Archive pour octobre, 2008

Croix du saint Père Benoît – Fete des Morts

medaille20.jpgC S P B : Crux Sancti Patris Benedicti : Croix du saint Père Benoît.

Sur l’arbre de la croix, on lit de gauche à droite:

N D S M D : Non Draco Sit Mihi Dux : Le dragon ne doit pas être mon guide.De haut en bas: C S S M L : Crux Sacra Sit Mihi Lux : La croix doit être ma lumière.Une inscription plus longue entoure la croix. Elle commençait autrefois par le nom de Jésus « IHS ». Elle a été remplacée par le mot « PAX« .L’inscription se poursuit vers la droite par les lettres:

V R S N S M V : Vade Retro Satana, Numquam Suade mihi Vana : Arrière Satan, ne me tente jamais par la vanité.

S M Q L I V B : Sunt Mala Quae Libas, Ipse Venenum Bibas : Ce que tu offres, ce n’est que du mal, ravale ton poison.

 Saint Benoît est Patriarche des moines d’Occident, patron de l’Europe avec les saints Cyrille et Méthode. Il est aussi patron de la bonne mort avec saint Joseph.

 

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 31 octobre, 2008 |2 Commentaires »

CODE GENERAL DES RÈGLEMENTS DE L’ORDRE DES CHEVALIERS BIENFAISANTS DE LA CITE SAINTE

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CODE GENERAL DES RÈGLEMENTS
DE L’ORDRE DES CHEVALIERS BIENFAISANTS
DE LA CITE SAINTE

Arrèté au Convent National des Gaules
tenu en novembre 1778-465

TITRE I
Des différentes classes de l’ordre
et des qualités requises
pour y être reçu

ARTICLE I
Différentes classes de l’Ordre
L’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la C. S. ramené par la réforme à son but primitif, qui n’est autre que le soulagement de l’humanité, au service de laquelle il est voué, s’occupe de tous les moyens propres à y atteindre, discute les idées utiles, et se sert de la réunion des forces individuelles pour les réaliser et les exécuter avec plus de facilité. On n’a donc pas cru devoir astreindre les Chevaliers à des obligations uniformes et souvent incompatibles avec l’état qu’ils ont choisi dans la Société Civile, mais comme jadis une partie de la milice du Temple combattait sur les grands chemins les ennemis des Chrétiens tandis qu’une autre recevait les pèlerins dans leurs hospices, et y joignait les pauvres et les blessés, on reconnaît de même aujourd’hui trois classes de Chevaliers, celles des Chevaliers Réguliers ou Clerici, des Chevaliers Militaires, Milites, et des Chevaliers Civils, Equites Cives Sanctae Civitatis. 

Les Chevaliers d’une Préfecture sont distribués et divisés de deux manières, par Commanderies selon leur domicile et par Classes selon leur condition civile. Chaque Classe dans une Préfecture a un Inspecteur, qui la préside lorsqu’elle est appelée à délibérer sur des objets relatifs à ses fonctions ou obligations. 

Les Chevaliers réguliers, c’est-à-dire, ceux qui ont reçu les Ordres Sacrés d’une communion Chrétienne, recommandent en particulier l’amour des bonnes moeurs et d’une religion douce, bienfaisante et tolérante, remplissent les fonctions ecclésiastiques dans les cérémonies de l’ordre, et veillent à l’observation du culte divin et d’une sainte discipline dans les asiles, hôpitaux d’orphelins et d’autres hospices fondés par l’Ordre

Les Chevaliers Militaires, parmi lesquels on ne comprend en France, que ceux qui sont en activité de service, ou qui se sont retirés avec la croix, ou après avoir servi 20 ans, se dévouent par de nouveaux serments à la défense de leur patrie et promettent de se rappeler au milieu des horreurs de la guerre, des lois saintes de l’humanité et de la générosité envers les vaincus, les mourants et les prisonniers. 

On comprend parmi les Chevaliers civils, tous les Frères nobles ou non, qui n’ont pas servi pendant l’espace de temps prescrit et qui ont un état honorable dans la société, tel qu’il est défini ci-après. Les Magistrats et gens de Loi font voeu de défendre le faible et l’opprimé; les Médecins d’assister gratuitement les pauvres de leurs conseils, les Gens de Lettres de vouer leurs veilles à des ouvrages qui étendent l’empire de la vertu et de la vérité,; les Négociants d’entretenir la circulation des besoins mutuels et de procurer du travail et du pain à des citoyens pauvres et honnêtes, les Agriculteurs, gens de finances et autres bourgeois honnêtes, placés dans un état moins assujettissant à des devoirs civils, sont d’autant plus à même de vouer leurs loisirs au bien de l’humanité; tous en général secondent les vues bienfaisantes de l’Ordre. 

ARTICLE II
Des qualités requises pour être reçu 
L’Ordre des Chevaliers bienfaisants de C. S. fondé par des gentilshommes ; n’admettait dans son sein que ceux, qui prouvaient par titres authentiques et d’après les formalités requises, qu’ils étaient nés de parents nobles de noms et d’armes. 

Cet ancien statut fondé sur la constitution féodale de l’Europe et militaire de notre ordre, tenant plus de la vanité que de la justice, on a cru, que dirigé aujourd’hui vers l’exercice seul des vertus sociales et patriotiques, mixte d’ailleurs dans sa composition, on ne pouvait sans injustice en exclure des candidats utiles, remplis de talent et de zèle pour le bien public, mais moins favorisés par le hasard de la naissance. Considérant donc que la vraie noblesse consiste dans la vertu, et que celui, qui arrache son nom à l’obscurité par des actions généreuses, est digne des honneurs qui ne doivent en être que la suite, en a arrêté ce qui suit :

Nul ne sera admis dans l’Ordre qu’il n’ait fait preuve de noblesse. Ces preuves consisteront, ou dans des titres d’une noblesse héréditaire, ou dans ceux d’une noblesse personnelle. 

Les preuves d’une noblesse personnelle, seront ou l’exercice d’un emploi qui donne la noblesse, ou des actions vertueuses et non suspectes, qui seront consignées par des informations préliminaires faites par le Prieur du Clergé et l’Inspecteur des Novices. 

Quels que soient les titres de noblesse que produit un candidat, si dégénérant de ses ancêtres, il en souille la tige respectable par des actions déshonorantes, il sera rejeté et ne sera reçu, que lorsque par des moeurs pures et la vraie noblesse du coeur, il répondra à l’attente de la patrie. 

Ne seront point admis dans la classe des Chevaliers, ceux qui ne jouissent pas dans la Société civile d’une existence qui rapproche les individus, comme Nobles, Ecclésiastiques, Militaires, Magistrats, Médecins, Avocats, Négociants, Bourgeois aisés ou classés honorablement dans la finance, et enfin tous ceux qui ne feront pas rougir l’Ordre de leur admission ; disposition dont l’application sera laissée à la prudence des Chapitres. Cette partie des informations qui doivent essentiellement précéder toute inscription de candidats au noviciat, dépend de l’Inspecteur des novices, qui examine les titres de noblesse héréditaire ou morale, en fait l’exposé au Chapitre et expédie au Commandeur de maison son consentement pour recevoir le candidat écuyer. C’est le président du Chapitre qui lui donne, lors de la cérémonie de son armement, le nom d’Ordre. 

Tous les Chevaliers, qui ont été une fois admis à la profession de leurs voeux sont parfaitement égaux. Ni une naissance plus illustre, ni un rang plus élevé dans la Société civile, ne donnent la moindre prérogative réelle aux Frères. Les Princes mêmes, qui veulent renoncer volontairement aux prestiges de la vanité et à l’inégalité politique des hommes, pour goûter des plaisirs purs dans le sein de l’amitié et de la bienfaisance, respecteront la loi précieuse de l’égalité, base fondamentale de tout ordre, dont les membres se consacrent à l’exercice pénible, mais satisfaisant de la charité chrétienne. La seule prérogative due à leur naissance et aux moyens plus efficaces que la Providence leur a départis pour se rendre utiles à l’humanité, est celle que le Chapitre provincial ou celui de la Préfecture à laquelle ils sont attachés, leur présente tout de suite après la réception un brevet de conseiller d’honneur de la Province ou de la Préfecture, et le pas sur tous les simples Chevaliers.

C’est le Prieur du clergé qui est chargé des informations sur les qualités morales du candidat ; il fait les enquêtes les plus sévères pour s’assurer de ses principes religieux, de ses moeurs, et de son caractère. Il s’informera, s’il respecte la religion, base du bonheur public, s’il n’attaque jamais les principes et surtout les sentiments religieux par les sarcasmes, et s’il est pénétré de cette tolérance douce et éclairée, de cette charité fraternelle, que la loi chrétienne prescrit. 

Quant aux moeurs, il écartera ces égoïstes décidés, qui ne vivent que pour eux et sacrifient à leur repos et à leurs familles et fantaisies, le bonheur de leur prochain. Il fermera l’entrée du Temple à ceux, qui ont manqué aux lois de la Probité et de l’honneur, qui sont connus publiquement pour avoir failli de satisfaire à leurs engagements, qui mènent une vie débauchée et crapuleuse et se déshonorent par tel autre vice majeur, qui donne scandale public. 

Quant au caractère, il s’informera exactement, si le candidat est bienfaisant, humain, sensible, si une avarice sordide ne le rend pas inhabile à goûter la volupté pure, attachée aux bonnes actions et comme enfin l’intérêt de l’Ordre exige qu’on dérobe la connaissance de notre rétablissement et de nos opérations jusqu’au moment que nous aurons acquis par nos bienfaits et nos travaux des droits à l’estime publique et à une existence légale, pour que l’envie, le fanatisme et la manie malheureuse de jeter du ridicule ou du découragement sur les projets utiles, ne s’opposent à nos progrès on s’informera avec soin, si les candidats proposés sont discrets et susceptibles d’un zèle soutenu. 

Les Chevaliers doivent être les arbitres de leur sort à avoir par cette raison atteint l’âge de majorité ou de 25 ans en entrant au Noviciat. Ils doivent jouir d’un revenu honnête et assuré, pour ne pas tomber à la charge, ou défaveur, ou au déshonneur de l’Ordre. Si le candidat n’a pas encore atteint son âge de majorée il doit obtenir dispense d’âge du Chapitre, dont les suffrages doivent être unanimes sur ce point, et payer pour cette faveur un droit de passage applicable à l’hospice qui sera fixé par le Chapitre. 

Le Noviciat est d’un an ordinairement. Celui qui pendant son année d’épreuve, n’aura pas été réglé en ses moeurs et conduite, sera tenu de continuer une seconde année, même une troisième, et si sa conduite ne devient pas plus régulière, il ne sera jamais armé Chevalier. Si l’Ecuyer demandait dispense d’intervalle à telles fin d’être armé Chevalier avant l’année révolue de son Noviciat, il doit obtenir pareillement pour cette faveur le Consentement unanime du Chapitre.
On ne pourra recevoir Ecuyer un candidat d’une autre Province ou Préfecture sans le consentement formel de ses Supérieurs naturels. L’Inspecteur des novices s’adressera à cet effet à eux, et pourra tout au plus rendre un compte favorable de ses vie et moeurs, s’il a demeuré pendant un certain temps dans le ressort de la Préfecture ou il demande le Noviciat. 

L’Inspecteur des Novices de la Préfecture du lieu de naissance du Candidat, ou si elle n’est pas en activité, le Visiteur général de la Province ou du Prieuré, auquel on s’adresse en ce cas, commencent l’information d’état et de ses vie et de ses moeurs, et si elle est favorable et que le Chapitre y consente, on envoie au Chancelier de la Province ou à celui de la Préfecture où l’on veut recevoir, un acte qui lui donne facultatem inscribendi vel induendi selon la demande. Le Chapitre qui reçoit, prélève sur chacune des deux réceptions de l’intérieur un quart pour frais de réception et renvoie le surplus de la taxe au Chapitre préfectoral du lieu de naissance du candidat, à moins que celui-ci ne soit établi dans ce dernier lieu et y fasse élection permanente de domicile, dans lequel cas il n’y a pas de permission à demander. 

Ne seront pas compris dans la classe de ceux, qui élisent leur domicile, les Militaires qui sont en garnison dans une ville, qu’on renverra au lieu de leur naissance ou de leur domicile ordinaire. 

Tout candidat enfin reçu dans la Fraternité intime des Chevaliers bienfaisants, doit recueillir les suffrages unanimes pour son admission, qui seront donnés par la voie du scrutin avec des ballotes blanches et noires. La première proposition faite par un Frère sera simplement consignée sur les registres, et quand il s’agira de passer au scrutin, le Préfet sera obligé de demander le consentement des Commandeurs respectifs. S’il y a deux ballotes noires, le scrutin est rompu et on ne peut proposer le candidat qu’après trois mois révolus. Si les Frères, qui ont été contraires, ont eu de bons motifs et qu’ils veuillent les déclarer en plein Chapitre, on prend acte de leur dire et l’on ne peut alors jamais recevoir le candidat, à moins que ceux-ci n’ayant donné par écrit le désistement de leur opposition, pour qu’on ne profite pas de leur absence, pour proposer un candidat, qui leur serait désagréable.

S’il n’y a qu’une ballote noire contraire à la réception le Maître des Cérémonies, qui recueille le scrutin, le déclare à haute voix, et invite l’opposant à exposer les motifs dans un billet anonyme qu’il enverra au conseil privé, qui examinera leur validité dans la huitaine : le Frère opposant sera obligé de se soumettre à la décision et de consentir à la réception du candidat, si les raisons de refus sont déclarées insuffisantes.

ARTICLE III
Des compagnons d’arme
Outre les Chevaliers qui ont le premier rang dans l’Ordre et peuvent seuls parvenir aux Commanderies et dignités, on recevra encore conformément à l’ancienne règle et observance des Compagnons d’armes ou Armigeri qui ne doivent pas être de condition servile, mais nés de parents libres, exerçants une profession honnête dans la Société et jouissants de la réputation d’une probité intacte. Ces compagnons d’armes feront le service intérieur du temple et quelques-uns seront adjoints aux Officiers pour les soulager dans les fonctions pénibles de leurs charges. On choisit parmi eux : le Dator pannorum, ou Maître de la garde-robe, et le Minister responsium, chargé de faire rentrer les fonds, subordonnés aux Trésorier et Procureur, ainsi que les Secrétaires adjoints au Secrétaire principal du Chapitre. Ils n’assistent aux Chapitres de conférences que quand ils y sont appelés, pour être consultés sur les détails de fonctions, qui leur sont attribuées ou pour les remplir. 

Le Chapitre pourra quelquefois, au bout d’un service long et distingué, recevoir un compagnon d’armes Chevalier de Grâce ; mais il faut que tous les Capitulaires y consentent ; ils recevront alors, outre le nom d’Ordre, qu’on leur donne lors de leur réception, un sceau avec la devise les éperons et le manteau. Les Compagnons d’Armes sont admis en plein à la participation du Secret de l’Ordre, et reçus d’après un formulaire prescrit et celui de l’armement des Chevaliers. 

Les Compagnons d’Armes sont choisis, parmi les Frères à talent des Loges, dont la discrétion est éprouvée, et qui peuvent devenir utiles à l’Ordre et retirer des appointements et gratifications à mesure qu’ils rendront des services. Les dignités de Porte-bannières et de Porte-glaive doivent être conférés à des gens de confiance, qui ayant servi dans les Troupes au moins pendant 6 ans. Ils doivent être tous Maçons et parvenus au grade de Maître. On les fera assister à une Loge d’Ecossais ou ils prêteront l’obligation de discrétion, après quoi ils seront reçus tout de suite Compagnons d’Armes. On nomme un ou plusieurs Frères, pour s’informer de leur vie et moeurs, et les Compagnons d’armes sont ouis sur le camarade qu’on veut leur associer, et admis au ballottage avec les autres Chevaliers.

On ne recevra plus dans l’Ordre comme dans le passé des valets d’Armes, le Convent ayant trouvé qu’il était inutile et dangereux même de confier le secret de notre existence, qu’il nous est important de cacher encore à des gens de conditions serviles, qui n’ont pas toujours cette faculté et cette probité requise pour résister aux tentations qu’on pourrait leur faire, pour livrer nos secrets. On pourra tout au plus employer un ou deux valets dans l’enceinte extérieure et confier tout le service intérieur aux Armigeri. Dans ce cas les premiers seront aux ordres du Maître des Cérémonies, qui leur assignera leur poste. 

On ne recevra plus dans l’Ordre dorénavant des sujets dans cette classe intermédiaire appelés faussement Ecuyer, ce qui a ouvert la porte au mécontentement, à la jalousie et où des distinctions arbitraires nées d’une interprétation plus ou moins forcée d’une loi vicieuse, dans la constitution actuelle de l’Ordre, qui ne tend qu’à la bienfaisance et à l’étude de la Vérité. En rappelant la signification d’Ecuyer à la véritable origine, qui était celle du Noviciat et de la pépinière des Chevaliers, on donne cette qualification à ceux qui sont dans leur année d’épreuves pour être reçus Chevaliers. Cette classe de membres de l’Ordre, inconnue jadis, où l’on ne trouve que les Equites, et Fratres Servientes, famuli ou armigeri, qui ne possédaient point de Commandories, reste donc supprimé à celle de Compagnons d’Armes que nous lui subsistons, tracera mieux les limites de la séparation et entraînera moins d’abus et de plaintes.

TITRE II
Des devoirs des frères

Les devoirs principaux des Chevaliers de la C. S. sont d’exercer les lois douces de la Bienfaisance envers tous les hommes et principalement envers les Frères, d’obéir à leurs Supérieurs, et de remplir avec zèle et exactitude les obligations de citoyens et autres, qui leur sont imposé par leur situation respective.

Tous les Frères de C. S. doivent respect et obéissance à leurs Supérieurs légitimes, au Grand-maître, Grand Prieur, Visiteur général, Préfet, Inspecteur de leur classe. Commandeur de leur district, et autres officiers dans les affaires relatives à leur département. Cette obéissance cependant, qui est d’essence dans tout Ordre régulier qui vivait anciennement en commun, doit être raisonnable, et n’est demandée que sur des choses justes et honnêtes, conforme aux Statuts, et point contraire aux lois de la patrie, ou aux obligations civiles de chacun. 

L’Hospitalité est la vertu principale des Chevaliers ils doivent l’exercer entre eux, d’une manière franche, simple et qui ne soit point onéreuse; on témoignera surtout aux étrangers toutes les prévenances et on leur rendra tous les services capables de rendre leur voyage utile et agréable. 

Chaque Préfecture fera des lois particulières pour bannir du réfectoire de l’Ordre, le luxe et les progrès d’une somptuosité contraire à la simplicité respectable qui doit le caractériser. On a conservé principalement de l’ancienne règle de Saint-Bernard le titre : ut decimus panis pauperibus detur, qui est de stricte observance pour tous les Chevaliers et Commandeurs, et à l’exécution duquel l’Eleemosynaire doit veiller particulièrement. 

La loi du Silence et de la discrétion la plus absolue est fondamentale dans l’Ordre ; il est défendu à tout Frère en telle dignité qu’il doit ou qu’il soit constitué, de révéler la moindre chose qui concerne notre constitution, ou ce qui se passe dans nos assemblées directement ou indirectement. Ceux qui seront convaincus d’avoir dérogé à cette loi, seront déclarés incapables de posséder aucune dignité ou charge dans l’Ordre, et condamnés à des amendes, selon la gravité du cas. 

L’exercice inviolable des lois sociales et des vertus patriotiques étant la base et le garant de la prospérité de notre Ordre, celui qui serait parjure à sa patrie, qui troublerait le peuple et lui cause du dommage sera jugé par son Chapitre ; son procès lui sera fait sans indulgence, et son jugement sera envoyé dans toutes les provinces.

La pureté des moeurs peut seule préserver notre ordre de la corruption et de la décadence, où sont tombées la plupart des institutions humaines. Fondé sur l’amour de la religion, des moeurs et d’une bienfaisance épurée par les motifs raisonnés qui la dicte, l’Ordre ne peut conserver dans son sein des Gens qui le déshonoreraient par des actions malhonnêtes. Le Conseil privé, dont on parlera plus bas, et principalement le Prieur du clergé veillent à !a conservation des moeurs et requièrent d’office contre tous ceux qui donnent du scandale et compromettent l’Ordre par leurs principes ou leurs actions. 

Tout Chevalier est en droit d’avertir le Prieur ecclésiastique, soit ouvertement, soit par billets non signés, des désordres commis par un Frère. Celui-là doit chercher avant tout de le ramener par des monitions fraternelles. Si elles ne réussissent pas, il en rend compte au conseil privé, qui examine la dénonciation, vérifie les faits dans le plus grand silence et conclut, soit à ce que la procédure demeure supprimée, soit à faire avertir une seconde fois le Chevalier accusé de changer de conduite, soit enfin, si le cas est plus grave, d’ordonner la communication du réquisitoire au Chapitre entier, qui seul peut de l’avis des Chevaliers prononcer l’interdiction ou l’exclusion d’un Chevalier. Elle doit cependant le faire sans éclat. Le Prieur-ecclésiastique fait cacheter le réquisitoire avec toutes les pièces, la procédure et le procès-verbal du prononcé, et le dépose aux archives dans un carton ou laisses particulières. 

La Concorde intime qui doit régner entre les Frères pouvant être troublée par des motifs d’intérêt, ou par la malignité des gens qui se plaisent à semer la haine, on a cru nécessaire d’établir un conseil particulier d’arbitres ou de juges de paix destinés à réconcilier les Frères, que souvent malentendu refroidit ou aigrit, et employer tous les efforts pour concilier les procès civils des Frères, afin d’obvier, s’il est possible, à la ruine qu’entraîne souvent la rapacité des suppôts de justice. Ce comité de conciliation a non seulement lieu dans les Préfectures, mais aussi dans les Commanderies.

Deux Frères qui sont en discussion ou en dispute, nomment chacun un arbitre et adjoignent à leurs arbitres un troisième, qui conviendra aux deux parties, avant de tenir comité, les arbitres prononcent le serment suivant : 

« Moi, Chevalier de la C. S., je jure et promets de ne jamais parler hors de cette assemblée, d’aucun des objets qui y seront traités, et de donner mon avis en mon âme et conscience et selon mes lumières sans acceptation de personne, ainsi Dieu me soit en aide. » 

Lorsque la sentence du comité de conciliation sera signifiée aux parties et qu’elles y acquiesceront on en fera mention au Chapitre suivant et applaudira à la condescendance des parties aux voeux de l’Ordre, qui sont de diminuer les malentendus qui divisent les hommes et de tout tenter pour les rapprocher. 

Par une suite de ce principe de bienveillance sociale universelle, tout Chevalier bienfaisant se regardera comme un juge de paix et emploiera tous ses soins à éteindre les haines, les procès et les divisions par de bons conseils et toutes les ressources honnêtes que son coeur et la confiance qu’il aura méritée par ses vertus, lui dicteront. 

Tout Frère, qui plaidera contre un autre Frère devant les tribunaux ordinaires de la justice, sans avoir tenté la voie de la justice arbitraire de l’Ordre, sera regardé comme réfractaire au voeu de concorde juré par tous les Chevaliers, condamné à une amende de 5 louis au profit des pauvres et interdit pendant 6 mois. 

Pour ce qui regarde enfin la décence et le respect dû à nos augustes assemblées, le Préfet veillera principalement à leur conservation. Il est défendu aux Frères de troubler l’ordre des conférences et des cérémonies, soit en quittant leur place, soit en parlant hors de leur tour sans demander la permission. Cette dernière formalité ne doit pas être regardée comme monastique, mais comme un moyen inévitable d’empêcher que les délibérations ne soient tumultueuses et infructueuses ; nous ordonnons sur-tout qu’on sévisse contre ceux des Frères, qui pourraient s’oublier au point de dire des injures ou d’insulter du geste ou de fait un Frère, voulant que le délinquant soit tenu de demander publiquement excuse à celui qu’il aura offensé, et condamné à de grosses amendes, et même selon la gravité du cas, privé de l’habit pour quelques mois ou pour toujours.

TITRE III
Composition de l’Ordre en général

L’Ordre des Chevaliers bienfaisants de la C. S. est divisé en 9 provinces - Aragon, Auvergne, Occitanie, Léon, Bourgogne, Grande Bretagne, Allemagne inférieure entre l’Elbe et l’Oder, haute Allemagne et Italie, Grèce et Archipel. 

Les Armes de l’Ordre sont deux cavaliers sur un même cheval dans un écusson écartelé de la croix de l’Ordre. 

Chaque Province a dans ses armes un caractère distinctif et chacun des MaÎtres provinciaux possède une des grandes charges de l’Ordre. 

L’Aragon, dont le Provincial est grand Chancelier, et au nom duquel la convocation des convents généraux doit se faire, a pour arme un anneau d’or ayant au dehors la forme d’une couronne de lauriers, au milieu duquel en champs de gueules est écrit en lettres très hébraïques : In virtute tua. 

Le Maître provincial d’Auvergne étant Grand Maréchal de la Cavalerie ; les armes de la Province sont un cavalier cuirassé portant une lance élevée en champs de gueules, avec l’inscription : Qui cupit 

Celui d’Occitanie Grand Amiral, galère d’argent en champs de gueules avec l’inscription : Prospero motu. 

Léon, dont le Provincial est Grand Doyen de l’Ordre, a pour armes un lions d’argent en champ de gueules avec l’inscription :
Audaces juvat. 

La Bourgogne a pour ses armes une tête de mort d’argent en champs de gueules avec l’inscription : Mors omnia aequat ; son Maître Provincial est grand Trésorier dans l’Ordre. 

La Bretagne a pour ses armes une ancre d’or en champs de gueules, avec l’inscription : Fata viam inveniunt. Son Maître Provincial est Grand Commandeur de l’Ordre. 

L’Allemagne inférieure ou la province entre l’Elbe et l’Oder a pour armes un bras armé tenant un glaive nu et sortant d’un nuage en champs de gueules. Une étiquette d’azur contient trois lettres initiales L. V. C. Labor viris convenit ; Son Maître Provincial est visiteur général de l’Ordre.

La haute Allemagne a pour armes un acacia sous lequel on voit en champ d’azur, une lance d’or, et au dessous une étiquette d’argent avec lettres gothiques : U. U. U. Ultorem Ulciscitur Ultor. Son Maître provincial est Proviseur général de l’Ordre. 

La neuvième province a pour armes un lion rouge, appuyé sur une croix noire en champ d’or avec l’inscription : veritas persuadet. Son Maître provincial est inspecteur général des troupes. 

De ces neuf provinces, il n’y a que les trois provinces françaises, les deux allemandes et l’Italie qui soient en activité légale. Si une des autres pouvait être rétablie, ou qu’on voulut en créer de nouvelles, les Frères chargés de cette commission importante, doivent y être autorisés par un Convent général, ou à son défaut par les autres provinces, et la restauration doit être motivée et notifiée légalement à tous les Chapitres provinciaux pour être par eux la notification envoyée à toutes les Préfectures régulières du Saint Ordre. 

Quant aux fonctions qui pourraient compéter aux Maîtres provinciaux en vertu de leurs grandes charges, elles seront réglées dans un Convent général, et jusque là aucun desdits Maîtres, ne pourra s’immiscer sous prétexte de sa grande charge, dans le gouvernement d’une province autre que la sienne. 

Celle de ces Provinces dont le ressort est réuni en entier ou pour la plupart sous une même domination, forment un corps national pour modifier les lois générales de l’Ordre d’après celles de la patrie, dont la stricte observance est le premier devoir des Chevaliers Bienfaisants ; ce qui forme la division de l’Ordre, en nations et langues. C’est ainsi que les Provinces d’Auvergne, d’Occitanie et de Bourgogne forment la nation ou la langue française.

Les Provinces réformées d’après le nouveau rite, sont divisées en Grands Prieurés. La nouvelle Matricule des trois provinces françaises en établit trois par province. Il suffit cependant qu’il y en ait deux de restaurées par province, pour que celle-ci puisse être en activité légale. 

Chaque Prieuré est divisé en Préfectures, la matricule en désigne six par ressort de chaque Prieuré ; il suffit cependant qu’il y en ait deux d’établies pour tenir Chapitre Prieural. Si des Etablissements nombreux excédant neuf Commanderies par Préfectures, forçaient de créer de nouvelles Préfectures dans le ressort d’un Prieuré, le Chapitre provincial, juge de tous les changements qu’on veut faire dans la matricule, pourra en augmenter le nombre par Prieurés jusqu’à neuf, après quoi on demanderait au Chapitre général ou à son défaut au Chapitre national la création d’un nouveau Prieuré. 

Chaque Préfecture est composée de neuf commanderies, il suffit cependant que trois d’elles soient en activité pour que la préfecture puisse opérer légalement. 

Les Loges maçonniques, sont le séminaire des sujets destinés au Saint Ordre, et sont mises sous l’autorité d’un Commandeur, qui en est le Chef titulaire et inamovible.

TITRE IV
Gouvernement général de l’Ordre

ARTICLE I
Nature du gouvernement
Le Gouvernement de l’Ordre est aristocratique, les Chefs ne sont que les Président des Chapitres respectifs. Le Grand Maître général ne peut rien entreprendre sans les avis des Provinciaux. Le Maître provincial sans celui des Prieurs et des Préfets, les Préfets sans celui des Commandeurs et ceux-ci sans en avoir conféré avec les Chevaliers de leur district. Tous les Présidents d’assemblées, Maîtres provinciaux, grands Prieurs et Préfets ont toujours le droit après l’exposé de la matière fait par le Chancelier, la 1″ voix consultative et la dernière délibérative.

Dans toutes les assemblées quelconques de l’Ordre, la pluralité des suffrages l’emporte, et les décisions ainsi portées doivent être exécutées sur le champ provisoirement, malgré protestations ou appellations quelconques. Cette loi de la pluralité est sacrée et fondamentale dans l’Ordre, ainsi que toute Société bien ordonnée : elle est le rempart de la liberté et la sauvegarde contre le despotisme. Un Chef ou Président d’une assemblée quelconque, qui voudrait abuser de ses pouvoirs, au point de renverser cette loi fondamentale, est censé parjure à ses obligations, et encourt les punitions les plus graves de la part de ses supérieurs. 

ARTICLE II
Convent général 
Le Convent général est l’assemblée des Maîtres Nationaux et Provinciaux, ou d’autres Représentants des provinces choisis par elles. 

Il est convoqué par le Maître Provincial d’Aragon ou à son défaut par un Chancelier nommé ad hoc par le Grand Maître Général Président du Convent. 

Il doit être convoqué régulièrement tous les neuf ans et s’il se présente dans l’intervalle des affaires majeures le Grand Maître ne pourra le convoquer que du consentement des deux tiers au moins des provinces en activité. 

Le lieu de l’assemblée sera décidé par la pluralité des suffrages des provinces. Si le Grand Maître général ne peut s’y trouver, il a le droit d’y envoyer un commissaire, et alors le Convent sera présidé par le plus ancien Grand-Maître national ou provincial selon l’ordre de la matricule. 

Les lois promulguées par un Convent général sont obligatoires pour tout l’Ordre bien entendu que sur tous les points décidés les Maîtres Provinciaux ait reçu les instructions nécessaires de leurs commettants. Pour cette raison les objets à mettre en délibération dans un Convent général doivent être envoyés au moins six mois auparavant à tous les Chapitres Provinciaux, afin que ceux-ci aient le temps nécessaire pour en informer les Grands Prieurs et Chapitres Préfectoraux, et s’assurer ainsi du voeu général pour les instructions à donner aux députés de la Province.

ARTICLE III
Grand Maître général
Le Grand Maître général est Chef Suprême de tout l’Ordre  ; il est élu par les seuls Représentants des provinces parmi ceux, qui sont le plus à même par leur Rang dans la Société civile et leur mérite d’illustrer l’Ordre, et de faire le bien général. 

Il ne peut rien innover de sa propre autorité dans la constitution de l’Ordre, exercer aucun pouvoir arbitraire, ni exiger d’aucun des Chevaliers, rien qui soit contraire aux règlements et statuts : tous les Chevaliers lui doivent respect et obéissance sous ces réserves.
Les autres prérogatives et droits honorifiques qu’on pourrait accorder aux Grands Maîtres Généraux, nationaux et provinciaux seront définis et clairement énoncés dans la capitulation que les électeurs feront avec eux, lors de leur élévation.

TITRE V
Gouvernement national de l’Ordre

ARTICLE I
Convent national 
Le Convent national est l’assemblée des Maîtres Provinciaux, Grands-Prieurs, Conseillers, Préfets et Officiers nationaux, présidés par le Grand Maître national. Comme la tenue régulière des Convents généraux pourrait être sujette à quelque difficulté, le Convent national les supplée et pourvoit aux besoins des établissements de la nation par leurs Représentants réunis. 

Le Convent national est convoqué ordinairement tous les six ans sur les ordres du Grand Maître de la Nation, par le Chancelier national, qui envoie les billets de convocation à tous les Grands Officiers de l’Ordre et à toutes les Préfectures en activité, en cas de vacances du Magistère National ou d’empêchement quelconque, le Maître Provincial d’Auvergne (en France) est en droit d’en faire la convocation. Toutes les fois que des circonstances extraordinaires exigeront pour le bien de l’Ordre, la tenue d’un Convent national ; qu’il fera demandé par une des trois provinces de France et consentie par une autre ; le Convent national sera convoqué extraordinairement par le Grand Maître National et à son défaut par le Maître Provincial ou l’administrateur de la plus ancienne des deux provinces qui l’auront désiré.

Le Convent complet est composé de 81 personnes, d’après le rang suivant :
             Le Grand Maître National
             Trois Maîtres Provinciaux
             Neuf Grands Prieurs
             Huit Conseillers d’Administration
             Trois Visiteurs généraux
             Trois Chanceliers de Provinces
             Cinquante quatre Préfets ou Représentants des Préfectures 

Ces derniers roulent entre eux selon la date de l’érection de leurs Préfectures, sans égard à la matricule, avec la seule distinction, que les Préfets présents auront rang sur les simples Représentants. 

Les Maîtres Provinciaux peuvent envoyer un commissaire à leur place, mais les Grands-Prieurs, Visiteurs et Chanceliers ne peuvent être remplacés en cas d’empêchement, que par un Représentant nommé par leur Chapitre respectif. 

Tous les Chevaliers qui se trouvent sur les lieux, ont droit d’assister au Convent national, hors de l’enceinte des membres capitulaires, en observant le silence et le respect du à cette auguste assemblée législative de l’Ordre. 

Le Convent national doit être annoncé six mois d’avance à toutes les Préfectures par le Chancelier, qui les invite dans des lettres de convocation à lui envoyer des demandes qu’elles désirent de mettre en délibération, il en rédige un cahier méthodique qui trace l’ordre des conférences capitulaires et l’envoie trois mois avant la Tenue aux Préfectures, pour mettre celles-ci à même de donner des instructions précises à leurs représentants. Nul objet ne pouvant être agité dans les Chapitres nationaux, qui n’ait été proposé et communiqué auparavant à toutes les Préfectures. 

Le siège du Convent national de France ainsi que du conseil d’administration du sérénissime Grand Maître est à Paris, si les circonstances le permettent.

ARTICLE II
Grand Maître national
Le Grand Maître National est élu au Convent à la pluralité des suffrages par les Maîtres Provinciaux, Grands Prieurs, Visiteurs et Préfets des Provinces réunies, présidées ad hoc par le Maître Provincial d’Auvergne, 

Le Grand Maître national expédie dans son conseil les patentes aux Maîtres provinciaux et Conseillers nationaux.

Le Grand Maître national proclame et enregistre dans son conseil toutes les Préfectures nouvelles, et y fait inscrire sur le tableau général des Loges régulières du royaume, les Loges constituées par les Directoires Ecossais. 

Le Grand Maître National étant le Chef de l’Ordre en France, et répondant à l’état de la bonne conduite de tous ses membres ; il reçoit dans son conseil l’obédience de tous les Maîtres Provinciaux, Grands Prieurs et Préfets, (excepté les Chefs et Officiers des Prieurés exempts), cette obédience consiste dans la promesse de ne jamais rien entreprendre dans l’Ordre de contraire aux lois du royaume. 

Les Grands Prieurs auront soin d’informer le Sérénissime Grand Maître des nouveaux établissements et actes de bienfaisance qui se font dans l’étendue de leur ressort, pour que celui-ci par une suite de la protection signalée qu’il doit par ses voeux à l’Ordre en faire mention dans l’occasion. 

Le Grand Maître National a toujours la voix prépondérante à cas de partage égal d’opinions.

ARTICLE III
Conseil d’administration nationale
Le Conseil d’administration nationale ou Grand Directoire Ecossais de France est composé de neuf personnes y compris le Sérénissime Grand Maître ; les membres de ce conseil, qui exerce dam l’intérieur quelques droits honorifiques et reçoit les appels en dernière instance des Directoires dans les affaires symboliques sont choisir par le Sérénissime Grand Maître sur trois sujets présentés par le Convent. Si quelque place vaque dans l’intervalle d’un Convent, celui-là peut de l’agrément des trois Maîtres provinciaux nommer un Officier ad interim jusqu’au prochain Convent. 

Les Maîtres Provinciaux et Grands Prieurs qui se trouvent sur les lieux, sont membres nés de ce tribunal et y prennent rang immédiatement après le Sérénissime Grand Maître. 

On choisira parmi ces Conseillers un Chancelier national, convoque le Convent sur les ordres du Sérénissime Grand 

ou de son vicaire né, et vise tous actes, patentes, procès verbaux. expédiés tant au Convent qu’au Conseil national, auxquels il met le grand sceau : il donne la première voix consultative tant au Couvent qu’au Conseil immédiatement après le Grand Maître, et tient le bureau en face du Grand Maître assisté de ses Secrétaires.

TITRE VI
Gouvernement provincial

ARTICLE I
Des chapitres provinciaux
Le Chapitre provincial est l’assemblée des Représentants de la Province présidé par le Maître Provincial ; il est composé de 27 personnes s’il est complet, du Provincial, des trois Grands 

Prieurs, du Visiteur Général, du Chancelier Provincial, des dix huit Préfets et des trois Visiteurs Prieuraux. 

Le Chapitre Provincial se tient tous les trois ans au mois d’Octobre au chef-lieu de la Province ; le Chancelier expédie les lettres de convocations aux personnes, qui ont droit d’y comparaître. 

On ne traite au Chapitre Provincial que les affaires qui regardent toute la Province, comme changement de matricules, érection de Préfectures nouvelles, élection ou confirmation d’un officier supérieur de l’Ordre, appel en dernière instance des Chapitres Prieuraux. 

Tous les Chapitres Provinciaux doivent être ouverts et fermés solennellement et en vestition. Si parmi les officiers supérieurs de la Province, Représentants des Préfectures ou Conseillers de la Province, il se trouve un Chevalier ecclésiastique, il doit y remplir les fonctions de son état, à son défaut le Prieur du Clergé de la Préfecture du lieu.

ARTICLE II
Du Maître provincial
Le Maître Provincial est le Chef et Supérieur de sa province, tous les Chevaliers, lui doivent respect et obéissance, et doivent lors de leur réception la lui prêter entre les mains du Préfet. 

Le Maître Provincial ne peut rien exiger d’aucun Frère qui soit au delà des règlements généraux, ni innover aucune disposition relative à la province, sans le consentement de la majeure partie du Chapitre : la loi sacrée de la pluralité étant fondamentale et constitutive dans l’Ordre. 

Le Maître Provincial préside au Chapitre Provincial, s’il est empêché de s’y trouver il a le droit de nommer un commissaire pour y assister en son nom; ce commissaire à rang après les Grands Prieurs présents ; le Maître provincial représente de droit sa province au Convent général, mais n’y doit-il voter que d’après les instructions. Les patentes de tous les officiers de la Province sont expédiées en son nom, ainsi qu’en celui du Maître National par le Chancelier et contresignée par le Visiteur général de la province et le Prieur du district. 

Le Visiteur général de la province doit envoyer tous les ans au Maître provincial l’état de la province et des différents établissements qui la comportent.

Le Maître Provincial est élu au Chapitre provincial de la manière suivante : les Préfets de chaque Prieuré, après avoir reçu les instructions de leurs commettants, se rassemblent dans une salle et y don 

rient leurs suffrages, cacheté au Grand-Prieur qui porte ces sept voix au conclave présidé par le Visiteur général de la province et composé du Chancelier, des Visiteurs prieuraux et des Conseillers d’honneur de la province (s’il y en a). Le Chancelier confond les 21 billets et les ouvre en présence des Grands Prieurs, en attendant les Préfets se rendent au grand choeur et y prennent leur place, le conclave s’y rend de son côté, le Visiteur général proclame le nouveau Maître Provincial, et s’il est sur les lieux, en fait tout de suite la cérémonie de son installation, sinon on lui envoie un Chevalier d’honneur, qui lui porte le décret de son élection, et l’engage, s’il est possible, à venir tout de suite au lieu du Chapitre provincial, pour recevoir l’investiture. 

En cas d’absence, d’âge avancé ou d’autres circonstances qui l’exigent, on peut du vivant du Maître Provincial et de son consentement nommer de la même manière un coadjuteur, qui supplée le Provincial en cas d’absence et le remplace un soin de droit.

ARTICLE III
Du Visiteur Général de la province
Le Visiteur de la Province est élu à la pluralité des suffrages du Chapitre provincial parmi les Préfets ou autres membres capitulaires. 

Le Visiteur rend compte à chaque Chapitre provincial de l’état des Préfectures, de leurs caisses, Commanderies, hospices et du nombre des Chevaliers dont il compose la matricule et l’armorial général de la Province. 

Les Fonds de l’Ordre étant destinés pour les pauvres et les frais de visite trop multipliés pouvant occasionner des abus, on doit choisir le Visiteur de la Province parmi les Chevaliers les plus zélés et les plus aisés, qui fasse les visites à ses frais, et il ne pourra se faire rembourser que celles ordonnées spécialement par son Chapitre. 

Le Visiteur général de la province lors de sa tournée fera un cahier de l’état de l’Ordre  dans chaque Préfecture, qui contiendra les noms d’Ordre et du siècle des Préfets, Officiers Commandeurs, Chevaliers et autres membres de l’Ordre ; leurs qualités civiles et l’Ordre, l’état des registres des caisses, les établissements et actes de bienfaisance, les observations des Préfets et autres Supérieurs, les plaintes des inférieurs. 

Le Visiteur général se fera donner par les Doyens, Visiteurs des Préfectures, l’état des Commanderies et par l’Inspecteur des Novices celui des Loges. S’il en a le loisir il visitera lui-même ces établissements, pour s’assurer par ses propres yeux de l’exactitude de leurs rapports.

Si le Visiteur général est empêché de faire ses visites lui-même, il les fera faire par les Visiteurs Prieuraux, qui sont ses délégués naturels. 

Toutes les Préfectures et Commanderies doivent de la tournée du Visiteur général ou des Visiteurs particuliers leur ouvrir leurs registres et comptes et leur rendre les mêmes honneurs, qu’à leurs Supérieurs. Le Visiteur n’a pas le droit d’innover de sa seule autorité, mais il doit rendre compte de son inspection aux Chapitres Provinciaux. S’il arrivait cependant que dans le cours d’une de ses visites, le Visiteur général trouvait le Chapitre divisé et qu’il fût à craindre, que le progrès du désordre ne fit des ravages trop considérables, le Visiteur général a droit de prononcer provisoirement et les parties sont obligées de s’en rapporter à son jugement sauf l’appel aux instances supérieures, qui ne sera cependant pas suspensif. 

Les Prieurés ou Préfectures nouvelles, ainsi que les Commanderies dans les districts où l’Ordre n’est pas encore en activité, doivent être installés par le Visiteur Général ou Prieural à son défaut.

ARTICLE IV
Du Chancelier de la province
Le Chancelier de la Province est élu à la pluralité des suffrages du Chapitre Provincial parmi les Préfets, Chanceliers ou autres officiers des Préfectures. 

Sa place est une des plus importantes, Il est l’agent général de la Province ; toute la correspondance, le résumé des délibérations et la rédaction des matériaux à proposer au Chapitre roulent sur lui. 

Il convoque le Chapitre sur les ordres du Provincial, ou à son défaut du premier Grand Prieur, son Vicaire né, rédige sur les propositions et demandes des Préfectures le cahier de délibérations et l’envoyé au moins un mois avant le temps de la tenue à toutes les Préfectures. Il expédie tous les actes, tient les registres et expose les matières, qu’on veut mettre en délibération. 

Il expédie au nom du Grand Maître provincial les brevets et Patentes et en perçoit les rétributions suivant la taxe pour l’entretien des Secrétaires attachés à la Province, et les autres frais de Chancellerie. 

Le Chancelier vise et enregistre les pouvoirs des Députés au Chapitre Provincial. Le Maître des Cérémonies de la Préfecture du lieu faisant fonctions de Maître des Cérémonies de la Province, les place à leur rang. Le Chancelier est (assisté) assis aux Chapitres en présence et en face du Président, mais il a rang immédiatement après le Visiteur de la Province et avant les Préfets. 

Les Chanceliers Prieuraux, qui se trouvent dans le lieu de la tenue du Chapitre Provincial, prennent séance à côté du Chancelier de Province, et donnent leurs avis et voix consultatives après lui. 

En cas d’absence ou empêchement quelconque du Chancelle: Provincial, le Chancelier Prieural en remplira les fonctions.

ARTICLE V
Conseillers d’honneur 
Pour récompenser le zèle de ceux qui ont exercé longtemps des charges importantes dans la province, le Chapitre Provincial peut les nommer Conseillers d’honneur et leur accorder séance et voix consultative. On se servira de préférence des Conseillers d’honneur la Province, qui résident dans le chef-lieu pour composer le conseil d’administration. Les Princes étrangers ou Grands Seigneurs nationaux, qui désireront appartenir à une de nos Provinces, seront attachés par ce titre au Chapitre provincial. Le MaÎtre Provincial expédie les patentes des Conseillers d’honneur, et le Visiteur Général y met son visa.

ARTICLE VI
Comité d’administration
Pour entretenir l’activité pendant la vacance du Chapitre Provincial, celui-ci créera toutes les fois avant de se séparer un Comité pour l’expédition des affaires courantes et qui ne souffrent point de délai, ainsi que pour donner connaissance aux Chanceliers particuliers des Préfectures de la correspondance générale et des affaires, qui regardent toute la province. Le Comité sera établi toujours dans le Chef-lieu de la Province et jugera provisoirement les cas pressants sauf la ratification du Chapitre prochain auquel il rendra compte de toutes ses opérations. Le Visiteur général et le Chancelier de la province sont membres nés du comité. Le Comité répartit aussi tous 

les ans les frais de la régie provinciale à portions égales sur les Préfectures. La Caisse préfectoral du Chef-lieu fait les avances, et tous les Trésoriers Préfectoraux doivent rembourser sur le champ l’assignation prise sur eux.

TITRE VII
Gouvernement prieural

§ 1

Le Chapitre Prieural est l’assemblée des Représentants des Préfectures réunies, sous l’autorité du Grand-Prieur. Quand les six Préfectures sont en activité, il est composé de neuf personnes. Le Grand Prieur, les six Préfets, le Visiteur et le Chancelier du Prieuré. 

§ 2 

Il se tient régulièrement vers Pacques, au Chef-lieu du Prieuré. 

§ 3 

L’avis motivé sur l’érection, ou la translation de nouvelles Préfectures, le jugement des instances dévolues par l’appel des Chapitre préfectoraux à ce tribunal, ainsi que la constitution de toutes les Loges Symboliques, et la définition de toutes les instances maçonniques, dont on ne peut plus interjeter appel au Grand Directoire national, appartiennent aux Prieurés, qui prennent pour titre ostensible le nom de Directoire Ecossais. 

§ 4

Le Grand Prieur est Vicaire né du Maître Provincial dans l’étendue de son ressort. Les Chevaliers lui doivent en cette qualité respect et obéissance sous les réserves générales.

§ 5 

Le Grand-Prieur est élu par les six Préfets et choisi parmi eux, ou d’autres officiers du Prieuré. L’élection est présidée par le Visiteur Général de la Province, commissaire né du Chapitre Provincial, confirmée par le Chapitre et le Maître Provincial, qui lui expédient sa patente et notifiée au Grand Maître national. 

§ 6 

Le Visiteur du Prieuré représente le Visiteur général dans l’étendue du ressort. Il ne pourra porter en frais les visites que lorsqu’elles auront été ordonnées par le Chapitre. Il est élu par le Chapitre Prioral et confirmé par la Chapitre Provincial. Sa patente est expédiée par le Chancelier de la Province au nom du Maître, et contresignée par le Visiteur général, qui l’installe. 

§ 7 

Le Chancelier Prieural est choisi et patenté de la même manière. Il convoque le Chapitre Prieural dans le courant de Janvier, et renvoie au plus tard, au commencement de Mars les cahier de délibérations aux Préfectures de son district. En cas d’absence ou d’empêchement, le Chancelier de la Préfecture le remplace de droit. 

§ 8 

Les frais de la tenue des Chapitres provinciaux sont puisés par le Visiteur dans la caisse préfectorale et celle d’une loge symbolique. sur la demande des Grandes Loges Ecossaises.  La première, vu les frais de la tenue des Chapitres provinciaux sont puisés par le Visiteur dans la caisse préfectoral du Chef-lieu, et remboursés à répartition égale par les Préfectures. Les comptes doivent être arrêtés au Chapitre avant la Clôture. 

§ 9

Les patentes que le Grand-Prieuré est dans le cas d’expédier sont celles de l’érection d’une nouvelle Préfecture et celle d’une Loge symbolique, sur la demande des Grandes Loges écossaises La première, vu les frais considérables des nouveaux établissements se donne gratis, à la réserve du 48* d’expédition pour la copie collationnée des règles, rituels, codes, matricules et noviciat. Les patentes des Loges nouvellement constituées ou rectifiées sont expédiées à la vérité par le Directoire Ecossais, mais celui-ci n’étant pas dans le cas d’avoir besoin d’une dotation, en abandonne les droits de constitutions à la Grande Loge Écossaise, en se réservant deux Louis pour frais d’expédition du code symbolique et des quatre grades maçonniques. 

§ 10 

A l’instar du Chapitre provincial le Prieural peut nommer Conseillers d’honneur et un Comité d’expédition avant de se séparer. 

TITRE VIII
Gouvernement préfectoral

CHAPITRE 1
Des Préfectures

ARTICLE I
Composition des Chapitre préfectoraux 

§ 1
Une Préfecture est l’assemblée des Commandeurs du district, présidée par le Préfet et dirigée par les Inspecteurs des Classes, Chancelier et autres officiers ; elle est toujours existante et en activité, tandis que les assemblées des tribunaux supérieurs ne sont pas permanents.

§ 2

Le Chapitre Préfectoral est composé du Préfet, Doyen, Senior, lier, Trésorier, Eleemosynaire Inspecteurs des novices ou écuyers et Maître des Cérémonies. 

§ 3 

Le Chapitre Préfectoral est donc composé de dix huit personnes, s’il est au complet. Lors d’une première formation, s’il n’y a pas encore beaucoup de sujets capables, les Commanderies et charges peuvent être réunies ; mais lorsque (le Préfet) ou la Préfecture est nombreuse, on évitera de donner deux places à la même personne. 

§ 4 

Un officier du Chapitre, absent n’a pas droit de se faire représenter par un autre, parce que son titre est personnel, et ne peut être transféré que du consentement du Chapitre. Mais dans le cas d’une longue absence le Chapitre pourra nommer un Vicaire, aux places, qu’un titulaire ne peut pas exercer par lui-même. 

§ 5 

Seront par cette raison même exceptés de cette loi, les Commandeurs qui représentent leur districts, aux quels tant la Commanderie que le Commandeur même peuvent substituer un fondé de procuration tout et quantes fois celui-ci sera empêcher de se rendre en personne en Chapitre et d’y porter les voeux des Chevaliers de son district. 

§ 6

Tous les officiers de la Province et du Prieuré lorsqu’ils assistent aux Chapitres Préfectoraux, y prennent rang à la droite du Préfet et jouissent de la première voix consultative. 

§ 7

Les objets qu’on traite dans les Chapitres Préfectoraux sont l’administration générale de la Préfecture, l’établissement des Commanderies et de l’Hospice l’élection des officiers, l’examen des plans économiques ou de bienfaisance présentés, la réception des nouveaux Chevaliers, l’installation des Loges maçonniques, les comptes des Chargés d’administrations, etc. 

§ 8

Les Chapitres Préfectoraux s’assemblent tous les 15 jours et au moins une fois par mois ; et extraordinairement toutes les fois que le Préfet le juge à propos. 

§ 9

Seront appelés les Chevaliers en Commanderies surtout pour la proposition d’un nouveau Candidat, pour l’élection d’un candidat, pour l’élection d’un Préfet et pour l’établissement de l’Hospice préfectoral. Le Préfet peut les convoquer aux autres assemblées s’il le juge à propos, sans qu’ils aient suffrage délibératif ; mais il demandera leur opinion pour éclairer davantage la délibération qu’on agite. 

§ 10

Toute affaire jugée majeure à la pluralité des suffrages, ne doit pas être décidée avec précipitation, mais communiquée aux Commanderies, pour que tous les Chevaliers concourent à la délibération et s’intéressent d’autant plus vivement au but de l’Ordre,  à l’administration duquel ils participent. Les Commandeurs doivent à l’assemblée fixée pour la décision voter d’après la pluralité des opinions des Chevaliers de leur district. Les Commanderies qui n’auront pas envoyé leur suffrage dans le terme prescrit, ne pourront plus revenir contre la délibération.

§ 11

Le Président recueille les suffrages des membres capitulaires, et le Chancelier en prend note et les compte. Tout, indistinctement doit se décider à la pluralité, à moins que le Chapitre ne décide lui-même, qu’il faut les trois quarts ou l’unanimité des suffrages. Quand il s’agit de l’exclusion dans l’assemblée quelconque, il faudra au moins les trois quarts des suffrages. 

§ 12

Pour former une délibération capitulaire, il faut au moins cinq membres qui aient le droit de voter, non compris les Chevaliers que le Chef veut bien y appeler pour donner leur voix consultative. En cas d’égalité de suffrages, la délibération doit être remise à l’assemblée prochaine, et l’on doit alors marquer sur les billets de convocation, que c’est pour reprendre l’objet non décidé à la dernière assemblée ; et si à cette assemblée les suffrages se trouvent encore partagés également, celui du Préfet est prépondérant et décisif, à moins qu’il ne préfère de le renvoyer à une troisième délibération, dans laquelle l’affaire doit être terminée. 

§ 13

Tout membre capitulaire âgé de 50 ans, qui aura exercé un office à la Préfecture pendant 15 ans, ou bien s’il a moins de 50 ans, qui en aura 20 de service, a droit à la vétérance et devient Conseiller honoraire de son Chapitre ; il jouit en cette qualité de la voix délibérative dans toutes les assemblées. 

§ 14

Tout officier, qui donnera au Chapitre la démission de sa charge, ne l’obtiendra qu’après l’avoir demandé à trois reprises, et à intervalles égaux de mois à mois.
Les procès-verbaux d’une assemblée capitulaire seront rédigés par le Chancelier sur la minute, lus dans l’assemblée suivante, et signés au moins par cinq des membres capitulaires, qui ont été présentés.

ARTICLE II
Du Préfet 

§ 1
Ce Chevalier est Chef de la Préfecture, dont il gouverne les différents membres, selon les statuts et l’esprit de l’Ordre Il est représentant né de la Préfecture aux assemblées supérieures. Tous les Chevaliers de quelque classe ou dignité qu’ils soient, lui doivent respect et obéissance. 

§ 2 

L’élection du Préfet se fait par les trois Inspecteurs, Chefs des Classes et les Commandeurs capitulaires, qui doivent voter d’après la pluralité des suffrages des Chevaliers de leur district, convoqué à cet effet Le Chapitre préfectoral. présente trois sujets, parmi lesquels on est obligé de choisir. L’élection est présidée par le Chancelier qui recueille les voix, sans en avoir une lui-même ; proclamée par le Maître des Cérémonies, et confirmée par le Maître Provincial. Le nouveau Préfet reçoit sa patente au Chapitre Provincial par le Chancelier et contresignée par le Grand Prieur et Visiteur général ; il est installé dans la Préfecture par le Visiteur général de la Province, ou à son défaut par le Visiteur du Prieuré.

§ 3

La convocation de tous les Chapitres se fait sur les ordres du Préfet ou par la voix du Maître des Cérémonies, ou directement par le Secrétaire du Chapitre. En l’absence du Préfet, le doyen, après lui, le Prieur du Clergé, et le Senior sont en droit de convoquer ; ces derniers ne doivent cependant le faire que sous l’autorité du conclave composé de trois Inspecteurs des Classes et du Chancelier. Si le Préfet quoique présent, refuse pendant neuf jours la convocation, le conclave peut y suppléer et autoriser le Doyen à convoquer. Lorsqu’à l’heure fixée par arrêté capitulaire, ou indiquée dans les billets de convocation, le Préfet ou Président n’est pas arrivé, on attend un quart d’heure, à l’expiration duquel le Doyen ou plus ancien membre capitulaire ouvre le Chapitre. 

§ 4 

Le Préfet ne peut rompre aucune conférence, mais il peut faire opiner au renvoi de la délibération à la prochaine assemblée, et si la pluralité le juge ainsi, en ne peut la continuer ; on doit même de droit remettre toutes les propositions nouvelles qui demandent des éclaircissements préliminaires à la prochaine assemblée. Le renvoi sera décidé sur la demande d’un des membres du Conclave ou d’un Commandeur. 

§ 5 

Tous les Chevaliers prêtent obédience au Préfet. Cette obédience n’est pas monastique et aveugle, mais tous doivent respecter en lui, le dépositaire principal des lois et de l’autorité dont les lumières et le zèle ont déterminé le choix du Chapitre ; ils doivent lui témoigner tous les égards possibles, non seulement dans les assemblées intérieures de l’Ordre mais aussi dans la vie civile ; et ceIui-ci plus jaloux de régner sur les coeurs que d’exercer une autorité de pure représentation, mettra tous ses soins à mériter la confiance et l’amitié de ses Frères. 

§ 6

Si contre toute attente un Préfet s’oubliait au point de vouloir exercer des violences au Chapitre, forcer des délibérations, suspendre des travaux ou faire tel acte qui ferait péricliter la constitution de l’Ordre, le Chapitre peut sous l’autorité du Doyen et à la pluralité des deux tiers des suffrages, faire un arrêté contre lui, qui doit être mis en exécution et envoyé tout de suite aux Supérieurs de la Provinces ; au Maître Provincial Grand-Prieur et Visiteur général, nonobstant appel quelconque qui sera cependant discuté en temps et lieu. Le Grand-Prieur doit en ce cas se composer un conseil de cinq membres du Prieuré au moins, et s’il confirme l’arrêté il peut suspendre provisoirement le Préfet de toutes ses fonctions. 

§ 7 

Si le Préfet ne peut se rendre en personne aux Chapitres Prieuraux Provinciaux et Nationaux, auxquels il ne peut cependant voter que d’après les instructions positives de ses commettants, le Chapitre nomme un autre de ses membres pour le représenter et de préférence un des officiers du conclave. 

§ 8 

Le Préfet régit et gouverne le Temple ou la Grande Commanderie de la Préfecture, qui est la maison commune louée ou achetée des deniers de l’Ordre consacrée à cet effet. Cette Maison doit être propre à y tenir les différentes assemblées de l’Ordre. C’est dans ce Temple de l’amitié et de la bienfaisance que les Chevaliers se rendent pour goûter ensemble des plaisirs purs et honnêtes, on y loge un Chevalier ou compagnon d’armes, pour avoir l’inspection sous les ordres du Préfet, ou du Maître des Cérémonies sur la maison.

ARTICLE III
Du Doyen du Chapitre 

§ 1 
Le Banneret ou Inspecteurs des Chevaliers militaires est le Doyen ou la seconde personne du Chapitre, et remplace de droit de Préfet, en cas d’absence ou de vacances. 

§ 2 

Il est nommé par le Chapitre auquel on appelle tous les Chevaliers militaires. Sa patente ainsi que celle de tous les Officiers de la Préfecture sont expédiées au Chapitre Préfectoraux sous l’autorité des maîtres National et Provincial et contresignées par le Grand Prieur et le Visiteur général. 

§ 3 

Tous les compagnons d’armes prêtent obéissance au Banneret et sont commandés par lui, surtout le Porte-Bannière et le Porte Glaive, qui sont à sa nomination. 

§ 4

La Bannière des Préfectures, mi-partie, ainsi que l’ancien beauséant des Chevaliers du Temple, contient d’un côté les Armes de la Province et d’un autre les Armes de la Préfecture. 

§ 5 

Le Doyen est visiteur né des Commanderies de la Préfecture
il veille avec sévérité à l’administration régulière des différents
caisses de l’Ordre, qui sont toutes consacrées au bien de l’humanité.
Il installe les nouveaux établissements et visite les anciens. Ils pré
sentent leurs états au Chapitre et tous les ans au Visiteur Prieural. 

§ 6 

Le Doyen est membre du conseil privé et de la commission du trésor, et un des trois administrateurs de l’Hospice, qui est l’établissement bienfaisant de la Préfecture, déterminé par arrêté capitulaire d’après les besoins les plus pressants du local, soit qu’on veuille établir une infirmerie ou porter des secours quelconques à des malades, soit qu’on préfère de fonder une maison d’éducation pour des orphelins, enfants trouvés ou nés de parents, qui sont dans l’impuissance de les élever ; soit qu’on ouvre un asile à la pauvreté, pour assurer à des indigents honnêtes une subsistance assurée en échange d’un travail proportionné à leurs forces ; soit enfin qu’on veuille transporter nos bienfaits à la campagne en instituant des fêtes villageoises, pour encourager les bonnes moeurs et l’industrie en perfectionnant les écoles rurales ; en établissant des sages-femmes ou des chirurgiens habiles à la campagne en faveur de la classe utile des cultivateurs ; ou tel autres moyens qui seront jugées propres à soulager l’humanité d’une manière efficace. 

§ 7 

Les trois Inspecteurs des Classes dans l’Hospice, recevront des personnes, qu’il jugeront dignes de la pluralité des suffrages, et partageront (à eux) et entre eux les détails de l’administration. Le Doyen aura principalement la police et l’inspection sur ceux qui y sont employés, et y maintiendra l’ordre et la régularité. Le Prieur du Clergé sera préposé aux devoirs spirituels, à la conservation des moeurs et aux instructions qu’on jugera à propos d’y donner. Le Senior aura soin de la comptabilité et de tous les détails économiques.

§ 8

Les administrateurs de l’Hospice tiendront bureau toutes les semaines pour la régie qui leur est confiée, et y emploieront de préférence des compagnons d’armes de l’Ordre. 

§ 9

Le Doyen a l’inspection particulière sur la vie et les moeurs des Chevaliers militaires, et est adjoint au Prieur du clergé pour les enquêtes à faire sur la vie et les moeurs des Frères de sa classe, qui demandent à être inscrit au Noviciat.

ARTICLE IV
Du Prieur ecclésiatique 

§ 1
Le Prieur ecclésiastique, Inspecteur des Chevaliers réguliers est préposé à toutes les cérémonies religieuses et à la direction spirituelle des fondations bienfaisantes de l’Ordre. 

§ 2 

Il est chargé particulièrement de la conservation de la règle et des moeurs. Par cette raison il est préposé aux enquêtes sévères qu’on fait avant de recevoir un candidat au noviciat et donne par écrit sa permission au Commandeur qui la fait enregistrer. 

§ 3 

Le Prieur Ecclésiastique est élu par le Chapitre, auquel on adjoint les Chevaliers pour ce scrutin. 

§ 4 

Dans les Chapitres de vestition, il ne peut jamais présider mais il occupe invariablement la première place à la gauche du Président, et y remplit les fonctions de sa charge ; mais dans les Chapitres de délibération, il peut en l’absence du Préfet et du Doyen présider aux conférences au rang de sa charge.

ARTICLE V
Du Senior du Chapitre 

§ 1
L’Inspecteur des Chevaliers de la classe civile est en même temps Senior du Chapitre, et le préside en l’absence des trois autres Chefs. 

§ 2

Il est élu par les membres du Chapitre, auxquels on adjoint les Chevaliers de la classe civile, pour former le conclave. 

§ 3 

Il a l’inspection particulière sur les vies et moeurs des Chevaliers civils. Il est adjoint au Prieur du Clergé pour les informations à faire sur les candidats de sa classes. 

§ 4 

Le Senior est membre du conseil privé, de la commission du trésor et un des administrateurs de l’Hospice, et a particulièrement soin de la comptabilité et de tous les détails économiques.

ARTICLE VI
Du Chancelier préfectoral

§ 1

La place de Chevalier est une des plus importante du Chapitre. Il est élu à la pluralité des suffrages. 

§ 2 

Le Chancelier est l’agent général de la Préfecture et Chef de la Chancellerie. Il délivre, vise et scelle toutes les expéditions de l’Ordre. On lui adjoint à titre de Secrétaire en Chef du Chapitre, un Chevalier, qui le soulage dans ses fonctions et tient le protocole. La Chancellerie est encore composée d’un ou plusieurs compagnons d’armes adjoints qui prêtent entre les mains du Chancelier en plein Chapitre le serment de fidélité et de discrétion. 

§ 3 

Le Chancelier doit veiller particulièrement à la conservation des lois de l’Ordre   ; il requiert en cette qualité d’office dans tout ce qui regarde l’exécution des lois, et le Chapitre est obligé de statuer sur les réquisitions, et d’ordonner mention d’icelles sur les registres. 

§ 4 

Par une suite de la parfaite connaissance des lois, que le Chancelier doit nécessairement avoir, il présente l’état de la question et établit son avis dans toutes affaires portées au Chapitre, sans préjudice à la voix délibérative qu’il donne à son tour. Dans les affaires importantes, il doit demander le renvoi de la proposition au prochain Chapitre, pour avoir et pour pouvoir se préparer suffisamment à exposer la matière. 

§ 5

Le Chancelier ou ses adjoins entretiennent la correspondance avec les Supérieurs et les autres Préfectures, tant de la Province que de l’ordre en général pour resserrer les liens intimes de la fraternité, et se communiquer réciproquement les opérations utiles de bienfaisance, qui peuvent servir d’exemple. 

§ 6 

Il est cependant enjoint expressément au Chancelier de simplifier la correspondance, d’éviter les écritures inutiles et surtout de se concerter avec ses collègues, pour qu’elles ne soit par trop onéreuse, et qu’on ménage les frais, parce que tous nos fonds appartiennent aux pauvres. 

§ 7 

Le Chancelier sur les propositions faites dans le courant de l’année, rédige un cahier de délibérations que la Préfecture envoyé au Chancelier du Prieuré, pour y être fait droit, ainsi que celui des objets qui doivent être portés aux Chapitres Provinciaux et Nationaux; il ne doit cependant les envoyer qu’après les avoir présentés auparavant au Chapitre et les avoir fait signer par les trois premiers officiers présents. 

§ 8 

Le Chancelier rédige tous les actes du Chapitre ainsi que les instructions pour les députés de la Préfecture. 

§ 9 

Le Chancelier prête un serment particulier au Chapitre, de ne communiquer à personne sans aveu du Chapitre aucune expédition des Règles, Rituel, Code ou autres pièces concernant l’ordre, ni d’en tirer copie pour lui-même. 

§ 10

Il a seul la garde des archives, tous les membres capitulaires y ont l’entrée de droit; mais ils doivent se faire accompagner par le Chancelier.

§ 11

Le Chancelier ne doit écrire à personne au nom du Chapitre, sans en avoir conféré auparavant avec lui, dans un cas pressant, qui ne permet point de délai, il doit ou moins consulter le Préfet ou le Doyen en son absence, et rendre compte après au Chapitre. 

§ 12

Les extraits et autres expéditions faites par le Chancelier n’ont pas besoin d’être visés par le Préfet, mais en son absence les extraits faits par un autre qui remplit ses fonctions doivent être légalisés. 

§ 13 

Le fisc de la Chancellerie provient des brevets et autres expéditions et sert aux frais de sceaux, papier, parchemin, plumes et autres matériaux nécessaires à la Chancellerie, le surplus doit être employé au bout de l’an en gratifications au Secrétaire du Chapitre et aux autres adjoins de la Chancellerie. En cas d’insuffisance le Chancelier avisera.

§ 14

Ne seront point compris dans le fisc de la Chancellerie les rétributions pour l’établissement des Commanderies et constitutions de rectification des Loges, qui seront versées dans la caisse préfectorale Les premières seront de trois Louis, les lettres de constitution de cinq, et celles de rectification de soixante livres. Les officiers et Commandeurs reçoivent leur brevet au Chapitre Préfectoral. La patente sera expédiée sous l’autorité des Maîtres National et Provincial, au nom du Préfet par le Chancelier de la Préfecture et visée par le Grand-Prieur. 

§ 15

Les cinq premiers officiers dignitaires du Chapitre, savoir le Préfet, le Doyen, le Prieur du Clergé, le Senior et le Chancelier forment le conseil privé ou conclave, qui juge provisoirement et en première instance tous les objets qui demandent prompte expédition, parce qu’en pareil cas on ne peut pas toujours convoquer le Chapitre et que la multiplicité des voix ne ferait allonger la décision des affaires courantes.

ARTICLE VII
Du Trésorier 

§ 1
Le Trésorier chargé de la comptabilité de l’ordre est une des personnes les plus essentielles du Chapitre ; une probité scrupuleuse, le zèle le plus assidu et le plus vigilant doivent le caractériser ; c’est lui qui tant que l’Ordre n’a point de sanction légale parait en son nom dans les affaires civiles. 

§  2

Le Trésorier est le Chef de la commission du Trésor, dont en parlera plus bas ; il est chargé du placement de tous les fonds de l’Ordre Il recueille les responsions et donations des Chevaliers, et tient un état exacte des dépenses. 

§  3

Il est élu à la pluralité des suffrages au Chapitre, qui fera tomber son choix sur un Chevalier qui entende les affaires et dont la fortune soit établie solidement. 

Pour soulager le Trésorier dans ses fonctions, on lui adjoint le Procureur, qui sans être capitulaire, est officier de la Préfecture, et dont parlera plus bas.

ARTICLE VIII
De l’Eleemosynaire

§ 1

L’ Eleemosynaire est chargé de la distribution des aumônes. La caisse des aumônes est destinée à des actes de bienfaisances durables tels que ceux qui résultent des plans de charité combinés, on évitera de diminuer cette caisse par des générosités, qui n’ont pour objet que le soulagement momentané des malheureux, en faveur desquels on prendra d’autres voies. L’Eleemosynaire assiste les Frères malades, leur porte les secours qui peuvent leur être agréables, et préside aux honneurs funèbres que l’Ordre  rend à ceux de ses membres, qui payent le tribut à la nature. 

§ 2 

Il est élu en Chapitre à la pluralité des suffrages de préférence dans la classe des Chevaliers réguliers, dont il est alors le Sous Prieur ; quoique le Chapitre ne soit pas strictement obligé à cela, s’il ne trouve pas de Chevaliers de cette classe en état de remplir cette place.

§ 3 

Les aumônes distribuées à la maison Préfectoral par l’ Eleemosynaire proviennent des quêtes rassemblées aux Chapitres de vestition et de solennité et de la portion de revenus du Temple Préfectoral, qui sera affectée à cet objet, les aumônes ne seront pas données à des vagabonds mendiants de profession, mais on en fera de petites pensions hebdomadaires Ou mensuelles pour des pauvres honteux, pères de famille indigents ou autres personnes misérables, incapables de gagner leur pleine subsistance, auxquelles on donnera les suppléments nécessaires selon la faculté de la caisse des aumônes. 

§ 4

L’ Eleemosynaire fera le cadastre des pauvres, qui doivent recevoir cette petite charité aux jours convenus à la Maison Préfectorale, et rendra compte tous les six mois de son administration au Chapitre. 

 § 5

En cas de maladie sérieuse d’un Frère, l’ Eleemosynaire chargé par état de lui porter des consolations fraternelles, se nantira des papiers de l’ordre, qui pourront être en dépôt chez lui. 

§ 6 

Lors du décès d’un Chevalier de ‘ordre, le Chapitre s’assemblera pour célébrer sa mémoire, et l’on fait ce jour une distribution d’aumônes aux pauvres. A la fête des trépassés on fait l’énumération des Chevaliers morts dans l’année, et recommande leur souvenir aux Frères. S’il décède un membre capitulaire, sa place au Chapitre reste vacante et couverte d’un crêpe jusqu’à la nomination du successeur.

ARTICLE IX
De l’Inspecteur des Novices Ecuyers 

§ 1
L’Inspecteur des Novices ou Écuyers est chargé de les instruire, des usages anciens de l’ordre pendant leur noviciat et de veiller sur leur conduite. Du compte qu’il en rend au Chapitre dépend Li terme de leur épreuve. Il leur ordonne les caravanes prescrites pal l’ancienne règle et converties par la nouvelle en oeuvres de bienfaisances et d’humanité, qu’ils sont obligés d’exercer, soit en visitant tant souvent l’hospice et s’y vouant aux détails de la charité, soit en se transportant à la campagne pour y verser des bienfaits. 

§ 2

L’Inspecteur des Novices l’est aussi des Loges du ressort de la Préfecture, qui porte dans le symbolique le nom de Grande Loge Écossaise. Il reçoit le jour de son inspection annuelle dans les Loges, les honneurs dus aux x Supérieurs de l’ordre.

ARTICLE X
Du Maître des cérémonies 

§ 1
Le Maître des Cérémonies est chargé de tout le Rituel de l’Ordre de faire célébrer les fêtes et de veiller à ce que les armements des Chevaliers se fassent d’après le rit de l’Ordre. 

§ 2 

Il est chargé et préposé à la garde de tous les effets et meubles de la maison communale. Il est le lieutenant du Temple. Le concierge reçoit de lui ses instructions et lui est entièrement subordonné. 

§ 3 

Il est envoyé comme Chevalier d’honneur de la part du Chapitre, toutes les fois qu’il y a un message intéressant à faire aux Supérieurs de l’Ordre 

§ 4 

Il rédige la matricule et l’Armorial de la Préfecture ; y insèreles noms et armes d’ordre du siècle des Chevaliers, ainsi que leur
dignité et les remet tous les ans au Doyen-Visiteur, qui l’envoie au Visiteur du Prieuré. 

§ 5 

Il soigne les petites dépenses nécessaires pour l’ameublement des Chapitres ; mais toutes dépenses extraordinaires doivent être communiquées auparavant à la commission du trésor. 

§ 6 

La charge de Maître des Cérémonies est à la nomination du Maître Provincial sur trois sujets présentés par le Chapitre. Cette place porte par cette raison le nom de Commande Magistrale et le pourvu reçoit sa patente de Maître provincial contresignée par son Secrétaire particulier.

CHAPITRE Il
Des Commandeurs

ARTICLE I 

§ 1
Les Commanderies sont les premiers établissements de l’Ordre, leur réunion forme les Préfectures, elles sont gouvernées par un Commandeur, qui en vertu de ce titre et de cet office est membre du Chapitre Préfectoral, auquel il porte les voeux et les suffrages de ses Chevaliers. Les Commanderies nouvelles sont installées sur les ordres du Chapitre Préfectoral par le Doyen-Visiteur. 

§ 2

Dans le ressort de chaque Préfecture on peut former neuf Commanderies et pas plus. Il suffit cependant qu’il y en ait trois en activité, pour qu’elles puissent se réunir en Chapitre Préfectoral. 

§ 3

On ne doit recevoir dans une Commanderie que 9 Chevaliers au plus et 5 au moins. L’un d’eux est Senior et remplace de droit le Commandeur tant dans les assemblées du Chapitre que dans celles de la Commanderie, même et un autre Procureur, chargé des détails économiques. Le Chapitre peut cependant pour faciliter un premier établissement permettre par dispense, que pendant la première année la Commanderie ne soit composée que de 3 Chevaliers. 

§ 4 

Les Commandeurs sont élus de la manière suivante : Les Chevaliers de la Commanderie présentent au Chapitre trois sujets de leur district choisis par eux dans une assemblée convoquée ad-hoc. Le Chapitre nomme un des trois présentés qui est confirmé et patenté par le Maître Provincial et installé par le Doyen Visiteur du Chapitre. 

§ 5

Lorsque quelque Chevalier a des facilités pour faire un établissement dans quelque ville de la Préfecture propre à être le siège d’une Commanderie; il peut se présenter au Chapitre et lui demander le titre de Commandeur à brevet et la permission d’entamer dans ledit endroit les négociations nécessaires. Le Chapitre peut alors donner voix et séance au Commandeur titulaire, à charge par lui de remplir ses engagements dans l’espace d’un an, au bout duquel temps sa commission cesse et son brevet lui est retiré s’il n’y a satisfait. 

§ 6

Tout établissement qu’on veut faire dans un district, où l’Ordre n’est pas encore en activité, doit nécessairement commencer par la formation d’une Commanderie, qui sera mise sous les ordres et la direction de la Préfecture voisine et ce n’est qu’après que trois Commanderies composées de 3 Chevaliers chacune au moins seront érigées, et qu’elles pourront demander au Chapitre Prieural ou Provincial l’établissement d’une Préfecture ; on réitère à cet effet la défense expresse de créer des Prieurés ou Préfectures in partibus, sans qu’il y ait le nombre suffisant d’établissements inférieurs, qui doivent leur servir de base. 

§ 7

Les matières que le Chapitre est obligé de renvoyer aux Commanderies, sont l’élection d’un Préfet, la proposition d’un nouveau Candidat, l’établissement de l’Hospice Préfectoral et toute autre affaire majeure, dont la communication aux Commanderies aura été ordonnée par le Chapitre. Dans les trois cas énoncés, tous In% suffrages des chevaliers seront comptés au Chapitre, dan.,, les autres le Commandeur seul votera au Chapitre selon la pluralité des avis. 

§ 8

Les Commandeurs ont droit d’assembler leurs Chevaliers souvent que les affaires et le bien de l’Ordre l’exigent. En du Commandeur, si le Chapitre renvoie à la maison la communication cation d’un arrêté, qui demande à être délibéré ou promulgué. Senior est en droit d’assembler les Frères. 

§ 9

Les Commanderies ont droit d’après le consentement préalable de la Préfecture, de recevoir des écuyers ou novices, mais elles ne doivent jamais armer ces derniers Chevaliers, solennité réservée aux seuls chapitres Préfectoraux.

TITRE IX
Objets économiques

ARTICLE I
Des Loges Maçonniques

§ 1

La Franc-Maçonnerie Conservatrice de notre Saint-Ordre en est la pépinière, où l’on élève et prépare les sujets qu’on croit propre à y entrer; elle doit donc être dans une liaison intime avec le gouvernement intérieur du Saint-Ordre. 

§ 2 

Le Convent a arrêté les statuts et règlements généraux de la maçonnerie, qui servent de règles invariables à tous ceux, qui suivent la réforme du T S.*. Ordre. 

§ 3 

Les appels des Comités Ecossais des Loges sont portés aux Grandes Loges Ecossaises ou Chapitres Préfectoraux, delà aux Grands Prieurés ou Directoires Ecossais et enfin en dernière instance au Grand Directoire National. L’érection d’une Loge est accordée par le Directoire Écossais sur l’avis des Grandes Loges écossaises, mais elle doit être confirmée et enregistrée au Grand Directoire National. 

§ 4

Toute Loge est sous l’autorité d’un Commandeur qui peut en réunir plusieurs sous son maillet, dont il est alors le Chef titulaire ou Député-Maitre. Chaque Loge lui adjoint tous les trois ans un Vénérable pour la gouverner sous son autorité.

ARTICLE II
De la commission du Trésorier 

§ 1
Dans chaque Préfecture le Trésorier est préposé au maniement et placement des deniers de l’Ordre, d’après les avis et arrêts de la commission du Trésor. 

§ 2

Celle-ci est composée du Trésorier-Président, des trois inspecteurs des classes, ou à leur défaut des plus anciens officiers du Chapitre subrogés par lui et du Procureur qui fait à la commission du Trésor, les mêmes fonctions que le Chancelier au Chapitre. 

§ 3

Le Trésorier fait des propositions et paie les déboursés du Chapitre subrogés par lui et du Procureur qui fait à la commission du Trésor, les mêmes fonctions que le Chancelier au Chapitre. 

Le Trésorier fait des propositions et paie les déboursés du Chapitre sur des quittances ou des mémoires ; toute dépense ordinaire doit être proposée et approuvée par la commission du Trésor, et signée au moins de trois des commissaires avant d’être entreprise. Le Trésorier présente tous les six mois au Chapitre les comptes du Trésor particulier de la Préfecture. 

§ 4 

Le Procureur est choisi parmi les Chevaliers de la Préfecture au Chapitre Préfectoral, la plus scrupuleuse intégrité et le zèle le plus épuré doivent déterminer le choix de cet officier ainsi que celui du Trésorier; il est membre né de la commission du Trésor et quoi qu’il ne soit point par sa place membre capitulaire ; il le devient après quelques années de service avec le titre de Conseiller de la Préfecture, en l’absence du Trésorier, il le remplace de droit au Chapitre. Le Dator pannorum, choisi parmi les compagnons d’armes est à ses ordres.

ARTICLE II
Des dots payés par tous les Chevaliers

§ 1

Tout Frère reçu dans l’intérieur doit payer pour sa réception une dot fixée dans chaque Préfecture selon les circonstances locales, dont le tiers sera payé lors de son inscription au noviciat et les deux autres tiers lorsqu’il est armé Chevalier. 

§ 2

Cette dot doit être la même pour tous les Frères. La Commission du Trésor est chargée de pourvoir à son payement et de faire avec le candidat à ce sujet tels arrangements qu’elle juge à propos. L’uniformité de cette contribution qui ne peut être diminuée en aucun cas, est le principe de l’égalité parfaite de tous les Frères. 

§ 3

Le Chapitre seul peut donner dans des cas extraordinaires et lors qu’il s’agit de faire l’acquisition d’un sujet distingué, qui est à même de se rendre utile, dispense du payement de cette dot, mais cette dispense, qui ne pourra être que très rare, doit être accordée, unanimement et sans contradiction d’un seul membre capitulaire.

§ 4
Les Frères ne pourront avoir aucune Commanderie ou charge dans le Chapitre avant qu’ils aient quittance plénière de la commission du Trésor au sujet de leur droit de réception, et l’on fera lors de toutes les élections une liste des membres éligibles, parmi lesquels on n’en comprendra aucun, qui doive encore au Trésor. 

§ 5

Cette donation consacrée invariablement et sans la moindre déduction à des établissements pieux et solides est divisée en trois parties ; les deux tiers appartiennent à  l’Hospice de la Préfecture et le troisième au Temple. 

§ 6

Le placement des différents fonds de l’Ordre appartient à la commission du Temple et du Trésor, qui les administre et délivre les intérêts de la prébende du Temple et de l’Hospice aux administrateurs respectifs, quand elles sont en exercice. 

§ 7 

Le Temple ou la Grande Commanderie Provinciale sera mise en activité, quand le Chapitre jugera à propos de faire acquisition d’une maison ou d’un terrain propre à en bâtir une. Lors qu’un jour il sera doté richement, après avoir prélevé les fonds d’achat, de construction et de décoration on placera le surplus à intérêt, un quart de la rente sera versé aux aumônes hebdomadaires, un autre quart destiné à l’entretien et la moitié servira au Préfet à faire les honneurs du Temple vis-à-vis des Chevaliers de la Préfecture et surtout des Frères étrangers.

§ 8
L’Hospice sera mis en activité, quand les fonds se seront accrus à un capital considérable et que le Chapitre Préfectoral le jugera à propos. On ajoutera jusqu’à cette époque les intérêts des sommes principales, qui entrent et ce n’est qu’alors que les intérêts courants et augmentant successivement seront appliqués aux usages prescrits par les administrateurs de l’Hospice. 

§ 9

Le Chapitre seul, auquel on appellera les Chevaliers ou au moins dans lequel on comptera leurs suffrages, présentés par leurs Commandeurs, décideront au moment que l’Hospice Préfectoral doit être mis en exercice, de l’endroit ou il doit s’établir, ainsi que du genre d’établissement bienfaisant, auquel on doit donner la préférence. 

§ 10

La Commission du Trésor doit donner au moins tous les six mois aux administrateurs respectifs du Temple et de l’Hospice l’état de leur caisse et ceux-ci en doivent faire le rapport tous les ans au Chapitre. Quand ces deux prébendes seront en activité, les comptes de l’emploi des revenus doivent être visés tous les ans par le Trésorier et le Procureur, qui sont auditeurs des comptes et présente ensuite au Chapitre. 

§11 

C’est le Chapitre seul, qui peut reprendre un administrateur sur quelque emploi mauvais des fonds, et lui enjoindre d’être plus circonspect et plus attentif à l’avenir.

ARTICLE III
Du bénéfice rural 

§ 1
Lorsqu’une fois l’Hospice sera en activité et bien doté, on établira le bénéfice rural prescrit par la règle, en inscrivant la taxe de l’inscription au noviciat. 

§ 2

Le bénéfice rural sera alors consacré à des oeuvres de bienfaisance à exercer à la campagne. On y achètera des biens-fonds et y établira la maison des Novices de la Préfecture. Les deux tiers seront invariablement affectés à de bonnes oeuvres et administrés par le Prieur du Clergé. Le tiers des revenus du bénéfice rural peut être employé par le MaÎtre des Novices à l’entretien de la maison des Novices et autres dépenses, pour y recevoir les Frères qui voudront y goûter les plaisirs de la retraite et les Novices qui viendront y faire leur caravane.

ARTICLE IV
Caisse préfectorale 

§ 1
Tous les Chevaliers à commencer par leur réception au Noviciat s’engagent à une capitation annuelle d’un ducat évalué en France à 12 tt et destiné à être joint aux trois quarts du grade Ecossais. Le trésor particulier de la Préfecture sert à faire face au frais courant de correspondance, de réception, de décoration, etc., ainsi qu’aux contributions pour les dépenses communes et tenues de Chapitres Supérieurs Prieuraux, Provinciaux et Nationaux. 

§ 2

Cette contribution se paye tous les ans au 1er de Juillet entre les mains du Minister Responsionum chargé de ce recouvrement. Ceux des Frères à qui l’on à demander et qui laissent écouler une année sans la payer, sont tenus de la payer double pour forme d’amende, sur simple assignation du Trésorier, dont on ne peut interjeter appel qu’au Chapitre assemblé. A l’instar des Chevaliers du S. 0. tous les maçons membres d’une loge réunie, qui en sont les Novices, payent tous les ans un écu de 66 tt versé dans la caisse Préfectoral. 

§ 3

En forme de reconnaissance de la faveur que l’Ordre fait aux Officiers dignitaires de les décorer d’une charge ou titre, qui leur donne une influence plus satisfaisante dans le gouvernement de l’Ordre  ; ils payeront lors de leur élection deux louis pour leur brevet, à verser dans la caisse Préfectorale. 

§ 4 

Les frais des Chapitres Prieuraux, sont répartis également entre les différentes Préfectures par le Chancelier et payés sur quittance par les Trésoriers respectifs. 

§ 5

Les frais des Chapitres Provinciaux et autres dépenses communes à la Province, sont répartis également tous les ans entre les différentes Préfectures par le Comité d’administration Provinciale et payés sur quittance par les Trésoriers respectifs.

ARTICLE V
Caisses des Commanderies 

§ 1
Chaque Préfecture étant subdivisé en neuf petits ressorts, qui forment autant de Commanderies pour l’intérieur, et sous l’autorité desquelles les Loges Maçonniques sont mises; les Commanderies ont leurs caisses et leur administration particulière. La caisse de la Commanderie est administrée à l’instar de la caisse Préfectorale par le Procureur, sous l’autorité de la commission du Trésor formée du Commandeur et du Senior. Les comptes seront rendus tous les six mois à la Commanderie, tous les ans au Doyen Visiteur, et aux Visiteurs Supérieurs toutes les fois qu’ils le demanderont.

§ 2

Cette caisse, qui est proprement la caisse de réserve des Loges, est formée du quart des différentes affiliations ou réceptions symboliques, qui se font dans les Loges du ressort. 

§ 3

Quand les fonds d’une Commanderie seront montés à 100 louis, on commencera à la mettre en activité alors la rente servira à un établissement particulier de bienfaisance, qui sera déterminé par le Chapitre Préfectoral sur les observations des Chevaliers et qui sera administré par le Commandeur. La Commanderie sera cependant en droit avant d’établir la prébende de bienfaisance, de faire sous l’autorité du Chapitre l’acquisition d’une maison commune pour y assembler les Chevaliers et la Loge de la ville qui en dépend.

ARTICLE VI
Caisse Maçonnique des Loges 

§ 1
Les Caisses maçonniques sont formées de trois quarts des droits d’affiliation et de réception aux trois premiers grades de la Maçonnerie, d’un quart de la taxe de la réception d’Ecossais, ainsi que des quotités annuelles ; les taux de réception et de capitation sont fixés par chaque Loge d’après ses besoins et ses forces et confirmés par la grande Loge Écossaises

§ 2

La disposition des fonds de la Loge appartient au Comité Écossais de ladite Loge sous la direction du Trésorier de la Loge, qui doit présenter tous les six mois ses comptes en Comité et tous les ans en Loge. 

§ 3

L’inspecteur des novices et le Député-Maître doivent surveiller l’emploi que font les Loges de leurs deniers ; malgré que ceux-ci leur appartiennent en pleine propriété elles ne doivent pas les éparpiller en dépenses vaines ou ridicules, mais consacrer à l’exemple de l’Ordre intérieur dont elles sont la pépinière, le superflu de leurs fonds à des actes d’une bienfaisance éclairée et réfléchie, qui seront proposés par le Comité Ecossais et agréés par la Loge.

ARTICLE VII
Plans économiques 

§1
Tous les plans économiques proposés pour augmenter le bien-être du Chapitre faire travailler utilement les fonds, ou lui en procurer de nouveaux, doivent être portés au Chapitre, qui en renvoie l’examen d’abord à la commission du Trésor, et statue ensuite sur ses conclusions arrêtées et présentées au Chapitre par le Trésorier. 

§ 2

Si l’on proposait quelque plan commun à plusieurs Préfectures ou même à toute la Province - il doit être porté selon son étendue au Chapitre Prieural ou Provincial pour y être statué de commodo vel incommodo. Ceux-ci statueront tout de suite ou in pleno, ou bien sur le rapport préalable des commissaires nommés pour l’examiner. L’Ordre recevant des bienfaits des étrangers comme de ses membres, on fera l’emploi suivant la volonté du bienfaiteur, pourvu néanmoins qu’elle ne soit pas contraire à la religion, ni au gouvernement, et à défaut de destination, l’ordre en fera l’emploi de la manière la plus convenable pour le bien de l’humanité et de la patrie. 

Fait et arrêté en Convent National de France tenu à Lyon et clos aujourd’hui 29 Nov 465 - 10 Déc. 1778. 

Source : http://www.ordre-de-lyon.com/biblioteq/textMasonic/code-general.htm

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 28 octobre, 2008 |Pas de commentaires »

Hugues de St Victor : Aux chevaliers du Temple

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Lettre de Hugues de Saint-Victor aux chevaliers du Temple

La lettre de Hugues de Saint-Victor aux chevaliers du Temple fut, pour la première fois, publiée en latin dans la Revue d’histoire ecclésiastique et la traduction française donnée par le père Clément Sclafert dans la Revue d’ascétique et de mystique (cf. bibliographie). Elle se trouve dans le manuscrit 37 dit de Nîmes (1), intercalée entre la Règle des chevaliers du Christ et la louange de la nouvelle milice de saint Bernard. Les nombreux passages où Hugues de Saint-Victor, dans ses œuvres, parle avec éloge des « milites Christi », les arguments développés et le style permettent d’attribuer cette lettre à celui qui fut le contemporain de saint Bernard avec lequel il correspondit. Qu’il nous suffise de rappeler que né en Lorraine vers 1097, mort à Paris le 3 février 1140, Hugues devint moine dans un couvent de Saint-Victor (2), à Marseille., d’où il vint se fixer à Paris (1118), dans la maison du même ordre. Sa vie se passa dans l’ombre ; il n’occupa d’autre rang, parmi les siens, que celui de professeur de théologie, de 1133 à 1140, c’est-à-dire pendant sept ans. Il enseigna une philosophie proche de celle de saint Augustin et eut une grande influence sur la scolastique. Il mourut d’épuisement, paraît-il, à la suite de trop longues austérités. Bien que sa datation soit incertaine, la lettre doit être antérieure à 1140, c’est-à-dire après l’exhortation de saint Bernard aux chevaliers du Temple et avant la mort de son auteur. Son intérêt est de nous révéler une crise très grave que traverse alors la milice templière, dont saint Bernard avait fait quelques années plus tôt un si vibrant éloge. Les religieux-chevaliers se posent un double problème : le premier est de savoir si la vie contemplative est conciliable avec la vie active ; le second, s’il y a communauté d’idéal et de vie entre les moines-guerriers et leurs humbles serviteurs. Or, les moines-soldats que sont les chevaliers du Temple doivent être prêts, à tout moment, à affronter des combats, réduisant par le fait même la part de l’office prévue par la Règle primitive, pareille à celle de tous les autres moines existants, et notamment la prière en commun (cf. la Règle de Saint-Benoît). ————————————– (1) Bibliothèque municipale de Nîmes, f° 169 v°- 172 v°•. (2) Ordre de chanoines réguliers. ————————————– La perfection monastique est-elle compatible avec deux aspects de la vie du guerrier : tuer des hommes et remporter leurs dépouilles ? Reprenant les arguments de saint Bernard, Hugues de Saint-Victor assure les chevaliers qu’ils participent du « Christ combattant » et qu’ils doivent se sanctifier dans l’état qu’ils ont choisi. À ceux qui se plaignent amèrement de l’inégalité au sein de la fraternité et murmurent que les uns ont tout et les autres rien, il répond en rappelant que dans tout ordre monastique il ne peut y avoir acception de personne et qu’il ne faut pas confondre l’échelle des dignités avec l’échelle des valeurs. Tous, chevaliers, chapelains, écuyers ou frères servants, sont unis dans la même tâche et la même gloire ; quel que soit l’humble rang que l’on tienne, chacun peut, dans cet ordre si impliqué dans les combats contre l’ennemi, à la fois spirituel et temporel, se sanctifier et si « Dieu est le Maître », les chevaliers du Christ sont « ses serviteurs ». Ici commence le prologue de maître Hugues de Saint Victor. Aux soldats du Christ qui, par leur religieux comportement dans le Temple de Jérusalem, s’appliquent avec ferveur à leur sanctification, Hugues pécheur. Combattre et vaincre et être couronné dans le Christ Jésus Notre-Seigneur. Ici commence l’exhortation du même aux soldats du Temple. Plus le diable, frères très chers, se tient aux aguets pour nous tromper et pour nous perdre, plus nous devons être sur nos gardes, par une circonspection toujours en éveil, non seulement contre le mal, mais aussi quand nous faisons le bien. Le premier effort du diable est en effet de nous entraîner au péché. Le second est de corrompre nos intentions dans nos bonnes œuvres. Le troisième consiste, sous apparence de progrès, à nous rendre instables dans le bien en nous détournant des œuvres de vertu, que nous ayons entreprises. Pour nous garder de la première tromperie, l’Ecriture dit : « Mon fils prends garde à ne jamais consentir au péché » (Tob. IV, 6) Pour nous garder de la seconde tromperie, elle dit dans un autre endroit : « Fais bien le bien » (1). Celui-là ne fait pas bien qui, dans une œuvre bonne, ne cherche pas la gloire de Dieu mais la sienne. Pour nous garder de la troisième tromperie, elle dit ailleurs : « Reste où tu es » (2). Celui-là ne veut pour ainsi dire pas rester où il est qui, de la tâche qu’il est par devoir tenu de remplir, se laisse toujours arracher et attirer ailleurs par l’inconstance de son esprit et les caprices de son désir. C’est pour corriger celte inconstance et celle légèreté que l’Apôtre dit : « Que chacun demeure dans l’état où il a été appelé » (I-Corinth. VII, 20), celui•ci dans tel état, celui-ci dans tel autre. Voyez, frères ; si tous les membres du corps remplissaient un seul office, le corps lui•même ne saurait tout entier subsister. Écoutez l’Apôtre : « Si le pied disait : puisque je ne suis pas l’œil, je ne suis pas du corps, ne serait-il pas du corps pour autant ? » (I-Corinth. XII, 16). ———————————- (1,2) Ces mots ne se trouvent pas textuellement dans l’Écriture Sainte. ———————————- C’est souvent ce qui est le moins noble qui est le plus utile. Le pied touche la terre, mais il porte tout le corps. Ne vous trompez pas vous-mêmes : chacun recevra sa récompense selon son travail. Les toits des maisons reçoivent la pluie et la grêle et le vent, mais s’il n’y avait pas de toitures, que feraient les lambris couverts de peintures ? Si nous proposons ces réflexions, frères, c’est que nous avons entendu dire que certains d’entre vous étaient troublés par quelques gens de peu de sagesse, comme si la profession par laquelle vous avez consacré votre vie à porter les armes contre les ennemis de la foi et de la paix pour la défense des chrétiens, comme si votre profession, dis-je, était ou illicite ou pernicieuse, autrement dit, si elle constituait un péché ou l’empêchement d’un plus grand progrès. C’est ce que je vous disais : le diable ne dort pas. Il sait que s’il veut vous persuader de pécher, vous ne l’écouterez pas et vous ne consentirez pas. C’est pourquoi il ne vous dit pas : enivrez-vous, commettez l’impureté, disputez-vous, dénigrez. Vous avez rendu vain son premier effort en rejetant les péchés. Dans son second effort vous avez aussi écrasé l’adversaire. En temps de paix en effet vous combattez votre propre chair par les jeûnes et par l’abstinence et quand dans les œuvres de vertu il vous suggère de l’orgueil, vous résistez et vous êtes vainqueurs. En temps de guerre, vous combattez par les armes contre les ennemis de la paix qui (vous ?) font tort ou veulent vous faire tort. Mais cet ennemi invisible, qui toujours tente et s’acharne cruellement, s’efforce de corrompre le bon travail que vous accomplissez d’un zèle raisonnable et juste. Comme il travaille à corrompre l’action extérieure par l’intention, il vous suggère la haine et la fureur quand vous tuez ; il vous suggère la cupidité quand vous enlevez les dépouilles. Vous repoussez partout ses embûches parce que, quand vous tuez, ce n’est pas injustement que vous haïssez et quand vous dépouillez ce n’est pas injustement que vous convoitez. Je dis : ce n’est pas injustement que vous haïssez parce que vous ne haïssez pas l’homme mais l’iniquité. Je dis : ce n’est pas injustement que vous convoitez parce que vous enlevez ce qui, vu leurs péchés, est justement ôté et, vu votre travail, est justement mérité. « L’ouvrier en effet est digne de son salaire » (Luc X, 7 ; I-Tim.V, 18). Si « on ne muselle pas le bœuf qui foule le grain » (I-Corinth. IX, 9 ; I-Tim. V, 18), de quel droit refuserait-on son salaire à l’homme qui travaille ? Si à l’homme qui prend la parole pour l’édification de son prochain on donne une récompense, à l’homme qui sacrifie sa vie pour sauver celle de son prochain ne serait-il pas dû une redevance ? Si j’ai dit que le diable a été vaincu sur ce point, c’est qu’il n’a rien trouvé qui lui appartienne, en vous dont l’intention est aussi pure que l’action. C’est pourquoi il porte le combat sur un autre point. Comme il ne peut nier que ce que vous faites soit bien, il s’efforce d’obtenir que, dans ce bien que vous faites, vous ne gardiez pas la persévérance qui est le couronnement de tout bien. Il accorde ce qu’il ne peut nier : ce que vous faites est bien. Mais il vous conseille de quitter ce moindre bien pour un plus grand bien, non afin que vous fassiez celui-ci : mais afin que vous ne fassiez pas celui•là. Il n’a cure de ce qu’il peut dire pourvu qu’il vous arrache à votre ferme propos. Ce qu’il veut absolument c’est que vous sortiez de là où vous êtes. Voilà pourquoi il promet merveille afin de vous faire sortir et qu’une fois dehors il ne vous permette ni d’aller vers ce plus grand bien ni de revenir vers ce moindre bien. Voilà la tromperie de l’ennemi. Voilà l’habileté, la fourberie du diable qui désire vous faire mordre la poussière. C’est pourquoi tenez ferme, résistez à votre adversaire qui est lion et dragon. Il vient comme un lion pour vous briser ; il vient comme un dragon pour vous tromper. Ne vous fiez pas à lui. Tenez pour suspect tout ce que vous suggérera l’ennemi, même si la suggestion paraît bonne. Souvenez-vous de ce qu’a dit à votre mère cet habile persuadeur : « Mangez, dit-il, vous serez comme des dieux. » Voyez comme il promet la divinité pour apprendre à mépriser l’humanité ; il fait miroiter la majesté pour ôter l’humilité. Vous donc, frères, instruits par cette première tromperie, soyez sur vos gardes et n’acceptez pas facilement des conseils qui vous engagent à monter vers la divinité. Souvenez-vous que vous êtes hommes. Retenez humblement le don que Dieu vous a fait ; acceptez patiemment ce que Dieu a disposé à votre sujet. Et si par hasard il vous vient à l’esprit le désir d’un ordre plus haut, sachez qu’en tout ordre celui-là est le plus haut qui est le meilleur. Judas du sommet de l’apostolat est précipité ; et le publicain qui s’accuse humblement est justifié. Si le lieu pouvait sauver, le diable du haut du ciel ne serait pas tombé. D’autre part, si le lieu pouvait damner, Job sur son fumier du diable n’aurait pas vaincu. De là concluez que ni le lieu ni l’extérieur ne sont rien devant Dieu. Mais que dit l’apôtre Paul ? « Ni la circoncision ni l’incirconcision n’ont de valeur, mais seulement d’être une créature nouvelle » (Gal. VI, 15). Si donc le progrès t’attire et si tu veux monter vers le mieux ne regarde pas hors de toi, ramène ton œil vers le dedans où Dieu regarde. Là est la bonne montée où est la vraie vertu. C’est ainsi qu’il est dit du juste : « Il a disposé des montées dans son cœur. Ils iront de hauteur en hauteur ; le Dieu des dieux leur apparaîtra dans Sion » (Psalm. LXXXIII, 6,8). Mais vous dites peut-être que l’occupation qui vous détourne par les soucis extérieurs produit un empêchement au progrès intérieur et aux ascensions spirituelles. Vous cherchez la paix et le repos afin de pouvoir fructifier pour Dieu, car la solitude est l’amie de la contemplation. En disant cela vous avez le zèle de Dieu mais non pas « selon la sagesse » (Rom. X, 2). « Vous ne savez pas ce que vous demandez » (Matth. XX, 22). Ecoutez ce que répond le Christ, non pas moi. Vous demandez d’être assis à sa droite et à sa gauche dans son royaume. Vous voulez être assis et vous reposer avec le Christ régnant, mais vous ne voulez pas travailler et vous fatiguer avec le Christ combattant. Ce que vous demandez serait heureux si toutefois c’était juste. Comme ce que vous demandez n’est pas juste, vous ne savez pas ce que vous demandez. L’ordre de la justice exige que qui veut régner ne refuse pas de travailler. Celui qui cherche la couronne ne doit pas esquiver le combat. Le Christ Lui-même que vous devez suivre avant le moment où il monte en sécurité vers le ciel à la droite du Père a travaillé sur terre en luttant contre des hommes impies et méchants. Voyez, frères : si c’était à la manière que vous dites qu’on devrait chercher le repos et la paix, nul ordre dans l’église de Dieu ne subsisterait. Même les habitants du saint désert ne peuvent fuir si bien toute occupation qu’ils ne travaillent pour le vivre et le vêtement et les autres nécessités de la vie mortelle. S’il n’y avait ceux qui labourent, ceux qui sèment, ceux qui récoltent, et ceux qui préparent, que feraient ceux qui contemplent ? Si les apôtres avaient dit au Christ : nous voulons nous reposer, trouver du loisir et contempler, non pas courir çà et là ni travailler, nous voulons être loin des contradictions et des disputes des hommes, si donc les apôtres avaient ainsi parlé à Jésus-Christ, où y aurait-il maintenant des chrétiens ? C’est pourquoi voyez, frères, comment l’ennemi sous prétexte de piété s’efforce de vous conduire au piège de l’erreur. Des hommes de vertu ne doivent pas fuir l’incommodité mais la faute, non la fatigue du corps mais le trouble de l’esprit. Un serviteur de Dieu sait, et dans les occupations demeurer tranquille, et dans les complications demeurer sans trouble. Il sait être content de son sort et ne pas, par légèreté, s’évader des dispositions divines, ni, par orgueil, contredire à la volonté divine. Dieu est le maître en effet et nous sommes ses serviteurs et, dans sa grande maison, il a mis chacun en place posant pour règle que celui qui aura été le plus humble dans les devoirs de l’administration devienne le plus haut dans les récompenses de la rétribution. Mais, dans la réalité, la tentation ennemie ne laisse en paix nulle part les cœurs des pauvres humains : elle inspire aux supérieurs le désespoir de se voir préposés, aux inférieurs l’indignation de se voir subordonnés. Elle dit aux maîtres qu’ils ne peuvent être sauvés s’ils ne rejettent les soucis du commandement ; aux inférieurs elle dit qu’ils ne participent pas à la vie religieuse parce qu’ils ne participent pas au gouvernement. Ô tromperie ennemie, quand cesseras-tu ? Comment l’ange de Satan se transforme-t-il en ange de lumière ? Si le diable conseillait de désirer les pompes du monde, on le reconnaîtrait aisément. Mais il dit aux soldats du Christ de déposer les armes, de ne plus faire la guerre, de fuir le tumulte, de gagner quelque retraite, afin qu’en présentant un faux semblant d’humilité il ôte la vraie humilité. Qu’est-ce en effet qu’être orgueilleux sinon ne pas obéir en ce qui nous est ordonné par Dieu ? Ayant ainsi secoué les supérieurs, Satan se tourne vers les inférieurs pour les mettre en déroute. Pourquoi, dit-il, travaillez-vous inutilement ? Pourquoi dépenser en vain un tel effort ? Ces hommes que vous servez vous font participer à leur labeur, mais ils ne veulent pas vous admettre à la participation de la fraternité (confrérie). Quand viennent vers les soldats du Temple les salutations des fidèles, quand des prières sont faites dans le monde entier pour les soldats du Temple, il n’y est fait de vous aucune mention, aucun rappel. Et quand presque tout le travail corporel vous incombe, tout le fruit spirituel rejaillit vers eux. Retirez-vous donc de celte société et offrez le sacrifice de votre travail dans un autre lieu où le zèle de votre ferveur soit manifeste et fructueux. Voyez, frères, comme le trompeur multiforme se tourne vers toute sorte de fourberie. Il fait murmurer ceux-là parce qu’ils sont les chefs et qu’ils sont connus ; il fait murmurer ceux-ci parce qu’ils sont les sujets et qu’ils sont ignorés, comme si Dieu ne les connaissait pas du moment que les hommes ne les nomment pas. Voyez cependant, frères, qu’ici encore votre tentateur s’est trouvé sot. Je pense en effet qu’il n’est parmi vous homme raisonnable qui ignore que toute vertu est d’autant plus en sécurité qu’elle est plus cachée. Aucun fidèle ne doit mettre en doute ceci : quiconque se trouve placé dans une société parmi ceux qui servent le Christ et participe à leur travail, celui-là sans équivoque possible participera à leur récompense. Si tel est votre sentiment, frères très chers, et si vous gardez la paix de votre société, le Dieu de la paix sera avec vous.

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Guigues le Chartreux : Au Grand Maître des Templiers

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AU GRAND MAITRE DES TEMPLIERS 1. A nos seigneurs et amis très chers et vénérés dans le Christ, Hugues, prieur de la sainte milice, et tous ceux quivivent sous son gouvernement, leurs serviteurs et amis, les frères de Chartreuse, souhaitent une complète victoire sur les ennemis spirituels et corporels de la religion chrétienne,et la paix dans le Christ Notre Seigneur. 2. Puisqu’à votre voyage de retour comme à celui d’aller,nous n’avons pu jouir des agréables conversations que nous aurait procurées votre présence, il nous a paru bon de nous entretenir du moins un peu avec vous par lettre. Nous ne saurions en vérité vous exhorter aux guerres matérielles et aux combats visibles ; nous ne sommes pas non plus aptes à vous enflammer pour les luttes de l’esprit, notre occupation de chaque jour, mais nous désirons du moins vous avertir d’y songer. Il est vain en effet d’attaquer les ennemis extérieurs, si l’on ne domine pas d’abord ceux de l’intérieur. C’est une honte, une indignité, de vouloir commander à une armée quelconque, si nous ne nous soumettons en premier lieu nos propres corps. Qui supporterait notre prétention d’étendre notre domination au dehors sur de vastes territoires, alors que nous tolérons la dégradante servitude des vices dans de minuscules mottes de terre, c’est-à-dire dans nos corps? Faisons d’abord notre propre conquête, amis très chers, et nous pourrons ensuite combattre avec sécurité nos ennemis du dehors. Purifions nos âmes de leurs vices, et nous pourrons ensuite purger la terre des barbares. 3. Que le péché ne règne donc plus dans notre corps mortel de manière à nous plier à ses convoitises ; ne faisons pas de nos membres des armes d’injustice au service du péché, mais offrons-nous à Dieu comme des vivants revenus de la mort et faisons de nos membres des armes de justice au service de Dieu ». Et si la chair convoite indomptable contre l’esprit, que l’esprit convoite invincible contre la chair. « Car, dit l’Apôtre, il y a entre eux antagonisme, si bien que vous ne faites pas ce que vous voudriez b. » Nous souhaiterions en effet, si cela se pouvait, être exempts de toute concupiscence. Mais si dans cette vie qui est toute épreuve °, il ne peut en être ainsi tout à fait, ne soyons pas du moins esclaves de notre concupiscence. Ne pouvant y parvenir en nous appuyant sur nos propres forces d, rendons-nous puissants dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force, et revêtons l’armure de Dieu, pour pouvoir résister aux manœuvres du diable e. « Car ce n’est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter, est-il écrit au même endroit, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les régisseurs de ce monde des ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes f », c’est-à-dire contre les vices et leurs instigateurs les démons. Si, comme David le demande, ces ennemis n’ont sur nous nul empire, alors nous serons irréprochables et purs des plus grands péchés «. 4. Tenons-nous donc debout, avec la vérité pour ceinture, et pour chaussures le zèle à ecevoir l’évangile de la paix ; ayons toujours en main le bouclier de la foi, grâce auquel nous pourrons éteindre tous les traits enflammés du Mauvais ; enfin, la tête couverte du casque du salut, ayons la main armée du glaive de l’esprit h. Courons, non à l’aventure ; combattons, sans frapper dans le vide ; ——————– a. Hom. 6, 12-13. b. Gai. 5, 17. c. Cf. Job 7, 1. d. Cf. II Cor. 3, 5. e. Cf. Êphés. 6, 10-11. f. Ëphés. 6, 12. g. Cf. Ps. 18, 14. h. Cf. Êphés. 6, 14-17. ————————– mais châtions notre corps et réduisons-le en servitude » ; car tel est l’état le mieux réglé de l’homme, ce vivant créé à l’image de Dieu  » : que la chair soit au service de l’esprit, et l’esprit soumis au Créateur °. 5. Dans cette guerre, chacun sera d’autant plus fort et jouira d’un triomphe d’autant plus glorieux sur la multi tude de ses ennemis abattus — sous la conduite et la protection de Dieu — qu’il se sera efforcé en tout d’être le plus humble ; et chacun à l’inverse sera d’autant plus faible et plus inconstant pour tout bien qu’il aura voulu être plus ogueilleux. « Car Dieu résiste aux orgueilleuxd » :point n’est donc besoin de chercher ailleurs un combattant pour les vaincre, puisque le Tout-Puissant lui-même est le guerrier qui leur résiste e. N’est-ce pas contre eux que. David a déclaré : « Dieu prend la défense des petits. » Et après en avoir fait lui-même l’expérience, il ajoutait : « Je me suis humilié et il m’a sauvé ‘. » Servons-nous de cet exemple, si nous voulons bénéficier du même remède. Faisons ce qu’il fit, si nous désirons recevoir ce qu’il reçut ; humilions-nous, et nous serons libérés de tous nos maux. 6. L’Apôtre a dit de notre Seigneur Jésus-Christ : « II s’humilia lui-même, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix s. » Ce ne fut pas en vain. Car, à cause de cela, « Dieu l’a exalté et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour qu’à ce nom de Jésus, tout genou fléchisse, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père h ». Là encore, là surtout, prenons exemple, si nous brûlons d’ardeur pour la récompense. Faisons ce qu’il fit, afin de le suivre là où il nous a précédés. Suivons un chemin de si grande humilité, afin de parvenir à la gloire du Père. ————————– a. Cl. I Cor. 9, 26-27. b. CI. Gen. 1, 27. c. Cf. Rom. 13, 1. d. Jac. 4, 6. e. Cf. ls. 42, 13. f. Ps. 114, 6. g. Phil. 2, 8. h. Phil. 2, 9-11. ————————- Car «tout homme qui s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé a », au témoignage de ce même Jésus-Christ notre Seigneur, qui vit et règne, Dieu, avec le Père et l’Esprit-Saint, dans tous les siècles des siècles. Amen. 7. Que la miséricorde toute-puissante de Dieu et sa toute-puissance miséricordieuse vous fasse toujours combattre avec succès et triompher avec gloire dans les luttes spirituelles comme dans les guerres temporelles. Frères très chers et excellents, frères illustres par vos mérites, nous vous souhaitons le bien de la santé ; dans les lieux saints que vous protégez, souvenez-vous de nous au cours de votre prière. Nous vous envoyons cette lettre par deux messagers différents, de crainte qu’un obstacle ne l’empêche de vous atteindre, ce qu’à Dieu ne plaise. Nous vous demandons de la faire lire à tous les frères. A. Le 14, 11.

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Rituel de Bénédiction d’un Nouveau Chevalier

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Rituel de bénédiction d’un nouveau chevalier

Le rituel de « bénédiction du nouveau chevalier » (XIIIe siècle) ne peut être attribué à aucun ordre de chevalerie en particulier. Le rituel qui suit, correspondant à l’adoubement, en mode ecclésiastique, du nouveau chevalier, fait partie du premier livre, chap. XXVIII du Pontifical de Guillaume Durand, évêque de Mende, canoniste et curialiste, qui rédigea un recueil de rituels et textes liturgiques divers (ce Pontifical est considéré comme un miroir idéal de la chrétienté au Moyen âge. Ce rituel est complété par le chap. XXXVIII, De benedictione armorum (« bénédiction des armes ») du second livre.

Jean-Pierre Bonnerot.

Bénédiction du Nouveau Chevalier

1- Dans la bénédiction du nouveau chevalier, on procède de la façon que voici. Le pontife, avant que ne soit dit l’évangile, bénit son épée en disant :

2- Bénédiction de l’épée. « Exauce nous t’en prions, Seigneur, nos prières ; que la dextre de ta Majesté daigne bénir cette épée dont ton serviteur ici présent désire être ceint ; que dans la mesure de ta bénédiction il puisse être le défenseur des églises, des veuves, des orphelins et de tous les serviteurs de Dieu contre la cruauté des païens ; qu’il épouvante et terrifie ceux qui lui tendraient des pièges ; accorde lui de les poursuivre dans l’équité et de nous défendre dans la justice. Par le Christ… » on répond : « Amen. »

3- Autre bénédiction : « Seigneur Saint, Père tout-Puissant, dieu éternel, par l’invocation de ton saint nom, par la venue du Christ, ton fils, notre Seigneur, et par le don du Saint Esprit défenseur, bénis cette épée afin que ton serviteur que voici, qui en ce jour en est ceint comme le lui accorde ta bonté, foule aux pieds les ennemis invisibles, soit victorieux en tout combat et demeure toujours sans blessure ; nous te le demandons par Jésus Christ… » On répond : « Amen. »

4- On pourrait aussi dire ici les autres bénédictions des armes, que l’on trouve à la rubrique bénédiction des armes. Les armes ainsi bénites, le pontife, avant de ceindre l’épée, entonne :

5- « Béni soit le Seigneur mon Dieu qui éduque mes mains pour le combat. » Et quand on a dit les trois premiers versets suivis du « Gloria Patri… » le pontife dit : « Sauve ton serviteur. Sois pour lui, Seigneur, une tour. Seigneur exauce… Le seigneur soit avec vous… Prions. »

6- Oraison : « Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, toi qui seul mets toutes choses en ordre et les disposes comme il convient, toi qui, pour réprimer la malice des méchants et pour protéger la justice, as permis aux hommes par une règle salutaire l’usage du glaive sur la terre, toi qui as voulu que soit institué l’ordre militaire pour la protection du peuple, toi qui as fait que soit dit par le bienheureux Jean, alors que des soldats venaient à lui au désert, qu’ils n’extorquassent de l’argent à personne mais qu’ils se contentassent de leur propre solde, nous te supplions, Seigneur, et implorons ta clémence : de même que tu as accordé à ton serviteur le petit David le pouvoir de dominer Goliath, de même que tu as fait triompher Judas Macchabée de la barbarie des nations qui n’invoquaient pas ton nom, de la même façon accorde aussi à ton serviteur ici présent, qui vient de placer son cou sous le joug de la chevalerie, les forces de la piété céleste et l’audace pour défendre la foi et la justice. Accorde-lui un accroissement de sa foi, de son espérance et de sa charité ; dispose comme il convient toutes choses en lui : crainte autant qu’amour de Dieu, humilité, persévérance, obéissance et patience en bonne mesure, afin qu’il ne blesse injustement personne avec ce glaive ou avec un autre, qu’avec lui il défende ce qui est juste et droit ; lui-même est promu d’un état inférieur au nouvel honneur de la chevalerie ; que, de la même façon, il dépouille le vieil homme avec ses manières d’agir et qu’il revête l’homme nouveau afin de te craindre et de t’honorer comme il faut, d’éviter la compagnie des infidèles, d’étendre sa charité sur son prochain, d’obéir avec droiture en toutes choses à sa mission et de s’acquitter jusqu’au bout de sa fonction au service de tous selon la justice. Nous t’en prions par… » On répond : « Amen. »

7- Après cela le pontife prend sur l’autel l’épée nue et la pose dans la dextre du récipiendaire en disant : « Reçoit ce glaive au nom du Père et du fils et du Saint-Esprit et sers-t’en pour ta propre défense, pour celle de la sainte Église de Dieu, pour la confusion des ennemis de la Croix du Christ et de la foi chrétienne ainsi que la couronne du royaume de France(ou tel autre). Autant que l’humaine fragilité te le permettra, ne blesse personne injustement avec lui. Qu’il daigne t’accorder cela, Celui qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles » On répond « Amen »

8- Ensuite, l’épée ayant été remise au fourreau, le pontife ceint le récipiendaire de l’épée avec son fourreau, et l’en ceignant il dit : « Sois ceint de ton glaive sur ta cuisse, ô toi qui es tout puissant dans le nom de notre Seigneur Jésus-Christ, mais sois attentif au fait que ce n’est pas par le glaive, mais par la foi, que les saints ont vaincu les royaumes »

9- Ceint donc de l’épée, le nouveau chevalier la sort du fourreau et, dégainée, il la brandit trois fois dans sa main de façon virile, puis il l’essuie sur son bras et la rengaine.

10- Cela fait, le pontife, distinguant ce nouveau chevalier à son caractère militaire, lui donne le baiser de la paix en disant : « sois un soldat pacifique, actif, fidèle et soumis à Dieu . »

11- Puis il lui donne un léger soufflet en disant : « Réveille-toi du sommeil du mal, et sois vigilant dans la foi en Christ et dans une réputation louangeuse ». « Amen » 12- Alors les nobles de l’assistance lui remettent ses éperons, là où il est de coutume que cela se fasse, et l’on chante l’antienne : « Ton allure te fait remarquer parmis les fils des hommes ; ceins ton épée sur ta cuisse, ô toi qui es très puissant. »

13- Oraison : « Dieu éternel et tout-puissant, répands la grâce de ta bénédiction sur ton serviteur N… ici Présent, qui désire d’être ceint de cet estoc remarquable (ou : que tu nous a Ordonné de ceindre de … ) ; rends-le confiant dans la force de ta dextre ; qu’il soit armé Par tes célestes défenses contre toutes les forces adverses afin qu’ainsi dans ce siècle il ne soit troublé par aucune des tempêtes guerrières. Par le Christ… »

14- Enfin le pontife lui donne son étendard, là où l’on a l’habitude de le faire. Pour la bénédiction de cet étendard, chercher plus bas, après la bénédiction des armes.

Bénédiction des Armes

1. On fait de la façon suivante la bénédiction des armes et de l’étendard de guerre : « Notre secours est dans le Nom du Seigneur… Le Seigneur soit avec vous… Prions. » Oraison : « Que le signe et la bénédiction de Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, soit sur ces armes et sur celui qui les revêt. Qu’il les revête Pour protéger la justice. Nous te demandons, Seigneur Dieu, de le protéger et de le défendre, toi qui vis pour les siècles des siècles. » On répond : « Amen. »

2. Oraison : « Dieu tout-puissant, en la main de qui se trouve toute pleine victoire, toi qui as même accordé des forces miraculeuses à David pour mettre hors de combat le rebelle Goliath, dans notre humble prière nous implorons ta clémence afin que par une Piété sanctificatrice tu daignes bénir ces armes. Accorde à ton serviteur N…. qui désire porter ces mêmes armes, de s’en servir librement et victorieusement pour la protection et la défense de notre Sainte Mère l’Église, des orphelins et des veuves, contre l’assaut des ennemis visibles et invisibles. Par le Christ… » On répond « Amen. »

3. Bénédiction du glaive. « Daigne bénir, nous t’en prions, Seigneur, ces épées et tes serviteurs que voici, qui sous ton inspiration désirent s’en charger, que leur piété pour toi leur soit un rempart et les garde sans blessure. Par le Christ …. » On répond « Amen. »

4. Bénédiction de l’étendard de guerre. Oraison : « Dieu tout-puissant et éternel, qui es la bénédiction et la force de tous ceux qui triomphent, jette un regard propice sur nos humbles prières et, de ta céleste bénédiction, sanctifier cet étendard qui a été préparé pour servir à la guerre ; qu’il soit fort contre les nations ennemies et rebelles et qu’il soit entouré du rempart de ta protection ; qu’il soit terrible aux ennemis du peuple chrétien ; qu’il soit assurance et confiance dans leur victoire certaine pour ceux qui mettent en toi leur foi. Tu es, Dieu, celui qui détruit les guerres et tu accordes le secours de ta céleste protection à ceux qui mettent en toi leur espoir. Par le Christ… » On répond : « Amen. »

5. Enfin il l’asperge avec l’eau bénite.

6. Dans la remise de l’étendard on dit aussi « Reçois cet étendard sanctifié par la céleste bénédiction. Que le Seigneur te donne la grâce, pour son nom et pour son honneur, de pénétrer puissamment sain et sauf avec cet étendard les bataillons ennemis. » On répond : « Amen. »

7. Quand on le remet au porte-étendard, que celui-ci lui donne le baiser de paix .

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L’Ordre du Temple selon Spartakus FreeMann

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L’Ordre du Temple

1. HISTOIRE

En 1097, la première croisade menée par Godefroi de Bouillon, Robert de Flandre et Bohémon de Tarente est lancée par le Pape Urbain II.

En 1099, prise de Jérusalem. Godefroi, ne se sentant pas digne de porter une couronne dans la ville où le Christ fut crucifié, prend le titre d’« Avoué du Saint-Sépulcre ».

En 1100, mort de Godefroi de Bouillon, Baudoin de Boulogne, son frère, est sacré Roi de Jérusalem.

En 1118, Baudoin II est sacré Roi de Jérusalem. La même année, neuf chevaliers français, avec à leur tête Hugues de Payens, arrivent à Jérusalem où ils se présentent à Baudouin II. Ils furent reçus dans l’enceinte du Temple du Roi Salomon. On déplaça d’ailleurs les chanoines du Saint-Sépulcre pour l’occasion. Devant le Patriarche de Jérusalem (Garimond) ils prêtent les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. L’origine d’Hugues de Payens a soulevé bien des controverses parmi les historiens. On n’en connaît rien si ce n’est qu’il est vraisemblablement originaire de la Champagne. Le personnage doit être d’une certaine importance puisque son nom apparaît dans deux Chartes d’Hugues de Troyes. Le village dont il porte le nom se situe d’ailleurs à une dizaine de kilomètres de Troyes.

Jacques de Vitry :

« …le roi, les chevaliers et le seigneur patriarche, remplis de compassion pour ces nobles hommes qui avaient tout abandonné pour le Christ, les soutinrent de leurs propres ressources et leur conférèrent dans la suite…quelques bénéfices et quelques propriétés. Comme ils n’avaient pas encore d’église qui leur appartint, ni de résidence fixe, le seigneur roi leur accorda pour un temps une petite habitation dans une partie de son palais, auprès du temple du Seigneur…ils furent appelés dans la suite les Frères Chevaliers du Temple. »

Le 27 décembre 1118, le jour de la Saint-Jean l’Évangéliste, ces neuf chevaliers (Hugues de Payns, Geoffroy de Saint-Omer, André de Monbard, Payen de Montdidier, Archambaud de Saint Aignan, Geoffroy Brisol, Hugues Rigaud, Rossal et Gondemare) se réunirent à l’emplacement du Temple de Salomon où ils révélèrent la fondation de l’Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon. « Il y a à Jérusalem un temple où ils habitent en commun ; s’il est bien loin d’égaler par son architecture l’ancien et fameux temple de Salomon, du moins il ne lui est pas inférieur en gloire. En effet toute la magnificence du premier consistait dans la richesse des matériaux corruptibles d’or et d’argent et dans l’assemblage des pierres et des bois de toutes sortes qui entrèrent dans sa construction ; le second, au contraire, doit toute sa beauté, ses ornements les plus riches et les plus agréables, à la piété, à la religion de ses habitants et à leur vie parfaitement réglée ; l’un charmait les regards par ses peintures ; mais l’autre commande le respect par le spectacle varié des vertus qui s’y pratiquent et des actes de sainteté qui s’y accomplissent » (Saint Bernard de Clairvaux, « Aux Chevaliers du Temple »). L’Ordre des Templiers venait de naître. Leur mission est de protéger les routes pour les pèlerins en Terre Sainte.

De 1118 à 1127, pendant 9 ans, les Templiers s’organisent, mais bizarrement eux qui se voulaient protecteurs des pèlerins, ne participent à aucune bataille. Leur seule occupation fut de rénover les écuries souterraines du Temple. En 1220, Baudoin II donne l’ensemble du palais du Temple aux Templiers. Pendant la même période, l’Ordre recrute des écuyers et des sergents d’armes.

En 1126, le comte Hugues de Champagne entre dans l’Ordre, apport d’importance puisqu’il est un grand ami de Bernard de Clairvaux, dont l’autorité est immense dans les milieux ecclésiastiques.

En 1227, Baudoin II envoie Hugues de Payens et certains de ses compagnons en Europe. Le pape Honorius II les reçoit. Des contacts sont pris avec Bernard de Clairvaux qui va organiser le Concile qui doit donner une existence légale à l’Ordre.

Le 14 janvier 1128, le Concile de Troyes, réuni dans la cathédrale de Troyes, sous l’impulsion de Bernard de Clairvaux, dote officiellement la nouvelle congrégation des « Règles de l’Ordre ». En fait, celle-ci ne fait qu’approuver une règle qui préexistait. Cette règle, rédigée en latin, comporte 68 articles et subordonne le Temple à l’autorité du Patriarche de Jérusalem.

Vers 1130, le « De Laude Novae Militiae » de Bernard de Clairvaux, ouvrage dans lequel il oppose la chevalerie séculière et la chevalerie céleste des Templiers.

« Un nouveau genre de milice est né, dit-on, sur la terre, dans le pays même que le Soleil levant est venu visiter du haut des cieux, en sorte que là même où il a dispersé, de son bras puissant, les princes des ténèbres, l’épée de cette brave milice en exterminera bientôt les satellites, je veux dire les enfants de l’infidélité. Elle rachètera de nouveau le peuple de Dieu et fera repousser à nos yeux la corne du salut, dans la maison de David son fils (Luc I, passim). Oui, c’est une milice d’un nouveau genre, inconnue aux siècles passés, destinée à combattre sans relâche un double combat contre la chair et le sang, et contre les esprits de malice répandus dans les airs. Il n’est pas assez rare de voir des hommes combattre un ennemi corporel avec les seules forces du corps pour que je m’en étonne ; d’un autre côté, faire la guerre au vice et au démon avec les seules forces de l’âme, ce n’est pas non plus quelque chose d’aussi extraordinaire que louable, le monde est plein de moines qui livrent ces combats ; mais ce qui, pour moi, est aussi admirable qu’évidemment rare, c’est de voir les deux choses réunies, un même homme pendre avec courage sa double épée à son côté et ceindre noblement ses flancs de son double baudrier à la fois. Le soldat qui revêt en même temps son âme de la cuirasse de la foi et son corps d’une cuirasse de fer ne peut point ne pas être intrépide et en sécurité parfaite ; car, sous sa double armure, il ne craint ni homme ni diable. Loin de redouter la mort, il la désire. Que peut-il craindre, en effet, soit qu’il vive, soit qu’il meure, puisque Jésus-Christ seul est sa vie et que, pour lui, la mort est un gain ? Sa vie, il la vit avec confiance et de bon cœur pour le Christ, mais ce qu’il préférerait, c’est d’être dégagé des liens du corps et d’être avec le Christ ; voilà ce qui lui semble meilleur. Marchez donc au combat, en pleine sécurité, et chargez les ennemis de la croix de Jésus-Christ avec courage et intrépidité, puisque vous savez bien que ni la mort, ni la vie ne pourront vous séparer de l’amour de Dieu qui est fondé sur les complaisances qu’il prend en Jésus-Christ, et rappelez-vous ces paroles de l’Apôtre, au milieu des périls : « Soit que nous vivions ou que nous mourions, nous appartenons au Seigneur » (Rm XIV, 8). Quelle gloire pour ceux qui reviennent victorieux du combat, mais quel bonheur pour ceux qui y trouvent le martyre ! Réjouissez-vous, généreux athlètes, si vous survivez à votre victoire dans le Seigneur, mais que votre joie et votre allégresse soient doubles si la mort vous unit à lui : sans doute votre vie est utile et votre victoire glorieuse ; mais c’est avec raison qu’on leur préfère une sainte mort ; car s’il est vrai que ceux qui meurent dans le Seigneur sont bienheureux, combien plus heureux encore sont ceux qui meurent pour le Seigneur ? » (Saint Bernard de Clairvaux, « Aux Chevaliers du Temple Louange de leur Nouvelle Milice »)

Le 29 mars 1139, Innocent II émet la bulle pontificale « Omne Datum Optimum », source de tous les privilèges de l’Ordre. Le but de celle-ci est de doter le Temple de chapelains pour le service religieux et par là, de l’affranchir des juridictions épiscopales. L’Ordre est soumis directement à l’autorité du pape, laissant ainsi au Maître et à son chapitre une liberté presque totale. En outre, les Templiers se virent donner le privilège de percevoir les dîmes.

« Nous vous exhortons à combattre avec ardeur les ennemis de la croix, et en signe de récompense, Nous vous permettons de garder pour vous tout le butin que vous aurez pris aux Sarrasins sans que personne ait le droit de vous en réclamer une part. Et nous déclarons que votre maison, avec toutes ses possessions acquises par la libéralité des princes, demeure sous la protection et la tutelle du Saint Siège. »

En 1146, le Pape Eugène III leur donne la tunique blanche ornée à l’épaule de la croix pattée rouge comportant quatre branches égales.

À partir de ce moment, l’Ordre ne cessera de grandir et bientôt, il possède des commanderies dans toute l’Europe aussi bien qu’en Palestine. L’Ordre affrète sa propre flotte basée à La Rochelle. De là, partaient les navires à destination du Levant et c’est dans ce port qu’arrivaient les navires en provenance d’Angleterre et de Bretagne.

 

   

 

Pendant le XIIe et le XIIIe siècle, l’histoire du Temple se confond avec l’histoire des Croisades.

Esquieu de Floyrian, sur les pressions de Guillaume de Nogaret, avoua en 1305 au roi de France les pratiques obscènes des rites d’entrée dans l’ordre et Philippe le Bel profite alors de ces informations pour ordonner une enquête et ainsi, le 13 octobre 1307, les sergents de Philippe le Bel s’emparent de la quasi-totalité des Templiers en France. Presque tous les autres États européens suivent le mouvement. D’après les documents de l’enquête pontificale, qui contiennent jusqu’à cent vingt-sept rubriques, les Templiers étaient accusés principalement de simonie (Trafic criminel des choses saintes), d’hérésie, d’idolâtrie, de magie et de sodomie. Accessoirement, ils furent accusés d’imposer à leurs néophytes le reniement du Christ, le crachat sur le crucifix et le don de baisers obscènes. Les prêtres, en célébrant la messe, auraient omis volontairement de consacrer les hosties ; ils n’auraient pas cru à l’efficacité des sacrements.

Enfin, les Templiers se seraient adonnés à l’adoration d’une idole dite « Baphomet » (tête humaine dont nous parlerons plus loin) ou d’un chat ; ils auraient porté nuit et jour, sur leurs chemises, des cordelettes enchantées. Le réquisitoire représentait tous ces crimes comme commandés par une Règle secrète.

Le Concile de Vienne de 1311-1312 examine l’affaire des Templiers, mais la majorité des cardinaux conclut que rien ne démontre la culpabilité de l’Ordre et qu’il faut à nouveau entendre ses représentants. Sous la pression de Philippe le Bel, le Pape officialisera la suppression de l’Ordre le 22 mars 1312 par la bulle pontificale « Vox in excelso ».

« Considérant donc l’infamie, les soupçons et les insinuations bruyantes et autres choses précitées qui se sont élevées contre l’ordre, et aussi la réception secrète et clandestine des frères de cet ordre ; que nombre de ces frères se sont éloignés des coutumes générales, de la vie et des habitudes des autres fidèles du Christ, et ceci surtout quand ils recevaient d’autres [hommes] parmi les frères de leur ordre ; [que] pendant cette réception, ils faisaient faire profession et jurer à ceux qu’ils recevaient de ne révéler à personne le mode de leur réception et de ne pas quitter cet ordre, en raison de quoi des présomptions se sont fait jour contre eux ;

Considérant en outre le grave scandale que ces choses ont fait naître contre l’ordre, qui ne semblait pas pouvoir s’apaiser tant que cet ordre subsistait, et également le danger pour la foi et les âmes ; que tant de choses horribles ont été commises par de très nombreux frères de cet ordre [...] qui sont tombés dans le péché d’une atroce apostasie contre le seigneur Jésus-Christ lui-même, dans le crime d’une détestable idolâtrie, dans l’exécrable outrage des Sodomites [...] ;

Considérant également que l’Église Romaine a parfois supprimé d’autres ordres illustres pour des faits bien moindres que ceux ci-dessus mentionnés, sans même qu’un blâme soit attaché aux frères : non sans amertume et tristesse de cœur, non pas en vertu d’une sentence judiciaire, mais par manière de provision ou d’ordonnance apostolique, le susdit ordre du Temple et sa constitution, son habit et son nom par décret irrévocable et valable à perpétuité, et nous le soumettons à une interdiction perpétuelle avec l’approbation du saint concile, interdisant formellement à quiconque de se permettre à l’avenir d’entrer dans ledit ordre, de recevoir ou de porter son habit, ou d’agir en tant que Templier. Quiconque transgressera ceci encourra la sentence d’excommunication ipso facto.

En outre, nous réservons les personnes et les biens de cet ordre à l’ordonnance et disposition de notre siège apostolique, dont, par la grâce de la faveur divine, nous entendons disposer pour l’honneur de Dieu, l’exaltation de la foi chrétienne et la prospérité de la Terre Sainte avant la fin du présent concile ».

La bulle « Ad providam » du 2 mai décrète que les biens du Temple passeront aux mains des Hospitaliers.

Le Pape Clément V soutient le roi de France et ainsi, en 1314, Jacques de Molay (22e Grand Maître), Geoffroy de Charnay (Percepteur de Normandie) et 37 chevaliers de l’Ordre furent brûlés vifs à Paris sur l’île aux juifs. Godefroi de Paris fut un témoin oculaire de cette exécution. Il écrivit dans sa Chronique métrique (1312-1316), les paroles du maître de l’ordre : « Je vois ici mon jugement où mourir me convient librement ; Dieu sait qui a tort, qui a péché. Il va bientôt arriver malheur à ceux qui nous ont condamnés à tort : Dieu vengera notre mort ». Nous sommes loin de la diatribes de Molay version Rois Maudits de Druon.

En Allemagne, les Templiers furent acquittés et intégrèrent d’autres ordres. En Espagne, les Templiers se réfugièrent dans l’Ordre de Calatrava et un nouvel ordre fut créé, celui de Montesa. Au Portugal, les Templiers furent acquittés et fondèrent l’Ordre du Christ (Vasco de Gama et Henri le Navigateur en furent membres). Il est à noter que les navires de Christophe Colomb portaient la Croix pattée templière et que lui-même était marié à la fille d’un ancien Grand-Maître de cet ordre.

1.2. Organisation du Temple

Les territoires où s’exercent les activités du Temple sont divisés en Provinces. En 1294, on en comptait 22 (5 en France, 4 en Espagne, 3 en Italie, 2 en Allemagne, 1 en Angleterre, 1 en Hongrie, 6 en Orient).

Les Templiers formaient une armée permanente de quelques milliers d’hommes encadrée par 500 chevaliers et 1000 sergents. L’ensemble obéissait au Maître et à son état-major.

Hiérarchie

L’état-major du Temple est constitué par :

• Le Maître de l’Ordre : assimilé à un Abbé ou, plutôt, à un souverain. Il ne peut prendre aucune décision sans l’accord du Chapitre.

• Le Sénéchal de l’Ordre : il détient le sceau de l’Ordre.

• Le Maréchal : chef militaire et responsable de la discipline.

• Le Commandeur de la Terre et du Royaume de Jérusalem : trésorier du Temple et chef de la marine.

• Le Commandeur de Tripoli et d’Antioche.

• Le Drapier : intendant des fournitures de l’Ordre.

• Le Turcopolier.

• Le Sous-Maréchal.

• Le Gonfanonier.

• Le Commandeur de Jérusalem : gardien des pèlerins, de la Sainte-Croix et Ambassadeur de l’Ordre.

Le Maître du Temple, qui ne sera que tardivement appelé Grand Maître, avait l’autorité d’un chef suprême, mais il ne pouvait prendre une décision qu’après consultation du chapitre. Il ne pouvait donner ou prêter les biens de l’ordre et ne pouvait commencer ou finir une guerre. En fait, le Grand-Maître faisait figure d’un président contrôlé par le chapitre. Il devait d’ailleurs se conformer obligatoirement aux décisions de celui-ci. « Tous les Frères doivent obéir au Maître et le Maître doit obéir à son Convent. » (Statuts hiérarchiques).

À la mort du Maître, les fonctions sont assurées par le Maréchal qui réunit tous les dignitaires de l’Ordre. Ceux-ci désignent le Grand Commandeur qui fera fonction jusqu’à l’élection du nouveau maître. Le Grand Commandeur forme un conseil restreint qui fixe le jour de l’élection. Ce jour, il rassemble un chapitre restreint qui choisit trois frères dont l’un est nommé Commandeur de l’Élection. Le Chapitre lui choisit un adjoint. Le Commandeur de l’Élection et son adjoint se retirent à la chapelle où ils prient jusqu’au lever du soleil. Au matin, le Commandeur de l’Élection et son adjoint désignent deux autres Frères. Ils élisent alors deux autres Frères et ainsi de suite jusqu’au nombre de 12 (en rappel des Apôtres) puis un treizième qui doit être un chapelain de l’Ordre. Parmi ce Chapitre, il doit y avoir 8 Chevaliers et 4 Sergents. Les treize électeurs se retirent et quand l’accord semble se faire sur deux noms, le Commandeur met aux voix et c’est celui qui recueille la majorité qui est désigné en tant que nouveau Maître de l’Ordre.

Le reste des membres du Temple se répartissaient de la manière suivante : les Chevaliers, les Écuyers, les Sergents, les Chapelains et les Frères de Métiers.

De plus, on comptait trois catégories de personnes qui faisaient un service d’une durée déterminée dans l’Ordre : les Chevaliers clients, les Écuyers clients et les Turcopoles.

1.3. La vie du Temple

Le trousseau des chevaliers se composait de deux chemises, deux paires de chausses, deux braies, d’un justaucorps, d’une pelisse, d’une chape, de deux manteaux, d’une tunique et d’une large ceinture de cuir. À ces vêtements, s’ajoutent deux serviettes : une pour la table la deuxième pour la toilette.

Le trousseau militaire comprend : un haubert, une paire de chausses de fer, un chapeau de fer, un heaume, des souliers et une cotte d’arme. L’armement consistait en une épée, une lance et un écu.

Outre leurs occupations civiles et du service militaire, leur existence est celle de moines. Quand sonne campane de matines, les templiers se rendent à la chapelle où ils doivent dire 13 paters pour Notre-Dame et 13 pour le saint du jour. Après matines, ils doivent se rendre aux écuries. À prime, les chevaliers se rendent à nouveau à la messe. Les Templiers ne peuvent pas manger sans avoir entendu ou récité 60 paters. Avant les repas, on récite le bénédicité et un pater. Les grâces à la chapelle au sortir du réfectoire, puis les vêpres, les heures de none et complies.

Chacune des heures s’accompagne de 13 ou 18 paters. À cela s’ajoute toute la gamme des obligations lors des fêtes catholiques. À la tombée de la nuit, les frères prennent une collation puis se rendent à la chapelle.

1.4. Liste des Grands-Maîtres

Attention, la liste donnée ici est indicative et n’est qu’une des nombreuses listes émises par des historiens. En effet, il semble que les historiens ne soient pas d’accord quant au nombre et aux noms des grands maîtres de l’Ordre…

1. Hugues de Payens

2. Robert le Bourgignon

3. Evrard des Barres

4. Bernard de Tramelay

5. Bertrand de Blanquefort

6. Philippe de Napelouse

7. Odon de Saint-Amand

8. Arnaud de Toroge

9. Terrie (ou Thierry ou Therence)

10. Gérard de Riddeford

11. Robert de Sablé

12. Gilbert Horal

13. Philippe de Plessiez

14. Guillaume de Chartres

15. Pierre de Montaigu

16. Armand de Périgord

17. Guillaume de Tonnac

18. Renaud de Vichiers

19. Thomas Beraut

20. Guillaume de Beaujeu

21. Le moine Gaudin

22. Jacques de Molay

2. HISTOIRE OCCULTE

Sont réunis ici des hypothèses et des éléments de l’occultisme lié au Temple. Les Templiers ont toujours excité l’imagination de nombreux chercheurs professionnels ou non. Ainsi, il y a ceux qui défendent l’idée d’un ésotérisme templier et tentent de relier tous les événements mondiaux à l’intervention directe ou indirecte des Templiers. Le but de cette partie n’est pas de défendre ou de récuser telle ou telle hypothèse.

1- Le Sceau de l’Ordre : il représente deux chevaliers montés ensemble sur un cheval. Ce sceau peut alors symboliser la pauvreté de l’Ordre, mais aussi un niveau plus profond, il peut symboliser :

• La double nature de l’Ordre, exotérique et ésotérique, guerrière et monastique

• La double nature de l’homme, divine et humaine

• La tripartition de l’être en spiritus (esprit), animus (âme) et corpus (corps)

2- Le nombre trois apparaît souvent dans la vie de l’Ordre (aumône trois fois par semaine, accepter trois assauts avant de répliquer…)

3- Le Baphomet : il faut tout d’abord savoir que le terme « Baphomet » n’a jamais été prononcé par les accusateurs ni par les Templiers eux-mêmes. On ne retrouve, en réalité que la forme adjectivale « baphométique » ou « bafométique ». Ainsi, un frère occitan de l’Ordre à Montpezat, Gaucerant, avoua avoir adoré une « image bafométique » ce qui, en langue d’oc, pourrait être une déformation du nom du prophète de l’Islam Mahomet. Selon les occultistes, le Baphomet serait une idole d’origine islamique alors que l’Islam interdit toute représentation humaine, ou bien symbolisation des deux Saint-Jean sous la forme de Janus, un symbole du baptême et de l’initiation ? Voici, tout d’abord, les termes précis d’un article de la première enquête (articulo super quibus inquiretur contra ordinem Templi) : « Que les chevaliers, dans les diverses provinces, avaient des idoles, à savoir des têtes, dont quelques-unes à trois faces et d’autres à une seule ; d’autres possédaient un crâne humain. Ces idoles ou cette idole étaient adorées… Les chevaliers disaient que cette tête pouvait les sauver, les rendre riches, qu’elle fait fleurir les arbres, qu’elle fait germer les moissons ; les chevaliers ceignaient ou touchaient avec des cordelettes une certaine tête de ces idoles et ensuite ils se ceignaient avec cette cordelette, soit au-dessus de la chemise, soit sur la peau ». L’historien danois Münter, comme d’autres, a émis l’hypothèse que les prétendues têtes adorées par les Templiers étaient de simples chefs reliquaires, comme on en trouve encore dans beaucoup de musées et de trésors d’églises.

4- Le Beaucéant : de couleur noire et blanche ou rouge et or, il pourrait symboliser les Ténèbres et la Lumière. Se reporter à l’ouvrage de Gérard de Sède quant aux autres implications de ce drapeau.

5- Les nombres Neuf et Trois : en effet, l’Ordre fut fondé par neuf chevaliers le 27 décembre 1118 (2+7=9, 12=9+3…), la Règle latine comporte 72 articles (7+2=9), il y a neuf ans entre 1118 et 1127 et les années 18 et 27 sont des multiples de neuf, l’Ordre comptait neuf provinces, le Beaucéant était parfois un composé de 81 cases noires et blanches (carré de 9, 8+1=9).

1. Dante et les Templiers

En 1318, Dante termine sa « Divine Comédie » où il fait allusion à plusieurs reprises aux Templiers. Dans le Paradis (Chant XXX), Béatrice est entourée et protégée par « une assemblée de blancs manteaux » (nom sous lequel on connaissait les chevaliers du Temple). Toujours dans les cercles du Paradis, Dante choisit Saint Bernard comme guide (Chant XXXII) en raison de son rôle dans la fondation de l’Ordre du Temple. Saint Bernard dans son « De laude novae militiae » expose, comme nous l’avons vu, la mission et l’idéal de la chevalerie chrétienne, de la « milice de Dieu », terme que l’on retrouve souvent dans les écrits des Fidèles d’Amour, dont Dante était un membre éminent.

Dans le Purgatoire (Chant XXVII), Dante se souvient avoir assisté au supplice de Jacques de Molay et de Geoffroy de Charnay sur le bûcher, le 18 mars 1314, à Paris : « Je tendis en avant les mains jointes, et m’allongeai, regardant le feu, et vivement me représentant les corps humains que déjà j’avais vu brûler ».

Dante, enfin, compare le pape Clément V à l’Antéchrist, et, il lui assigna une place dans son Enfer (Chant XIX) : « Viendra du couchant un pasteur sans loi […] Il sera un nouveau Jason duquel parlent les Machabées, et comme à celui-là flexible fut son roi, à celui-ci le sera le roi qui régit la France ». Il assimile plus loin le roi de France, Philippe le Bel à Pilate dans son Purgatoire (Chant XX) : « Je vois le nouveau Pilate si cruel que cela ne le rassasie, mais sans décret il pousse dans le Temple ses voiles cupides ».

Dante et les Fidèles d’Amour, auxquels appartenait Dante, ont parsemé leurs œuvres de divers symboles ésotériques afin de rappeler leur filiation avec l’esprit chevaleresque de l’Ordre du Temple. Ainsi, Dante se sert souvent du chiffre 9 comme chiffre sacré, symbolisme de la trinité : esprit, âme, corps, chacun ayant 3 aspects et 3 principes. Ce chiffre, également très symbolique pour les Templiers, rappelle les 9 fondateurs traditionnels de l’Ordre, ainsi que les 9 provinces du Temple d’Occident ; par la signification des « Cieux » donnée par Dante dans sa Divine Comédie – les 9 « Cieux » sont les degrés de la hiérarchie initiatique qui mènent à la « Terre Sainte ».

2. Godefroi de Bouillon

Avoué du Saint-Sépulcre en 1099, il aurait fondé l’Ordre du Prieuré de Sion établi à l’abbaye Notre-Dame du Mont de Sion qui serait à l’origine de la fondation de l’Ordre du Temple. Selon certaines sources, le Prieuré de Sion était la structure ésotérique tandis que le Temple était la structure visible exotérique. Le Prieuré aurait survécu sous diverses formes jusqu’à nos jours. En réalité, et au grand dam des fans du Da Vinci Code et autres fariboles mystico-mystérieuses, le Prieuré de Sion ne sera mentionné pour la première fois qu’en 1956, invention du mystificateur français Pierre Plantard. Dans une série de faux documents déposés à la Bibliothèque nationale au milieu des années 1960 et intitulés « Dossiers secrets d’Henri Lobineau », Plantard présente le Prieuré comme une confrérie remontant à 1099, liée à l’Ordre du Temple et dont la mission aurait été de préserver le secret d’une descendance cachée des Mérovingiens pour la restauration d’une monarchie mérovingienne en France.

3. Contacts avec les communautés musulmanes et les autres ordres initiatiques

3.1. Les Assassins : secte shi’ite fondée au XIe siècle par Hassan Ibn Sabbah, les Assassins sont des chevaliers principalement basés en Syrie et en Perse qui obéissent aveuglément à leur chef, le « Vieux de la Montagne ».

Il existe un certain parallélisme entre l’ordre des Assassins et celui des Templiers :

• chevaliers – refiks

• écuyers – fedavi

• sergents – lassiks

• prieurs – daîkebir

• grand maître – sheik el djebel

Bien qu’opposés au point de vue religieux, il n’est pas à écarter une certaine collaboration entre les deux ordres. De plus, les Templiers ont entretenu des relations diplomatiques et même militaires avec les Assassins de Syrie. Il est à noter aussi une certaine communauté d’esprit dans la lignée des ordres de chevalerie.

3.2. Ordre des Frères d’Orient : fondé dans la seconde moitié du XIe siècle par Michel Psellos, cet ordre est empreint de doctrines hermétiques néo-pythagoriciennes.

3.3. Ordre des Saints (ou Kaddosh) : cet ordre était d’inspiration essénienne, gnostique et johannique. Un certain Arnaud de Toulouse serait parti en Palestine vers le début du IXe siècle pour étudier et pénétrer les mystères de cette société. Il accéda à l’initiation des trois grades et obtint l’autorisation de fonder une émanation de l’Ordre en Europe. La première loge fut fondée en 804 à Toulouse par Arnaud sous le nomen d’Amus. L’ordre aurait compté parmi ses membres des personnages tels que : Gerber d’Aurillac (futur pape Sylvestre II), Raymond de Saint-Gilles (comte de Toulouse), Godefroi de Bouillon et les neuf chevaliers fondateurs de l’Ordre des Templiers. Au musée de Vienne est exposée une médaille à l’effigie de Dante réalisée par Pisanello. Au revers de la médaille, qui représente Dante, on peut lire l’étrange suite de lettres suivante : « F.S.K.I.P.F.T. ». Selon René Guénon, ces lettres signifient « Fidei Sanctae Kadosh Imperialis Principatus Frater Templarius ».

Spartakus FreeMann, août 2008

Source : http://www.esoblogs.ne

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 28 octobre, 2008 |Pas de commentaires »

L’Ordre du Temple – Légendes sur la Survivance du Temple

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L’Ordre du Temple – Légendes sur la Survivance du Temple

Nous reprenons ici quatre des principales légendes qui entourent la survivance de l’Ordre du Temple après sa dissolution en 1312. En fait, il semble que les histoires sur la survivance de l’Ordre n’ont commencé à circuler que tardivement après sa dissolution par la papauté. Il faudra attendre la fin de la Renaissance et la naissance des mouvements hermétistes et rosicruciens pour voir apparaître les premières prétentions à la filiation templière : « Après la première moitié du XIVe siècle, c’est à dire peu après la dramatique dissolution de l’Ordre, nous n’avons plus aucune trace d’une éventuelle survivance clandestine de l’Ordre, jusqu’au moment de la naissance du « mythe templier » entre le XVIIe et XVIIIe siècle, lorsque plusieurs sociétés secrètes (et parmi elles la Maçonnerie) se déclarèrent les descendants des anciens et infortunés chevaliers du Moyen Age. Cependant, il est difficile d’imaginer que l’activité de l’Ordre ait été totalement interrompue par la condamnation du roi Philippe le Bel et de pape Clément V. Par exemple, au Portugal l’Ordre des Templiers survécut en tant qu’Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ (qui était la première véritable dénomination des Chevaliers du Temple) : et donc l’Ordre du Christ susdit et les Templiers ne sont qu’une seule et même chose ! L’Ordre préserva ainsi dans ce pays toutes ses propriétés et ses richesses, en continuant à occuper un rôle très important dans la politique portugaise. On pourrait en dire beaucoup sur l’histoire des Templiers au Portugal, et souligner que dans ce pays ils n’étaient pas des chevaliers quelconque : le royaume portugais avait été justement fondé par des chevaliers templiers au temps des guerres contre les Arabes, et il avait toujours été gouverné en stricte connexion avec l’Ordre. Et c’est chez les Templiers portugais qu’il se produit, un siècle après la dissolution officielle de l’Ordre, l’organisation du grand projet d’exploration du monde – on pourrait se demander alors si une telle entreprise n’avait pas, parmi les conséquences préméditées, le but d’accomplir une sorte de « vengeance » contre l’Eglise Romaine, contre la conception sacrée du monde sur laquelle l’Eglise fondait son autorité et sa doctrine. En effet, même si aujourd’hui la plupart des chercheurs attribue au roi Philippe le Bel et à son avidité la destruction des Templiers, et croit que Clément V ait été sous l’emprise du Roi, on peut penser qu’en vérité l’Eglise ait été impliquée en première personne dans cette action. D’ailleurs, comme dans le cas des persécutions contre les humanistes du XVe siècle que nous avons auparavant décrites, dans le cas des Templiers les accusations d’« hérésie » et de « collusion avec l’ennemi » ne semblent pas sans fondement, et habituellement on oublie que les mêmes accusations avaient été formulées contre l’Ordre par l’empereur Frédéric II » (article publié dans « Politica Hermetica – Les contrées secrètes », N. 12, 1998, L’Âge d’Homme, Paris).

Quant à la survivance supposée du Temple, laissons la parole à René Guénon qui écrit dans « Aperçus sur l’initiation » : « Après la destruction de l’Ordre du Temple, les initiés à l’ésotérisme chrétien se réorganisèrent, en accord avec les initiés à l’ésotérisme islamique, pour maintenir, dans la mesure du possible, le lien qui avait été apparemment rompu par cette destruction ; mais cette réorganisation dut se faire d’une façon plus cachée, invisible en quelque sorte, et sans prendre son appui dans une institution connue extérieurement et qui, comme telle, aurait pu être détruite une fois encore. Les vrais Rose-Croix furent probablement les inspirateurs de cette réorganisation… ».

Pour rappel, en 1972, Laurent Dailliez dénombrait dans le monde quarante-sept groupements néo-templiers. On ne peut douter que, l’inflation spirituelle aidant, ce nombre soit, aujourd’hui, plus important.

4.1. Le filiation de Beaujeu

Selon un certain document, Jacques de Molay quelques jours avant sa mort, confia la tâche à François de Beaujeu, qui n’était un membre de l’Ordre, de récupérer un écrin de cristal.

De Molay aurait initié Beaujeu et lui aurait confié la mission d’assurer la survie du Temple.

Quand Jacques de Molay mourut, Beaujeu réunit neuf chevaliers de l’Ordre rescapé de la rafle et ils auraient juré de maintenir l’Ordre en vie.

« Lorsque le Gr. Maître Molay s’aperçut par la tournure, que l’iniquité donna au procès institué contre lui, qu’il n’y avait plus d’espoir, ni pour lui ni pour l’ordre, il prit son parti et ne songea plus qu’aux moyens de conserver, de propager et de perpétuer les sublimes connaissances et les principes fondamentaux de l’Ordre.

Il jeta à cet effet les yeux sur son neveu le comte de Beaujeu qui depuis longtemps avait témoigné une vocation décidé pour entrer dans l’Ordre et l’ayant fait appeler quelques jours avant son supplice il déposa dans son sein les malheurs inévitables qui menaçaient l’ordre, et le projet qu’il avait formé sur lui…

… Dès que Molay eut expiré, Beaujeu se mit en devoir de s’acquitter de ses engagements. Il s’assura 9 chevaliers, restes infortunés échappés aux fureurs de la persécution et aux terreurs des supplices ; il mêla son sang avec celui de ces frères et fit vœux de propager l’ordre sur le globe tant qu’il se trouveraient neuf architectes parfaits…

Après la mort de Beaujeu le siège magistral chut à Aumont, un des Templiers dispersés qui s’étaient refugiés en Ecosse…

… Cependant depuis Beaujeu l’ordre n’a jamais cessé un instant de subsister. » (Manuscrit original, environ 1760, Strasbourg ; Transcription par G.A. Schiffmann, 1882)

4.2. La filiation d’Aumont

Au soir du 18 mars 1314, Aumont et 7 autres chevaliers auraient récupéré les cendres de Jacques de Molay et crié les mots « Mac Benach » (la chair se détache) en jurant de venger l’Ordre. Aumont se serait alors rendu en Écosse et, sur l’île de Mull, il aurait été désigné comme nouveau grand Maître de l’Ordre le 24 juin 1315.

Ce noyau de Templiers serait à l’origine de la constitution de la loge maçonnique Heredom ou « Sainte Maison ».

   

 

4.3. La filiation Larmenius

Cette légende fut propagée par l’abbé Grégoire, par Sédir et Guyot.

Larmenius, commandeur de Jérusalem, aurait été désigné par Molay comme futur Grand-Maître. L’Ordre serait alors resté dans l’ombre jusqu’en 1808 avec la résurgence officielle orchestrée par Fabré-Pallaprat.

Le grand-maître de l’Ordre du Temple, Jacques de Molay, prévoyant la chute, avait investi de ses pouvoirs Jean-Marc Larmenius, qui fut reconnu comme grand-maître immédiatement après la mort de Molay. En 1324, Larmenius fixa la charte de transmission (« Carta Transmissionis »). Ceci permet aux sectateurs de la survie de l’Ordre de dire qu’il n’a donc jamais été interrompu, et que l’Ordre actuel se rattache à son fondateur Hugues de Payens.

La hiérarchie comprenait huit grands-précepteurs, des prieurs, un sénéchal, un amiral, un hospitalier, un chancelier, un trésorier, etc. Les titres du grand-maître sont ceux-ci : « son altesse éminentissime le très-grand, très-puissant et excellentissime prince, seigneur sérénissime, très-sacré père, souverain pontife et patriarche, monseigneur (le nom du grand-maître), élu le ».

Les règles de l’Ordre étaient contenues dans les statuts rédigés en 1706, sous la direction du duc d’Orléans.

Les grands-maîtres qui, selon la charte Larmenius, ont continué la succession officielle du Temple, sont au nombre de vingt-cinq :

23. Marc Larmenius 1307

24. F. Thibaut d’Alexandrie 1324

25. Arnolphe de Brayne 1340

26. Jean de Clermont 1349

27. Bertrand du Guesclin 1357

28. Jean d’Armagnac 1381

29. Bernard d’Armagnac 1392

30. Jean d’Armagnac 1419

31. Jean de Croï 1451

32. Robert de Lenoncourt 1478

33. Galeas de Salazar 1 497

34. Philippe de Chabot 1516

35. Gerard de Salciac 1544

36. Henry de Montmorency 1574

37. Charles de Valois 1615

38. J.-H.deDurfort, duc de Duras. 1681

39. Ph., duc d’Orléans 1705

40. L.-A. de Bourbon, duc du Maine 1724

41. L.-H. de Bourbon, prince de Condé 1737

42. L.-F. de Bourbon, prince de Conti 1741

43. L.-H.-Timol de Cossé-Brissac. 1776

44. C.-Math. Radix de Chevillon, régent. 1792

45. Bern.- Raymond Fabré-Palaprat. 4 nov. 1804

46. Sir Guillaume Sidney-Smith 2. 1838

S’il faut en croire Grégoire et quelques Templiers, leur Ordre a continué, en outre de la hiérarchie civile et militaire, une hiérarchie ecclésiastique, dont le chef porte le nom de primat.

C’est le primat qui, au jour anniversaire de la mort de Molay, célèbre la partie religieuse de la cérémonie par laquelle les Templiers solennisent cette fête funèbre.

En 1804, Bernard Raymond Fabré-Palaprat (1775-1838), un ancien séminariste devenu médecin, est élu grand-maître et propage un nouvel Ordre du Temple, avec le soutien de l’empereur Napoléon 1er. Le Temple ainsi reconstitué repose sur la charte de transmission de Larmenius (15 février 1324). Par ce moyen, Fabré-Palaprat revendique la succession directe de Jacques de Molay. Ce document est, bien entendu, un faux, qui sera vite reconnu et dénoncé comme tel. Albert Lantoine a montré que la charte dite de « Larmenius » était une fabrication de circonstance et prolongeait le mythe chevaleresque mêlant rêves et réalité (Albert Lantoine, « La Franc-Maçonnerie dans l’Etat », réédition Slatkine 1982 p. 403-408). Daniel Ligou, dans son dictionnaire de la Franc-Maçonnerie :

« En effet, le document Larmenius, au delà d’un simple faux, doit être perçu comme une réelle tentative de réalisation constructive pour atteindre un objectif spirituel.

N’oublions pas que de nombreux courants maçonniques revendiquent, même symboliquement, une origine templière.

De nombreux « hauts » grades maçonniques font d’ailleurs explicitement référence à l’Ordre du Temple, notamment dans le Rite Écossais Ancien & Accepté et dans le Rite Écossais Rectifié ».

Fabré-Palaprat, consacré grand maître par l’évêque constitutionnel Guillaume Mauviel, en 1812, a également associé son Ordre du Temple à une Église johannite des chrétiens primitifs, dont il s’est déclaré le 115e souverain pontife. Il fit même consacrer l’abbé François-Ferdinand Chatel comme primat coadjuteur des Gaules, avant que celui-ci ne se sépare de l’Ordre pour se consacrer à l’Église catholique française, qu’il a fondée en 1831. L’Église johannite a publié cette année-là le « Levitikon », une version tronquée de l’Évangile de Jean, présentée comme le « statut fondamental de la Sainte Eglise du Christ » et l’exposé des « principes fondamentaux de la doctrine des chrétiens-catholiques primitifs ».

Fabré-Palaprat a trouvé sur le quai de Gèvres un vieux livre écrit en lettres d’or et dont les initiales, en encre rouge, étaient ornées des figures les plus hétéroclites. Il achète ce manuscrit 25 fr., il le fait voir à M. Dacier, qui lui répond que c’est une dissertation gnostique ou manichéenne, qui doit avoir été copiée par un Grec du Bas-Empire, à peu près au temps de Constantin Copronyme. Fabré-Palaprat a fini par trouver un traducteur, consciencieux apparemment, car il n’a voulu remplir aucune lacune et il a laissé en blanc tout ce qui n’était plus lisible ou ce qu’il ne pouvait déchiffrer dans l’original. Le grand-maître a eu soin d’y suppléer dans la copie par les additions les plus favorables à son nouveau système. Il n’empêche que l’Ordre eut en France sa période faste, ses notables, son clergé.

Avant même la mort de Fabré-Palaprat, en 1838, l’Ordre s’est scindé en plusieurs branches, dont une qui se maintint sous la direction du duc de Choiseul. Il s’éteindra peu à peu, au point de disparaître presque complètement, avant de connaître un véritable réveil dans la seconde moitié du XXe siècle.

4.4. La filiation de Goeffroy de Gonneville

Désigné par Molay comme successeur, il aurait réuni un chapitre en Dalmatie puis serait parti en Asie Centrale où l’on perd sa trace.

4.5. La Stricte Observance Templière

La Stricte Observance Templière est une obédience maçonnique allemande constituée vers 1751 par le baron Karl von Hund (1722-1776) ; cette Maçonnerie rectifiée proviendrait directement de l’Ordre du Temple, mais également de la Maçonnerie Écossaise, œuvre des Stuarts détrônés (branche Jacobite).

La S.O.T. veut restaurer l’Ordre du Temple, retrouver ses trésors en obéissant à ses chefs, les Supérieurs Inconnus. Elle conférait sept grades (apprenti, compagnon, maître, maître écossais, Novice, Templier, Chevalier Profès qui comprenait lui-même plusieurs classes).

Ferdinand de Brunswick-Lunebourg-Wolfenbüttel (1721-1792) (Eques a Victoria) en devient le Grand Maître en 1777. A la mort de Hund en 1776, Charles de Sudermanie (futur Charles XIII de Suède) établit des rapprochements avec la maçonnerie suédoise de Zinnendorf, appelée « École du Nord », influencée par l’hermétisme et le rosicrucianisme. La filiation templière et le mythe des Supérieurs Inconnus ne sont pas reconnus au Convent de Wilhelmsbad (16 juillet – 29 août 1782) qui forme à sa place le Régime Écossais Rectifié dont les prieurés sont calqués sur l’organisation médiévale, et son degré terminal Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (CBCS) est un grade plus chevaleresque que maçonnique. Le « Discours inaugural » des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte commence ainsi : « Trois de nos ancêtres, possédant le grand secret, trouvèrent le moyen d’échapper aux recherches générales et particulières que l’on fit contre eux. Ils errèrent dans les bois et les montagnes, de royaume en royaume ; enfin ils se retirèrent dans des cavernes proches de Herdown en Écosse où ils vécurent, servis et secourus par les chev.•. de Saint-André du Chardon, les anciens amis et alliés des Templiers. Ces trois Templiers firent une nouvelle alliance avec les chev.•. de Saint-André… ».

L’ordre Templier a ainsi laissé des traces dans les Hauts Grades de la Maçonnerie, principalement dans le Rite Écossais Rectifié, dans le Rite d’York, dans le Rite Écossais Ancien et Accepté (chevalier Kadosch 30ème mais aussi 32e et surtout 33e). Le rituel du 30ème degré déclare « Notre grade commémore l’Ordre Templier et s’en inspire sans pour autant prétendre en être le continuateur et l’héritier ».

Spartakus FreeMann, août 2008 e.v.

Source : http://www.esoblogs.net/spip.php?page=imprimer&id_article=441

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 28 octobre, 2008 |1 Commentaire »

La Tête Magique des Templiers

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La tête magique des Templiers [1]

On trouve encore, dans quelques catalogues de musées, la description de sculptures, reliefs sur pierre ou petit bronzes, qui sont qualifiés de baphomets ou de baphométiques [2]. Ces termes singuliers remontent au procès des Templiers, soupçonnés d’avoir une mystérieuse idole dite Baphomet. Il n’est plus douteux que Baphomet soit une simple altération de Mahomet [3] : l’accusation cherchait, en effet, à établir que les Templiers étaient convertis à l’islamisme et qu’après avoir renié le dieu des chrétiens, dans leurs cérémonies secrètes, ils rendaient hommage au prophète des musulmans. Personne ne consentirait plus à discuter l’étrange hypothèse de M. de Hammer, qui voulait reconnaître dans Baphomet les deux mots grecs Baphé et Mêtis et interprétait le prétendu composé par « le baptême de l’intelligence ». La véritable explication, qui saute aux yeux, avait déjà été donnée par Sylvestre de Sacy (1810) et par Raynouard (1813).

Ce dernier historien refusait, malgré tous les aveux arrachés aux membres de l’ordre soit par la torture, soit par la menace de la torture, d’admettre l’existence de l’idole des Templiers et de ses copies ou congénères. Pourtant, en 1872 encore, le savant bibliothécaire d’Orléans, Loiseleur, croyait fermement non seulement à un Baphomet, mais à plusieurs idoles de ce nom [4]. Dans l’intervalle entre le travail de Raynouard et celui de I.oiseleur, les monuments qualifiés de baphométiques s’étaient multipliés dans les collections. La critique moderne n’en a rien laissé subsister. Alors que Montaiglon, en 1881, parlait encore de figures baphométiques [5], j’ai montré, en 1886, qu’un objet ainsi désigné au Cabinet des médailles était, en réalité, un moule asiatique en serpentine [6], probablement hittite ; M. de Villefosse, en 1900, a dénoncé comme des faux récents, probablement du début du XIXe siècle, toute une série de petits bronzes dits baphométiques, dont l’un, conservé au musée du Louvre, semble porter la date 1156, correspondant à l’époque la plus florissante de l’ordre [7] ; enfin, il y a peu d’années, j’ai repris, dans la Revue africaine, l’examen des reliefs en pierre du musée de Vienne et de l’ancienne collection du duc de Blacas, aujourd’hui au Musée britannique, pour montrer sur quels indices fragiles reposait l’attribution aux Templiers de ces objets dépourvus de style, dont l’authenticité éveille d’ailleurs de graves soupçons [8].

Privée du soutien qu’elle croyait dériver de certains monuments figurés, la croyance au Baphomet paraît généralement abandonnée aujourd’hui ; du moins le dernier historien du procès des Templiers, M. Finke, a-t-il pu écrire (p. 327) : « Il y a longtemps qu’on ne cherche plus la mystérieuse idole du Baphomet. [9] » C’est sans doute pour cette raison que M. Finke ne s’est pas arrêté aux témoignages qui concernent cet objet et les objets similaires. Toutefois, il ne suffit pas de dire qu’une chose n’a pas existé ; il semble nécessaire aussi de chercher comment elle a été conçue et quelles idées préexistantes ont contribué à la formation d’un fantôme qui, après avoir été exploité contre l’orthodoxie des Templiers, a tourné la tête de Plus d’un archéologue.

I

Avant même le commencement de la procédure, c’est-à-dire l’arrestation des Templiers français par ordre de Philippe le Bel (octobre 1307), le dénonciateur et calomniateur de l’ordre, le Biterrois Esquin de Floyrans [10], avait accusé les Templiers auprès du roi Jayme Il d’Aragon, puis auprès du roi de France, d’adorer une idole. Ce crime est un de ceux qui furent spécifiés dés le début et sur lequel les commissaires royaux durent interroger les chevaliers [11]. Mais dans le procès-verbal de leur enquête, que nous possédons, ce grief passe tout à fait au second plan : les Templiers, Jacques de Molay en tête, confessèrent avoir renoncé au Christ et craché sur la croix [12] ; mais ne dirent rien de leur prétendue idole. C’est seulement plus tard [13] que les témoignages se multiplient à ce sujet, témoignages d’ailleurs contradictoires et même inconciliables, comme le remarque déjà Raynouard, puisque l’idole est, suivant les uns, une statue, suivant d’autres une tête, suivant d’autres encore, un ensemble de plusieurs têtes ou même une peinture sur bois [14]. Loiseleur, qui a étudié ces dépositions et en a publié de nouvelles – celles que recueillirent les inquisiteurs de Florence – a essayé d’en faire la moyenne pour arriver à se former une opinion. « L’objet du culte des Templiers, écrit-il [15], était tantôt une idole ayant une seule tête, laquelle était barbue, tantôt une autre idole ayant deux et même trois têtes [16]. » Du corps de l’idole il ne dit rien, car la plupart des témoignages mentionnent seulement la tête. Le troisième témoin (entendu à Florence) déclare que « le précepteur de la maison de Sainte-Sophie de Pise avait une tête semblable à l’idole de Bologne, tête qui était sa propriété particulière et qu’il adorait [17]. » Ainsi il y avait des têtes-idoles qu’on montrait dans les chapitres et d’autres qui servaient seulement à des rites privés. « L’idole adorée par les Templiers, écrit encore M. Loiseleur, paraît, comme celle des Druses et des Nosaïris, être l’emblème du mauvais principe ; mais elle en diffère profondément quant à la forme, puisque c’est une tête humaine ayant un ou deux visages, tandis que chez les Druses au moins l’idole offre la figure d’un veau, symbole des cultes ennemis de la religion unitaire [18]. » Loiseleur alléguait encore, entre autres témoignages, celui d’un témoin de Florence, suivant lequel la tête était placée dans la salle du chapitre et recevait les hommages de deux cents frères prosternés [19] ; en montrant l’idole pour la première fois à l’un des initiés, le précepteur lui avait dit : Ecce deus vester et vester Magumet [20]. Mais c’était peu d’adorer cette tête ; il fallait tirer parti de ses vertus magiques. Je cite encore Loiseleur : « Pierre de Bonnefond apprit des témoins de sa réception que la cordelette dont il était ceint avait touché, dans les pays d’outre-mer, une certaine tête (c’est la tête par excellence, conservée en Orient, dont les autres seraient des copies [21]). Les quatre premiers témoins de Florence déclarèrent avoir assisté à la cérémonie de la consécration de la cordelette et de sa distribution tant à eux-mêmes qu’à plusieurs frères présents. Une fois consacrées par leur contact avec l’idole, les cordelettes étaient conservées dans des coffrets pour en être extraites au fur et à mesure des réceptions. Ces coffrets voyageaient avec les Templiers et servaient ainsi à serrer les idoles (voilà l’origine des prétendus coffrets baphométiques du duc de Blacas). Gaucerand de Montpesat dépose qu’il lui fut baillé une ceinture que son initiateur tira de la caisse où était la figure de Baphomet et qu’il lui commanda de garder cette ceinture et de la porter perpétuellement [22]. »

Disons, en passant, que la mention de cette cordelette, rappelant le fil de lin que portaient les cathares albigeois, est une des causes de la profonde erreur où Loiseleur est tombé. Il voyait là une analogie frappante entre les Templiers et les hérétiques du midi de la France et se confirmait dans cette illusion par un autre témoignage, portant que l’idole avait le pouvoir de faire fleurir les arbres et de faire germer la terre. « Ces termes, remarque-t-il, ne sont pas seulement ceux de l’accusation ; ce sont les expressions mêmes dont se sert le frère Bernard de Parme, le second des témoins entendus à Florence. Or, ces termes sont exactement ceux employés par l’inquisition de Toulouse pour désigner le dieu mauvais des Cathares albigeois ; nouveau trait de lumière au milieu de ces ténèbres. » Trait de lumière, en effet, mais pas dans le sens de la thèse de Loiseleur. On conçoit assez que les accusateurs du Temple, en possession des manuels qui avaient servi contre les albigeois, aient attribué aux chevaliers certaines erreurs albigeoises et aient cherché à en obtenir l’aveu [23].

Il fallait bien suggérer aux chevaliers des réponses, puisqu’on les faisait parler, de gré ou de force, de choses inexistantes. Ceux qui osaient dire, malgré les termes précis de l’acte d’accusation, qu’ils ne savaient rien de l’idole, risquaient d’être traités sans ménagements : témoin ce Gérard de Pasage, du diocèse de Metz, qui, pour avoir fait une pareille réponse, fut cruellement torturé sur l’ordre du bailli de Mâcon, par la suspension de poids à ses testicules [24].

L’historien danois Münter a autrefois émis l’hypothèse que les prétendues têtes adorées par les Templiers étaient de simples chefs reliquaires, comme on en trouve encore dans beaucoup de musées et de trésors d’églises. À l’appui de cette opinion, on allégua qu’une perquisition, faite au Temple de Paris en 1310, fit découvrir, en effet, une tête en métal contenant des reliques, qui fut présentée à la commission pontificale. Cette tête portait le numéro LVIII en chiffres romains ; on a supposé qu’il y en avait, par suite, beaucoup d’autres, que les Templiers eurent le temps de mettre à l’abri [25]. À quoi l’on peut objecter – et l’objection paraît sans réplique – que si la fameuse tête des Templiers avait été un chef reliquaire, il eût été trop facile aux accusés de le déclarer sans ambages et de faire tomber ainsi l’accusation d’idolâtrie. Or, à une seule exception près, aucun des témoins interrogés n’a dit que la tête fût un reliquaire ; ils ont dit des choses extravagantes, parce qu’ils ne savaient pas sur quoi on les interrogeait et qu’ils devaient bien, sous peine d’être torturés, inventer ou répéter quelque chose.

L’idée que les Templiers avaient une idole devait se présenter naturellement à leurs ennemis. Du fait même qu’on les soupçonnait véhémentement d’hérésie, ils devaient être idolâtres ; on sait que le mot idolâtre figura sur l’écriteau de Jeanne d’Arc, bien qu’on ne l’ait jamais accusée ouvertement d’offrir un culte à une image. Cette idole des Templiers idolâtres devait être un Mahomet ou un Baphomet, puisqu’on voulait que ces soldats du Christ eussent passé au camp ennemi de l’islamisme. Mais pourquoi une tête ? Pourquoi une tête douée de pouvoirs magiques ? On peut, je crois, tenter de répondre à ces questions, que Loiseleur, dans sa foi naïve à la véracité des aveux, n’avait pas la même raison que nous de se poser.

II

Rappelons d’abord les termes précis d’un article de la première enquête (articulo super quibus inquiretur contra ordinem Templi) :

Que les chevaliers, dans les diverses provinces, avaient des idoles, à savoir des têtes, dont quelques-unes à trois faces et d’autres à une seule ; d’autres possédaient un crâne humain. Ces idoles ou celte idole étaient adorées… Les chevaliers disaient que cette tête pouvait les sauver, les rendre riches, qu’elle fait fleurir les arbres, qu’elle fait germer les moissons ; les chevaliers ceignaient ou touchaient avec des cordelettes une certaine tête de ces idoles et ensuite ils se ceignaient avec celle cordelette, soit au-dessus de la chemise, soit sur la peau [26].

Voici maintenant la déposition faite en présence de deux évêques par le notaire public, apostolica et imperiali auctoritate, Antonio Sicci (Antonius Sycus) de Verceil [27]. Notaire des Templiers en Syrie pendant quarante ans, il avait déjà été interrogé, au cours de l’instruction, par les inquisiteurs parisiens.

Au sujet de l’article faisant mention de la tête, j’ai plusieurs fois entendu raconter ce qui suit dans la ville de Sidon. Un certain noble de cette ville aurait aimé une certaine femme noble d’Arménie ; il ne la connut jamais de son vivant, mais, quand elle fut morte, il la viola secrètement dans sa tombe, la nuit même du jour où elle avait été enterrée. L’acte accompli, il entendit une voix qui lui disait : « Reviens quand le temps de l’enfantement sera venu, car tu trouveras alors une tête, fille de tes oeuvres. » Le temps accompli, le chevalier susdit (praedictus miles) revint au tombeau et trouva une tête humaine entre les jambes de la femme ensevelie. La voix se fit entendre de nouveau et lui dit : « Garde bien cette tète, parce que tous les biens te viendront d’elle. » À l’époque où j’ai entendu cela, le précepteur de ce lieu (Sidon), était frère Mathieu dit le Sarmage, natif de Picardie. Il était devenu le frère du Soudan à Babylone qui régnait alors, parce que l’un avait bu du sang de l’autre, ce qui faisait qu’on les regardait comme des frères. Le précepteur des chevaliers était un certain frère Philippe ; le gonfalonier était un maître des servants qui s’appelait frère Simon Picard [28].

Avec ce curieux témoignage, nous sommes en plein folklore : le viol d’une morte aimée, ou nécrophilie ; la fécondité de cette monstrueuse union ; la puissance magique de la tête séparée du tronc. Cette déposition émut vivement les inquisiteurs ; ils la firent écrire par Antonio lui-même et interrogèrent ensuite à ce sujet plusieurs des témoins qui avaient résidé en Syrie. L’un deux, frère Jean Senandi, un servant, dit avoir vécu cinq ans à Sidon ; il n’avait rien appris au sujet de la tête, mais il savait que la ville de Sidon avait été achetée par les Templiers et que Julien, un des seigneurs de cette ville, était entré dans l’ordre [29]. Plus tard, ayant apostasié, il tomba dans la misère ; Senandi avait entendu dire, mais ne se souvenait pas par qui, qu’un des ancêtres de Julien avait aimé une fille de ce pays et avait cohabité avec elle après qu’elle fut morte. Un témoignage beaucoup plus complet et plus fantastique que celui de Sicci lui-même fut apporté aux inquisiteurs par Hugues de Faure, chevalier, réconcilié par l’évêque de Limoges [30]. Il déclara qu’après la chute d’Acre il se trouvait à Chypre ; là il entendit conter par un chevalier, bailli de la ville de Limassol, qu’un noble avait aimé une jeune fille de Maraclée en Tripoli. Ne Pouvant la posséder vivante, il la fit exhumer après sa mort, eut commerce avec elle et lui coupa ensuite la tête. Une voix l’avertit de conserver avec soin cette tête, qui avait le pouvoir d’anéantir et de dissiper tout ce qu’elle regardait. Il la couvrit et la déposa dans un coffret. Peu après, en lutte avec les Grecs qui résidaient à Chypre et dans les lieux voisins, il se servit de cette tête contre les villes et les camps des Grecs ; il lui suffisait de la montrer pour anéantir ses ennemis. Un jour qu’il naviguait vers Constantinople, avec le projet de détruire cette ville, sa vieille nourrice vola la clef du coffret pour voir ce qu’il contenait et en retira la tête : aussitôt une tempête terrible éclata et le navire fut submergé ; seuls quelques matelots purent se sauver et raconter ce qui s’était passé. Depuis cet événement, disait-on, il n’y avait plus de poissons dans cette partie de la mer. Mais Hugues de Faure n’avait pas entendu dire que cette tête eût appartenu ensuite aux Templiers et ne connaissait pas celle au sujet de laquelle maître Antoine de Verceil avait déposé. Enfin, suivant un autre témoin, une tête mystérieuse paraissait parfois dans le tourbillon voisin de Satalia et alors tous les navires qui voguaient dans ces parages couraient les plus grands périls [31].

L’histoire d’Hugues de Faure offre plusieurs éléments nouveaux. La tête n’est pas le produit d’un viol, mais c’est la tête même de la morte séparée du tronc ; cette version est sans doute plus authentique que l’autre, car l’efficacité magique des têtes coupées est un trait fort connu dans le folklore [32]. En second lieu, la tête n’est pas un talisman qui assure, d’une manière mal définie, la fortune de son possesseur, mais une arme qui le rend invincible, qui lu permet d’anéantir ses ennemis. Enfin, l’histoire de la vieille nourrice, qu’un sentiment de curiosité pousse à violer le secret du coffret, est un des motifs les plus fréquents des contes populaires ; la mention du coffret, où la tête est soigneusement enfermée, peut être à l’origine de la croyance obstinée qui attribuait aux Templiers des coffrets où ils dissimulaient avec soin leurs talismans.

III

Ni Antonio Sicci ni Hugues de Faure, déposant en 1310, n’ont rien inventé. Ils n’ont pas cherché non plus à noircir les Templiers ; aucun d’eux n’a dit qu’un chevalier du Temple fût en possession de la tête magique. Ils se sont simplement faits l’écho d’une légende plus ancienne qui paraît vers 1190 dans Gautier Map, vers 1201 dans Roger de Hoveden, vers 1210 dans Gervais de Tilbury. Il suffit de rapporter la première en date de ces versions, celle de Map, dans son livre si curieux De nugis curialium, écrit à la cour d’Angleterre entre 1182 et 1190. Notons que Map parle des Hospitaliers et des Templiers et qu’il raconte l’origine de ces ordres, en déplorant leur corruption croissante [33]. Ce n’est pas à dire que son texte ait influé sur les témoignages cités plus haut : bien au contraire, cela est inadmissible mais son récit est le prototype de ceux qui furent recueillis par les inquisiteurs et soumis, comme des documents sérieux, aux Pères du concile de Vienne en 1311.

Au temps de Gerbert, dit Map, il y avait à Constantinople un jeune cordonnier très habile et très expéditif. Il lui suffisait de voir un pied nu, bien conforme ou difforme, pour trouver aussitôt la chaussure qui lui convenait. Il n’excellait pas moins dans les jeux et les exercices physiques. Un jour, une belle jeune fille, entourée d’une nombreuse escorte, vint à sa fenêtre et lui montra son pied nu, désirant être chaussée par lui. Le cordonnier devint amoureux à la folie de sa cliente. Désespérant de se faire agréer d’elle, il quitta son métier, vendit son patrimoine et se fit soldat, rêvant d’acquérir une illustration qui fit de lui l’égal des nobles et lui donnât quelque chance d’être accueilli. Bientôt, la fortune aidant, il s’éleva à une haute distinction. Alors il demanda la jeune fille à son père mais sa requête fut repoussée. Fou de colère, il se joignit à une bande de pirates et se fit redouter sur terre et sur mer. Tout à coup il apprit que la jeune fille était morte ; il court assister à ses funérailles, note le lieu de sa sépulture et, la nuit venue, ouvre le tombeau. On devine le reste. Son crime accompli, il entend une voix qui l’avertit de revenir au moment où la morte aurait enfanté. Il obéit à cet avis et, le temps révolu, retira de la tombe une tête humaine, avec défense de la faire voir à d’autres qu’à des ennemis. Il la déposa dans un coffret clos avec grand soin, puis se mit à courir la terre ferme ; muni de ce masque de Gorgone (Gorgoneum ostentum), il pétrifiait ceux qui l’approchaient comme avec la tête de Méduse. Tous s’inclinaient devant lui, tous le reconnaissaient pour maître… À la mort de l’empereur de Constantinople, sa fille lui est offerte ; il l’accepte et lui apprend son terrible secret. Elle ouvre le coffret et, au réveil de son mari, lui montre le masque. Puis elle ordonne qu’on jette la tête de Méduse (Medusaeum prodigium) et le corps du pirate dans la mer des Grecs. Les envoyés de la princesse exécutèrent ces ordres ; mais aussitôt la mer se souleva avec fureur, comme si elle voulait vomir ce monstre, et il se forma en ce lieu un tourbillon, pareil à celui de Charybde près de Messine, qui engloutit tout ce qui l’approche. Comme la jeune fille s’appelait Satalia, le tourbillon, évité de tous les navigateurs, s’appelle le gouffre de Satalia.

Sous cette forme, la légende est tout à fait transparente, Map lui-même parle de la Gorgone et de Méduse ; c’est une survivance, dans le folklore de la Méditerranée orientale, du mythe de Persée. Suivant Gervais de Tilbury, c’est Persée lui-même qui a jeté à la mer la tête de la Gorgone ; celle-ci, dit-il, était une belle courtisane qui paralysait les âmes des hommes. Mais les « indigènes », ajoute-t-il, racontent une autre histoire. « Un chevalier aima une reine, mais ne put la posséder ; quand elle fut morte, il la viola dans son sépulcre et il en résulta cette tête monstrueuse. Au moment du crime, le chevalier entendit une voix dans les airs : “Ce que cette femme enfantera détruira et consumera toutes choses par son aspect.” Neuf mois après, il ouvrit le tombeau et y trouva la tête ; il eut grand soin de ne pas la regarder ; mais lorsqu’il la faisait voir à des ennemis, il les détruisait aussitôt avec leurs villes. Un jour, naviguant sur mer, il s’endormit dans le sein de sa maîtresse ; celle-ci vola la clef du coffret qui contenait la tête et l’ouvrit ; mais, dès qu’elle la regarda, elle mourut. Le chevalier, à son réveil, vit sa maîtresse morte et, dans sa douleur, leva les yeux ; ses regards rencontrèrent la tête merveilleuse et il périt avec son navire. On raconte que tous les sept ans la tête remonte sur l’eau, la face tournée vers le ciel, et qu’il en résulte des dangers pour les navigateurs. »

Dans le récit de Roger de Hoveden (mort en 1201), la vierge violée par le chevalier s’appelle Yse ; elle a donné son nom à un groupe d’îles que Philippe-Auguste traversa lorsqu’il revint de Saint-Jean d’Acre en France [34]. Les autres variantes ne méritent pas d’être relevées.

IV

Ainsi, plus de cent ans avant le procès des Templiers, nous trouvons en Orient, sur la côte syrienne, une légende dérivée de celle de Persée et de Méduse, mais où Persée est devenu un chevalier, miles. Alors que Persée décapite la Gorgone endormie, le chevalier décapite une morte ou retire de sa tombe une tête magique, fruit d’un viol perpétré dans le tombeau même. Le chevalier cache avec soin cette tête redoutable ; il la tient enfermée dans un coffret. Le mystère qui enveloppe ce talisman et le coffret où on le transporte sont des traits qui se retrouvent dans les dispositions que l’enquête a recueillies. Dans un pays où le Templier était le chevalier par excellence, il n’est pas étonnant que l’on ait raconté d’un ou plusieurs Templiers la légende du héros grec devenu un chevalier de leur temps. Une fois cette histoire d’une tête magique mise en circulation, on imagina naturellement qu’elle servait à la fois de talisman et d’idole ; comme personne ne l’avait vue, on en fit les descriptions les plus différentes ; mais il est à remarquer que l’acte d’accusation parle d’une tête sculptée ou d’un crâne humain, par une évidente allusion à quelque commérage fondé sur la légende syrienne de la tête coupée.

Au début du Philopatris, qui date, comme je l’ai prouvé [35], de la fin du Xe siècle, un des interlocuteurs vient à parler de la Gorgone. Critias affirme qu’elle était vierge et que la puissance de sa tête coupée s’explique ainsi. « Quoi, répond Triéphon, en coupant la tête à unie vierge, on se procure un épouvantail ? Moi qui sais qu’on a coupé dix mille vierges par morceaux “dans l’île aux bords fameux qu’on appelle la Crête”, si j’avais su cela, mon bon Critias, que de Gorgones je t’aurais rapportées de Crète ! J’aurais fait de toi un général invincible ; les poètes et les rhéteurs m’auraient mis au-dessus de Persée, parce que j’aurais trouvé un bien plus grand nombre de Gorgones. » Il me semble que ce passage peut contenir une allusion non seulement à la tradition antique, mais à la forme moderne que l’informateur de Gautier Map en a recueillie.

Les survivances de la légende de Persée ont été étudiées en grand détail par M. Sydney Hartland. Le voyageur anglais Bent les a encore rencontrées, vers 1880, dans l’île de Sériphos, un des centres du culte de Persée dans l’Antiquité. Les paysans, découvrant des monnaies de l’île à l’effigie de la tête de la Gorgone, racontaient qu’elles avaient été frappées par la première reine du pays, qui résidait dans un château fort, perché sur un roc au-dessus du port de Livadhi [36].

L’épisode de Persée et d’Androméde était localisé par les Anciens dans les environs de Joppé (Jaffa), où l’on montrait le rocher auquel avait été enchaînée la belle princesse ; non loin de là était un étang aux eaux rouges, ou Persée, disait-on, avait lavé la tête du monstre [37]. Aujourd’hui encore, les ciceroni de Jaffa connaissent l’endroit ou fut délivrée Androméde. Il n’est donc pas surprenant qu’un autre épisode mémorable de la légende de Persée se soit transmis, avec une vitalité particulière, dans les mêmes lieux. Avant de devenir un chevalier, Persée y fut représenté comme un magicien : c’est en cette qualité qu’il paraît dans la chronique de Jean Malala [38], écrite au VIIe siècle, où les récits de la mythologie classique, traditions populaires fixées par la littérature, tendent à se résoudre de nouveau en traditions populaires, colorées par les superstitions du temps. Un curieux monument, conservé à Saint-Pétersbourg, nous montre d’ailleurs que Persée jouait un rôle dans la médecine magique de basse époque. Le héros est représenté, sur un sardonyx, tenant en mains la tête de Méduse et la harpe ; au revers on lit : Fuis, podagre, Persée te poursuit (… [39]) [40]. Persée tient ici la place qu’on assigne, sur d’autres monuments analogues, au roi Salomon ou à l’archange Michel.

Ces observations-là ont déjà été faites ; ce qui est nouveau, je crois, dans mon petit travail est le lien établi entre les traditions syriennes relatives à Persée, transformé de héros en magicien et en chevalier, et les histoires extravagantes qu’enregistrèrent les inquisiteurs du XIVe siècle, chargés d’enquérir sur une tête ou un crâne magique dont on peut affirmer, malgré tant de témoignages, qu’ils n’ont jamais existé.

IV

Pour me résumer, au risque de me répéter, voici comment je conçois le développement de la légende qui, originaire des temps héroïques de la Grèce, laquelle n’y crut jamais, finit par faire des dupes au concile de Vienne :

1. Des gens venus d’Orient parlent d’un ou plusieurs chevaliers lesquels, en possession d’une tête magique, qu’ils cachent avec soin, acquièrent richesse et puissance ;

2. On soupçonne que cette tête magique appartient aux Templiers ;

3. Comme le bruit court que les Templiers sont secrètement convertis à l’islamisme, on soupçonne que cette tête n’est pas seulement un talisman, mais une idole qu’on révèle aux initiés et qu’ils adorent ;

4. Comme le symbole que les Templiers sont censés rejeter et même souiller est le crucifix, le Christ, on qualifie du nom de Mahomet le symbole qu’ils préfèrent et opposent à celui-là, sans songer que les musulmans eux-mêmes n’avaient pas d’images ;

5. Par analogie avec ce qu’on croit savoir des hérétiques du midi de la France, les albigeois, on attribue aux Templiers la croyance que leur « dieu » fait fleurir les arbres, etc., et l’on estime qu’ils consacrent leurs cordelettes au contact de leur idole ou de leurs idoles.

Pourquoi l’acte d’accusation, confirmé par de nombreux témoignages, attribue-t-il plusieurs têtes à une ou plusieurs des idoles ? Petit-être faudrait-il reconnaître là aussi l’influence lointaine de certains monuments antiques polycéphales, sculptures ou intailles, qui sont bien connus des archéologues ; mais c’est là une question accessoire que je préfère laisser en suspens.

P.-S.

Texte établi par PSYCHANALYSE-PARIS.COM à partir de l’article de Salomon Reinach, « La tête magique des Templiers », Cultes, Mythes et religions, Éditions Ernest Leroux, Paris, 1905-1923.

Notes

[1] Revue de l’histoire des religions, 1911, p.25-29.

[2] Voir, par exemple, Chabouillet, Catalogue des Camées, n° 2255.

[3] On trouve aussi, dans les interrogatoires du procès, la forme Magometus (Finke, Papstum und Untergang des Templerordens, t. II, p. 343).

[4] Loiseleur, La doctrine secrète des Templiers, Paris, 1872.

[5] Voir Revue archéologique, 1881, I, p. 368 et Bulletin de la Société des antiquaires, 1881, p. 207-208.

[6] Revue archéologique, 1885, I, p. 54 et suiv.

[7] Bulletin de la Société des antiquaires, 1900, p. 309.

[8] Revue africaine, 1908, p. 1-23.

[9] M. Finke renvoie sur ce point à Wenk, Götting. gelehrte Anzeigen, 1890, p. 256 et suiv. (compte-rendu critique de l’ouvrage de Prutz) ; mais Wenk n’a guère fait que résumer Lea, dont le chapitre sur les Templiers est un chef-d’œuvre parmi tant d’autres.

[10] Finke, op. laud., p. 111.

[11] Ibid., p. 134.

[12] Ibid., p. 166.

[13] Loiseleur, La Doctrine secrète des Templiers, op. cit., p. 108. Voir les dépositions de Carcassonne (novembre 1307), dans Finke, t. II, p. 321-324.

[14] Voir une page amusante de l’abbé Corblet, « Le pour et le contre sur les Templiers » dans la Revue de l’art chrétien, 1865, IX, p. 393 sq.

[15] Loiseleur, ibid., p. 147.

[16] Un témoignage parle même de quatre têtes.

[17] Loiseleur, ibid., p. 23.

[18] Ibid., p. 94.

[19] Ibid., p. 40.

[20] Ibid., p. 100.

[21] Cf. le témoignage d’un frère servant (Finke, t. II, p.355) : « (debebat habere spem salvationis) in quoddam ydolum quod erat, ut sibi distum extitit, ultra mare, et in quoddam aliud ydolum quod erat ibi praesens in quadam banca opertum de sindato rubeo. »

[22] Loiseleur, La Doctrine secrète des Templiers, op. cit., p. 111.

[23] De même, dans les aveux relatifs aux cérémonies secrètes, on voit intervenir un chat noir, brun ou blanc, qui est emprunté aux histoires courantes de sorcellerie (par ex. Finke, t. Il, p. 350).

[24] Michelet, Procès, I. p. 218 ; Finke, p. 159 : Respondit… quod propter dictos articulos quia non confitebatur eos coram baylico regio Matiscouensi, fuit quaestionatus ponderibus apensis in genitalibus suis et in aliis membris quasi isque as exanimacionem.

[25] Loiseleur, La Doctrine secrète des Templiers, op. cit., p. 102.

[26] Michelet, Procès, t. I. p. 92.

[27] Ibid., t. I, p. 645.

[28] « Tempore vero quo hoc, erat praeceptor illius loci frater Matheus dictus le Sarmage Picardus (Michelet, Procès, t. I, p. 645). – Sur les relations cordiales entre ce personnage et les Sarrasins, voir Rey, L’Ordre du Temple en Syrie, p. 8. À cet endroit, Rey écrit Sermage ; mais il écrit Sarmage à la page 26. L’index du tome II de Michelet porte Sauvage (Matheus), avec renvoi à la p. 209 où on lit lo Sauvacge. C’est sans doute le même personnage.

[29] Sur Julien ou Julian, seigneur de Sagette, mort en 1275, voir Clermont-Ganneau, Recueil d’archéologie orientale, t. IV, p. 5 et suiv. « Julien, seigneur de Sagette, ne pouvant plus défendre sa seigneurie contre les entreprises des musulmans, la céda aux Templiers moyennant finances en 1260 » (p. 7).

[30] Michelet, Procès, t. II, p. 225.

[31] Michelet, Procès, t. II, p. 238.

[32] Voir Longperier, Œuvres, t. II, p. 311, et surtout le grand mémoire de Pinza, La Conservazione delle teste uname (analysé par moi dans la Revue critique, 1898, II, p. 121).

[33] Gautier Map, De nugis curialium, Édition Th. Wright, I, 18, p. 29.

[34] Liebrecht, Gervasius Tilbur, p. 93.

[35] Cultes, t. I, p. 383-394.

[36] Bent, dans Hartland, The legend of Perseus, t. I, p. 4.

[37] Cf. Frazer, Pausanias, t. III. p. 454.

[38] Malalas, éd. Dindirf, p. 41.

[39] En grec dans le texte original (N.d.E. : Psychanalyse-paris.com).

[40] Kuhnert, ap. Roscher, Lexikon, P, p. 2027.

Source :Salomon Reinach, « La tête magique des Templiers », Cultes, Mythes et religions, Éditions Ernest Leroux, Paris, 1905-1923.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 24 octobre, 2008 |Pas de commentaires »

Saint Bernard et les Croisades

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Dans le premier chapitre du deuxième livre du De consideratione nous rencontrons saint Bernard dans une situation très troublée : Il prend position face à l’échec de la 2ème croisade qu’il avait prêchée. C’est un chapitre particulièrement intéressant, qui peut même nous émouvoir. Pour moi il constitue un point de départ pour éclairer plus précisément l’arrière-plan historique afin de mieux comprendre notre Père dans la vie monastique et toute la situation.

 

Par ailleurs nous avons sûrement tous déjà fait l’expérience que beaucoup de personnes de notre temps ne savent qu’une chose sur Bernard : c’est lui qui a prêché la croisade ; il était donc selon leur pensée un « combattant fondamentaliste et fanatique de la guerre religieuse » et donc déjà extrêmement suspect. Précisément sur ce sujet il est nécessaire d’approfondir pour pouvoir juger les événements plus exactement et avec davantage de nuances.

 

1)      Qu’est-ce qu’une croisade ? 

Une croisade n’est pas n’importe quelle guerre entre gens de religions différentes, elle n’est pas une guerre conduite pour des raisons religieuses. Pour parler d’une croisade, il faut remplir différentes conditions. Le « Lexikon für Theologie und Kirche » la définit ainsi :

« Les croisades sont des entreprises armées, proclamées par les papes et/ou soutenues par l’obtention de grâces, contre des païens, des croyants d’opinion différente ou des chrétiens, qui sont considérés comme des ennemis de la foi ou de l’Eglise. Au sens strict, on entend par croisades les essais de reconquête des lieux saints de Palestine, en particulier de Jérusalem. » On se liait par une promesse et on cousait une croix sur son vêtement. Comme grâces les participants espéraient en retour le pardon de leurs péchés et l’entrée au ciel, au cas où ils devraient périr au cours de la croisade. La différence par rapport à une guerre « normale » faite par les puissants de tous les temps, la plupart du temps sans se soucier de Dieu, se situe donc en ceci : une croisade est menée « pour l’amour de Dieu », pour accomplir un service qui lui plaise. C’était là aussi le motif pour lequel une croisade était le plus souvent liée avec des indulgences spéciales.

 

Dans le décompte des croisades les historiens ne sont pas d’accord car il n’est pas clair si l’on doit ou non compter de plus petites expéditions.

A l’intérieur du christianisme les croisades sont un phénomène qui ne s’est produit que dans l’Eglise occidentale latine. A la suite d’une longue évolution sur la pensée augustinienne d’une « guerre (défensive) juste », on en vient à penser qu’une guerre motivée religieusement contre des ennemis de la foi pouvait être entreprise, même si les croisés eux-mêmes n’étaient pas attaqués directement, mais sentaient les lieux saints et leurs frères dans la foi menacés. Là aussi les interprétations et les motivations sont variables. Et presque dans chaque guerre jusqu’à nos jours (voir la guerre en Irak) l’attaquant se sent d’une certaine manière attaqué, même si la prétendue attaque est en fait peut-être très douteuse.

 

Ici se pose peut-être déjà la question de savoir si la croisade est un peu semblable au « djihad », la guerre sainte en Islam, au sujet duquel il a été tant parlé et écrit ces dernières années à la suite des événements du 11 septembre 2001. J’ai etudié  la question dans notre bibliothèque et en parlant avec des spécialistes et j’ai trouvé ce qui suit :

De fait l’idée de croisade est parente avec celle de «djihad » Dans les deux cas il s’agit d’actions de guerre motivées religieusement. Le « djihad » renvoie au Coran 9, 41 et à 31 autres endroits, où il est question de l’obligation de s’engager pour l’Islam également corps et âme. Le « djihad » dans l’Islam n’est cependant jamais une simple guerre défensive, mais a toujours comme fin ultime de faire de la terre entière un « dar al Islam » (maison de l’Islam). Sur  les 32 citations du Coran où il est question du « djihad » 29 visent des conquêtes en terre étrangère.

Lors des croisades médiévales une menace concrète de la Foi ou de la Terre Sainte était par contre une condition de l’action militaire.

Une autre différence entre les conceptions chrétienne et musulmane se situe également dans le fait que l’idée de croisade est aujourd’hui dépassée chez les chrétiens, parce que parmi eux s’est progressivement imposée la conception suivant laquelle le message de Jésus de paix, de non-violence et de dignité de tout homme est difficilement compatible avec le concept de croisade. Par contre chez les musulmans le « djihad » reste toujours actuel. Quand des musulmans modérés soulignent davantage aujourd’hui le caractère défensif de la guerre sainte, on ne sait jamais exactement s’il s’agit simplement d’une vue personnelle ou s’ils n’emploient pas la tactique de la « takia » recommandée par le Coran, surtout quand ils indiquent une position « publique », alors qu’ils pensent en réalité autrement.

        

2)      Quels motifs animaient les croisés dans leur engagement ? 

Diverses motivations s’entremêlaient :

v     La pensée d’un pèlerinage en Terre Sainte était très à l’honneur depuis le début du christianisme et repartait de nouveau sous l’influence du mouvement de vie apostolique au changement de millénaire.

v     Surtout lors de la première croisade le déplacement lui-même était compris comme une forme de vie religieuse, comme un exercice de pénitence intensif permettant au croisé d’exprimer le sérieux de sa conversion vers Dieu (voir l’argumentation de saint Bernard dans sa prédication pour la deuxième croisade, Lettre 363, SBO VIII, p. 311-317)

v     Beaucoup étaient motivés pour participer à cause de l’indulgence accordée pour les péchés.

v     L’idée d’accomplir une œuvre agréable à Dieu de libérer « son » domaine, la Terre Sainte, des ennemis de la Foi semble avoir été pour les chrétiens au Moyen Age si convaincante et si communément évidente qu’il n’y avait pas besoin d’arguments supplémentaires (voir la lettre-circulaire de saint Bernard pour le recrutement en vue de la croisade, Lettre 363, SBO VIII, p. 311-317) Il ne dut y avoir à cette époque que très peu de chrétiens contemporains qui ne partageaient pas cette manière de voir.

v     Malheureusement la motivation lors de toutes les croisades n’était pas aussi claire chez tous les participants que pour les papes et les gouvernants. Un nombre non négligeable partit par goût de l’aventure, d’autres par appétit du butin, d’autres se laissèrent aiguillonner par une haine sans discernement contre tous ceux qui croyaient différemment d’eux. Ce fut là l’un des motifs de l’échec de nombreuses attaques ou de conséquences annexes non désirées, comme de sanglants « pogroms » de Juifs dans les villes rhénanes, des actes hostiles et des massacres de chrétiens de l’Eglise orientale, etc.

 

3)      Bref  aperçu sur les croisades 

Dans les livres d’histoire la période entre 1095 et 1291 est désignée comme l’époque des croisades.

 

Un premier appel à un genre de croisade avait été lancé dès 1011 par le pape Serge IV à la suite de la destruction de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem et des attaques des Sarrasins en Italie, mais ses paroles restèrent sans écho.

 

Il fut réservé au pape Urbain II de lancer un appel en 1095 lors du synode de Clermont à la demande de l’empereur romain oriental de Byzance, Alexis Comnène pour soutenir les chrétiens d’Orient et libérer Jérusalem. Cette croisade fut, en dépit d’importants manques d’organisation, la seule, qui put enregistrer  de grands « succès ». Au cours des opérations militaires Jérusalem fut conquis en 1099 après un massacre sanglant et devint le centre des  « états croisés » (Royaume de Jérusalem, comtés d’Edesse et de Tripoli, principauté d’Antioche) Ces « états » étaient une sorte de colonies médiévales de la France et dépendaient naturellement presque constamment de la patrie pour le soutien, le ravitaillement et la protection. Même si les ordres équestres fondés à cette époque apportèrent un soutien important à la défense de ces états, la première croisade portait déjà en germe, comme conséquence logique, d’autres croisades. En dépit de l’objectif commun les relations entre les chrétiens d’Orient et d’Occident se détériorèrent déjà au cours de la première croisade. Ils n’avaient que superficiellement les mêmes buts, mais à l’arrière-plan des vues totalement différentes. L’empereur romain d’Orient avait espéré de l’aide contre les Turcs seldjoukides envahisseurs qui lui avaient ravi presque toute la région de la partie asiatique de la Turquie actuelle au cours du XIe siècle. Les états croisés étaient un corps étranger et un sujet d’irritation. A ceci s’ajoutait le fait qu’Antioche passait pour une ancienne région impériale et que les Orientaux ne cédaient que de très mauvais gré aux Francs. Ces différences s’accentuèrent encore lors des autres croisades. Il y eut même à l’occasion des attaques mutuelles jusqu’à ce que la quatrième croisade dégénéra en 1204 par le siège, la conquête et le pillage de Byzance, la capitale de l’empire romain d’Orient et pesa lourdement jusqu’à l’époque actuelle sur les rapports entre chrétiens orientaux et occidentaux.

 

Revenons maintenant au XIIe siècle. Vu la situation particulière des « états croisés » il est compréhensible que la chute d’Edesse en 1144 secoua fortement l’Occident. Le roi Louis VII et également le pape Eugène III demandèrent à saint Bernard de recruter pour une deuxième croisade plus importante. L’Abbé de Clairvaux déploya à partir de 1146 une intense activité de recrutement en France et en Allemagne et lança des appels à la croisade par une lettre-circulaire là où il ne pouvait pas se rendre. Bien que, ou peut-être parce que, l’armée des croisés réunissait des hommes de différents pays et comptait deux rois, le Français Louis VII et l’Allemand Conrad III, parmi ses chefs, la croisade s’acheva par un grand échec, un véritable chaos. Le manque d’unité des chefs, l’absence de coordination, un comportement militaire maladroit, etc. épuisèrent les forces combattantes souvent mal équipées, mal entraînées et surtout, ce qui était pire, indisciplinées, dont les survivants revinrent frustrés chez eux, agressifs contre les habitants de la Terre Sainte, qui les avaient insuffisamment soutenus, et contre les chrétiens de Byzance, qui s’étaient retournés contre eux. Les musulmans, par contre, y avaient puisé un nouveau courage, car la réputation d’invincibilité des croisés s’était révélée sans fondement…

 

Finalement en 1187 Jérusalem tomba entre les mains de Saladin et ne put être reprise par la troisième croisade (1189-1192) Malgré plusieurs campagnes au XIIIe siècle, excepté le succès diplomatique de Frédéric II qui obtint sa restitution de 1229 à 1244, Jérusalem fut perdu pour toujours. Les autres états croisés durent également peu à peu céder à l’assaut des troupes musulmanes. Le dernier point d’appui, Saint-Jean d’Acre tomba en 1291. Cette date conclut habituellement la période des croisades.

Une autre évolution funeste au XIIIe siècle eut pour conséquence le fait que le modèle de la croisade, sur le plan de l’organisation et de la formation, commença à être employé également contre d’autres ennemis, que l’on croyait devoir attaquer au nom de Dieu : contre les hérétiques albigeois (1209-1229), contre les Serbes (1227, 1234), contre les Normands d’Italie méridionale (1235), contre les Maures de la péninsule ibérique, contre les ennemis de la Papauté, même les princes allemands de la dynastie des Staufer (1282-1302), etc. La motivation religieuse passa à l’arrière-plan, la croisade fut « sécularisée » et son idée fréquemment profanée par les puissants afin de motiver le peuple contre leurs ennemis personnels.

 

4)      Le rôle de saint Bernard dans la préparation et l’exécution de la 2ème croisade 

Un coup d’œil dans les œuvres de saint Bernard nous donne la possibilité de lire quelques-unes de ses lettres importantes écrites dans le contexte de sa prédication de la croisade et d’apprendre ainsi à mieux connaître sa pensée et ses arguments. Elles nous permettent de situer de manière authentique et exacte le rôle de Bernard au cours de cette croisade.

La Lettre 363 (SBO VIII, p. 311-317), que saint Bernard avait conçue comme lettre-circulaire pour le recrutement de la croisade, fournit des informations essentielles. Nous voyons que son argumentation y présente les arguments classiques, jadis incontestés, du mouvement de croisade : la conversion. Voir également la Lettre 458 (SBO VIII, p. 434-437) où il recrute en Bohême et Moravie pour la croisade. Il y explique que les croisés doivent se tenir aux mêmes règles strictes de conduite que les Templiers, dont il avait lui-même rédigé la Règle, l’affinement de l’instinct guerrier de la chevalerie d’alors, qui devait ainsi orienter vers de meilleurs objectifs ses envies de combattre, la libération de la « propriété de Dieu » en Terre Sainte, la promesse du pardon des péchés, l’engagement à l’obéissance et à la discipline. Dans ce contexte l’avertissement de Bernard contre une persécution des Juifs est intéressant : ils doivent être épargnés pour la fin des temps au cours de laquelle ils se convertiront suivant la prophétie de saint Paul dans Rm 11, 25-26.

 

Bernard et les massacres des Juifs

Ceci nous renvoie au fait que lors de la deuxième croisade (comme déjà au cours de la première) un nombre non négligeable de chrétiens des pays allemands étaient enclins, à la suite des nouvelles de la croisade, à orienter leurs agressions contre les Juifs dans leur propre pays. Le meneur de ce mouvement était un cistercien français, du nom de Rodolphe, qui prêchait sans mandat de l’Eglise une croisade contre les Juifs en France et en Allemagne. Il trouva de l’écho particulièrement dans les villes de Rhénanie. Une révolution politico-sociale éclata contre les Juifs fortunés. La situation paraissait sans issue et échapper à tout contrôle. En dernière minute Bernard fut appelé à l’aide pour conjurer cette folie. Avec sa grande éloquence il réussit à arrêter le massacre, ce dont les Juifs lui sont encore reconnaissants aujourd’hui. D’ailleurs tous les grands hommes d’Eglise de ce temps n’étaient pas non plus aussi clairement opposés à l’antisémitisme que saint Bernard. Par exemple Pierre le Vénérable, par ailleurs si réservé et si généreux, s’engagea expressément en faveur d’une croisade contre les Juifs, autant que contre les Sarrasins (Lettre 130, dans l’édition de Constable I, 328) J’écris ceci très précisément pour bien pouvoir discerner en quelles circonstances il était un fils de son temps, quand il agissait de son propre instinct ou quand il se distançait également des conceptions de son temps. Pour sauver les Juifs cependant il n’y avait pour Bernard dans la situation dramatique du moment qu’une solution : Il devait élargir à d’autres pays le mouvement de croisade jusqu’alors limité, de manière réaliste, à la France suivant le souhait du roi Louis VII et du pape Eugène III. Il le fit d’une part à cause de son grand zèle, et d’autre part, il devait indiquer un autre objectif justifiant leur engagement aux foules rhénanes qui cherchaient une cible les armes à la main. C’était une décision politique géniale, mais qui était malheureusement inexécutable dans la pratique car le programme religieux idéaliste de Bernard se heurtait à la réalité pratique : des foules de voyous égoïstes ne peuvent se transformer du jour au lendemain en pieux pèlerins, différents intérêts politiques ne peuvent pas s’unifier facilement, le manque de perspectives et de plans tactiques ne fut pas compensé par la confiance en l’aide de Dieu… De cette manière l’Abbé de Clairvaux, qui avait obtenu un grand succès en mettant fin à la persécution des Juifs, fut impliqué indirectement dans l’échec de la croisade qu’il avait prêchée avec tant d’engagement (Lettre 365, SBO VIII, p. 320-322).

 

La croisade contre les Wendes

Ici je voudrai dire un mot sur la croisade contre les Wendes, dont la prédication a été reprochée à saint Bernard encore davantage que son engagement en faveur de la deuxième croisade. Très peu de gens savent que cette « croisade » se situait en lien étroit avec la deuxième croisade : le roi Conrad III avait déclaré à Noël 1146 à Spire sa disponibilité pour accompagner les croisés allemands en Terre Sainte. Cependant le roi pouvait-il laisser sans protection son pays gravement menacé par les attaques des Wendes depuis des décennies ? Qu’allait-il se produire, si les Wendes, comme on pouvait sérieusement le craindre, mettaient à profit l’absence du roi et de ses hommes de guerre pour attaquer en masse les bourgeois et les paysans désormais sans défense ? Dans cette perspective fut prise à l’assemblée impériale de Francfort le 13 mars 1147 la décision d’une guerre préventive contre les Wendes afin de les affaiblir pour qu’ils ne soient plus en mesure de menacer l’empire allemand. La résolution fut communiquée au pape Eugène III, qui l’approuva par le document papal « Divina dispensatione » du 11 avril à Troyes et accorda des indulgences aux participants comme à ceux qui se rendraient ensuite en Terre Sainte. Comme Bernard avait gagné le roi allemand pour la croisade en Terre Sainte, il est compréhensible qu’il prit également sur lui de propager la croisade contre les Wendes et d’y appeler avec une éloquence enflammée. Ses arguments se trouvent dans la Lettre 457 (SBO VIII, p. 432-433). Les paroles choquantes pour nous aujourd’hui « vous devez détruire pleinement ces tribus ou les convertir pour toujours » sont tout comme l’avertissement « nous vous interdisons de signer n’importe quel traité avec eux, ni pour de l’argent, ni pour un autre service jusqu’à ce que, avec l’aide de Dieu, leur religion ou leur tribu soit détruite » ne sont pas l’expression de la manière dont Bernard concevait fondamentalement la mission auprès des païens, mais il faut les comprendre à partir de la situation de cette époque. Toute espèce de fausse paix serait une menace durable pour la frontière orientale allemande et pour le pays sans protection, car elle ne résisterait sûrement pas face à la tentation d’une attaque contre des bourgeois sans défense… L’appel à la conversion était une forme adoucie et non utopique de l’ordre cruel pour la croisade. De fait l’histoire a toujours montré que les peuples païens ne sont devenus définitivement sédentaires et calmes que lorsqu’ils avaient reçu la foi chrétienne et s’étaient familiarisés avec la culture chrétienne. Naturellement aujourd’hui nous tenons pour nulles de telles « conversions forcées » sous la menace de l’épée, mais je voudrais rappeler qu’elles étaient tolérées et pratiquées d’une manière générale jusqu’au siècle des lumières.

D’ailleurs la véritable fin de la croisade contre les Wendes fut un « simulacre de conversion. » Elle assura aux Wendes la survie, ne changea leurs rudes mœurs que peu à peu, de sorte que seules les générations postérieures parvinrent à goûter la paix…

 

 

5)      L’opinion de saint Bernard au sujet de la mission auprès des païens 

La croisade contre les Wendes ne fut pas, comme nous l’avons vu, une entreprise religieuse, mais une expédition militaire et politique. Précisément dans le IIIe livre du De consideratione, nous verrons l’opinion de saint Bernard concernant la mission, opinion  justement contemporaine de cette croisade (III, 3-4 ; p. 71-73) Dans son exposé il regrette que le zèle missionnaire lors de l’annonce de l’Evangile à l’époque d’Eugène se soit arrêté en grande partie et il encourage à de nouveaux efforts. Là il s’agit de présenter l’Evangile aux auditeurs non par les armes, mais par des arguments, non armis, sed argumentis, une formulation sur laquelle nous n’avons rien à redire aujourd’hui.

L’exemple même de saint Bernard montre qu’il ne tenait la conversion comme raisonnable que sur la base d’un travail de conviction. Il s’était précisément engagé lui-même lors de son voyage dans le Midi de la France dans la lutte contre les hérétiques. Il essayait cependant de les convaincre par des arguments ou des miracles, et non par la violence militaire. Egalement dans le IIIe livre Bernard s’exprimera au sujet des hérétiques du Sud de la France, auxquels le Pape devrait s’intéresser particulièrement, mais nulle part il n’appelle à un engagement armé contre eux (III, 4 ; p. 72-73). Ainsi les croisades ultérieures contre les Albigeois ne peuvent sûrement pas se réclamer simplement de lui…

Je voudrais dire ici encore un mot sur l’opposition de saint Bernard et de saint François, que l’on entend souvent dans les discussions sur la croisade. Souvent est présenté l’argument suivant lequel Bernard aurait appelé à la guerre contre les Musulmans, tandis que François lui-même se serait rendu auprès du Sultan pour le convertir. Comme nous l’avons vu précédemment une telle opinion est inexacte et manque de nuances. Il est très certain que Bernard et François avaient des personnalités très différentes, que leur charisme était très dissemblable, tandis que leur amour de feu pour Dieu les unissait. En dépit de sa vocation de moine Bernard était très impliqué dans la politique de son temps, tandis que François s’en tint à distance. De cette manière il n’eut jamais à s’exprimer sur les croisades. Il est notoire qu’il s’était joint un temps à la 5ème croisade (1217-1221) vers l’Egypte, ce qui laisse entendre que lui non plus n’était pas complètement opposé à ce mouvement, même s’il considérait sûrement qu’il n’était pas de son devoir de combattre avec des armes, mais d’annoncer l’Evangile (S’il s’était joint à la croisade, Bernard n’aurait sûrement pas combattu l’arme à la main, mais suivant son charisme il aurait peut-être fondé cinq nouveaux monastères cisterciens dans les Etats croisés…) D’ailleurs les descriptions des contemporains de saint François concernant son voyage en Egypte donnent plutôt l’impression qu’il ne s’y serait rendu qu’en partie pour la conversion des Musulmans ; il ne réussit pas davantage, soit dit en passant, que les autres missionnaires. Son but et son désir lors de son voyage téméraire auprès du Sultan auraient été d’ « imiter la Passion du Christ » (Jordan de Giano, Chronique 10) et d’« obtenir la couronne du martyre » (Thomas de Celano, Biographie 55, Livre des miracles 33), qui fut accordée précisément en ces années à ses confrères au Maroc.

 

 

6)      Réflexions pour conclure 

L’expérience de saint Bernard avec la prédication de la croisade laisse songeur. Elle nous le montre en lien avec son époque et ses limites, auxquelles il ne pouvait pas échapper, même en tant que saint. Justement dans le premier chapitre du IIe livre il y a un exemple impressionnant de la manière dont il sortit d’un échec. Bernard est un saint très humain. Il faisait ce qui lui semblait juste, et cela de tout son cœur. Il n’a pas toujours choisi la meilleure solution selon nos vues actuelles, même si la pureté de son intention est indiscutable. N’est-ce pas pour nous aussi très encourageant ? A tous ceux qui s’indignent contre l’activité de Bernard comme prédicateur de la croisade, il serait bon de conseiller de prendre conscience que tout homme se situe en son temps et est influencé par celui-ci beaucoup plus fortement que ce dont il a conscience, puisqu’il lui manque la distance nécessaire.

L’histoire des idées de l’humanité peut, peut-être, être comparée au développement d’un homme au cours de sa vie. Un homme de cinquante ans ne s’identifiera vraisemblablement pas en tout avec ce qu’il pensait et faisait trente ans auparavant. Il dira probablement de nombre de choses : « cela me semblait juste à ce moment-là ; aujourd’hui j’agirais autrement. » Cela ne veut pas dire cependant que tout ce qu’il avait fait dans le passé était entièrement insensé. Suivant son niveau mental d’évolution et de maturité, c’était peut-être justement convenable et juste.

Il en va de même avec l’évolution de la compréhension de la foi dans l’histoire du christianisme. Nous devons admettre que le Saint-Esprit conduit l’Eglise à travers l’Histoire et l’aide à saisir de plus en plus profondément les mystères de notre foi. Ainsi nous ne pouvons sûrement pas attendre du XIIe siècle la compréhension du XXIe siècle, de même que nous ne pouvons être en mesure de juger actuellement comme dans peut-être cinq cents ans où de nombre de questions seront  éclaircies.

Et encore autre chose : Lors de la prédication de la croisade, l’échec d’une entreprise, dont tous étaient convaincus qu’elle était la volonté de Dieu, conduisit à une nouvelle phase de la réflexion. Historiquement parlant, c’était exactement là le point de départ de la critique sur la croisade. Cette critique diminua peu à peu, quoique avec beaucoup d’hésitation. Dieu ne voulait pas jouer simplement le rôle qui lui avait été attribué et contraignit les humains à réfléchir et à changer peu à peu d’opinion. N’est-ce pas souvent aussi ainsi dans notre vie personnelle ? Des expériences de l’incompréhensibilité de Dieu ne sont-elles pas souvent des impulsions pour une nouvelle recherche de Dieu et une reconnaissance plus profonde de sa volonté et de son plan de salut ?

Ainsi, l’intérêt pour la prédication sur la croisade de saint Bernard pourrait être pour un nous une impulsion pour le rencontrer en vérité comme homme et par là prendre conscience des limites et de l’évolution historique de notre propre vie. Comme Bernard, nous pouvons nous aussi mettre les bribes de nos actions dans la main de Dieu, capable d’écrire droit sur des lignes courbes et de réaliser également son plan de salut, même par delà maints obstacles.

 Source : http://www.citeaux.net/brem/bernard.htm

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 23 octobre, 2008 |Pas de commentaires »

LE TEMPLE et L’ISLAM.

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LE TEMPLE et L’ISLAM.

Les Templiers une fois en Orient apprirent bien vite à respecter LA FOI établis en Orient.Voiçi un exemple:

-L’Emir OUSSAMA,Ambassadeur de Jérusalem du Sultan de DAMAS :

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Sincèrement j’admire cet ACTE de FOI et de respect pour LA CULTURE MUSULMAN.

Aux gens de tous les pays et de toutes les CULTURES différentes aux notres en Europe,TERRE D’AZUR/BELLE respect la FOI de l’ISLAM.

L’EMIR OUSSAMA RAPPORTE CECI:

-Tandis qu’il récitait les versets du CORAN,un croisé tout juste arrivé d’Europe se mit à l’insulter.

LES TEMPLIERS se mirent  en colère et expulsèrent violamment l’homme irrespectueux de la foi de l’EMIR OUSSAMA.

-Avec gentillesse et respect,les Templiers s’excusèrent aupres de l’EMIR.

<>.

RESPECT,TOLERANCE et ESPRIT du pays fut LA LOI des TEMPLIERS,d’apres ce que l’histoire m’apprend.

De leur coté,les Templiers rendaient visite aux lieux de culte et d’enseignement de l’Islam.Il visitérent entre autre le DAR-EL-HIKMET du CAIRE.Il s’agit d’une sorte de loge dans laquelle,au coté des MUSULMANS éraient admis des Israélites et des Chrétiens.

On verra le Templier Renaud de SIDRON et le SULTAN Saladin qui l’avait invité à sa table,recenser les points de convergence entre LE CHRISTIANISME et l’ISLAM.RELIGION RECONNUE DE NOS JOURS AVEC RESPECT EN FRANCE.

bref,DE PART ET D’AUTRE ,les Elites se rapprochaient et acquéraient la CONVICTION que les croyance propre aux 3 grandes religions ISSUES DE LA BIBLE  comptaient beaucoup moins EN UN DIEU UNIQUE.

Source : http://bambie234.spaces.live.com/blog/cns!9968DDA7D8D0D6E4!4360.entry

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 22 octobre, 2008 |2 Commentaires »
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