Humilité dans l’exercice de l’autorité

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Humilité dans l’exercice de l’autorité

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1/ De quoi s’agit-il ?

Le terme humilité vient du mot latin Humus = la terre.
Le dictionnaire dit : « Absence complète d’orgueil.
Abaissement volontaire, par conscience de notre insuffisance ou par calcul. »

       L’encyclopédie Chrétienne Théo ajoute « L’humilité ne signifie pas d’abord un sentiment de mépris, de dépréciation de soi-même. C’est plutôt le retentissement dans le coeur de l’homme de l’émerveillement devant le modèle de sainteté de Dieu, et un regard positif sur les autres hommes : Cet émerveillement et ce regard positif permettent à l’homme de se situer en vérité devant Dieu et les autres, d’entrer dans une relation d’accueil et de réciprocité, de s’accepter lui-même avec ses limites et qualités. »        » Le diable ne craint rien tant que l’humilité ! « , dit un de nos proverbes.

       Etre humble, ce n’est donc pas marcher la tête basse… ni se dévaluer : dire ou penser du mal de soi… encore moins manquer de confiance en soi…

       A l’inverse, c’est ne pas se juger d’essence supérieure aux autres, même si on est patron… C’est ne pas afficher sa (prétendue) supériorité… C’est ne pas se sentir propriétaire, ni de la charge qui vous a été confiée (comme un service), ni même de ses dons. C’est savoir qu’ils vous viennent d’ailleurs (pour les Chrétiens, de Dieu…)

      Cette conception de l’humilité peut aller de pair avec l’assurance et la confiance en soi. Elle n’empêche pas d’avoir des idées nettes et une autorité ferme. Elle ne doit pas conduire à l’hésitation et à la pusillanimité. C’est une forme de réalisme.

       ( Pierre Dac disait, à sa manière plaisante : « La véritable modestie consiste à ne jamais se prendre pour ni moins ni plus que ce qu’on estime qu’on croit qu’on vaut, ni pour plus ni moins que ce qu’on évalue qu’on vaut qu’on croit… »)

2/ La crise de l’humilité

      Cela dit, l’humilité n’est pas à la mode ; elle est même décriée.

-Aux yeux de Nietzsche, « c’est le grand mensonge des faibles qui transforment ainsi astucieusement leur lâcheté en apparente vertu ».

-Pour Freud, c’est « une variante masochiste du complexe de culpabilité ».

-Pour Adler, « elle voisine avec le sentiment d’infériorité ».
       Ces interprétations philosophiques négatives laissent des traces dans notre société impressionnée par les succès des jeunes loups et autres golden boys.

       Et pourtant l’humilité est le seul antidote connu de l’orgueil !

       Cet orgueil qui nous tente tous a mille facettes : amour-propre, fatuité, gloriole, suffisance, vanité, dédain, arrogance. Le mot superbe formé à partir du préfixe latin super en est révélateur. L’orgueilleux, le superbe, se croit supérieur aux autres.

      Cela dit, l’estime de soi est une qualité indispensable pour vivre, et la confiance en soi est encore plus nécessaire, notamment pour exercer une autorité.

Mais le succès et la chance sont, d’une certaine façon, dangereux pour beaucoup de gens qui « réussissent » car :
- d’une part, cela risque de les rendre insatiables… « Quo non ascendam ? »
- d’autre part, ils tendent à leur faire croire qu’ils sont invulnérables, qu’ils ont raison, toujours et partout, ce qui les amène fréquemment à refuser d’écouter et d’entendre les gens qui les mettent en garde.
- En découle aussi leur tendance à croire à qu’il sont d’une autre espèce que le reste de l’humanité.

       A partir de cela, toutes les déviations de l’autorité sont possibles, depuis l’autoritarisme familial ou patronal, jusqu’à la folie de Hitler, de Staline et du tyran qui règne à Pyongyang…

      La Rochefoucauld écrit dans ses Réflexions morales : « L’aveuglement des hommes est le plus dangereux effet de leur orgueil : il sert à le nourrir et à l’augmenter et nous ôte la connaissance des remèdes qui pourraient soulager nos misères et nous guérir de nos défauts. »

      Qu’on soit simple chef de famille, patron d’une PME, président d’une multinationale ou chef d’Etat, l’aveuglement en question peut nous conduire à commettre des erreurs graves. Il est souvent dû au refus d’écouter les gens qui vous crient « casse-cou »…

      Parmi bien d’autres, les grands échecs politiques et militaires sont dus à des certitudes abusives liées à des bouffées d’orgueil. Les campagnes de Russie menées en 1812 et en 1941 par Napoléon et Hitler en sont, parmi bien d’autres, des cas-école tristement fameux.
      L’actualité nous en fournit d’ailleurs bien d’autres exemples, y compris dans le domaine économique.

      De façon moins dramatique, l’exercice de l’autorité, surtout en face de responsabilités importantes, a toujours été attaché à l’apparence (cf César, Louis XIV). Il paraît aujourd’hui davantage lié à un comportement de vedette plutôt que de violette.

       Sur ce plan, et sachant que nul n’est parfait, je regrette une certaine faiblesse de grands chefs militaires que j’admire beaucoup comme le Général de Lattre. Il a conduit l’armée française à la victoire et mérite bien d’avoir une avenue à son nom dans toutes nos villes. Cela dit, à l’époque où il voulait faire de nous des éducateurs de jeunes, je souffrais qu’il ternisse un peu son image illustre aux yeux de ses jeunes subordonnés par un comportement un peu trop théatral. (Ce travers a été d’autant plus dommageable que certains de ses subordonnés ont tenté de l’imiter sans posséder les éminentes qualités de leur modèle.) La fin de sa vie, très cruelle, l’a d’ailleurs fait apparaître sous un tout autre jour.

       Mais de pareilles attitudes sont encore fréquentes, en 2006, dans tous les milieux et notamment chez les personnes en vue.

      Leurs conseillers en communication ne leur recommandent sans doute pas de marcher les yeux baissés comme les religieuses d’autrefois… et le reste à l’avenant…

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3/ Que faire?
L’éducation à l’humilité

      Ancien officier de Légion devenu Préfet après un brillant parcours, cet ami me déclare :
       « L’expérience et la diversité des tâches poussent à la modestie et non à l’arrogance »….
      Mais cette vertu n’est pas courante et rarement innée. Aussi, c’est dès l’enfance que, comme le reste, on peut le mieux apprendre à combattre l’orgueil et à mettre un peu d’humilité dans sa vie.

      Cela dit, les actes d’humilité, même modestes, ne sont pas faciles à poser, ni par les grands de ce monde ni même, et surtout, par les jeunes que leur nature conduit souvent à se vanter, ne serait-ce que de la voiture de leurs parents…

      Citons quand même quelques attitudes à encourager chez les jeunes et à entretenir toute la vie :

-S’astreindre à cultiver une certaine réserve et une certaine discrétion, dans ses paroles, ses gestes et même sa tenue vestimentaire. L’humilité rejoint ici le bon goût. (Ne pas se vanter de sa fortune, de ses dons, de ses relations : éviter par exemple ce que les anglais appellent le name –dropping, façon plus ou moins subtile de laisser entendre à son interlocuteur qu’on connaît des gens connus ou influents.)       A cet égard, Louis XI, tant décrié, était exemplaire pour la modestie de son apparence et son mode de vie. Il a fini par écraser son flamboyant adversaire Charles le Téméraire, laissant la France riche, puissante et en paix.

- Accepter ses échecs et même les considérer comme sources de progrès
Accepter, de même, ses émotions car refuser de leur céder, c’est une forme d’orgueil.

       J’ai connu une femme d’officier, admirable à bien des égards, qui, un jour, a dit à ses enfants: « Je viens d’apprendre que votre père a été tué… Rappelez-vous que, dans notre famille, on ne pleure pas !… Passons à table !»
      Ce faisant, elle a traumatisé plusieurs des siens.

- Apprendre à relativiser ses mérites propres. Pour cela, reconnaître la dette qu’on a vis-à-vis de ses parents, de ses maîtres, de ses anciens et même de ses subordonnés …
       J’ai entendu récemment un grand patron dire lors d’une interview « Ce que j’ai fait, je n’ai pu le réussir que grâce aux gens qui travaillaient avec moi… C’est à eux que je dois ma réussite. »
       Pour le Chrétien, voir toutes choses, notamment ses succès, comme issues de la main de Dieu.

- Conjuguer l’estime de soi et le sens de l’autre.

      Pour cela, apprendre avant tout à regarder et à écouter les autres.
       (Le P. Guy Gilbert, éducateur de jeunes loubards et dont le franc parler est connu, dit qu’il s’est donné comme devise personnelle « FTG » (ferme ta g…) lors des réunions de son conseil de direction et qu’il essaye de s’y tenir au maximum, de façon à laisser ses adjoints exercer leurs responsabilités.

-Pratiquer l’humour, et surtout envers soi.
       Thomas More disait : « le diable ne supporte pas qu’on le raille ! »Je conseillais de même : « Prenez votre mission au sérieux mais vous, ne vous prenez pas au sérieux

Conclusion Tenir les deux bouts de la chaîne,
      Dans les choses humaines, il est rare que tout soit tout blanc ou tout noir. Il ne faut donc pas toujours choisir la solution N° 1 ou la N° 2 mais employer le « et » au lieu du « ou ».

       Par exemple, en matière d’éducation des enfants, on ne choisit pas entre tendresse et fermeté. On doit allier l’amour et l’exigence.

      En matière de maintien de l’ordre, dans les banlieues notamment, il serait stupide de privilégier le tout-répression, par rapport à la prévention et à l’éducation ; il faut allier la carotte et le bâton et surtout chercher à soigner les causes plutôt qu’à traiter simplement les conséquences.

       De même, dans le cas qui nous occupe, l’exercice de l’autorité suppose une forte confiance en soi tempérée par la capacité à écouter les avis des autres – et à en tenir compte s’ils sont justifiés pour se remettre en cause…

      Tenir les deux bouts de la chaîne : détermination et fermeté, d’un côté, et humilité de l’autre, c’est la marque des responsables dignes de ce nom, parents y compris

Publié dans : VALEURS DE FRANCE |le 3 novembre, 2006 |4 Commentaires »

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4 Commentaires Commenter.

  1. le 30 juillet, 2009 à 4:07 ... écrit:

    bon et l’orgueil n’est pas un pêché quand on est fier d’être humble.
    humble et fier…comme un Templier. hem…

  2. le 30 juillet, 2009 à 4:08 ... écrit:

    et l’orgueil cornellien alors?
    enfin magnifique texte je le conçoit

  3. le 30 juillet, 2009 à 4:11 ... écrit:

    oui l’aveuglement des hommes est le plus dangereUX effet de leur Orgueil, on l’appelle la VIolence du refoulement.

  4. le 30 juillet, 2009 à 4:13 ... écrit:

    le refoulemnt est une fuite de la vérité qui fait violence

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