249 (13) ). Enfin, quelques donations concernent des droits de justice et des tenures.

Vers la basse Provence, c’est d’abord au sud-est de Ruou que la commanderie développe son influence en s’installant des 1190 à Lorgues. Comme le fait remarquer M. Durbec (14), Lorgues est située à un croisement de routes est-ouest et nord-sud. Les Templiers y amassent des biens considérables dont les premiers sont tous achetés, ce qui montre bien que c’est volontairement et non par le hasard d’une donation que l’Ordre du Temple s’est établi à Lorgues (achat de plusieurs maisons en 1190, puis de terres et de droits divers en 1193 et en 1205, échange en 1224 de biens isolés à Draguignan contre des terres à Lorgues) .

Toujours dans la même direction, les Templiers dépassent bientôt Lorgues et s’installent en 1231 dans la vallée de l’ Argens grâce à la générosité des seigneurs de Vidauban : donation de terres au nord de l’Argens au lieu dit de la bastide d’ Astros, complétée par une autre donation en 1220 et des achats en 1238 et 1252. Egalement en 1252, s’y ajoutent des revenus d’un autre genre, constitués par des dîmes et des redevances banales appartenant à l’église de Vidauban.

Ainsi, au milieu du XIIIe siècle, la commanderie de Ruou est solidement implantée dans la vallée de l’ Argens, d’autant plus qu’elle possède des biens non seulement à Vidauban, mais à l’ouest, à Montfort-sur-Argens et à l’est, aux Arcs et à Roquebrune.

A l’ouest, dès 1207, le comte de Provence, Alphonse II, donne aux Templiers la seigneurie de Montfort. Il s’y ajoute une donation de terres en 1230. Pour Roquebrune, on sait que la commanderie y avait fondé une maison annexe avant 1249 et qu’elle possédait une partie du territoire et du village. Enfin, le domaine de Ruou s’arrondit en 1195 par une donation-vente (15) assez importante. Cette acquisition permet de rattacher au domaine trois terres achetées précedemment et qui ne sont connues que par ce texte. Deux autres terres egalement contiguës sont achetées en 1216 et 1241.

Cinq droits de pâturage complètent ces acquisitions: dans le territoire des Arcs (donation de 1205), de Montfort (donation de 1207), de Trans (donation de 1225), de Carcès (donation de 1230), et enfin de Flayosc (donations de 1156 et 1241).

Il semble donc que l’apogée de la commanderie se place au milieu du XIIIe siècle, date à laquelle le domaine semble pratiquement constitué grâce à trois modes d’acquisition : les donations, les achats et les échanges. Les donations sont moins nombreuses qu’on pourrait s’y attendre : sur un ensemble d’une trentaine d’acquisitions connues, quinze seulement sont de véritables donations, dont une bonne partie consiste d’ailleurs en droits de pâturage. Par ailleurs, comme nous l’avons vu, ces donations s’arrêtent presque complètement après 1253.

Comment expliquer le peu de générosité des donateurs ?

Il faut noter d’abord le caractère très compartimenté de la région au point de vue géographique : un pays de collines, souvent boisées, qui encadrent de nombreuses petites dépressions, constituant autant d’unités naturelles. Peut-être est-ce l’une des raisons qui permettent d’expliquer la rareté des grandes seigneuries dans la région ? Chacune de ces dépressions est le centre d’une petite seigneurie au rayonnement très localisé. Ainsi, tout autour de Ruou, les seigneuries de Flayosc, Entrecasteaux, Tourtour, Cotignac, Aups, Ampus, etc. De plus, fait fréquent en Provence, chaque seigneurie appartient généralement à plusieurs coseigneurs, souvent de la même famille (16). Ces petits seigneurs n’ont donc que peu de terre à leur disposition lorsqu’ils veulent faire quelque libéralité.

D’autre part, la commanderie de Ruou n’est pas le seul etablissement religieux à solliciter des dons. D’autres maisons du Temple sont établies dans la région: au sud-ouest de Ruou, la commanderie de Peirasson, à l’ouest celle de Bras, au nord-ouest celle de Saint-Maurice-Régusse. L’Ordre de I’Hôpital possède une commanderie à Comps, l’abbaye de Saint- Victor a un prieuré à Villecroze et l’abbaye de Montmajour possède un prieuré à Correns, près de Brignoles et un autre près des Arcs. Enfin, sur la rive sud del’Argens, l’abbaye cistercienne du Thoronet est la principale rivale de Ruou.
Les donateurs sont donc localisés dans les environs de Ruou. A part quatre donateurs : le comte de Provence, les seigneurs de Thorame-Basse et d’ Aiguines et l’abbaye de Lagrand dans les Hautes-Alpes (pour un échange), tous les donateurs de la commanderie se trouvent dans un rayon de moins de vingt kilomètres.

L’arrêt des donations au milieu du XIIIe siècle coïncide avec un appauvrissement général de la noblesse que l’on constate aussi dans d’autres régions (17).

Les donations étant trop peu nombreuses pour constituer un domaine d’étendue suffisante à la commanderie, celle-ci a dû les compléter par des achats. Ceux-ci s’échelonnent de 1190 à 1252 et s’arrêtent à peu près en même temps que les donations. Jusqu’à cette date, on trouve neuf achats spécifiés comme tels, mais si on y ajoute les donations-ventes et les échanges, on arrive à un total de seize, chiffre supérieur à celui des donations. II est difficile de savoir pour quelle raison ces achats s’arrêtent en 1252. On remarque toutefois que cet arrêt coïncide avec une diminution de la communauté puisqu’en 1260, on ne trouve plus que neuf frères à Ruou. Peut-être la commanderie a-t-elle subi une crise à ce moment-là ? D’autre part, elle est atteinte, elle aussi, par l’appauvrissement seigneurial.

3° L évolution de la mise en valeur de la réserve

Comme la plupart des exploitations seigneuriales au Moyen Age, le domaine de la commanderie comprend deux parties: la réserve, mise en valeur directement par les serviteurs, et les tenures, confiées à des tenanciers en échange de certaines redevances. Nous étudierons d’abord la réserve sur laquelle nous avons des renseignements assez abondants pour les XIVe et XVe siècles grâce aux procés-verbaux des visites des commanderies de Saint-Jean-de-Jérusalem (18).

En 1338, la réserve couvre une étendue assez considérable puisqu’en dehors de bois, garrigues et terres incultes, dont la superficie est impossible à évaluer, on y trouve 3.000 seterées de terre arables, 600 fosserées de vignes et 159 souchoireés de près (19), si bien qu’on peut l’estimer au total à un millier d’hectares.
Ce domaine est loin d’être d’un seul tenant et une distance d’une trentaine de kilomètres sépare les terres les plus septentrionales des plus méridionales. Ces terres sont regroupées dans des centres d’exploitation annexes appelés  » membres  » ou  » granges  » tandis que le chef de la commanderie se trouve à Ruou. Ces membres sont ceux de Lagnes (Cne d’Ampus), de Saint-Maïmes (Cne de Trigance), de Salgues (Cne d’Entrecasteaux), de Lorgues, de Montfort, de Vidauban, d’ Astros (Cne de Vidauban), de Roquebrune (jusqu’au XIVe siècle). Chacun de ces membres constitue une unité d’exploitation complète avec ses bâtiments, son personnel, ses outils, ses animaux de traction, etc. (sauf à Vidauban).

En 1338, trois systèmes d’exploitation sont employés simultanément par les Hospitaliers : le faire-valoir direct, la  » fâcherie « , le bail  » à tasque « .

Le faire-valoir direct domine en 1338, puisqu’il est employé sur 1.600 seterées de terre labourable, soit 53 % du total. De plus, il est utilisé exclusivement pour la culture des vignes et pour l’exploitation des prés. Il est pourtant en régression par rapport au XIIIe siècle. En effet, en 1230, dans une donation de biens à Montfort, figure la concession d’un droit de pâturage omnibus bobus laborantibus domus Templi de Monteforti (20). La présence de boeufs de labour à Montfort indique qu’une partie au moins de ce membre était cultivée en faire-valoir direct. Or, ce mode d’exploitation a totalement disparu en 1338 en ce qui concerne les céréales et il n’y a plus de boeufs de labour. Au cours du XIVe siècle, l’évolution qui tend vers la disparition du faire-valoir direct se poursuit et, en 1411, il a pour ainsi dire disparu : quelques fosserées de vigne et 4 seterées de terre arable sont seules exploitées directement. Cette évolutions’explique parce que le faire-valoir direct nécessite des dépenses considérables et rapporte finalement assez peu.

D’ailleurs, des 1338, de nombreuses commanderies d’Hospitaliers des Alpes du Sud sont obligées de cultiver directement certaines terres de mauvaise qualité car aucun paysan ne veut les prendre en  » facherie « (21).

La  » facherie  » est un contrat de métayage souvent employé au Moyen Age en Provence. En 1338, la  » facherie  » est employée dans six localités sur 1.200 seterées, soit 40 % des terres arables de la commanderie. La part qui revient au commandeur varie de la moitié à un huitième de la récolte, en relation, semble-t-il, avec la plus ou moins grande fertilité des sols. Tous les frais d’exploitation sont à la charge du facherius, même les semences. En revanche, il peut utiliser, lorsqu’elles ont subsisté, les corvées qui reviennent à la maison de Ruou. En 1411, la facherie semble en déclin. Elle n’est mentionnée qu’à Montfort où 300 seterées sont données en facherie au tiers de fruit.

Enfin, le bail à tasque, parfois confondu avec la facherie par les enquêteurs de 1338 et de 1411, est peu utilisé: les terres données à tasque ne représentent que 200 seterées, soit 7 % des terres. La part qui revient à la commanderie est généralement fixée à l’avance et non proportionnelle à la récolte. En 1411, la superficie baillée à tasque n’est pas précisée mais apparait très faible.

En effet, à ce moment-là, la majorité des terres est mise en valeur selon un nouveau mode d’exploitation : il s’agit du bail à ferme qui consiste à louer une ou plusieurs terres pour une duree fixée à l’avance, en échange d’un loyer en argent, fixe également. C’est ainsi que tous les membres de la commanderie de Ruou, sauf ceux de Montfort et de Lorgues, sont affermés pour des sommes variant entre 24 et 6 livres, ce qui montre bien l’appauvrissement du domaine au début du XVe siècle.

II- LES TENURES ET LA SEIGNEURIE BANALE

A part quelques rares indications dans les chartes, le principal document qui nous renseigne sur les tenures et sur la sieigneurie banale de la commanderie est le registre tenu par Guillaume Hugues, après la confiscation des biens du Temple au début du XIVe siècle.

II y a consigné l’ensemble des droits que possédait la maison de Ruou à ce moment, le montant des cens et des services qu’elle percevait sur ses tenanciers et le montant des différents droits banaux. Ces indications portent sur trois années (22). Les visites de 1338 et de 1411, abondamment utilisées pour l’étude de la réserve, sont également précieuses pour connaiîre l’évolution des cens au cours du XIVe siècle.

1° Les hommes du Temple

Ces tenures, au nombre de 240, au début du XIVe siècle, éta:ient occupées par des hommes placés sous la dépendance de la maison de Ruou. Mais le degré de dépendance qui les liait à la commanderie était variable et seuls les hommes qui appartenaient à une certaine catégorie juridique étaient dits homines templi. On distingue ainsi deux catégories de dépendants qui se differencient assez aisément. Pour les uns, chaque pièce de terre pour laquelle ils paient un cens à la commanderie est spécifiée exactement : champ, pré, vigne, ferrage, etc. Les autres, moins nombreux, sont caracterisés par la possession d’un casement (casamentum), pour lequel ils paient un cens recognitif. Ce sont les hommes du Temple proprement dit. Prenons par exemple la ville de Lorgues ; le registre de Guillaume Hugues y dénombre 138 tenanciers de Ruou, mais seuls, 54 d’entre eux sont dits appartenir au Temple (23).

Les caractères de cette dependance sont exprimés de façon plus précise dans un acte de 1210 ; à l’occasion d’un procés avec le commandeur, on y rappelle l’entrée en dépendance, d’un homme du Temple, Guillaume Giraud de Lorgues; elle est caracterisée par trois actes : d’abord l’hommage solennel fait au commandeur dans l’église de Ruou (24), puis le paiement d’un cens annuel qui est ici en argent, mais peut être aussi en nature, enfin, le port de l’insigne du Temple, c’est-à-dire la croix, sur ses vêtements et sur sa maison (25).

Les hommes du Temple sont tenus de faire feu dans le village et le commandeur, par l’intermédiaire de ses officiers, exerce son pouvoir banal sur eux. Il perçoit en effet les droits de lods et trézain (droits de mutation sur les achats et les ventes). En principe, le montant de la redevance est le treizième du prix de vente. En réalité, il s’élève parfois au sixième et même au tiers de ce prix. Dans ce dernier cas, on mentionne assez souvent que ce droit s’élève au tiers pour cause de servitude (26). A côté des droits de lods et trézain, qui sont parmi les plus rémunérateurs, le commandeur perçoit les droits de ban généralement affermés pour une ou plusieurs années, les leydes sur les ventes de marchandises, enfin les droits de basse justice.

Le commandeur exerce également le droit de mainmorte sur ses hommes : à la mort d’un homme du Temple, ses biens passent à ses héritiers directs légitimes s’il en a ; sinon, le commandeur prend tous les biens du mort. Au XIVe siècle, ce droit est mal supporté et nous savons qu’à Montfort au moins, les habitants obtiennent, en 1330, l’aménagement de la coutume (27). Le commandeur conserve cependant partout le droit de commise, c’est-à-dire le droit de confisquer les biens de ses hommes s’ils n’observent pas les clauses du contrat qui les lie.

Sur le plan pratique, la différence la plus sensible entre les hommes du Temple, pourvus de casements, et les autres tenanciers de la commanderie, réside dans le montant des cens qu’ils doivent verser à la commanderie. En effet, les premiers paient des cens beaucoup plus élevés que ceux qui n’ont que des biens spécifiés.

Cens en argent payés pour les tenures spécifiées :

 Moins de 1 d

 De 1 à 3 d.

 De 3 à 6 d.

 De 6 à 12 d.

 Plus de 12 d.

 32

 87

 41

 21

 16

 16%

 44%

 21%

 11%

 8%

Au total, 197 tenures dont 44 % paient des cens au-dessus de 3 deniers et 19 % seulement des cens au-dessus de 6 deniers.

Cens en argent payés pour les casements:

 Moins de 1 d

 De 1 à 3 d.

 De 3 à 6 d.

 De 6 à 12 d.

 Plus de 12 d.

0

12

 21

 24

 36

 0 %

 14 %

 22 %

 25 %

 38,5 %

On trouve de plus, une trentaine de casements qui paient des services en nature en plus ou à la place des cens en argent. Ces services, presque toujours en céréales, ont presque tous une valeur supérieure à 6 deniers. Nous avons donc au total 120 casements pour lesquels les redevances s’établissent de la façon suivante :

 Moins de 1 d

 De 1 à 3 d.

 De 3 à 6 d.

 De 6 à 12 d.

 Plus de 12 d.

0 %

11 %

 21,5 %

 21,5 %

 48 %

Soit 89 % au-dessus de 3 deniers et 69 % au-dessus de 6 deniers.

Enfin, les hommes du Temple semblent les seuls à êre astreints aux quelques corvées qui ont subsisté au XIVe siècle. Ces corvées sont localisées à Montfort dans les terres situées in montibus, parce que sans cela, elles ne pourraient être travaillées (28). Or, à Montfort, tous les habitants sauf un possèdent des casements. Les corvées semblent ainsi liées à la possession d’un casement (29).

Ces dépendants apparaissent donc fortement liés à leur seigneur qui est ici la commanderie de Ruou. Leur dépendance, qui est réelle, semble caracterisée surtout par la possession d’un casement. Or c’est également le signe distinctif d’une catégorie de dépendants appelée maleservi ou malservi, déja etudiée par Mlle C. Samaran dans la région de Grasse et par M. Aubenas dans celle de Castellane (30). Comme les hommes du Temple, les maleservi paient un service qui est celui du casement, mais à côté de leur casement, il leur arrive assez souvent de posséder d’autres bienspour lesquels ils paient un sens distinct. Le fils d’un maleservus hérite de ses biens, mais en l’absence d’héritiers directs, le seigneur applique la mainmorte.
Or, cette situation est exactement la même chez les hommes de Montfort avant que la coutume ne soit adoucie en 1330. Le maleservus doit faire feu dans le village du seigneur, il est soumis aux droits de lods et trézain et à tous les autres droits banaux. M. R. Aubenas précise que lorsqu’une terre est vendue à un maleservus, le droit de mutation est double. Nous avons vu que ce droit peut aller jusqu’à un tiers du prix de vente.

Une seule difference notable entre les hommes du Temple et les maleservi de la région de Grasse : ces derniers paient des services uniquement en nature. A Ruou, au contraire, la quasi-totalité des services est en argent. Toutefois, les quelques services en nature rencontrés sont tous payés pour des casements. Il est possible que les services aient été en nature à l’origine, puis convertis en argent. Malgré cette difference, nous croyons pouvoir affirmer l’identité des hommes du Temple que nous venous d’étudier et des maleservi.

Les autres tenanciers semblent appartenir à une classe supérieure. Les cens qu’ils paient sont nettement plus faibles que ceux payés par les maleservi. Cependant, ils sont tenus de faire hommage au commandeur qui conserve sur eux son majus dominium. Ils sont donc soumis au droit de ban du commandeur. Parmi les tenanciers de Ruou, ces censitaires apparaissent à peu près deux fois plus nombreux que les maleservi alors que c’était le contraire dans la région de Grasse.

On retrouve cette division entre deux catégories de dépendants dans la région de Nice comme le montre l’étude de M. Durbec (31) sur la commanderie du Temple de Biot, distinction qui est d’autant plus intéressante qu’il s’agit là aussi d’un domaine du Temple.M. Durbec distingue des tenanciers qu’il appelle inferieurs et qui correspondent aux homines Templi et des tenanciers qu’il appelle libres et qui peuvent appartenir à toutes les classes de la société. Il trouve que les tenanciers inférieurs paient en moyenne des cens trois fois supérieurs à ceux payés par les autres tenanciers, ce qui correspond bien à ce que nous avons constaté.

Repartition, composition et mouvement des tenures

Toujours d’apres les registres de Guillaume Hugues, la comman-

derie de Ruou possedait en 1310-1314 des tenures dans les lieux

suivants :

 à Lorgues : 138 tenures    à Roquebrune : 9 tenures au moins
 à Draguignan : 22  à Figanières : 7 tenures
 à Montfort : 21    à Comps : 6
 à Entrecasteaux : 18    à Bargemeon : 2
 à Flayosc : 16    à La Motte : 2
 à Tourtour : 15    à l’Espérel  : 1
 à Callas : 13    à La Roque-Esclapon  nombre indéfini.

Soit au total : 240 tenures (32)

Dans la plupart de ces villages, les tenanciers de Ruou ne constituent qu’une très faible part de la population, sauf à Montfort où les Templiers possèdent tout le village, semble-t-il, et à Lorgues où on trouve 138 tenanciers sur un total de 402 feux, soit un peu plus d’un tiers (33).

Leur repartition géographique est très irrégulière : 138 tenures sont localisées à Lorgues, soit 60 % du total environ. D’autre part, 71 tenures, soit 30 % du total, se groupent tout autour de la commanderie : à Tourtour, Entrecasteaux, Flayosc, Draguignan. Ainsi, près de 90 % des tenures sont situées dans un rayon d’une quinzaine de kilomères autour de Ruou. Le reste est localisé soit dans les villages où la commanderie possède des biens importants, comme Montfort ou Roquebrune, soit à I’est de Ruou où se dispersent quelques tenures jusqu’à une quarantaine de kilomètres.

En 1338, on constate qu’un regroupement s’est opéré: les possessions les plus excentriques ont disparu, la plupart ayant été rattachées à la commanderie de Comps. Cet ensemble de tenures se réduit encore au cours de la seconde moitié du XIVe siècle, probablement à cause des pestes et des guuerres, et en 1411, six localités seulement conservent des tenanciers de Ruou: à Tourtour, il reste un homme sur dix, à Flayosc, tout ce que possédaient les Hospitaliers a été pris par Antoine de Villeneuve, à Lorgues et à Entrecateaux, les cens perçus ont diminué de moitié.

La composition de ces tenures est assez variée. Outre le casement qui comprend  » la dotation d’une exploitation agricole complète: à côté des terres à blé, la maison, le jardin, la vigne et quelquefois le pré (34)  » , on trouve le  » casal  » qui désigne à peu près la même chose, mais qui n’est pas lié comme le casement à une dépendance personnelle. L’  » affar  » , parfois employé, est un terme plus vague. La plupart des tenures sont cependant des parcelles isolées de peu de superficie. Si l’on ne considère que les pièces de terre, on constate une nette préponderance des champs (36 %) et des vignes (29 %). Les prés ne représentent que 12 %, les jardins 12 % et les ferrages 11 % . On retrouve ainsi à la première place, sur les terres paysannes, les deux cultures qui prédominaient sur la réserve de la commanderie.

Le chiffre des tenures que nous avons indiqué pour le début du XIVe siècle n’éait pas en réalite un chiffre fixe. En effet, l’étude détaillée des lods et trézains perçus par la commanderie entre 1310 et 1314 montre un certain nombre de ventes et d’échanges :

 à Comps  : 1 vente en 2 ans,
 à Draguignan  : 6 ventes en 2 ans,
 à Flayosc : 2 ventes en 2 ans,
 à Lorgues : 31 ventes en 3 ans,
 à Roquebrune : 8 ventes en 1 an,
 à Tourtour : 2 ventes en 3 ans. (35)

Soit un total de 50 ventes. Pour un an, la moyenne des ventes est de 22. Etant donné que le nombre total des tenures est de 240, on trouve très approximativement une vente pour une dizaine de tenures chaque année.
II s’agit le plus souvent de petits achats : une terre, une vigne, parfois une maison. On peut noter : 25 champs, 9 maisons, 8 vignes, 7 prés, 5 jardins, 2 casaux ou casements, 2 affars. Les prix sont, la plupart du temps, inférieurs à 5 livres comme le montre le tableau suivant :

 Moins de 1 livre

 1 à 5 livres

 5 à 10 livres

 10 à 20 livres

 plus de 20 livres

 10

 34

 8

 3

 3

Soit 78 % au-dessous de 5 livres. II est cependant intéressant de remarquer 3 ventes au-dessus de 10 livres et 3 au-dessus de 20 livres, le chiffre le plus fort étant atteint en 1313 pour la vente d’une maison au prix de 32 livres.Les achats les plus chers et les plus nombreux sont souvent faits par des personnages qui ne cultivent pas directement la terre. Cette remarque vaut surtout pour Lorgues où nous disposons d’un peu plus de renseignements que dans les autres villages. Sur 31 ventes, on en trouve 10 effectuées au profit de deux personnes : 6 ventes à Beranger Bernard (sans doute un notable de la ville, car c’est lui qui prend à ferme chaque année les droits de ban que la commanderie doit percevoir à Lorgues), 4 ventes à Guillaume Guibert, notaire de Lorgues (36).

3° Rapport des tenures et des differents droits banaux

Chaque tenancier devait, comme nous l’avons vu, payer un cens recognitif pour sa tenure. Ces cens étaient, au début du XIVe siècle, principalement en argent. Cependant, au cours du siècle, les services en nature, peu importants en 1310, tendent à augmenter et prennent une place de plus en plus grande. En effet, en 1313, année la plus compleèe dans les registres de Guillaume Hugues, la commanderie a perdu des cens en argent d’une valeur de 12 livres, 18 sous, 7 deniers. S’y ajoutent des cens en céréales et en volailles, dont la valeur est estimée à 7 livres, 3 sous, 11 deniers. Ainsi, les cens en argent représentent 65 % et les cens en nature 35 % . En 1338, le registre des visites nous indique des cens en argent d’une valeur de 25 livres, 15 sous, 6 deniers et des cens en nature évalués à 8 livres, soit :
cens en argent: 75 %,
cens en nature: 25 % .

En 1411, le procés-verbal de la visite donne deux chiffres de cens : celui qui aurait du êre perçu et celui qui a été reellement perçu. Comme le premier chiffre ne coïncide pas avec celui de 1338, il provient sans doute d’un document qui existait en 1411 et qui a été perdu ensuite, probablement une visite de la seconde moitié du XIVe siècle. La commanderie aurait du percevoir 27 livres, 3 sous, 5 deniers pour les cens en argent et des cens en nature d’une valeur de 25 livres, 6 sous, 8 deniers, c’est-à-dire :
52 % du total pour les cens en argent,
48 % pour les cens en nature.
En réalité, les cens en argent n’ont rapporté que 19 livres, 8 sous, 9 deniers (54 % du total) et les cens en nature: 15 livres,18 sous (46 % du total).

II résulte de cette comparaison que les cens en argent ont relativement peu augmenté, surtout si on tient compte de la dévaluation de la monnaie au cours du XIVe siècle. Au contraire, les cens en nature se sont accrus et particulièrement les cens en froment : 10 setiers en 1313, 29 en 1338, 60 en 1411, sur lesquels 37 seulement ont été perçus (37).

De toute façon, qu’ils soient en nature ou en argent, les cens rapportent finalement assez peu à la commanderie. Pour le début du XIVe siècle, le rapport total que les commandeurs de Ruou tiraient de leurs tenures était au maximum d’une cinquantaine de livres par an (38). Par exemple, en 1313, année moyenne, 43 livres, qui se repartissent de la façon suivante :

 - lods et trezains  : 29 %
 - droits de ban, de justice et leydes  : 10 %
 - services en argent  : 30 %
 - services en nature  : 18 %
 - albergues  : 13 %

Nous avons également des chiffres pour 1338 et 1411, mais ce sont des renseignements de seconde main, peu surs, et d’ailleurs contradictoires (39). Nous préférons donc nous en tenir aux chiffres de 1310-1314, qui représentent des sommes réellement perçues.

CONCLUSION

Cette étude permet, malgré les lacunes de la documentation, d’apercevoir la formation et l’évolution d’une petite seigneurie ecclésiastique au Moyen Age et en même temps, de préciser la situation de la paysannerie qui gravitait autour d’elle ainsi que les rapports entre le seigneur et ses tenanciers. Toutefois, cette monographie n’a de valeur que replacée dans un ensemble plus vaste et comparée à d’autres études du meme genre, en Provence et ailleurs.

Pierre-Andre SIGAL
1. Ruou se trouve dans la commune de Villecroze (Canton de Salernes, arrondissement de Draguignan).
Cet article résume l’essentiel d’un diplôme d’études supérieures présenté en 1960 à la Faculte des Lettres d’Aix. Les principales sources se trouvent aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône, sous le classement suivant :
Série B : Registres 156, 157 et 158. Série H : Fonds de l’Ordre du Temple, liasses 56 H 5167 et 5279 à 5284. Fonds de l’Ordre de Malte, liasses 56 H 4703 a 4711, 4716, 4864. Registres 56 H 123, 124 et 310.

2. Arch. départ. des B.-du-Rh.. liasse 56 H 5281 (ancienn. 120, pièce 1.
3. D’aprés les quelques chartes où les Templiers apparaissent comme témoins. les efIectifs seraient de seize frères en 1224, quinze en 1252, neuf en 1260, quatorze en 1284. Ainsi, sauf une baisse temporaire en 1260. l’effectif des frères se maintient à un niveau à peu près constant.
4. Cf. J. Raybaud : Histoire de la province appelée de Provence, qui était jadis de l’Ordre du Temple. Appendice à l’Histoire des Grands Prieurs et du Grand Prieuré de Saint-Gilles. Publié par 1′abbé Nicolas, Nimes, Chastagnier, 1904. Tome II. p. 271-340.
5. Arch. départ. des B.-du-Rh., B 157. f° 62.
6. Arch. départ. des B.-du-Rh.. 56 H, Reg. 123.
7. Arch. départ. des B.-du-Rh., B 158. f° 147.

 

8. Arch. départ. des B.-du-Rh., 56 H 123.
9. Arch. départ. des B.-du-Rh., 56 H 124, f° 38, Habebat Hospitale… bona domus cum honesta capella. Que domus a quinquaginta annis citra est totaliter destructa sed capella est in competenti statu…
10. D’après J.-A. Durbec, Les Templiers en Provence, dans Provence Historique (1959), le siège de la commanderie aurait été transféré à Lorgues des le XIIIe siècle. Nous n’en avons trouvé aucune preuve. Au contraire, au XVe siècle, lorsque les bâtiments de Ruou sont détruits, c’est à Montfort et non à Lorgues que se refugient les Hospitaliers.

11. Arch. Départ. Des B.-du-Rh., liasse 56 H 5279 ( anciennement 118)

12. Dans une confirmation du droit de pâturage dans le territoire d’Ampus, i1 est précisé que la maison de Ruou a le droit de monter à ce pâturage et d’en descendre à sa commodité, mais devra donner un mouton à la montée et un à la descente.
Arch. départ. des B.-du-Rh., liasse 56 H 5283, p. IV.
13. Il y avait, en 1338, 600 seterées de terre arable à Lagnes et autant à Saint-Maïmes.

14. Cf. J.-A. Durbec, Les Templiers en Provence, dans Provence Htstorique (1959), page 127.
15. Nous appelons donation-ventes les acquisitions spécifiées comme donations. mais en echange desquelles la commanderie a payé un certaine somme en argent ou en nature, et qui constituent des ventes deguisées.

16. Un cas extrême : la seigneurie de Flayosc, au milieu du XIIIe siècle, est partagée entre plus de 15 coseigneurs.

17. Par exemple dans le Namurois, comme le montre l’étude de L. Genicot, L’économie rurale namuroise en bas Moyen Age. Inversement, dans la région parisienne, les donations aux établissements religieux sont encore assez nombreuses au début du XIVe siècle. Cf. G Fourquin, Les campagnes de la région parisienne à la fin du Moyen Age.
18. Visites de 1338 et de 1411, la première étant d’ailleurs beaucoup plus complète que la deuxième. – Arch. départ. des B.-du-Rh., 56 H 123 et 124.
19. Le problèmes de l’équivalence des anciennes mesures et des modernes est très difficile a résoudre. Georges Duby estime qu’un hectare représente à peu près 5 seterées. Cf. Techniques et rendements agricoles dans les Alpes du Sud en 1338, dans Annales du Midi (1958).
La fosserée valait, au XVIIIe siècle, dans les Bouches-du-Rhône, 20 ares, et la souchoirée ou journée de pré valait 23 ares. La commanderie de Ruou possédait donc environ 600 hectares de terre labourable, 130 hectares de vignes et 34 hectares de prés.

20. Arch. départ. des B.-du-Rh., 56 H, reg. 2439, copie du XVIIe siècle.

21. Cf. Georges Du by, La seigneurie et l’économie paysanne dans les Alpes du Sud en 1338. Dans Etudes rurales (1961).

22. Arch. départ. des B.-du-Rh., B 156, fo 118 8. 120, et B 157 et 158. Du 6 janv1er 1310 au 31 octobre 1310, puis du ler novembre 1310 au 31 octobre 1311, enfin, après une interrupt1on de deux ans, du 1er novembre 1313 au 31 octobre 1314.
23. Arch. départ. des B.-du-Rh., B 156, fo 118 : In commendaria domus de Rua… existebant… partem castri de Lonacis cum certo numero hominum videlicet quinquaginta quatuor… quiquidem homines casati sunt…
24. Il s’agit très vraisemblablement de l’hommage roturier dont la principale obligation consiste à faire feu dans le domaine du seigneur .
25. Voir pièce justificative à la fin de cet article.

26. Arch. départ. des B.-du-Rh., B 158, fo 154, Ratione dominii cum sit de prava servitute.
27. Arch. départ. des B.-du-Rh., liasse 56 H 4864.

28. Arch. départ. des B.-du-Rh., Reg. 56 H 123, fo 163, quia aliter non inveniretur qui eas laborarent.
29. Cf. G. Duby, Note sur les corvées dans les Alpes du Sud, dans Etudes sur l’histoire du droit privé offertes à Pierre Petot, pages 141-144.
30. Cf. C. Samaran, Etude sur la vie rurale en haute Provence orientale, D.E.S. (A ix, 1957) et Note sur la dépendance personnelle en haute Provence au XIVe siècle, dans Annales du Midi (juillet 1957). pages 229-236, et R. Aubenas, Le servage à Castellane au XIVe siècle, dans Revue Historique du Droit français et étranger ( 1937) .

31. Cf. J.-A. Durbec, Les Templiers dans les Alpes-Maritimes, plaquette in-8°, extraite de Nice historique (1937), nos 3, 4, 5 et 6, et 1938, nos1 et 2.

32. Ce tableau n’est probablement pas complet. En particulier, les tenures que les Templiers avaient à Villecroze et à Salernes n’y figurent pas, alors qu’elles sont mentionnées dans la visite de 1338.
33. Sur la population des villages cités, voir E. Baratier, La démographie provencale du XIIIe au XVIe siècle, Sevpen, Paris, 1961. Le chiffre de 402 feux pour Lorgues est fourni pour l’année 1308.

34. C. Samaran, Etude sur la vie rurale en haute Provence orientale, page 30.
35. Les registres de Guillaume Hugues étant incomplets, nous n’avons des renseignements sur certains villages que pour une ou deux années, et non trois

36. Béranger Bernard a effectué les achats suivants : en 1310, une terre pour 1 livre, 6 sous ; un jardin pour 1 livre ; une maison et un jardin pour 14 livres ; en 1311, un casal pour 4 livres ; en 1313, une maison pour 32 livres ; en 1314, un pré pour 6 livres.
Guillaume Guibert a acheté en 1310 une terre pour 2 livres ; en 1311, une vigne pour 5 livres ; un affar pour 5 livres ; en 1313, une terre pour 2 livres. Il possédait deja en 1310, sous la dépendance du Temple, 2 terres, 3 vignes, 2 prés, 1 maison, 1 courtil, 1 jardin, 1 affar .

37. Le rendement brut de la réserve était de 680 livres en 1338 (semences et dépenses non déduites).
38. Dans l’ensemble de l’Occident médiéval, il semble, au contraire, que les redevances en argent augmentent au détriment des redevances en nature, Cf. G. Duby, L’économie rurale et la vie des campagnes dans l’Occident médiéval, tome 2, page 596.
39. D’après la visite de 1338, les lods et trézains, les droits de justice et de ban rapportaient 5 livres 10 sous, mais l’enqueêe de 1411 indique qu’avant les dépenses de la fin du XIVe siècle, les droits de justice, dépenses déduites, rapportaient 60 florins, soit 48 livres, rien qu’à Lorgues et à Montfort. En 1411, ils rapportaient encore 12 livres 16 sous.

http://commanderieduruou.free.fr/

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 25 novembre, 2008 |2 Commentaires »

TEMPLIERS ET PELERINS

croisadesde9par.jpg

 

…Vêtus simplement et couverts de poussière, ils ont le visage brûlé des ardeurs du soleil, le regard fier et sévère : à l’approche du combat, ils s’arment de foi au-dedans et de fer au-dehors ; leurs armes sont leur unique parure ; ils s’en servent avec courage dans les plus grands périls, sans craindre le nombre ni la force des Barbares : toute leur confiance est dans le Dieu des armées ; et, en combattant pour Sa Cause, ils cherchent une victoire certaine ou une mort sainte et honorable….

SAINT BERNARD de CLAIRVAUX

La frayeur causée par l’avènement de l’an mil n’est plus qu’un ancien souvenir. La misère, les petites guerres féodales de «  divertissement aristocratique  », l’abrutissement des peuples et d’autres joyeusetés du même calibre enfoncent l’Occident dans un chaos indescriptible. A tel point que les suzerains et le clergé, ne sachant plus à quel saint se vouer, autant effrayés, sinon plus, par l’ennemi de l’intérieur que par l’ennemi de l’extérieur concoctent un gigantesque projet rassembleur. Les petits remèdes proposés par l’Eglise ne pouvaient plus endiguer le raz-de-marée des malheureux ni inculquer le moindre bon sens à la noblesse dépravée… Pauvres serfs ! Taillables et corvéables à merci, obligés de partager leurs maigres récoltes avec les seigneurs de l’endroit.

Récoltes souvent saccagées par le passage intempestif des chevaliers en goguette et des hommes d’armes en débandade. En guise de «  subsides  », les filles étaient violées, les jeunes gens enrôlés et les récalcitrants pendus ou égorgés. Les uns s’ennuyaient, tandis que les autres en prenaient plein la figure pour pas un rond. Tout ceci commençait à bien faire…

La grande idée consiste à désigner un démon fait de chair et de sang, donc vulnérable : l’  » Infidèle  » ; une région lointaine, mais accessible ; et susceptible tout de même d’attiser les convoitises du plus grand nombre. L’astuce suprême : fanatiser les masses, en profitant de la sincère et profonde conviction des gens de bonne foi, très nombreux et de tous milieux. En effet, un grand nombre d’  » excités  » se feront occire dans l’aventure, tandis que de nouvelles richesses et de nouveaux territoires viendront renforcer la puissance des «  décideurs  ». L’objectif avoué : libérer le tombeau du Christ ! Les hésitants recevront comme pénitence, en lieu et place de 3 Ave et de 2 Pater : un pèlerinage à Jérusalem. En cas de refus, ce sera l’excommunication. Tandis que les plus obéissants obtiendront des «  indulgences plénières ».

Et voici Pierre l’Ermite(*) sorti de sa coquille (aucun lien de parenté avec le mollusque Bernard du même nom) qui prêche avec un franc succès la «  Croisade populaire  ». Une multitude de malheureux (plus de 100.000, ce qui est considérable pour l’époque), hommes, femmes et enfants s’élancent sur les routes de la Terre Sainte. Ils sont dépourvus d’intendance, ridiculement armés (des fourches, des faux, etc.) complètement inorganisés, affamés, épuisés, sans aucune formation militaire et simplement encadrés par quelques soldats de fortune que commande un noble désargenté, «  Gauthier-sans-avoir  ». Ils sont surtout guidés par la foi et assurés d’aller au paradis. Ce qui ne traînera pas…

Après avoir déjà perdu une bonne partie de la troupe en cours de route et perpétré plusieurs odieux massacres pour se nourrir (pris par la soif, ils burent le sang de leurs chevaux et leur « propre  » …urine), le 21 octobre 1096, à l’aube, non loin de Civitot, le Sultan Kilij Arslan met fin à ce triste carnaval en faisant passer tout ce joli monde de vie à trépas. Le vainqueur triomphe sans gloire et en peu de temps. Quelques milliers de flèches anéantissent rapidement la cavalerie occidentale et déciment les fantassins. Lorsque le corps à corps s’engage, les Chrétiens sont déjà en débandade. Seuls deux à trois mille pèlerins, dont la plupart seront vendus comme esclaves, parviennent à sauver leur vie. Quant à l’illustre Pierre l’Ermite, réfugié depuis plusieurs jours à Constantinople, il s’en retourne de l’autre côté de la Méditerranée, toujours prêt … pour prêcher une nouvelle Croisade.

Au même moment, le preux Godefroy de Bouillon rassemblait et organisait les armées féodales.

En 1097, Nicée tombe comme un délicieux fruit mûr aux mains des Occidentaux. Le 1er juillet de la même année, à Dorylée, les Turcs Seldjoukides conduits par Kilij Arslan, en voyant l’armée franque, demeuraient convaincus d’un succès aussi facile que précédemment. Supérieurs en nombre, bénéficiant de l’effet de surprise, les Seldjoukides utilisèrent leur tactique habituelle : des charges successives de cavaliers légers tirant à l’arc. Godefroy leur opposa une charge de cavalerie lourde. Le résultat fut implacable. Telle une gigantesque chape de fer, la Chevalerie chrétienne s’abattit sur les musulmans. L’infanterie franque, bien disciplinée, en rangs serrés, acheva le travail à la manière d’un rouleau compresseur. Kilij Arslan, Sultan de Bagdad, venait de découvrir, tardivement, un nouvel art de la guerre : l’assaut frontal.

Sur leur lancée, les chrétiens prirent Edesse, puis Antioche, en exterminant complètement, au passage, une armée de secours musulmane commandée par Karbouka, le maître de Mossoul.

Lors de leur arrivée en Orient, les Chevaliers chrétiens avaient été horrifiés en découvrant les cadavres atrocement mutilés des  soldats et des pèlerins de la Croisade des pauvres. L’horrible charnier s’étendait sur plusieurs kilomètres. Des têtes, des jambes, des bras gisaient éparpillés çà et là tout au long du chemin. Des corps en décomposition criblés de flèches, dont celui de «  Gauthier-sans-avoir  », étaient pendus ou cloués aux arbres.

 

Un an plus tard, lorsque les troupes chrétiennes parvinrent devant Jérusalem en 1099, ces visions de cauchemars subsistaient encore en leur mémoire (*).

Provoquant une fois de plus l’étonnement des troupes musulmanes, plutôt que d’ériger des tours et de construire des machines de siège, les chrétiens se mirent en prière et entreprirent une longue procession autour des murs d’enceinte. Certains chantaient, tandis que beaucoup d’entre eux tombaient à genoux en pleurant. Soudain, se regroupant en bataillons compacts, lances levées ils s’élancèrent comme des enragés contre les remparts. Les défenseurs égyptiens ne savaient quelle attitude adopter, étant partagés entre la stupeur et la terreur. Portés par cette foi qui soulève des montagnes, les guerriers et pèlerins chrétiens montaient à l’assaut du Ciel.

La Ville tomba aux mains des attaquants en moins de quinze jours et … le carnage commença. Dans ce contexte, l’expression «  ne pas faire de quartiers  », signifiant n’accepter aucune reddition, peut paraître paradoxale. Des quartiers de chair humaine en tout cas, il y en eut, mais par milliers. Les combattants progressaient dans les rues, de maisons en maisons, découpant tous les habitants à la hache ou à l’épée. Le sang coulait à flot dans les rigoles provoquant des mares atteignant la hauteur des chevilles. Les musulmans étaient rassemblés dans les mosquées et les Juifs dans leurs synagogues, ensuite, les Francs incendiaient le tout. A ce moment, la Croix devint gammée de dégoût. Le tombeau du Christ était enfin libéré et purifié par le sang des Infidèles. Le chaos médiéval d’Occident pouvait s’exporter dans le royaume de Jérusalem.

Godefroy de Bouillon refusa la couronne de Jérusalem, car il estimait n’avoir aucun droit de se ceindre la tête d’or, là où son Seigneur Jésus avait porté une couronne d’épines. Le preux Chevalier se contenta du titre : « Avoué du Saint Sépulcre  ». Il demeura dans la ville libérée en compagnie de seulement 300 chevaliers et deux à trois mille piétons, le gros de la troupe étant retourné en Europe.

 

Les pèlerinages continuent, les massacres aussi !

 

Les pèlerinages pouvaient continuer, d’autant plus que Godefroy venait de créer un nouveau royaume latin et de prospères Etats chrétiens comme Antioche ainsi que Tripoli. Les Chevaliers de St Jean de Jérusalem, nommés également Hospitaliers (ensuite Chevaliers de Rhodes et aujourd’hui Chevaliers de Malte) existaient déjà. Ces moines-soldats vêtus d’un manteau noir orné d’une croix blanche construisaient des hôpitaux de campagne (hospices) et soignaient les pèlerins

Les actions de ces chevaliers, très louables au demeurant, n’étaient pas militaires au début. Au contact des TEMPLIERS, ils s’amélioreront dans le domaine des armes et s’établiront en Syrie, dans le célèbre «  KRAK DES CHEVALIERS  », une impressionnante forteresse perchée au sommet d’une colline. Cette imposante construction existe encore de nos jours.

Quoi qu’il en soit, avant de «  rafistoler  » les gens, il eut peut-être été plus judicieux de les protéger. D’autant plus que les bandits de grand chemin pullulaient et que l’Islam du prophète Mahomet (la paix soit sur lui…) rassemblait ses forces. Bref, les massacres recommençaient de plus belle. Les routes vers les Lieux Saints comptaient autant de pendus que d’arbres. Le corps médical de l’époque, en l’occurrence ces braves Hospitaliers, était débordé. Au Moyen Age, la mutuelle n’existait pas et le ticket modérateur n’avait pas encore été inventé. En fin de comptes, des renforts d’élite s’avéreront nécessaires.

 

Voici le temps des Templiers

En 1118, neuf chevaliers conduits par Hugues de Payens se rendent à Jérusalem et sont reçus par le roi Baudouin II. Ils lui exposent leur projet de protéger les «  touristes  » en voyage pour les Lieux Saints. Les noms de ces neuf héros ne sont pas tous connus. L’origine du fondateur lui-même, Hugues de Payens prête à confusion. Certains historiens lui attribuent une origine champenoise, tandis que d’autres prétendent qu’il provient de l’Ardèche. En réalité, il s’agirait d’un ardéchois devenu officier pour le comte de Champagne. Parmi ses compagnons du début, citons : André de Montbard (de Clairvaux), Geoffroy de Saint-Omer, Payen de Montdidier et Archambaud de Saint-Amand (tous trois issus des Flandres). Quatre autres Français auraient également composé ce groupe.

Un premier mystère sans importance surgit déjà. En effet, ces neuf valeureux «  chevaliers du Christ  » (leur nom d’origine) se confinèrent dans un relatif secret pendant neuf ans au sein d’une annexe du Temple de Jérusalem que leur avait donnée

le roi Baudouin II ( leur nom devint «  les chevaliers de la milice du Temple  » ou plus nettement … les TEMPLIERS). Que firent-ils pendant tout ce temps ? Nul ne le sait.

Selon les suppositions les plus logiques, il s’adonnaient à la prière et à la vie contemplative de moines sous la Règle de saint Augustin. Après tout, que fait un moine en son monastère (à part de la bière et du fromage…), eh bien, il prie ! Ceci étant, comme ils vivaient dans le cœur du Lieu saint, certains historiens affirment, comme s’ils avaient été là, que les neufs fondateurs entreprenaient des recherches de type archéologique et qu’ils auraient découvert des «  vérités interdites  » (comme par exemple l’absence du Christ dans son tombeau, sans rire ?) Peut-être reconnaissaient-ils le terrain ? (quartiers chauds, boites de nuits…) De toutes façons, leur solitude fut quand même interrompue par la visite du comte Hugues de Champagne en 1126 qui se joignit à eux et offrit tous ses biens au Temple.

Là-dessus, en 1127, le recrutement commence fort et les dates importantes se succèdent rapidement. En 1128, eut lieu le Concile de Troyes où saint Bernard de Clairvaux rédigea les premiers statuts de l’Ordre (règle définitive en 1140). En 1148, le Pape détermina leur uniforme : ce sera le manteau blanc orné sur l’épaule d’une croix rouge pattée (le blanc pour la pureté, la chasteté et la lumière ; le rouge pour l’amour divin). Leur gonfanon (étendard) sera le Beaucéant (ou Baussant) aux couleurs blanc et noir (le noir signifiant le mal et les ténèbres) avec la croix rouge pattée. A noter que les écuyers, les «  frères-sergents  » et les servants seront habillés soit de noir, soit de gris (avec la croix rouge pattée) ou porteront les habits usagers de leurs frères chevaliers et ne posséderont généralement qu’un seul cheval.

Les chevaliers, quant à eux, (issus de la noblesse séculière) posséderont trois chevaux : le destrier pour les combats, le palefroi pour les voyages et le cheval de bât. Symboliquement, ils étaient si pauvres qu’ils ne disposaient que d’un seul cheval pour deux (le sceau du Temple représente d’ailleurs deux cavaliers sur un seul cheval). Ceci exprime la solidarité entre les frères TEMPLIERS (voir pages suivantes) qui mangeaient (copieusement) à deux dans la même gamelle. Le vin leur était autorisé…(ouf !).

L’épopée des Templiers est en route pour deux siècles.

Les chevaliers au blanc manteau protégeaient les pèlerins, mais sauvaient également les rois des désastres en Terre Sainte. Leurs très haute valeur militaire augmentée de leur puissante et noble force morale, terrorisaient leurs ennemis, suscitaient l’admiration des peuples et provoquait la hargne d’une grosse partie de la noblesse chrétienne. Pour les seigneurs féodaux, ces TEMPLIERS constituaient à leur corps défendant, une sorte d’«  insoumis révolutionnaires  » (quoique le terme révolutionnaire n’ait que peu de signification pour le Moyen Age). Diable ! leur mode de vie témoignait d’un exemple difficile à suivre, par les nobles bambocheurs et querelleurs. En outre, l’orgueil des princes en prenait souvent pour son grade, lorsqu’ils venaient quémander l’argent de ces pauvres Chevaliers du Christ pour régler la rançon de chrétiens capturés par les musulmans.

Comme ils ne dépendaient d’aucune autorité séculière (sauf du Pape et encore…), les TEMPLIERS ne se privaient pas de manifester leur indépendance. Quand le roi venait réclamer leur appui avant la bataille, le Grand Maître (ou le Commandeur du lieu) acceptait, à la condition toutefois, que les chevaliers au blanc manteau conduisent la charge et puissent diriger la manœuvre. Bien obligé, le monarque acceptait en étouffant sa rancœur. Certains chroniqueurs de l’époque, ne voulaient pas comprendre que les TEMPLIERS agissaient avec autant de bravoure que d’intelligence. Ils les accusaient de toujours monter en première ligne pour s’emparer de la plus belle part du butin. Pourtant, depuis les premières victoires éclatantes des armées féodales, l’eau avait coulé sous les ponts. Les Turcs, loin d’être des imbéciles, avaient étudié la trop simpliste stratégie militaire des Francs. Le coup de la charge de cavalerie avait fait son temps. En outre, l’infanterie musulmane évitait, autant que possible, d’engager le combat avec les puissants piétons chrétiens contre lesquels ils n’avaient aucune chance. La technique du harcèlement, la parfaite connaissance du terrain, l’adaptation au climat et les traquenards permettaient à l’Islam de reprendre du poil de la bête. Les Infidèles craignaient surtout les moines-soldats, aussi redoutables dans la guérilla que dans les batailles rangées, eux qui éventaient les pièges et venaient à bout de trois guerriers en même temps (le «  3  » étant leur chiffre «  magique  »)(*). D’ailleurs, lorsque des Chrétiens étaient capturés, la plupart étaient échangés contre une rançon ou vendus comme esclave, tandis que les valeureux TEMPLIERS, étaient systématiquement égorgés ou décapités.

Quelques péripéties

L’historien et romancier Georges Bordonove a écrit un livre très fouillé et objectif sur les TEMPLIERS, paru aux éditions «  Marabout  ». Le meilleur moyen de découvrir de manière complète les aventures épiques des chevaliers du Christ consiste simplement à se procurer sans tarder ce remarquable ouvrage, dont nous faisons référence. Le présent recueil, ne peut livrer ici que quelques courts extraits.

Le défilé des monts Cadmus

 

Sous la conduite du roi de France Louis VII, les Croisés s’engagèrent dans le défilé des monts Cadmus (surnommé la «  montagne exécrable). Discipline militaire et féodalité ne faisant pas bon ménage, le vassal chargé de partir en reconnaissance, n’en fit qu’à sa tête. Plutôt que d’attendre le gros de la troupe, il installa son avant-garde de l’autre côté du versant de la montagne. En séparant les forces franques, il offrait ainsi un somptueux cadeau aux Turcs qui ne se firent pas prier. Les traits fusaient sur l’armée chrétienne encerclée. Les Cavaliers étaient désarçonnés, tandis que chevaux et fantassins s’enfuyaient dans tous les sens. Cette expédition allait se conclure dans la plus profonde confusion, sans Everard des Barres, le Maître du Temple de Paris (futur Grand Maître), qui réorganisa et rassura les troupes franques en débandade. Mais plutôt que de foncer tête baissée dans un autre piège, comme l’aurait fait un quelconque seigneur franc, une partie des chevaliers au blanc manteau en réalisant un mouvement tournant, enveloppa les assaillants, tandis que les autres rassemblaient tous les chevaux et encadraient l’arrière-garde. Sauvé in extremis par le courage et le sang froid des TEMPLIERS, dont il devint un ardent partisan, le roi Louis VII remit le commandement de son armée à Everard des Barres à qui il emprunta ensuite une forte somme d’argent. Par ce prêt, la croisade fut sauvée une seconde fois.

Ascalon

Evitant de justesse une guerre civile avec sa propre mère, la reine Mélissande, qu’il assigna à résidence pour avoir enfin la paix, le roi Baudouin III envisageait d’entreprendre le siège d’Ascalon. Les TEMPLIERS, en liquidant une division égyptienne et en effaçant dans leur foulée un contingent turc, ajoutaient le château neuf de Gaza à leur forteresse de Safet et à leurs autres propriétés de Palestine. Les pèlerins affluaient.

Mis en appétit par ces victoires, le roi décida de passer à l’attaque.

 

Ascalon était une imposante ville adossée à la mer et défendue par cent cinquante tours disposées sur une double enceinte. Jardins et vergers prospères entouraient la cité, dont la vocation demeurait surtout militaire. Les habitants étaient tous familiarisés au maniement des armes.

A l’issue d’un siège sanglant, une partie de la muraille s’écroula enfin. Alors, tous les Croisés s’élancèrent vers la brèche dans la plus grande pagaille. Cependant, les TEMPLIERS, fidèles à la tradition, se trouvaient en première ligne et constatèrent que la garnison, plutôt que de fuir, s’était convenablement ressaisie. L’armée chrétienne allait inévitablement se faire massacrer. Les quarante chevaliers au blanc manteau bloquèrent l’élan désordonné des chrétiens et repoussèrent les Ascalonites le temps nécessaire au regroupement des Croisés. L’armée du roi fut sauvée, mais les quarante héros commandés par leur Grand Maître, Bernard de Trémelay périrent tous au combat. Leurs dépouilles furent suspendues aux remparts, afin d’impressionner les Croisés.

Complètement découragés par la mort des moines-soldats, malgré l’arrivée d’importants renforts, les assiégeants s’apprêtaient à lever le siège. Ignorant l’état d’esprit de leurs ennemis, les assiégés désespérés de ne recevoir aucun secours, capitulèrent. Ils reçurent toutefois les honneurs de la guerre, le 19 août 1153.

 

En hommage à leur sublime bravoure, Guillaume de Tyr, chroniqueur et riche prince d’Eglise, affreusement jaloux de leur puissance et de leur vaillance, trempa sa plume dans du venin pour calomnier ces héros au cœur pur. Il prétendait que les chevaliers au blanc manteau avaient agi par appât du gain en voulant être les premiers à s’emparer du butin. Il omettait bien entendu de préciser que les TEMPLIERS, ayant fait vœu de pauvreté, ne pouvaient disposer d’aucune fortune personnelle et que la plupart des Grands Maîtres mourraient au combat. Involontairement, il décrit d’ailleurs lui-même la manière désordonnée et imprudente des Croisés qui allaient s’engouffrer dans la ville et explique le rôle salvateur du sacrifice des TEMPLIERS. Ceux-ci commençaient déjà à déranger…

Richard Cœur de Lion

 

Mauvais roi, piètre stratège, guerrier au cœur de lion et négociateur au caractère de cochon, Richard d’Angleterre, se fit beaucoup d’ennemis…dans les deux camps.

S’alliant avec le roi de France, Philippe Auguste, Richard Cœur de Lion personnifiait le panache de cette 3ème croisade. L’heure était grave, car après Jérusalem, beaucoup d’autres villes avaient été reprises par les musulmans.

 

Forte d’une armée de plus de cent mille hommes, dont les femmes avaient été exclues (même les ribaudes(*) par Richard, cette sainte expédition prenait la même tournure, en plus puissante encore, que la première croisade. Les victoires chrétiennes se multipliaient à un rythme soutenu. La «  contre-croisade  » tant espérée par Saladin battait de l’aile, toutes ses armées se faisant décimer les unes après les autres. Lui-même commençait à douter de l’Islam et fustigeait les siens, dont la foi semblait bien fragile à côté de celle des Croisés. Ceux-ci reprenaient d’ailleurs possession de toutes les places fortes perdues. L’une des plus prestigieuses à se rendre aux chrétiens fut sans conteste  Saint-Jean-d’Acre, dont la reddition fut signée dans la tente du Grand Maître du Temple, Robert de Sablé.

Celui-ci appuya Saladin dans son offre de rachat des trois mille défenseurs. En guise de réponse à cette louable tentative de négociation, l’irascible Richard Cœur de Lion, dans un accès de fureur, fit égorger tous les prisonniers. Ragaillardi par sa stupide cruauté, le monarque remporta victoires sur victoires. Succès qu’il ne put convenablement exploiter et qui ne parvinrent qu’à assouvir sa soif de batailles. Malheureusement pour eux, arrivés aux portes de Jérusalem, les Croisés n’étaient plus en mesure d’occuper durablement la Ville sainte. Saladin consentit cependant une trêve de trois ans et le libre accès à Jérusalem pour les pèlerins venus d’Occident. Entre-temps, le roi de France, Philippe Auguste, ne supportant plus le mauvais caractère de son allié anglais, était retourné chez lui. La montagne ayant accouché d’une souris, il ne restait plus à Richard que de regagner benoîtement ses pénates. Le royal sabreur avait réalisé l’unanimité contre lui. Revêtu du blanc manteau, Il fut contraint de s’embarquer sur un navire du Temple en réclamant au Grand Maître, son ami, une immense faveur en ces termes : «  Sire Maître, je sais bien que je ne suis pas aimé, et aussi sais-je bien que si je passe la mer, je n’arriverai jamais que je ne sois mort ou prisonnier. Pour cela, je vous prie de faire préparer ceux de vos frères chevaliers et sergents qui viendront avec moi sur la galère, et ensuite me conduiront jusqu’ en mon pays, comme si j’étais un Templier.  »

Saint-Jean-d’Acre

Nous sommes à la fin du 13ème siècle, les Etats chrétiens d’Antioche et de Tripoli ne sont plus qu’un pieux souvenir. Suzerains et vassaux conspirent, se querellent pour une dame, joutent et festoient. Les «  grands vizirs chrétiens  » voulaient tous devenir calife à la place du calife. Chassez le naturel, il revient au galop… Génois et Vénitiens allèrent même jusqu’à se livrer une bataille navale devant les murs de Saint-Jean-d’Acre. Les TEMPLIERS, le dernier carré occidental sensé de Terre sainte, ne parvenaient plus à maintenir l’ordre. Pour comble de malheur, voici que les Mongols, commandés par Hulagu, petit-fils de Gengis-Khan, attaquent la Syrie. Ce nouvel ennemi des Infidèles fut considéré comme un allié potentiel par une partie des Croisés. Les autres se rangèrent aux côtés des Mameluks. Leur sultan Beybars, aussi efficace, mais nettement moins chevaleresque que son illustre prédécesseur Saladin, écrasa les Mongols. Afin de faire bonne mesure et pour parer à toute éventualité, il se débarrassa aussi de ses nouveaux alliés chrétiens. Comme l‘appétit vient en gagnant, il entreprit de reconquérir tout l’Islam.

Le jeudi 5 avril 1291, le Sultan dispose ses machines de siège et ses deux cent mille soldats (cavaliers et fantassins) sous les remparts de Saint-Jean-d’Acre. Les TEMPLIERS, commandés par leur Grand Maître, Guillaume de Baujeu, aidés de quelques HOSPITALIERS et de troupes auxiliaires ne peuvent lui opposer que huit cents chevaliers et dix mille combattants à pied. Les trente mille habitants étaient des vieillards, des femmes et des enfants, tout à fait inaptes au combat. Face à cette gigantesque disproportion, les défenseurs lancèrent cependant plusieurs charges de cavalerie. En vain. Les assiégeants progressaient inexorablement. Les contre-sapes répondaient tant bien que mal au travail des sapeurs. Quatre énormes balistes, appuyées par une multitude de mangonneaux(*) balayèrent les remparts. Les Sarrasins vinrent à bout des murailles.

Cependant, un côté de la puissante forteresse donnait accès à la plage. Les héroïques défenseurs gagnèrent assez de temps, afin de permettre l’embarquement pour Chypre d’une grande partie de la population. Le Grand Maître et une douzaine de ses chevaliers périrent en attaquant le flot des assaillants qui s’engouffraient par une brèche. Hélas, beaucoup de civils voulurent rester chez eux. Tragique erreur !

 

Melec-el-Esseraf, le sultan des sultans, accepta une première capitulation honorable. Les premiers Sarrasins entrés dans la ville tentèrent de violer les femmes qu’ils rencontraient. Du coup, les TEMPLIERS n’eurent pas d’autres choix que de s’interposer et tuèrent tous les agresseurs. Le Sultan feignit alors d’accepter une seconde négociation, mais fit décapiter les ambassadeurs envoyés par les défenseurs. Constatant ces odieux méfaits, les chevaliers au blanc manteau, sous les ordres du Maréchal Pierre de Sévry, décidèrent de se battre jusqu’au dernier. Les Infidèles minèrent les remparts et se précipitèrent, tel un raz de marée, par l’ouverture. A un contre vingt et plus, dans un corps à corps désespéré, les vaillants TEMPLIERS vendaient chèrement leur peau, taillant de profondes saignées dans les rangs ennemis. Submergés par le nombre, ils firent mieux que résister en enseignant aux Sarrasins la manière de se battre et de mourir avec panache. Dans un effroyable vacarme, les murs s’effondrèrent et ensevelirent les derniers défenseurs. Rien que pour ce seul baroud d’honneur, ils avaient quand même mis plus de 2000 musulmans au tapis.

 

La chute de Saint-Jean-d’Acre marqua la fin des Croisades.

 

La prospérité et le succès des Templiers

 

La prestigieuse renommée du TEMPLE se retrouve autant dans la paix que dans la guerre. Bien entendu, les combats épiques nourrissent l’imagination des poètes et des enfants (et un peu les adultes aussi…). Quoi qu’il en soit, les populations, qui ne sont pas aussi stupides que certains voudraient le faire croire, comprirent très vite que leur salut ne viendrait que des chevaliers au blanc manteau, véritable incarnation de la chevalerie parfaite.

Hugues de Payens n’avait pas perdu son temps. Par ses nombreux contacts en Europe, il avait considérablement développé les propriétés de l’Ordre.

 

Ses successeurs vont édifier plusieurs centaines de châteaux et fermes dans toute l’Europe. Ces commanderies admirablement protégées serviront même de gardiennes des trésors royaux, seigneuriaux et religieux. Les «  pauvres chevaliers du christ  » font creuser des mines, construisent des forges, des ateliers, des manufactures, entreprennent de vastes chantiers, lancent une importante flotte sur les mers lointaines, établissent des comptoirs à l’étranger, font du commerce et ouvrent des banques. Ils ont notamment inventé les chèques et la lettre de change, ce qui évitait les imposants transports de fonds hasardeux. En outre, ils concédaient de nombreux prêts à faible taux d’intérêt, à l’opposé des usuriers de l’époque. Ils étaient les plus puissants banquiers du monde. A la fin des croisades, leur actif est évalué à plus de neuf mille Commanderies et maisons fortifiées, chacune avec ses dépendances agricoles, ses pêcheries, ses forêts et ses péages. Leurs revenus annuels se montent à plus de 300 milliards et, vivant exclusivement des productions de leurs innombrables domaines, ils ne dépensent rien

Au Moyen Age, les gens pensaient qu’il n’était possible de faire fortune que par la guerre ou la magie. Comme les croisades étaient terminées, les imaginations allaient bon train. Les chevaliers au blanc manteau, tels des militaires professionnels en temps de paix, furent considérés comme inutiles et par conséquent, accusés de se livrer à l’alchimie et à d’autres formes de sorcellerie.

Un exemple de la tolérance des Templiers.

 

Ousama, ambassadeur de la l’Emir de Damas, écrit : «  Lorsque je visitai Jérusalem, j’entrai dans la mosquée al-Aqsâ, qui était occupée par les TEMPLIERS…à côté se trouvait une petite mosquée convertie en église par les Francs . Les TEMPLIERS me l’indiquèrent pour y faire mes dévotions. Un jour j’y entrai pour glorifier Allah. Comme j’étais tourné vers la Mecque pour la prière, un Franc bondit sur moi, me saisit et me tourna la face dans la direction opposée en me disant avec véhémence :  » c’est par là que tu dois regarder quand tu pries !  » Les TEMPLIERS se précipitèrent sur le Franc et l’expulsèrent. Ils s’excusèrent pour lui auprès de moi en m’expliquant que l’individu venait tout juste de débarquer en Terre sainte et qu’il n’avait jamais vu personne se tourner dans cette direction pour prier. Quand Ousama parlait des chevaliers au blanc manteau, ils disait :  «  mes amis les TEMPLIERS…  ».

 

Beaucoup de gens ignorent qu’à cette époque, une chevalerie musulmane existait également. En véritables chevaliers, les adversaires s’affrontaient en combat violent, certes, mais la haine avait fait place au respect. Au fil des années, ces affinités tissèrent des liens d’amitié entre Chrétiens et Musulmans. A la valeur des armes, s’était substituée la grandeur de l’âme.

 

Rituel de réception d’un frère au Temple

 

Cette réception est tellement émouvante qu’elle mériterait d’être retranscrite complètement Malheureusement, nous ne pouvons à nouveau que vous renvoyer à l’excellent ouvrage de Georges Bordonove.

 

Dans la chapelle d’une Commanderie, tous les frères sont réunis en Chapitre. Le Commandeur demande si quelqu’un s’oppose à la réception de l’  » impétrant  » (celui qui demande). Si tous se taisent, il l’envoie chercher et le fait mettre en une chambre proche du Chapitre. En cet endroit, deux ou trois prud’hommes vont lui poser des questions et l’instruire de ce qu’il aura à répondre. Ils insistent sur la dureté de la discipline et des peines qu’il aura à souffrir tout au long de sa vie. S’il persiste dans sa décision, les prud’hommes retournent au chapitre et rendent compte de l’entretien. Le Commandeur demande à ses frères : «  Voulez-vous qu’on le fasse venir de par Dieu ?  ». L’assistance répond : «  faites-le venir de par Dieu.  » (il ne s’agit pas d’un ancêtre du célèbre acteur français Gérard Depardieu)

 

Le nouveau frère entre, s’agenouille devant le Commandeur et dit : «  Sire, je suis venu devant Dieu, devant vous et devant les frères, et vous prie, et vous requiers par Dieu et par Notre-Dame, que vous m’accueilliez en votre compagnie et dans les bienfaits de la Maison, comme celui qui à tout jamais veut être serf et esclave de la Maison.  » (N’oublions par que ce nouveau frère est déjà chevalier séculier, donc noble.)

 

Le Commandeur répond d’un air un peu incrédule : «  Beau frère, vous requérez bien grande chose, car de notre religion vous ne voyez que l’écorce qui est par dehors. Car l’écorce est telle vous nous voyez avoir beaux chevaux et belles robes, et ainsi vous semble que vous serez à votre aise. Mais vous ne savez pas les forts commandements qui sont par dedans : car c’est une grande chose que vous qui êtes sire de vous-même, deveniez serf d’autrui. Car à grande peine, vous ne ferez jamais à votre désir : si vous voulez être en la terre qui est en deçà la mer, l’on vous mandera au-delà ; si vous voulez être en Acre, on vous mandera en la terre de Tripoli, ou d’Antioche ou d’Arménie… ou en plusieurs autres terres où nous avons nos maisons et possessions. Et si vous voulez dormir, on vous fera veiller ; et si parfois vous voulez veiller, on vous commandera d’aller reposer en votre lit… Quand vous serez à table, que vous voudrez manger, on vous commandera d’aller où l’on voudra, et vous ne saurez jamais où. Maintes fois vous devrez entendre des réprimandes. Or regardez, beau frère, si vous pourrez souffrir toutes ces duretés.  »

 

Si, malgré cette mise en garde, le nouveau venu dit :  » oïl (oui), je les souffrirai toutes s’il plaît à Dieu  », le Commandeur précise encore : «  Beau frère, vous ne devez pas requérir la compagnie de la maison pour avoir seigneuries ni richesses, ni aise de votre corps, ni honneur. Mais vous la devez requérir pour trois choses : l’une pour éviter et laisser le péché de ce monde ; l’autre pour faire le service de notre Seigneur ; et la troisième pour être pauvre et faire pénitence en ce siècle, afin de sauver votre âme ; et telle doit être l’intention pour laquelle vous la devez demander.  »

 

Le dialogue entre le nouveau venu et le Commandeur continue sur le même ton, pendant quelques instants. A la suite de quoi, le Commandeur lui demande de sortir en ajoutant :

  »  priez Notre Seigneur qu’il vous conseille. » 

 

Pendant ce temps, le Commandeur s’adresse à ses frères : «  Beaux Seigneurs, vous voyez que ce prud’homme a grand désir de la compagnie de la maison, dit qu’il veut être tous les jours de sa vie désormais serf et esclave de la maison. Et je vous ai demandé que, si l’un d’entre vous connaissait un empêchement à ce qu’il ne dût être frère droiturièrement, il le dise, car ensuite il serait trop tard.  »

 

Il répète sa question : «  voulez-vous qu’on le fasse venir de par Dieu ?  » L’assistance accepte et envoie des prud’hommes chercher l’impétrant.

 

Le Commandeur renouvelle sa question, le nouveau venu répond : «  Sire, oil, s’il plait à Dieu.  »

 

Alors le Commandeur invite l’assistance à se lever et à prier  et le chapelain récite l’oraison du Saint-Esprit. Le Commandeur ouvre les Evangiles et les remet au nouveau venu, toujours à genoux, en lui disant : «  Beau frère, les prud’hommes qui vous ont parlé, vous ont assez questionné ; quoi que vous ayez répondu, ce sont paroles vaines, et nous ne pourrions, ni vous-même en avoir grand dommage. Mais voyez ici les saintes paroles de Notre Seigneur ; des choses que nous allons vous demander, dites-nous vérité, car, si vous en mentiez, vous en seriez parjure et en pourriez perdre la maison, dont Dieu vous garde.  »

 

Le Commandeur pose ensuite six questions dont nous faisons grâce aux lecteurs.

 

La cérémonie continue par les promesses que doit tenir le nouveau venu, dont voici l’une d’entre elles : «  Promettez à Dieu et à Madame Sainte Marie que jamais vous ne serez en lieu ni place où nul chrétien soit opprimé à tort et à déraison, ni par votre force ni par votre conseil ?  » Le nouveau venu répond : «  oïl Sire, s’il plaît à Dieu.  »

 

Le moment de la réception est enfin venu. Le Commandeur la prononce selon le formulaire indiqué dans les Retrais (règlement) : «  Et nous, de par Dieu et de par Notre Dame Sainte Marie, et de par notre père l’apostole (le pape), et par tous les frères du Temple, nous vous accueillons à tous les bienfaits de la maison qui ont été faits dès le commencement et qui seront faits jusqu’à la fin, et avec vous votre père et votre mère et tous ceux que vous voudrez accueillir de votre lignage. Et vous aussi, vous nous accueillez en tous les bienfaits que vous avez faits et ferez. Et nous vous promettons du pain et de l’eau, et la pauvre robe de la maison, et de la peine et du travail en suffisance.  »

Le Commandeur revêt le nouveau frère du manteau de l’Ordre. Quelques paroles sont encore prononcées. Un TEMPLIER est né !

A l’aube du 21ème siècle…

Cette prodigieuse et fulgurante expansion fut inexpliquée à l’époque et le reste encore aujourd’hui. Animés de concepts différents, un cerveau «  bien-pensant  » du 20ème siècle, ne comprend pas mieux le bon sens des idéalistes. Comment expliquer que le seul égoïsme intelligent n’est rien moins que la solidarité ? A moins, que les TEMPLIERS n’aient réussi à changer simultanément l’homme et le système, adaptant l’un à l’autre et vice versa ? Quoi qu’il en soit, nous n’imaginons pas un seul instant que la plupart de nos économistes et banquiers contemporains, découvrent un jour l’énigme de ce mystère.

A moins que par l’opération du Saint Esprit, les grands décideurs comprennent subitement que pour survivre et prospérer, l’économie doit absolument s’engager dans la voie sociale et à l’échelle planétaire. Imaginons un instant que les seigneurs des complexes militaros-industriels, décident de construire pour la paix, plutôt que de fabriquer des machines de guerres. En prime, ils restitueraient la haute technologie d’aujourd’hui à son propriétaire légitime, l’être humain. Rêvons que les pays les plus industrialisés abandonnent la dette du tiers monde. Nous pourrions enfin connaître la véritable humanité.. Fort heureusement, le rêve reste encore gratuit et autorisé, mais constitue la seule nourriture de l’incommensurable multitude de malheureux. Au moment où ces lignes s’impriment, deux milliards six cent millions d’humains meurent de faim, alors que le patrimoine des 225 personnes les plus riches du globe, suffirait à leur offrir le minimum vital (étude réalisée par un économiste libéral et publiée dans la Nouvelle Gazette d’octobre 1998).

Plutôt que de répartir ces colossales richesses, les maîtres du monde nous montrent, par le truchement de leur télévision, les os saillants et les seins plats d’une maman soudanaise qui s’efforce d’allaiter son bébé mourant. A la suite de ce clip «  coup de poing  » un petit commentaire demande aux téléspectateurs consternés d’offrir rapidement leurs dons à un numéro de compte en banque qui s’affiche sur l’écran. En espérant qu’une partie de l’argent versé arrive à son véritable destinataire (la maman et le bébé vus dans le poste, quant à eux, seront peut-être morts depuis longtemps). Ces dons sont-ils le prix de la bonne conscience ? Ce bouchon de sable, placé dans la faille du barrage ne réussira pas toujours à empêcher le déferlement de l’océan d’affamés. La confrontation «  nord-sud  » remplacera-t-elle l’ancienne menace «  est-ouest  » ? Nous connaîtrons probablement la réponse que CNN voudra bien nous communiquer à l’occasion d’une prochaine opération militaro-chirurgicale du style «  tempête du désert  ». Comme dirait le regretté Pierre Desproges (dans sa chronique de la haine ordinaire), pourquoi ne pas secourir l’humanité avec le budget destiné aux armées et faire la guerre avec les collectes humanitaires?

Trop Humains ?

Bien entendu, les TEMPLIERS incarnaient la probité, l’intelligence, la sécurité, la rigueur, la douceur, la charité et la puissance face au chaos médiéval. Ils ne pouvaient que rencontrer l’adhésion massive des populations malmenées. Tout en faisant régulièrement la charité aux pauvres et les protégeant en permanence, ils rémunéraient convenablement le travail bien fait. Spolié et humilié continuellement par la noblesse séculière, le peuple souhaitait ardemment se mettre au service du TEMPLE et travaillait pour lui de toutes ses forces et de son mieux. Le progrès social prenait son envol en lâchant au passage ses besoins sur la tête du pouvoir féodal.

Les sciences n’étaient pas en reste. Dans leurs bagages, les chevaliers au blanc manteau avaient rapporté des trésors autant intellectuels que matériels. En excellents guerriers qu’ils étaient, ils ne sous-estimaient jamais l’adversaire. Au fil des ans, ils avaient même appris à vivre ensemble et à se respecter. Or, l’orient était beaucoup plus évolué que l’occident dans des domaines aussi pointus que la médecine ou l’arithmétique (dont nous utilisons encore les chiffres) par exemple. Les occidentaux étaient d’ailleurs considérés comme des barbares arriérés par les Arabes. Un chroniqueur oriental de l‘époque, décrit avec effarement les soins prodigués par les «  physiciens  » occidentaux qui coupaient une jambe pour soigner un abcès (exemple parmi d’autres). Les TEMPLIERS, quant à eux, courageux mais pas fous, ne manquaient pas de se faire soigner par les médecins musulmans. Un spectateur avisé n’aurait pu discerner la différence entre un médecin et un grand inquisiteur chrétien. Tous deux soignaient quelque chose, le premier s’occupait du corps et le second de l’âme…mais en utilisant les mêmes outils de torture.

Bref, ces avancées culturelles ramenées en occident contribuaient à émanciper les petites gens. Ce qui ne manquait pas d’inspirer une peur bleue au pouvoir féodal.

Quant à la religion, les TEMPLIERS essayèrent d’éliminer les points de discorde entre chrétiens et musulmans, s’efforçant de rassembler toutes les nuances, tant occidentales qu’orientales sous une même croyance cohérente. Ils ne traitaient pas les hérétiques en ennemis, car ils estimaient que tous les hommes étaient les créatures d’un seul Dieu rassembleur. Les Inquisiteurs risquaient le chômage. Quelqu’un a écrit que le nationalisme représentait la haine des autres, tandis que le patriotisme traduisait l’amour des siens.

Les pauvres chevaliers du christ étaient de grands patriotes de l’humanité.

Ils faisaient faire un grand bond en avant à l’histoire par l’élaboration d’un projet de société plus humaine. Ce changement positif et radical, tellement nécessaire, ne pouvait que révolutionner la vie au Moyen Age. Dans ce contexte les moines-chevaliers fascinaient autant les humbles qu’ils horrifiaient les puissants.

Hélas, les saines révoltes de bon sens, même quand elles sont correctement organisées paraissent souvent fragiles face à la rage des nantis. L’idée de partager ou de répartir correctement les richesses et les privilèges avec ceux qui ne possèdent que l’intelligence et leur force de travail, même quand il s’agit de la moindre des choses, a toujours suscité l’effroi des possédants. Lorsque Bill Gate, l’homme le plus riche de la planète, s’est pris une tarte à la crème en plein visage, lors de sa visite en Belgique, a-t-il compris que le «  terroriste pâtissier  » lui avait tout simplement rappelé qu’il n’était qu’un «  vulgaire  » mortel comme les autres ? Cette indifférence ou ce sentiment de légitimité dans l’opulence freine constamment l’évolution de l’Humanité, quand elle ne la fait pas régresser. Le fossé de haine entre riches et pauvres ne fait que se creuser inexorablement. L’Histoire ne se répète pas, elle bégaye…

Les TEMPLIERS avaient rassemblé sous leur seule bannière : biens matériels, progrès scientifiques, émulation philosophique et puissance politique. En plus, ils avaient prouvé dans les faits que l’ensemble fonctionnait par la démonstration d’une réussite totale dans tous les secteurs. Cette preuve n’a pu que déclencher une vision apocalyptique dans le cerveau exigu des puissants de l’époque. Un peu comme une marche blanche qui décréterait le changement de culture politique. Encore faudrait-il savoir dans quelle direction elle va…

Les TEMPLIERS devaient donc périr dans les flammes de l’enfer. A l’issue d’un procès inique et scandaleux, Philippe le Bel (*)et Nogaret, avec la complicité d’un Pape insignifiant et veule (Clément V), en firent brûler plusieurs, mais ne parvinrent qu’à détruire leur enveloppe charnelle. Ces trois illustres bourreaux moururent d’ailleurs de façon mystérieuse dans l’année, comme le leur avait promis le Grand Maître Jacques de Molay en montant sur le bûcher à Paris, le 18 mars 1314. L’anecdote nous rapporte que Philippe le Bel, sentant sa mort venir, se souvint avec effroi de la malédiction que le Grand maître avait ajoutée à la sentence divine «  …maudit jusqu’à la 13me génération  ». Ce monarque de fer partit pour l’éternité avec une expression de terreur, les yeux grands ouverts, malgré les multiples efforts de ses proches pour lui abaisser les paupières. Quant à la France, elle s’engageait dans une guerre de cent ans avec l’Angleterre…

(*) Comble de l’ingratitude, quelques années auparavant, les TEMPLIERS avaient sauvé la vie de Philippe le Bel poursuivi par les Parisiens en révolte, en l’hébergeant au Temple de Paris .Il est également connu que ce monarque avait insisté pour adhérer au TEMPLE et que sa demande avait été rejetée. Fasciste avant l’heure, Philippe le Bel faisait brûler les Juifs et s’emparaient de tous leurs biens. Il est mort d’un ictus au cerveau. Le pape Clément, soigné pour ses intestins, reçut en guise de remède miracle, des émeraude s broyées qui lui donnèrent le coup de grâce. Quant à Guillaume de Nogaret, il serait mort empoisonné par l’intoxication d’une chandelle (dans laquelle quelques ingrédients avaient été rajoutés). La main de l’homme avait servi la volonté de Dieu….

Quelques siècles plus tard, lorsque la tête de Louis XVI tomba sous le couperet de la guillotine, un homme dans la foule s’écria :  » Jacques de Molay est vengé !  ». Ce dernier roi capétien, lointain descendant de Philippe le Bel avait passé ses dernières heures dans le donjon du … Temple de Paris.

L’aventure n’est peut-être pas terminée.

Tous les biens immobiliers des TEMPLIERS de France et des Flandres furent attribués aux HOSPITALIERS, tandis que leur légendaire trésor passa sous le nez de Philippe le Bel. Ce roi, aussi cupide que cruel, alors qu’il disposait de la comptabilité du Temple, ne comprit absolument rien au mécanisme financier qu’il avait sous les yeux. La France retombait dans le marasme.

En Italie, leur destinée variait selon les seigneurs locaux. Très peu nombreux en Allemagne, domaine quasi exclusif des CHEVALIERS TEUTONS, ils y connurent également des sorts divers. En Ecosse et en Angleterre, ils auraient créé la FRANC-MACONNERIE. Par contre, au Portugal (où se dresse encore à Thomar, leur splendide forteresse) ils furent tous acquittés et conservèrent la totalité de leurs domaines. Cependant, pour rester en paix avec l’Eglise qui les avait excommuniés (par une bulle papale ou une encyclique qui claque), ils reprirent leur ancien nom de «  CHEVALIERS DU CHRIST  », gardèrent leur uniforme en ajoutant une croix blanche à l’intérieur de la croix rouge pattée. En Espagne, ils devinrent l’Ordre de Montessa.

De nos jours…

Nos contemporains spécialistes de l’histoire templière ne comprennent toujours pas comment la plus puissante force militaire, politique et économique d’Europe s’est laissé détruire. Les TEMPLIERS n’offrirent pratiquement aucune résistance, lorsque les troupes royales vinrent les appréhender. Certes, ils ne pouvaient lever l’épée contre d’autres chrétiens, mais tout de même ! Le monde n’était peut-être pas encore prêt pour accueillir leur conception de la vie ? Un mystère de plus ? En tout cas, ce ne fut jamais qu’un reniement supplémentaire, commis par un Pape qui savait de qui tenir…

Mais les fleuves de sang du Moyen Age se sont transformés en ruisseaux d’encre et en pluies d’ondes à l’époque d’Internet. D’autant plus qu’il arrive trop souvent que des fous dangereux transforment un joyau d’altruisme libérateur en brique sectaire. A côté de braves gens qui s’efforcent de perpétuer l’esprit du Temple, d’autres profitent de la bêtise ou du désarroi de leurs semblables pour les embrigader dans de sinistres caricatures de confréries qui se révèlent en réalité n’être rien moins que des sectes dangereuses (par ex. Le TEMPLE SOLAIRE de Jouret et Di Mambro qui ont entraîné 53 personnes dans la mort). Les CHEVALIERS AU BLANC MANTEAU permettaient au cerveau humain de développer le maximum de ses capacités par l’étude, les recherches et l’analyse. Ils dynamisaient le mécanisme de la pensée par l’érudition, à l’opposé des sectes qui enferment le raisonnement et le libre arbitre dans un dogme réducteur et tyranique.

L’âme des TEMPLIERS est demeurée intacte, tandis que leur esprit continue à traverser les siècles. Ils reviendront, à moins qu’ils ne soient déjà parmi nous. Qui sait ?

«  Chaque frère doit s’efforcer de vivre honnêtement et de montrer bon exemple aux gens du siècle et d’autres couvents, en toutes choses, de telle manière que ceux qui le verront ne puissent rien noter de mal en son comportement, ni dans sa façon de chevaucher, ou d’aller, ou de boire, ou de manger, ou de regarder, dans aucun de ses actes ni aucune de ses œuvres.  » (REGLE DU TEMPLE)

Le « procès » des Templiers

 

Philippe le Bel ne fit pas dans la dentelle. Les accusations inventées contre les chevaliers au blanc manteau furent énormes, jugez-en :

  • lors de la cérémonie de réception, les nouveaux frères auraient été contraints de renier le Christ par trois fois et de cracher sur la croix ; 

     

  • pratique de baisers indécents ; 

     

  • incitation à la sodomie entre frères du Temple ; 

     

  • adoration d’une statue diabolique, dénommée « baphomet  » ; 

     

  • lors de la Messe, omission de «  sacrer par le corps de Notre-Seigneur  ». 

     

  • etc.,  

 

L’ignoble procédure dura sept ans. Les accusés étaient «  soumis à la question  » et devaient répondre à un interrogatoire-type, dont les réponses étaient déjà formulées comme des chefs d’accusation. Les témoins à décharges étaient immédiatement incarcérés, tandis que Pierre de Bologne, le principal et le plus brillant défenseur des Templiers disparut mystérieusement.  »Arrêt spaghetti » médiéval…  ?

 

La plupart de ces accusations farfelues furent abandonnées par la commission pontificale qui clôtura ses travaux, à l’Abbaye de Maubuisson, le 5 juin 1311. La fameuse statue barbue, mi-homme, mi-femme (le baphomet) ne fut jamais présentée. Comme rien ne put corroborer une hérésie commune entre Templiers et Cathares, l’accusation d’omission des paroles sacrées, lors de la Consécration, tomba automatiquement. Les actes de sodomie ne furent jamais prouvés. Il était peut-être plus facile de découvrir un cardinal pédophile qu’un Templier homosexuel… Quant aux baisers indécents, il ne s’agissait que des baisers de paix, comme les prêtres s’en donnent, lors de la Messe.

 

Seul le reniement du Christ par le crachement sur la Croix, lors du rituel de réception d’un nouveau frère fut retenu. Ce motif demeurait amplement suffisant pour allumer les bûchers. Pourtant, cette fantastique calomnie se révélait dénuée de tout fondement, quand on se rappelle que les Templiers se faisaient égorger ou décapiter sur place par les Sarrasins, plutôt que de renier leur foi.

 

Quoi qu’il en soit, alors qu’il «  n’était que  » condamné à perpétuité, le Grand Maître Jacques de Molay, conscient qu’il serait brûlé vif comme relaps s’il revenait sur ses aveux extorqués par la torture, proclama bien haut que son Ordre était pur et innocent de tout crime.

 

 

L’Esotérisme

 

La notion d’ésotérisme colle à l’histoire des Templiers comme un morceau de sparadrap récalcitrant. Ainsi que nous l’avions vu précédemment, les gens du Moyen Age pensaient qu’il n’était possible de faire fortune, qu’au moyen de la guerre ou de la magie. Or, les fiers moines-soldats accumulaient les richesses, autant matérielles qu’intellectuelles. Comme on ne prête qu’aux riches, les mystères templiers ne firent que croître au fil des siècles.

 

Quoi qu’il en soit, l’ésotérisme, c’est l’exemple de la boite fermée, dans laquelle on vous affirme qu’une grenouille s’y trouve. Justement, vous avez entendu un petit bruit provenant de cette sacrée boite et quand vous la secouez, quelque chose bouge. Donc, l’animal s’y trouve. Soit ! Mais, vous voudriez tout de même regarder à l’intérieur, ne serait-ce que par acquit de conscience. Cependant, vous craignez d’ôter le couvercle, car la grenouille risquerait de s’échapper. Résultat, vous vous asseyez dessus en vous demandant si cette satanée bestiole ne va pas étouffer. Vous avez suivi tout le raisonnement ? Alors, vous venez de découvrir l’ésotérisme.

 

Evidemment, les saintes Ecritures nous rapportent que Jésus sur la Croix a dit à sa mère en regardant Jean, son apôtre préféré : «  Mère, voici ton fils  » et à Jean :  » fils, voici ta mère  ». Se ralliant à cette phrase, les Templiers auraient choisi Jean comme représentant du Christ, plutôt que Pierre. Vous savez, celui qui a renié trois fois son ami avant le chant du coq, afin de se faire pardonner, au lieu de se pendre comme l’autre traître de Judas. Du coup, l’Eglise ésotérique de Jean, la « véritable », mais que seuls quelques initiés connaissent (ceux qui ont osé enlever le couvercle et qui ont réussi à rattraper la grenouille) se trouve en opposition avec l’Eglise exotérique de Pierre, celle que tout le monde peut voir. Mais que ferait le gentil Jean, parmi les puissants caïds de l’Opus dei ? Quoi que…si Saint Augustin a pu développer sa notion de guerre sainte en utilisant le super pacifiste Jésus, pourquoi d’autres ne pourraient se servir d’un doux apôtre pour justifier l’organisation d’une armée de l’ombre, fort ténébreuse au demeurant… ?

 

Ce parallèle des deux Eglises se retrouve dans le Temple. Jacques de Molay n’était-il que le Grand Maître visible, alors que les véritables chefs, connus des seuls initiés, seraient demeurés cachés ? Fallait-il laisser détruire la partie saillante du Temple ? Mystère !

 

Tout est possible, en partant du principe que personne à ce jour n’a pu donner la moindre explication plausible concernant ces incroyables arrestations. Les Templiers ne pouvaient riposter contre un autre chrétien qu’après le troisième coup. Soit, mais avant le 4me, les soldats du roi auraient dû prendre la pâtée. Alors pourquoi ? Vous pouvez nous envoyer les réponses. Les gagnants seront tirés au sort et pourront nous réécrire la semaine suivante.

Bibliographie

 

  • Les Templiers, les chevaliers du Christ (Georges Bordonove), 

     

  • Les croisades vues par les Arabes (Amin Maalouf), 

     

  • Les Templiers (Gilette Ziegler),  

     

  • Les rois maudits (Druon); 

     

  • Le B.A.-BA Templiers (Bernard Marillier).
  •  

    TEMPLIERS ET PELERINS
    Texte de
    Michel Bastin
    Illustrations et scénarii Alain Jost

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 24 novembre, 2008 |2 Commentaires »

Le Nom de DIEU chez les Chrétiens , les Juifs et les Musulmans !

hlysprt11.gif

Les 9 noms de DIEU chez les Chrétiens :

Le Créateur
L’Eternel
Le Tout-Puissant
Le Très-Haut
Le Sans-Limite
Le Père, Notre Père
Le Seigneur
Le Verbe
Le Miséricordieux

Les 33 noms de Dieu chez les Juifs:

L’Eternel (Héb. YHWH, transcription Yahvé ou Yahweh) signifie:

Celui qui existe par Lui-même: Tel est le sens premier du nom  » Eternel »; litt. Il est celui qui est, correspondant á l’Eternel Je suis (cp. Ex. 3:14).

El- Elohim (Dieu créateur) Genèse 1

El-Elyon (Dieu Très-Haut) Genèse 14: 18 -20

El-Shaddai (Dieu Tout-Puissant) Genèse 17:1-3.

El-Olam (Dieu de l’Eternité) Genèse 21: 33

Yahvé – Jireh (L’Eternel-Pourvoira) Genèse 21:33; 22 : 14

El-Elohé-Israël (DIEU est le Dieu d’Israël) Genèse 33 : 20

Yahvé-Repheka (l’Eternel-qui te Guérit) Exode 15: 25, 26

Yahvé-Nissi (L’Eternel-ma-Bannière) Exode 17 : 15-16

Yahvé-Mékadichéem – (l’Eternel qui-sanctifie) Exode 31 : 13

Yahvé-Tsidqenu= Le Dieu de notre justice.

Yahvé – Shalom (l’Eternel-Paix) Juges 6 : 24

Yahvé-Rèhie (l’Eternel-mon-Berger) Psaume 23 : 1

Yahvé-Hossénou – (l’Eternel -notre-Créateur) Psaume 95 : 6

Yahvé-Tsebaoth – (l’Eternel -des-Armées) Esaïe 31:5, 54 : 5

Yahvé-Tsidkenou – (l’Eternel-notre-Justice) Jér. 23:6
Yahvé-Shamah ou Schamma, (l’Eternel -est-là)
Ezéchiel 48 : 35 ; ce nom évoque la constante précense de Yahvé au sein de son Peuple

 

Les 99 noms de Dieu chez les Musulmans:
1 الله Allah Celui Qui a la divinité. Ce terme possède un usage unique dans le sens où il représente le seul nom de Dieu que l’islam donne à la déité. Tous les autres « noms » sont en fait des attributs.
2 الرحمن Ar-Rahmān Celui Dont la miséricorde englobe le monde entier. Muhammad Hamidullah le traduit par le « Tout Miséricordieux ».
3 الرحيم Ar-Rahīm Celui Qui est très miséricordieux. La différence avec le terme ci-dessus est floue. Ce terme est un superlatif d’un mot qui est déjà un superlatif. Il est donc le plus souvent traduit par le « Très Miséricordieux », comme le fait Hamidullah par exemple.
4 الملك Al-Malik Celui Qui a pour attribut la souveraineté
5 القدوس Al-Quddūs Celui Qui est saint
6 السلام As-Salām Celui qui Est le salut
7 المؤمن Al-Mu’min Celui Qui réalise Sa promesse
8 المهيمن Al-Mouhaymin Celui Qui domine toute chose
9 العزيز Al-‘Aziz Le Puissant, voir aussi le terme Al Mu‘izz, qui utilise la même racine
10 الجبار Al-Jabbār Celui Qui comble les besoins des créatures ou Celui Qui les contraint à ce qu’Il veut
11 المتكبر Al-Mutakabbir L’Eminent, Qui est exempt des attributs des créatures, Qui domine les injustes parmi Ses créatures
12 الخالق Al-Khāliq Celui Qui fait surgir les choses du néant à l’existence
13 البارئ Al-Bāri’ Celui Qui a créé les créatures sans modèle précédent
14 المصور Al-Musawwir Celui Qui a constitué Ses créatures sous diverses apparences par lesquelles, elles se distinguent, par leur différence et leur multiplicité
15 الغفار Al-Ghaffār Celui Qui pardonne les péchés
16 القهار Al-Qahhār Celui qui domine les créatures et les contraint par la mort
17 الوهاب Al-Wahhāb Celui Qui dispense largement par Son don sans attendre de récompense
18 الرزاق Ar-Razzāq Celui Qui est garant de la subsistance
19 الفتاح Al-Fattāh Celui Qui ouvre à Ses créatures les voies qui leur étaient fermées dans leurs affaires
20 العليم Al-‘Alīm Celui Qui a la science des fors intérieurs et des choses cachées que la science des créatures n’atteint pas
21 القابض Al-Qabid Celui Qui restreint la subsistance par Sa sagesse
22 الباسط Al-Bāsit Celui Qui étend la subsistance par Sa largesse et Sa générosité
23 الخافض Al-Khāfid Celui Qui rabaisse les oppresseurs et humilie les orgueilleux
24 الرافع Ar-Rāfi‘ Celui Qui élève en degré les gens de l’obéissance par l’obéissance
25 المعز Al-Mu‘izz Celui Qui procure la puissance divine, s’oppose à Al Moudhill, ci-dessous
26 المذل Al-Moudhill Celui Qui humilie
27 السميع As-Samī‘ Celui Qui entend le secret et la confidence sans comment, sans appareil, ni organe
28 البصير Al-Basīr Celui Qui voit ce qui est visible sans comment, sans appareil, ni organe
29 الحكم Al-Hakam Celui Qui juge entre les créatures dans l’au-delà et nul autre que Lui ne juge
30 العدل Al-‘Adl Celui Qui est exempt de l’injustice et de l’oppression
31 اللطيف Al-Latīf Le Bienfaiteur envers les gens d’une façon qui leur échappe et qui leur est voilée, par où ils ne s’attendent pas
32 الخبير Al-Khabīr Celui Qui a la science de la réalité des choses
33 الحليم Al-Halīm Celui Qui a le pardon et l’indulgence
34 العظيم Al-Azīm Celui Qui a la prééminence sur toute chose importante. Il est exempt des attributs des corps. Allah est donc plus éminent en degré que tout être éminent
35 الغفور Al-Ḡafhūr Celui Qui accorde beaucoup de pardons de Sa part
36 الشكور Ash-Shakūr Qui récompense la moindre obéissance par beaucoup de récompenses
37 العلي Al-Ali Celui Qui est élevé par rapport à Sa création par Sa toute-puissance dominatrice
38 الكبير Al-Kabīr Il est Al-Jalil, Celui Dont le rang est éminent. La signification de « Allahou ‘akbar », est que Allah mérite plus de vénération que tout autre
39 الحفيظ Al-Hafīz Celui Qui préserve qui Il veut du mal, de la nuisance et de la perdition
40 المقيت Al-Muqīt Le Tout-Puissant et Il est Celui Qui pourvoit ce dont on tire des forces
41 الحسيب Al-Hasīb Celui Qui fait rendre compte aux gens de ce qu’ils ont fait auparavant dans le bas-monde
42 الجليل Al-Jalīl Celui Qui a pour attribut l’éminence et l’élévation du degré
43 الكريم Al-Karīm Celui Qui dispense beaucoup de bien
44 الرقيب Ar-Raqīb Celui Qui préserve qui Il veut du mal et Qui sait toute chose
45 المجيب Al-Mujīb Celui Qui exauce, celui qui est dans l’extrême nécessité lorsqu’il L’invoque et Celui Qui porte secours à celui qui est affligé lorsqu’il appelle Son secours
46 الواسع Al-Wāsi‘ Celui Dont la subsistance s’étend à toute Sa création
47 الحكيم Al-Hakīm Celui Qui régit la création des choses comme Il le veut car, Il sait les issues des choses
48 الودود Al-Wadūd Celui Qui agrée les pieux vertueux
49 المجيد Al-Majīd Celui Dont le degré est éminent et Celui Dont la générosité est étendue
50 الباعث Al-Bā‘ith Celui Qui ressuscite les créatures après la mort et les rassemble pour un jour au sujet duquel il n’y a aucun doute
51 الشهيد Ash-Šahīd Celui à la science duQuel rien n’est caché
52 الحق Al-Haqq Celui Dont l’existence est confirmée, Celui sur l’existence duQuel il n’y a pas de doute
53 الوكيل Al-Wakīl Celui Qui est garant des subsistances des créatures, Celui Qui sait leurs situations
54 القوي Al-Qawi Celui Dont la puissance est absolue, Celui que rien ne réduit à l’incapacité
55 المتين Al-Matīn Celui Qui n’est pas atteint par la fatigue et la lassitude
56 الولي Al-Wa’li Celui Qui donne la victoire aux croyants
57 الحميد Al-Hamīd Celui Qui mérite la louange, la reconnaissance et l’éloge
58 المحصي Al-Muhsi Celui Qui sait toute chose par une science éternelle et Celui Qui sait le nombre des choses
59 المبدئ Al-Mubdi‘ Celui Qui crée les choses : Il les fait exister à partir du néant
60 المعيد Al-Mu‘īd Celui Qui fait retourner les créatures à la mort après la vie puis, Il les fait retourner à nouveau à la vie après la mort
61 المحيي Al-Muhyī Celui Qui fait vivre le liquide séminal sans vie et en fait l’être doté d’une âme, et Celui Qui fait vivre les corps décomposés en leur faisant revenir les âmes lors de la résurrection
62 المميت Al-Mumīt Celui Qui fait mourir les vivants, et Qui fait disparaître par la mort la santé des personnes fortes
63 الحي Al-Hayy Celui Qui de toute éternité existe et a pour attribut la vie
64 القيوم Al-Qayyūm L’Éternel Qui ne change pas et Il est Celui Qui prédestine les choses des univers
65 الواجد Al-Wājid Celui qui possède toute chose et qui n’a besoin de rien
66 الماجد Al-Mājid Celui qui le rang le plus élevé et la générosité immense
67 الواحد Al-Wāhid L’Unique, Celui Qui n’a pas de second dans l’exemption de début et dans la divinité
68 الصمد As-Samad Celui de Qui l’on a besoin dans toutes les situations et Celui à Qui l’on s’adresse en cas de difficultés ou d’épreuves
69 القادر Al-Qādir Celui à Qui n’advient aucune impuissance ni aucune faiblesse
70 المقتدر Al-Muqtadir Celui à Qui n’advient aucune impuissance ni aucune faiblesse
71 المقدم Al-Muqaddim Celui Qui attribue aux choses leurs valeurs respectives
72 المؤخر Al-Mu’akhir Il accorde un rang élevé à qui Il veut d’entre Ses créatures et Il abaisse le rang de qui Il veut par Sa sagesse
73 الأول Al-Awwal L’Éternel exempt de début, Celui Qui n’a pas de début
74 الآخر Al-Ākhir Celui Qui existe sans changement, après l’anéantissement des créatures
75 الظاهر Az-Zāhir Celui Qui est au-dessus de toute chose par la domination, la puissance et la prédominance et non par l’endroit, l’image ou le comment qui font en effet partie des attributs des créatures
76 الباطن Al-Bātin Celui Dont ne se saisissent pas les imaginations limitées à ce qui a un comment
77 الواليي Al-Wāly Le Possesseur de toute chose et Celui Dont la volonté se réalise en toute chose
78 المتعالي Al-Muta’āli Celui qui est exempt de tous les attributs de Ses créatures et qui domine la création par SaVolonté suprême
79 البر Al-Barr Celui qui est exempt de tous les attributs de Ses créatures et qui domine la création par Volonté suprême
80 التواب At-Tawwib Celui Qui accepte le repentir chaque fois qu’il est refait
81 المنتقم Al-Muntaqim Celui Qui fait parvenir le châtiment à qui Il veut parmi les injustes et Il est Celui Qui juge et Qui est exempt de l’injustice
82 العفو Al-Afu Celui Qui pardonne les péchés et délaisse la rétribution de celui qui fait du mal, par générosité et bienfait
83 الرؤوف Al-Ra’ūf Celui Dont la miséricorde est immense
84 مالك الملك Mālik-ul-Mulk Celui à Qui revient la souveraineté qu’Il a donnée à certaines de Ses créatures dans le bas-monde
85 ذو الجلال و الإكرام Dhul-Jalāli-wal-Ikrām Celui Qui mérite d’être glorifié, de ne pas être renié et que l’on ne fasse pas de la mécréance à Son sujet, et Il est Celui Qui accorde par générosité, aux gens de la sainteté, la réussite et la lumière complète le jour du jugement
86 المقسط Al-Muqsit Celui Qui est juste dans Son jugement
87 الجامع Al-Jāmi‘ Celui Qui rassemble les créatures un jour au sujet duquel il n’y a aucun doute
88 الغني Al-Ḡhani Celui Qui n’a pas besoin de Sa création et les créatures ont besoin de Lui
89 المغنى Al-Mugni Celui Qui a comblé les besoins des créatures et leur a fait parvenir leurs subsistances
90 المانع Al-Māni‘ Celui Qui prive qui Il veut de ce qu’Il veut
91 الضار Ad-Dhār Il est le Tout-Puissant sur le fait que subisse un préjudice qui Il veut
92 النافع An-Nāfi‘ Il est le Tout-Puissant sur le fait que soit avantagé qui Il veut
93 النور An-Nūr La Lumière; Celui par la guidée duquel celui qui est dans la tentation sera bien guidé, et sera donc dirigé sur la voie de droiture
94 الهادي Al-Hādi Celui Qui accorde par Sa grâce la bonne guidée et la justesse à Qui Il veut parmi Ses créatures
95 البديع Al-Badī‘ Celui Qui a fait surgir du néant les créatures en les innovant et en leur donnant des caractéristiques inédites, sans modèle préexistant
96 الباقي Al-Baqi Celui Dont l’exemption de fin est obligatoire selon la raison
97 الوارث Al-Wārith Celui Qui existe sans anéantissement, après l’anéantissement de la création
98 الرشيد Ar-Rashīd Celui Qui guide les créatures vers ce qui est de leur intérêt
99 الصبور As-Sabur Celui Qui ne frappe pas immédiatement les désobéissants par l’arrivée du châtiment mais Qui retarde cela pour une échéance définie et Qui leur accorde un délai jusqu’à un temps connu

 

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 22 novembre, 2008 |28 Commentaires »

Les Ordres Militaires Espagnols !

b65e63b660e86a31.gif

 Les Ordres Militaires Espagnols ! dans L'ordre des Templiers pdf

CLIQUEZ DANS LE DOSSIER PDF

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 22 novembre, 2008 |Pas de commentaires »

Défense de la Chrétienté et naissance d’une identité.

10079574anenglishknightinmilitaryhabitinanattitudeofprayeraffiches1.jpg

Défense de la Chrétienté et naissance d’une identité. Hongrie,
Pologne et péninsule Ibérique au Moyen Âge
par Nora BEREND
Au milieu du XIIIe siècle, les rois de Hongrie, de la péninsule
Ibérique, comme, au milieu du siècle suivant, celui de Pologne, déclarèrent chacun que la défense de la Chrétienté dépendait de leur royaume. Ces revendications, qui procèdent d’une
réalité historique en même temps qu’elles marquent une prise de
position idéologique royale, nous conduisent vers l’exploration des frontières imaginaires de la Chrétienté médiévale1.
Le terme de Christianitas, en effet, recouvrit peu à peu l’idée d’un
territoire,poussant au développement du concept de frontières à défendre aussi bien qu’à étendre2. Il faut souligner que les deux aspects – réel et imaginaire – de la formation des confins des terres chrétiennes ne coïncidaient pas nécessairement. La question
concerne donc à la fois l’existence réelle de ces frontières et la
façon dont elles ont été pensées au Moyen Aˆ ge, et l’on se propose ici d’analyser l’invention des
identités en milieu curial aux frontières de la Chrétienté, en
Hongrie et, à titre comparatif, en Pologne et dans la péninsule
Ibérique. L’analyse de la formulation identitaire de la frontière nécessite d’examiner non seulement la relation entre
discours et réalités, mais aussi l’interpénétration entre les
réflexions élaborées, d’une part, à la cour pontificale et, d’autre part, dans les cours royales. Connue et décrite habituellement par les chartes, où sont recensées les limites de propriétés,
un modèle linéaire de la frontière s’est constitué alors même qu’il
n’existait pas encore de frontières fixes fortifiées. L’émergence d’un pouvoir royal fort et la territorialisation croissante de ce pouvoir jouèrent aussi un rôle essentiel dans la formulation de cette identité. Finalement, la diffusion de l’idée d’une Chrétienté
territoriale, dans laquelle la papauté a joué un rôle central,
fournit une justification sur laquelle les discours particularistes pouvaient jouer, les dotant d’une force qui
dépassait le cadre des royaumes pris individuellement. Une idéologie
chrétienne favorisée au centre par la papauté était ainsi reprise, retournée et réutilisée par les rois de pays frontaliers dans leur rivalité avec le pape, pour finalement devenir un élément clé de l’identité nationale.

Les frontières de l’Est

Le royaume chrétien de Hongrie, formé à la fin du Xe et durant le XIe
siècle, conserva comme voisin oriental le monde nomade, restant ouvert à des attaques et à l’immigration venues de la steppe. L’événement central à la base de l’identité de la Hongrie comme porte de la Chrétienté est l’invasion mongole de 1241-1242.
Bien que l’impact réel sur le royaume reste controversé, le choc
psychologique fut important : les sources médiévales décrivent le désastre que représentèrent les
destructions3. En Hongrie, comme en Europe de l’Ouest, la peur du
retour des Mongols resta forte4 ; elle offrait des possibilités de manipulation. Ainsi la cour royale hongroise, au milieu du XIIIe siècle, s’attribua-t-elle le rôle de frontière la plus importante de la Chrétienté.
Une comparaison avec le cas polonais s’avère pertinente, en raison de
similarités étroites et multiples et, en même temps, d’une différence qui se révèle significative.
La christianisation de la Pologne et la formation d’un royaume y fut
synchrone avec l’évolution de la Hongrie. Limitrophe du monde nomade,
la Pologne fut elle aussi touchée par des raids et par l’immigration. L’invasion mongole, contemporaine de celle du royaume hongrois, fut perçue comme une dévastation complète5. Malgré une situation semblable à celle de la Hongrie, les exigences royales n’émergèrent pas au cours du XIIIe siècle, même si, dès les
années 1240, la nécessité de défendre le territoire chrétien conduisit à l’idée de la Pologne comme fines Christianitatis. L’idée que cette position devait donner droit à des privilèges ne
survint qu’au XIVe siècle6. Pourquoi ce décalage ? Il réside dans la
nature du pouvoir.
En effet, il n’existait pas de pouvoir royal unique dans la Pologne
du XIIIe siècle, fragmentée en principautés, alors que le roi Béla IV (1235-1270) manifestait constamment la volonté de centraliser et de renforcer son autorité.
La lutte contre les Mongols n’aboutit donc pas en elle-même à l’idéologie d’une défense de la Chrétienté. Mais, dès l’unification, la volonté de centraliser et d’étendre le pouvoir royal apparaît.

Le discours royal

«La Hongrie, si elle est possédée par les Tatars, sera pour eux une
porte ouverte vers d’autres régions de la foi catholique », écrivait Béla IV au pape Innocent IV7.
Sur cette lettre royale scellée d’une bulle d’or, la formule de
datation ne précise pas l’année, que des opinions diverses placent entre 1247 et 12548.
Pour analyser cette missive, l’examen de son langage métaphorique est aussi important que celui de la situation réelle. Le roi souligne que la menace mongole pèse non seulement sur la Hongrie mais sur toute la Chrétienté – comprise ici comme unité territoriale, synonyme de l’Europe9. Le Danube est la dernière barrière entre le monde païen et le monde chrétien. Il est révélateur que le roi ne parle pas des
montagnes des Carpates, ni des gyepu´´ (marches), zone de défense
située dans la partie orientale de la Hongrie, mais choisisse ce fleuve qui coule au milieu du royaume. Sans doute l’expérience récente, mentionnée par Béla IV, de la halte momentanée des Mongols aux rives du Danube contribua-t-elle à ce choix. Mais il y avait là, également, une liaison symbolique permettant de renforcer l’effet de
menace que le roi voulait mettre au centre de sa lettre. Attila avait
eu jadis sa capitale sur le Danube ; c’est là un point que le roi ne laisse pas d’exploiter. L’évocation du seul nom de ce chef hun, en effet, ne manquait pas de résonances en Occident. Comme Béla IV le souligne, Attila était venu de l’Est pour soumettre l’Ouest, et il avait choisi de s’établir dans des terres qui devinrent ensuite partie
du royaume hongrois. Au XIIe siècle, Buda (Ezilnburg) était
identifiée avec la cité d’Attila10 et, de surcroît, l’assimilation des Huns aux Hongrois continua assez systématiquement tout au long du XIIIe siècle. Après avoir affirmé le rôle essentiel du royaume de Hongrie, le roi Béla se plaint de n’avoir pas été soutenu par le pape et les rois chrétiens au moment de l’invasion. Il décrit la Hongrie entourée d’ennemis chrétiens aussi bien que païens : au lieu de lui porter assistance, ses voisins chrétiens ont tiré bénéfice des dangers que subissait le royaume. Voilà qui justifiait la
politique orientale du roi : des alliances dynastiques nouées avec
les princes russes et polonais pour mieux surveiller les projets des Mongols, l’invitation faite aux Coumans de s’établir dans le royaume et le mariage du prince Istva´n, fils du roi, avec une femme coumane. Le récit de ces alliances donne aussi force à la menace du roi : si besoin était, il pourrait s’allier avec les Mongols pour
sauvegarder son royaume dont la population, traumatisée, serait amenée, en cas de nouvelle incursion, à ne pas résister aux Mongols, laissant ainsi ouverte la porte vers l’Europe.
Cette dernière image, placée par Béla au centre de son argumentation,
est riche de significations. Symboliquement, la porte désigne le point de passage, l’accès ou l’entrée refusée, soit l’état d’entre-deux. Le motif de la porte était parfois
utilisé sur les tombeaux, sans doute pour figurer le passage du mort
d’un monde à l’autre. La représentation des confins entre ce monde et l’autre était associée aux portes de l’enfer comme de la Jérusalem céleste. Porte ouverte, porte fermée ; frontières perméables ou défendant le territoire. Owen Lattimore a différencié les
concepts de frontière d’exclusion et d’inclusion11 ; l’image de la
porte contient les deux à la fois.
Dans le vocabulaire de la Hongrie médiévale, le substantif porte
signifiait aussi des points d’entrée réels : une vallée, un fleuve, une île, un manse servile.
Rogerius, témoin de l’invasion mongole et plus tard archevêque de
Split, raconte que les habitants avaient fortifié une île contre les Mongols, dont on ne pouvait s’approcher que par un étroit sentier sur lequel se trouvaient, édifiées à chaque mille, trois portes avec des tours12. La porte désigne également des lieux forts sur
les gyepu´´, des points de passage entre le royaume et les
territoires environnants, la plupart des exemples étant postérieurs à 1240. On trouve donc une «Oroszkapu (porte russe, entre Hongrie et Galicie) ; une « porta versus Poloniam » vers la Pologne ; une «Nemethkapu » (porte allemande)13. La brana, mot emprunté au
slave, ou le kapu (porte, en hongrois), pouvait être un obstacle
fermant un passage ou, au contraire, une entrée14. Sur le plan conceptuel, rien ne distingue l’entrée de l’île fortifiée et celle du royaume. Bien que le mot utilisé par Béla (hostium) soit
différent de celui qui désigne les points d’entrée aux frontières, il
apparaît clairement que l’idée d’une Chrétienté territoriale entraîna celle de points d’entrée bien antérieurement à l’existence de frontières linéaires nationales. Des chartes, des textes de lois, l’hagiographie, les chroniques témoignent d’ailleurs de la conceptualisation des frontières autour du royaume, où les mots et les concepts recouvrent l’idée de confins et limites : l’ennemi pénètre les « fines regni Hungarie », la défense « confiniorum regni nostri » est digne de récompense, les hommes du roi peuvent être envoyés en commission « ultra terminos regni nostri »15.
En 1212, l’ordre Teutonique était installé « ad custodiendum confinium »16.
Celui de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem fournit des frères « ad custodiam et defensionem castrorum et munitionum in confiniis existentium »17. Ces ordres militaires n’étaient
pas installés sur une frontière fixe, mais dans la partie orientale
du royaume, sur les terres traversées par les routes qu’empruntaient les nomades lors des attaques.
Même si les sources écrites mentionnent la défense de la patria ou du
regnum aussi bien que des confins du royaume, surgit le concept de la défense des confins et limites, et même celui d’une frontière linéaire. Un chroniqueur anonyme pouvait esquisser l’établissement des frontières du royaume par un des premiers souverains de la même façon que les officiers délimitaient terroirs et villages,
par le bornage : un imaginaire ayant un précédent biblique18.
En dépit de l’imagination de l’Anonyme hongrois, les frontières fixes
de la Hongrie n’existaient pas, dans la réalité, au XIIIe siècle. Le
royaume était en partie entouré par les indagines regni ou clausura regni, les gyepu´´ ; des gardiens (custodes confiniorum) assuraient un service de courrier au roi en cas d’attaque. Si l’on examine
la localisation des villages en Hongrie médiévale, établie par György
Györffy, et les cartes des territoires du royaume hongrois limitrophes
d’autres pays au début du XIVe siècle, on peut constater que, bien souvent, de vastes zones séparant ces pays sont dépourvues d’habitats19. Ainsi, dans le comitat de Ma´ramaros, la partie
voisine de la Galicie était inhabitée. A` l’Ouest, le comitat de Moson était densément peuplé, même à proximité immédiate de l’Autriche, au contraire de celui de Nyitra, vers la Moravie, à l’exception d’U´ jva´r («Châteauneuf »), sur la route reliant
la Hongrie et la Moravie. La densité de peuplement était d’ailleurs
inégale même à l’intérieur du pays. Selon Gyula Kristo´ , la frontière orientale de la Hongrie, lieu d’interaction avec le monde nomade, s’est constituée beaucoup plus lentement
que sa frontière occidentale. Alors que des chartes parlaient déjà de
frontières avec la Pologne ou l’Autriche, les confins orientaux étaient toujours décrits comme zone « sans frontières »20. Même la peur et le choc de l’invasion n’ont pas suffi à fournir
l’impulsion pour créer une frontière linéaire fortifiée. Quand, après
l’invasion mongole, le roi abandonna le monopole de la construction des fortifications, le résultat fut l’érection de châteaux forts sur les domaines privés des nobles et non le renforcement des frontières21. Le concept existait donc en l’absence de frontières
étatiques réelles.
On retrouve également une conceptualisation des limites de
territoires plus étendus en Pologne. Les papes fixaient les dimensions des diocèses.

Les documents parlent aussi des confins avec les païens : les forteresses (castra) des chevaliers teutoniques sont « in Prutenorum confinio » ; on se soucie des peuples « in finibus » et « in Pruscie confinio »22. Les lettres pontificales de confirmation de la donation
à l’ordre des chevaliers Teutoniques par Conrad, duc de Mazovie et
Cuiavie, précisent les obligations des chevaliers : lutter contre les Infidèles voisins de Conrad qui attaqueraient ses terres. Défense, propagation de la foi et élargissement des territoires sont ici associés, confiés aux chevaliers en poste « in confinio »23. On
trouve également l’idée de délimitation des duchés et des pays. Le
duc de Cracovie Conrad et l’ordre Teutonique en Prusse ont fixé les limites entre leurs terres. Une charte de 1278 mentionne des limites entre les Polonais et le royaume hongrois (« usque ad metas Ungarie »)24.
Des limites linéaires existaient bien en Hongrie et en Pologne, comme
ailleurs en Europe, à l’échelle des domaines et des villages. Il
suffit de parcourir des chartes hongroises de donations de terre pour percevoir l’omniprésence des processus de délimitations. Ces documents contiennent de longues et précises descriptions de marqueurs naturels (arbres, ruisseaux, pierres) ainsi que des bornes
artificielles, établies pour faciliter le repérage des points qui
définissent les limites de ces terres. En Pologne, le processus de délimitation des terres des domaines (ujazd) est attesté par les chartes depuis le XIIe siècle. Les limites y sont signalées
par des arbres marqués, des buttes, des pierres parfois ornées du nom
(ou plus tard des armes) identifiant le propriétaire et par des bornes
artificielles25.
La rhétorique des rois désignant leur royaume comme la frontière la
plus importante de la Chrétienté ne procédait pas d’une volonté d’en
fortifier et d’en consolider les lignes frontalières. De même, la situation du pays face au monde nomade était duelle : bien que sur la défensive, les rois n’en bénéficiaient pas moins de l’immigration nomade. Béla IV lui-même avait non seulement laissé entrer les Coumans, avant l’invasion mongole, mais il avait ensuite
joué un rôle actif dans leur installation. Les habitants de Pest s’étaient élevés contre les Coumans au moment de l’avance mongole et, à la suite d’un massacre, ceux-ci durent quitter le royaume. Mais Béla les invita à revenir, après l’invasion, parce qu’il en tirait
avantage d’un point de vue militaire et politique. Dans sa lettre, le
roi se plaignait auprès du pontife de la nécessité de s’appuyer sur les païens pour défendre un royaume chrétien et l’Église. En réalité, les Coumans servaient surtout le roi, non dans la défense contre les Mongols, mais dans les attaques contre ses voisins chrétiens et comme soutien du pouvoir royal contre la noblesse locale. De même,
Béla lui disait regretter le mariage dégradant mais nécessaire de son
fils Istva´n ; cette alliance était en fait un moyen de renforcer son pouvoir en s’assurant du soutien des Coumans.A` la cérémonie des épousailles, les chefs coumans prêtèrent serment de loyauté au roi26. Cette conjonction contradictoire de la politique et de l’identité chrétienne apparaît en Hongrie comme en Pologne : là, le
recours aux Ruthènes et autres non-chrétiens par les ducs dans les guerres internes, les missions chez les païens en Prusse, l’installation des Tatars, qui devaient un service militaire, les relations paisibles et les alliances avec les païens lithuaniens n’empêchaient en rien que l’on réclamât de l’aide pour la défense contre les païens.
Ainsi, une politique d’alliances, de mariages dynastiques et
d’espionnage était mise au service de la défense27. Parallèlement, se forgeait une idéologie présentant la Hongrie comme porte de la Chrétienté et réclamant des privilèges pontificaux qui auraient dû découler de cette position spéciale du royaume : la
mainmise sur les ressources ecclésiastiques au service de la construction du pouvoir royal.
C’est pourquoi la fragilité de la Hongrie, et non sa force défensive
potentielle, était au centre de l’argumentation. Le roi décrit une partie seulement de la réalité, omettant d’avouer les avantages qu’il tirait de l’installation des Coumans, ou les victoires militaires contre ses voisins. De là, le choix de la métaphore de la porte,
au lieu de celle du mur ou du rempart, pourtant déjà utilisée dans
des documents émanant de la cour royale : le roi Andra´s II l’employa pour justifier l’installation des chevaliers teutoniques dans le Barcasa´g, « in confinio [...] pro regno tamquam firmum propugnaculum28 ». En choisissant l’image de la porte, le roi
s’adaptait aux exigences de la réalité et manipulait à son profit le concept d’identité chrétienne, voulant tout à la fois exploiter la situation de frontière, profiter de la présence coumane et retourner contre la papauté une idéologie venant du « centre ». Béla
multiplia à cette fin lettres et messagers pour avertir les pontifes
du danger mongol et faire pression pour que soient satisfaites ses revendications. De telles exigences s’inscrivent dans la politique du roi, qui reprenait des domaines donnés aux institutions
ecclésiastiques et formulait l’idée que l’Église, le haut clergé
surtout, devait le soutenir pour le bien du royaume29.
Kazimierz III (r. 1333-1370) fut le premier à prendre le pouvoir d’un
royaume polonais unifié ; et le premier aussi à utiliser systématiquement une identitéfrontière pour son royaume, qui se fondait sur la revendication d’une position frontalière aux marges orientales de la Chrétienté. Cette rhétorique avait pour but
de faciliter le contrôle royal sur l’Église (avec un gain financier à
la clé) : utiliser les taxes pour les guerres et autres objectifs royaux, installer des hauts fonctionnaires ecclésiastiques au gré du roi. Cette formulation de la nouvelle idéologie royale ne surgit pas du néant ; elle apparaît sous okietek (1260- 1333), le
réunificateur du royaume, couronné roi en 1320. Dans ses lettres au
pape Jean XXII, parlait des raids nomades et de la nécessité de la défense pour espérer
obtenir la couronne, et décrivait le Halicz-Vladimir comme une « zone-
tampon » contre les Tatars en 1323 pour en justifier l’annexion30. En 1343, Kazimierz fonda les intérêts du royaume polonais à l’Est sur la défense de la Chrétienté. Le roi
obtint du pape l’autorisation de retenir une partie des revenus
ecclésiastiques dans son royaume pour la défense de celui-ci contre les païens31. En 1352, il demanda l’exemption de la Pologne des obligations financières à Rome en employant une argumentation qui ressemble à celle de Béla IV32 : le royaume est situé sur les
frontières chrétiennes les plus lointaines, donc les plus exposées
aux attaques.
Tout assaut contre la Pologne entraînerait un danger pour les
chrétiens, qu’ils soient proches ou éloignés du royaume ; lutter pour la Pologne est synonyme de défense des fidèles et doit être subventionné par la papauté. Les revendications découlant de l’identification de la Pologne comme frontière de la
Chrétienté servaient l’expansion territoriale et la centralisation du pouvoir royal33. Il est significatif que, parallèlement à sa correspondance avec le pape au sujet de la
Pologne, frontière de la Chrétienté, Kazimierz s’intéressa à la délimitation de ses territoires.
Ainsi, en 1349, il établit les « vraies et perpétuelles » limites
entre ses terres et
celles de l’ordre Teutonique, en se désignant comme roi de toute la
Pologne34.
L’identité frontalière apparaît donc au carrefour des guerres contre
les païens, d’un intérêt axé sur la délimitation des terres, surtout royales, et de la volonté d’accroître la puissance royale. La guerre défensive contre les non-chrétiens ne suffit pas à produire une telle idéologie, puisque ces conflits commencèrent
longtemps avant Kazimierz.
Un discours identique rassemblait rois et papes. L’idée d’une
Chrétienté territoriale, dont les rois avaient pour rôle d’assurer la défense, pouvait servir la papauté en renforçant son autorité suprême à la tête du monde chrétien. Mais elle pouvait aussi servir les intérêts des rois qui, tel Béla IV, revendiquaient des pouvoirs
sur l’Église locale. Les revendications spécifiques de Béla étaient
formulées avec l’aide de clercs qui connaissaient les droits romain et canon35.
Une autre donnée indique que le discours du roi est issu du même
milieu ecclésiastique que celui de la papauté : l’utilisation de la forme Totila pour Attila.
Son emploi dans la lettre de Béla IV est peu commun. Il nous fournit
un indice quant à la formation de son auteur : elle atteste une influence italienne36. L’inversion d’une rhétorique pontificale traditionnelle, l’image de l’Église-mère et des rois-fils, est explicite lorsque Béla affirme qu’il sera inévitable de s’incliner devant les Mongols si le pontife traite le roi comme une marâtre son beau- fils.

Le soutien pontifical

Pendant et après l’invasion mongole, l’idée d’une croisade pour aider
la Hongrie fut avancée. En 1241, Grégoire IX parla des Mongols comme d’un danger commun à toute la terre des chrétiens (« totam christianorum terram ») et présenta la défense comme un devoir commun37. Innocent IV était prêt à lancer un appel à
la croisade pour aider la Hongrie au cas où les Mongols seraient de retour38. En 1247, le souverain pontife se montra aussi favorable à l’envoi de croisés si nécessaire, car il considérait le danger mongol non comme une cause purement locale, mais qui concernait chaque fidèle : « Non est proprium, sed commune, ac tangit quemlibet
christianum »39. Le peuple chrétien tout entier est donc responsable
de la protection de la Hongrie, et le pape acceptait d’accorder à ces combattants pour la foi la même indulgence qu’aux croisés en route pour la Terre sainte40. Le risque mongol fut aussi souligné au concile de Lyon I, en 1245. Innocent IV
enjoignit aux souverains des pays touchés par les invasions, en leur promettant une aide financière, de surveiller minutieusement les routes et les entrées par lesquels les Mongols
pouvaient pénétrer dans leurs territoires et de les bloquer avec
fossés et murs41.
Les papes, sans enthousiasme au début du XIIIe siècle, mais de plus
en plus volontiers par la suite, surtout après l’invasion mongole,
reconnaissaient les dangers que les païens faisaient courir à la Pologne. En 1217, le pape Honorius III releva l’archevêque de Gniezno de sa participation au pèlerinage à Jérusalem
en raison de son état de santé, et l’autorisa à garder des croisés inaptes au combat en Terre sainte afin de défendre les terres polonaises contre les païens. En 1221, on dit de Lestko, duc de Pologne, alors malade et incapable de faire le passage outre-mer,
qu’il pourrait plus facilement se rendre en Pruténie voisine (la
Prusse) à la tête d’une armée pour convertir les païens (Grégoire IX encouragea d’ailleurs cette guerre). Les papes accordèrent à ces croisés des indulgences parfois égales à celles offertes aux croisés en route pour la Terre sainte42.
Après l’invasion mongole, la papauté promut la défense de la Pologne
contre les attaques tatares. Les bulles pontificales se multiplièrent, qui annonçaient la prédication de croisades contre les Mongols et autres païens qui s’en prendraient à la Chrétienté43. L’invitation à lutter contre le paganisme se trouve dans plusieurs
lettres pontificales comme défense du nom du Christ, des fidèles, ou
de la « dilatatio » de la foi. La papauté admet, avec les rois de Pologne, que le danger est l’affaire de « totius christianitatis »44.
Béla retourna donc contre le pape l’idée d’une Chrétienté
territoriale, déjà bien diffusée au XIIIe siècle, pour exiger des concessions auxquelles d’autres souverains aspiraient également. Ce détournement est explicite quand le roi reproche au pape son intérêt pour la croisade de Louis IX : même si les
territoires outremer se trouvaient détachés du monde chrétien, ce fait ne nuirait pas autant aux habitants de l’Europe que la perte de la Hongrie. Cette argumentation est en partie comparable à celle exprimée dans le traité Super Hieremiam (entre 1243-1248), où
sont condamnées les croisades. Une des raisons en est l’idée que
l’envoi de chrétiens vers l’Orient latin affaiblit la barrière qui protège la Chrétienté contre les païens. Or, vers 1250, ce traité était connu en Allemagne et en Italie ; on doit se demander s’il a pu influencer la lettre de Béla IV45. La critique continua tout au long
du XIIIe siècle en Europe centrale. Comme l’a montré Jacques Le Goff,
l’espace de la Chrétienté devint un enjeu au concile de Lyon II où Bruno, évêque d’Olomouc, insista sur l’importance de la frontière voisine face aux Tatars et aux Coumans46.
Mais, contrairement aux rois polonais, Béla ne parvint pas à
convaincre le pape.
Certes, les pontifes successifs s’alarmèrent, jusqu’à adresser à Béla
une série de lettres destinées à empêcher une alliance matrimoniale entre les Mongols et lui47.
Néanmoins, l’obligation de payer une partie des dîmes pour la
croisade en Orient latin concerna même la Hongrie48. Le pape Alexandre IV, quant à lui, réfutait
carrément la position du roi. Il affirma tout d’abord que, mise à
part une confrontation militaire, l’effort de conversion était la seule attitude légitime possible envers les Mongols ; toute autre forme de transaction mettrait en péril non seulement le
pays, mais l’âme du roi. Alexandre avait recours à l’antique topos
d’un Dieu juste qui punit les chrétiens pour leurs péchés mais qui écoute ceux qui prient et croient : le roi et le peuple sont les seuls coupables ; s’ils étaient de vrais chrétiens, Dieu écarterait d’eux le danger mongol49.
Au XIVe siècle, l’attitude de la papauté paraît évoluer quelque peu.
En 1325, Jean XXII adressa une série de lettres au roi et au peuple chrétien de Pologne, concédant à la suite de leurs demandes des indulgences pour ceux qui prenaient part à la lutte contre les Mongols et les autres païens pour la défense de la foi chrétienne en Pologne ; ce combat concernait aussi la défense d’autres terres voisines.
Le pape se référait à une lettre envoyée de Pologne, qui présentait
sa population en proie aux attaques des Infidèles et ayant besoin d’aide, ce qui ne l’empêcha pas de déclarer que l’aide spirituelle devait prévaloir sur l’aide temporelle50. En 1343, une lettre pontificale reprenait l’affirmation du roi que la
protection de la Pologne concernait l’Église tout entière : les Tatars, Ruthènes et Lithuaniens infidèles attaquent le royaume, dont la défense est aussi celle de l’honneur de l’Église51. L’entente est donc complète sur l’importance de la guerre contre les païens. Le pape admet que cette lutte touche la « santé » et la sécurité des chrétiens, même loin de Pologne.A` la demande du roi Kazimierz, le pape Innocent VI réitéra, en 1356, l’obligation pour les ecclésiastiques polonais d’assister le roi pour la défense du royaume, cette fois contre les Lithuaniens païens52.
Cette assistance prit une forme concrète au cours du XIVe siècle ; en Pologne, l’Église finança le roi.

Les frontières ibériques

A` l’autre bout de l’Europe, le rôle des royaumes chrétiens ibériques
dans les guerres contre les musulmans était aussi perçu comme service et défense de la Chrétienté, et utilisé comme moyen de pression contre la papauté. Les références
à la cause chrétienne se multiplient au cours du XIIIe siècle : la Reconquista est devenue de plus en plus une affaire interne espagnole, pour ce qui est des protagonistes, mais, dans son idéologie, elle se voulait un enjeu pour la Chrétienté tout
entière. La chronologie et les caractères de l’émergence d’une identité locale liée à la guerre restent controversées ; mais, dans ce processus, souverains et pontifes élaborèrent une rhétorique commune : celle de l’avancée chrétienne contre les musulmans53.
Dès 1134, le comte de Barcelone Raymond Berengar concédait un château
aux Templiers contre les Sarrasins, « ad defensionem christianitatis »54.Dans les années 1180, Alphonse VIII de Castille eut recours à une nouvelle image de légitimation,
forgée avec l’aide de clercs ayant la maîtrise du droit romain et du
droit canon : le champion de la Chrétienté55. Si les papes traitaient les royaumes chrétiens ibériques comme défenseurs de la Chrétienté depuis longtemps, le soutien pontifical était loin d’être constant. En 1213, Innocent III révoqua les indulgences accordées à ceux qui luttaient en Espagne et introduisit une taxe sur les revenus ecclésiastiques pour promouvoir la cause de la croisade en Terre sainte. Mais, en 1217, le pape Honorius III privilégia lui aussi la poursuite de la croisade à l’Est56. Les bulles pontificales étaient invariablement porteuses d’un vocabulaire
qu’elles partageaient avec les lettres royales, où elles l’avaient puisé. Cette rhétorique chrétienne de la guerre contre les musulmans s’attacha à des notions telles que la défense du peuple
chrétien et de l’Église. A` l’Ouest comme à l’Est, se trouve exprimée l’idée de la défense et de l’expansion d’une Chrétienté territorialisée, ayant ici des confins et des fronts militaires avec les musulmans. Des campagnes sont nécessaires « ad exterminandum inimicos nominis Christiani de finibus haereditatis » de l’Infant
Ferdinand57. Les exemples de villes, bâtiments et populations « in
frontaria » et « in confinio sarracenorum » sont nombreux. D’autres expressions encore concernent l’expansion des limites de la Chrétienté : Honorius III demanda au roi Alphonse IX de Leo´n de promouvoir la guerre contre les Sarrasins pour cette même
raison : « ad exterminandos sarracenos ipsos de Yspanie finibus et
christianorum terminos dilatandos », puis concéda une taxe à cette fin, exprimant l’espoir que Dieu veuille étendre les limites de la Chrétienté58. Le rôle des rois était central aux yeux des
papes, car la direction des campagnes militaires leur était confiée,
et ils étaient félicités pour leurs victoires, ce que fit, par exemple, Urbain II en 1088 à l’adresse du roi Alphonse VI, élevé par le Christ au rang de « christiane fidei propugnatorem »59.
Cette « promotion » contribua à l’essor des revendications royales.
Les XIIe-XIIIe siècles correspondent à une territorialisation des
pouvoirs, période au cours de laquelle la délimitation des domaines se fait de plus en plus précise dans les chartes60. La conquête, puis la répartition des terres menèrent également à leur démarcation. Ainsi, à Valence, forteresses, collines, ravins signalent
des limites61. Ailleurs, celles-ci sont établies tout aussi
soigneusement, signalées par des bâtiments, y compris une mosquée, des fleuves, voire des bornes (mojones).
Les litiges et les interventions royales pour déterminer les limites
des domaines et pour instruire les agents royaux sur l’emplacement des bornes montrent toute l’importance de ces pratiques62 et le rôle de la mémoire dans l’établissement des limites. Ferdinand affirma que celles d’une terre devaient rester là où elles étaient
au temps des musulmans ; à l’occasion, ce sont les musulmans eux-
mêmes qui prêtent serment pour attester l’emplacement des limites63. A` l’échelle du royaume, le concept de frontière existait cependant avant le XIIIe siècle64.

Les frontières apparaissent dans les articles des traités politiques (ainsi entre la Castille et le Leo´n) ; elles y étaient même déterminées à l’avance65. Les rois d’Aragon et de Castille ont
souvent tenté, par des accords, de partager les territoires conquis
en décidant de l’appartenance à l’un ou l’autre royaume de tel ou tel château ou ville, ainsi en 1244 dans le traité d’Almizra66. A` partir du XIe siècle et, surtout, du XIIe siècle, les rois statuèrent aussi sur les frontières précises des royaumes, y compris les rivières
et l’emplacement des bornes67. Les effets pratiques de ces accords
étaient variables, mais la tendance était à la stabilisation des frontières. Ces documents reflètent deux types de décisions : l’identification de lieux spécifiques, qui ne suppose nullement
la création d’une frontière linéaire, et l’existence d’une ligne
frontalière précise entre royaumes (comme les rivières).
C’est dans ce contexte de guerres locales et de territorialisation
des pouvoirs qu’il faut situer les revendications royales émises auprès de la papauté. Le recours à une idéologie chrétienne au bénéfice du roi est présent dans la péninsule dès la fin du XIIe siècle, sans guère de réussite avant les règnes de
Jacques Ier d’Aragon et de Ferdinand III de Castille. Les rois, soutenus par leurs victoires ainsi que par le spectre de nouvelles invasions et rébellions musulmanes, demandèrent à pouvoir
disposer des ressources des églises locales68. Jacques Ier d’Aragon
décrivit la guerre contre les Sarrasins comme le subsidium (l’aide) de la foi chrétienne dans la lutte pour l’extirpation de la perfidie des Maures et pour l’extension (ad ampliandam) de la foi catholique69. Célébré par les papes pour ses conquêtes, il
exprima à plusieurs reprises sa fierté d’être le meilleur roi, assuré qu’il était que personne n’avait mieux que lui servi Dieu, l’Église et le pape70. Combattre les musulmans avait aussi une
dimension territoriale. Jacques essaya de convaincre les nobles qui
l’entouraient de l’aider contre les Infidèles, arguant que la défense des conquêtes était plus importante dans la péninsule qu’outre-mer. Il fait référence à la « frontera » de Murcie et de Grenade dans une charte, parle du front militaire et de la nécessité de garder la « frontera »71, et il donna des châteaux et des villes « qui loca sunt in termino regni Valencie » aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
De l’accent mis sur la cause chrétienne, on glissait à celui porté
sur les frontières.
En témoigne l’idéologie curiale en vigueur sous Ferdinand III de
Castille.
Ce dernier possédait un sens aigu de la territorialité : il chercha à
consolider le territoire et le pouvoir monarchique, exprimant la nécessité pour un roi de défendre les frontières de son royaume72. L’idée des confins avec les musulmans transparaît de plus en plus dans les sources : ainsi la crainte qu’un noble pût s’allier contre Ferdinand III avec des puissances musulmanes « in frontaria nostre » ; une famille noble détenant ses terres « in frontaria maurorum » ; une autre ayant reçu des donations « in frontaria sarracenorum »73. Rodrigo Jiménez de Rada († 1247), archevêque
de Tolède, lui-même partie prenante dans les guerres d’expansion
aussi bien que dans la formulation de l’histoire officielle sous
Ferdinand, dit de l’Hispania qu’elle est située « in Occidentis finibus » et parle du Duero comme « limes inter Christianos et Arabes » au temps d’Almanzor74. La Cro´nica latina de
los reyes de Castilla utilise aussi la forme « frontaria » dans le contexte de ces guerres avec
les musulmans « pro honore fidei Christiane »75. Le substantif «
frontera », dans les chroniques relatives au règne de Ferdinand III, désigne la plupart du temps la limite entre la Castille et les pays musulmans d’al-Andalus76. L’idée d’une séparation territoriale entre chrétiens et musulmans est accentuée dans ces sources, quand bien même l’objectif royal n’était pas l’établissement d’une
frontière fermée par des fortifications. Ferdinand III a clairement exprimé le lien entre la défense de la Castille et celle de la Chrétienté, par exemple dans ses donations à l’ordre
de Calatrava pour ses mérites « in defensione regni et Christianitatis77 ». L’insistance sur les frontières chrétiennes, ainsi que la répétition de ce que la conquête était au service de Dieu et du peuple chrétien, lui a permis d’obtenir de Rome le
contrôle des revenus et du personnel ecclésiastiques. Il reçut aussi
le droit d’intervenir dans les élections épiscopales et d’utiliser les tercias, la partie des dîmes ecclésiastiques qui fut intégrée aux revenus royaux78. Une charte de 1264 réunit tous ces points idéologiques. Alphonse X se réfère au soulèvement musulman pour
affirmer que ce qui est contre le pouvoir royal est aussi contre la
foi chrétienne. Il cite les bulles pontificales pour promouvoir la guerre contre les musulmans « en
la frontera de Castilla e de Leo´n»79. Bien qu’un danger réel existât
encore, les revenus accordés, justifiés par la nécessité de la défense, étaient souvent utilisés à d’autres fins que la guerre ; la même justification se retrouve dans les demandes diverses, y compris les dispenses de mariage. Ainsi l’accent sur la guerre comme
cause chrétienne a-t-il contribué à l’émergence du mot frontera dans
le contexte de la frontière avec l’Islam80. Aller à la « frontera », soit pour visiter des lieux (éd.), La documentacio´n pontificia de Inocencio IV, 2 vols, Rome, Instituto Espan˜ ol de récemment conquis, soit pour guerroyer contre les Infidèles, est une expression
que l’on trouve fréquemment dans la Estoria de Espan˜a. Le mot
désigne un territoire, des terres récemment conquises, le front… La chronique parle aussi d’une « frontera » – toujours un territoire – fortifiée, surveillée, sécurisée81.
L’analyse des propos que la Estoria de Espan˜a prête au roi Alphonse
à la veille de la bataille de Las Navas de Tolosa souligne l’usage de la référence religieuse, surtout dans les relations avec le monde extérieur. Il s’adresse à ceux qui viennent des diverses parties de la péninsule Ibérique, puis aux « ultramontains »,y compris ceux des territoires italiens, allemands et français. Aux premiers, qu’il
présente comme des « amis », il souligne le lien qui les unit : «
Nous sommes tous des Espagnols ». Il parle d’une guerre pour le territoire ainsi que d’une vengeance pour le mal que les musulmans ont fait subir à la Chrétienté en prenant sa terre de force. En s’adressant aux seconds, Alphonse insiste sur la force unificatrice de l’Église et de la Chrétienté : « En la cristiandad et [sic] en la
eglesia todos eramos unos82. »
Ainsi, le concept d’une Chrétienté à étendre et défendre fut repris
par les rois et utilisé pour renforcer leurs pouvoirs émergents aussi bien en Hongrie que dans la péninsule Ibérique pendant le XIIIe siècle, tandis que le même processus se déroulait en Pologne au XIVe siècle, toujours dans le même contexte : la
conjoncture idéologique d’une Chrétienté unie sous l’autorité d’un souverain pontife ; des guerres locales impliquant une population d’une autre religion, requalifiées en guerres contre
des ennemis de la Chrétienté ; la territorialisation, puis
l’émergence de la centralisation monarchique. En Pologne, tous ces éléments étaient réunis au XIIIe siècle, à l’exception d’un pouvoir monarchique local ; avec l’apparition de ce dernier au siècle suivant, l’idéologie de la défense de la Chrétienté s’imposa
aussitôt à la cour royale. Pour penser les frontières à l’échelle d’un royaume ou du monde chrétien, l’existence préalable des limites locales et du concept de limites précises était fondamentale.
L’existence d’un tel concept facilita l’articulation d’une rhétorique
chrétienne contre les non-chrétiens avec la territorialisation du pouvoir. Les changements au niveau mental jouaient donc un rôle dans l’émergence des frontières étatiques. Aux XIIIe et XIVe siècles, l’idée de la défense de la foi ou des gens coexiste conquista de Toledo (1085): fronteras reales y fronteras mentales »,
Cuadernos de Historia de Espan˜a, 69, 1987, pp. 197-215. Au XIIIe siècle, « frontera » devint un substantif : avec celle du territoire et des frontières du monde chrétien. Il n’existe pas d’antagonisme
entre des périodes où le pouvoir aurait été pensé uniquement par
référence aux populations et à la juridiction, et une autre, plus tardivement, où il aurait été uniquement territorial.
Les rois des pays frontières revendiquèrent une position centrale
dans la géographie mentale chrétienne. Ce discours servit à renforcer le pouvoir royal.
Pour autant, cette rhétorique n’était pas une création des seules
cours royales : elle s’est forgée dans l’interaction avec Rome. Dans la lutte pour le pouvoir entre papes et rois, il serait vain de chercher à identifier qui fut à l’origine de l’idée de défenseur
de la Chrétienté. L’idéologie pontificale et les revendications
locales étaient inextricablement liées.

1 -Je remercie Louise Haywood, Peter Linehan, Ana Rodrı´guez Lo´ pez,
Grzegorz
Mys´liwski, Sylvain Piron, Wojciech Polak, Stephen C. Rowell, Henryk
Samsonowicz
pour leurs conseils.
2 – NORA BEREND, At the Gate of Christendom: Jews, Muslims and «
Pagans » in Medieval
Hungary c. 1000-c. 1300, Cambridge, Cambridge University Press, 2001,
pp. 42-43 ; PAUL
W. KNOLL, « Poland as Antemurale Christianitatis in the Late Middle
Ages », The Catholic
Historical Review, 60-3, 1974, pp. 381-401, ici pp. 382-383 ; EMILIO
MITRE FERNA´ NDEZ,
«La Cristiandad medieval y las formulaciones fronterizas », in E.
MITRE FERNA´ NDEZ et
alii, Fronteras y fronterizos en la historia, Valladolid, Instituto
de Historia Simancas/
Universidad de Valladolid, 1997, pp. 9-62.
Annales HSS, septembre-octobre 2003, n°5, pp. 1009-1027.

3 -N. BEREND, At the Gate of Christendom…, op. cit., pp. 34-38.
4 – FELICITAS SCHMIEDER, Europa und die Fremden: Die Mongolen im
Urteil des Abendlandes
vom 13. bis in das 15. Jahrhundert, Sigmaringen, Thorbecke, 1994 ;
PETER JACKSON,
« Christians, Barbarians and Monsters: The European Discovery of the
World Beyond
Islam », in P. LINEHAN et J. L. NELSON (éds), The Medieval World,
Londres-New York,
Routledge, 2001, pp. 93-110.
5 – ANNA RUTKOWSKA-PLACHCINSKA, « L’image du danger tatar dans les
sources polonaises
des XIIIe-XIVe siècles », in Histoire et société : Mélanges offerts à
Georges Duby, vol. 4, La
1 0 1 0 mémoire, l’écriture et l’histoire, Aix-en-Provence,
Université de Provence, 1992, pp. 87-95.
L E S M A R G E S D E L ‘ E U R O P E
6 -Les demandes de protection ne constituent pas le même type d’usage
idéologique,
cf. JADWIGA KRZYZh ANIAKOWA, « Poland as « Antemurale
Christianitatis ». The Political
and Ideological Foundations of the Idea », Polish Western Affairs, 33-
2, 1992, pp. 3-24,
ici pp. 8-9. P. W. KNOLL, « Poland as Antemurale
Christianitatis… », art. cit., pp. 385-386 ;
URSZULA BORKOWSKA, « The Ideology of « Antemurale » in the Sphere of
Slavic Culture
(13th-17th Centuries) », in The Common Christian Roots of the
European Nations, Florence,
Le Monnier, 1982, vol. 2, pp. 1206-1221, ici pp. 1206-1207.
7 -« Si possideretur a Thartharis, esset pro ipsis apertum hostium ad
alias fidei catholice
regiones »: Archivio Segreto Vaticano [ASV], AA Arm. I-XVIII-605. Fac-
similé : ALDO
MARTINI, I sigilli d’oro dell’Archivio Segreto Vaticano, Milan,
Franco Maria Ricci, 1984,
9E. L’édition de AUGUSTINUS THEINER, Vetera Monumenta Historica
Hungariam Sacram
Illustrantia, vol. 1, 1216-1352, Rome, 1859, pp. 230-232, omet «
Cumanorum » au titre
royal, et contient quelques erreurs mineures de transcription.
8 -N. BEREND, At the Gate of Christendom…, op. cit., pp. 166-167 ;
TORU SENGA, « IV. Béla
külpolitika´ja és IV. Ince pa´pa´hoz intézett « tata´r-levele » », Sza´
zadok, 121-4, 1987,
pp. 584-612.
9 -« Non solum contra nos [...] ymmo eciam contra totam
christianitatem condixerunt,
et [...] firmiter in brevi proposuerint contra totam Europam suum
innumerabilem exercitum
destinare. »»
10 -G YO¨ RGY GYO¨ RFFY, « Hun sza´rmaza´selmélet », in Kro´nika´ ink
és a magyar o´störténet.
Régi kérdések- u´j va´ laszok, Budapest, Balassi Kiado´ , 1993, pp.
126-180, ici pp. 131-137.
11 -O WEN LATTIMORE, « Origins of the Great Wall of China: A Frontier
Concept in
Theory and Practice », Studies in Frontier History: Collected Papers,
1928-1958, Londres,
Oxford University Press, 1962, pp. 97-118.
12 -I MRE SZENTPÉTERY (éd.), Scriptores Rerum Hungaricarum, 2 vols,
Budapest, Magyar
1 0 1 2 Tudoma´nyos Akadémia, 1937-1938, vol. 2, p. 578.
L E S M A R G E S D E L ‘ E U R O P E
13 -G YULA KRISTO´ , FERENC MAKK et LA´ SZLO´ SZEGFU″ , « Szempontok
és adatok a korai
magyar hata´rvédelem kérdéséhez », Hadtörténelmi Közlemények, n. s.,
20-4, 1973, pp. 639-
659, ici pp. 648-650.
14 -G YULA KRISTO´ , A va´ rmegyék kialakula´ sa Magyarorsza´gon,
Budapest, Magveto´´ Kiado´ ,
1988, p. 112 ; HANSGERD GO¨ CKENJAN, Hilfsvölker und Grenzwächter im
Mittelalterlichen
Ungarn, Wiesbaden, Franz Steiner, 1972, pp. 10-11. LORA´ND BENKO″ , «
A korai magyar
gyepu´védelem terminolo´ gia´ja´hoz (Anonymus Borona´-i) », in Név és
történelem. Tanulma´ -
nyok az A´ rpa´ d-korro´l, Budapest, Akadémiai Kiado´ , 1998, pp. 76-
83.
15 -G USZTA´ V WENZEL (éd.), Codex diplomaticus Arpadianus
continuatus, 12 vols, Pest,
1860-1874, vol. 4, pp. 25, 253, 310.
16 -L UCIEN AUVRAY (éd.), Les registres de Grégoire IX, 4 vols,
Paris, 1890-1955, no 643 ;
ZSIGMOND JAKO´ (éd.), Erdélyi Okma´ nyta´ r (Codex Diplomaticus
Transsylvaniae), I, 1023-
1300, Budapest, Akadémiai Kiado´ , 1997, no 43. Grégoire IX, 26 avril
1231 : G. WENZEL,
Codex diplomaticus…, op. cit., vol. 1, pp. 297-298 ; AUGUSTUS
POTTHAST, Regesta Pontificum
Romanorum, 2 vols, Graz, Akademische Druck-und Verlagsanstalt, 1957,
no 8729 ;
Z. JAKO´ (éd.), Erdélyi Okma´ nyta´ r…, op. cit., no 161. 31 août
1232 : L. AUVRAY (éd.), Les
registres de Grégoire IX, op. cit., no 1096 ; Z. JAKO´ (éd.), Erdélyi
Okma´ nyta´ r…, op. cit., no 166.
17 -ASV, Registra Vaticana 22, an. VIII, ep. 533, f. 76r, f. 75v ;
ÉLIE BERGER (éd.), Les
registres d’Innocent IV, Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes
et de Rome, Paris,
1884-1921, no 5266 (1250).
18 -E MIL JAKUBOVICH (éd.), Anonymi (P. Magistri) Gesta Hungarorum,
in I. SZENTPÉTERY
(éd.), Scriptores Rerum Hungaricarum…, op. cit., vol. 1, pp. 33-
117, ici pp. 113-114. Sur la
délimitation de Canaan par Dieu dans la Vulgate : Nombres 34, 2-12. 1
19 -G YO¨ RGY GYO¨ RFFY, Az A´ rpa´ d-kori Magyarorsza´ g történeti
földrajza, 4 vols à ce jour,
Budapest, Akadémiai Kiado´, 1963, sous le nom de chaque comitat (par
ordre alphabétique).
20 -G. KRISTO´ , A va´ rmegyék…, op. cit., p. 114.
21 -E RIK FU¨ GEDI, Va´r és ta´rsadalom a 13-14. sza´ zadi
Magyarorsza´gon, Budapest, Akadémiai
Kiado´ , 1977, pp. 30-31 (trad. angl. Castle and Society in Medieval
Hungary (1000-
1437), Budapest, Akadémiai Kiado´ , 1986).
22 -I RENA SUŁKOWSKA-KURAS´ et STANISŁAW KURAS´ (éds), Bullarium
Poloniae, vol. 1,
1000-1342, Rome, École française de Rome, 1982, nos 248 (1230), 626
(1257), 254 (1230),
263 (1232), 343 (1236). Ces désignations avaient toujours cours au
XIVe siècle, voir
nos 1072 et 1169.
1 0 1 4 23 – Ibid., nos 318 et 386.

24 – LEON RZYSZCZEWSKI et ANTON MUCZKOWSKI (éds), Codex diplomaticus
Poloniae, t. II/2,
Varsovie, 1852, p. 596, no 441 (1242), et t. I, Varsovie, 1847, p.
105, no 59.
25 -H ANS-JU¨ RGEN KARP, Grenzen in Ostmitteleuropa während des
Mittelalters, Cologne-
Vienne, Böhlau Verlag, 1972, pp. 120-126 ; GRZEGORZMYS´LIWSKI, «
Boundary Delimitation
in Medieval Poland », in S. J. KIRSCHBAUM (éd.), Historical
Reflections on Central
Europe. Selected Papers from the Fifth World Congress of Central and
East European Studies,
Warsaw, 1995, Londres-New York, Macmillan Press, St Martin’s Press,
1999, pp. 27-36,
ici pp. 27-28. Avant l’invasion mongole : L. RZYSZCZEWSKI et A.
MUCZKOWSKI (éds),
Codex diplomaticus Poloniae, t. I, p. 31, no 19 (1228) [voir
corrections ibid., t. 2, pars 1,
p. 9, no. 8], p. 41, no 27 (1237), et après l’invasion : p. 105, no
59 (1278).
26 -N. BEREND, At the Gate of Christendom…, op. cit., pp. 70-71, 98-
99, 196.
27 -J ENO″ SZU″ CS, « A kereszténység belso´´ politikuma a XIII.
sza´zad dereka´n : IV. Béla
kira´ly és az egyha´z », Történelmi Szemle 21, 1978, pp. 158-181 ;
ID., Az Utolso´ A´ rpa´dok,
Budapest, MTA Történettudoma´nyi Intézete, 1993, pp. 3-139. DENIS
SINOR, Inner Asia
and its contacts with Medieval Europe, Londres, Variorum Reprints,
1977, nos X, XII.
28 -F RANZ ZIMMERMANN et CARL WERNER (éds), Urkundenbuch zur
Geschichte des
Deutschen in Siebenbürgen, Hermannstadt, 1892-1902, vol. 1, p. 20
(1222).
29 -É DOUARD JORDAN (éd.), Les registres de Clément IV, Bibliothèque
des Écoles françaises
d’Athènes et de Rome, 2e série, Paris, Thorin, Albert Fontemoing/De
Boccard, 1893-
1945, no 113 (1265). « Pro bono statu regni » : J. SZU″ CS, « A
kereszténység belso´´ politi-
kuma… », art. cit., p. 174.
30 – Codex diplomaticus Maioris Poloniae, vol. 2, Poznan´ ,
Bibliotheca Kornicensis, 1878,
no 1013 ; JOANNES PTAS´NIK (éd.), Monumenta Poloniae Vaticana, vol.
1, Cracovie, Academia
Litterarum Cracoviensis, 1913, no 83.
31 -I RENA SUŁKOWSKA-KURAS´ et STANISŁAW KURAS´ (éds), Bullarium
Poloniae, vol. 2,
1342-1378, Rome, École française de Rome, 1985, no 106; P. W.
KNOLL, « Poland as
antemurale Christianitatis… », art. cit., p. 392.
32 -I. SUŁKOWSKA-KURAS´ et S. KURAS´ (éds), Bullarium Poloniae, vol.
2, op. cit., no 607 ;
AUGUSTINUS THEINER, Vetera Monumenta Poloniae et Lithuaniae
gentiumque finitimarum
historiam illustrantia, t. 1, 1217-1409, Rome, 1860, no 713 : «
Regnum Polonie [...] est in
ultimis Christianorum finibus constitutum [...] ex impugnacione
ipsorum non solum
dictum Regnum eiusque incole, quinimo fideles ceteri dicto Regno tam
proximi quam
remoti proculdubio diris adversitatibus lederentur [...] in huiusmodi
defensione et tuitione
non solum dictorum Regis et Regni, sed aliorum fidelium vicinorum, et
eciam,
ut premittitur, remotorum salubritas agitur et securitas
procuratur. » P. W. KNOLL,
« Poland as Antemurale Christianitatis… », art. cit., pp. 392-393.
33 -N ORMAN DAVIES, God’s Playground: A History of Poland, Oxford,
Clarendon Press,
1981, vol. 1, pp. 95-102 ; PAUL W. KNOLL, The Rise of the Polish
Monarchy: Piast Poland
in East Central Europe, 1320-1370, Chicago-Londres, The University of
Chicago Press,
1972 ; GOTTHOLD RHODE, Die Ostgrenze Polens: Politische Entwicklung,
kulturelle Bedeutung
und geistige Auswirkung, vol. 1, Cologne-Graz, Böhlau Verlag, 1955,
pp. 242-253.
34 -L. RZYSZCZEWSKI et A. MUCZKOWSKI (éds), Codex diplomaticus
Poloniae, t. II/2, op. cit.,
p. 706, no 500 (1349) : « Nos Kazimirus [...] rex tocius Polonie
[...] fecimus et ordinamus
inter nostras terras, Cuiavie videlicet et Polonie parte ex una, et
religiosum ac magnificum
virum dominum Henricum [...] et suum ordinem ac terras ipsorum,
Culmensem
videlicet et Pomoranie parte ex altera veras granicies et perpetuo
duraturas. » Ibid.,
p. 696, no 496 (1346) : «Demum dicti nostri oppidi Konigesburg
granicies et metas perpetuis
temporibus duraturas hoc modo declaraturus ». Cf. PAUL W. KNOLL, «
The Stabilization
of the Polish Western Frontier under Casimir the Great, 1333-1370 »,
The Polish
Review, 12-4, 1967, pp. 3-29. 1 0 1 7

35 -G YO¨ RGY BO´ NIS, A jogtudo´ értelmiség a Moha´ cs elo´tti
Magyarorsza´ gon, Budapest, Akadémiai
Kiado´ , 1971, pp. 18-26 ; J. SZU″ CS, « A kereszténység belso´´
politikuma… », art. cit.,
pp. 172-178 ; LA´ SZLO´ FEJÉRPATAKY, A kira´ lyi kancella´ ria az A´
rpa´dok kora´ban, Budapest,
1885, pp. 38-40 ; ISTVA´N HAJNAL, « IV. Béla kira´ly
kancellaria´ja´ro´l », Turul, vol. 32, 1914,
pp. 1-19 ; N. BEREND, At the Gate of Christendom…, op. cit., pp.
160-161.
36 -Attila et Totila étaient systématiquement confondus en Italie :
SA´ NDOR ECKHARDT,
« Attila a monda´ban », in G. NÉMETH (éd.), Attila és Hunjai,
Budapest, Magyar Szemle
Ta´rsasa´g, 1940, pp. 143-216, ici pp. 167-171 et 190.
37 -P ETER JACKSON, « The Crusade Against the Mongols (1241) »,
Journal of Ecclesiastical
History, 42, 1991, pp. 1-18 ; CHRISTOPH T. MAIER, Preaching the
Crusades: Mendicant
Friars and the Cross in the Thirteenth Century, Cambridge, Cambridge
University Press,
1998, pp. 59-60 ; JEAN RICHARD, « The Mongols and the Franks »,
Journal of Asian
History, 3, 1969, pp. 45-57.
38 -É. BERGER (éd.), Les registres d’Innocent IV, op. cit., nos 30 et
46 (1243).
- Ibid., no 2957.
40 – Ibid., no 4000 (1248).
41 -J OSEPH ALBERIGO et alii (éds), Conciliorum OEcumenicorum
Decreta, Bologne, Istituto
per le scienze religiose, 1973, p. 297.
42 -I. SUŁKOWSKA-KURAS´ et S. KURAS´ (éds), Bullarium Poloniae, op.
cit., vol. 1, nos 129,
123, 185, 255, 256, 258, 260, 343 (1236), 140 (1218), 382 et 384
(1243) ; voir aussi nos 148,
182, 186, 237, 263, 289, 290, 292, 293, 295, 296 (1221-1233).
43 – Ibid., nos 537 (1253), 574 (1255), 577 (1255), 601 (1256), 620
(1257), 636 (1257), 653
(1257), 668 (1258), 670 (1258), 685 (1260), 696 (1261), 700 (1261),
703 (1262), 763 (1265),
766 (1265), 1308 (1325), 1320 (1325), 1895 (1340), 1896, 1897.
44 – Ibid., nos 537, 574, 757, 601, 668, 683, 686, 685, 757 ; J.
KRZYZ˙ ANIAKOWA, « Poland as
« Antemurale Christianitatis »… », art. cit., pp. 7-8. G. RHODE, Die
Ostgrenze Polens…,
op. cit., pp. 132-152. 1 0 1 9

45 -E LIZABETH SIBERRY, Criticism of Crusading, 1095-1274, Oxford,
Clarendon Press,
1985, pp. 204-206.
46 -J ACQUES LE GOFF, « La perception de l’espace de la Chrétienté
par la curie romaine
et l’organisation d’un concile oecuménique en 1274 », in 1274, année
charnière, mutation et
continuités, Paris, Éditions du CNRS, « Colloques internationaux du
CNRS-558 », 1977,
pp. 481-489, ici p. 485.
47 -ASV, Reg. Vat. 25, f. 223v-225r ; CHARLES BOUREL DE LA RONCIÈRE
et alii (éds), Les
registres d’Alexandre IV, 3 vols, Paris, Thorin/Albert Fontemoing/De
Boccard, « Bibliothèque
des Écoles françaises d’Athènes et de Rome, 2e série », 1895-1959, no
2963. ASV,
Reg. Vat. 29, f. 99v ; f. 99v-100r ; JEAN GUIRAUD (éd.), Les
registres d’Urbain IV, 4 vols,
Paris, Albert Fontemoing/De Boccard, « Bibliothèque des Écoles
françaises d’Athènes
et de Rome, 2e série », 1899-1958, no 1242 (1264).
48 – Ibid., nos 468, 466, 421, 470, 471.
49 -ASV, Reg. Vat. 25, f. 224v ; C. BOUREL DE LA RONCIÈRE et alii
(éds), Les registres
d’Alexandre IV, op. cit., no 2963. Cf. E. SIBERRY, Criticism of
Crusading…, op. cit., pp. 217-218.
50 -I. SUŁKOWSKA-KURAS´ et S. KURAS´ (éds), Bullarium Poloniae, op.
cit., vol. 1, 1289,
1308, 1320.
1 0 2 0 51 -A. THEINER, Vetera Monumenta Poloniae…, op. cit., no
604.

52 -I. SUŁKOWSKA-KURAS´ et S. KURAS´ (éds), Bullarium Poloniae, op.
cit., vol. 1, nos 1072
(1318), 1169 (1320), vol. 2, no 788.
53 -C HARLES JULIAN BISHKO, « The Spanish and Portuguese Reconquest,
1095-1492 »,
in K. M. SETTON (éd.), A History of the Crusades, vol. 3, Madison,
Wisconsin, University
of Wisconsin Press, 1975, pp. 396-456 ;RICHARD A.
FLETCHER, «Reconquest andCrusade
in Spain c. 1050-1150 », Transactions of the Royal Historical
Society, 5e série, 37, 1987,
pp. 31-47, ici pp. 43-47 ; ID., St James’s Catapult: The Life and
Times of Diego Gelmı´rez of
Santiago de Compostela, Oxford, Clarendon Press, 1984, pp. 270-271,
294-299 ; PETER
LINEHAN, History and the Historians of Medieval Spain, Oxford,
Clarendon Press, 1993,
pp. 12-13, 82-83, 88-90, chap. 4 ; JOSÉ A´ NGEL GARCI´A DE CORTA´
ZAR, « Introduccio´ n:
Espacio, sociedad y organizacio´n medievales en nuestra tradicio´n
historiogra´fica », in
ID. et alii (éds), Organizacio´n social del espacio en la Espan˜a
medieval: La Corona de Castilla
en los siglos VIII a XV, Barcelone, Editorial Ariel, 1985, pp. 12-
15 ; DEREK W. LOMAX, The
Reconquest of Spain, Londres-New York, Longman, 1978.
54 -P RO´ SPERO DE BOFARULL Y MASCARO´ , Coleccio´n de documentos
inéditos del Archivo General
de la Corona de Arago´n, Barcelone, José Eusebio Monfort, 1847-1910,
t. 4, p. 18, no 6 ;
cf. p. 93, no 43 (1143), p. 243, no 94 (1157).
55 -P. LINEHAN, History and the Historians…, op. cit., pp. 289, 292-
296, 305-310. 1 0 2 1

56 -A NA RODRI´GUEZ LO´ PEZ, La consolidacio´n territorial de la
monarquı´a feudal castellana:
Expansio´n y fronteras durante el reinado de Fernando III, Madrid,
Consejo Superior de
Investigaciones Cientı´ficas, 1994, pp. 104-105.
57 – Ibid., p. 86.
58 -D EMETRIO MANSILLA, La documentacio´n pontificia de Honorio III
(1216-1227), Rome,
Instituto Espan˜ ol de Estudios Eclesia´sticos, 1955, pp. 124 (1218),
160 (1219), 274 (1221).
59 – ID., La documentacio´n pontificia hasta Inocencio III (965-
1216), Rome, Instituto Espan
˜ ol de Estudios Eclesia´sticos, 1955, p. 40 (1088).
60 -T EO´ FILO F. RUIZ, «Fronteras: de la comunidad a la nacio´n en
la Castilla Bajomedieval
», Anuario de Estudios Medievales, 27-1, 1997, pp. 23-41 ; JULIO
GONZA´ LEZ, El reino de
Castilla en la época de Alfonso VIII, 3 vols, Madrid, Consejo
Superior de Investigaciones
Cientı´ficas, 1960, vol. 3, nos 638 (1195), 975 (1215).
61 -R OBERT I. BURNS, Diplomatarium of the Crusader Kingdom of
Valencia: the Registered
Charters of its Conqueror Jaume I, 1257-1276, vol. 2, Documents 1-
500, Foundations of Crusader
Valencia: Revolt and Recovery 1257-1263, Princeton, Princeton
University Press, 1991,
no 365, pp. 309-310 (1261).
62 -J ULIO GONZA´ LEZ, Reinado y diplomas de Fernando III, Cordoue,
Publicaciones del
1 0 2 2 Monte de Piedad y Caja de Ahorros de Cordoba, 1986, 3 vols,
vol. 2, nos 73, 155, 171,
481 ; vol. 3, nos 514, 548, 557, 575, 649, 673.MANUEL GONZA´ LEZ
JIMÉNEZ (éd.), Diplomatario
andaluz de Alfonso X, Séville, El Monte/Caja de Huelva y Sevilla,
1991, no 133
(1251).
63 -J. GONZA´ LEZ, Reinado y diplomas…, op. cit., vol. 3, nos 675,
835. D’autres cas semblables
sous Alfonse X (1255-1266) :M. GONZA´ LEZ JIMÉNEZ (éd.), Diplomatario
Andaluz…,
op. cit., nos 184, 296, 317, 146, 252, 253, 260, 261.
64 -Cf. MIGUELA´ NGEL LADERO QUESADA, « Sobre la evolucio´n de las
fronteras medievales
hispa´nicas (siglos XI a XIV) », in C. DE AYALAMARTI´NEZ, P. BURESI
et P. JOSSERAND
(éds), Identidad y representacio´n de la frontera en la Espan˜a
medieval (siglos XI-XIV), Madrid,
Casa de Vela´zquez, Universidad Auto´noma de Madrid, 2001, pp. 5-49 ;
JEAN GAUTIERDALCHÉ,
« Islam et chrétienté en Espagne au XIIe siècle : contribution à
l’étude de
la notion de frontière », Hesperis, XLVI, 1959, pp. 183-217 ; ANDRÉ
BAZZANA, PIERRE
GUICHARD et PHILIPPE SÉNAC, « La frontière dans l’Espagne médiévale »
in Castrum, 4.
Frontière et peuplement dans le monde méditerranéen au Moyen Aˆ ge,
Rome-Madrid, École
française de Rome/Casa de Vela´zquez, 1992, pp. 36-59.
65 -J. GONZA´ LEZ, El reino de Castilla…, op. cit., vol. 3, no 845,
p. 482 ; A. RODRI´GUEZ
LO´ PEZ, La consolidacio´n territorial…, op. cit., p. 168; MICHEL
ZIMMERMANN, « Le rôle de
la frontière dans la formation de la Catalogne (IXe-XIIe siècle) »,
in Las sociedades de frontera
en la Espan˜a medieval, Saragosse, Universidad de Zaragoza, 1993, pp.
7-29 ; JOSÉ ANGEL
GARCI´A DE CORTA´ ZAR, « De una sociedad de frontera (el valle del
Duero en el siglo X)
a una frontera entre sociedades (el valle del Tajo en el s. XII) »,
in ibid., pp. 51-68.
66 -J. GONZA´ LEZ, Reinado y diplomas…, op. cit., vol. 3, no 721 ;
A. RODRI´GUEZ LO´ PEZ, La
consolidacio´n territorial…, op. cit., pp. 238-240. Voir aussi
DANIEL NORDMAN, Frontières de
France : de l’espace au territoire, XVIe-XIXe siècle, Paris,
Gallimard, 1998, pp. 72-73, 75-78, 80.
67 -P. DE BOFARULL Y MASCARO´ , Coleccio´n de documentos…, op.
cit., t. 8, p. 114, no 42 ;
A. RODRI´GUEZ LO´ PEZ, La consolidacio´n territorial…, op. cit., p.
235. M. GONZA´ LEZ
JIMÉNEZ (éd.), Diplomatario andaluz…, op. cit., nos 285, 322
(charte dans M. A. LADERO
QUESADA, « Sobre la evolucio´n de las fronteras… », art. cit., p.
40).

68 – PETER LINEHAN, «Religion, Nationalism, and National Identity
inMedieval Spain and
Portugal », in S. MEWS (éd.), Religion and National Identity, Oxford,
Basil Blackwell, 1982,
pp. 161-199, ici pp. 180 et 189.
69 -P. DE BOFARULL Y MASCARO´ , Coleccio´n de documentos…, op.
cit., t. 6, p. 178, no 49.
AMBROSIO HUICIMIRANDA etMARI´A DESAMPARADOS CABANES PECOURT (éds),
Documentos
de Jaime I de Aragon, vol. 1, 1216-1236, Valence-Alicante,
Diputaciones Provinciales
Ayuntamientos de Valencia-Castello´n et Universidad Literaria de
Valencia, 1976, no 239,
p. 388 (1236) ; no 240, p. 390 (1236).
70 -R OBERT I. BURNS, The Crusader Kingdom of Valencia:
Reconstruction on a Thirteenth-
Century Frontier, Cambridge, Harvard University Press, 1967, 2 vols,
vol. 1, pp. 1-2, 12-14.
JORDI BRUGUERA (éd.), Llibre dels Fets del Rei en Jaume, vol. 2,
Barcelone, Editorial
Barcino, 1991, pp. 115, 129, 278 et 315.
71 -J. BRUGUERA (éd.), Llibre dels Fets…, op. cit, pp. 147, 163,
271, 296 et 293. P. DE
BOFARULL YMASCARO´ , Coleccio´n de documentos…, op. cit., t. 6, p.
169, no 44 (1265). A. HUICI
MIRANDA et M. DESAMPARADOS CABANES PECOURT (éds), Documentos de Jaime
I, op. cit.,
no 173, p. 304 (1233).
72 -A. RODRI´GUEZ LO´ PEZ, La consolidacio´n territorial…, op.
cit., pp. 123, 179, 200, 218 et
293-310. « Oportet reges suas frontarias premunire », « Decet reges
ac principes catholicos
contra insididas infidelium fines eorum seu frontarias premunire » :
J. GONZA´ LEZ,
Reinado y diplomas…, op. cit., vol. 2, nos 154, 157. Cf. PETER
LINEHAN, « At the Spanish
Frontier », in P. LINEHAN et J. L. NELSON, The Medieval World, op.
cit., pp. 37-59, ici
p. 46.
73 – A. RODRI´GUEZ LO´ PEZ, La consolidacio´n territorial…, op.
cit., pp. 207, 241, 292 ;
J. GONZA´ LEZ, Reinado y diplomas…, op. cit., vol. 2, no 191 ;
AUGUSTO QUINTANA PRIETO 1 0 2 4
Historia Eclesia´stica, 1987, vol. 1, p. 398.
74 -J UAN FERNA´ NDEZ VALVERDE (éd.), Roderici Ximenii de Rada.
Historia de rebus Hispanie
sive Historia Gothica, Turnholt, Brepols, 1987, pp. 104, 163. Sur
Rodrigo, voir PETER
LINEHAN, History and the Historians…, op. cit., pp. 316-354.
75 -L UIS CHARLO BREA (éd.), Cro´nica latina de los reyes de
Castilla, Cadix, Universidad
de Ca´diz, 1984, pp. 14, 94 (voir aussi, pp. 16, 25, 32, 62 et 72).
76 -A. RODRI´GUEZ LO´ PEZ, La consolidacio´n territorial…, op.
cit., pp. 259-263.
77 -J. GONZA´ LEZ, Reinado y diplomas…, op. cit., vol. 2, no 115.
Cf. M. GONZA´ LEZ JIMÉNEZ
(éd.), Diplomatario andaluz…, op. cit., no 297.
78 -P ETER LINEHAN, The Spanish Church and the Papacy in the
Thirteenth Century, Cambridge,
Cambridge University Press, 1971, pp. 6-11, 103-112, 177-178, 207-209
et 323.
ANGUS MACKAY, Spain in the Middle Age: From Frontier to Empire, 1000-
1500, Londres,
Macmillan, 1977, p. 59. JOSÉ MANUEL NIETO SORIA, Iglesia y poder real
en Castilla: el
episcopado, 1250-1350, Madrid, Universidad Complutense, 1988, chap. 2
et 5, ici pp. 95-
98, 198-199. A. RODRI´GUEZ LO´ PEZ, La consolidacio´n territorial…,
op. cit., pp. 127-128, 133
et 313-321.
79 -M. GONZA´ LEZ JIMÉNEZ (éd.), Diplomatario andaluz…, op. cit.,
no 286.
80 -P ASCAL BURESI, « Nommer, penser les frontières en Espagne aux
XIe-XIIIe siècles »,
in C. DE AYALA MARTI´NEZ et alii, Identidad y representacio´n…, op.
cit., pp. 51-74, ici
pp. 54-57. EMILIO MITRE FERNA´ NDEZ, « Reflexiones sobre la nocio´n
de frontera tras la
81 -R AMO´ NMENÉNDEZ PIDAL (éd.), Primera Cro´nica General de
Espan˜a, Madrid, Editorial
Gredos, 1955, 2 vols, pp. 541, 704, 729, 731, 737, 739, 740-742, 745,
746, 748 et 770.
« Frontero » (personne) : p. 741. De même au XIVe siècle : MANUEL
GONZA´ LEZ JIMÉNEZ
(éd.), Cro´nica de Alfonso X segu´n el MS. II/2777 de la Biblioteca
del Palacio Real (Madrid),
Murcie, Real Academia Alfonso X El Sabio, 1998, pp. 33, 35, 70, 71,
95, 132, 178, 180,
181, 183, 184, 185, 186, 187, 188, 199 et 206.
82 -R. MENÉNDEZ PIDAL (éd.), Primera Cro´nica General…, op. cit.,
p. 693. « Amigos, todos
nos somos espannoles [sic] ».

Nora Berend
University of Cambridge

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 21 novembre, 2008 |Pas de commentaires »

Chevaliers de Calatrave et de Saint-Jacques-de-l’Epée, en Espagne

espagne.jpg

Chevaliers de Calatrave et de Saint-Jacques-de-l’Epée, en Espagne

La chevalerie faisait au centre de l’Europe les mêmes progrès qu’aux deux extrémités de cette partie du monde.

Vers l’an 1147, Alphonse le Batailleur, roi de Castille, enlève aux Maures la place de Calatrave en Andalousie. Huit ans après les Maures se préparent à la reprendre sur don Sanche, successeur d’Alphonse. Don Sanche, effrayé de ce dessein, fait publier qu’il donne la place à quiconque voudra la défendre. Personne n’ose se présenter, hors un bénédictin de l’ordre de Cîteaux, dom Didace Vilasquès, et Raymond son abbé. Ils se jettent dans Calatrave avec les paysans et les familles qui dépendaient de leur monastère de Fitero ; ils font prendre les armes aux frères convers, et fortifient la ville menacée. Les Maures étant informés de ces préparatifs renoncent à leur entreprise : la place demeure à l’abbé Raymond, et les frères convers se changent en chevaliers du nom de Calatrava.

Ces nouveaux chevaliers firent dans la suite plusieurs conquêtes sur les Maures de Valence et de Jaën : Favera, Maella, Macalon, Valdetormo, la Fresueda, Valderobbes, Calenda, Aqua-Viva, Ozpipa, tombèrent tour à tour entre leurs mains. Mais l’ordre reçut un échec irréparable à la bataille d’Alarcos, que les Maures d’Afrique gagnèrent en 1195 sur le roi de Castille. Les chevaliers de Calatrave y périrent presque tous avec ceux d’Alcantara et de Saint-Jacques-de-l’Epée.

Nous n’entrerons dans aucun détail touchant ces derniers, qui eurent aussi pour but de combattre les Maures et de protéger les voyageurs contre les incursions des infidèles[1].

Il suffit de jeter les yeux sur l’histoire à l’époque de l’institution de la chevalerie religieuse pour reconnaître les importants services qu’elle a rendus à la société. L’ordre de Malte, en Orient, a protégé le commerce et la navigation renaissante, et a été pendant plus d’un siècle le seul boulevard qui empêchât les Turcs de se précipiter sur l’Italie ; dans le Nord, l’Ordre Teutonique, en subjuguant les peuples errants sur les bords de la Baltique, a éteint le foyer de ces terribles éruptions qui ont tant de fois désolé l’Europe : il a donné le temps à la civilisation de faire des progrès et de perfectionner ces nouvelles armes qui nous mettent pour jamais à l’abri des Alaric et des Attila. Ceci ne paraîtra point une vaine conjecture si l’on observe que les courses des Normands n’ont cessé que vers le Xe siècle, et que les chevaliers teutoniques, à leur arrivée dans le Nord, trouvèrent une population réparée et d’innombrables barbares, qui s’étaient déjà débordés autour d’eux. Les Turcs descendant de l’Orient, les Livoniens, les Prussiens, les Poméraniens, arrivant de l’Occident et du Septentrion, auraient renouvelé dans l’Europe à peine reposée les scènes des Huns et des Goths.

Les chevaliers teutoniques rendirent même un double service à l’humanité, car en domptant des sauvages ils les contraignirent de s’attacher à la culture et d’embrasser la vie sociale. Chrisbourg, Bartenstein, Wissembourg, Wesel, Brumberg, Thorn, la plupart des villes de la Prusse, de la Courlande et de la Sémigalie, furent fondées par cet ordre militaire religieux ; et tandis qu’il peut se vanter d’avoir assuré l’existence des peuples de la France et de l’Angleterre, il peut aussi se glorifier d’avoir civilisé le nord de la Germanie.

Un autre ennemi était encore peut-être plus dangereux que les Turcs et les Prussiens, parce qu’il se trouvait au centre même de l’Europe : les Maures ont été plusieurs fois sur le point d’asservir la chrétienté. Et quoique ce peuple paraisse avoir eu dans ses mœurs plus d’élégance que les autres barbares, il avait toutefois dans sa religion, qui admettait la polygamie et l’esclavage, dans son tempérament despotique et jaloux, il avait, disons-nous, un obstacle invincible aux lumières et au bonheur de l’humanité.

Les ordres militaires de l’Espagne en combattant ces infidèles ont donc, ainsi que l’Ordre Teutonique et celui de Saint-Jean de Jérusalem, prévenu de très grands malheurs. Les chevaliers chrétiens remplacèrent en Europe les troupes soldées, et furent une espèce de milice régulière, qui se transportait où le danger était le plus pressant. Les rois et les barons, obligés de licencier leurs vassaux au bout de quelques mois de service, avaient été souvent surpris par les barbares : ce que l’expérience et le génie des temps n’avaient pu faire, la religion l’exécuta ; elle associa des hommes qui jurèrent, au nom de Dieu, de verser leur sang pour la patrie : les chemins devinrent libres, les provinces furent purgées des brigands qui les infestaient, et les ennemis du dehors trouvèrent une digue à leurs ravages.

On a blâmé les chevaliers d’avoir été chercher les infidèles jusque dans leurs foyers. Mais on n’observe pas que ce n’était, après tout, que de justes représailles contre des peuples qui avaient attaqué les premiers les peuples chrétiens ; les Maures, que Charles-Martel extermina, justifient les croisades. Les disciples du Coran sont-ils demeurés tranquilles dans les déserts de l’Arabie, et n’ont-ils pas porté leur loi et leurs ravages jusqu’aux murailles de Delhi et jusqu’aux remparts de Vienne ? Il fallait peut-être attendre que le repaire de ces bêtes féroces se fût rempli de nouveau, et parce qu’on a marché contre elles sous la bannière de la religion, l’entreprise n’était ni juste ni nécessaire ! Tout était bon, Teutatès, Odin, Allah, pourvu qu’on n’eût pas Jésus-Christ [NOTE 36] !

  1. Shoonbeck, Giustiniani, Hélyot, Fleury et Mariana. (N.d.A.)

http://fr.wikisource.org/wiki/G%C3%A9nie_du_christianisme_-_Chapitre_III_-_Chevaliers_de_Calatrave_et_de_Saint-Jacques-de-l%27Ep%C3%A9e,_en_Espagne

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 11 novembre, 2008 |1 Commentaire »

Les ordonnances militaires

sceaux.jpg

Les ordonnances militaires

 Hélyot énumère plusieurs ordres militaires comme ayant été basé sur celui de Saint-Benoît ou, en quelque sorte, originaires de celle-ci.  Bien que fondé en particulier pour les objets militaires, comme par exemple la défense des lieux saints à Jérusalem, quand ils ne sont pas de façon engagée, ces chevaliers vécu une sorte de la vie religieuse ou dans commanderies preceptories, établie à la propriété appartenant à leur ordre. Ils n’étaient pas en tout sens religieux, mais ils ont généralement vœux de pauvreté et d’obéissance, et parfois aussi de la chasteté.  Dans certains des commandes espagnol, l’autorisation de se marier a été accordée dans la dix-septième siècle.  La pratique de nombreux chevaliers de la austerities coutumier monastique, comme le jeûne et le silence, et ils ont adopté un habit religieux avec la tunique un peu raccourcie pour des raisons pratiques à cheval.  Chaque commande est régi par un Grand Maître qui a compétence sur l’ensemble de l’ordre, et dans lui étaient les commandants qui a statué sur les différentes maisons.

 Voici les ordres militaires liées à l’Ordre bénédictin.

 Les Chevaliers Templiers, fondée en 1118.  Saint Bernard de Clairvaux ont établi leur état, de même qu’ils ont toujours considéré les Cisterciens comme leurs frères. Pour cette raison, ils ont adopté une robe blanche, à laquelle ils ont ajouté une croix rouge.  L’ordre a été supprimé en 1312.

En Espagne, il y avait: (b) Les Chevaliers de Calatrava fondée en 1158 pour contribuer à protéger contre l’Espagne mauresque invasions.  Les Chevaliers de Calatrava doivent leur origine à l’abbé et les moines du monastère cistercien de Fitero.  Le chapitre général de Cîteaux a établi une règle de vie et exercé un contrôle général sur eux.  Le capot noir et à court scapulaire qui noté qu’ils portaient leur propos avec Cîteaux.  L’ordre possédait cinquante-six commanderies, principalement en Andalousie.  Les Sœurs de Calatrava ont été établis c. 1219.  Ils étaient cloîtrées, en observant la règle de l’abbaye cistercienne de moniales et de porter un semblable habitude, mais ils étaient sous la compétence du Grand Maître des chevaliers.  (c) Les Chevaliers d’Alcantara, ou de San Julian del Pereyro, en Castille, fondée peu près au même moment et dans le même but que les Chevaliers de Calatrava. ils ont adopté une forme atténuée de Saint-Benoît de la règle, à laquelle certaines manifestations emprunté de Calatrava ont été ajoutés.  Ils ont également utilisé le capot noir et abréviations scapulaire.  C’est à un moment proposé d’unir cette commande avec celle de Calatrava, mais le régime n’a pas d’exécution.  Ils possèdent trente-sept commanderies.  (d) Chevaliers de Montesa, fondée 1316, une émanation de Calatrava, institué par dix chevaliers de cet ordre qui se sont placés sous l’abbé de Cîteaux au lieu de leur Grand Maître.  (e) Chevalier de Saint Georges d’Alfama, fondée en 1201; unie à l’Ordre de Montesa en 1399.

 Au Portugal, il y avait trois ordres, a également fondé à des fins de défense contre les Maures: – (f) Les Chevaliers d’Aviz, fondée 1147, ils ont observé la règle bénédictine, sous la direction des abbés de Cîteaux et de Clairvaux, et a quarante commanderies .  (g) Les Chevaliers de St. Michael’s Wing, fondée 1167, le nom a été prise en l’honneur de l’archange dont visibles aide obtenu une victoire contre les Maures pour le roi Alphonse Ier de Portugal.  La règle a été établi par l’abbé cistercien de Alcobaza. Ils n’ont jamais été très nombreuses, et l’ordre n’a pas survivre longtemps dans le roi dont le règne a été fondée il.  (h) L’Ordre du Christ, élevés sur les ruines des Templiers sur 1317, il est devenu très nombreuses et riches.  Il a adopté la Règle de saint Benoît et les constitutions de Cîteaux, et possédait 450 commanderies.  En 1550, le bureau du grand maître de la présente ordonnance, ainsi que celle d’Aviz, est unie à la couronne.  (I) Les moines de l’Ordre du Christ. En 1567, une vie plus strictes a été institué dans le couvent de Thomar, la maison principale de l’Ordre du Christ, sous ce nom, où la pleine vie monastique a été observée, avec une habitude et vœux semblables à ceux des Cisterciens, bien que les moines ont été sous la juridiction du grand maître des Chevaliers.  Cet ordre existe maintenant comme un des nobles ordres de chevalerie, similaires à ceux de la Jarretière, Bain, etc, en Angleterre.  En Savoie, il y avait les deux ordres: (k) les Chevaliers de St-Maurice, et (l) ceux de Saint-Lazare, qui sont unis en 1572.  Ils ont observé la règle cistercienne et l’objet de leur existence était la défense de la foi catholique contre les progrès de la Réforme protestante. Ils avaient de nombreuses commanderies et leurs deux principales maisons ont été à Turin et de Nice.  En Suisse aussi les abbés de Saint-Gall à un temps soutenu (m) l’ordre militaire de l’Ours, que Frederick II a mis en place en 1213.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 10 novembre, 2008 |Pas de commentaires »

Les Turcopole les Espions des Templiers !

ambro20as20templar20251.jpg

Turcopole

Les turcopoles, ou turcoples, étaient des archers montant des chevaux arabes, équipés légèrement et habillés à la turque. En français, le mot apparaît au XIIe siècle.

L’étymologie semble indiquer qu’au départ ces troupes auxiliaires étaient constituées de combattants d’origine turque (polos = poulain, dans le sens d’enfant), des Seldjoukides christianisés. Mais ce corps reçut aussi des combattants d’ascendance mixte, de père croisé et de mère chrétienne d’Orient, arménienne, grecque ou syrienne, appelés « poulains », ou de père turc et de mère grecque. On pouvait y trouver, plus généralement encore, des combattants issus de la population chrétienne locale, de mœurs et de type orientaux donc, voire des musulmans christianisés (Syriens, Bédouins, etc., ou des soldats turcs capturés sur les champs de bataille préférant la conversion à la mort), ce pourquoi les Mamelouks les considéraient comme traîtres et renégats, ne montrant aucune pitié envers ceux qu’ils capturaient : après Hattin, en 1187, Saladin fit exécuter les turcopoles prisonniers comme apostats.

Ils étaient essentiellement au service des divers ordres militaires établis à Chypre, à Jérusalem, à Rhodes et autres lieux, et servaient à contrer la tactique turque de harcèlement s’appuyant sur des forces plus mobiles que les lourds chevaliers francs. Ils étaient commandés par un frère Sergent, appelé Turcopolier. Plus tard, l’Ordre teutonique appela sa propre cavalerie indigène Turkopolen.

Les turcopoles étaient des mercenaires que l’on pouvait louer le temps d’une campagne militaire. Plus typés que les combattants venant d’Occident, ils pouvaient facilement servir d’espions ou d’éclaireurs et infiltrer les terres ennemies. Outre les services qu’ils rendirent aux ordres religieux, ils furent aussi à la solde de Byzance qui, tout comme envers les Almogavres, ne leur montra pas toujours une grande reconnaissance. C’est pourquoi il leur arriva, au début du XIVe siècle, de s’allier à ces derniers lorsqu’ils se furent mortellement brouillés avec Andronic II Paléologue.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 9 novembre, 2008 |Pas de commentaires »

L’equipement du Templier !

12.jpg

Le cheval

Un ordre de chevalerie ne va pas sans cheval. Ainsi, l’histoire de l’ordre du Temple fut intimement liée à cet animal. Pour commencer, un noble qui était reçu dans l’ordre pouvait faire don de son destrier, un cheval de combat que les écuyers tenaient à destre, c’est à dire à droite. Après 1140, on comptait de nombreux donateurs de la grande noblesse léguant aux Templiers des armes et des chevaux.

Pour équiper son armée, l’ordre du Temple fournissait trois chevaux à chacun de ses chevaliers dont l’entretien était assuré par un écuyer (article 33 de la règle). Ces chevaux devaient être harnachés de la plus simple manière exprimant le vœu de pauvreté. Selon la règle  » Nous défendons totalement que les frères aient de l’or et de l’argent à leur brides, à leurs étriers et à leurs éperons ». Parmi ces chevaux se trouvait un destrier qui était entraîné au combat et réservé à la guerre. Les autres chevaux étaient des sommiers ou bêtes de somme de race comtoise ou percheronne. Ce pouvaient être aussi des mulets appelés « bêtes mulaces ». Ils assuraient le transport du chevalier et du matériel. Il y avait aussi le palefroi, plus spécialement utilisé pour les longs déplacements.

Selon les retraits, la hiérarchie de l’ordre s’exprimait à travers l’attribution réglementaire des montures. Les retraits commencent ainsi : « Le maître doit avoir quatre bêtes… » indiquant l’importance du sujet. D’ailleurs, les trois premiers articles du maître de l’ordre portaient sur son entourage et le soin aux chevaux. On apprend ainsi que les chevaux étaient nourris en mesures d’orge et qu’un maréchal-ferrant se trouvait dans l’entourage du maître.

Parmi les chevaux du maître se trouvait un turcoman, pur sang arabe qui était un cheval de guerre d’élite et de grande valeur car très rapide.

Quatre chevaux étaient fournis à tous les hauts dignitaires, sénéchal, maréchal, commandeur de la terre et du royaume de Jérusalem, commandeur de la cité de Jérusalem, commandeurs de Tripoli et d’Antioche, drapier, commandeurs des maisons (commanderies), turcopolier. Les frères sergents tels que le sous-maréchal, le gonfanonier, le cuisinier, le maréchal-ferrant et le commandeur du port d’Acre avaient droit à deux chevaux. Les autres frères sergents ne disposaient que d’une seule monture. Les turcopoles, soldats arabes au service de l’ordre du Temple, devaient fournir eux-même leurs chevaux.

C’était le maréchal de l’Ordre qui veillait à l’entretien de tous les chevaux et du matériel, armes, armures et harnais, sans lesquels la guerre n’était pas possible. Il était responsable de l’achat des chevaux et il devait s’assurer de leur parfaite qualité. Un cheval rétif devait lui être montré avant d’être écarté du service. Les destriers étaient équipés d’une selle à « croce » (à crosse), appelée aussi selle à arçonnière, qui était une selle montante pour la guerre et qui permettait de maintenir le cavalier lors de la charge. Les commanderies du sud de la France, mais aussi celles de Castille, d’Aragon et de Gascogne, étaient spécialisées dans l’élevage des chevaux[. Ceux-ci étaient ensuite acheminés dans les États latins d’Orient par voie maritime. Pour cela, ils étaient transportés dans les cales des nefs templières et livrés à la caravane du maréchal de l’ordre qui supervisait la répartition des bêtes selon les besoins. Lorsqu’un Templier mourait ou était envoyé dans un autre État, ses chevaux revenaient à la maréchaussée

Rares sont les représentations des Templiers. Il nous est cependant parvenu une peinture murale d’un chevalier du Temple en train de charger sur son destrier. Il s’agit d’une fresque de la chapelle de Cressac en Charente, datant de 1170 ou 1180.

L’équipement militaire

Le noble des XIIe et XIIIe siècle devait se faire confectionner un équipement complet (vêtement et armes) pour être adoubé chevalier. Ce matériel, nécessitant essentiellement des métaux, valait une fortune et pesait environ cinquante kilos. Les chevaliers Templiers devaient disposer d’un tel équipement.

La protection du corps était assurée par :

-  un écu (ou bouclier) de forme triangulaire, pointe en bas. Il était fait de bois et recouvert d’une feuille de métal ou de cuir. Il servait à protéger le corps, mais sa taille fut réduite dans le courant du XIIe siècle pour être allégé et donc plus maniable.

-  une cotte de mailles constituée de milliers d’anneaux en fer d’un centimètre de diamètre entrelassés et parfois rivetés. Cette cotte était constituée de quatre parties : les chausses de mailles attachées à la ceinture par des lanières de cuir, le haubert protégeait le corps et les bras et le camail ou coiffe de mailles. Un mortier ou casquette en cuir était posé sur la tête pour supporter le heaume. Les mains étaient protégées par des gants en mailles appelés gants d’arme (article 325 de la Règle). Il est à noter que le haubert fut raccourci au genou au cours du XIIIe siècle pour être plus léger.

-  un heaume sans visière mobile ou un chapeau de fer, ce dernier ne protégeant pas le visage.

Le sous-vêtement se composait d’une chemise de lin et de braies. La protection du corps était renforcée par le port de chausses de cuir attachées par des lanières, et un gambison ou gambeson en cuir. Pour finir, le surcot, porté sur la cotte, est aussi appelé jupon d’arme ou cotte d’arme. Il était cousu d’une croix rouge, insigne de l’ordre, devant comme derrière. Il permettait de reconnaître les combattants Templiers sur le champ de bataille comme en tout lieu. Le baudrier, porté autour des reins, était une ceinture spéciale qui permettait d’accrocher l’épée et de maintenir le surcot près du corps.

Les armes

Selon Georges Bordonove, le Templier recevait une épée, une lance, une masse et un couteau lors de sa réception dans l’ordre.

Maniée à deux mains, l’épée avait un double tranchant et un bout arrondi. En effet, elle devait être maniée de façon à frapper de « taille », c’est-à-dire avec le tranchant. Elle était pratiquement employée comme une masse d’arme dans la mesure où il était impossible de transpercer une cotte de mailles avec. Toutefois, contre un ennemi qui n’avait pas cette protection, l’épée se révélait plus efficace et plus élégante que la masse.

La masse d’arme templière était principalement une masse dite turque aux pointes saillantes. L’épée et les masses servaient à frapper l’ennemi de manière à lui briser les os. Les blessés mourraient alors d’hémorragie interne. La lance était une perche en bois terminée par une pointe en fer forgé appelée tête de fer. Chaque frère détenait trois couteaux dont un couteau d’arme, un autre « de pain taillé » qui servait à manger et un canif à lame étroite.

http://www.histoiredumonde.net/article.php3?id_article=1180

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 9 novembre, 2008 |1 Commentaire »
123

Rackam |
Unité Dharma |
Thorgrime-le-rancunier |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Mon Chemin
| l'Islam Vrai
| Blog de l'Aumônerie Secteur...