Archive pour novembre, 2006

LA TRADITION – Ses Origines – Son importance

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LA TRADITION – Ses Origines – Son importance

Le mot « tradition » vient du latin. C’est l’ensemble de moeurs et coutumes qui se sont   transmises de génération en génération. C’est la conservation d’éléments d’une culture, d’une philosophie, c’est le fil qui relie l’origine au futur, à l’aboutissement. C’est le rappel d’un usage ancestral, de récits tou­jours répètes qui forment le folklore d’un peuple, d’un pays ou d’une région. Les récits populaires, féeriques, les contes d’épopées ont forgé de tous temps la mythologie. La plupart de ces récits parlent de mystères et relatent l’inex­plicable, II y a aussi les secrets de métier que l’on se passe de bouche à bouche.

Tout  ceci  constitue la tradition exotérique, perceptible par tous, pratiquée même lorsque l’origine se perd dans la nuit des temps, même si les êtres n’en comprennent pas le sens,   l’origine d’un acte répété depuis toujours est sou­vent oubliée.

Mais, au fur et à mesure du développement de l’homme, nous assistons à la nais­sance de l’ésotérisme, du mysticisme. Le mysticisme permet de dévoiler les vérités extraordinaires de l’Univers. La transcendance d’une idée philosophi­que ne peut se faire que par l’intuition ou l’extase mystique. L’être se pose l’éternelle question, d’où venons-nous ? Où allons-nous ? A quoi sert notre passage sur terre ? Devant la beauté de la nature, il cherche à com­prendre la Loi naturelle, la Loi divine, et l’enchaînement des causes. Sa spiritualité s’éveille et il prend conscience d’un nouvel état. C’est aussi sa première démarche vers Dieu.

De tous temps, le monde a eu ses mystiques, ses prophètes. Ce sont eux qui prêcheront que l’infiniment grand ou l’infiniment petit ont une unique origine… Certains mystiques étaient des visionnaires. Ils voyageaient dans l’au-delà et rapportaient des enseignements provenant de l’invisible. Ils voulaient sauvegarder l’Unité de Dieu. Ils acceptaient de se sacrifier car ils pensaient que le sacrifice unit l’homme à Dieu. Ils ont donné aux hommes la notion de l’âme en leur expliquant que chacun d’eux a un corps et un esprit, qu’il est sensation et intellect, mais que pour comprendre l’invisible il fallait qu’il se perfectionne… Il arrivera alors à réaliser qu’il lui faut dépasser le dualisme qui, pour lui, sépare les deux mondes pour parvenir à l’Unité Essen­tielle… Pour découvrir les valeurs morales et spirituelles, créer cette énergie spirituelle à l’image de l’âme.

Les grands mystiques ressentaient le désert intérieur de leur coeur, leur abandon, leur solitude.   Et c’est dans cet abîme de profondeur, dans leur silence intérieur, dans leur ardeur intérieure,   qu’ils entendaient la parole de Dieu. Ils étaient transfigurés par l’illumination car le silence élève l’âme jusqu’à Dieu… Ils admettaient cette force supérieure que l’on a nommée Dieu…   que Dieu est hors de l’espace et du temps…

Qu’il est immuable… Un Tout, puissant, et qu’Il ne peut agir injustement, même dans un monde on pleine fluctuation.

On ne peut voir Dieu, ce n’est pas Lui qui apparaît car il prendrait une forme humaine, mais son reflet qui est une Lumière subtile manifestant sa Volonté et sa Sagesse nous brûlerait. Au contact de ces mystiques, certains êtres ont voulu connaître les secrets du monde. Ils ont toujours été subjugués par le feu qu’ils consi­déraient de tous temps comme une puissance divine. Ils ont senti que Àgni, le feu, est une force ignée Jaillissante. L’inspiration est ignée, toute vie est combustion, et l’on sent le feu de l’âme et du coeur… et plus tard, ils ont représenté ce feu sous la forme du cheval en lui attribuant l’idée de flamme, de lumière, et auréolé de l’inspiration divine. Le cavalier blanc monté sur un cheval blanc est devenu un symbole.

Ces mystiques, ces êtres hors du commun, formaient un groupe d’Initiés qui ont approché la Connaissance et ont voulu la transmettre pour que celle-ci ne soit pas l’apanage de quelques uns, ni le privilège d’une élite intellectuelle.

Transmettre est le fait de conserver ce qui a déjà existé, ce que les Anciens ont découvert, en particulier les textes Sacrés.

Transmettre est l’acte qui, s’adaptant aux diverses civilisations, en fait ressortir les valeurs mythiques, religieuses ou symboliques. On peut transmettre par la parole, l’écriture, l’acte liturgique, ou les symboles qui sont parlants pour tous ceux qui savent les déchiffrer ; par l’acte sacré qui permet l’intériorisation amenant à la commu­nion avec les forces qui nous entourent.

Ces mystiques ont été nombreux dans les races sémites qui ont vécu tant de siècles sur deux déserts, deux cultures, en Egypte et en Mésopotamie. Ils ont eu de nombreuses révélations réservées soit aux prêtres, soit au peuple. Ils ont compris l’harmonie entre les puissances créatrices, ces puissances qui pardonnent aux humains leurs fautes et créent ainsi les Noces Sacrées entre l’être et la Divinité.

L’enseignement secret a d’abord été transmis aux Initiés pour qu’eux-mêmes puissent transmettre à leur tour.

En Egypte, où il y avait un brassage de populations, les Initiés sémites ont découvert des peuples différents chez lesquels d’autres Initiés avaient suivi les mêmes cheminements intellectuels, les mêmes recherches depuis des générations, et ils ont comparé et approfondi leur savoir. Ils ont perçu le cosmos et le subconscient collectif dans lequel chaque peuple a puisé sans même le savoir. Certains pratiquaient l’alchimie, cette science qui traduit le mouvement, la pulsation de l’énergie, la permutation des formes baignées dans la lumière… Ils pratiquaient aussi l’astrologie sacrée…

Ils ont eu la vision de la Lumière, de la clarté des cieux, la vision directe… Et tout ceci a formé une fraternité entre les peuples. Ils ont connu la science des nombres et des lettres… Ils ont pénétré la pensée philosophique qui existait en Egypte, en Syrie, en Mésopotamie, en Iran et aux Indes. Ce sont les Éléments d’origine Syrienne, transplantés en Egypte, qui ont été le plus enrichis. Cette rencontre Orient Occident entre éléments divers a donné aux hommes le désir d’agrandir leur connaissance.

Les Sémites étaient monothéistes ainsi que les tribus de race noire qui vivaient aux confins de l’Egypte, et dont la langue était moitié hindoue, moitié égyptienne. Il y a une mystique du langage que certains initiés connaissent bien…

Les écritures pratiquées en Egypte datent de 4 à 5.000 ans Avant J.C. L’Egypte ayant subi diverses dictatures et invasions, particulièrement à cause de ses révoltes, souvent renouvelées, contre l’Assyrie, a connu de nombreuses langues parlées sur son territoire. Sa situation géographique s’y prêtait, elle avait de nombreux points de contact avec les mondes asiatique, méditerranéen, et africain. Une partie de la population d’Egypte s’est fondue avec les soudanais et les nubiens.

Les Kouchites, rameau sémite, ont été nombreux en Egypte, Ils y ont apporté leurs langues : sémite, soudanaise, berbère, langue d’Afrique Blanche, ainsi que des langues pratiquées aux Indes dont la plus importante est le sanscrit des textes sacrés constituant les Védas. Ces textes s’expriment de quatre façons mais forment un tout. On y trouve des stances, des formules magiques, des mé­lodies liturgiques, le tout transmis par leurs prophètes pour la louange des Dieux…

Tous ces Initiés, quelle que soit leur provenance ont étudié les trois plans principaux : physique, psychique, spirituel que l’homme doit connaître pour arriver à la compréhension du pourquoi des événements et des choses. Certains ont développé les dons qui étaient en eux à l’état latent, mais qu’ils ressentaient. Ces dons, force instinctive, vivent dans le coeur et dans l’esprit mais non dans l’intellect. L’homme doit dépasser son intellect par la révélation cosmique et l’Illumination.

Lorsque les Templiers ont pris part aux Croisades, ils ont rencontré ces peuples différents et ont fait une synthèse spirituelle des courants initiatiques des uns et des autres. Ils ont recherché à travers les philosophies diverses, quelles étaient les causes premières les amenant à la Connaissance, la racine de la vie, du monde passé, du monde invisible qui nous entoure… du combat du « bien et du mal. Ils ont retrouvé des symboles équivalents dans tous les centres initiatiques de l’Orient et de l’Occident. Tout en restant chrétiens, ils ont admis que le prophétisme était la marche vers la Lumière et, comme Daniel et Saint-Jean, ont reconnu que cette Lumière éclairait tous les êtres qui viennent au monde, quels qu’ils soient.

C’est dans les arcanes égyptiennes, environ 5.000 ans avant notre ère, que la marche vers la Connaissance, vers la Lumière, a pris naissance,

Les Templiers ont instruit autour deux ceux qui étaient à la recherche de « quelque chose ». Mais, comme on ne peut dire tout à tous, ils préféraient s’isoler dans une caverne pour instruire leurs disciples. Ils terminaient leurs réunions en partageant le pain.

Ils ont créé des cérémonies initiatiques, ayant des rites sacres. Ils symbolisaient Dieu par un point, origine de l’Univers. Dans l’acte rituel, la puissance cosmique st développe.

Le feu avait sa part et trois flambeaux, évoquant la Trinité, brillaient dans ces cérémonies. Ils ont appris ces pratiques, loin du monde, dans le recueillement, par la méditation et la divination accordée par Dieu à certains êtres. Au court de leurs recherches en Orient et ailleurs, les templiers ont retrouvé des connaissances jugées essentielles par d’autres Initiés,   et que ceux-ci avaient inscrites sur des parchemins ou des plaquettes d’argile. Ces inscrip­tions étaient en diverses langues telles que l’hindou, le, sanscrit, sœur de l’iranien, ou divers dialectes celtiques, germaniques, Scandinaves, etc…

Les Templiers ont été aussi en contact avec les Ismaéliens, Ces derniers ont été, au départ,   fortement influencés par le courant de pensée du creuset ira­nien et, par la suite, par les civilisations des conquérants grecs et arabes. Les Israéliens étaient très nombreux en Iran, Inde, Pakistan. Leurs prophètes prêchaient une religion parfaite comportant 7 degrés initiatiques. Leurs maî­tres de tradition – tout comme les Templiers – donnaient leur enseignement dans des grottes, vers la montagne.

Hasan, le « Seigneur de la montagne », créa un Ordre de Cavalerie spirituelle, une sorte de compagnonnage mystique, dont les membres étaient liée par des sym­boles, et devaient préparer une humanité nouvelle.

Ils recherchaient «l’île verte», lieu de la révélation de leurs prophètes. Cette notion spirituelle est à rapprocher de celles évoquées par l’Adam Kadmon des hébreux, le mont Serrât, les Chevaliers de la Table ronde et les Cathares. Cette Ile représente aussi à leurs yeux, la tradition du Graal,

Templiers et Ismaéliens avaient d’ailleurs des grades initiatiques équivalents. Les templiers étaient monothéistes comme les Sémites et les Islamiques. Ils voulaient réunir ces trois religions dont le fond de pensée était commun. Ils étaient à la recherche du Graal sous des formes différentes. Ils ont développé l’esprit chevaleresque, c’est-à-dire qu’ils ont demandé à l’homme de mieux se connaître pour bannir en lui tout sentiment bas, de développer la pureté spirituelle, la fraternité entre tous, l’amour de Dieu et du prochain, d’être toujours prêts à servir, même quand cela entraîne des sacrifices réels, et de respecter les dix commandements que toute ancienne religion prêchait. En un mot, de mettre leur force et leur amour au service des autres, de combattre le mal dans la simplicité.

Un de leurs symboles était représenté par un triangle dont les sommets étaient « Amour » – « fidélité » – « Humilité ». Puis vint ce procès inique… et la suspension de l’ordre des Templiers.

Alors un homme s’est levé. Dans le plus profond de son esprit et dans son coeur il n’a pu admettre que toutes ces valeurs, toute cette Connaissance millénaire se dispersent… que peu à peu l’oubli  fasse renaître l’égoïsme, la superstition ou même seulement le retour aux religions pratiquées sans âme, d’une façon exotérique.

Cet homme, c’est Jean de Rampillon, le frère d’âmes de ces templiers qu’il a tant aimés. C’est pour cela qu’avec ses fidèles templiers et croisés, il a créé l’Ordre de la Massenie du Saint Graal. Cet Ordre serait dépositaire de l’Esprit du temple et veillerait à ce que cette tradition ne se perde pas et se répande tout en respectant les règles de la chevalerie…

Ainsi l’a voulu Jean ce Rampillon. Durant ses vies successives il a toujours protégé les Massenies, et maintenant plus que jamais car il est devenu un grand Guide.

J’ai suffisamment parlé de la première Massenie qu’il a créée à Toury et de son fonctionnement pour ne pas y revenir.

Des siècles ont passé mais, malgré les vicissitudes de la vie, les Massenies ont survécu et ont porté le flambeau. Depuis des millénaires la Connaissance s’est infiltrée dans l’esprit des hommes, et les Massenies ont contribué à son développement. Jean de Rampillon a voulu que la Massenie de Toury renaisse… elle a créé son égrégore ainsi que son champ de Force et poursuit la route tracée.

Bien sur, les êtres qui la composent sont différents, et peut-être que tous n’ont pas perçu leur juste valeur selon leurs possibilités infinies. Mais, pour bien le réaliser, il faut d’abord se perfectionner et être pénétré de l’importance du message. Il faut éveiller en chacun de nous le «Chevalier» qui sommeille… nous rendre compte que la transmission que nous faisons est nécessaire à l’évolution. Cette même façon de penser crée une fraternité entre les hommes sur plusieurs plans.

Nos Frères en Massenie doivent se souvenir que d’âge en âge, le désir de la connaissance de l’oeuvre divine a grandi, chez les uns et chez les autres… Que ce désir ne doit pas Être une   curiosité du pourquoi des choses, ni un savoir intellectuel, mais une communion avec le cosmos… Que nos vibra­tions «esprit cœur» doivent se fondre dans le tout… que pour arriver à cela nous devons nous intérioriser par la méditation, la réflexion, la prière… oublier tout  ce qui se rapporte à notre vie et n’être plus que sen­sation. à ce moment là, notre perception s’éveillera pleinement et nous serons aptes à recevoir les messages. Nous réaliserons l’importance de la transmission de la pensée que nous répandrons dans le monde… du subconscient… collectif que nous créons… de la chaîne universelles que nous formerons entre tous… où les considérations sociales, raciales et religieuses n’existeront plus… où nous serons le maillon dans le tout… où notre vie aura un sens profond, notre attitude intérieure réagira dans notre vie courante et nous permettra d’aider nos Frères en humanité pour la gloire du Seigneur.

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 29 novembre, 2006 |Pas de commentaires »

Les kraks des chevaliers,

Les kraks des chevaliers,

Dans le cadre de leur mission de protection des chrétiens en terre sainte, les templiers furent amenés à construire ou adapter des places fortes, que l’on appelait « kraks« , ou « cracs » (du syriaque « Kerak« , qui signifie Forteresse).

Map Une de ces forteresses est devenue la forteresse médiévale la plus célèbre au monde, elle s’appelle d’ailleurs « Le Krak des Chevaliers« . Elle est située en Syrie, au sommet d’une colline qui surplombe le passage entre Ankara (Turquie) et Beyrouth (Liban). Cette place-forte fut un élément majeur du dispositif des croisés en orient: en effet, depuis cette forteresse ils pouvaient contrôler le passage de l’intérieur de la Syrie vers la côte de la méditerranée, et ainsi obtenir un avantage stratégique dans le contrôle de la côte. En outre, son accès au lac Homs vers l’est présentait un fort intérêt pour l’industrie de la pêche.

 Levant Full Size 990354 En 1099, les croisés arrivent en orient lors de la première croisade, et s’emparent de la forteresse. Ils la restaurent et l’agrandissent plusieurs fois, notamment après les tremblements de terre de 1157 et 1170. C’est à cette époque qu’elle prit le nom de Krak des Chevaliers. La citadelle mesure 200 mètres sur 140 mètres, couvre trois hectares, et son mur extérieur mesure 30 mètres de large. Elle comprend deux places fortes, treize grandes tours, de nombreuses salles, magasins, citernes, étables, … Elle peut contenir une garnison de 2000 hommes et leurs chevaux, et tenir un siège de cinq ans. Elle sera prise comme modèle par Philippe Auguste, Richard Coeur-de-Lion et Saint-Louis.

Cette démesure révèle la puissante opposition entre les combattants occidentaux missionnés pour maintenir des colonies établies loin de leur pays et les arabes et musulmans cherchant à rétablir leur souveraineté.

 Levant Full Size 990364 Ainsi, le Krak des Chevaliers était considéré comme inexpugnable, et résistait effectivement à tous les assauts. En 1271 le Sultan Baibars en entreprit le siège et l’attaqua avec des trébuchets projetant des pierres de 600 Kgs ! Le Médiévaliste averti connait tout des ravages provoqués par le trébuchet, et pourtant, ce n’est pas cette arme qui en vint à bout mais bien la ruse : la contrefaçon d’une lettre du comte de Tripoli fit croire aux défenseurs qu’ils devaient se rendre; ce qu’ils firent. Ils furent ensuite autorisés à quitter le pays.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 26 novembre, 2006 |Pas de commentaires »

GRAND-MAÎTRE DE FRANCE.

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GRAND-MAÎTRE DE FRANCE. Sous la première race de nos rois, le maire du palais était comme un lieutenant-général partout le royaume ; et selon l’ancienne disposition de l’état, comme il y avait un duc sur douze comtes, et même quelques autres ducs sur des provinces toutes entières, aussi le maire du palais était duc des ducs, et se qualifiait duc ou prince des Français. Son autorité ne s’étendait pas seulement sur la maison du roi, où il disposait de toutes les charges ; il avait encore grand pouvoir sur les gens de guerre, de justice et de finance, et sur toutes les affaires de l’état. Le grand sénéchal de France succéda au maire, et cette charge devint la première de la milice, et la plus considérable de la maison du roi. Aussi voyons-nous dans l’écrit du chevalier Hugues de Cléers, qui fut envoyé par le comte d’Anjou, Foulques v, son seigneur, à la cour du roi Robert, pour revendiquer la charge du grand-sénéchal, dont ce comte était dépouillé, qu’il y est nommé maire de France, major, à cause (dit ce chevalier) que ce comte commandait l’avant-garde et l’arrière-garde dans les armées du roi ; le roi Robert reconnut alors que cette charge était héréditaire aux comtes d’Anjou. En effet, elle avait été donnée au comte Geoffroy Grisegonnelle, dès l’an 977 ou 978, où elle avait passé à ses successeurs.

Sous le grand-sénéchal, il y avait un autre officier qualifié sénéchal de France ; et ceux qui exerçaient cette charge auprès du roi, la tenaient en fief des comtes d’Anjou, auxquels ils rendaient hommage et certaines reconnaissances, comme d’aller au-devant du comte quand il venait au palais, le faire loger, lui laisser servir le roi, etc. ; lui fournir à l’armée une tente pour tenir cent chevaliers.

Il avait aussi retenu une partie du pouvoir du maire du palais, et il jugeait des différends survenus à la suite de la cour, et entre les officiers de la maison.

Le Grand-Maître succédant au sénéchal, dont la charge cessa d’être remplie en 1191, après la mort de Thibaud, comte de Blois et de Chartres, qui en avait été pourvu en 1153, il eut droit de connaître, avec les maîtres-d’hôtel du roi, de toutes les actions tant civiles que criminelles, qui se passaient dans les maisons royales. Cette juridiction fut restreinte par édit du 25 février 1318, et supprimée par un autre édit du mois de décembre 1355. Elle ne laissa pas de subsister jusqu’en 1389, que par arrêt du 7 mars, il y fut mis des bornes. Enfin, par lettres-patentes du 19 septembre 1406, l’exécution de l’édit de 1355 fut ordonnée. On peut voir cela plus en détail, tome i, livre i, titre 19, du Traité de la police, par le sieur de la Mare, commissaire au châtelet.

Le premier, dont du Tillet ait trouvé quelque mémoire, est Arnoul de Wesemalle, chevalier de l’ordre des Templiers, qualifié souverain maître de l’hôtel du roi, sous le règne de Philippe le Hardi, vers l’an 1278.

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 26 novembre, 2006 |Pas de commentaires »

Titre de « Chevalier »

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CHEVALIER, subst. masc. Le premier ordre de la noblesse était celui des barons ou chevaliers bannerets ; il comprenait tous les gentilshommes qui étaient élevés en dignités, tant à cause des titres qui leur avaient été accordés, qu’à cause de leurs fiefs, en vertu desquels ils avaient droit de porter la bannière dans les armées, et d’y conduire leurs vassaux. C’est pourquoi ils sont ordinairement reconnus sous le nom de bannerets, et souvent sous le terme général de barons ; ce qui a fait dire à Divœus, que barones vocari soient ii proceres, qui vexilium in bellum efferunt. Le second ordre était celui des bacheliers, ou de simples chevaliers, et le troisième celui des écuyers.

Dès la première race des rois de France, les nobles se séparèrent de leurs inférieurs, portèrent de longs cheveux, à l’exemple des princes de la maison royale, pour marque de leur ancienne liberté.

Les bannerets étaient des gentilshommes qui avaient de grands fiefs qui leur donnaient droit de porter la bannière ; ils étaient obligés de soudoyer cinquante arbalétriers qui devaient les accompagner.

Selon M. du Tillet, le banneret était celui qui avait autant de vassaux gentilshommes qu’il en fallait pour lever bannière, et faire une compagnie de gendarmes ou gens à cheval, entretenus à sa table et soudoyés à ses dépens. Il devait avoir un château, avec vingt-quatre chefs de famille qui lui prétassent hommage.

Pour parvenir à cette dignité, il ne suffisait pas d’être puissant en fiefs et en vassaux, il fallait encore être gentilhomme de nom et d’armes. Dans une bataille ou un tournoi, le banneret s’y trouvait, et faisait présenter par un héraut le panon de ses armes au roi, ou aux maréchaux de l’armée, en l’absence du prince, et demandait permission de lever bannière, selon son rang de réception.

Le droit de lever bannière était très honorable, et la cérémonie s’en faisait avec pompe.

Selon un ancien cérémonial, un banneret devait avoir cinquante lances, outre les gens de trait, les archers et les arbalétriers qui lui appartenaient, savoir, vingt-cinq pour combattre, et autant pour garder sa bannière, et chaque homme d’armes avait à sa suite deux chevaux.

Les bannerets étaient ordinairement connus sous le nom comme sous le titre de barons ; et comme ils avaient souvent la qualité de Chevaliers, on les appelait Chevaliers bannerets.

Il y a cependant de la différence entre le baron et le banneret. Des arrêts des 2 et 7 juin 1401 contiennent que messire Gui, baron de Laval, soutint à messire Raoul de Coëtquen qu’il n’était point baron, mais seulement banneret, et qu’il avait levé la bannière dont on se moquait, l’appelant Chevalier au drapeau carré.

Il y avait aussi des écuyers bannerets qui possédaient des fiefs avec le droit de bannière ; mais n’ayant pas encore reçu l’honneur de la chevalerie, ils ne pouvaient s’en attribuer le titre.

Dans les commencements, le titre de banneret était personnel, et celui qui l’avait ne le tenait que de son épée et de sa bravoure ; mais dans la suite il devint héréditaire, passant a ceux qui possédaient la terre ou le fief d’un banneret, bien qu’ils n’eussent pas l’âge nécessaire, et qu’ils n’eussent donné aucune preuve de leur valeur pour mériter cette qualité. Cet ordre fut changé, à cause du ban et arrière-ban, parce que, lorsqu’il était assemblé, chaque banneret était tenu de servir son seigneur souverain ; ainsi ce devoir qui était personnel, devint purement réel, suivant le fief et la nature de son inféodation.

Il y avait des terres de haubert et de bannière, comprises sous le nom de militiæ ou de haubert ; d’autres appelées fiefs et terres baculariæ, ou de bachelerie ; d’autres enfin nommées vavassories. Le vavasseur avait des vassaux, mais la seigneurie dépendait d’un autre seigneur. Le banneret avait souvent des seigneurs bannerets, le vicomté de Thouars avait sous lui trente-deux bannières.

Le banneret avait le privilège du cri de guerre, que l’on appelle cri d’armes, qui lui était particulier, et qui lui appartenait privativement à tous les bacheliers et à tous les écuyers, parce qu’il avait droit de conduire ses vassaux à la guerre, et d’être chef de troupes et d’un nombre considérable de gendarmes. En 1283, Philippe le Hardi, fit un règlement portant qu’un Chevalier qui aurait 3 000 l. de terre ou plus, ou un banneret, pourrait avoir trois paires de robes par an, et que l’une des trois serait pour l’été.

La paye du Chevalier-Banneret était différente de celle du Chevalier-Bachelier, comme la paye de celui-ci l’était de l’écuyer. C’était à vingt-un ans, et après beaucoup d’épreuves, que l’écuyer pouvait prétendre au grade suprême de Chevalier, qui faisait toute l’ambition de la noblesse. C’était le prix le plus insigne qu’on pût proposer dans les occasions périlleuses de la guerre, pour redoubler le courage des guerriers. On le regardait comme un caractère qui imprimait des sentiments élévés au-dessus de l’humanité. C’était aussi la récompense la plus capable de payer les plus grands travaux et d’acquitter les plus grands services rendus au souverain et à la patrie ; c’était le grade le plus éminent dans la milice. Le grade de Chevalier était la première dignité dans l’ordre militaire. Cette dignité se conférait par une espèce d’investiture accompagnée de certaines cérémonies et d’un serment solennel.

Des jeûnes austères, des nuits passées en prières avec un prêtre et des parrains dans des églises ou dans des chapelles, les sacrements de pénitence et d’eucharistie reçus avec dévotion, des bains qui figuraient la pureté nécessaire dans l’état de chevalerie, des habits blancs, pris à l’imitation des néophites, comme le symbole de cette même pureté, un aveu sincère de toutes les fautes de sa vie, une attention sérieuse à des sermons, où l’on expliquait les principaux articles de la foi et de la morale chrétienne, étaient les préliminaires de la cérémonie par laquelle le novice allait être ceint de l’épée de chevalerie. Après avoir rempli tous ces devoirs, il entrait dans une église, et s’avançait vers l’autel avec cette épée passée en écharpe à son cou ; il la présentait au prêtre célébrant, qui la bénissait et la remettait ensuite au col du novice. Celui-ci, dans un habillement très simple, allait ensuite, les mains jointes, se mettre à genoux aux pieds du seigneur ou de la dame qui devait l’armer. Cette scène auguste se passait dans une église ou dans une chapelle, et souvent aussi dans la salle ou dans la cour d’un palais, ou d’un château, ou même en pleine campagne. Le seigneur ou le chevalier à qui le novice présentait l’épée, recevait en même temps son serment, que l’on sera peut être bien aise de voir tel que les anciens auteurs nous l’ont conservé.

Ils promettaient,

  1. De craindre, de révérer et de servir Dieu religieusement, de combattre pour la foi de toutes leurs forces, et de mourir plutôt de mille morts, que de renoncer au christianisme ;
     
  2. De servir leur prince souverain fidèlement, et de combattre pour lui et pour la patrie très valeureusement ;
     
  3. De soutenir le bon droit des plus faibles, comme des veuves, des orphelins et des damoiselles en bonne querelle, en s’exposant pour eux selon que la nécessité le requerrait, pourvu que ce ne fut contre leur honneur propre, ou contre leur roi ou prince naturel ;
     
  4. Qu’ils n’offenseraient jamais aucune personne malicieusement, ni usurperaient le bien d’autrui, mais plutôt qu’ils combattraient contre ceux qui le feraient ;
     
  5. Que l’avarice, la récompense, le gain et le profit, ne les obligeraient à faire aucune action, mais la seule gloire et vertu ;
     
  6. Qu’ils combattront pour le bien et pour le profit de la chose publique ;
     
  7. Qu’ils tiendront et obéiront aux ordres de leurs généraux et capitaines, qui auront droit de leur commander ;
     
  8. Qu’ils garderont l’honneur, le rang et l’ordre de leurs compagnons, et qu’ils n’empiéterontrien par orgueil, ni par force sur aucun d’eux ;
     
  9. Qu’ils ne combattront jamais accompagnés contre un seul, et qu’ils finiront toutes fraudes et supercheries ;
     
  10. Qu’ils ne porteront qu’une épée, à moins qu’ils ne soient obligés de combattre contre deux ou plusieurs ;
     
  11. Que dans un tournoi ou autre combat à plaisance, ils ne se serviront jamais de la pointe de leurs épées ;
     
  12. Qu’étant pris en un tournoi prisonniers, ils seront obligés par leur foi et par leur honneur, d’exécuter de point en point les conditions de l’emprise, outre qu’ils seront obligés de rendre aux vainqueurs, leurs armes et leurs chevaux, s’ils les veulent avoir, et ne pourront combattre en guerre ni ailleurs sans leur congé ;
     
  13. Qu’ils doivent garder la foi inviolablement à tout le monde, et particulièrement à leurs compagnons soutenant leur honneur et profit entièrement en leur absence ;
     
  14. Qu’ils s’aimeront et s’honoreront les uns les autres, et se porteront aide et secours toutes les fois que l’occasion s’en présentera, et ne combattront jamais l’un contre l’autre, si ce n’est par méconnaissance ;
     
  15. Qu’ayant fait vœu ou promesse d’aller en quelque quête ou aventure étrange, ils ne quitteront jamais les armes, si ce n’est pour le repos de la nuit ;
     
  16. Qu’en la poursuite de leur quête ou aventure, ils n’éviteront pas les mauvais et périlleux passages, ni ne se détourneront du droit chemin, de peur de rencontrer des Chevaliers puissants, ou des monstres, bêtes sauvages, ou autre empêchement que le corps et le courage d’un seul homme peut mener à chef ;
     
  17. Qu’ils ne prendront jamais aucun gage ni pension d’un prince étranger.
     
  18. Que commandants des troupes de gendarmerie, ils vivront avec le plus d’ordre et de discipline qu’il leur sera possible, et notamment en leur propre pays, où ils ne souffriront aucun dommage ni violence être faits ;
     
  19. Que s’ils sont obligés à conduire une dame ou damoiselle, ils la serviront, protégeront, et la sauveront de tout danger et de toute offense, ou ils mourront à la peine ;
     
  20. Qu’ils ne feront jamais violence à dames ou damoiselles, encore qu’ils les eussent gagnées par armes, sans leur volonté et consentement ;
     
  21. Qu’étant recherchés de combat pareil, ils ne se refuseront point, sans plaie, maladie, ou autre empêchement raisonnable ;
     
  22. Qu’ayant entrepris de mettre à chef une entreprise, ils y vacqueront an et jour, s’ils n’en sont rappelés pour le service du roi et de leur patrie ;
     
  23. Que s’ils font un vœu pour acquérir quelque honneur, ils ne s’en retireront point qu’ils ne l’ayent accompli, ou l’équivalent ;
     
  24. Qu’ils seront fidèles observateurs de leur parole et de leur foi donnée, et qu’étant pris prisonniers en bonne guerre, ils payeront exactement la rançon promise, ou se remettront en prison aux jour et temps convenus selon leur promesse, à peine d’être déclarés infâmes et parjures ;
     
  25. Que retournés à la cour de leur souverain, ils rendront un véritable compte de leurs aventures, encore même qu’elles fussent quelquefois à leur désavantage, au roi et au greffier de l’ordre, sur peine d’être privés de l’ordre de chevalerie ;
     
  26. Que sur toutes choses, ils seront fidèles, courtois, humbles et ne failleront jamais a leur parole, pour mal ou perte qui leur en peut advenir.

Le serment fait, le nouveau Chevalier était revêtu par un ou plusieurs Chevaliers, quelquefois par des dames et demoiselles de toutes les marques extérieures de la chevalerie ; on lui donnait successivement, et dans l’ordre que nous suivons, les éperons en commençant par la gauche, le haubert ou la cotte de mailles, la cuirasse, les brassards et les gantelets ; puis on lui ceignait l’épée. Quand il avait été ainsi adoubé, c’est-à-dire revêtu, il restait à genoux avec la contenance la plus modeste. Alors le seigneur qui devait lui conférer l’ordre, se levait de son siège ou de son trône, et lui donnait l’accolade ou l’accolée ; c’était ordinairement trois coups du plat de son épée sur l’épaule, ou sur le col de celui qu’il faisait Chevalier ; c’était quelquefois un coup de la paume de la main sur la joue ; on prétendait l’avertir par là de toutes les peines auxquelles il devait se préparer, et qu’il devait supporter avec patience et avec fermeté, s’il voulait être fidèle à ses engagements. En donnant l’accolade, le seigneur prononçait ces paroles, ou d’autres semblables : Au nom de Dieu, de Saint-Michel et de Saint-Georges, je te fais Chevalier ; auxquelles on joutait quelquefois ces mots : soyez preux, hardi et loyal.

Il ne lui manquait plus que le heaume ou casque, l’écu ou boucher, et la lance qu’on lui donnait aussitôt : ensuite on amenait un cheval qu’il montait, et pour faire parade de sa nouvelle dignité autant que de son adresse, il caracolait en faisant brandir sa lance et flamboyer son épée. Ensuite il se montrait dans cet équipage au peuple, qui témoignait sa joie par des acclamations, et par des danses autour du nouveau Chevalier.

En temps de guerre, on conférait la chevalerie d’une manière plus expéditive et plus militaire. On présentait seulement son épée, par la croix ou la garde au prince ou au général de qui on voulait recevoir l’accolade ; c’était tout le cérémonial. La célérité des entreprises, et le grand nombre de Chevaliers que l’on créait à la guerre, ne permettaient pas de suivre avec exactitude toutes les lois établies pour la création d’un chevalier.

Les Chevaliers jouissaient de plusieurs avantages extérieurs, qui rehaussaient l’éclat de cette profession par des prérogatives honorables, et donnaient à ceux qui l’exerçaient, une prééminence marquée sur tous les écuyers, et sur tout le reste de la noblesse. Ces distinctions consistaient dans l’armure, dans l’habillement, dans les titres, etc.

Une lance forte et difficile à rompre, un haubert, un haubergeon, c’est-à-dire une double cotte de mailles tissue de fer à l’épreuve de l’épée, étaient les armes assignées aux CHEVALIERS exclusivement ; la cotte d’armes faite d’une simple étoffe armoriée, était l’enseigne de leur prééminence sur tous les autres ordres de l’état et de la guerre.

Les Chevaliers avaient seuls le droit d’enrichir leurs vêtements, les harnais de leurs chevaux, leurs armes, d’ornements en or ; leurs femmes pouvaient aussi porter de pareils ornements sur leurs robes. On les distinguait dans le discours et dans les actes, par les titres de Dom, Sire, Messire, Monseigneur ; on donnait à leurs femmes, les titres de Dame, de Madame, etc. L’argent, destiné pour les écuyers que l’on qualifiait de Monsieur, de Damoiseau, et pour leurs femmes à qui l’on donnait le titre de Demoiselle, marquait aussi la différence qu’on devait mettre entr’eux, et les personnes d’un étage inférieur, qui ne portaient que des étoffes de laine, ou du moins sans or ni argent. Les seuls Chevaliers avaient droit de fourrer leurs manteaux de vair, d’hermine et de petit-gris : d’autres fourrures moins précieuses étaient pour les écuyers, et les plus communes pour le peuple.

La soie, interdite aux bourgeois, était dispensée avec un sage ménagement entre les Chevaliers et les autres nobles. Quand les Chevaliers paraissaient en cérémonie, vêtus de damas, les écuyers ne l’étaient que de satin ; ou si les derniers paraissaient en habit de damas, les premiers l’étaient de velours ; l’écarlate et toute autre couleur rouge était appropriée aux Chevaliers à cause de son éclat. Elle s’est conservée dans l’habillement des magistrats supérieurs et des docteurs.

Si les cérémonies observées dans la création d’un Chevalier étaient propres à faire naître dans le cœur de la jeune noblesse, l’amour de l’honneur et de la vertu, celles qui s’observaient dans la dégradation d’un Chevalier coupable d’un crime déshonorant, ne l’étaient pas moins pour inspirer de l’horreur pour le crime et pour la lâcheté.

Un gentilhomme qui avait déshonoré par quelque action honteuse, la chevalerie dont il était revêtu, était réduit à l’état le plus ignominieux par une espèce de dégradation, dans laquelle on remarque plusieurs traits de ressemblance avec celle des ministres de l’église.

Le Chevalier juridiquement condamné, pour ses forfaits, à subir cette flétrissure, était d’abord conduit sur un échafaud, où l’on brisait et foulait aux pieds, en sa présence, ses armes et les différentes pièces de son armure, dont les hérauts et poursuivants d’armes le dépouillaient successivement, en commençant par le casque. Pendant ce temps, des prêtres récitaient les vigiles des morts, après lesquelles ils prononçaient, sur la tête du coupable, le psaume 108, qui contient plusieurs imprécations contre les traîtres. Cela fait, le roi, ou héraut d’armes, demandait, par trois fois, le nom du coupable, et chaque fois, le poursuivant d’armes le nommait par son nom propre et par celui de sa seigneurie ; et ce héraut disait toujours que ce n’était pas le nom de celui qu’il avait devant les yeux, puisqu’il ne voyait en lui, qu’un traître déloyal, et foi mentie. Ensuite, prenant des mains du même poursuivant d’armes, un bassin plein d’eau chaude, il le jetait avec indignation sur la tête de cet infâme Chevalier, pour effacer le sacré caractère conféré par l’accolade.

Le coupable dégradé de la sorte, était ensuite tiré en bas de l’échafaud, par une corde passée sous le bras, et mis sur une claie ou sur une civière, couvert d’un drap mortuaire ; enfin porté à l’église, où l’on faisait sur lui les mêmes prières et les mêmes cérémonies que pour les morts. Ce cérémonial achevé, le dégradé était livré au juge royal, pour lui faire subir la peine de mort, ou telle autre qu’il avait méritée. Après l’exécution, les rois et les hérauts d’armes déclaraient les enfants et descendants du dégradé, ignobles, vilains et roturiers, incapables de porter les armes et de paraître à l’armée, aux joutes ou tournois, sous peine d’être battus de verges, comme nés d’un père infâme.

Des fautes plus légères, mais toutefois déshonorantes, excluaient celui qui les avait commises, de la table des Chevaliers. S’il osait y prendre place, chacun d’eux était en droit de venir trancher la nappe devant lui. Les écuyers même pouvaient lui faire un pareil affront.

Aujourd’hui, la maniere de révoquer l’ordre de la chevalerie, est de retirer à l’accusé le collier ou la marque de l’ordre, que l’on remet ensuite entre les mains du trésorier de l’ordre.

Le titre d’écuyer ou de Chevalier, était d’abord affecté à la seule noblesse faisant profession des armes. La noblesse qui s’acquiert par les grands offices, et surtout par le service dans les cours souveraines, ne donnait point autrefois la qualité d’écuyer ou de Chevalier, qui paraissait incompatible avec un office dont l’emploi est différent de la profession des armes. Aussi les présidents et conseillers des cours souveraines ne prirent d’abord d’autre titre que celui de Maître, qui équivalait à celui de Noble ou d’Écuyer ; mais dans la suite, les gens de robe et autres qui jouissaient du privilège de noblesse, prirent les mêmes titres que la noblesse d’épée. Il y eut des chanceliers, des premiers présidents du parlement qui furent faits Chevaliers ès-lois, et depuis ce temps, tous les présidents ont pris les qualités de Messire et de Chevalier. Les conseillers et autres officiers jouissant de la noblesse, ont pris pareillement la qualité d’Écuyer. Il y en a même beaucoup qui prennent les qualités de Messire et de Chevalier, qui n’appartiennent néanmoins réguliérement qu’à ceux qui les ont par la naissance, ou à l’office desquels ces qualités ont été expressément attribuées.

Un arrêt du parlement, rendu sur les conclusions du procureur-général, le 13 août 1663, défend, en vertu des ordonnances, à tous gentilshommes de prendre la qualité de Messire et de Chevalier, sinon en vertu de bons et légitimes titres, et à ceux qui ne sont point gentilshommes de prendre la qualité d’écuyer, ni de timbrer leurs armes, le tout à peine de 1 500 livres d’amende.

Malgré tant de sages règlements, il ne laisse pas d’y avoir beaucoup d’abus, tant de la part de ceux qui étant nobles, au lieu de se contenter du titre d’écuyer, usurpent celui de Chevalier, que de la part de ceux qui n’étant point nobles, usurpent des armories timbrées qui n’appartiennent qu’aux véritables nobles.

Il est égalemement certain que le titre de Chevalier exprimé en latin par celui de Miles, commence à paraître comme une espèce de dignité, et est donné à quelques seigneurs, dans certains actes, sur la fin de la seconde race. Le P. de Mabillon, dans ses Annales de l’ordre de Saint-Benoît, en fournit plusieurs exemples. Mais il est vrai aussi que ce fut sous les premiers rois de la troisième race que les Chevaliers commencèrent à faire comme un corps distingué dans l’État et dans les armées, qu’il se forma une jurisprudence qui réglait leurs rangs, leurs droits, leurs prérogatives, l’âge, les qualités et les autres conditions requises pour parvenir à cette dignité.

Du temps de Philippe-Auguste, sous le règne duquel on commence à faire plus souvent mention des Chevaliers, ce qu’on appelait Miles était un homme de naissance, qui avait fait preuve de noblesse par de bons titres et de valeur par de belles actions, et à qui la chevalerie avait été conférée avec certaines cérémonies dont nous avons le détail dans des monuments anciens que nous appelons céréroniaux.

Les nobles seuls pouvaient être Chevaliers de droit ; car, « si quelqu’un s’était fait armer Chevalier, sans être gentilhomme de père, quoiqu’il le fût par sa mère, le roi ou le baron de qui il relevait, le pouvait faire prendre, trancher ses éperons sur un fumier, et saisir ses meubles ».

Le parlement mêrne porta la sévérité jusqu’à prononcer une amende contre le Chevalier qui avait eu la témérité de donner l’accolade à un roturier, parce qu’il n’y que le roi qui puisse faire d’un roturier un Chevalier.

Nous en avons un exemple. Le comte de Flandres et le comte de Nevers son fils, ayant fait Chevaliers deux roturiers frères, le parlement les condamna chacun à une amende, par arrêt de la Toussaint 1279 et de la Pentecôte. Il condamna pareillement, par arrêt de la Saint-Martin 1281, chacun de ces roturiers à mille livres tournois d’amende envers le roi. Cette somme excède seize mille livres de notre monnaie actuelle. Si la première fois que l’on a recherché les usurpateurs de noblesse, on les avait traités aussi sévèrement, le nombre en serait moins grand aujourd’hui.

Les nobles seuls combattaient à cheval, soit en duel, soit à la guerre : les roturiers ne pouvaient, en aucuns cas, combattre qu’à pied ; car vilain ne sait que valent éperons.

« S’il arrivait qu’un roturier accusât un Chevalier, ou un gentilhomme qui dût être Chevalier, de meurtre, de vol de grand chemin ou de quelqu’autre crime qu’on punit par la mort du coupable ; il était permis au gentilhomme de se battre à cheval, s’il le voulait ; mais si c’était le gentilhomme qui se portât accusateur, il était obligé de combattre à pied ».

Voilà le seul cas d’exception à la règle générale : Beaumanoir nous en apprend la raison ; c’est dit-il, « parce que s’avilissant jusqu’à appeler en duel une personne d’aussi basse extraction, il perdait le privilège attaché à sa dignité ; et, dans ce cas, il devait se servir d’armes telles que celui qu’il avait appelé pouvait avoir de droit. S’eût été une grande cruauté de laisser à un gentilhomme, qui aurait appelé un roturier, l’avantage du cheval et de l’armure ».

On appelait un Chevalier d’armes Messire ou Monseigneur, et le Chevalier de lois n’avait que le titre de Maître un tel. Les premiers portaient la cotte d’armes armoriée de leur blason, et les autres une robe fourrée de vair, et le bonnet de même. Voyez Drap d’or.

Chevalier bachelier. Les Bacheliers étaient du second ordre de la noblesse, c’est-à-dire qu’ils tenaient le milieu entre les hauts Chevaliers et les écuyers : on disait Bachelier, au lieu de bas chevalier. Le banneret ou le Chevalier recevait l’investiture par la bannière carrée, et le Bachelier par un panon qui se terminait en queue, qui était l’enseigne avec laquelle il conduisait ses vassaux à la guerre, pour servir sous la bannière d’un Chevalier banneret, parce que le Bachelier n’ayant ni assez de bien, ni assez de vassaux pour les mener à la guerre à ses dépens, marchait et combattait sous la bannière d’autrui, et tâchait par ses exploits d’arriver à la qualité de Chevalier banneret.

« Lorsqu’un Bachelier a grandement servi et suivi la guerre, et qu’il a terre assez, et qu’il puisse avoir gentilshommes, les hommes, et pour accompagner sa bannière, il peut licitement lever la bannière, et non autrement ; car nul homme ne doit lever la bannière en bataille, s’il n’a au moins cinquante hommes d’armes, tous les hommes et les archers et les arbalestriers qui y appartiennent ; et s’il les a, il doit à la première bataille où il se trouvera, apporter un pennon de ses armes, et doit venir au connétable ou maréchaux, ou à celui qui sera lieutenant de l’ost, pour le prince requérir qu’il porte bannière ; et s’ils lui octroyent, doit sommer les hérauts pour témoignage, et doivent couper la queue du pennon pour en faire bannière ».

d’après le Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France
Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842)  — Paris, 1816

Publié dans:VALEURS DE FRANCE |on 26 novembre, 2006 |Pas de commentaires »

Lettre des chefs de la croisade aux chrétiens d’Europe

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Lettre des chefs de la croisade aux chrétiens d’Europe

Boémond, fils de Robert, Raymond comte de Saint-Gilles, le duc Godefroy, et Hugues-le-Grand, aux fidèles catholiques de l’univers entier, la vie éternelle.

Pour vous faire connaître à tous comment la paix a été conclue entre nous et l’Empereur, et comment, à travers la terre des Sarrasins, nous sommes parvenus jusqu’ici, nous vous avons adressé cet Envoyé qui s’empressera de vous raconter, dans l’ordre des événements, tout ce qui nous est arrivé. D’abord il faut dire qu’au milieu du mois de mai, l’Empereur nous a donné par serment sa foi et la promesse de sa protection, le tout appuyé par des otages, à savoir son neveu et son gendre; promettant en outre de veiller à ce qu’aucun des pèlerins du Saint-Sépulcre ne fût à l’avenir molesté. Il envoya ensuite l’un de ses premiers officiers dans toute l’étendue de ses domaines, et jusqu’à Durazzo, pour porter la défense de blesser en quoi que ce soit les intérêts des pèlerins, sous peine d’encourir le supplice du gibet. Que pouvait-il faire de plus? Revenons maintenant aux événements qui devront combler vos coeurs d’une indicible joie. À la fin du mois de mai, nous nous préparâmes à combattre les Turcs, et les vainquîmes, grâce à Dieu. Dans cette bataille, ils ne perdirent pas moins de trente mille hommes. De notre côté, nous eûmes trois mille morts, qui sans aucun doute jouissent maintenant des gloires de la vie éternelle. À la suite de cette affaire nous avons rassemblé une immense quantité d’or, d’argent, d’armes et de vêtements précieux. Par la force de nos armes nous nous sommes mis en possession de la grande ville de Nicée. Au-delà de cette cité, dans une marche de dix jours, nous avons fait la conquête de plusieurs villes et châteaux. Ensuite nous avons livré une grande bataille devant Antioche, et avons, par la virilité de nos efforts, remporté une éclatante victoire; si bien que l’ennemi a eu soixante-neuf mille morts. De notre côté, notre perte a été de dix mille, qui sont morts dans la paix du Seigneur. Qui a jamais vu un pareil triomphe? Soit que nous vivions, soit que nous mourrions, nous appartenons au Seigneur. Il faut encore que vous sachiez que le roi des Perses nous a mandé qu’il nous présenterait la bataille le jour de la fête de tous les Saints, assurant que s’il reste vainqueur il ne cessera de faire la guerre aux Chrétiens de concert avec le roi de Babylone (du Caire) et la plupart des autres rois païens. S’il perd la bataille, il se fera chrétien avec tous ceux qu’il pourra entraîner à sa suite. En conséquence, nous vous supplions de pratiquer à cette intention le jeûne et les aumônes, et de célébrer la sainte Messe avec dévotion et assiduité. Et spécialement observez dévotement, par les aumônes et les prières, le troisième jour avant la fête, qui se trouve être un vendredi, jour du triomphe du Christ, que nous choisissons pour livrer cette mémorable bataille.

Moi, évêque de Grenoble, j’envoie ces lettres qui m’ont été apportées à Grenoble, à vous archevêque et chanoines de la sainte église de Tours, afin que vous les communiquiez à tous ceux qui viendront à la fête, et par leur moyen, aux différents contrées où ils doivent retourner. Que les uns prodiguent les prières et les aumônes, et que les autres se hâtent d’accourir avec leurs armes.

Comte Riant conclut que la lettre fut écrite entre le 28 juin 1098, la victoire sur Kerbogha, et le milieu de juillet, époque de départ pour Constantinople de Hugues-le-Maisné, dans  » Inventaire des lettres historiques des croisades « , Archives de l’Orient Latin, New York, AMS Press, 1978 (1881), pp. 175-176.

Traduction prise dans J.F.A. Peyré, Histoire de la Première Croisade, Paris, Aug. Durand, 1859, vol. 2, pp. 479-481.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 26 novembre, 2006 |Pas de commentaires »

Les Obligations des Pauvres Chevaliers du Christ

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Les Obligations des Pauvres Chevaliers du Christ

Texte inédit des Constitutions signées à Narbonne en 1117,
portant la première mention historique de l’Ordre du Temple qui fut officiellement constitué à Jérusalem en 1119.

 

A la gloire de Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, Dieu qui fut, qui est et qui sera de toute éternité. 

Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas et pour ceci, il est sage de reconnaître que Dieu est le Dieu Bon comme le Dieu Bon est Dieu. 

Ce 13e jour du 12e mois appelé Tisri de l’an de grâce Mil cent dix-sept, faisant étape dans la plaisante cité de Narbonne au long de notre route vers la Sainte Jérusalem, Nous, Hugues de Payens et Geoffroy de Saint Omer, confortés par sept de nos compagnons, les illustres chevaliers Giambaptista de Bolandis, Pierre Despatis de Courteilles, Roland de Romer Villiers, Jean Petit de Grandjardin, André Dupuis de Sens, Didier-Ange de Tavernet et Pierre baron de Priestley, avons décidé de former une fraternelle communauté, cela pour le bien et l’utilité de tous nos frères en Jésus-Christ, pèlerins en Terre sainte, cela pour éviter discussions, échecs, soucis, dépenses et dommages provenant de désordres, agressions ou transgressions dans la protection de la route de la sainte Jérusalem. 

Pour que notre entreprise chrétienne soit valable en tout temps, nous, Hugues de Payens et Geoffroy de Saint Omer, en notre nom et au nom de nos sept valeureux compagnons, nous nous constituerons, dans un esprit fraternel, en Ordre du Temple dés notre entrée dans la sainte cité de Jérusalem, nous jurant d’observer fidèlement les règlements ci-dessous définis et cela pour nous-mêmes et pour nos successeurs. 

I. Celui qui désirera entrer dans notre Ordre devra promettre d’observer, comme nous, tous les points et articles qui sont mentionnés dans les présentes Obligations. 

II. S’il se présente un homme d’arme, un moine, un bourgeois milicien qui désirent rejoindre notre Ordre, on peut les accepter. S’il s’agit d’un seigneur , il sera reçu avec tous les honneurs dus à sa qualité, lui et les gens de sa maison. 

. III. Celui qui est sous la dépendance d’un Seigneur ne peut être accepté dans notre Ordre qu’avec l’assentiment de son Seigneur. 

IV. On ne doit pas accepter dans l’Ordre un chevalier ou un homme d’arme qui n’a pas communié dans l’année ou qui ne pratique pas, ou qui gaspille son avoir au jeu ou avec les femmes.
Si d’aventure un quelconque de cette catégorie avait été coopté, aucun chevalier, aucun soldat ne doit avoir de contacts avec lui jusqu’à ce qu’il ait changé de vie et subi une punition accomplie devant le Dieu Bon. 

V. Aucun chevalier ne doit vivre ouvertement en concubinage. Il ne peut par ailleurs commettre l’acte de procréation avec les femmes qui font partie des pèlerins dont il a la garde. S’il ne s’en abstient pas, aucun membre de l’Ordre ne doit rester dans sa troupe, ni avoir rien de commun avec lui. 

VI. S’il n’est pas chevalier, celui qui aura bien servi l’Ordre intérieur durant 1 an et qui est âgé de plus de 25 ans, sera promu au grade d’Ecuyer Novice. Après un noviciat de 3 ans, avec l’accord de ses frères en Jésus-Christ il sera ensuite élevé au titre de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte. 

VII. Les présentes Obligations, ainsi que les comptes de l’Ordre sont conservés dans deux livres. Le Chevalier qui a la charge des livres doit promettre à l’Ordre d’en prendre soin et de n’en laisser copie à personne, ni de les prêter à qui que ce soit afin qu’ils restent intacts. 

VIII. Le chevalier qui a la responsabilité des livres de l’Ordre doit les faire lire à ses frères une fois par an, lors de l’installation de plus vénérable d’entre eux. S’il vient un membre de l’Ordre qui désire connaître les dits comptes en tout ou en partie, il doit leur en faire prendre connaissance afin qu’il n’y ait aucune équivoque. 

IX. A tout chevalier qui dirige une troupe de pèlerins qui rejoint Jérusalem est dévolu le pouvoir juridique sur la troupe pour régler tous différents qui pourraient survenir entre les voyageurs ou pèlerins, Obéissance lui est due par tous ceux-ci. 

X. Si un chevalier qui dirige une troupe de pèlerins vient à mourir sans avoir achevé sa route et qu’un autre chevalier s’y attelle, celui-ci doit la mener à bonne fin sans l’abandonner à un troisième, et cela afin que ceux qui ont pris le chemin de la sainte Jérusalem sous la protection de l’Ordre ne se trouvent pas dans des frais exagérés qui porteraient préjudice à la mémoire du défunt ou de l’Ordre lui-même. 

XI. Le responsable d’une troupe de pèlerins et voyageurs n’a le droit de recevoir aucune rétribution pour le service qu’il dispense, outre le juste prix réclamé par l’Ordre pour les convoyer et protéger. Il ne dispose non plus d’aucun droit de cuissage et est tenu de respecter et de faire respecter les pucelles qui font partie du groupe de pèlerins, ceci au péril même de sa propre vie. 

XII. Si un homme pieu désire participer au service divin ou autre voyage à destination de la sainte Jérusalem, on doit l’accueillir. 

XIII. Si un pèlerin ayant entamé le voyage de la sainte Jérusalem venait à mourir, il faut que n’importe quel membre de l’Ordre se charge de l’ensevelir en terre chrétienne et de faire dire une messe en son honneur. Les frais en seront récupérés par la vente des bagages du défunt, à moins que sa famille, des proches ou amis s’en chargent. 

XIV. S’il arrive qu’une plainte soit portée par un chevalier contre un autre chevalier, par un compagnon ou un pèlerin, exception faite des simples voyageurs et des hérétiques originaires de Judée, cette plainte doit être portée devant l’illustre chevalier qui détient les livres de l’Ordre. Celui-ci précise les jours où les parties doivent être entendues et la cause sera jugée dans les lieux où ont été conservés les livres de l’Ordre. 

XV. Au cas où une plainte parvient au chevalier, il n’en doit pas prononcer seul une sentence mais s’adjoindre deux illustres membres de notre Ordre les plus proches. Ensemble, ils éclaireront la question et ils décideront souverainement de la sanction au nom du Dieu Bon. 

XVI. Dons et amendes doivent être versés dans les troncs de l’Ordre afin que le service divin soit d’autant mieux célébré. Il en est de même des frais du voyage des pèlerins et voyageurs à destination de la sainte Jérusalem. 

XV. Le dernier point est de toujours avoir bonne discrétion, comme vous pouvez le comprendre par bonne raison. 

 

Que le Dieu Bon Vous accorde sa grâce céleste, pour bien comprendre l’importance de l’Ordre, afin d’obtenir le ciel en récompense. 

Amen! Ainsi soit-il!
Gloire au Dieu Bon !

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 24 novembre, 2006 |5 Commentaires »

Les Templiers dans le diocèse troyen ; leur spiritualité jusqu’en 1316

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Les Templiers dans le diocèse troyen ; leur spiritualité jusqu’en 1316

Conférence d’ Abel Lamauvinière

donnée à Bar-sur-Seine le 17 septembre 1999

Aussi paradoxal que cela puisse paraître nous connaissons les Templiers où tout du moins nous prétendons les connaître sans qu’aucune étude n’ait porté sur leur pratique religieuse.

Le paradoxe tend à affirmer que l’ordre Templier se confond avec son histoire. Or les pratiques cultuelles ne sont pas de l’histoire mais des dévotions personnelles et collectives greffées à un idéal chevaleresque.

La religion séduit surtout en cet fin de siècle, l’histoire médiévale charme. En témoignent les nombreuses activités développées depuis quelques années par des érudits locaux. Ainsi l’homme cherche à appréhender les deux phénomènes, ce qui est une démarche complexe du fait de deux entités et dialectiques différentes, au demeurant complémentaires.

Cet engouement pour l’histoire médiévale locale est un bienfait car elle permet de vulgariser les pans entiers de notre patrimoine templier d’Avalleur le plus médiatisé, petit hameau sur un plateau Barséquannais, en passant par Sancey, actuelle Saint Julien les Villas sans oublier les nombreux établissements dans notre cité épiscopale troyenne. Ces derniers sont plus importants que nous pourrions l’imaginer. En effet la ville est le lieu par excellence ou une entité politique ou spirituelle doit figurer de manière à être pris en considération. Pour ce faire, cette entité ecclésiale doit entrer dans un rapport de soumission à un autre par un serment de vassalité et d’obéissance ; ainsi la protection de cet hôte puissant, en l’occurrence le comte, a permis l’essor dans notre cité épiscopale.

Le rôle de l’historien est de livrer au présent notre passé grâce à ses outils dans une démarche conceptuelle. Ainsi l’étude de la spiritualité templière est un défi pour l’historien, vu la rareté des documents et l’absence de témoignages fiables. Néanmoins certains écrits templiers, outre leur thème, livrent des informations, matières à réflexion, permettant ainsi une démarche historienne en les croisant à d’autres sources existantes.

Définir la spiritualité n’est pas chose aisée étant donné la multiplicité des sens que revêt ce terme. Il désigne en premier lieu la qualité de ce qui exclut toute matière ce sont les divinités. Mais également ce qui dépasse la matière et rattache à un monde autre tout en conservant un lien. Ainsi il s’agira de comprendre le mouvement de vie qui résulte de l’acceptation de l’ordre pour comprendre la foi et la pensée qui en découle. Les rites sont l’expression de cette foi en partie, le combat une autre, la confession du péché est une forme. La temporalité nous permet de cerner l’évolution de cette spiritualité dans le temps matériel et immatériel.

N’oublions pas que la religion est inscrite dans la société médiévale, elle répond à une quête de sens, les pratiques représentant un sens donné à la vie terrestre des personnes. En tant qu’humain le templier représente une composante de l’Église. Cette composante répond à des besoins multiples ; défendre le tombeau du Christ, s’enquérir de moyens pour mener une telle action. C’est dans le contexte de la croisade que naît le mouvement des Templiers et développe dès son origine des préceptories nécessaires à drainer les moyens financiers et humains pour leur épanouissement.

L’Église, en canalisant un mouvement destiné à exploiter la violence naturelle de la société féodale, se trouve vite dépassée par sa base. Elle ratifie le mouvement en ordo (ordre) par une règle. Or la situation dans laquelle se trouve l’Église est nouvelle et exceptionnelle : ordre militaire et spirituel ou l’alliance de l’épée et du chapelet.

Comment se vit la spiritualité de ces chevaliers du Christ nés d’une volonté spontanée ? Notre volonté n’est pas de dresser un tableau exhaustif de cette spiritualité, mais de comprendre les pratiques cultuelles et/ou collective. D’où la nécessité impérieuse de s’enquérir des structures juridiques sur lesquelles reposent les soi-disant moines soldats. Cette investigation est la résultante d’une interprétation de lectures composées de manuscrits latins et français originaux parfois oubliés ou jamais dépouillés ! A la suite de cette quête féconde nous pourrons oeuvrer pour le statut de l’ordre révélant ainsi le terreau fertile sur lequel la pratique liturgique doit se greffer. Nous terminerons notre réflexion sur la prière personnelle.

 

 

I. Structures de l’ordre :

 

 

1. Une puis deux règles :

 

 

Nous avons travaillé sur trois règles d’origine et de fortunes diverses mais qui contribuent à faire émerger quelques notions naissantes concernant la loi et le processus de codification qui se met en place. Celui-ci a l’art de nuire à quelques autorités, fussent-elles temporelles comme le roi ou encore le comte ou bien spirituelles, comme le pape ou bien le patriarche de Jérusalem et à un niveau local l’évêque. Les documents sont de type normatif, c’est pourquoi l’analyse de chacun d’eux est essentielle.

Le premier manuscrit comporte soixante-douze articles et quelques annotations du même auteur, écrit en latin il figure en annexe du concile de Troyes du 14 Janvier 1128 jour de fête de la Saint-Hilaire. la lecture de cette règle, nous remarquons le caractère primitif de la hiérarchie militaire appelée  » frates laïcus  » ou frères laïcs qui cohabitent avec les  » frates capellani » ou frères chapelains, ce qui nous amène à penser que la règle s’inspire des préceptes de vie augustiniens, notamment du Praeceptum. Nous formulons l’idée que cette règle est le résultat d’une situation qui se vit en Orient, qu’elle ne fait que légaliser une situation, mais de manière incomplète, malgré la présence attestée et consignée de Bernard de Clairvaux et d’Hugues de Payns requérant.

Le second manuscrit est conservé à la Bibliothèque du Vatican, il est plus précis, structuré, explicatif. Ce manuscrit se révèle être l’outil précieux de la papauté romaine qui, en légalisant, s’approprie de la manière la plus fine un phénomène nouveau qui a pris de l’ampleur, nous le daterions de la fin du XIIe. Cette règle émise par la chancellerie romaine couperait court aux velléités du patriarche de Jérusalem, qui, rappelons-le, est en situation schismatique Gormond (jusqu’en juillet 1228) puis Etienne. Fort est de constater l’influence de la bulle d’Innocent II Omne Datum Optimum de 1139. Dans la structuration écrite de cette règle, nous remarquons une division structurelle et thématique en deux parties ; la première mettant l’accent sur la vie quotidienne disciplinaire et laïque des templiers, la deuxième traite du phénomène purement religieux, mais les deux sphères sont distinctes dans le commandement ;

 » le commandement du commandeur de la terre ne peut tenir chapitre « . C’est-à-dire le chapitre militaire diffère du chapitre spirituel.

Enfin la troisième règle est la copie de la précédente avec quelques annotations, elle est traduite en langue vernaculaire à usage des préceptories. Nous la daterions du XIIIe. Ce qui tendrait à faire dire que la pratique et l’utilisation du latin sont l’apanage d’une élite formée et capable de l’utiliser quotidiennement. Mais aussi, elle révèle la nécessité impérieuse d’œuvres en langues vernaculaires pour les personnes qui pratiquent peu ou prou ce latin au sein une communauté. Ainsi le caractère didactique prime pour permettre le développement de cet ordre religieux, nous avons tendance à oublier la rareté de la pratique du latin dans les campagnes. Par conséquent, l’évangélisation peut se concevoir uniquement si les personnes disposent de moyens d’appréhender le phénomène conceptuel et religieux. Les ajouts ou annotations réalisées sur les différentes règles n’ont pas pour but la remise en cause de l’idée qui est développée, mais une finalité explicative voire  » pédagogique  » . Il est vrai que quelques erreurs de copistes se sont produites mais en aucun cas ne nuisent à la compréhension des textes lorsque nous les croisons avec d’autres sources.

 

 

2. Comtes de Champagne et Templiers :

 

 

Étant donné que l’ordre, bien que né en Terre Sainte, a pour origine la Champagne, il convient d’étudier sommairement les bulles ou actes émanant de la papauté romaine afin de déterminer la nature des relations. Le manuscrit le plus ancien de la chancellerie romaine en notre possession est une bulle du pape Célestin II en 1143. Ce dernier donne des indulgences et des privilèges aux personnes qui s’engagent dans l’ordre. La finalité de cet acte témoigne de l’intérêt de la papauté à développer cet élan missionnaire en utilisant l’argument qui consiste à dire aux personnes ayant péché dans le royaume de France, qu’ils soient chevalier, sergent, clerc ou homme et femme libre, de pouvoir soigner leur âme et de la purifier en s’engageant définitivement dans ce mouvement spirituel. Grâce à la vie en communauté les personnes sont appelées à atteindre le paradis ou Jérusalem céleste.

La chancellerie royale et la chancellerie comtale participent activement à l’essor de l’ordre surtout à partir de la deuxième moitié du XIIe siècle, au vu des actes conservés.

Un acte de 1156 établi à Orléans confirme la donation de « Paganus de Gisdi » aux templiers, sous l’égide de Louis VII et de son vassal le comte Thibaut, ces derniers sont les garants de cet acte puisqu’ils sont cosignataires. L’objet de la transaction est un terrain pour construire un four, ce qui doit permettre à la nouvelle institution de tirer de nouveaux profits, étant donné que le droit de cuire le pain relève d’un droit banal et gratifie l’institution templière locale du rang de seigneurie. Des maisons viennent compléter ce don, l’utilisation peut être personnelle ou bien locative. Enfin la rente de dix sous de cens au marché d’Orléans procure à l’ordre templier un revenu important non-taxable, étant donné que c’est une institution religieuse.

En 1164, Louis VII confirme l’échange qu’il y a eu entre les religieux de Marigny possesseurs de terres à Sancey (actuel Saint-Julien-les-Villas) et les templiers. Grâce à cet acte nous datons l’entrée des templiers dans la région troyenne effective et légale de 1164. La donation la même année par l’abbé de Saint-Loup de moulins et d’étangs confirme cette emprise territoriale dans la contrée épiscopale troyenne, par ailleurs elle accroît les revenus et bénéfices liés à ces charges.

En 1171, Henri comte de Champagne confirme de son sceau la cession faite aux templiers par Henri La Bourde, d’une maison située à Provins, près de l’église de Notre-Dame en échange de la maison dite de Gilbert le Saunier. Dans ce manuscrit, il est fait mention des noms de templiers et de leurs fonctions par ordre décroissant de position hiérarchique. Nous sommes surpris de l’absence totale du mot moine ou encore moine-soldat. Eustache apparaît le premier, nous l’avons côtoyé maintes fois, il est procurateur général de la Gaule ou royaume de France, Pierre est le supérieur de la maison de Provins, il est accompagné du frère Eustache, de Pierre homme de lettre (peut-être attaché à l’enseignement et la formation de ses confrères, ce qui vient corroborer le terme préceptorie plus judicieux que le vocable commanderie), de Godefroy, de Bernard le changeur (dont la fonction semble être liée aux revenus des templiers de Provins) enfin de Dambert.

A Saint Jean d’Acre en 1191, le roi de France Philippe-Auguste accorde aux Templiers du royaume de France une exemption de droits de chancellerie. Cette charte révèle la prépondérance prise par l’ordre sur divers plans. L’institution s’affirme comme indépendante de tout pouvoir temporel, celui du roi, la vassalité qui est sous-jacente n’a plus lieu d’exister. De même elle s’émancipe à sa façon des liens directs qu’elles a vis à vis des évêchés ou siègent les préceptories et maisons templières. Surtout les revenus liés à cette tâche disparaissent et témoignent de la capacité des templiers à créer cette chancellerie, de se doter d’hommes de lettres et de lois de manière à demeurer dans la légalité. Cette émancipation révèle la réalité de l’institution mais également une forme de gallicanisme.

Des rancœurs à l’échelle régionale peuvent découler de cette inégalité qu’engendre cet acte pour les divers établissements religieux. Grâce à ces moyens l’institution ne peut que se développer tant en moyens humains qu’en espaces de production. Ainsi peut s’expliquer brièvement l’essor territorial et politique de cet ordre religieux qui invitent au développement de moyens colossaux nécessaires à l’action militaire et spirituelle.

A la lecture des legs testamentaires, les dons de toutes natures permettent de tirer des richesses, de puiser dans l’actuelle forêt d’Orient les minéraux nécessaires pour la fonderie à Rosson, à Piney, à Géraudot, à la Loge aux Chèvres, à Brienne, des terres cultivables et des maisons à Buxières, Avalleur, Chaource, Chappes, Mesnil, Payns, Saint-Loup, Saint-Phal, Thors, Sancey, La Saulsotte, Villiers-près-Troyes, Villiers Herbisse. Ce bref panorama aubois de l’étendue territoriale incite à deux succinctes interprétations ; à savoir que l’implantation se fait en fonction des possessions territoriales et de la puissance des autres institutions religieuses et la deuxième nous invite à prendre conscience de l’autonomie dont jouissent les templiers au sein de ce comté, laquelle n’est pas forcément bien acceptée par les comtes de Champagne.

 

 

3. Perte du message originel ; la voie de la condamnation

 

 

Notre volonté ne consiste pas à retracer le procès des Templiers étudié par Michelet, traduit dans son intégralité par des chanoines du XVIIe et XIIIIe et des historiens récents. L’ouvrage d’Ivan Gobry donne le sens général de ce procès à juste titre. Nous pourrions compléter ce travail par l’étude de la correspondance et des mémoires entre Philippe le Bel et le Cour de Rome. Au demeurant notre conception ne diffère pas, elle complète le panorama au niveau régional avec des pièces encore vierges de toutes lectures.

Le contexte ébauché précédemment doit être souligné ; à savoir une attitude gallicane de l’ordre Templier à l’égard de la papauté, une institution qui est l’enjeu des Chrétientés Occidentale et Orientale sur fonds de rites divergents, un poids économique et une capacité financière hors du commun, qui attise les convoitises et surtout la perte du message originel corrélatif au déclin des croisades et des seigneuries au profit des centralisations nationales autour d’un roi-représentant de Dieu sur Terre. Tous ces vecteurs de haine débouchent sur l’ordre d’arrestation du 14 Septembre 1307 émanant de Philippe le Bel :

 

 » C’est pourquoi nous vous chargeons et vous prescrivons rigoureusement en ce qui concerne le bailliage de Rouen de vous y transporter personnellement, seul ou deux d’entre vous, d’y arrêter tous les frères dudit ordre sans exception aucune, de les retenir prisonniers en les réservant au jugement de l’Église, de saisir leurs biens, meubles et immeubles, et de retenir rigoureusement sous votre main ces biens saisis , sans consommation ni dévastation quelconque, conformément à nos ordonnance et instructions, qui vous ont été envoyées sous notre contreseing, jusqu’à ce que vous receviez de nous là-dessus un nouvel ordre. D’ailleurs nous donnons l’ordre, par la teneur des présentes, à nos fidèles juges et sujets de vous obéir d’une manière effective et d’être attentifs relativement aux choses qui précèdent ensemble ou séparément, et à celles qui s’y rapportent. Faite à l’abbaye de Sainte Marie, près Pontoise, le jour de la fête de l’exaltation de la Sainte Croix, l’an du Seigneur mil trois cent sept »

 

L’ordre d’arrestation stipule que le jugement est réservé à l’Église mais que l’arrestation est effectuée par les baillis et les représentants du roi de France dans ses provinces, ici à Rouen, autre part à Troyes.

Ce que nous devons opposer à cet arrêté, c’est un texte élaboré par Jacques de Molay  » De unione Templi et Hospitalis ordinum ad Clementem papam Jacobi de Molayo relatio  » ou bien, Réponse de Jacques de Molay, grand maître général de l’ordre du Temple, à l’enquête pontificale sur l’opportunité de la fusion des deux ordres, à savoir l’ordre Templier et l’ordre Hospitalier. La même enquête se retrouve chez les Hospitaliers le 6 Juin 1306. la réponse de Jacques de Molay est la suivante :

 » Très Saint père, à la question que vous me posez relativement à l’union des ordes du Temple et de l’Hôpital, moi, maître du Temple, je réponds comme suit :

Assurément …. le dit pape et Saint Louis voulurent avoir un avis relativement à l’union susdite et leur intention était de ne faire qu’un ordre de tous les ordres militaires religieux. Mais on répondit que les rois d’Espagne n’y consentiraient pas du tout, à cause des trois ordres militaires et religieux qui sont établis chez eux. C’est pourquoi l’on décida qu’il valait mieux que chaque ordre restât dans son état. De même, au temps du pape Nicolas IV, par suite de la perte de la Terre Sainte qui eût lieu alors, parceque les Romains et d’autres peuples se plaignaient avec force qu’il n’eût pas envoyé un secours suffisant pour la défense de ladite Terre, le pape pour s’excuser en quelque façon et pour montrer qu’il voulait remédier en la situation de la Terre Sainte, renouvela ou reprit le projet d’union mais finalement, il ne fit rien. Ensuite le pape Boniface en parla à plusieurs reprises, il préféra abandonner l’affaire…. »

La perte de Saint Jean d’Acre en 1291 discrédite la milice du Temple cette défaite contribue à un affaiblissement militaire double ; structurel, celui qui consiste en la perte de frères guerriers et de représentation symbolique (celle d’un corps dévoué à la bataille qui sort déchu et discrédité dans sa capacité à défendre, ce qui incline peu à rejoindre cet ordre religieux par conséquent aggrave la crise structurelle de recrutement de frères). A juste titre la papauté a remarqué la prépondérance des querelles entre les deux ordres au détriment de leur vocation. Cette querelle entre Hospitaliers et Templiers renforce l’idée papale d’une inutilité de deux corps distincts ayant la même vocation spirituelle et le même lieu ; c’est pourquoi elle tente par tous les moyens d’avoir une mainmise sur l’ordre Templier mais en vain. En effet Jacques de Molay avance à la papauté des arguments capitaux dans de cette Responsa (réponse) lesquels reposent sur un passé prestigieux, n’ayant aucune ambition en Terre Sainte ce qui est contraire à sa vocation, et démontre la capacité financière et humaine de son ordre à survivre contre vents et marées. Jacques de Molay donne tous les arguments nécessaires aux parties adverses que sont la papauté pour gallicanisme et la royauté pour félonie à l’égard de son suzerain en refusant d’engager bataille, d’obéir, de se soumettre au roi.

La rumeur de la décadence, étudiée par Michelet, est le fait d’une situation enviable des Templiers au sein du royaume ce nous avons étudié précédemment. Dans un premier temps la papauté résiste aux tentations du roi Philippe le Bel peu à peu elle doit s’y soumettre après un bref attentisme au cours du mois de septembre 1307.

Appréhender le message spirituel est corrélatif à la situation temporelle vécue par les Templiers. Ainsi des lettres, par lesquelles Philippe le Bel, reconnaît avoir pris cinq mille deux cent livres au Temple sur l’argent de la croisade témoigne non seulement de la capacité financière mais également de la faiblesse du trésor royal. Ce sont les premières lettres trouvées, le roi en est-il à son premier crédit ? Quoi de plus somptueux de la part d’un suzerain que de mettre fin à une structure financière concurrente à la sienne tout en n’omettant pas d’en profiter.

Ce que nous avons trouvé ce sont des quittances du roi de France pour les divers frais d’entretien durant leur emprisonnement. Non seulement elles révèlent le nom des Templiers, le prix dû au seigneur, mais également la durée de leur détention. A la lecture de ces actes nous remarquons la centralisation des prisonniers sur Paris et sa contrée directe comme Senlis ce qui tend à faire comprendre à la papauté de la place cruciale du roi pour cet événement dont il est l’instigateur essentiel. Notons le faible nombre de Templiers dans la province gauloise ce qui tend à prouver le faible nombre de frères comparé à la richesse qu’ils exploitent.

Attardons-nous sur un fait qui interpelle se déroulant en mars 1314 où Philippe le Bel déclare que l’exécution de deux templiers, faite par ses ordres dans l’île du Palais, ne pourra porter aucune atteinte aux droits de haute justice des religieux de Saint-Germain-des-Prés. Ce qui est contraire au droit ecclésiastique en vigueur où la haute justice est le propre du tribunal ecclésiastique précédé d’un interrogatoire appelé question, d’une procédure d’enquête prodiguée par des Franciscains et des Dominicains, enfin d’un jugement rendu par les juges-clercs. Nous comprenons la volonté de Philippe le Bel qui en éliminant deux témoins templiers gênants ou récalcitrants auraient pu faire infléchir le déroulement du procès. Le roi outrepasse ses prérogatives régaliennes pour arriver à ses fins précitées.

Quel que soit la nature des legs historiques que sont les pamphlets, des consultations d’ordre juridique de la Faculté de théologie de Paris, de la correspondance amère du roi avec le pape, de la correspondance du roi avec les souverains étrangers, des décisions pontificales, des arrêtés synodaux bafoués, des procès-verbaux de Paris, de Saint-Pierre, de Chypre, nous remarquons une réticence de la papauté à l’égard de ces procès, une volonté farouche d’en finir avec les Templiers. Cinq années d’instructions pour des procès multiples, une fin selon le dessein du roi Philippe le Bel, tels sont les contenus de ces archives : la condamnation et sa suppression.

 

 

II. Statut de l’ordre :

 

 

D’une manière générale dans tous les ordres monastiques ou canoniques l’exercice des pratiques cultuelles est soumis à des prérogatives. En effet ne peuvent être réalisés que par une catégorie de personnes diligentées les actes religieux. Ces personnes sont appelées « frères chapelains  » dans la règle templière. Ces frères sont des membres de l’ordre par conséquent templiers. Quelle que soit la nature de l’ordre, il y a un âge légal autorisant la desserte du culte et cela après lecture du droit canon en vigueur. Dans l’ordre graduel de la cléricature, il faut avoir 18 ans pour être sous-diacre, 22 ans pour être diacre, 26 ans pour être prêtre. La formation de ces personnels se réalise dans le diocèse d’origine au sein de l’école cathédrale ou dans les précéptories lorsque celles-ci sont suffisamment pourvues de personnels et de moyens livresques. Ce pour quoi nous sommes appelés à émettre un certain nombre de réserves pour la période templière à proprement dite. L’exercice du culte a lieu essentiellement dans les chapelles avec un cérémonial bien précis mais il peut avoir lieu au gré des pérégrinations dans un lieu approprié (autre chapelle, nature, champ de bataille …). Tout frère nouvellement promu dans l’ordre templier peut devenir chapelain à la seule condition double qu’il satisfasse à l’âge légal et à la formation liturgique dispensée par le précepteur et/ou l’école épiscopale. Alors quelle pratique liturgique ? Avec quels livres ?

 

 

1.Ordre monastique ou ordre canonial

 

 

La spécificité du langage est primordiale car elle permet de fonder la théorie. Or il y a une différence fondamentale entre le moine et le chanoine. En effet, les pratiques liturgiques sont différentes, par conséquent le vécu spirituel également ; aussi notre interprétation historique qui en découle peut elle être erronée.

La première règle ne nous éclaire pas : il n’ y est pas inscrit le terme de moine, donc l’expression moine-soldat est une pure construction d’historiens qui se réfèrent à des éléments similaires qui se déroulent en Europe centrale à cette époque. A cela s’ajoute des arrêts de conciles provinciaux confirmés tardivement par la papauté romaine en 1123 en la basilique de Latran «  les moines resteront dans l’enceinte des cloîtres  » les moines se retrouvent dans leur situation originelle cénobitique permettant aux clercs d’occuper la place qui leur revient dans la société de tous les jours. Néanmoins leur omniprésence explique la difficulté d’appréhender le phénomène monial et les confusions qui s’y attachent.

Cependant la généralisation de l’emploi d’un terme, combinée à un effort de vulgarisation, amène des contrevérités. Ainsi l’expression moine-soldat utilisée est fausse pour les Templiers mais s’avère vrai pour l’ordre militaire d’Alcantara d’obédience cistercienne de Morimond où nous constatons à la lecture de la règle une spécificité linguistique latine capitale  » ordo monasticus « . Cette spécificité mériterait une recherche particulière en n’omettant pas de replacer cette institution dans la rivalité entre le royaumes de Castille et de Léon.

Or dans tous les manuscrits templiers que nous avons lus et traduits il n’y a en aucune manière la mention de moine-soldat ou l’équivalent latin ordo monasticus ou miles monasticus ou milites monastici. Ce qui veut dire que le terme n’existe pas. Ce vocable moine-soldat est l’apanage d’hommes à posteriori. Or une élaboration linguistique doit avoir un sens originel correspondant à la vocation du terme. Par conséquent le signifiant et le signifié sont en dichotomie avec la raison d’être. C’est pourquoi la plus grande prudence de lecture doit permettre de mieux cerner ces templiers.

La lecture d’un manuscrit ayant appartenu au chapitre des Templiers de Reims contient la règle de Saint Augustin : le Praeceptum ce qui tend à confirmer que ce qui définit les templiers : ce sont des chanoines suivant les préceptes de vie de l’évêque d’Hippone Augustin que nous appelons faussement la règle de Saint Augustin. En suivant ces préceptes de vie, les Templiers sont un ordo canonicus ou ordre canonique. En 388, lorsqu’Augustin rentre d’Italie pour Thagaste, il crée une communauté de laïcs sous le vocable de Servi Dei. Le Praeceptum de Reims nous livre quelques secrets comme l’exhortation spirituelle mais aussi un coutumier (calendrier, horaires des offices, repas) qui est d’usage chez les Templiers rémois.

Alors pourquoi cette erreur sur nos fameux moines-soldats ? La confusion est l’apanage des historiens du XVIIIè puis du XIXè siècle qui en lisant puis en manipulant les sources du XIVè siècle ont émis comme postulat de raisonnement le terme de moine-soldat après la suppression de l’ordre du Temple. Or cette expression peut être justifiée à partir de la dissolution de l’ordre en 1316. Au cours de cette dissolution, la passation des biens profite aux Hospitaliers. N’oublions pas que l’étymologie grecque nous éclaire car le terme moine signifie solitaire par conséquent le moine est une personne qui s’est retirée du monde pour vivre en ascète et se consacrer à la prière afin de se rapprocher de l’Éternel même si les tentations sont nombreuses d’être acteur dans une société.

Tout comme les historiens, comme M. Bur, nous préférons l’expression de chanoine : nous ajoutons le qualificatif de régulier qui sied à merveille à ces templiers. Or les défis de ces historiens soutiennent notre volonté de prouver cette expression. C’est ce sur quoi nous nous attardons maintenant dans un soucis de recherche permanent, permettant à la science historique de progresser.

 

 

2. Rôle de la spiritualité

 

 

Que se passe-t-il pour les chanoines templiers ? En 1099 au lendemain de la prise de Jérusalem, le Saint-Sépulcre est transformé en cathédrale chrétienne, avec un service hospitalier. Au cours de leur formation, les chanoines ont été en contact avec les divers livres de médecine écrits par des arabes et des juifs. Cette érudition est mise à profit dans leur mission terrestre. Ainsi les maux de toutes sortes endurés par les occidentaux chargés de défendre le tombeau du Christ, sont palliés par ces chanoines.

Par conséquent le patriarche eut à la fois le souci de l’accueil des pèlerins, leur prodiguant des soins tout en les défendant contre d’éventuels agresseurs. La présence de chevaliers chrétiens, qui plus est nobles, permet au patriarche de jouer habilement dans la querelle qui l’oppose au pape. C’est l’outil diplomatique idéal et schismatique rêvé. En effet en reprenant la paix de Dieu et la trêve de Dieu, messages originels du pape, le patriarche de Jérusalem s’approprie les termes et les finalités de la chrétienté occidentale pour asseoir non seulement son pouvoir spirituel, mais aussi sa sphère militaire de grand seigneur de la chrétienté orientale mise à mal par Rome.

C’est la raison pour laquelle les chevaliers défenseurs du Temple de Salomon naissent en tant qu’institution orale et non-écrite. C’est ce que nous appelons à tort les moines soldats. Or ces chevaliers sont un corps distinct dans la grande famille templière où la prééminence religieuse est de droit incarnée par des chanoines dont leur vocation double consiste dans la pastorale et les soins hospitaliers au sein de l’Hôpital Saint-Marie Latine, comme nous le stipulons précédemment.

1127 Hugues de Payns se rend en France pour chercher une aide matérielle et une reconnaissance de l’Église par le biais des abbés comme Bernard de Clairvaux. C’est à ce moment qu’est élaborée à la hâte la première règle templière de soixante-douze articles. Elle obéit aux préceptes de vie augustiniens. L’intervention de Bernard de Clairvaux, fin stratège de la chrétienté occidentale, permet à la milice d’exister. Voici le contexte triple, de croisade, mais aussi de violences caractéristiques de la société féodale et enfin de schisme, qui permet à ce chevalier noble Hugues de Payns d’obtenir l’appui du pape par le biais de ses accointances pour permettre de légaliser des privilèges rendus impérieux pour les croisades. Alors en l’année 1128 du calendrier en vigueur ou 1129 de notre calendrier actuel, à la demande du pape Honorius II et grâce à l’appui du patriarche Étienne la règle templière est élaborée au sein du concile de Troyes. ce qui explique la présence du légat du pape Mathieu d’Albano qui doit permettre d’approfondir et de spécifier les charges dévolues à la grande famille templière. Attardons-nous sur l’utilisation du terme de concile ; est proclamé concile une assemblée de religieux et de souverains-laics qui réfléchissent sur des problèmes factuels concernant la doctrine ecclésiale et son application. Il existe trois types de conciles, néanmoins à la lecture des personnes présentes à Troyes, nous pouvons affirmer que nous sommes en présence d’un concile provincial et non d’un synode. En effet, l’exigence du pape incline à la prise de décisions appelées canon par certains responsables religieux d’où est originaire le requérant, en l’occurrence Troyes pour Hugues de Payns.

Depuis quelques années couve une séparation entre l’Occident romain et l’Orient byzantin, l’année 1054 marque un tournant majeur dans les relations entre les deux parties. Le schisme d’Anaclet bouleverse les règles du jeu, la papauté romaine et le patriarche de Jérusalem s’opposent sur fonds notamment de cette milice templière enjeu de pouvoir et de richesses.

Robert de Craon successeur d’Hugues décédé 24 Mai 1136 obtient la création d’un corps de frères-chapelains ou clercs et de frères-sergents sous tutelle directe du pape. Notons la distinction sibylline en terme de droit féodal. Ces deux catégories d’hommes se complètent ; en témoignent les diverses règles de 1128, puis celle parachevée par des chapelains : c’est la règle de 1180. En histoire du droit canonique, il apparaît normal que des règles se succèdent, car la société féodale n’a pas le souci de précision que nous connaissons depuis le code Napoléon ! Le mode de penser la loi se situe sur un autre registre, celui de perpétuer une certaine idée d’une institution en fonction des contingences politiques qui l’entourent. Précisons que la superposition des ordres, fussent-ils Hospitalier ou Montjoie ou Teutonique, nuit à la connaissance des Templiers, notamment à l’appréhension du phénomène qualitatif des vocations originelles inscrites dans la règle de 1128. Au demeurant des contingences demeurent, quelle que soit la nature des écrits templiers jusqu’en 1316.

Par conséquent nos fameux moines-soldats templiers sont en partie des chanoines inscrits sur une liste appelée canon (règle en grec), ayant des préceptes de vie à suivre concernant la foi, la discipline religieuse et pour une autre partie des chevaliers nobles prononçant des vœux obéissant à cette règle. Les chevaliers et les sergents, ces derniers de rang inférieur, sont peu nombreux tant en Terre Sainte que dans le royaume de France. La mesnie qui l’entoure tend à valoriser les effectifs de par la présence au sein des préceptories de sainteurs et des serfs qui ne prononcent pas de voeux. Ces chanoines réguliers , comme  » Gilbert le chanoine chapellain  » de Provins, sont à la tête d’institutions appelées préceptories qui leur permettent d’avoir des revenus substantiels par le biais des prébendes.

Récapitulons : des chanoines réguliers prêtres puis diacres et sous-diacre pour la partie proprement spirituelle qui cohabitent avec une partie temporelle que sont les chevaliers forcément nobles avec leur mesnie, et surtout des sergents non-nobles avec leur mesnie plus restreinte, des sainteurs et des serfs. Nous avons dressé le panorama idéal d’une préceptorie templière néanmoins à la lecture des archives templières, nous nous rendons compte de la diminution du personnel purement ecclésiastique au profit de personnels convers attachés à des immeubles et un espace territorial, sans formation. Or la piété, la vertu et l’ascèse sont les trois fondements de cette communauté de vie augustinienne obéissant au précepteur-prêtre. Cependant la vie canoniale est active dans le monde séculier contrairement aux ordres monastiques bénédictins et cisterciens.

 

 

 

III. La pratique liturgique :

 

 

Pour la période qui nous intéresse jusqu’en 1317, appréhender cette liturgie n’est pas chose aisée en l’absence de témoignages oraux et à cause de la rareté des documents conservés. L’existence d’ouvrages à finalité didactique concède à l’historien un espace encore vierge qui lui permet de reconstituer le vécu spirituel. Ces ouvrages sont de deux natures ; la règle, c’est-à-dire un texte normatif, ce qui n’est pas une preuve de la pratique, et les livres liturgiques qui eux, contrairement à la règle nous indique les manières d’appréhender le vécu spirituel qui est de l’ordre du sentiment. Notre objectif est de restituer afin de percevoir cette sensibilité religieuse.

 

 

1. La prière journalière

 

 

La desserte de l’office du divin est exercée dans un premier temps par des prêtres autres que ceux de la communauté, puis par ceux de la communauté qui ont le titre de chanoine prêtre. Eugène III accorde aux Templiers par une bulle appelée  » Omne datum optimum « , le droit d’avoir des prêtres pour l’office divin dès 1145. Outre l’autonomie spirituelle, la bulle complète la règle, elle légalise une fonction et des lieux appelée chapelles et cimetières ou s’accomplit la vie religieuse templière.

L’historien A. Demurger s’appuie sur la règle pour apprécier les pratiques religieuses ;

 » Le service divin occupe une partie non négligeable de la vie quotidienne…. Elle autorise même à regrouper les offices de Prime, Tierce et Sexte. Mais, hormis ces cas de force majeure, les Templiers doivent se conduire en religieux et suivre les offices, réciter psaumes et patenôtres aux heures canoniales. « 

Reprenant une pratique des Juifs, les templiers observent la prière des Heures et la lecture de psaumes. Elle consiste en synaxes ou réunions quotidiennes ; une le matin puis à midi, une autre le soir pour achever sa journée. Dans les synaxes, le rituel est le même, à savoir des psaumes, des hymnes, des prières, des Notre Père dont  » XIII pater noster por matines de Notre Dame, XIII fois por cele dou jor si li plaist « . Réciter treize Notre Père pour la Vierge Marie, et treize autres pour le Saint du Jour si la volonté ne lui manque sinon il peut les écouter celles de ses frères.

Selon son rang auquel on appartient à savoir, la sphère des chanoines ou la sphère des convers, le repas ne se déroule pas dans le même lieu, il y a deux pièces ou réfectoires pour déjeuner puis souper, notons que ceux-ci se jouxtent.

Pour le repas des chanoines  » Le prestre se il y est, doit faire la beneisson et chacun frere doit dire une pater nostre en pies et puis se doit aseir  » A la lecture de ces lignes nous insistons sur l’idée que l’absence de prêtre peut se faire jour, si ce prêtre existe dans la communauté la bénédiction a lieu debout, ensuite est récité un Notre Père afin que le repas puisse se dérouler. Au cours du repas une lecture sainte émane d’un chanoine dans une atmosphère d’écoute silencieuse. Le repas s’achève par une bénédiction finale à laquelle s’ajoute une action de grâce.

Pour le repas des guerriers et des convers celui-ci se déroule dans un autre lieu, il n’y a pas de lecture durant le repas silencieux celui-ci s’achève par action de grâce à la fin du repas sans bénédicité. Ce qui conforte l’idée d’absence de clerc au cours de ce déjeuner mais surtout le fait qu’il y ait un cloisonnement des êtres selon leur rang.

Étant donné que c’est un ordre canonial, les Templiers suivent le cursus romain, en l’occurrence un office canonial à neuf leçons, six de jours et trois de nuit, cependant la règle permet de regrouper ces leçons afin de pouvoir vaquer aux tâches communes. Le chanoine prêtre dit une messe quotidienne, les Heures restantes sont réalisées par les chanoines-diacres ou sous-diacres si ceux-ci existent dans la préceptorie. A cet égard je rappelle que le diacre du grec serviteur est un clerc ordonné pour prêcher, baptiser et servir à l’autel

La liturgie est obligatoire soit de manière active en chantant soit de manière passive en écoutant. Nous assistons à une réduction du nombre d’Heures qui débouche sur une journée classique avec Prime au matin, la messe qui inclue Sexte ou midi (située avant le repas) puis en fin de soirée None bien souvent couplée à Complies. Chaque templier se doit d’avoir assister à ces offices quotidiens avec le souci d’avoir récité quatorze pater dont  » chacusne heure XIIII pater nostres, dont VII por les hores de nostre Dame (dites debout) et VIII por les hores dou jor (dites assis) ». Une prière pour les Templiers défunts au quotidien complète cet article et renforce l’idée de la résurrection. Celle-ci n’est pas forcément acquise sur Terre. De plus est perceptible le rejet de l’individualisme afin de valoriser le collectif templier dans sa diversité au sein de l’institution.

La prière, pour les défunts, invite la communauté à se pencher sur le premier homme qui a péché Adam. Le Christ par sa mort rachète le péché mais invite l’homme croyant à s’écarter de la tentation omniprésente dans la société médiévale et plus encore pour une communauté canoniale dont le but est d’être le plus pur possible et cela dans une démarche collective ou chaque être de la communauté se sent responsable de la résurection de l’autre. En fin de journée complies se prononce avec toute la communauté, cela consiste en la récitation d’un Notre Père précédé  » d’un vin trempé «  , cette Heure du soir achève une journée de labeur et de prière.

L’office du matin et du soir sont quasi similaires à la différence que le soir est ajoutée une hymne à la lumière hérité d’un usage juif. Ce dernier est de mise dans le patriarcat de Constantinople cela consiste en une prière au moment de l’illumination par le feu du cierge ou du candélabre. Le martyrologe de la fin du XIIIe nous délivre les manières  » d’encenser, d’illuminer, la maison du temple « . Nous apprenons par l’intermédiaire de frère Robert la quantité de cierge nécessaire, la manière de les disposer pour les offices du soir et dominicaux. La liturgie de la lumière a une place essentielle, elle renvoie au passage des ténèbres à la vie, au Christ fils de Dieu venu délivrer le monde par sa mort et sa résurrection, cette liturgie donne à l’homme qui le respecte le salut christique. L’eulogie ou consécration de la lumière renvoie au caractère sacro-saint de l’élément qui génère et accompagne la vie selon la doctrine chrétienne médiévale. Ce martyrologe contient également les messes anniversaires des chanoines du Temple de Reims et du comte troyen Henri III le  » XVI kalendas aprilis obit comes Henri III Trecensis «  . Le fait de rendre grâce au comte Henri et Thibaud témoigne du respect des templiers à leurs bienfaiteurs mais aussi pour leurs confrères morts dans l’espérance du salut chrétien.

Le templier peut être exclu de sa communauté par suite de ses fautes. La faute est appelée péché ; ainsi la prise conscience du péché débouche sur la mise en place du sacrement de le pénitence. La notion de faute est étroitement liée à la règle, c’est à dire le fait de déroger aux principes de vie en communauté. Ainsi les domaines que nous avons répertoriés sont au nombre de quatre ; la faute la plus grave concerne le domaine religieux propre (sacrilège, simonie, nicolaïsme pratiques déviantes, apostasie), le deuxième domaine fait valoir la vie communautaire, l’art militaire relate d’un autre répertoire prévu dans le pénitentiel, enfin le dernier se situe au niveau de l’être humain ( sexualité, mariage antérieur). Selon la gravité des fautes, l’absolution et la confession se fait en fonction de la hiérarchie ecclésiale. Ainsi pour un péché bénin le templier est confessé par un clerc de la préceptories ou de la commanderie à l’inverse pour un péché important et selon sa gravité la faute, l’absolution est prononcée graduellement par l’évêque du diocèse auquel appartient le templier, puis l’archevêque, puis le patriarche et enfin le pape pour la faute très grave.

Une fois confessée la faute au supérieur spirituel au sein du chapitre et portée à la connaissance du commandeur, le pénitent est invité à entrer en pénitence selon la gravité de ses fautes mais demeure et participe aux offices d’une autre manière, de façon à valoriser l’interdit. En effet le templier pénitent prend part aux offices à genoux, cette mise en valeur du templier incline ses confrères au respect de la règle ; de plus il doit sortir après chaque lecture et ne peut pas communier. Cette symbolique gestuelle et comportementale valorise l’aspect sacro-saint de la lecture et de la communion qui ne doivent en aucun cas être souillés. Une fois l’expiation achevée le templier est réintroduit dans la communauté d’une manière solennelle.

Pour l’historien ce pénitentiel témoigne des tarifications des fautes, de la nature de celles-ci, de la pratique de la confession, de la codification des fautes. La purification et la réconciliation de l’âme passent par la confession. Cette oeuvre pénitentielle a une vertu égalitaire et didactique pour le prêtre qui administre la sanction devant une communauté qui l’écoute et la partage.

 

 

2. Le calendrier :

 

 

La vie religieuse des Templiers suit la vie du Christ : ce sont les moments cruciaux pour la communauté. Ils sont invités à entrer en procession au sein de  » l’yglise  » pour les fêtes de Pâques, de l’Ascension, de Pentecôte, d’Assomption, de Nativité de la Vierge, de la Toussaint, de Noël, de l’Épiphanie, de la Chandeleur et enfin des Rameaux.

La règle livre à l’historien une liste de trente-deux fêtes célébrées à partir de l’Avent, début de l’année liturgique puisqu’il précède la naissance du Christ. Les célébrations sont essentiellement axées sur le Christ, la Vierge Marie, et les apôtres. La présence de la fête de la Saint Martin le 11 Novembre et de la Saint-Catherine le 25 Novembre incline à penser à la forte présence de la ruralité dans les prières pour ces personnes qui dans les préceptories vivent essentiellement de cette terre nourricière, d’où ces actions de grâce en Occident.

Les jeûnes sont obligatoires pour les fêtes précitées : cette pratique est d’usage depuis le concile complémentaire du 30 mai 1134 sous l’égide d’Innocent II. Ces textes ont été ajoutés à la règle latine, ce qui prouve une fois de plus que la règle latine est plus ancienne que les règles en langue vernaculaire.

 

 

3. Spiritualité et chevalerie : paradoxe

 

 

Moine et soldat sont des termes antithétiques de par leur sens, cependant ils sont complémentaires si nous corrigeons le contenu. Comme il s’agit de chanoines vivants avec une règle, normalement ils ne peuvent combattre. A la lecture des chartes conservées aux Archives Nationales et des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, nous pensons que les chevaliers ne sont pas des chanoines templiers, mais des templiers convers. Ainsi de par leur statut, ces chevaliers et ces sergents convers peuvent pratiquer à leur convenance le maniement de l’arme et les obéissances liturgiques tout en n’étant pas dans une situation illégale étant donné que les taches dévolues à chacun relèvent de pratiques coutumières et ancestrales. L’idée peut paraître saugrenue néanmoins référons nous aux Antonins ou Hospitaliers de Saint Antoine, ils sont le résultat d’une regroupement de frères laïcs en 1095 dans le Dauphiné. Ils suivent les préceptes de vie augustiniens, tout comme les Trinitaires de 1198.

Alors est-ce que le chevalier est un chanoine ? Le chevalier ayant prononcé ses vœux cohabite avec le chanoine régulier ayant également prononcé ses vœux, mais ils vivent séparément au sein des préceptories, ils ne mangent pas ensemble, lors des admissions des postulants templiers ils se concertent dans le corps auquel ils appartiennent, soit religieux soit militaire. Ces caractéristiques énoncées dans les règles témoignent d’un état du vécu, celui de cohabitation d’entités dans une vaste familia ou famille.

Dans cette vision de la société féodale nous pourrions représenter les templiers de la manière suivante sous forme pyramidale à savoir le commandeur ou précepteur et le chanoine-prêtre le plus titré, viennent ensuite les sergents et les chanoines-diacres, enfin les serfs et les chanoines-sous-diacre. Nous retrouvons la société tripartite pensée par Adalbéron de Laon qui au demeurant se trouve être une réalité sociale.

La règle explique le déroulement de messes spéciales « les queles sont apeles privées por ce que li frere chapelain et li prestre et li clerc les font privéement sans les autres freres « . Les divisions existent, elles sont notées d’une manière implicite aux différents paragraphes de la règle et dans le rituel de vie. Encore eut-il fallu remettre en cause le postulat selon lequel ces templiers sont des moines soldats. Ainsi le signifiant de chaque terme s’en trouve cohérent avec l’esprit de la société féodale. Par conséquent les taches dévolues à chaque entité se trouve épanoui.

La sacralisation de la guerre est le fait d’une papauté romaine en quête de défense du tombeau du Christ face à la montée du soi-disant Antéchrist c’est un des arguments avancés pour l’appel de Clermont en 1095. C’est la raison pour laquelle Urbain II appelle les personnes disposées ou susceptibles d’accomplir cette tâche à effectuer cet acte de reconquête missionnaire. Des indulgences sont prononcées pour les personnes ayant péché prenant le chemin de la croisade. Les fautes sont absoutes et la grâce est renforcée, ce qui permet à ces personnes viriles que sont ces chevaliers de partir tout leur assurant leur salut personnel mais aussi celui de leur famille et de leur descendance. Nous trouvons la fonction tripartite chère à Adalbéron de Laon, dans la pensée de ce clerc, tout comme son homologue Gérard de Cambrai, Dieu est la source de l’ordre terrestre, de lui découle toute justice. Par l’intermédiaire de son intercesseur, en l’occurrence le pape, les bellatores ou milites deviennent les défenseurs de l’oeuvre du Christ. En 1160 Jean de Salisbury légalise la fonction militaire christique puisqu’il énonce ;

 » la fonction de la chevalerie régulière consiste à protéger l’Église, combattre la perfidie, révérer le sacerdoce, garantir les faibles des injustices, faire régner la paix dans le pays et comme l’enseigne l’origine du serment, de verser son sang pour ses frères et si besoin est, donner sa vie pour eux. « 

Tuer est devenu un acte toléré pour une entité chevaleresque, légalisé à partir du moment que l’acte entre dans les conditions énoncées.

 

 

 

 

Conclusion :

 

L’idéal chevaleresque récupéré par l’Église s’affirme et représente un danger pour cette dernière. C’est la raison pour laquelle l’Église trouve un allié de circonstances en la personne du Roi de France. Ce dernier, quoique affaibli au regard des finances royales, renaît politiquement à travers une affirmation de l’autorité monarchique. Mettre fin à une structure interne, que sont les Templiers en quête d’autonomie, qui plus est représente un énorme patrimoine financier, voilà la véritable motivation. Par ailleurs l’entreprise gallicane laisse présager une fin à plus ou moins long terme puisque Rome dirige et impose. Ainsi l’alliance du prince-Roi et de l’Église apostolique et romaine convergent en ce sens : mettre fin à une structure autonome au sein de l’Église et du royaume et surtout accaparer les richesses des Templiers à un moment donné où le trésor royal est au plus bas. Alors quoi de plus merveilleux que de les éliminer sur leur terrain, c’est à dire celui de la spiritualité, de manière à réintroduire puis affirmer mais surtout dissuader toutes velléités spirituelles autres que celles émanant de papauté romaine. A cela s’ajoute une crise de recrutement de personnels diacres ou prêtres ce qui tend à rendre caduque et inconsistant cette ordre Templier.

Réintroduire la puissance de l’Église contestée en Europe et du Roi contesté par ses vassaux et les communautés urbaines, affirmer la présence du pouvoir intraitable et hégémonique dans une société où les rapports de force sont nombreux et surtout dissuader les phénomènes de déviances structurels qui ne sont pas apostoliques ; tel sont les desseins politique des chancelleries royales et papales. Cette somptueuse diplomatie culmine à partir du moment où le Roi s’attire les sympathies de ses ouailles pour jeter l’opprobre sur une communauté riche.

Cependant est-ce que l’Église dans son schéma organisationnel répond aux besoins spirituels ? Est-elle à l’écoute de ses ouailles ? Là est l’enjeu social et politique qui, nous le savons à posteriori, n’est pas pris en considération.

 

 

 

 

Inventaire des pièces utilisées concernant les Templiers

 

 

 

Archives Nationales ;

 

 

* Cartons des Rois, série K (voir l’inventaire imprimé par J. Tardif), nous sommes en présence de divers actes originaux en assez grand nombre relatifs au Temple, surtout aux XIIe et XIIe siècles. Tardif (J), Inventaires et documents publiés par ordre de l’Empereur, Paris, 1866. (conservé à la bibliothèque municipale de Troyes cote 0047 2, actes des templiers, des comtes de Champagne…)

* Layette, série J (voir Teulet) même observations.

* Bullaire, série L. Nous avons travaillé sur des actes d’indulgences et de privilèges émanant de papes en faveur de l’Ordre tout entier en France. Les destinataires sont divers comme la maison du grand prieuré ou bien le Temple de Paris en particulier. Il y a 300 titres dispersés dans une centaine de cartons. la plus ancienne est de 1143 émanant de Célestin II*, la plus récente de 1558 émanant de Paul IV. Il y a ensuite plusieurs cartulaires soit manuscrits soit imprimés pour des indulgences postérieures. L 227-230, 232, 235-41, 244-55, 258-261, 263-67, 274-75, 280-282, 291, 295, 298, 300, 307-318, 320-21, 323, 325-29, 332-33, 336, 364-365, 367. Voir aussi la série M 1-8 comportant un certain nombre de bulles

Mélanges comportant un certain nombre de pièces du procès notamment des bulles , des actes de condamnation, de compositions avec le Roi de France. Actes du XIIIe et XIVe siècles.

* J 368, 413-417.

 

 

Bibliothèque Nationale ;

 

 

Nabérat de (Fr. Anne), dans sa fonction de commandeur du Temple d’Agen, a eu le privilège de détenir quelques actes dont des bulles originales et transcrites mais aussi un certain nombre de chartes originales. C’est un document du XVIe siècle.

* Fonds latin ; 8998-9002, 9035, 9748, 10919, 13824, 15045.

* Ordonnances et imprimés divers des XVIIe et XVIIIe siècles dans la collection Delmare.

* Plans et gravures, plan de Tapisserie daté de 1540 photographié, mais surtout le plan de Verniquet de 1791 celui-ci est géométral et à vol d’oiseau.

* Imprimés ; D’Escluseaux, Privilèges des papes, empereurs, rois… 1700, Paris. L’auteur est commandeur du Temple. Barillet, Recherches historiques sur le Temple, Paris 1809.

 

 

 

Quelques côtes qui valent le détour !

 

 

 

Il est possible de saisir le nombre de Templiers en établissant une banque de données sous un tableur comme Excel permettant ainsi de cerner les fonctions, les noms, les lieux de vie de personne etc.. avis aux amateurs ! Il vous sera permis de constater la véracité des propos énnoncés ci-dessus.

 

 

K 23, n° 16-3, original sans sceau malheureusement de 1152 établi à Epernay

Il s’agit d’une donation faite par Henri I, comte de Champagne aux Templiers, de tout ce que son père, Thibaut, comte de Blois, possédait dans le vivier et dansle moulin appelé le Comte, entre Passy et Chatillon.

 

K 24, n°1-2, original scéllé. Orléans 1156.

Confirmation de Louis VII cosigné par Thibaut de la donation faite par Paganus de Gisdi aux Templiers d’un terrain pour construire un four, de quelques maisons et de dis sous de cens au marché d’Orléans.

 

K 24, n°8-2. Original scellé Paris 1162.

Confirmation par Louis VII et comte Thibaut de la donations par Roger de Poissy d’une terre située près de Rosny.

 

K 24, n°9. Paris 1163. Original scellé.

Confirmation par Louis VII et Thibaut de la donation par Thierry galeran aux Templiers de la dime de Vaires. (domnus Theodericus Walerannus).

 

K 24,n° 9-2. Paris 1164. Original scellé.

Confirmation par Louis VII d’un échange entre les religieux de Maurigny et la Templiers, du village et des terres de Sancey contre dix livres à prendre chaque année sur la censive du roi à Etampes.

 

K24, n° 9-6. Paris 1164. Original scellé.

Confirmation par Louis VII de la vente faite par Henri abbé, de l’étang et des moulins de Saint Loup aux templiers. Cosigné par le comte Thibaut.

 

K 25, n°4-6. Provins 1171. Original scellé.
Confirmation par Henri, comte de Champagne de la cession faite aux Templiers par Henri La Bourde, d’une maison située à Provins, près de l’église de Notre-Dame en échange de la maison dite de Gilbert le Saunier.

Répertoire des frères templiers avec leur nom :

 » frater Eustachius canis vice magistri tunc templi procurator in Gallia, frater Petrus de porta, frater Gaudifus Froisse Moraille, frater Petrus elemosinaris, frater Bernadus cambitor, frater Dambertus « .

Alors pour le dénombrement il peut y avoir contestation or la charte de de 1172 (K 25 n°5 original) dénombre cinq frères en plus d’Eustachius et Bernadus. A noter l’appelation de frater Gillgertus capellanus Templi première mention d’un frère templier chapelain. Il s’agit d’une donation faite par Constance, soeur de Louis VII, aux templiers d’une maison située aux Champeaux dont ils jouiront après leur mort.

 

K 26, n°17. original scellé établi à Saint Jean d’Acre en 1191.

Exemption de droits de chancellerie accordée par Philippe Auguste aux Templiers.

 

 

K 31, n°2. Original scellé voir l’Inventaire des sceaux n°11378. Juillet 1255.

Lettres de Blanche, reine de Navarre, comtesse de Champagne et de Brie, de Thibaut, roi de Navarre, son fils et d’Isabelle, fille du roi de France, femme de Thibaut, portant confirmation des possessions et privilèges des Templiers dans le comté de Champagne.

 

 

K 31, n°9. Vincennes Juillet 1258.Original.

Confirmation par Saint Louis des biens des Templiers dans toute l’étendue du royaume.

 

 

K35, n°2. Paris juillet 1282.

Confirmation par Philipe le Hardi d’une transaction entre les Templiers et les bouchers de Paris en vertu de laquelle les premiers sont autorisés à avoir en ladite ville, dans l’étendue de leur mouvance des étaux de boucherie.

 

 

K 36, n°51-2. Paris 29 Mai 1297; Original.

Lettres par lesquelles Philippe le Bel reconnait avoir pris cinq mille deux cent livres au Temple sur l’argent de la croisade et s’engage à en répondre pour les templiers.

 

 

K 38, n° 17 original vers 1300.

Ordre donné par Philippe le Bel à ses baillis de réprimer les empiétements qui acceuillent des hommes de Saint Martin de Tours.

 

 

K 37, n°25. Paris juin 1304. Original scellé.

Amortissement général par Philippe le Bel et Jeanne de Navarre des biens des Templiers.

 

 

K 37, n° 40-3. 6 Janvier 1309 original.

Quittance donnée par Pierre de Plailly, chevalier à Pierre de Senlis, receveur des biens du Temple, dans le bailiage de Senlis, de vingt-trois livres cinq sous parisis, pour l’entretien pendant un mois de dix templiers détenus dans son chateau et de leurs gardiens.

 

 

K 38, n°8-2. Janvier 1311. Original.

Quittance donnée par Pierre de La Cloche à Renier de Creelg, receveur des biens du Temple dans le bailliage de Senlis, de dix-huit livres douze sous parisis, pour la nourriture, pendant un mois, de huit Templiers qu’il garde à Senlis.

 

 

K 38, n°12. Paris mars 1314. Original.

Lettres de non-préjudice par lesquelles Philippe le Bel déclare que l’exécution de deux templiers, faite par ses ordres dans l’île du Palais, ne pourra porter aucune atteinte aux droits de haute justice des religieux de Saint Germain des Prés.

 

 

K 39, n°9. Paris 14 Février 1316. Vidimus de 1317.

Accord entre les officiers de Louis le Hutin et le grand maître de l’Hôpital de Jérusalem mis en possession des biens des templiers sur le paiement de diverses sommes dues au Roi pour la garde de son trésor et les frais du procès qui leur fut fait sous Philippe le Bel.

 

 

 

 

Templiers dans l’Aube

 

 

 

Les commanderies et maisons templières se situent à Sézanne, Barbonne, Resson (La Saulsotte), Trouans, Ramerupt, Arcis, Payns, Pavillon Saint Julie, La Loge au Temple (chapelle saint Luc), Mesnil Saint Loup, Troyes, Gerbeau (Rigny le Ferron), Fresnoy (Montpothier), Serre (Cerres les Montceaux), Le Perchoy (St Phal), Sivrey (Auxon), Bar-sur-Aube, Avalleur, Buxières, Beauvoir (Fontette), Vitry le Croisé, Nuisement, Arrentières, Ville sur Terre, Brienne, Rosson…

 

 

La forêt d’Orient et du Temple méritent toute notre attention, en effet le véritable trésor des templiers c’est l’art de posséder une densité de forêt permettant de faire fonctionner des fours pour la fabrication du fer. Le fait de posséder du fer est un trésor tant pour les armes que pour les pratiques agraires (soc de charrue, pioches …). Ce sont les deux piliers indispensables au véritable épanouissement de l’ordre tant en Terre Sainte qu’en France. Notons comme le souligne Daniel Coquin la présence de minerais métallifères dans la contrée ainsi l’alliance du charbon de bois et de minerais constitue à mon sens un trésor non pas métallique mais de savoir-faire. Par ailleurs Jacky Provence souligne à juste titre la forte consommation de bois pour fabriquer le charbon nécessaire  à une petite quantité de fer. Alors inutile de prendre pelles et pioches pour trouver un quelconque trésor !

Lorsque le seigneur, André de Rosson, se fait templier en 1220, il lègue par la même occasion ses biens. Par ailleurs ou il existe déjà des commanderies non loin de son finage situés à Piney et Bouy. Ainsi l’extraction de minerais et utilisation du charbon de bois sont permis.

Nous trouvons quelques fermes accompagnées de granges à Messon (Errey) et dans la Vallée (Bercenay en Othe).

 

 

 

La liturgie des Heures

 

 

 

Les sept Heures du jour invitent la personne à réciter les sept parties de l’office divin à chaque heure. Une fois de plus la symbolique est présente par le chiffre sept renvoyant aux sept jours composant une semaine, à une vision du monde initiée et achevée par Dieu… Ceci étant l’Heure se décompose de la manière suivante à savoir l’ordinaire puis le propre s’en suivent les psaumes, continués par les hymnes sans oublier les lectures de la bible pour s’achever sur les oraisons.

Ces Heures sont consignées dans un livre dénommé le bréviaire ( en latin cela signifie le résumé). Ce dernier est différent pour les observants réguliers selon la catégorie à laquelle on appartient soit moine ou bien chanoine. Par ailleurs il diffère dans le monde séculier dans son contenu pour les prêtres séculiers.

Les grandes Heures sont les plus longues et les plus solennelles ( matines, laudes et vêpres. Les autres sont appelées  » petites Heures « .

 

 

Rite romain :

 

-matines : office du lever du jour jusqu’au VIIIe siècle puis office de nuit. Dans la pratique les laudes sont réunies à matines.

-laudes (latin louange) : chantées à l’aurore.

-prime (première) : célébrée dès le lever du soleil c’est à dire vers six heures.

-tierce (troisième) : célébrée vers la troisième heure du jour (9 heures)

-sexte (sixième) : célébrée à la sixième heure du jour (12 heures)

-none (neuvième) : célébrée vers la neuvième heure du jour (15 heures)

-vêpres (soir) : office récité ou chanté à la tombée du jour avant le repas dont un Magnificat (  » mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur Luc I, 46-55 « ). Primordial dans l’office canonial.

-complies (achèvement) : dernière heure de l’office avant le repos de la nuit

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 24 novembre, 2006 |4 Commentaires »

Cantique des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte

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Cantique des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte 

 

Le texte original aurait été écrit par Jacques de Mollay quelques jours avant sa carbonisation. Actuellement, il est encore chanté par les membres du Rite Ecossais Rectifié à l’issue du banquet rituel qu’ils organisent chaque vendredi 13
Les paroles de ce cantique templier ont inspiré le roi Arthur d’Angleterre lorsqu’il créa l’Ordre des « Chevaliers de la Table ronde »

 

1. Chevaliers de la table ronde,
Goûtons voir si le vin est bon;
Goûtons voir, oui, oui, oui,
Goûtons voir, non, non, non,
Goûtons voir si le vin est bon. 

2. J’en boirai cinq à six bouteilles,
Une femme sur les genoux;
Une femme, oui, oui, oui…
Une femme, non, non, non…
Une femme sur les genoux; 

3. Et si le tonneau se débonde,
J’en boirai jusqu’à mon loisir;
J’en boirai, oui, oui, oui…
J’en boirai, non, non, non…
J’en boirai jusqu’à mon loisir; 

4. Et s’il en reste quelques gouttes,
Ce sera pour nous rafraîchir;
Ce sera, oui, oui, oui…;
Ce sera, non, non, non…
Ce sera pour nous rafraîchir; 

5. Mais voici qu’on frappe à la porte
Je crois que c’est Philippe le Bel;
Je crois que, oui, oui, oui…
Je crois que, non, non, non…
Je crois que c’est Philippe le Bel; 

6. Si c’est lui, le diable l’emporte
Car il vient troubler mon plaisir;
Car il vient, oui, oui, oui…
Car il vient, non, non, non…
Car il vient troubler mon plaisir; 

7. Si je meurs, je veux qu’on m’enterre
Dans une cave où il y a du vin;
Dans une cave, oui, oui, oui,…
Dans une cave, non, non, non…
Dans une cave où il y a du vin; 

8. Les deux pieds contre la muraille
Et la tête sous le robin;
Et la tête, oui, oui, oui…
Et la tête, non, non, non…
Et la tête sous le robin; 

9. Et mes os, de cette manière
Resteront, imbibés de vin;
Resteront, oui, oui, oui…
Resteront, non, non, non…
Resteront, imbibés de vin; 

10. Et mes quatre Grands Inquisiteurs
Porteront les coins du drap noir;
Porteront, oui, oui, oui…
Porteront, non, non, non…
Porteront les coins du drap noir; 

11. Sur ma tombe, je veux qu’on inscrive
Ici gît le roi des buveurs;
Ici gît, oui, oui, oui…
Ici gît, non, non, non…
Ici gît le roi des buveurs; 

12. La morale de cette histoire
Est qu’il faut boire avant de mourir;
Qu’il faut boire, oui, oui, oui…
Qu’il faut boire, non, non, non…
Qu’il faut boire avant de mourir;

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 24 novembre, 2006 |Pas de commentaires »

L´Ordre du Temple et l´alliance de la Chretiente et de l´Islam

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L´Ordre du Temple et l´alliance de la Chretiente et de l´Islam

L’Ordre du Temple oeuvre depuis toujours au mariage des deux rameaux complémentaires du courant abrahamique, la Chrétienté et l’Islam, parce que cette alliance est la condition de la Parousie » Vanité des disputes intellectuelles sur les dogmes. Pouvoir de la prière commune. Appel au combat conjoint dés musulmans et des chrétiens pour la neuvième et dernière croisade.

Vous connaissez certainement l’histoire que racontait Sanaï, celle des aveugles qui palpaient chacun une partie d’un éléphant. L’animal était pour l’un un tapis, pour l’autre un tuyau, pour le troisième un pilier.
Ainsi sont la plupart des hommes qui ne voient – disait- il – qu’une partie de l’Univers.

Cette histoire nous invite, nous autres Templiers, à faire totalement nôtre cette autre citation de l’Islam: « Plus j’approfondis la Tradition, plus je rencontre celle des autres ».
Telle est bien, telle doit être – selon nous – la seule authentique démarche oecuménique possible.

Elle ne consiste pas en effet à prétendre contraindre les uns aux dogmes des autres, ni des autres aux uns.
N’est-ce pas le Coran qui dit:
Si Dieu avait voulu, il aurait fait de vous un seul peuple.Courez à l’envi les uns des autres vers les bonnes actions.Vous retournerez tous à Dieu. Il vous éclaircira lui-même la manière de vos disputes.

Evoquant Dieu qui reprenait Moïse pour une faute, Djallal Ed Din Roumi écrivait :Nous avons donné à chacun un caractère propre, un langage particulier. Ce qui est louange pour lui est blâme pour toi. Ce qui est pour lui miel est pour toi poison. Pour moi, je suis au-dessus de toute pureté ou impureté.
Ce n’est pas pour en tirer profit que j’ai créé les êtres, mais pour manifester ma bienveillance à leur égard. Je ne suis pas purifié par leurs louanges :
Ce sont eux qui en deviennent plus purs. Je ne considère pas l’extérieur et les paroles, mais l’état du cœur et le dedans. Car le cœur est la substance et les mots sont des accidents.

Voilà pourquoi les Templiers refusent les pièges sémantiques des disputes intellectuelles sur les contradictions, les divergences, les barrières (toujours) artificielles de l’exégèse théologique, parce que, de toutes façons, elles divisent et qu’en ce sens, elles sont contraires à la volonté et à l’Amour de Dieu.

Abou’l Fazl disait:
Un jour, je visite l’église. Un autre jour, la mosquée. Mais de Temple en Temple, je ne cherche que toi.

Au Moyen-Age, lorsque l’engrenage des obligations guerrières leur laissait quelque répit, les chevaliers du Temple, nos ancêtres, ouvraient plusieurs de leurs lieux de cultes aux musulmans pour faciliter leurs dévotions. Aujourd’ hui, en sa Résurgence, l’Ordre du Temple, outre orthodoxes, protestants et autres, accueille des musulmans dans la célébration de l’Office templier d’origine
essénienne qui lui fut et reste spécifique dans la chrétienté. Et il n’est pas rare que la récitation de la « Fatihâ » y suive ou y précède celle du « Notre Père ».

Cela valut à nos ancêtres calomnies, persécutions et bûchers. Cela nous vaut encore quelques tracas de la part de « chrétiens de bouche et non de cœur ». Jamais pourtant les Templiers n’ont en quoi que ce soit apostasie leur foi chrétienne profonde. Jamais ils n’ont exigé d’un musulman une apostasie quelconque. Nous faisons nôtre cette citation de Al Hallâj :
J’ai réfléchi sur les dénominations confessionnelles, faisant effort pour les comprendre et je les considère comme un principe unique à ramifications nombreuses.

Cette attitude templière nous permet d’affirmer souvent que nous nous voulons et sommes à la fois – et selon l’approche – orthodoxes, parce que fidèles et conformes à la Parole, catholiques, au sens étymologique, parce qu’universalistes, protestants, parce que nous refusons tout détournement de la Parole, enfin, musulmans – ou plutôt islamiques – (sinon par l’histoire, du moins par l’esprit) parce que notre conception du monde nous fait considérer effectivement que tout être et toute chose, dans l’Univers visible et invisible, sont oeuvre de Dieu et par conséquent soumis à sa Loi, expression de son Amour.

C’est pourquoi nous nous sentons – et nous sommes toujours considérés comme Frères des Musulmans.
Comment ne le serions-nous pas puisque nous révérons le même Dieu Unique ? Comment. en dépit et au-delà des confiscations sectaires qui se sont confrontées de par les siècles, ne rendrions-nous pas aux Prophètes de Dieu la part et la place légitime qui leur revient.

Mohammed, homme simple, tranquille et réservé, issu du peuple, n’avait apparemment rien, au départ, qui le distinguât des autres hommes, si ce n’est -mais il fallait le savoir que Dieu, dans ses Desseins, l’avait réservé pour une oeuvre sainte et gigantesque, celle de porter Sa Parole, en son temps, dans un coin de désert, à des hommes oubliés que l’on disait barbares.

Il fallait le savoir, et on l’a su. On a vu, en deux siècles à peine, cet homme faible et sans moyens, couvrir une immense portion du monde de sa prédication; non pour un empire temporel, mais pour le Règne Spirituel de la Parole. Mieux valait cela que l’idolâtrie ou l’athéisme.

Comment l’a-t-il pu s’il n’avait en lui la puissance du Verbe Révélé ? Cependant, que l’on n’attende pas de nous que nous comparions Jésus et Mohammed. C’est un jeu vain qui ne relève que de plates vues humaines. De Jésus et de Mohammed, Dieu sait qui et ce qu’est chacun d’eux. Chacun porte, à sa façon et dans son langage, la Parole Divine. Et cela seul importe. En Jésus et en Mohammed, comme en tous les prophètes,
l’important n’est pas eux-mêmes en eux-mêmes, mais la Parole par laquelle
l’homme peut retrouver Dieu et accéder à Lui. Les paroles des prophètes ne sont pas exclusives les unes des autres.
Bien que se succédant dans les temps, elles ne sauraient s’abolir les unes les autres, car ce serait démentir Dieu lui-même. Or Dieu ne le veut, ni ne le peut

Toutes les Paroles s’accomplissent les unes les autres pour parachever, au fil de l’incarnation et à la mesure de l’élévation des hommes, la Révélation de ce que contient le Livre Eternel.

Dieu, en son Dessein, a disposé et dispose, à travers les temps et les lieux, les lignées d’hommes parmi lesquels il suscite des Prophètes ou Envoyés prédestinés pour revivifier périodiquement son Alliance et hisser l’humanité vers Lui.Nous nous sommes déjà expliqués, dans notre livre « Pourquoi la Résurgence de l’Ordre du Temple », publié en France, sur les véritables motifs pour lesquels les Templiers ont poursuivi et poursuivent toujours, comme l’un de Leurs buts fondamentaux, la  »Jonction de l’Islam et de la Chrétienté ».

Nous y avons révélé que, selon l’enseignement traditionnel intérieur de notre Ordre, la Chrétienté et l’Islam sont les aboutissements respectifs de 2 rameaux directement issus d’Abraham : Le premier, que nous symbolisons par le feu , ou le Soleil, est celui de la lignée d’Isaac que Moïse, prophète et législateur, constitua en peuple missionné. Pour avoir persévéré dans l’infidélité et refusé Jésus, sceau de la sainteté, pourtant annoncé maintes fois dans l’Ancien Testament, Israël, peuple juif par le sang, a perdu son appartenance à l’élection divine et fut condamné à la dispersion. Le flambeau fut transmis Aux 12 tribus symboliques des chrétiens, juifs spirituels de la Nouvelle Alliance.

Le second rameau, que nous symbolisons par l’eau ou la lune d’argent, est celui de la lignée d’Ismaël dont les tribus conserveront, pendant la longue nuit de l’attente, l’âme de la révélation abrahamique, jusqu’à ce que Mohammed leur révèle leur vocation, avec une doctrine appropriée au peuple dont il surgit.
D’âge en âge, des deux révélations séparées faites par Abraham a ses fils, celui de la femme exotérique Sarah, et celui de la femme ésotérique Agar, le dépôt a ricoché jusqu’à notre temps.

Une première fois, il s’est enrichi de l’apport égyptien au temps de Moïse, puis une deuxième fois au temps des esséniens.
Au VIIIème siècle de l’ère chrétienne, il inspira la chevalerie de la Table Ronde.
En Islam, il inspira bien d’autres mouvements mystiques. Et il renouera un instant les deux rameaux lorsqu’aux temps contradictoires des Croisades, initiés du Temple et de l’Islam se rencontrèrent et se lièrent de fraternité.

Nous n’approfondirons pas ici, aujourd’hui, l’inépuisable substance que recouvrent ces brèves indications.

Simplement, elles rendent compte, à travers et au-delà de la perspective historique, d’un processus que nous qualifierons d’alchimique, par lequel, au temps que nous atteignons, doivent se rejoindre les deux rameaux abrahamiques, les deux faces du seul et mêma peuple de Dieu, le seul vrai peuple élu, le peuple des croyants et des fidèles du Dieu Unique.
Telle est, nous l’affirmons solennellement, la condition de l’avènement du Paraclet annoncé.

Il s’agit maintenant de faire UN de DEUX, de réunir la polarité solaire et la polarité lunaire, la Croix et le Croissant, tous deux complementaires l’un de l’autre.

 

Ainsi, la Voie nous est tracée. En cette heure grave où le monde est menacé, nous sommes, Chrétiens et Musulmans, conviés à nous unir pour oeuvrer ensemble. Notre tâche commune consiste, non pas à nous annexer les uns les autres, mais à découvrir, faire comprendre et transmettre la Révélation, c’est-à-dire la promesse de la Restauration de l’homme, l’Union sanctifiante qui est accession au Règne de Dieu sur la Terre. Elle doit d’abord et enfin se manifester de manière privilégiée dans nos rites et prièresrespectifs qui sont les voies propres à chacun de nous. Et à cet égard, quel musulman pourrait refuser ou rejeter le Sermon sur la Montagne ? De même, quel chrétien ne pourrait faire totalement sienne cette définition du Coran : La piété ne consiste pas à tourner votre face vers l’Orient ou vers  » l’occident. L’homme bon est celui qui croit en Dieu, au dernier jour, aux anges, au livre et aux prophètes. Celui qui, pour l’Amour de Dieu, donne de son bien à ses proches, aux or- phelins, aux pauvres,
au voyageur, aux mendiants et pour le rachat des captifs. Celui qui s’acquitte de la Prière. Celui qui fait l’aumône. Ceux qui remplissent leurs engagements. Ceux qui sont patients dans l’adversité, le malheur et au moment du danger. Voilà ceux qui sont justes. Il nous faut nous rencontrer pour prier plus souvent les uns chez les autres et réciproquement,et ensemble. Prier d’abord. Puis oeuvrer ensemble. Or notre oeuvre est un combat, celui de la neuvième et dernière croisade des chrétiens et musulmans réunis, contre tout ce qui, d’Abraham au Paraclet, agresse 1′homme et l’entrave dans son cheminement vers Dieu. Ces agressions ont toutes la même racine : l’esprit de dispersion et d’opposition à Dieu, que nous appelons Satan, que vous appelez Iblis. C’est lui qui détourne l’homme de Dieu, qui inspire, sur tous les plans de l’existence individuelle et collective, toutes les entreprises de destruction, les injustices, les tyrannies orgueilleuses, les fausses révolutions : ce sont le culte et L’impérialisme de l’argent, l’accaparement des richesses du monde, le pillage de la planète, la science athée, la désacralisation et les idéologies qui proposent des projets mensongers dans tous les domaines (éthique, politique, social, économique, voire religieux). Vous et nous savons où et qui, moteurs ou suiveurs, en sont les zélateurs aujourd’hui, infidèles, comme iis le furent toujours dans le passé. Notre objectif commun, c’est de susciter inlassablement, en l’homme, le meilleur de l’Homme, parce que la solution aux problèmes actuels et futurs des hommes n’est pas dans les choses, mais au coeur des êtres or ce meilleur ne peut tenir qu’à Dieu et procéder de Lui seul. C’est bien ce que nous rappellent et Jésus et Mohammed dans le Livre » La Loi en constitue les pages. L’Amour en est la clé.

¡NON NOBIS!

¡Inchaâ Allah!

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 24 novembre, 2006 |15 Commentaires »

L’ordre du Christ ou l’esprit de croisade perpétué

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L’ordre du Christ ou l’esprit de croisade perpétué

Jean-François Labourdette

Professeur émérite de l’université Charles de Gaulle-Lille III

L’on sait comment, sous la pression du roi de France Philippe IV le Bel, qui voulait détruire la puissance politique et militaire des Templiers dans son royaume et s’emparer de leurs immenses richesses, le pape Clément V prononça l’extinction de l’ordre du Temple. Le roi Dinis, qui régnait alors sur le Portugal, n’avait pas les mêmes raisons de s’en prendre à ces moines-chevaliers qui, avec ceux de l’ordre de l’Hôpital, avaient prêté un si grand secours à ses prédécesseurs dans la Reconquista, et assuré le repeuplement des régions dont ils leur avaient fait donation. Ainsi naquit l’ordre du Christ, dont Jean-François Labourdette auteur de plusieurs ouvrages sur le Portugal nous explique le rôle et le devenir.

Le processus de reconquête du territoire était certes arrivé à son terme ; toutefois les Templiers garantissaient la défense de la frontière du royaume, et étaient les instruments de consolidation nationale que le souverain poursuivait. Dinis négocia alors avec le pape Jean XXII la création d’un nouvel ordre militaire spécifiquement portugais qui recueillerait les biens des Templiers. Après de longues discussions, le pape finit par promulguer, le 14 mars 1319, la bulle Ad ea ex quibus, par laquelle il fondait l’Ordem de Cavalaria de N. S. Jesus Cristo, et confirmait la donation que le roi lui avait faite de tout le patrimoine de l’ordre dissous, regroupé pour l’essentiel le long de la vallée du Tage. Placés dans la continuité de l’ordre du Temple, ces nouveaux moines-chevaliers étaient soumis à la règle cistercienne, devaient se consacrer à la lutte contre les infidèles et fixèrent définitivement leur siège à Tomar en 1357. L’ordre du Christ contribua désormais à perpétuer l’esprit de croisade au Portugal.

Le rôle majeur de l’ordre du Christ dans l’épopée portugaise

L’ordre du Christ trouva au début du XVe siècle l’occasion de répondre aux exigences de sa fondation, notamment lors de la prise de Ceuta en 1415 ; mais c’est surtout en 1420, lorsque l’infant Henri le Navigateur devint administrateur général de l’ordre, que ce dernier put donner la mesure de son rôle dans les découvertes et l’expansion maritime portugaises. Ses revenus fournirent en effet à dom Henrique le moyen de financer les expéditions qui permirent à ses familiers – Tristào Vaz Teixeira, Joào Gonçalves Zarco et Bartolomeu Perestrel – de reconnaître et de prendre possession de l’archipel de Madère en 1418 et 1419. Pour le peupler, il fit appel à partir de 1425-1426 à des colons venus des domaines de l’ordre auquel la Couronne avait fait donation des trois îles. Ce fut toujours grâce aux ressources de l’ordre que l’infant fut sans doute l’initiateur de la découverte et de la colonisation de l’archipel des Açores ; sans elles, il n’aurait pu financer les expéditions qui, dirigées par ses familiers – dont le plus connu est Gil Eanes, l’un de ses écuyers, qui atteignit le cap Bojador en 1434 et qu’il fit chevalier à son retour – reconnurent la côte occidentale de l’Afrique. Les voiles de toutes les caravelles qui formèrent ces expéditions portaient d’ailleurs la croix potencée, symbole de l’ordre du Christ. La prospection de la côte africaine, quel que fût l’intérêt scientifique qui pût y présider, s’accompagna à son tour de profits substantiels, dont la traite des esclaves – capturés lors d’incursions directes à l’intérieur des terres ou, en majorité, achetés aux marchands musulmans ou africains – ne fut pas le moindre.

L’infant obtint aussi du pape que toutes les églises déjà édifiées ou qui le seraient par la suite dans les archipels de l’Atlantique fussent annexées à titre perpétuel à l’ordre du Christ, qui les défendrait contre les Sarrasins. Par ces privilèges, le patronage royal put s’étendre à l’ensemble des églises fondées dans l’outre-mer : dès que la nouvelle du voyage de Vasco de Gama lui fut parvenue, le pape accorda, en effet, à dom Manuel, par l’intermédiaire de l’ordre du Christ, le patronage de toutes les églises d’Afrique qui seraient créées. Léon X attribua en outre à ce dernier les revenus de la juridiction ecclésiastique afin qu’il pût faire face aux dépenses nécessaires à l’œuvre d’évangélisation.

Après la mort de l’infant dom Henrique, la Couronne continua de donner des privilèges à l’ordre du Christ dans toutes les terres nouvellement découvertes et conquises. Les énormes revenus qui en découlèrent ne diminuèrent pas pour autant l’esprit de croisade dont il était investi. Ses chevaliers participèrent largement à la conquête et à la défense des présides marocains, comme à toutes les expéditions qui permirent au Portugal de construire sa thalassocratie. C’est à partir de dom Manuel et de Jean III, au milieu du XVIe siècle, que l’ordre du Christ atteignit le zénith de sa splendeur : les chefs-d’œuvre d’art manuélin du couvent du Christ à Tomar, où travaillèrent les plus grands architectes de l’époque (Joào de Castilho, Diogo de Arruda et Diogo de Torralva) en portent le témoignage le plus éclatant.

Cette permanence de la lutte contre les ennemis de la foi fut encore manifeste lorsque vint, au milieu du XVIe siècle, l’heure du repli au Maroc. Le péril maure et turc revenait à l’ordre du jour, et une offensive sur la côte de l’Algarve devenait possible. Aussi le roi Sébastien promulgua-t-il en 1572 de nouveaux statuts des ordres militaires, pour faire d’eux, une fois encore, les défenseurs-nés de la Croix contre le Croissant. Dans le chapitre qu’il tint à Santarem, le 8 décembre 1573, l’ordre du Christ dressa un véritable plan de guerre. On pouvait lire dans ses délibérations que la raison essentielle de sa réunion avait été de prier le roi d’ordonner la création d’un couvent de chevaliers au cap Saint-Vincent, où serait transféré celui de Tomar, afin de défendre tout l’Algarve des Maures et des Turcs qui volaient, pillaient et capturaient des chrétiens.

La laïcisation progressive de l’ordre du Christ

La mainmise de la Couronne sur les ordres militaires devint patente lorsque, en 1550, Jean III obtint du pape leur administration directe, car il ne voulait doter aucun membre de la grande noblesse de la puissance et de la richesse que donnaient ces ordres à leurs maîtres. Aussi, au cours du XVIe siècle, l’obtention du titre de chevalier du Christ fut-elle de plus en plus une récompense personnelle du souverain et une grâce accordée pour des faits de guerre ou par simple faveur royale. L’évolution du recrutement à partir du début du XVIIe siècle confirma ce changement : malgré les empêchements pour les familles de nouveaux chrétiens et pour celles qui avaient exercé un métier « mécanique », l’éventail social s’élargit, le roi accordant de nombreuses dispenses. Beaucoup furent revêtus de l’habit de chevalier lorsqu’ils s’apprêtaient à s’embarquer pour l’outre-mer. Aux Indes, des personnes d’ascendance indigène furent elles-mêmes gratifiées de dispenses.

Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, être reçu dans l’ordre du Christ fut cependant l’un des plus grands honneurs que l’on pût recevoir : ce titre ouvrait les portes des plus hautes charges et fonctions. Cependant, les contemporains dénonçaient l’avilissement dans lequel était tombé l’ordre par le laxisme des monarques portugais qui y faisaient admettre trop facilement des gens dont la condition aurait dû leur en fermer les portes : le marquis de Bombelles, ambassadeur de France, s’indignait en 1786 de voir « nombre de chevaliers de l’ordre du Christ attachés au service des grands comme intendants, écuyers, valets de chambre, porter la même décoration que leurs maîtres et la souveraine du royaume… »

À la fin du XVIIIe siècle, l’ordre du Christ, comme les autres ordres, perdit officiellement tout ce qui avait présidé à sa fondation pour ne devenir qu’une décoration, très enviée, que le souverain remettait à tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre, avaient rendu service à la Couronne et à la patrie. C’est ainsi qu’une loi de la reine Marie Ière, du 19 juin 1789, réforma les ordres militaires dans ce sens : désormais, le grand commandeur des trois institutions serait l’héritier de la couronne, en l’occurrence dom Joâo, prince du Brésil, et après lui, tous les princes héritiers. On créait pour l’ordre du Christ six grand-croix, dignités qui ne seraient concédées qu’à des personnalités éminentes qui auraient rendu des services politiques ou militaires exceptionnels. La laïcisation de l’ordre fut achevée lorsque la monarchie libérale décida l’extinction de tous les ordres religieux et la confiscation de leurs biens en 1834, et ferma le couvent du Christ à Tomar. L’ordre du Christ reste aujourd’hui la plus prestigieuse décoration que la République portugaise puisse décerner.
Jean-François Labourdette

Mars 2001
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