Archive pour le 24 juin, 2007

Lettre adressée au pape Urbain par les seigneurs croisés à Antioche

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Au seigneur le saint et vénérable pape Urbain, Boémond, Raymond comte de Saint-Gilles, Godefroy duc des Lorrains, Robert comte de Normandie, Robert comte des Flamands, et Eustache, comte de Boulogne, salut et fidèles services, et véritable soumission dans le Christ comme des fils envers leur père spirituel.

Nous voulons et nous désirons vous faire valoir par quelle grande miséricorde et assistance de Dieu, Antioche est tombée en notre pouvoir; comment les Turcs qui avaient couvert d’opprobre Notre Seigneur-Jésus, ont été pris et tués; comment nous, pèlerins de Jérusalem, avons vengé l’injure de Jésus-Christ, le souverain Dieu; comment nous, qui d’abord avions tenu assiégés les Turcs, fûmes ensuite assiégés par les Turcs venus du Khorassan, de Jérusalem, de Damas et d’une multitude d’autres provinces;comment enfin nous avons été délivrés par la miséricorde de Jésus-Christ. Lors donc que la ville de Nicée eut été prise; que nous eûmes, aux kalendes de juillet, comme vous l’avez su, vaincu une armée innombrable de Turcs qui s’opposait à notre passage, au milieu d’une campagne fleurie; que nous eûmes mis en fuite le grand Soliman; que ses trésors et ses domaines furent tombés en notre pouvoir; qu’enfin la Romanie fut en entier conquise et pacifiée, nous nous présentâmes pour mettre le siège devant Antioche. Dans ce siège, nous eûmes beaucoup à souffrir par les attaques des Turcs du dehors et des Païens, qui ne cessèrent de se ruer sur nous avec des forces considérables; en sorte qu’il était plus vrai de dire que nous étions assiégés par ceux que nous tenions fermés dans Antioche. Enfin, après tous ces combats et par suite des brillants succès que nous avons obtenus, la foi chrétienne a triomphé, ainsi que vous allez le voir. Moi, Boémond, ayant fait une convention avec un certain Turc, qui m’a livré la ville, j’ai appliqué des échelles contre le mur un peu avant le jour; et ainsi, le trois des nones de juillet (1), nous nous sommes mis en possession d’une ville qui précédemment refusait de reconnaître le Christ. Nous avons tué Gratien, tyran de cette ville, avec un grand nombre de ses guerriers. Nous sommes restés maîtres de leurs femmes, de leurs fils, de leurs familles, ainsi que de leur or, de leur argent et de tout ce qu’ils possédaient. Nous ne pûmes cependant nous mettre en possession de la citadelle d’Antioche, fortifiée d’avance par les Turcs. Mais lorsque le lendemain nous nous disposions à faire le siège de cette forteresse, nous vîmes se répandre dans les campagnes environnantes une multitude infinie de Turcs que nous savions être en marche pour venir nous attaquer, et que nous avions attendus hors de la ville. Le troisième jour ils nous assiégèrent et firent pénétrer dans cette citadelle un renfort de plus de cent hommes d’armes. Puis, par la porte de ce château, ils tentèrent de se jeter sur la partie de la ville située au bas et qui se trouvait commune aux uns et aux autres. Mais nous qui étions établis sur un autre monticule en face de la forteresse, nous gardâmes la voie qui descendait vers la ville entre les deux armées, pour les empêcher de faire en grand nombre irruption sur nous; et combattant nuit et jour au dedans comme au dehors, nous les contraignîmes de reprendre le chemin de la forteresse en question, et d’y rentrer par les portes par où l’on descendait dans la ville. Lorsqu’ils eurent reconnu que de ce côté ils ne pouvaient rien entreprendre contre nous, ils investirent la ville de toutes parts, en telle sorte qu’on ne pouvait plus ni sortir ni entrer. Cette extrémité porta parmi nous le comble à l’affliction et à la désolation; et au moment de succomber à la faim et à beaucoup d’autres privations, nous tuâmes les chevaux et les ânes qui étaient eux-mêmes exténués; et beaucoup d’entre nous se décidèrent à en faire leur nourriture. Sur ces entrefaites, la clémence miséricordieuse du Dieu tout puissant venant à notre aide et veillant pour nous, nous fîmes dans l’Église du bienheureux Pierre, prince des apôtres, la découverte de la lance du Seigneur, au moyen de laquelle le côté de notre sauveur avait été percé par les mains de Longin; laquelle lance avait été en trois différentes fois révélée à un certain serviteur de Dieu par l’apôtre saint André, qui avait même désigné le lieu où cette lance se trouvait enfouie. Nous fûmes tellement fortifiés et réconfortés par cette découverte et une multitude d’autres révélations divines, que nous qui étions auparavant pleins d’affliction et de terreur, devenus pleins d’audace et d’impatience, nous nous exhortions les uns les autres à combattre. Après avoir soutenu un siège de trois semaines et quatre jours, la veille de la fête des apôtres Pierre et Paul, pleins de confiance en Dieu, et après avoir confessé tous nos péchés, nous franchîmes en grand appareil de guerre les portes de la ville. Nous étions si peu nombreux, que les Turcs assuraient que nous sortions non pour les combattre mais pour fuir. Après nous être préparés et avoir disposé dans un certain ordre l’infanterie et la cavalerie, nous nous portâmes avec résolution au coeur même des forces ennemies; et, au moyen de la lance du Seigneur et dès le commencement de la bataille, nous les contraignîmes à prendre la fuite. Eux cependant, selon leur coutume, commencèrent de toutes parts à se disperser, puis ils tentèrent de nous cerner en occupant les collines et tous les passages qu’ils purent rencontrer. Ils pensaient ainsi assurer notre extermination. Mais la grâce et la miséricorde de Dieu, jointes à l’expérience que nous avions faite dans les précédentes rencontres de leurs ruses et de leurs manoeuvres, nous servirent si bien que nous qui étions si peu nombreux en comparaison d’eux, nous les forçâmes de se réunir sur un seul point; puis, la droite de Dieu combattant avec nous, nous les contraignîmes, ainsi réunis, à prendre la fuite et à nous abandonner leur camp et tout ce qu’il renfermait. Après avoir pendant tout un jour poursuivi les vaincus, et en avoir tué un grand nombre, nous revînmes à la ville pleins de joie et de bonheur. Cependant la forteresse dont nous avons parlé, et l’émir qui l’occupait avec mille hommes, se rendirent à Boémond; et tous sans exception se soumirent entre ses mains au joug de la foi chrétienne. Notre Seigneur Jésus-Christ soumit donc la ville entière d’Antioche à la religion et à la foi romaine. Mais, comme toujours quelque sujet de tristesse vient se mêler aux événements heureux, l’évêque du Puy que vous nous aviez donné comme votre vicaire, mourut le jour des kalendes d’août, après la fin de la guerre dans laquelle il s’était honorablement conduit, et la pacification de la ville.

Maintenant donc, nous tes fils privés du père que tu leur avais donné, nous t’invitons, toi notre père spirituel, qui nous as ouvert cette voie, et nous a fait à tous, par tes exhortations, abandonner nos domaines et tout ce que nous possédions sur la terre; toi qui nous a ordonné de suivre le Christ en portant nos croix, et nous as engagés à glorifier le nom chrétien, nous te conjurons de venir à nous pour accomplir ce que tu nous as conseillé, et de décider tous ceux que tu pourras gagner à se joindre à toi. C’est ici que le nom chrétien a pris son origine. Car, après que le bienheureux Pierre eut été intronisé dans la chaire que nous voyons chaque jour, ceux qui auparavant s’appelaient Galiléens, reçurent habituellement et pour la première fois alors le nom de Chrétiens.

Qu’y a-t-il donc de plus convenable dans l’univers entier, que de te voir, toi le père et la tête de la religion chrétienne, venir à la ville principale et capitale du nom chrétien, et mettre de ta personne fin à la guerre que tu as provoquée? Nous avons, nous, vaincu les Turcs et les Païens; mais nous n’avons pu vaincre les Hérétiques grecs, arméniens, syriens et jacobites. Nous t’invitons donc, notre père très-cher, en renouvelant nos instances, à venir, toi qui est notre père et notre tête, sur le siège de ta Paternité, afin de t’asseoir dans la chaire de saint Pierre, dont tu es le vicaire. Tiens-nous pour des fils obéissant dans toutes les choses bonnes à entreprendre. Tu déracineras et détruiras, par ton autorité et le secours de notre valeur, toutes les hérésies qu’elles soient. Ainsi tu ouvriras avec nous la voie de Jésus-Christ dans laquelle nous sommes entrés à la suite de tes prédications, ainsi que les portes de l’une et de l’autre Jérusalem, et le sépulcre affranchi du Seigneur; et tu élèveras le nom chrétien au-dessus de tout autre nom. Si tu viens à nous, et que tu achèves de parcourir avec nous la voie que tu nous as ouverte, le monde entier t’obéira. Que le Dieu qui vit et règne dans les siècles des siècles t’inspire cette résolution. Ainsi soit-il.

Comte Riant date cette lettre du 11 septembre 1098 dans  » Inventaire des lettres historiques des croisades « , Archives de l’Orient Latin, New York, AMS Press, 1978 (1881), pp. 181-183.

(1) Le texte est ici visiblement altéré. Au lieu de tertio nonas julii, il faut lire comme dans diverses chroniques tertio nonas junii, correspondant au jeudi 3 juin 1098.

Traduction prise dans J.F.A. Peyré, Histoire de la Première Croisade, Paris, Aug. Durand, 1859, vol. 2, pp.481-485.

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Lettre des seigneurs de la croisade aux chrétiens d’Europe

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Bohémond, fils de Robert, Raymond comte de Saint-Gilles, le duc Godefroy, et Hugues-le-Grand, aux fidèles catholiques de l’univers entier, la vie éternelle.

Pour vous faire connaître à tous comment la paix a été conclue entre nous et l’Empereur, et comment, à travers la terre des Sarrasins, nous sommes parvenus jusqu’ici, nous vous avons adressé cet Envoyé qui s’empressera de vous raconter, dans l’ordre des événements, tout ce qui nous est arrivé. D’abord il faut dire qu’au milieu du mois de mai, l’Empereur nous a donné par serment sa foi et la promesse de sa protection, le tout appuyé par des otages, à savoir son neveu et son gendre; promettant en outre de veiller à ce qu’aucun des pèlerins du Saint-Sépulcre ne fût à l’avenir molesté. Il envoya ensuite l’un de ses premiers officiers dans toute l’étendue de ses domaines, et jusqu’à Durazzo, pour porter la défense de blesser en quoi que ce soit les intérêts des pèlerins, sous peine d’encourir le supplice du gibet. Que pouvait-il faire de plus? Revenons maintenant aux événements qui devront combler vos coeurs d’une indicible joie. À la fin du mois de mai, nous nous préparâmes à combattre les Turcs, et les vainquîmes, grâce à Dieu. Dans cette bataille, ils ne perdirent pas moins de trente mille hommes. De notre côté, nous eûmes trois mille morts, qui sans aucun doute jouissent maintenant des gloires de la vie éternelle. À la suite de cette affaire nous avons rassemblé une immense quantité d’or, d’argent, d’armes et de vêtements précieux. Par la force de nos armes nous nous sommes mis en possession de la grande ville de Nicée. Au-delà de cette cité, dans une marche de dix jours, nous avons fait la conquête de plusieurs villes et châteaux. Ensuite nous avons livré une grande bataille devant Antioche, et avons, par la virilité de nos efforts, remporté une éclatante victoire; si bien que l’ennemi a eu soixante-neuf mille morts. De notre côté, notre perte a été de dix mille, qui sont morts dans la paix du Seigneur. Qui a jamais vu un pareil triomphe? Soit que nous vivions, soit que nous mourrions, nous appartenons au Seigneur. Il faut encore que vous sachiez que le roi des Perses nous a mandé qu’il nous présenterait la bataille le jour de la fête de tous les Saints, assurant que s’il reste vainqueur il ne cessera de faire la guerre aux Chrétiens de concert avec le roi de Babylone (du Caire) et la plupart des autres rois païens. S’il perd la bataille, il se fera chrétien avec tous ceux qu’il pourra entraîner à sa suite. En conséquence, nous vous supplions de pratiquer à cette intention le jeûne et les aumônes, et de célébrer la sainte Messe avec dévotion et assiduité. Et spécialement observez dévotement, par les aumônes et les prières, le troisième jour avant la fête, qui se trouve être un vendredi, jour du triomphe du Christ, que nous choisissons pour livrer cette mémorable bataille.

Moi, évêque de Grenoble, j’envoie ces lettres qui m’ont été apportées à Grenoble, à vous archevêque et chanoines de la sainte église de Tours, afin que vous les communiquiez à tous ceux qui viendront à la fête, et par leur moyen, aux différents contrées où ils doivent retourner. Que les uns prodiguent les prières et les aumônes, et que les autres se hâtent d’accourir avec leurs armes.

Comte Riant conclut que la lettre fut écrite entre le 28 juin 1098, la victoire sur Kerbogha, et le milieu de juillet, époque de départ pour Constantinople de Hugues-le-Maisné, dans  » Inventaire des lettres historiques des croisades « , Archives de l’Orient Latin, New York, AMS Press, 1978 (1881), pp. 175-176.

Traduction prise dans J.F.A. Peyré, Histoire de la Première Croisade, Paris, Aug. Durand, 1859, vol. 2, pp. 479-481.

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Découverte de la Sainte-Lance selon Raymond d’Aguilers

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Après la prise de la ville d’Antioche, le Seigneur, déployant sa puissance et sa bonté, fit choix d’un pauvre paysan, né Provençal, par lequel il nous rendit la force à tous, et adressa les paroles suivantes au comte et à l’évêque du Puy: « André, apôtre de Dieu et de notre Seigneur Jésus-Christ, m’a invité, par quatre fois, et ordonné de venir à vous, et de vous livrer, après la prise de la ville, la lance par laquelle notre Sauveur a eu le flanc percé. Or, aujourd’hui, comme j’étais parti avec les autres pour aller combattre en dehors de la ville, j’ai été en revenant, renversé par deux cavaliers, et presque écrasé: triste et succombant à la fatigue, je me suis assis sur une pierre, la douleur et la crainte me faisaient chanceler; alors a paru devant moi le bienheureux André avec un sien compagnon, et il m’a adressé de vives menaces, si je ne m’empressais de vous livrer la lance. » Alors le comte et l’évêque du Puy lui demandèrent de leur rapporter en détail la révélation qu’il avait eue, et la vision de l’apôtre, et il leur répondit: « Lors du tremblement de terre qui eut lieu après Antioche, tandis que l’armée des Francs l’assiégeait, je fus saisi d’une si grande frayeur que je ne pus dire que ces mots: ‘Dieu, aide-moi.’ C’était au milieu de la nuit; j’étais couché, et n’avais dans ma cabane personne dont la société me rassurât. Comme ce saisissement dont j’ai parlé se prolongeait toujours et allait croissant, deux hommes parurent devant moi, portant le vêtement le plus brillant: l’un était plus âgé, avait des cheveux gris et blancs, des yeux noirs et bien adaptés à sa physionomie, une barbe blanche, large et très longue, et une taille moyenne. L’autre était plus jeune, plus grand et plus beau de forme que ne sont les enfants des hommes. Le plus vieux me dit: ‘Que fais-tu?’ Et moi je tremblais de tous mes membres, parce que je savais que personne n’était auprès de moi. Je lui répondis: ‘Qui es-tu?’ Et il me dit: ‘Lève-toi, ne crains rien, et écoute ce que je vais te dire: je suis André l’apôtre. Rassemble l’évêque du Puy, le comte de Saint-Gilles et Pierre Raymond d’Hautpoul, et alors tu leur diras: ‘Pourquoi l’évêque néglige-t-il de prêcher, d’avertir et de bénir le peuple avec la croix qu’il porte sur lui? Cela serait cependant for utile;’ et il ajouta: ‘Viens, et je te montrerai la lance de notre Père Jésus-Christ que tu donneras au comte; car Dieu la lui a destinée depuis le moment qu’il est né.’ Je me levai donc, et le suivis dans la ville, ne portant aucun autre vêtement que ma chemise. Et il m’introduisit par la porte du nord dans l’église du bienheureux Pierre, dont les Sarrasins avaient fait une mosquée. Il y avait dans l’église deux lampes qui répandaient autant de lumière que s’il eût fait jour en plein midi; il me dit: ‘Attends ici;’ et il m’ordonna de m’appuyer sur la colonne qui était la plus proche des marches par lesquelles on monte à l’autel du côté du midi, et son compagnon se tint loin devant les marches de l’autel. Étant alors entré sous terre, saint André en retira la lance, la remit entre mes mains, et me dit: ‘Voici la lance qui a percé le flanc d’où est sorti le salut du monde entier;’ et comme je la tenais en main, versant des larmes de joie, je lui dis: ‘Seigneur, si vous le voulez, je la porterai et la remettrai au comte;’ et il me répondit: ‘Tu le feras sans le moindre retard, aussitôt que la ville sera prise; alors tu viendras avec douze hommes, et tu la chercheras en ce lieu d’où je l’ai tirée, et où je vais la renfermer.’ Et il la referma. Ces choses faites, il me ramena par-dessus les murailles de la ville dans ma maison, et ils se retirèrent de moi. Alors réfléchissant en moi-même sur ma pauvreté et sur votre grandeur, je craignis de me rendre auprès de vous. Après ce temps, comme j’étais allé vers un château situé auprès de Roha [Édesse] pour chercher des vivres, le premier jour du carême et au premier chant du coq, le bienheureux André m’apparut avec les mêmes habits, et le compagnon qui l’avait suivi pour la première fois, et une grande clarté remplit ma maison, et il me dit: ‘Dors-tu?’ Étant ainsi réveillé, je lui répondis: ‘Non, mon Seigneur, je ne dors pas.’ Et il me dit: ‘As-tu dit ce que je t’ai depuis longtemps prescrit de dire?’ Et je répondis: ‘Seigneur, ne vous ai-je pas prié de leur envoyer un autre que moi? car, tremblant dans ma pauvreté, je n’ai pas osé aller à eux.’ Et il me dit: ‘Ne sais-tu pas pourquoi Dieu vous a amenés ici, combien il vous chérit, et combien il vous a spécialement élus? À cause qu’on l’a méprisé, et pour venger les siens, il vous a fait venir ici. Il vous chérit tellement que les saints qui sont déjà dans le repos, connaissant par avance la grâce de ses dispensations divines, voudraient être eux-mêmes en chair, et s’unir à vos efforts. Dieu vous a élus parmi toutes les nations comme les épis de froment sont triés au milieu de l’avoine; car vous êtes supérieurs en mérites et en grâce à tous ceux qui sont venus avant et qui viendront après vous, comme l’or est supérieur en valeur à l’argent.’ Après cela ils se retirèrent, et je fus accablé d’une telle maladie, que je perdis l’usage de la vue, et que je disposai, dans ma pauvreté, de mes petites ressources. Alors je commençai à réfléchir en moi-même, et à penser que ces maux m’étaient justement survenus à cause de ma négligence pour la vision de l’apôtre. M’étant donc rassuré, je revins auprès des assiégeants. Mais là, considérant de nouveau mon extrême pauvreté, je craignis encore, si je me rendais auprès de vous, d’être traité par vous d’homme affamé, et qui ne ferait de tels rapports que pour obtenir de quoi vivre, et cette fois encore je me tus. Cependant, un certain temps s’étant écoulé, comme je me trouvais au port de Saint-Siméon, et que j’étais couché sous une tente avec mon seigneur Guillaume Pierre, le bienheureux André se présenta suivi du même compagnon, et avec le même vêtement que j’avais vu auparavant, et me parla ainsi: ‘Pourquoi n’as-tu pas dit à l’évêque, au comte et aux autres ce que je t’avais ordonné de dire?’ Et je répondis: ‘Ne vous ai-je pas prié, Seigneur, d’envoyer en ma place un autre qui fût plus sage que moi, et que l’on voulût entendre? De plus, les Turcs sont sur la route, et ils tuent ceux qui vont et viennent.’ Et saint André me dit: ‘Ne crains rien, car ils ne te feront point de mal. Tu diras en outre au comte que lorsqu’il sera arrivé auprès du fleuve Jourdain, il ne s’y baigne point, mais qu’il passe en bateau; et lorsqu’il aura passé, revêtu de sa chemise et de son justaucorps de lin, qu’il se fasse asperger avec les eaux du fleuve, et lorsque ses vêtements seront séchés, qu’il les dépose et les conserve avec la lance du Seigneur.’ Et mon seigneur Guillaume Pierre entendit ces choses, quoiqu’il ne vît point l’apôtre. M’étant donc rassuré, je retournai à l’armée, et lorsque je voulus vous rapporter tout cela, je ne pus vous réunir tous. Je partis donc pour le port de Mamistra; là, ayant voulu m’embarquer pour aller dans l’île de Chypre chercher des vivres, le bienheureux André m’adressa les plus fortes menaces, si je ne retournais au plus tôt, et ne nous rapportais ce qui m’avait été prescrit. Je réfléchis alors en moi-même comment je retournerais au camp; car ce port était éloigné de notre armée de trois journées de marche environ, et je me mis à pleurer amèrement, ne voyant aucun moyen de m’en retourner. Alors, invité par mes compagnons et mon Seigneur, je m’embarquai, et nous nous mîmes en route pour aller dans l’île de Chypre; mais lorsque nous eûmes navigué toute la journée, et jusqu’au coucher du soleil par un bon vent et à l’aide de rames, il s’éleva tout à coup une tempête, et en une heure ou deux nous rentrâmes dans le port que nous avions quitté. Là j’essuyai une maladie très grave. Lorsque la ville d’Antioche a été prise, je suis venu vers vous, et maintenant, si cela vous plaît, assurez-vous de la vérité de mes paroles. »

L’évêque pensa que ce n’étaient là que de vaines paroles; mais le comte y crut tout aussitôt, et confia à Raymond, son chapelain, la garde de celui qui avait fait ce rapport.

[...]

Les nôtres donc s’était un peu rassurés attendirent le cinquième jour que le prêtre leur avait annoncé. Le lendemain, après avoir fait les préparatifs nécessaires avec l’homme qui avait parlé de la lance, ayant fait sortir tout le monde de l’église du bienheureux Pierre, nous commençâmes à faire une fouille. [...] Après qu’ils eurent creusé depuis le matin jusqu’au soir, vers le soir quelques-uns commencèrent à désespérer de trouver la lance. Le comte s’était retiré pour aller veiller à la garde d’un fort; et à sa place, ainsi qu’à la place de ceux qui s’étaient fatigués à travailler, nous en faisions venir d’autres, afin que l’ouvrage fût poussé avec vigueur. Le jeune homme qui avait parlé de la lance, voyant que nous nous fatiguions, ôta sa ceinture et ses souliers, et descendit en chemise dans la fosse, nous suppliant d’implorer Dieu, afin qu’il nous livrât la lance, pour rendre le courage à son peuple et assurer la victoire. Enfin, par la grâce de sa miséricorde, le Seigneur nous montra sa lance; et moi qui écris ceci, au moment où l’on ne voyait encore que la pointe paraître au dessus de la terre, je la baisai. Je ne saurais dire quels transports de joie remplirent alors toute la ville. La lance fut trouvée le 14 juin.

[Mais lorsque l’authenticité de la Lance est remise en question, Pierre Barthélemy propose de subir l’ordalie pour prouver ses dires]

« Je veux et je supplie qu’on fasse un très grand feu; je passerai au travers avec la lance du Seigneur. Si c’est la lance du Seigneur, je passerai sain et sauf; si c’est une fausseté, je serai brûlé par la feu, car je vois que l’on ne croit ni aux apparitions ni aux témoins. » Ces propositions nous plurent, et après lui avoir ordonné un jeûne, nous annonçâmes qu’on allumerait le feu le jour où notre Seigneur a été couvert de plaies, et mis sur la croix pour notre salut. Le jour où ces choses se passèrent était la veille du vendredi.

Au jour fixé et dès le matin, on fit les préparatifs du feu, qui se trouvèrent terminés après midi. Les princes et le peuple se rassemblèrent au nombre de quarante mille hommes; les prêtres y assistèrent pieds nus et portant leurs vêtements sacerdotaux. On fit en branches sèches d’olivier un bûcher qui avait quatorze pieds en longueur: il y avait deux monceaux de bois, entre lesquels on avait laissé un vide d’un pied de largueur environ, et chacun des deux monceaux de bois avait quatre pieds de hauteur. Lorsque le feu fut violemment allumé; moi, Raymond, je dis en présence de toute la multitude: « Si Dieu tout-puissant a parlé à cet homme face à face, et si le bienheureux André lui a montré la lance du Seigneur, tandis qu’il veillait lui-même, qu’il passe à travers ce feu sans être blessé: mais s’il en est autrement, et si ce n’est qu’un mensonge, qu’il soit brûlé avec la lance qu’il portera dans ses mains. » Et tous fléchissant les genoux, répondirent: « Amen! »

Cependant le feu était tellement ardent que la flamme s’élevait dans l’air à trente coudées, et que nul ne pouvait s’en approcher. Alors Pierre Barthélemy, revêtu seulement d’une tunique, fléchissant les genoux devant l’évêque d’Albar, prit Dieu à témoin « qu’il l’avait vu lui-même face à face sur la croix, et qu’il avait appris les choses qui sont écrites ci-dessus de lui et des bienheureux apôtres Pierre et André; qu’il n’avait lui-même inventé aucune des choses qu’il avait dites sous le nom de saint André, ou de saint Pierre, ou du Seigneur lui-même, et que s’il avait menti en rien, il ne pût jamais traverser le feu qui était devant lui. Quant aux autres péchés qu’il avait commis contre Dieu et son prochain, il pria que Dieu les lui remît, et que l’évêque, tous les autres prêtres et le peuple qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle priassent pour lui. » Après cela, l’évêque lui ayant remis la lance entre les mains, il fléchit encore le genou, fit le signe de la croix et entra d’un pas ferme, et sans la moindre crainte, dans le feu, portant toujours la lance; il s’arrêta sur un certain point au milieu des flammes, et traversa ensuite par la grâce de Dieu.

[...]

Après que Pierre Barthélemy fut sorti du feu, si bien que sa tunique ne fut point brûlée, et qu’on ne put non plus découvrir aucun indice de la moindre atteinte sur la pièce d’étoffe très fine avec laquelle on avait enveloppé la lance du Seigneur, le peuple se jeta sur lui, lorsqu’il eut fait sur tout le monde le signe de la croix, avec la lance du Seigneur, et crié à haut voix: « Dieu nous aide; » le peuple, dis-je, se jeta sur lui, le renversa à terre, et il fut foulé aux pieds au milieu de cette immense multitude, chacun voulant le toucher, ou prendre quelque chose de son vêtement, pour s’assurer que c’était bien lui. On lui fit ainsi trois ou quatre blessures dans les jambes; en lui enlevant des morceaux de chair, on lui brisa l’épine du dos, et on lui enfonça les côtes. Il eût même expiré sur la place, à ce que nous présumons, si Raymond Pelet, chevalier très noble et très fort, n’eût rassemblé aussitôt un groupe de ses compagnons, et s’élançant au milieu de cette foule agitée n’eût délivré Pierre, en combattant pour lui jusqu’à s’exposer aux plus grands dangers. Nous même alors nous étions rempli de sollicitude et d’angoisse, en sorte que nous ne saurions en dire davantage sur ce point. »

[Pierre Barthélemy mourut quelques jours après l’ordalie…]

Traduction par F. Guizot et R. Fougères, Histoire des Francs qui ont pris Jérusalem, Paris, Paléo, 2003, pp. 63-69; 72-74; 156-161.

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Bataille de Montgisard

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Le 25 novembre 1177

La bataille de Montgisard est probablement l’une des plus belles victoires des armées chrétiennes, principalement franque donc principalement venant de France.

Une grande partie des armées franques sont en Syrie. Saladin veut profiter de ce moment pour fondre sur Jérusalem. Saladin se dirigea d’abord sur Gaza mais les templiers prévenus de l’arrivée de Saladin ont fortifié à la hâte le château. Saladin préféra donc contourner pour aller à la ville d’Alascon. Baudouin IV avec ses chevaliers fondit vers la ville pour la défendre. Saladin encore une fois préféra rebrousser chemin et se diriger directement vers Jérusalem.

Cependant il préféra éparpiller une partie de son armée pour permettre le pillage et également de harceler par vagues d’attaques les positons chrétiens. Saladin ne pensait pas que Baudouin IV était un danger avec autant peu d’homme ce qui fut une erreur comme nous pourrons le voir plus tard. Saladin prit sur le chemin la ville de Ramala et assiégea la ville de Lydda et Arsuf. Baudouin IV comprit qu’il avait à une carte à jouer et réunit le plus de chevaliers possibles disponibles, estimés à 300 – 400 chevaliers, de 80 templiers et d’une petite centaine de fantassins.

Le lieu ou les forces franques de Baudouin IV et celle de Saladin se rejoignirent, fut sur le Montgisard à l’ouest de Jérusalem à Tell al-Safiya. Malgré qu’une partie de l’armée de Saladin était décomposée, les chevaliers se retrouvèrent à 1 contre 20. Baudouin était accompagné par le tumultueux Renaud de Châtillon, seigneur de Kerak, de Balian d’Ibelin et ‘surtout’ des reliques de la Sainte Croix, malgré les réticences des religieux. Les reliques avait également un effet dévastateur auprès des ennemis arabes, puisque utilisés dans de nombreuses victoires apportait un effet psychologique non négligeable, surtout que la croix qui représentait les reliques était visible de très loin.

L’armée dirigée par Saladin, déjà battu par Baudouin IV en 1176, est composée d’environ 30 000* éléments guerriers. Il faut cependant relativiser la grande majorité des armées Sarrazins étaient en général peu entraînées et pas très disciplinées. Ce qui n’enlève rien à la charge héroïque de l’armée franque d’autant plus que la faiblesse tactique des armées arabes était compensée par une armée largement plus nombreuse en nombre. On peut faire un rapprochement inverse avec la bataille de Thermopyles, qui malgré la bravoure de Léonidas et de 300 hoplites spartiates, ont succombé dans la totalité aux milliers de Perses. Le nombre est souvent un facteur de réussite guerrière surtout avec un effet psychologique dévastateur.

C’est donc « comme une mer » que l’armée arabe se présente contre les forces de Baudouin IV. À ce moment-là Saladin est totalement abasourdi ! il ne s’attendait pas du tout à voir Baudouin IV, c’est donc une attaque surprise et considérée comme suicidaire.

Il faut imaginer une marée humaine qui pour l’époque était déjà très impressionnante. Michel le Syrien dit : « Quand le Dieu qui fait paraître sa force dans les faibles, inspira le roi infirme… Il descendit de sa monture, se prosterna la face contre terre devant la Croix (saintes reliques) et pria avec des larmes. À cette vue le cœur de tous ses soldats fut ému. Ils étendirent tous la main sur la croix et jurèrent de ne jamais fuir et, en cas de défaite, de regarder comme traître et apostat quiconque fuirait au lieu de mourir ». Les saintes reliques étaient souvent emportées pendant les combats. On peut remarquer par ailleurs la similitude avec l’état d’esprit de l’époque des chevaliers français avec le goût du challenge et du sacrifice qui fera merveille plus tard Bouvines. On peut imaginer l’émotion face à une telle armée, surtout en étant aussi peu nombreux.

A la surprise générale, Les chevaliers francs fondirent courageusement sur les hommes de Saladin et comme dans du beurre éventrèrent l’armée arabe. Ce fut un réel carnage, l’armée de Saladin est complètement submergée par 400 chevaliers. Plusieurs officiers musulmans furent tués, mais surtout Saladin failli mourir.

Protégé par sa garde rapprochée de mameluk d’environ 1000 hommes, les chevaliers vont à nouveau fondre comme une masse, au point de se rapprocher dangereusement de Saladin. Il est à deux doigts de se faire tuer, mais réussit à la faveur d’une nuit tombante à s’enfuir dans le désert. L’armée de Saladin est presque anéantie et les rares survivants éparpillés dans le désert.

La victoire fut écrasante et pesa lourd dans l’esprit de Saladin et de son armée. Les forces franques, on pourrait presque dire française, était globalement déjà très redoutée et cette victoire à 1 contre 20 était de nature à mystifier et faire peur à une majorité de soldats arabes. Saladin semble t-il avait un respect de Baudouin IV et préférait dans certains cas ne pas pouvoir se battre, ce qui à donné à Saladin le terme « Saladin le sage ». Il fut plus sage par rapport au fait qu’il économisait son armée et des massacres inutiles que par sa générosité.

Cette victoire éclatante d’un roi diminué par la lèpre (maladie terrible pour l’époque, car atroce et profondément mutilante) fit de Baudouin IV un roi légendaire, qui préférait mourir malade au combat que dans un lit à attendre sagement la fin comme lui conseillait par ailleurs hardiment la majorité de sa cour. Elle permit par ailleurs de contracter un accord entre Saladin et Baudouin IV, permettant pendant environ quatre ans une relative paix.

Ps:

La bataille des chiffres est aussi difficile à trancher. Certains disent qu’ils étaient ‘que’ 7000 -8000 d’autres plutôt 20 000 et puis d’autres proches de 30 000. Le rationnel voudrait que qu’ils ne soit ‘que 7000 -8000 ‘ mais cela ne veut pas dire que c’est vrai. Les armées ‘professionnelles’ de Saladin étaient surtout composé de mameluck et de cavalier mais qui étaient très loin de représenter la majorité de son armée. La grande majorité était composé de guerriers pris sur le tars, souvent inexpérimenté et à pieds, face à des chevaliers ils n’avaient donc très peu de chance de survivre. De plus l’armée de Saladin à été mainte fois très largement en surnombre face aux armées francs, ce qui ne préjugeaient pas du tout des victoires. La victoire de Hattin par Saladin est lié plus à une imbécilité tactique des armées francs qu’une réelle suprématie militaire.

 http://www.montjoye.net/bataille_de_montgisard_1177

 

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 24 juin, 2007 |Pas de commentaires »

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