L’architecture Croisée civile

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La Jérusalem médiévaleMarie Lebert – 2006

L’architecture croisée n’est pas seulement présente dans nombre d’édifices religieux. On la retrouve aussi dans la Citadelle et la Tour de David, le quartier du Mauristan et quelques portes des remparts.

Citadelle

La citadelle est située sur le rempart ouest de la Vieille Ville, à côté de la porte de Jaffa. Selon la tradition musulmane, la Tour de David, appelée aussi Tour de Goliath, aurait été le siège du combat de David et de Goliath. Quand Hérode le Grand (37-4 avant Jésus-Christ) fortifie Jérusalem, l’entourant d’un double rempart, il construit son palais sur le site le plus haut et le mieux fortifié, à 777 m au-dessus du niveau de la mer. La citadelle est dégagée entre 1934 et 1939 par l’archéologue C.N. Johns, membre du Département des Antiquités durant le mandat britannique [1]. Dans la cour de la tour sud, C.N. Johns découvre les restes d’un mur et d’une tour ronde, qu’il attribue à la construction du 8e siècle.

Plusieurs fois détruite et reconstruite, la citadelle est utilisée au fil des siècles par les gouverneurs successifs de la ville: romains, byzantins, arabes, séleucides, croisés, ayyubides kurdes, mamelouks, turcs et jordaniens.

En 1099, les Fatimides de Jérusalem ont toute confiance dans les fortifications de la ville. Ses remparts sont réputés parmi les plus solides du monde. La citadelle, appelée aussi Tour de David, est un fort dans un fort, avec un mur de 12 mètres de haut. Le 15 juillet 1099, les Croisés remplissent les douves et attaquent la ville en quatre points vers le rempart nord et en un point vers le mur sud. Ils font d’abord une brèche près de la Porte d’Hérode, puis deux autres brèches près de la Porte de Sion et près de la Nouvelle Porte, dans la zone de la Tour de David. Il s’ensuit un massacre de tous les habitants juifs et musulmans, hommes, femmes et enfants.

Au 12e siècle, les rois croisés de Jérusalem élargissent les limites de la citadelle et construisent de nouveaux remparts tout autour. La citadelle est pour eux une bonne place stratégique et elle n’est pas loin du Saint-Sépulcre. La Tour de David est appelée aussi Tour de Tancrède. C’est dans cette tour que luttent les troupes du prince croisé Tancrède pendant le siège de Jérusalem en 1099. La tour est reconstruite durant la première moitié du 12e siècle, pour protéger le point faible formé par l’angle nord-ouest des remparts dans la défense de la ville. Les Croisés divisent la citadelle en deux parties: une partie intérieure qui englobe les tours occidentales dans les limites de la Vieille Ville, et une partie extérieure, avec les tours orientales, à l’extérieur du rempart.

Saladin l’Ayyubide marche d’abord sur Jérusalem en 1177, mais il est arrêté en route, à Gézer. En 1187, il réussit à prendre la ville, à la fin d’une campagne victorieuse en Terre Sainte, et les Francs partent après le paiement d’une rançon. Saladin reconstruit ensuite le rempart situé entre les Portes de Damas et de Jaffa, par lequel il a attaqué la ville. En 1219, les remparts sont en grande partie détruits par le gouverneur musulman Al-Muazzem, afin de prévenir le retour des Croisés. Pour la même raison, la forteresse est détruite en 1238 et 1239, puis rebâtie en 1247 par Al-Malik al-Salih Ayyub.

Une nouvelle forteresse est reconstruite par le Mamelouk Al-Nasir ibn Kalaoun en 1310. Le mur qui sépare la Citadelle en deux parties est détruit, et de nouveaux bâtiments sont construits sur ses fondations. La forme générale de la citadelle est restée inchangée depuis, à l’exception de quelques ajouts ottomans aux 16e et 17e siècles. Le sultan turc Soliman le Magnifique ajoute ensuite la mosquée, la tourelle et la porte principale de la citadelle.

Quant aux remparts, ils sont en partie reconstruits par le roi Al-Adel Zein al-Din en 1295, puis par Al-Malik al-Mansour Qalaoun en 1330. Ils sont à nouveau reconstruits entre 1536 et 1540, dans leur totalité, avec l’ajout de plusieurs tours.

Mauristan

Le Mauristan est une zone carrée au sud du Saint-Sépulcre, zone délimitée d’un côté par l’église la plus récente de la Vieille Ville, l’église luthérienne du Rédempteur, et de l’autre par l’église la plus ancienne, l’église Saint-Jean-Baptiste.

Ce secteur est le Forum de la Ville pendant les temps romains et byzantins. Les marchands d’Amalfi, habitants du quartier, font ensuite construire trois églises attenant à des hôpitaux-hospices: Saint-Marie-la-Latine pour les hommes, Sainte-Marie-la-Grande pour les femmes et Saint-Jean-Baptiste pour les pauvres. La charge en revient à l’ordre bénédictin.

Guillaume de Tyr pense que le monastère de Sainte-Marie vient de la fondation de Charlemagne. Les marchands d’Amalfi restaurent l’ensemble après la destruction d’Al-Hakim, probablement entre 1063 et 1071, date à laquelle les Chrétiens réparent les remparts de la ville [2]. Le secteur est donné aux Chevaliers de Saint-Jean de l’Hôpital, devenus ensuite l’ordre des Hospitaliers, et dont le siège reste au cours des années la petite église Saint-Jean-Baptiste, en souvenir de leurs modestes origines. Le premier maître de l’Hôpital Latin est Gérald. Son successeur et véritable fondateur de l’ordre est Raymond du Puy (1120-1160). La Règle des Hospitaliers date de 1153. C’est à partir de cette date qu’ils ont aussi des activités militaires.

Le Mauristan est décrit dans un texte anonyme chrétien, The City of Jerusalem: “A gauche du marché sont les boutiques des bijoutiers latins, et au bout de ces boutiques on trouve un couvent de religieuses qui est appelé Sainte-Marie-la-Grande; et à côté un monastère de moines appelé Sainte-Marie-la-Latine. Ensuite vient la résidence de l’hôpital, avec son entrée principale. A la droite de l’hôpital se trouve l’entrée principale du Sépulcre.” [3]

Quand Saladin prend Jérusalem, il autorise dix Hospitaliers à rester un an pour soigner les malades de l’hôpital. Les bâtiments sont ensuite utilisés pour d’autres besoins. Le neveu de Saladin, Shihab al-Dîn, en fait à nouveau un hôpital en 1219. Le nom de Mauristan, qui signifie hôpital en kurde, date de cette époque.

Au 15e siècle, le bâtiment peut recevoir 400 pèlerins, mais il commence à tomber en ruines, des ruines qui impressionnent le voyageur Felix Fabri: “A côté du bâtiment dans lequel séjournent les pèlerins, existait autrefois un grand palais, l’habitation majestueuse des nobles chevaliers de Saint-Jean… comme cela peut encore être vu par ces ruines, et par le bâtiment qui est seulement en partie ruiné, qui est si grand que quatre cents pèlerins peuvent y vivre. En face de l’hôpital sont les ruines de vastes remparts, les restes de la maison des Chevaliers Teutoniques, avec lesquels étaient hébergés autrefois les pèlerinages de nobles allemands. A côté de cette même maison se trouvait une autre grande salle, dans laquelle devaient séjourner les femmes pèlerins, puisqu’elles n’étaient en aucun cas autorisées à vivre avec leur mari dans le grand hôpital.” [4]

Au 16e siècle, les maçons de Soliman le Magnifique utilisent les immenses ruines comme carrières pour reconstruire les remparts de Jérusalem. Plus tard, une partie de cette zone adandonnée est donnée aux Allemands, qui construisent l’Eglise du Rédempteur à l’emplacement de l’Eglise Sainte-Marie-Latine. La partie ouest est donnée aux Grecs en 1905, et ils y bâtissent leur zone commerciale.

Portes

La Porte de Damas est ouverte dans le rempart sud de la ville. Sous la construction actuelle, datant de l’époque de Soliman le Magnifique, on trouve les fondations de la porte croisée qui suit la ligne de la porte romaine, mais qui était fortifiée. Juste après la porte elle-même, la construction croisée forme un angle droit avec la porte des remparts. Cet angle droit permettait de réduire le flot des ennemis entrant dans la ville.

Deux des trois portes visibles dans le mur sud du Mont du Temple datent de la période croisée. Ce sont la Porte Simple et la Porte Triple, portes par lesquelles les Croisés accèdent à leurs écuries, les écuries de Salomon. La Porte Simple, située à 37 m de l’angle sud-est du mur, est une construction croisée remaniée par les Mamelouks. La Porte Triple, située à 183 m de l’angle sud-ouest et à 90 m de l’angle sud-est, est une porte double hérodienne transformée à l’époque croisée.


[1] Ses conclusions sont publiées dans: Excavations at the Citadel, in: Palestine Exploration Quarterly, avril 1940.

[2] William of Tyre. A History of Deeds Done Beyond The Sea. New York, Columbia University Press, 1943, volume 2, p. 240-245.

[3] The City of Jerusalem. Palestine Pilgrims Text Society, volume 6, 1896. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 7.

[4] The Book of the Wanderings of Felix Fabri. Palestine Pilgrims Text Society, volumes 7-10, 1893. Reprint: New York, AMS Press, 1971, volume 1, p. 395.

Publié dans : L'ordre des Templiers |le 15 novembre, 2007 |Pas de Commentaires »

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