Archive pour le 15 novembre, 2007

L’architecture Croisée religieuse

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Eglise de la Croix

Le monastère de la Croix est niché dans la verdure d’une vallée de Jérusalem, à côté de l’avenue ben-Zvi, en contrebas de la Knesset et du Musée d’Israël. C’est une relique des jours où cette vallée était le vignoble des rois croisés de Jérusalem.

Le monastère est construit entre 1039 et 1056 par le roi Bagrat de Géorgie, sur le site d’une église du 5e siècle. La légende chrétienne veut qu’ait poussé à cet endroit l’arbre dans lequel est taillée la croix de Jésus. L’église actuelle date en grande partie du 11e siècle.

Les Géorgiens ont d’excellentes relations avec les Mamelouks. Ceux-ci perdent le monastère en 1300 suite à l’invasion tartare. Restauré en 1305, le monastère est vendu aux Grecs orthodoxes en 1685.

Gethsémani

Gethsémani est situé sur le Mont des Oliviers. C’est l’endroit où Jésus se recueille avant d’être arrêté suite à la trahison de Judas. Appelée Eglise de toutes les nations, l’église actuelle date de 1924. Elle est la dernière de toute une série d’églises.

La première église fut construite entre 379 et 384 par la communauté chrétienne pré-constantinienne pour commémorer la prière du Christ. Cette église est détruite par un tremblement de terre en 745.

Les Croisés construisent ensuite un oratoire dans les ruines, puis le remplacent par une église en 1170. Ils lui donnent une orientation un peu différente afin d’avoir une part de rocher dans chaque abside, une manière d’interpréter matériellement la triple prière du Christ. Le destin de cette église est inconnu. Toujours utilisée en 1323, elle est abandonnée en 1345.

Saint-Etienne

L’église Saint-Etienne est située route de Naplouse, à l’est de la Porte de Damas. Construite en 1900, elle est incluse dans les bâtiments de l’Ecole biblique et archéologique française.

La première église est construite à l’endroit présumé de la lapidation du saint. Des fouilles révèlent le plan de l’église byzantine, qui appartenait à un immense monastère détruit par les Perses en 614. Une petite chapelle est construite avant 638 par le patriarche Sophronius. Cette chapelle est restaurée par les Chevaliers Hospitaliers. Ils construisent des écuries et des âneries à côté de la chapelle. Ils détruisent l’ensemble pendant l’été 1187 pour éviter que Saladin n’utilise ce point stratégique situé près des remparts.

Saint-Jacques

L’église Saint-Jacques est le plus bel édifice religieux du quartier arménien de la Vieille Ville.

Selon la tradition arménienne, une église abrite depuis le 4e siècle la tête de Saint Jacques, frère de Saint Jean l’apôtre, décapité par Agrippa Ier en 44. Sa tête est enterrée sous le pavement actuel d’une petite pièce située au nord de la nef de l’église. Toujours selon la tradition arménienne, un deuxième Saint Jacques est enterré sous l’autel principal de l’église. Il s’agirait d’un des trois Jacques de la tradition chrétienne: Jacques fils de Zébédée, l’un des douze apôtres, Jacques fils d’Alpheus, un autre apôtre, ou encore Jacques frère de Jésus [1].

Jusqu’au 7e siècle, le patriarche grec orthodoxe est à la tête de l’Eglise arménienne. Elle a ensuite son propre patriarche. Le patriarche arménien de Jérusalem est considéré comme le successeur de saint Jacques, frère de Jésus. Dans une charte conservée à la bibliothèque du patriarcat arménien, Omar ibn al-Khattab reconnaît les droits du patriarche arménien sur les lieux saints chrétiens de Jérusalem, Bethléem, Naplouse et Samarie.

Jean de Wurzbourg, pèlerin chrétien, visite l’église à l’époque croisée: “En bas de la descente et au-delà d’une autre rue, se trouve une grande église construite en l’honneur de saint Jacques le Grand, habitée par des moines arméniens, et ils ont au même endroit un grand hospice pour recevoir les pauvres de leur nation.” [2]

Le patriarche arménien est en faveur auprès des Croisés, qui comptent des Arméniens venant de Cilicie. Les Arméniens sont les seuls alliés des Croisés au Moyen-Orient. De nombreux mariages ont lieu entre chevaliers croisés et femmes arméniennes. Les Croisés coopèrent avec enthousiasme à la reconstruction de l’église Saint-Jacques. L’authenticité de la première église est établie puisqu’ils y retrouvent la tête de saint Jacques et la main de saint Etienne.

Plus tard, toujours selon la tradition arménienne, Saladin accorde aux Arméniens un firman, à savoir un permis concernant les lieux saints. Après la conquête turque de 1517, le sultan Sélim Ier leur accorde également un firman les assurant de leurs droits et leur donnant autorité sur les communautés syriennes, coptes et éthiopiennes de la ville.

A l’origine, l’église Saint-Jacques était très large. Elle est en partie détruite par l’invasion perse, et restaurée au 8e siècle. L’église actuelle, qui date du 11e siècle, est bâtie par les Croisés après la prise de Jérusalem en 1099.

On ne voit pas l’abside de l’extérieur. L’arcade romane est haute et étroite, avec une coupole elle aussi tout en hauteur. La superficie est de 17,5 m x 24 m. L’abside est divisée par quatre larges colonnes carrées recouvertes de faïences bleues pour former une nef centrale et des portiques. Les colonnes supportent les huit arches de la coupole. Les murs sont recouverts de carreaux bleus sur une hauteur de deux mètres.

Dans le choeur, les trois autels sont: au centre celui de saint Jacques, frère de Jésus, à droite celui de saint Jean-Baptiste, à gauche celui de la Vierge Marie. L’intérieur de l’église est entièrement médiéval. La voûte de la coupole centrale est typiquement arménienne. Les travaux du 12e siècle ont servi à consolider l’édifice des 10e et 11e siècles. La chapelle Saint-Etienne, qui date du 11e siècle, sert à la fois de sacristie et de baptistère. La chapelle de Echmiadzin était sans doute le narthex de l’église médiévale. La porte, à la décoration élaborée, était probablement l’entrée principale.

Saint-Jean-Baptiste

Située dans une zone en retrait du Mauristan, l’église est en partie enterrée autour de rues dont le niveau a grimpé avec les siècles. On y entre par la rue du quartier chrétien.

Une église existe dès le milieu du 5e siècle. Après sa destruction par les Perses en 614, elle est restaurée par Jean l’Aumônier. Les fondations du 5e siècle sont utilisées par les marchands d’Amalfi pour l’église du 11e siècle. L’église devient ensuite le berceau des Chevaliers Hospitaliers.

Voici la description qu’en fait Jean de Wurzbourg, pèlerin chrétien à l’époque croisée: “En face de l’église du Saint-Sépulcre, sur le côté opposé, on trouve une belle église construite en l’honneur de Jean le Baptiste, à côté de laquelle un hôpital reçoit dans plusieurs pièces une multitude énorme de malades, à la fois hommes et femmes, qui sont secourus et soignés chaque jour à très grands frais…” [3]

La façade actuelle avec ses deux petits clochers est une addition moderne.

Saint-Sépulcre

Le Saint-Sépulcre est situé au coeur du quartier chrétien, dans la partie nord-ouest de la Vieille Ville, au bout de la Via Dolorosa. Construit à l’endroit où Jésus-Christ a été crucifié et enterré, il est considéré comme “la” grande église de la chrétienté.

En 326, l’impératrice Hélène, mère de Constantin, fait construire plusieurs églises pour commémorer les grandes étapes de la vie du Christ. Erigée entre 326 et 335, l’église constantinienne reste en place pendant trois cents ans. Elle était la plus grande de Jérusalem, avec une longueur de 115 m. On y entrait par trois portails situés à l’est. L’abside de l’église était à l’ouest, en direction de la tombe de Jésus, celle-ci étant considérée comme le principal site sacré de la chrétienté.

Sur la partie supérieure droite de la mosaïque de Madaba, qui montre Jérusalem vers 570, le Saint- Sépulcre est représenté au centre d’une Vieille Ville entourée de remparts. On voit son escalier, ses trois portes, sa basilique et sa coupole. Considéré au 6e siècle comme le monument le plus important de Jérusalem, il a sur la mosaïque une importance considérable par rapport aux 19 autres bâtiments.

L’église constantinienne est détruite par les Perses en 614. Le patriarche Modestus utilise les matériaux de l’église pour construire un édifice plus petit. Grâce au pèlerin chrétien Arculfe, on a une description de l’édifice de 680 et un plan, résultat des diagrammes qu’Arculfe fait sur des tablettes de cire [4].

Cette seconde église est détruite par un tremblement de terre en 746. En 967, les Musulmans brûlent la nouvelle église et tuent le patriarche. En 1009, Al-Hakim, gouverneur fatimide d’Egypte, ordonne la destruction de toutes les églises chrétiennes, y compris celle du Saint-Sépulcre.

La reconstruction a sans doute lieu entre 1030 et 1048, sous les auspices de l’empereur byzantin Constantin IX Monomaque. Les architectes byzantins sauvent les lignes de la rotonde au-dessus du Sépulcre. Mais ils ne reconstruisent pas l’immense basilique de Constantin le Grand, qui allait du Calvaire à la grande rue du marché. L’emplacement reste un champ de ruines jusqu’à l’arrivée des Croisés. Une galerie supérieure est ajoutée dans la rotonde, ainsi qu’une abside sur le côté est.

Le voyageur musulman Nasir-I Khusraw décrit le Saint-Sépulcre de 1047: “L’église actuelle est une très grande construction qui peut contenir 8.000 personnes. L’édifice est très habilement construit de marbres colorés, avec une ornementation et des sculptures. A l’intérieur, l’église est partout ornée de broderie byzantine travaillée avec de l’or et de tableaux. Et ils ont représenté Jésus – que la paix soit avec lui – qui est parfois montré montant un âne. Il existe aussi des tableaux représentant d’autres prophètes, Abraham, par exemple, et Ishmael et Isaac, et Jacob avec son fils – que la paix soit avec eux tous… Dans l’église on trouve une peinture divisée en deux parties représentant le Ciel et l’Enfer. Une partie montre les sauvés au Paradis, alors que l’autre décrit les damnés en Enfer, avec tout ce qu’il y a là-bas. Assurément il n’existe pas d’autre lieu au monde avec une peinture semblable. Dans l’église sont assis un grand nombre de prêtres et de moines qui lisent l’Evangile et disent des prières, jour et nuit ils sont occupés de cette façon.” [5]

Nasir-I Khusraw s’intéresse beaucoup aux peintures et les décrit en détail, comme nombre de voyageurs musulmans pendant la période croisée. La religion musulmane interdisant l’art figuratif, ces voyageurs sont fortement intrigués par toutes ces représentations de personnages et scènes bibliques.

C’est dans cette église que pleurent les Croisés le 15 juillet 1099 après avoir conquis la ville. Ils restaurent le Dôme de l’église byzantine et la crypte Sainte-Hélène. L’Igoumène Daniel visite la ville en 1106: “L’église de la Résurrection est de forme circulaire; elle comprend douze colonnes monolithiques et six piliers, et elle est pavée de très belles dalles de marbre. Il existe six entrées et galeries avec soixante colonnes. Sous les plafonds, au-dessus des galeries, les saints prophètes sont représentés en mosaïque comme s’ils étaient vivants; l’autel est surmonté d’un portrait du Christ en mosaïque. Le dôme de l’église n’est pas fermé par une voûte de pierre, mais il est formé d’une structure de poutres en bois, de façon que l’église soit ouverte dans sa partie supérieure. Le Saint Sépulcre est sous ce dôme ouvert.” [6]

En 1144, la cour intérieure est absorbée par un édifice roman composé d’une basilique surmontée d’un dôme, entre l’église Sainte-Hélène et la Rotonde. Depuis cette époque, l’église du Saint-Sépulcre possède deux dômes, et les cinq sites les plus sacrés du christianisme sont sous un toit. Ancune rénovation majeure n’a été entreprise depuis.

Suite à la prise de Jérusalem en 1187, et après de nombreux débats, Saladin décide de laisser le Saint-Sépulcre aux Chrétiens grecs et aux Chrétiens orientaux [7].

En 1555, on rénove les plaques de marbre recouvrant le Tombeau. En 1648, le dôme est restauré. Il menace à nouveau de s’effondrer en 1719, si bien qu’il est consolidé. La mosaïque qui le couvre est découpée en petits morceaux, qui sont vendus comme souvenirs. L’église est endommagée par un incendie en 1808 et réparée l’année suivante. Le dôme actuel est construit entre 1863 et 1868 grâce aux aides financières des gouvernements français, russe et turc.

A l’heure actuelle, le Saint-Sépulcre se divise en cinq grandes sections: le Golgotha, la Tombe, la Basilique, le Corridor et la Crypte de la Croix. Il a six occupants: les Catholiques latins, les Grecs orthodoxes, les Catholiques arméniens, les Syriens, les Coptes et les Ethiopiens.

Dans l’édifice actuel, la rotonde se trouve sur la gauche de l’entrée du Saint-Sépulcre. Située au-dessus de la tombe de Jésus, la Rotonde est formée de 18 piliers ronds en marbre, qui supportent le dôme. Les piliers sont pris dans de larges blocs carrés pour résister aux tremblements de terre. Le diamètre de la Rotonde est de 20,9 m et la coupole culmine à 21,5 m du sol. Dans la Rotonde, la Tombe de Jésus inclut la Chapelle de l’Ange (de la Résurrection).

L’arche byzantine relie la Rotonde, construction du 6e siècle, à l’ouest et l’église croisée, du 12e siècle, à l’est. Dans l’église Sainte-Hélène, les piliers supportant le dôme sont des piliers du 7e siècle. La coupole est restaurée par les Croisés.

L’église croisée est située entre l’église Sainte-Hélène et la Rotonde. L’abside de l’église, tournée vers l’est, est restaurée en 1850, puis restaurée à nouveau dans les années 1980. Le centre de l’église est marqué d’une pierre ronde, qui représente l’Omphalos Mundi, le centre du monde pour les Chrétiens, de la même façon que le Rocher de la Fondation sur le Mont du Temple représente le centre du monde pour les Juifs.

La façade sud, érigée par les Croisés, se divise en plusieurs parties: portails principaux, dôme du Golgotha et clocher. Les portails principaux sont ornés d’archivoltes sculptées de feuilles d’acanthe et de médaillons. A la droite des portails, le dôme du Golgotha s’élève au-dessus des deux étages du bâtiment. A la gauche des portails, les six étages du clocher sont ramenés à quatre aujourd’hui.

A la droite de l’entrée, un escalier conduit au Golgotha. Les marches sont recouvertes de plaques de marbre pour éviter les dépradations. A l’est de l’église Sainte-Hélène, treize marches conduisent à une chapelle croisée, la Chapelle de la Découverte de la Croix, qui est la cave dans laquelle la croix de Jésus et celles des deux voleurs ont été retrouvées.

Sainte-Anne

L’église Sainte-Anne, construite en 1140, est le plus bel exemple d’art roman croisé en Terre Sainte. Elle est située dans le quartier musulman de la Vieille Ville, à côté de la porte Saint-Etienne. A l’époque, elle se trouvait être au sud-est de l’église byzantine et de la piscine de Béthesda.

Selon la tradition byzantine, la crypte est située à l’endroit où habitaient Marie et ses parents Joachim et Anne. Une église est construite au milieu du 5e siècle. Elle est détruite lors du passage du calife Al-Hakim en 1009. Les Croisés construisent la belle église romane de Sainte-Anne pour commémorer la maison de la Vierge et desservir une communauté de religieuses. Bientôt trop petite pour contenir une communauté toujours croissante, la façade est repoussée de 7 mètres pour gagner de la place.

Saladin conquiert Jérusalem en 1187. Le 25 juillet 1192, il transforme l’église en école théologique musulmane appelée Salahiyeh. Au-dessus du portail d’entrée, l’inscription de 588 (1192 selon le calendrier chrétien) invoque l’aide de Dieu pour tous les croyants.

Arnold von Harff, pèlerin chrétien, visite Jérusalem à la fin du 15e siècle et force l’interdiction faite aux Chrétiens de pénétrer dans les lieux musulmans: “Nous allâmes vers l’est et arrivâmes à la Maison de Sainte Anne, dont les Chrétiens avaient fait une belle église autrefois, mais maintenant le païen (à savoir le musulman, ndlr) l’a transformé en maison de prière ou mosquée, de façon que les Chrétiens ne puissent y entrer. Mais grâce à une aide secrète nous fûmes autorisés à y entrer. Nous traversâmes le transept, et sur le côté de l’église nous grimpâmes à travers un trou étroit dans l’arcade d’une large fenêtre, forcés de porter des bougies allumées pour y voir, et nous arrivâmes dans une petite pièce voûtée où sainte Anne, la mère de notre Dame Bénie, quitta ce monde. Ensuite nous arrivâmes dans une autre pièce voûtée dans laquelle naquit notre Dame Bénie. Ici est le pardon de tous les péchés… Le jour suivant, le Mamelouk me ramena à l’église du Mont Sion, et personne ne sut que je n’avais pas passé la nuit dans la maison du Mamelouk.” [8]

Plus tard, les Turcs commencent à construire un minaret, mais ce projet est abandonné. Après la guerre de Crimée, en 1856, le Sultan Abd-al-Majid donne le site à l’Eglise catholique française, et l’église est restaurée entre 1863 et 1877. Depuis cette époque, elle est la propriété des Pères Blancs, qui fondent aussi un séminaire de théologie et un musée d’antiquités. La Guerre des Six Jours provoque quelques dégâts dont les réparations sont payées par le gouvernement d’Israël.

Le plan de l’église est cruciforme. La nef et les deux côtés du transept sont terminés par des absides, comme c’est la coutume dans les églises croisées. L’église a une largeur de 18,5 m et une longueur de 34 m. Sur le mur nord, on voit bien l’endroit à partir duquel la nef a été allongée de 7 mètres pour agrandir l’édifice.

La façade penche légèrement vers la gauche pour symboliser la tête penchée du Christ sur la croix. La crypte est plus ancienne que l’église. Les fondations des piliers se confondent avec la structure originale du sanctuaire primitif.

Sainte-Marie-Latine

Située dans le Mauristan, l’église du Rédempteur, construite en 1898, épouse le plan de l’église croisée Sainte-Marie-Latine. Elle possède quelques vestiges croisés. La porte de l’entrée nord est médiévale. Elle est décorée des signes du Zodiaque et des symboles des mois. Dans l’hospice attenant au sud de l’église, un magnifique cloître à doubles piliers date du 11e siècle, avec une restauration de l’époque ayyubide datant du 13e siècle.

Tombeau de la Vierge

Le Tombeau de la Vierge est situé à Gethsémani, sur le Mont des Oliviers. On l’appelle aussi l’église de l’Assomption. La tombe de la Vierge peut être vue dans une crypte assez profonde qui ressemble à la grotte de la Croix dans l’église du Saint-Sépulcre. Le Nouveau Testament ne dit rien de la mort de Marie. C’est Transitus Mariae, un ouvrage anonyme datant du 2e ou du 3e siècle, qui mentionne son enterrement dans une grotte de la vallée de Jehosaphat.

L’existence d’une église est attestée par des auteurs de la fin du 6e siècle. L’église est probablement détruite par les Perses en 614, et reconstruite par la suite puisqu’elle est décrite par Arculfe en 670.

Les Croisés trouvent les ruines laissées par le calife Al-Hakim en 1009. En 1130, les Bénédictins reconstruisent une double église, à l’emplacement probable de l’église byzantine. Les Chrétiens l’appellent l’église de l’Assomption, conformément à la croyance chrétienne qui veut que Marie soit montée au ciel.

En 1187, Saladin détruit partiellement léglise. Celle-ci est restaurée par les Franciscains au 14e siècle, puis reconstruite par l’Eglise grecque orthodoxe en 1757.

La façade et l’escalier monumental datent du début du 12e siècle. On voit aussi la tombe de la Reine Mélisende, morte en 1161, et la niche où sont enterrés d’autres membres de la famille de Baudouin II. Un linteau médíéval surplombe la deuxième porte. Les murs de la grotte de Gethsémani ont été peints au 12e siècle. La superficie de la grotte est de 17 m x 9 m, avec une hauteur maximale de 3,5 m. Le sol était recouvert d’une mosaïque dont il ne subsiste que quelques vestiges.

La Jérusalem médiévaleMarie Lebert – 2006


[1] Har-El (M.). This is Jerusalem. Jerusalem, Steimatsky, 1985, p. 31.[2] John of Wurzburg. Description of the Holy Land. Palestine Pilgrims Text Society, volume 5, 1896. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 45.

[3] John of Wurzburg. Description of the Holy Land. Palestine Pilgrims Text Society, volume 5, 1896. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 44.

[4] Arculfe I, 2-3, 6, 7-8. Cité dans: Peters (F.E.). Jerusalem. Princeton University Press, 1985, p. 204-206.

[5] Nasir-I Khusraw. Diary of a Journey Through Syria and Palestine. Palestine Pilgrims Text Society, volume 4, 1893. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 60.

[6] The Pilgrimage of the Russian Abbot Daniel in the Holy Land. Palestine Pilgrims Text Society, volume 4, 1895. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 11-15.

[7] Gabrieli (F.). Arab Historians of the Crusades. Berkeley and Los Angeles, University of California Press, 1969, p. 174-175.

[8] The Pilgrimage of Arnold von Harff, 1496-1499. London, The Harkluyt Society, NS 94, 1946, p. 211-212.

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L’architecture Croisée civile

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La Jérusalem médiévaleMarie Lebert – 2006

L’architecture croisée n’est pas seulement présente dans nombre d’édifices religieux. On la retrouve aussi dans la Citadelle et la Tour de David, le quartier du Mauristan et quelques portes des remparts.

Citadelle

La citadelle est située sur le rempart ouest de la Vieille Ville, à côté de la porte de Jaffa. Selon la tradition musulmane, la Tour de David, appelée aussi Tour de Goliath, aurait été le siège du combat de David et de Goliath. Quand Hérode le Grand (37-4 avant Jésus-Christ) fortifie Jérusalem, l’entourant d’un double rempart, il construit son palais sur le site le plus haut et le mieux fortifié, à 777 m au-dessus du niveau de la mer. La citadelle est dégagée entre 1934 et 1939 par l’archéologue C.N. Johns, membre du Département des Antiquités durant le mandat britannique [1]. Dans la cour de la tour sud, C.N. Johns découvre les restes d’un mur et d’une tour ronde, qu’il attribue à la construction du 8e siècle.

Plusieurs fois détruite et reconstruite, la citadelle est utilisée au fil des siècles par les gouverneurs successifs de la ville: romains, byzantins, arabes, séleucides, croisés, ayyubides kurdes, mamelouks, turcs et jordaniens.

En 1099, les Fatimides de Jérusalem ont toute confiance dans les fortifications de la ville. Ses remparts sont réputés parmi les plus solides du monde. La citadelle, appelée aussi Tour de David, est un fort dans un fort, avec un mur de 12 mètres de haut. Le 15 juillet 1099, les Croisés remplissent les douves et attaquent la ville en quatre points vers le rempart nord et en un point vers le mur sud. Ils font d’abord une brèche près de la Porte d’Hérode, puis deux autres brèches près de la Porte de Sion et près de la Nouvelle Porte, dans la zone de la Tour de David. Il s’ensuit un massacre de tous les habitants juifs et musulmans, hommes, femmes et enfants.

Au 12e siècle, les rois croisés de Jérusalem élargissent les limites de la citadelle et construisent de nouveaux remparts tout autour. La citadelle est pour eux une bonne place stratégique et elle n’est pas loin du Saint-Sépulcre. La Tour de David est appelée aussi Tour de Tancrède. C’est dans cette tour que luttent les troupes du prince croisé Tancrède pendant le siège de Jérusalem en 1099. La tour est reconstruite durant la première moitié du 12e siècle, pour protéger le point faible formé par l’angle nord-ouest des remparts dans la défense de la ville. Les Croisés divisent la citadelle en deux parties: une partie intérieure qui englobe les tours occidentales dans les limites de la Vieille Ville, et une partie extérieure, avec les tours orientales, à l’extérieur du rempart.

Saladin l’Ayyubide marche d’abord sur Jérusalem en 1177, mais il est arrêté en route, à Gézer. En 1187, il réussit à prendre la ville, à la fin d’une campagne victorieuse en Terre Sainte, et les Francs partent après le paiement d’une rançon. Saladin reconstruit ensuite le rempart situé entre les Portes de Damas et de Jaffa, par lequel il a attaqué la ville. En 1219, les remparts sont en grande partie détruits par le gouverneur musulman Al-Muazzem, afin de prévenir le retour des Croisés. Pour la même raison, la forteresse est détruite en 1238 et 1239, puis rebâtie en 1247 par Al-Malik al-Salih Ayyub.

Une nouvelle forteresse est reconstruite par le Mamelouk Al-Nasir ibn Kalaoun en 1310. Le mur qui sépare la Citadelle en deux parties est détruit, et de nouveaux bâtiments sont construits sur ses fondations. La forme générale de la citadelle est restée inchangée depuis, à l’exception de quelques ajouts ottomans aux 16e et 17e siècles. Le sultan turc Soliman le Magnifique ajoute ensuite la mosquée, la tourelle et la porte principale de la citadelle.

Quant aux remparts, ils sont en partie reconstruits par le roi Al-Adel Zein al-Din en 1295, puis par Al-Malik al-Mansour Qalaoun en 1330. Ils sont à nouveau reconstruits entre 1536 et 1540, dans leur totalité, avec l’ajout de plusieurs tours.

Mauristan

Le Mauristan est une zone carrée au sud du Saint-Sépulcre, zone délimitée d’un côté par l’église la plus récente de la Vieille Ville, l’église luthérienne du Rédempteur, et de l’autre par l’église la plus ancienne, l’église Saint-Jean-Baptiste.

Ce secteur est le Forum de la Ville pendant les temps romains et byzantins. Les marchands d’Amalfi, habitants du quartier, font ensuite construire trois églises attenant à des hôpitaux-hospices: Saint-Marie-la-Latine pour les hommes, Sainte-Marie-la-Grande pour les femmes et Saint-Jean-Baptiste pour les pauvres. La charge en revient à l’ordre bénédictin.

Guillaume de Tyr pense que le monastère de Sainte-Marie vient de la fondation de Charlemagne. Les marchands d’Amalfi restaurent l’ensemble après la destruction d’Al-Hakim, probablement entre 1063 et 1071, date à laquelle les Chrétiens réparent les remparts de la ville [2]. Le secteur est donné aux Chevaliers de Saint-Jean de l’Hôpital, devenus ensuite l’ordre des Hospitaliers, et dont le siège reste au cours des années la petite église Saint-Jean-Baptiste, en souvenir de leurs modestes origines. Le premier maître de l’Hôpital Latin est Gérald. Son successeur et véritable fondateur de l’ordre est Raymond du Puy (1120-1160). La Règle des Hospitaliers date de 1153. C’est à partir de cette date qu’ils ont aussi des activités militaires.

Le Mauristan est décrit dans un texte anonyme chrétien, The City of Jerusalem: “A gauche du marché sont les boutiques des bijoutiers latins, et au bout de ces boutiques on trouve un couvent de religieuses qui est appelé Sainte-Marie-la-Grande; et à côté un monastère de moines appelé Sainte-Marie-la-Latine. Ensuite vient la résidence de l’hôpital, avec son entrée principale. A la droite de l’hôpital se trouve l’entrée principale du Sépulcre.” [3]

Quand Saladin prend Jérusalem, il autorise dix Hospitaliers à rester un an pour soigner les malades de l’hôpital. Les bâtiments sont ensuite utilisés pour d’autres besoins. Le neveu de Saladin, Shihab al-Dîn, en fait à nouveau un hôpital en 1219. Le nom de Mauristan, qui signifie hôpital en kurde, date de cette époque.

Au 15e siècle, le bâtiment peut recevoir 400 pèlerins, mais il commence à tomber en ruines, des ruines qui impressionnent le voyageur Felix Fabri: “A côté du bâtiment dans lequel séjournent les pèlerins, existait autrefois un grand palais, l’habitation majestueuse des nobles chevaliers de Saint-Jean… comme cela peut encore être vu par ces ruines, et par le bâtiment qui est seulement en partie ruiné, qui est si grand que quatre cents pèlerins peuvent y vivre. En face de l’hôpital sont les ruines de vastes remparts, les restes de la maison des Chevaliers Teutoniques, avec lesquels étaient hébergés autrefois les pèlerinages de nobles allemands. A côté de cette même maison se trouvait une autre grande salle, dans laquelle devaient séjourner les femmes pèlerins, puisqu’elles n’étaient en aucun cas autorisées à vivre avec leur mari dans le grand hôpital.” [4]

Au 16e siècle, les maçons de Soliman le Magnifique utilisent les immenses ruines comme carrières pour reconstruire les remparts de Jérusalem. Plus tard, une partie de cette zone adandonnée est donnée aux Allemands, qui construisent l’Eglise du Rédempteur à l’emplacement de l’Eglise Sainte-Marie-Latine. La partie ouest est donnée aux Grecs en 1905, et ils y bâtissent leur zone commerciale.

Portes

La Porte de Damas est ouverte dans le rempart sud de la ville. Sous la construction actuelle, datant de l’époque de Soliman le Magnifique, on trouve les fondations de la porte croisée qui suit la ligne de la porte romaine, mais qui était fortifiée. Juste après la porte elle-même, la construction croisée forme un angle droit avec la porte des remparts. Cet angle droit permettait de réduire le flot des ennemis entrant dans la ville.

Deux des trois portes visibles dans le mur sud du Mont du Temple datent de la période croisée. Ce sont la Porte Simple et la Porte Triple, portes par lesquelles les Croisés accèdent à leurs écuries, les écuries de Salomon. La Porte Simple, située à 37 m de l’angle sud-est du mur, est une construction croisée remaniée par les Mamelouks. La Porte Triple, située à 183 m de l’angle sud-ouest et à 90 m de l’angle sud-est, est une porte double hérodienne transformée à l’époque croisée.


[1] Ses conclusions sont publiées dans: Excavations at the Citadel, in: Palestine Exploration Quarterly, avril 1940.

[2] William of Tyre. A History of Deeds Done Beyond The Sea. New York, Columbia University Press, 1943, volume 2, p. 240-245.

[3] The City of Jerusalem. Palestine Pilgrims Text Society, volume 6, 1896. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 7.

[4] The Book of the Wanderings of Felix Fabri. Palestine Pilgrims Text Society, volumes 7-10, 1893. Reprint: New York, AMS Press, 1971, volume 1, p. 395.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 15 novembre, 2007 |Pas de commentaires »

La période croisée (1099-1187)

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La période croisée (1099-1187)

http://www.etudes-francaises.net/jerusalem/histoire.htm#croisee

Les Croisades sont une série d’expéditions militaires qui, entre 1099 et 1291, établissent et maintiennent une présence chrétienne européenne en Terre Sainte. Les Croisées étant à la fois des administrateurs et des chroniqueurs, pratiquement toute la documentation sur les aspects si différents de leur vie est arrivée jusqu’à nous [10].

Les hommes de la première Croisade prennent Jérusalem le 15 juillet 1099. Vers midi, ils font une brèche dans le mur nord, près de la Porte d’Hérode. Ils sont quinze mille. Avec un fanatisme incroyable, ils commencent par massacrer Musulmans et Juifs. Ils pillent aussi la ville. Ils incendient de nombreux quartiers et détruisent les maisons, les mosquées et les synagogues. Ils tuent notamment tous les Musulmans réfugiés dans la mosquée al-Aksa.

Un témoin de la prise de Jérusalem raconte que la ville est pleine de cadavres et de sang. Dans les rues s’amoncellent des piles de têtes, de mains et de pieds. Dans le Temple de Salomon, autrement dit la mosquée al-Aksa, les cavaliers ont du sang jusqu’aux genoux et jusqu’aux rênes des chevaux [11]. Guillaume de Tyr, qui n’était pas présent, mais dont le récit émane de témoins directs, écrit lui aussi que les Croisés ont du sang des pieds à la tête et que, sur le seul Mont du Temple, dix mille « infidèles » périssent. Toutes les maisons sont méthodiquement dévastées et pillées. [12]

Le chiffre de la population est éloquent. De trente mille avant la conquête croisée, il passe à trois mille après la conquête, nombre qui inclut aussi les Chrétiens syriens que le roi Baudouin a amenés à Jérusalem.

Une ordonnance des Croisés interdit tout établissement juif ou musulman à Jérusalem. En vue de renforcer le peuplement chrétien, l’ancien quartier juif est remis à des tribus chrétiennes de Transjordanie. Afin d’encourager leur implantation dans la ville, ils n’ont pas de taxes à payer.

Godefroi de Bouillon est nommé chef. Les deux premiers chefs chrétiens de Jérusalem sont Godefroi de Bouillon et son frère Baudouin. Godefroi de Bouillon refuse la couronne de Jérusalem. Il ne veut pas porter une couronne d’or sur le lieu où le Christ a porté une couronne d’épines. Il accepte seulement les titres de baron et de protecteur du Saint-Sépulcre. Baudouin, lui, est roi de Jérusalem avec tous les privilèges attribués à cette charge. A la même date, Tancrède, un Normand de Sicile, fait la conquête du premier territoire, la Galilée. »

La Jérusalem de cette époque est décrite par Guillaume de Tyr, Foucher de Chartres et l’Igoumène Daniel, voyageur russe.

Voici le récit de ce dernier: “Jérusalem est une grande ville, protégée par des remparts très solides, et construite en forme de carré dont les quatre côtés sont d’égale longueur. Elle est entourée de nombre de vallées arides et de montagnes rocheuses. L’eau est complètement absente de cet endroit. On ne trouve ni rivière, ni puits, ni source près de Jérusalem, à l’exception de la piscine de Siloam. Les habitants de la ville et le bétail ne peuvent disposer que d’eau de pluie. Malgré cela, le grain pousse bien dans ce pays rocheux qui manque de pluie. On sème une mesure et on en récolte quatre-vingt-dix à cent. La bénédiction de Dieu ne repose-t-elle pas sur ce saint pays? Dans les environs de Jérusalem on trouve en nombre des vignes et des arbres fruitiers: figuiers, sycomores, oliviers, caroubiers, et un nombre infini d’autres arbres.” [13]

Les fondations du Royaume Latin sont établies par Baudouin I, qui règne de 1100 à 1118 et qui donne au royaume des bases solides. Entre 1101 et 1105, il rend d’abord la côte sûre. Puis, de 1106 à 1110, il fait reculer la frontière nord jusqu’à la principauté de Tripoli. En 1115 et 1116, il coupe les communications entre Damas et Le Caire en installant une ligne de forteresses sur la côte est de l’Araba, une vallée joignant la Mer Morte au Golfe d’Aqaba.

Les Croisés importent en Palestine le système féodal et son administration efficace. Ils utilisent pleinement les subsides qui leur viennent d’Europe. Les châteaux, abbayes et manoirs qu’ils construisent sont entourés de terres fertiles.

La deuxième Croisade apporte des renforts en 1147, avec une plus grande main-mise sur les territoires acquis. Sur place, l’armée permanente est constituée par deux grands ordres militaires, les Hospitaliers, ordre fondé en 1109, et les Templiers, ordre fondé en 1128. Ces ordres, qui ont d’abord débuté comme de petits groupes de chevaliers consacrés, deviennent des organisations immensément riches et puissantes, fournissant des unités de cavaleries hautement entraînées et qualifiées.

Les Hospitaliers s’occupent aussi des pèlerins malades. Leur hôpital se trouve près de l’église du Saint-Sépulcre, dans le secteur appelé le Mauristan. Voici la description qu’en fait Jean de Wurzbourg, pèlerin chrétien: “Un hôpital reçoit dans plusieurs pièces une multitude énorme de malades, à la fois hommes et femmes, qui sont secourus et soignés chaque jour à très grands frais. Quand j’étais là, j’ai appris que le nombre de ces malades s’élevait à deux mille, parmi lesquels de temps à autre, au cours d’une journée et d’une nuit, cinquante étaient emportés morts à l’extérieur, alors qu’arrivaient constamment de nouveaux venus. Que puis-je dire de plus? La même maison nourrit autant de gens à l’extérieur qu’à l’intérieur, en addition à la charité sans limite quotidiennement donnée aux pauvres gens qui mendient leur pain de porte en porte et ne logent pas dans la maison, si bien que la somme de toutes les dépenses ne peut sûrement jamais être calculée, même par les responsables et les servants. En addition à toutes ces sommes dépensées pour les malades et les pauvres, la même maison entretient aussi dans ses divers châteaux de nombreux hommes entraînés à toutes sortes d’exercices militaires pour la défense de la terre des Chrétiens comme l’invasion des Sarrazins.” [14]

Les Templiers assurent la sécurité du voyage des pèlerins entre la côte et la Ville Sainte. Leur quartier général est la mosquée al-Aksa, qu’ils ont transformée en église. Les débuts des Templiers sont modestes. Leur Règle leur est donnée en 1128, lors du Concile de l’Eglise à Troyes, alors qu’ils ne sont que neuf membres. Bernard de Clairvaux les soutient, de nouveaux membres affluent, et une croix rouge apparaît sur leur habit blanc. Leur richesse et leur pouvoir s’accroissent rapidement. La dépendance du royaume à leur égard est totale puisqu’ils sont chargés de la sécurité. A ce titre, leur puissance grandit au fil des années.

Les deux ordres monastiques et militaires des Templiers et des Hospitaliers sont d’authentiques créations croisées. Il n’existait auparavant aucun lien entre les vocations de moine et de chevalier. Ce sont les Croisades qui sont à l’origine de l’image du moine-soldat.

Les Templiers et les Hospitaliers ne sont pas sous la dépendance du roi, et l’Eglise Romaine obtient qu’ils ne soient pas non plus sous la dépendance du patriarche de Jérusalem. Ils sont directement sous la juridiction papale. En 1170, les Hospitaliers sont au nombre de quatre cents et les Templiers au nombre de trois cents [15].

Dans les cent mille personnes que la population croisée compte sur la Terre d’Israël, trente mille vivent à Jérusalem. Le centre politique et économique est cependant à Acre et non dans la Ville Sainte.

Les Croisés construisent des fortifications le long des côtes de Syrie et de Palestine, notamment à Antioche, à Tyr ou à Acre, villes permettant de rejoindre directement les grands ports d’Europe. Des châteaux protègent les voies de communication majeures. Deux groupes de forteresses ont une fonction particulière: le groupe du nord protège Tyr et le groupe du sud protège Ascalon.

Dans un mouvement inverse, les Musulmans maintiennent leurs capitales loin à l’intérieur des terres, au Caire, à Damas ou à Alep, pour les mettre à une distance suffisante de la mer où l’ennemi a de puissants bastions.

Pendant ce temps, la concentration des institutions militaires, religieuses et administratives des Croisés et les milliers de pèlerins venus de toute l’Europe contribuent à la prospérité économique de Jérusalem. En 1149, le Saint-Sépulcre est reconstruit suivant le plan de la Croix. C’est à cette époque que de nombreuses traditions chrétiennes liées à la vie de Jésus sont établies, notamment celle de la Via Dolorosa. Des édifices musulmans sont transformés en églises, et le Dôme du Rocher est rebaptisé Temple du Seigneur par les Croisés.

Entre 1166 et 1171, le Juif espagnol Benjamin de Tulède visite la Terre Sainte, et son récit est considéré comme le meilleur témoignage jamais écrit sur cette époque. “Jérusalem… est une petite ville, fortifiée par trois remparts, écrit-il. Elle est pleine de gens que les Musulmans appellent Jacobites, Syriens, Grecs, Géorgiens et Francs, et de gens de toutes langues… Jérusalem a quatre portes: la Porte d’Abraham, la Porte de David, la Porte de Sion et la Porte de Gushpat, qui est la porte de Jehosaphat, faisant face à notre ancien Temple, maintenant appelé le Templum Domini.” [16] Jérusalem “possède une teinturerie, pour laquelle les Juifs paient au roi un loyer annuel modeste, à la condition qu’excepté les Juifs aucun autre teinturier ne soit accepté à Jérusalem. Environ deux cents Juifs habitent sous la Tour de David à un coin de la ville.” [17]

 

La période ayyubide (1187-1250)

En Egypte, le sultan ayyubide Saladin, un Kurde arménien de foi musulmane, arrive au pouvoir en 1170. Il succède au fils de Zengi comme gouverneur de Syrie et d’Egypte, et ses contemporains le considèrent comme un homme de foi.

Avec Saladin pour chef, la guerre sainte musulmane vainc les armées franques le 4 juillet 1187 dans le défilé de Galilée nommé Hattîn, près du lac de Tibériade. La veille, Saladin ralentit l’avance de la colonne que constitue l’armée du Royaume latin. Le lendemain, il s’assure le succès de la bataille. Les chevaliers ont épuisé leurs réserves d’eau et ne peuvent plus se battre avec leur fougue habituelle. Saladin fait tuer tous les Templiers et tous les Hospitaliers, si bien que la principale force militaire du Royaume latin disparaît. [18] L’armée musulmane marche ensuite sur Jérusalem et s’en empare le 2 octobre 1187. Les défenseurs sont peu nombreux. Beaucoup de réfugiés venant de toute la Palestine se sont regroupés dans la ville.

L’historien Imad al-Din écrit que les Francs envisagent un suicide collectif dans l’église du Saint-Sépulcre. Le chef franc Balian d’Ibelin, seigneur de Naplouse, mène les négociations avec Saladin. Balian menace de tuer les femmes et les enfants francs, les cinq mille prisonniers musulmans, les chevaux et les animaux, et menace aussi de détruire le Dôme du Rocher et Al-Aksa. Suite à ces menaces, Saladin accepte de laisser la vie sauve à ceux qui peuvent payer une rançon de dix dinars pour les hommes, cinq dinars pour les femmes et deux dinars pour les enfants. Ceux qui peuvent payer dans les quarante jours sont libres de quitter la ville avec leurs biens, pour aller à Tyr. Les quinze mille qui ne peuvent payer sont envoyés en esclavage. [19]

Les Musulmans enlèvent aussitôt la croix surplombant le Dôme du Rocher, et ils fêtent leur retour dans la Ville Sainte après une absence d’un peu moins de deux cents ans. Par une coïncidence extraordinaire, ce jour se trouve être aussi l’anniversaire de l’ascension du prophète Mahomet.

A leur tour, les Chrétiens se voient interdits de séjour, à l’exception des Chrétiens orientaux, qui sont chargés de l’entretien du Saint-Sépulcre et des diverses églises. Saladin autorise les Juifs à revenir dans la Vieille Ville, et reconnaît les droits de la communauté juive de Jérusalem. Le groupe le plus important est le groupe yéménite. D’autres groupes viennent d’Afrique du Nord et d’Europe.

La troisième Croisade (1189-1192) voit l’apparition d’un nouvel ordre militaire, les Chevaliers teutoniques. Le Royaume latin est alors constitué de territoires situés en Galilée et autour de Jérusalem.

En 1229, l’empereur d’Allemagne Frédéric II prend le pouvoir après les négociations menées avec le sultan égyptien Al-Kamil, et les Musulmans conservent le Dôme du Rocher et la mosquée al-Aksa. En effet, suite à son mariage en 1225 avec Isabelle de Brienne, prétendante au trône de Jérusalem, Frédéric II peut lui aussi prétendre à la couronne. Les négociations aboutissent au traité de Jaffa, pour un accord de dix ans qui prend effectivement fin en 1239. Ce changement de pouvoir paisible est tout à fait exceptionnel dans l’histoire de Jérusalem. [20]

Pendant la première moitié du 13e siècle, une série de traités donne davantage de terres aux Croisés, notamment une partie des territoires pris par Saladin, mais cette nouvelle domination est de courte durée. Le vent tourne en faveur des Mamelouks d’Egypte qui commencent à faire des incursions en Palestine.

En 1244, des hordes de Tartares arrivent dans le pays. Nomades turcs venus d’Asie centrale, ils sont à la solde d’Ayaub, sultan d’Egypte. Ils pillent Jérusalem, massacrent les Chrétiens et dévastent le Saint-Sépulcre.

Les Croisés sont repoussés vers la mer. Ensuite le chef mamelouk Baybars, de 1260 à 1277, fait tomber la dynastie ayyubide de Saladin et mène une série de campagnes en prenant ville après ville et en progressant peu à peu vers la côte. Acre, la dernier bastion croisé, tombe en 1291.


La période mamelouke (1250-1517)

En 1249, à la mort d’Ayaub, Jérusalem revient sous la domination de Damas pour une courte période. En 1260, une invasion mongole provoque la fuite des habitants de Jérusalem. Lorsque les Mamelouks parviennent à battre les Mongols à Ein-Harod, Jérusalem passe sous leur contrôle jusqu’à la conquête ottomane de 1516.

Ramban, père de la communauté juive moderne de Jérusalem, émigre d’Espagne pour arriver à Jérusalem en 1267, à l’âge de soixante treize ans. Appelé aussi le rabbin Moshe Ben Nahman, il est exégète de la Torah et du Talmud, poète et physicien. Dans une lettre adressée à son fils, il raconte qu’il ne trouve que deux Juifs, frères et teinturiers de métier. Tous trois voient une maison en ruines avec des piliers en marbre et un beau dôme, et ils en font une synagogue. Ils font venir de Shem (Naplouse) les rouleaux de la Loi, transportés là-bas lors de l’invasion tartare. [21]

Pendant les trois dernières années de la vie de Ramban, sa synagogue est le lieu de rencontre de la communauté juive, décimée depuis le massacre croisé de 1099. La communauté commence à se concentrer dans le quartier juif actuel, établi au sud-ouest du Mont du Temple, entre la Porte des Ordures et la Porte de Sion. [22]

Les Mamelouks sont continuellement en lutte interne pour le pouvoir en Egypte, et ils doivent défendre la Syrie contre les hordes mongoles. Ils n’ont pas beaucoup de temps à consacrer à la Palestine, négligée par les grands courants politiques. Suite aux vols, aux pillages ou à l’exploitation des paysans, le pays fertile est laissé à l’abandon. Durant leur long règne, Jérusalem devient une ville de pèlerins et d’érudits. Elle est aussi une ville d’exilés politiques qui s’y installent après les disgrâces suivant régulièrement les changements de gouverneur.

L’historien Mujir al-Din vit dans la Ville Sainte presque toute sa vie. Il fait une description de Jérusalem au 15e siècle: “Les rues principales de la ville sont ou plates ou en pente. Pour un grand nombre de constructions, vous pouvez trouver les fondations de constructions anciennes sur lesquelles les récentes ont été élevées. Ces maisons sont tellement serrées les unes contre les autres que, si elles devaient avoir la distance qu’elles ont dans la plupart des villes du monde islamique, Jérusalem occuperait plus de deux fois l’espace qu’elle occupe maintenant. La ville a de nombreuses citernes pour recevoir l’eau puisque ses ressources en eau viennent des chutes de pluie… Les bâtiments de Jérusalem sont extrêmement solides, tous faits de murs et voûtes en pierre. Les briques ne sont pas présentes dans les constructions, ni le bois dans les charpentes. Les voyageurs affirment qu’on ne trouve pas dans l’empire de bâtiments plus solides et de plus belle apparence qu’à Jérusalem.” [23]

Mujir al-Din explique ensuite que, comme d’autres cités islamiques, Jérusalem est divisée en quartiers. Les neuf quartiers principaux sont le quartier maghrébin, le quartier du Sharaf appelé auparavant le quartier des Kurdes, le quartier d’Alam dénommé ensuite le quartier de la Haydarira, le quartier des habitants d’Al-Salt, le quartier juif, le quartier de la Plume, le quartier de Sion à l’intérieur des remparts, le quartier de Dawaiyya, et enfin le quartier des Banu Hârith à l’extérieur des remparts et à côté de la citadelle. [24]

Les théologiens musulmans créent de nombreuses écoles religieuses, appelées madrasas. Al-Aksa et le Dôme du Rocher sont restaurés et embellis. L’architecture chrétienne décline, parce que soumise à de coûteux permis. Les non-Musulmans sont fréquemment persécutés. La société mamelouke impose le port de signes distinctifs à chaque communauté: turbans jaunes pour les Juifs, turbans rouges pour les Samaritains, turbans bleus pour les Chrétiens, turbans blancs pour les Musulmans. Des conflits ont lieu au sujet de certains sites du Mont Sion, convoités par les Chrétiens, par les Musulmans et parfois par les Juifs. Des fanatiques musulmans démolissent l’église Sainte-Marie-des-Allemands, construite à l’emplacement supposé de la maison de Marie, mère de Jésus. Et le Saint-Sépulcre est une fois de plus dévasté.

Felix Fabri, frère dominicain allemand, fait deux pèlerinages en Terre Sainte, le premier en 1480 et le second en 1483. Jérusalem, « ville de destructions et de ruines », ne doit pas avoir plus de dix mille habitants. La ville est dans un grand état de désolation. De nombreux bâtiments sont détruits. Environ mille Chrétiens et un peu plus de cinq cents Juifs y vivent. Felix Fabri donne son sentiment sur la vie politique de Jérusalem: “En ce jour, les Chrétiens se préoccuperaient peu de la responsabilité des Sarrazins sur Jérusalem s’ils avaient la liberté d’entrer et de sortir du temple du sépulcre du Seigneur sans peur et sans vexations ni extorsions. De même les Sarrazins ne verraient pas d’inconvénient à ce que les Chrétiens soient les maîtres de la Ville Sainte s’ils leur rendaient leur Temple. Mais, depuis le désaccord des Chrétiens et des Sarrazins sur ce sujet, la malheureuse Jérusalem a souffert, souffre encore et souffrira plus tard de plus de sièges, dégradations, destructions et terreurs qu’aucune autre ville au monde.” [25]

Le rabbin Ovaria de Bartinora (1450-1510), exégète du Talmud, visite lui aussi Jérusalem vers 1487. “Mais que dois-je vous dire sur ce pays? Grande est la solitude et grandes sont les pertes et, pour décrire cela brièvement, plus les lieux sont sacrés, plus grande est leur désolation! Jérusalem est plus désolée que le reste du pays.” [26]

En 1517, la Terre d’Israël, et avec elle Jérusalem, passe sous la domination de l’Empire ottoman, domination qui va durer quatre siècles (1517-1917).


Notes

[10] Voir: Itinera Hierosolymitana Crucesignatorum (Saec. XII-XIII). Jerusalem, Franciscan Printing Press, 1979-1984, 4 vol. De nombreux documents sont présentés en latin, avec une traduction italienne de S. de Sandoli.

[11] Krey (A.C.), ed. The First Crusade: The Accounts of Eye-Witnesses and Participants. Princeton University Press, 1921, p. 261.

[12] William of Tyre. A History of Deeds Done Beyond the Sea. New York, Columbia University Press, 1943, vol. 1, p. 372-378.

[13] The Pilgrimage of the Russian Abbot Daniel in the Holy Land. New York, AMS Press, 1971, p. 25-26. (Réimpression de: Palestine Pilgrims Text Society, 4, 1895.)

[14] John of Wurzburg. Description of the Holy Land. New York, AMS Press, 1971, p. 44-45. (Réimpression de: Palestine Pilgrims Society, 5, 1896.)

[15] Adler (M.N.). The Itinerary of Benjamin of Tudela. New York, P. Feldheim, 1965, p. 21. (Réimpression de l’édition de 1907.)

[16] Adler (M.N.). The Itinerary of Benjamin of Tudela. New York, P. Feldheim, 1965, p. 21-23. (Réimpression de l’édition de 1907.)

[17] Un autre manuscrit n’indique pas “deux cents Juifs” mais “quatre Juifs”. Il est donc possible qu’il n’y ait eu qu’une famille juive. Voir: Adler (E.N.). Jewish Travellers: A Treasury of Travelogues From Nine Centuries. New York, Hermon Books, 2nd ed., 1966, p. 88.

[18] Gabrieli (F.). Arab Historians of the Crusades. Berkeley, University of California Press, 1969, p. 123-125, 128-131, 136-139.

[19] Gabrieli (F.). Arab Historians of the Crusades. Berkeley, University of California Press, 1969, p. 141-142, 148, 162-163.

[20] Voir le récit de l’historien musulman Ibn Wasil dans: Gabrieli (F.). Arab Historians of the Crusades. Berkeley, University of California Press, 1969, p. 267-271.

[21] Une copie de la lettre est affichée dans la synagogue actuelle.

[22] Har-El (M.). This is Jerusalem. Jerusalem, Kiryat-Sefer, 1985, p. 281-282.

[23] Histoire de Jérusalem et d’Hébron. Fragments de la chronique de Mujir al-Din. Paris, Ernest Lanoux, 1876, p. 174-175.

[24] Histoire de Jérusalem et d’Hébron. Fragments de la chronique de Mujir al-Din. Paris, Ernest Lanoux, 1876, p. 183-184.

[25] The Book of the Wanderings of Felix Fabri. New York, AMS Press, 1971, vol. 2, p. 262. (Réimpression de: Palestine Pilgrims Text Society, 7-10)

[26] Kobler (F.), ed. Letters of Jews Through the Ages From Biblical Times to the Middle of the Eighteenth Century. New York, East & West Library, 1978, vol. 1, p. 226.


 

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