Prise d’Antioche par les croisés,

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Prise d’Antioche par les croisés,

Bientôt Bohémond commença à presser son ami humblement par des demandes quotidiennes, lui promettant toute espèce d’égards et d’avantages en ces termes:  » Voici venir le moment favorable où nous pourrons accomplir le bien que nous avons résolu: que mon ami Pirrus m’accorde maintenant son aide.  » Celui-ci, enchanté, déclara qu’il l’aiderait comme il devait faire. La nuit suivante (1), il envoya à Bohémond son propre fils en otage, afin de lui confirmer qu’il lui livrerait l’entrée de la ville, et lui adressa ce message:  » Que demain toute l’armée franque soit convoquée par lui, comme s’il s’agissait d’aller dévaster la terre des Sarrasins, qu’il dissimule et revienne rapidement par la montagne de droite (2). Et moi, observant ces troupes avec attention, je les attendrai et les recevrai dans les tours que j’ai en mon pouvoir et sous ma garde. « 

[...]

Tout fut donc disposé ainsi: les chevaliers tinrent la plaine, les piétons la montagne; toute la nuit ils marchèrent et chevauchèrent jusqu’à l’aurore (3), puis ils approchèrent des tours, dont le gardien avait veillé toute la nuit. Aussitôt, Bohémond mit pied à terre et donna ses instructions à tous par ces mots:  » Allez en toute sécurité et en bon accord; montez par l’échelle jusqu’à Antioche, que nous aurons bientôt, s’il plaît à Dieu, sous notre garde.  » Ils vinrent jusqu’à l’échelle qui était dressée et fortement liée aux murs de la cité; environ soixante hommes des nôtres l’escaladèrent et furent répartis entre les tours dont il avait la garde. Pirrus, voyant que si peu des nôtres étaient montés, commença à craindre, redoutant pour lui et les nôtres de tomber entre les mains des Turcs.  » Nous avons peu de Francs « , s’écria-t-il.  » Où est donc cet ardent Bohémond? Où est cet invincible?  » Au même moment un sergent longobard redescendit et, courant précipitamment à Bohémond, lui dit:  » Que fais-tu là, homme prudent? Pourquoi es-tu venu ici? Voici que nous tenons déjà trois tours!  » Excité par ces mots, il rejoignit les autres, et tous parvinrent joyeusement à l’échelle.

À cette vue, ceux qui étaient déjà dans les tours se mirent à crier d’une voix joyeuse:  » Dieu le veut!  » Nous-mêmes poussions le même cri. Alors commença l’escalade merveilleuse; ils atteignirent enfin le faîte et coururent à la hâte aux autres tours; ils massacraient tous ceux qu’ils y trouvaient, et le frère de Pirrus périt ainsi. Puis l’échelle par laquelle avait lieu notre escalade se rompit, ce qui nous plongea dans une grande angoisse et dans la tristesse. Cependant, bien que l’échelle fût rompue, il y avait à notre gauche une porte fermée, ignorée de quelques-uns. Il faisait encore nuit, mais, en tâtonnant et en cherchant, nous finîmes par la trouver: tous nous y courûmes et, après l’avoir brisée, nous entrâmes grâce à elle.

À ce moment, une immense clameur résonnait dans toute la ville. Bohémond ne perdit pas de temps, mais il ordonna que sa glorieuse bannière fût arborée sur une éminence en face du château (4). Au point du jour, ceux qui étaient encore dans leurs tentes entendirent la rumeur immense qui retentissait dans la ville. Étant sortis à la hâte, ils virent flotter la bannière de Bohémond sur une hauteur; aussitôt entraînés par une course rapide, ils pénétrèrent dans la ville à travers les portes et massacrèrent les Turcs et les Sarrasins qu’ils rencontrèrent, à l’exception de ceux qui parvinrent à fuir dans la citadelle du haut: d’autres Turcs sortirent par les portes et durent leur salut à la fuite.

Cassian (5), leur seigneur, se mit aussi à fuir avec beaucoup d’autres qui étaient à sa suite et, en fuyant, il parvint dans la terre de Tancrède (6), non loin de la cité. Comme leurs chevaux étaient fatigués, ils pénétrèrent dans un casal (7) et se réfugièrent dans une maison. Mais ils furent reconnus par les habitants, des Syriens et des Arméniens, qui saisirent aussitôt Cassian et lui coupèrent la tête, qu’ils portèrent à Bohémond, afin d’obtenir leur liberté. Le ceinturon et le fourreau de son cimeterre furent vendus soixante besants.

Ces événements eurent lieu le troisième jour de juin, cinquième férie, trois jours avant les nones de juin. Toutes les places de la ville étaient encombrées de cadavres, au point que nul ne pouvait y séjourner à cause de la puanteur. On ne pouvait circuler dans les rues qu’en marchant sur les cadavres des morts.

(1) La dernière nuit qui précède la reddition d’Antioche, nuit du 2 au 3 juin.
(2) La terre des Sarrasins était située à l’est et au sud; la montagne à droite (par rapport au camp des croisés) était, au contraire, à l’ouest, où se trouvaient les tours de Firouz.
(3) Au méridien d’Antioche, le 3 juin, le soleil se lève à quatre heures et demie; ce fut donc vers quatre heures que commença l’escalade.
(4) Il s’agit de la citadelle d’Antioche, située au point le plus élevé de l’enceinte, sur les pentes du mont Cassius. Les croisés ne purent s’en emparer.
(5) Cassian, transcription de Iagi-Sian, Jaghi-Seian, Yâgi-Sian. Émir d’Antioche et beau-père de Roudwân, prince d’Alep.
(6) La « terre de Tancrède » désigne certainement la région située à l’ouest de l’enceinte gardée par Tancrède et non les villes acquises par Tancrède en Cilicie.
(7). Le  » casal  » est un village habité par des tenanciers et entouré de terres.

Traduction prise dans Anonyme édité et traduit par Louis Bréhier, Histoire anonyme de la première croisade, Paris, Éditions  » Les Belles Lettres « , 1964 (1924), pp. 103-111.

Publié dans : L'ordre des Templiers |le 29 octobre, 2006 |Pas de Commentaires »

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