Archive pour mars, 2007

POEMES DE CHEVALIERS….

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RICHARD I er 
Cœur de Lion 
(1157 –1199) 

Jamais nul prisonnier ne tiendra son propos
Adroitement, si ce n’est comme un homme affligé ;
Pour consolation, il peut faire une chanson…
J’ai de nombreux amis, mais pauvres sont les dons :
La hante leur viendra, si faute de rançon
          Je suis deux hivers prisonnier !

Ils ne l’ignorent pas, mes hommes ,mes barons,
Les Anglais et Normands, Poitevins et Gascons,
Que je n’avais nul compagnon, si pauvre soit-il,
Que j’eusse abandonné, faute d’avoir, en prison :
Je ne le dis pas en manière de reproche,
          Mais je suis encore prisonnier !

Maintenant, à mes yeux, c’est vrai certainement
Qu’un mort ni prisonnier n’ont ami ni parent,
Quand on m’abandonne pour de l’or ou de l’argent.
J’en suis soucieux pour moi, pour mes gens plus encore,
Parce qu’après ma mort, grand sera leur opprobre
          Si je suis longtemps prisonnier.

Il n’est pas étonnant si j’ai le cœur dolent,
Dés lors que mon seigneur tient ma terre en tourment.
S’il lui revenait à l’esprit notre serment,
Que nous jurâmes tous deux mutuellement,
J’en suis persuadé, en ce lieu longuement
          Je ne serai pas prisonnier !

Ils le savent, ceux d ‘Anjou, ceux de la Touraine,
Ces jeunes à présent riches et bien portants,

Que je suis détenu, loin d’eux, aux mains d’autrui.
Ils m’aimaient fort, mais à présent ne m’aiment pas.
De beaux exploits les plaines sont maintenant vides,
          Parce que je suis prisonnier !

Mes compagnons – je les aimais et je les aime -,
Ceux de Caen comme ceux du pays percheron,
Dis-leur pour moi, chanson, combien ils sont peu sûrs,
Que mon cœur envers eux jamais n’eut de bassesse ;
Ils sont, s’ils me guerroient, on ne peut plus vilain,
          Tant que je serai prisonnier.

Qu’il sauve et protège votre valeur souveraine,
Comtesse ma sœur, Celui à qui je me plains
          Et pour qui je suis prisonnier.

Je n’évoque pas celle du pays chartrain,
         
La mère de Louis

                                                                   

 

                             CHRESTIEN de TROYES 
                                                          (vers 1135 – après 1190 )
I
l est le premier de nos auteurs de chevalerie. 
Son œuvre fut rédigée entre 1162 et 1182 entre autre comprend  » Perceval  » Yvain ou le chevalier au lion. Il y mêle le réalisme au merveilleux, une langue claire à un souci musical. Henri I, dit le Libéral, et sa femme Marie, fille d’Eléonore d’Aquitaine, furent ses protecteurs à la Cour de Champagne.

YVAIN OU LE CHEVALIER DU LION

La fontaine verra qui bout
Quoique plus froide que le marbre.
Ombre lui fait le plus bel arbre
Que jamais sut faire Nature.
En tout temps la feuille lui dure,
Il ne la perd soir ni matin,
Et y pend un basin d’or fin
Au bout d’une si longue chaîne
Qu’elle va jusqu’à la fontaine.
Près la fontaine trouveras
Un perron tel que tu verras
(Je ne puis pas te dire quel
Car jamais je n’en vis de tel),
Et d’autres part une chapelle,
Petite, mais elle est très belle.
Si au bassin tu veux l’eau prendre
Et dessus le perron répandre,
Là tu verras quelle tempête,
Qu’en ce bois ne restera bête,
Chevreuil ni daim, ni cerf ni porc.
Les oiseaux en voleront hors,
Car tu verras tant foudroyer,
Venter et arbres dépecer,
Pleuvoir, tonner et éclairer,
Car si tu te peux en aller,
Sans grand ennui et sans souffrance,
Tu auras eu meilleure chance
Que chevalier qui onque y fut.

………..

De fil d’or et de soie ouvraient
Chacune au mieux qu’elle savait.
Mais telle pauvreté avaient
Que aux coudes et aux mamelles
Leurs robes étaient en dentelle
Et les chemises au dos sales.
Les cous grêles, visages pâles
De faim et de malaise avaient.

Toujours draps de soie tisserons
Et n’en serons pas mieux vêtues,

Toujours seront pauvres et nues
Et toujours faim et soif aurons ;
Jamais tant gagner ne saurons
Que mieux en ayons à manger.
Du pain en avons sans changer
Au matin peu et au soir moins ;
Car de l’ouvrage de nos mains
N’aura chacune pour son vivre
Que quatre deniers de la livre
Et de cela ne pouvons pas
Assez avoir viande et draps ;
Car qui gagne dans sa semaine
Vingt sous n’est mie hors de peine.
Et bien sachez le donc vous tous
Qu’il n’y a celle d’entre nous
Qui ne gagne vingt sous au plus.
De cela serait riche un duc !
Et nous sommes en grande misère,
Mais s’enrichit de nos salaires
Celui pour qui nous travaillons ;
Des nuits grand’partie veillons.

                                              JAUFRE RUDEL
                                                               ( ?…vers 1147 )
T
roubadour, il chanta  » l’amour lointain.  » Les chroniqueurs du XIII éme siècle racontèrent comment.
La comtesse de Tripoli, en terre lointaine, vit mourir ce poète qui s’était croisé pour venir la voir,
sur la renommée de sa grande beauté.
Légende ou non, Jaufre Rudel est un des meilleurs chanteurs de l’amour courtois.

Ne sais chanter qui ne dit rien
Ni vers trouver qui ne dit mot
Nul ne sait comme il va des vers
Si leur mouvement ne l’anime
Ainsi commence ici mon chant
Plus l’ouïrez, plus il plaira.

Que nul de moi ne s’émerveille :
J’aime qui jamais me verra,
D’autre amour en mon cœur il n’y a
Sauf d’une dame jamais vue
Nulle joie ne me réjouit
Je ne sais quel bien m’en viendra.

Coup de joie me frappe et m’occit.
Et le dard d’amour me dessèche
La chair dont tout mon corps maigrit,
Jamais je ne reçus tel coup,
Pour nulle autre tant me languit
Jamais cela ne s’est produit.

Jamais si doux ne m’endormis
Que mon esprit n’aille là-bas
Je n’eus jamais tant de tristesse
Que mon cœur ne fut plus ici
Quand je me réveille au matin
Tout mon beau délice s’en va.

Bien sais que d’elle n’ai joui
Jamais de moi ne jouira,
Ni pour son ami me tiendra,
Ni promesse ne ‘en fera ;
Ne m’a dit vrai, ni ne mentit
Ne sais si jamais le fera.

Bon est ce chant, je n’y faillis,
Toute chose y est bien en place
Celui qui de moi l’apprendra
Qu’il ne l’abîme ou le massacre
Car ainsi l’auront en Quercy
Bertrand le comte de Toulouse.

Bon est ce chant, et qu’ils en fassent
Quelque chose qu’on chantera.

°°°°°°°°°°°

                                                              MARIE de FRANCE
                                                                      (XII e siècle)

Née à Compiègne elle vécut en Angleterre. Elle a traduit des fables du latin, mais c’est surtout les 
 » Douze Lais Bretons  » dédiés à Henry II Pantagenet qui la révélèrent.
Ils sont au départ de autres contes de fées.

D ‘eux deux il en était ainsi
Comme du chèvrefeuille était
Qui au coudrier se prenait
Quand il s’est enlacés et pris
Et tout autour le fut s’est mis,
Ensemble peuvent bien durer
Qui les veut après désunir
Fait tôt le coudrier mourir
Et le chèvrefeuille avec lui.
- » Belle amie, ainsi est de nous :
Ni vous sans moi, ni moi sans vous.  »

                                                           LA COMTESSE DE DIE.
                                                                        XII e siècle
Née Beatrix de Viennois, belle et noble dame, selon les manuscrits elle s’éprit de Rimbaut d’orange, et fit de lui maintes bonnes chansons. 
Première des femmes troubadour, son audace et son style font déjà penser à Louise Labé.


Ne sais chanter qui ne dit rien
Ni vers trouver qui ne dit mot
Nul ne sait comme il va des vers
Si leur mouvement ne l’anime
Ainsi commence ici mon chant
Plus l’ouïrez, plus il plaira.

Que nul de moi ne s’émerveille :
J’aime qui jamais me verra,
D’autre amour en mon cœur il n’y a
Sauf d’une dame jamais vue
Nulle joie ne me réjouit
Je ne sais quel bien m’en viendra.

Coup de joie me frappe et m’occit.
Et le dard d’amour me dessèche
La chair dont tout mon corps maigrit,
Jamais je ne reçus tel coup,
Pour nulle autre tant me languit
Jamais cela ne s’est produit.

Jamais si doux ne m’endormis
Que mon esprit n’aille là-bas
Je n’eus jamais tant de tristesse
Que mon cœur ne fut plus ici
Quand je me réveille au matin
Tout mon beau délice s’en va.

Bien sais que d’elle n’ai joui
Jamais de moi ne jouira,
Ni pour son ami me tiendra,
Ni promesse ne ‘en fera ;
Ne m’a dit vrai, ni ne mentit
Ne sais si jamais le fera.

Bon est ce chant, je n’y faillis,
Toute chose y est bien en place
Celui qui de moi l’apprendra
Qu’il ne l’abîme ou le massacre
Car ainsi l’auront en Quercy
Bertrand le comte de Toulouse.

Bon est ce chant, et qu’ils en fassent
Quelque chose qu’on chantera.

CHANSON

Grande peine m’est advenue
Pour un chevalier que j’ai eu,
Je veux qu’en tous les temps l’on sache
Comment moi, je l’ai tant aimé ;
Et maintenant je suis trahie,
Car je lui refusais l’amour
J’étais pourtant en grand’ folie
Au lit comme toute vêtue.

Combien voudrais mon chevalier
Tenir un soir dans mes bras nus,
Pour lui seul, il serait comblé
Je ferais coussin de mes hanches ;
Car je m’en suis bien plus éprise 
Que ne fut Flore de Blanchefleur.
Mon amour et mon cœur lui donne
Mon âme, mes yeux et ma vie.

Bel ami, si plaisant et bon
Si vous retrouve en mon pouvoir
Et me couche avec vous un soir
Et d’amour vous donne un baiser
Nul plaisir ne sera meilleur
Que vous, en place de mari
Sachez le, si vous promettez
De faire tout ce que je voudrais .

Gace Brulé   
1159 ? – après 1213 

 Chevalier de petite noblesse, résident probablement, dans la Brie Champenoise, au sud de Meaux.  Gace Brulé fut l’un de nos premiers trouvères, chanteur professionnel, il s’est produit parfois loin de chez lui. Il a entretenu de bonnes relations avec les trouvères de son époque. Sur 108 pièces que lui attribuent les copistes médiévaux, 69 au moins sont authentiques, dont 67 chansons d’amour, ce qui constitue l’œuvre la plus importante laissé par un trouvère – avec celle de Thibaut de Champagne. Gace Brulé représente la conception classique de la fine amor en poésie. 

A la douceur de la belle saison,
Quand reverdit, splendide, toute chose,
Que les prés sont beaux et les vergers et les buissons
Et que les oiseaux chantent sur la fleur,
J’ai le cœur en joie, alors que tous laissent l’amour :
De loyal ami je ne vois que moi.
Seul je veux aimer, et seul je veux cet honneur.

Ils m’ont beaucoup accablé, les traîtres trompeurs
Avec raison, car jamais je ne les aimai,
Leur racontar, leur fausse accusation
Ont fait croire que j’étais des leurs.
J’en perdis la joie, ma douleur s’en accrut,
Car je ne sus me garder de la trahison ;
J’en redoute encore traîtres et menteurs.

Je ne sais comment me comporter avec ces gens
Qui font leur possible pour délaisser l’honneur ;
Autant que je m’aime, il me faut les haïr
Ou j’échouerai à obtenir ma grande joie.
Rien de plus fastidieux que de me souvenir d’eux,
Mais je les hais tant que je ne peux m’en retenir :
Ils ne laisserons jamais leur office.

Dieu me fasse dés lors si bien servir ma dame
Qu’ils aient a souffrir en voyant ma joie.
Envers elle devrait me valoir grande estime
Ma loyauté, qui ne peut ne pas être.
Mais il ne me semble pas encore
Qu’elle veuille me gratifier d’aucun des biens
Dont j’ai souffert les maux avec bon espoir.

Je n’y peux rien si ma dame consent
A tromper son homme lige en cet amour :
J’ai appris à aimer loyalement
Et je ne veux jamais m’en repentir.
Elle devrait m’aider à son possible,

Vu que je l’aime aussi amoureusement
Sans pouvoir aimer ni prier une autre.

                    

Quand je vois le temps bel et clair
            D’avant la neige et la gelée,
            Je chante pour me consoler :
            La joie je l’ai trop oubliée.
            Je m’étonne de pouvoir durer
            Quand sans cesse veut m’accabler celle
            Qui au monde est la mieux aimée.

Elle me sait inapte à changer :
            Je crains qu’elle ne m’en haïsse.
            Mais je n’en suis pas à blâmer,
            Puisque telle est ma destinée :
            J’ai été créé pour l’aimer.
            Que Dieu ne m’y laisse frauder,
            Même si elle a juré ma mort !

CONON DE BETUNE 
(vers 1150 – vers 1220)

Grand seigneur d’Artois, apparenté à la maison de Flandre, Conon de Bétune eut un rôle politique et militaire de premier plan. Il fut un héros de la quatrième croisade. Son parent Huon d’Oisy l’avait formé très jeune à la pratique de la poésie. Homme d’action et poète, tempérament passionné, Conon de Bétune sait au besoin user de véhémence, et infuser les thèmes courtois de subjectivité.

C’était naguère – en un autre pays :
Un chevalier fut d’une dame épris;
Tant que la dame eut justement du prix,
L’aimer lui fut interdit, refusé;
Un jou enfin elle lui dit: »Ami,
M’avez vous assez bercée de paroles !
L’amour est maintenant connu, prouvé:
Me voici toute à votre volonté. »

Le chevalier à fixer son visage
La vit très pâle et le teint altéré,
« Dame,dit-il,je suis bien sur mal loti
De n’avoir su cette pensée naguère !
Votre beau visage de fleur de lis
Est si changé pour moi, de mal en pis:
J’ai l’impression que vous m’êtes volée !
Il est tard, dame, pour vous décider ! »

Quand elle s’entendit ainsi railler,
Mortifiée, la dame dit méchament:
« Seigneur chevalier, vous faites bien rire !
Me croyez-vous serieuse à vous le dire ?
Certes, jamais ce ne fut mon idée !
Prétendre aimer une dame de prix ?
Non, vous auriez ,pour sûr, plutôt envie
D’étreindre et d’embrasser un beau jeune homme !

-Dame, dit-il, j’ai entendu parler
De votre beauté, mais pas ces temps-ci;
De Troie aussi j’ai entendu conter
Que jadis elle fut d’une rare puissance:
Hormis le site, on n’y peut rien trouver !
Aussi je vous conseille d’éviter
Qu’ils soient taxés d’hérésie, ceux-là 
Qui désormais ne vous voudront aimer.

- Seigneur chevalier, vous vous méprenez
A m’avoir fait reproche de mon âge !
Ma jeunesse, l’aurais-je tout usée,
Je reste riche et de si haut parage
Qu’on m’aimerait sans beaucoup de beauté.
A ce jour, voilà moins d’un mois entier,
Le marquis m’envoyait son messager;
Le Barrois, pour que je l’aime, a pleuré.

-Dame,dit-il, vous vous êtes fait tort
De vous fier à votre domination;
Mais sept déjà ont soupiré pour vous,
Et, seriez vous princesse de Carthage,
Ils n’en auront plus jamais de désir.
Loin qu’on l’aime au nom de sa parenté,
Une dame est aimée quand elle est belle et sage :
Vous en saurez bientôt la vérité . »

                                    HELINANT DE FROIDMONT
                                      
   (vers 1160 – après 1229) 

Trouvère renommé, très jeune, à la cour du roi Philippe Auguste, Hélinant, vers l’age de vingt ans, se convertit à la vie monastique. Entre 1194 et 1197, il compose les Couplets de la mort . Renouant avec la tradition prophétique, Hélinant interpelle ou évoque la mort. La forme strophique probablement neuve, le maniement adroit de la rhétorique et la multiplication des images saisissantes servent un doubler dessein : fustiger le matérialisme du siècle et pousser à se croiser ceux qui tardent à en accomplir le vœu.

LES COUPLETS DE LA MORT

Mort subite est la bien nommée 
Quand la vie n’est pas ordonnée 
Avant que l’âme quitte le corps ;
Pour l’âme en allée de la sorte,
Il vaudrait mieux n’être pas née,
Tant lui coûte le temps dehors.
Aussi n’est il plus grand trésor
Que la peur de Dieu par bonne mœurs
Dans un jeune cœur enracinée,
Le corps, quel qu’il soit, blanc ou brun,
Retient volontiers la saveur
De ce dont l’âme eut la primeur.

Que vaut ce que ce monde fait ?
Mort en une heure tout défait,
Sans s’amuser à le refaire.
Que vaut ce qu’avarice attire ?
Mort en une heure tout retire,
Jamais perdante à mal jouer.
Mort fait taire le plus disert,
Redoubler de cris les rieurs,
Mort rend toujours le beau temps laid :
Mort fait valoir et sac et haire
Autant que pourpre et robe vaire ;
Mort contre tous plaide en procès.

Que vaut beauté, que vaut richesse,
Que vaut honneur, que vaut grandeur,
Dès lors que Mort tout à sa guise,
Nous envoie pluie et sécheresse, 
Qu’elle tient tout en sa puissance,

Ce qu’on méprise et ce qu’on prise ?
Qui maîtrise la peur de Mort
Par là même la Mort attise,
Et c’est lui d’abord qu ‘elle vise.
Corps bien nourri, chair délicate
Font de vers et de feu chemise :
Qui vit au mieux se blesse le plus.

Mort prouve, et pour moi, pas de doute
Que peu équivaut à beaucoup
Pour tout ce qui meurt ce dessèche.
Mort prouve que tout est néant,
Tout ce qu’avale gloutonnerie,
Tout ce que lècherie léche.
Mort fait que l’homme saint ne pèche
Parce que rien ne l’intéresse
Où elle put porter un coup.
Mort n’a qu’un prix pour grange et crèche,
Pour vin et eau, saumon et seiche,
Mort dit à tout bien être : « Pfuit. »

Mort est la main qui tout agrippe,
Mort est le rets qui tout attrape,
Lui reste tout ce qu’elle saisit.
Mort à tous fait une brune chape,
Et de simple terre une nappe,
Mort à tous fait service égal.
Mort tout secret met au grand jour, 
Mort fait d’un homme franc un serf,
Mort asservit et roi et pape,
Mort sert chacun comme il mérite,
Mort rend au pauvre ce qu’il perd,
Mort ôte au riche ce qu’il happe.

Mort assigne à chacun son droit, 
Mort fait à tous juste mesure,
Mort fait à tous le juste poids ;
Mort venge à chacun l’offense,
Mort met l’orgueil en pourriture,
Mort fait perdre la guerre aux rois ; 
Mort fait garder décrets et lois,
Mort fait cesser usure et gain,
Mort change douce vie en dure ;
Mort aux porées et aux pois
Donne saveur de bons craspoix
Aux cloîtres où l’on craint la luxure.

Mort apaise les chicaniers,
Mort amadoue les dissipés,

Mort finit toutes les batailles ;
Mort met en croix tout faux croisé,
Mort fait droit à tous les dupés,
Met fin justement à tout procès ;
Mort distingue rose et épine,
Paille et grain, orge et farine,
Les vins purs et les armoisés ;
Mort sait voir sous voile et courtine,
Mort seulement sait et devine
Combien il faut chacun priser.

 


GUILHEM DE CABESTANY . 

  

Ce troubadour du Roussillon, qui écrivit entre 1180 et 1215 , était  chevalier.

Sa dame était Saurimonda, la femme de Ramon, seigneur de Château-Roussillon.

La légende veut que cet amour  se soit soldé tragiquement, par la vengeance du mari jaloux, faisant manger à son épouse infidèle le cœur de son amant .

  

                                                            ***

  

            Le jour ou je vous vis, dame, pour la première fois,

            Quand il vous plut de me permettre de vous voir,

            Je séparai mon cœur de toute autre pensée

            Et toutes mes volontés s’ancrèrent en vous :

            Ainsi vous m’avez mis, dame, au cœur le désir

            Avec un doux sourire et un simple regard,

            Et vous m’avez fait oublier tout ce qui existe .

  

            La grande beauté, le divertissement agréable,

            Et le propos courtois et l’amoureux accueil

            Que vous sûtes me faire ont volé ma raison

            Que depuis lors, dame, je n’ai pu retrouver :

            Je vous l’accorde, vous que supplie mon cœur fidèle,

            Pour exalter votre valeur et l’honorer

            Plus parfaitement que dans aucun amour humain.

  

            C’est que je vous aime, dame, si parfaitement

            Que d’en aimer une autre est hors de mon pouvoir ;

            Si je viens sagement en courtiser une autre,

            Je crois s’éloigner de moi cette intense douleur ;

            Mais quand je pense à vous que la valeur salue,

            J’oublie et je délaisse tout autre amour :

            Avec vous, en mon cœur la plus chère, je demeure.

  

            Et souvenez vous, s’il vous plait, du bon accord

            Qu’à la séparation vous m’avez fait savoir

J’en  eus, dame, le cœur au comble de la joie

Pour l’espérance où vous m’avez commandé de rester :

J’en fus radieux, quoique aujourd’hui le mal s’aggrave :

Quel bien j’aurai, à votre gré, une autre fois,

            Belle dame, car je m’en tiens à espérer !

  

            Quel mauvais traitement pourrait m’effrayer,

            Pour peu que je pense obtenir en ma vie,

            Dame, de vous, petite ou grande jouissance ?

            Les peines me sont toutes joie et plaisir

            Seulement parce que, je sais, Amour m’accorde

            Qu’un fidèle amant doit pardonner un grand tort

  

            Et sagement supporter de la peine pour gagner.

  

            Ah ! quand viendra, dame, l’heure où je pourrai voir

            Que, par pitié, vous voudriez m’honorer

            Au point de daigner seulement m’appeler ami !

  

Bertrand de Born (1150 – 1215 ?). – Impétueux troubadour politique, en querelle continuelle contre ses voisins du Périgord, il paraît n’aimer, par-dessus tout, que les guerres et les batailles. I1 n’y participe pas toujours, mais les narre mieux que personne. Poète «engagé », « condottière lyrique », Dante l’inscrivit dans l’Enfer, et Aragon dans « Les yeux d’Elsa ».

  

SIRVENTE

  

Royaumes sont, mais plus de rois

Et comtés, sans barons ni comtes

Les marches sont, mais sans marquis

Puissants châteaux, belles demeures

Mais plus n’y sont les châtelains,

Et jamais il n’y eut autant

De provisions, mais peu on mange

Par la faute d’un mauvais riche.

  

Belles personnes, beaux équipages

Peut-on voir et peut-on trouver,

Mais où sont Ogier le Danois,

Bérard, Beauduin sont nulle part.

On en voit de poils bien lustrés

Les dents polies, la barbe aux joues

Mais quels sont ceux sachant aimer,

Tenir la cour, galants, prodigues ? 

  

Petites gens ! Où sont ceux‑là

Qui savent châteaux assiéger

Qui des semaines et des mois

Savent maintenir une cour

Et qui donnent de riches dons

Et qui font bien d’autres largesses

Aux soldats, aussi aux jongleurs

Je n’en vois pas un seul qui compte.  

  

Bernard de Ventadour ( ? – vers fib 1200 ) Fils de boulanger, il fut au XIIe siècle, le protégé du vicomte Eble de Ventadour et de sa femme.  Aliénor d’Aquitaine et le comte de Toulouse Raymond V s’intéressèrent à lui. II est peut.étre le plus aimable des troubadours : l’amour courtois fut son unique inspiration.

  

 Ce n’est merveille si je chante 

 Mieux que nul autre troubadour 

 Le coeur est ouvert à l’amour 

 Et mieux suis s’il me commande 

 Coeur et corps et savoir et sens 

 Force et pouvoir en lui j’ai mis 

 Ce qui me tire vers l’amour 

 Fait que rien d’autre ne m’atteint. 

  

Il est bien mort qui ne sent pas

D’amour au coeur la saveur douce 

Et que vaut la vie sans l’amour 

Ne sert qu’à ennuyer les gens! 

Ah, je prie Dieu qu’il m’aime tant 

Que ni jour ni mois je ne vive 

Si j’ennuie ou s’il m’arrive 

 D’oublier d’amour le talent 

LE TEMPS VA ET VIENT ET VIRE

  

Le temps va et vient et vire 

Par jours, par mois et par ans, 

Et moi, las ! ne sais que dire, 

Toujours même est mon désir, 

Toujours même sans changer, 

J’aime celle que j’aimais 

Dont jamais je n’eus plaisir. 

  

Elle n’en perd point le rire, 

A moi revient dol et dam, 

A ce jeu qu’elle m’inspire PuI 

Deux fois serai le perdant, 

Il est bien perdu, l’amour,

Qui se donne à l’insensible, 

Sil ne touche à sa cible. 

  

Plus jamais ne chanterai, 

Je n’écouterai plus Ebbe 

Mes chants ne me valent rien, 

Ni mes couplets ni mes airs, 

Rien que je fasse ou que dise, 

Je le sais, ne m’est profit, 

Et rie vois pas de remède. 

  

Si la joie m’est au visage, 

Moult ai dans le coeur tristesse. 

Vit‑on jamais pénitence 

Faire avant que de pécher ? 

Plus je la prie, plus m’est dure; 

Si sous peu elle ne change, 

En viendrai au départir 

  

Las, bon amour convoité, 

Corps bien fait, si tendre et lisse, 

Visage aux fraîches couleurs 

Que Dieu de ses mains créa ! 

Toujours vous ai désirée 

Aucune autre ne m’agrée, 

D’un autre amour ne veut pas ! 

  

Douce femme bien apprise, 

Que Celui qui vous forma, 

Si gente, m’envoie la joie! 

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 1 mars, 2007 |5 Commentaires »
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