Archive pour le 13 octobre, 2006

La malédiction du grand maître

mazzullotemplari.jpgLa malédiction du grand maître

13 octobre 1307 Arrestation des Templiers Par Jean Brillet (Bordeaux)

Les grandes étapes du règne de Philippe le Bel Le conflit de la décime Forfaiture de Bernard Saisset Attentat à Anagni Les Mâtines de Bruges Un pape français en Avignon Arrestation des Templiers Les amants scandaleux

Au matin du vendredi 13 octobre 1307, tous les Templiers de France sont arrêtés sur ordre du roi Philippe IV le Bel (le petit-fils de Saint Louis).

Un ordre contesté L’ordre du Temple est né en Terre sainte, en 1119, après la première Croisade, à l’initiative du chevalier champenois Hugues de Payns qui voulait protéger les pélerins se rendant à Jérusalem. Il a été officialisé par le concile de Troyes, neuf ans plus tard. L’ordre tire son nom du temple de Salomon, à Jérusalem, où il a installé son siège à ses débuts. Ses forteresses à l’architecture puissante et efficace, comme Mont-Thabor, ont marqué durablement le paysage de la Palestine. Ses commanderies destinées au recrutement des nouveaux chevaliers et à l’hébergement des invalides, ont couvert l’Europe.

Le prestige des moines-soldats au manteau blanc frappé d’une croix rouge a été immense pendant les deux siècles qu’ont duré les Croisades,… malgré la trahison ignominieuse du grand maître Gérard de Ridefort à la bataille de Hattîn, en 1187.

Devise des Templiers: « Memento finis » (« Pense à ta fin », en chrétien… et « Pense à ton but » en soldat)

La huitième et dernière Croisade s’achève par la mort tragique du roi Saint Louis devant Tunis en 1270, et les possessions franques de Terre sainte tombent définitivement entre les mains des musulmans avec la chute de Saint-Jean-d’Acre le 28 mai 1291, malgré la résistance héroïque des Templiers autour du grand maître Guillaume de Beaujeu.

Au début du XIIIe siècle, le Temple dispose d’une force militaire impressionnante de quinze mille hommes, bien plus que n’importe quel roi de la chrétienté aurait pu en lever.  Mais de soldats, les Templiers se sont reconvertis en usuriers et ont complètement perdu de vue la reconquête des Lieux saints de Palestine! C’est que de considérables donations ont rendu l’ordre immensément riche et l’ont transformé en l’une des principales institutions financières occidentales… et la seule qui soit sûre. Il gère ainsi, en véritable banquier, les biens de l’Eglise et ceux des rois d’Occident (Philippe le Bel, Jean sans Terre, Henri III, Jaime Ier d’Aragon,…)

Dès lors, l’opinion européenne commence de s’interroger sur la légitimité du Temple. Le roi Philippe le Bel lui-même a souvenance que les Templiers avaient refusé de contribuer à la rançon de Saint Louis lorsqu’il avait été fait prisonnier au cours de la septième croisade! Relancer la Croisade

Suivant une idée déjà ancienne, évoquée par Saint Louis et les papes Grégoire X, Nicolas IV et Boniface VIII, Philippe le Bel souhaite la fusion de l’ordre du Temple avec celui, concurrent, des Hospitaliers afin de constituer une force suffisante pour préparer une nouvelle croisade à laquelle le roi de France et le pape sont très attachés.

L’affaire est mise à l’ordre du jour de plusieurs conciles et l’on élabore même un projet dans lequel Louis de Navarre aurait été grand maître du nouvel ordre. Son dramatique échec résulte de l’entêtement et de l’étroitesse d’esprit du grand maître Jacques de Molay ainsi que de l’agressivité du ministre du roi, Guillaume de Nogaret.

Durant l’été 1306, Jacques de Molay donne son opinion à Clément V sur le projet de fusion. Le pape en reste pantois. L’argumentaire du grand maître n’a qu’un seul but non avoué: garder une place qui risque de lui échapper. Guillaume de Villaret, le grand maître des Hospitaliers, n’a pas présenté son point de vue car il n’a pu se rendre à la convocation.

Le drame

Tous les Templiers de France sont donc arrêtés par les sénéchaux et les baillis du royaume au terme d’une opération de police conduite dans le secret absolu par Guillaume de Nogaret. Ils sont interrogés sous la torture par les commissaires royaux avant d’être remis aux inquisiteurs dominicains.

Parmi les 140 Templiers de Paris, 54 sont brûlés après avoir avoué pratiquer la sodomie ou commis des crimes extravagants comme de cracher sur la croix ou de pratiquer des « baisers impudiques ». L’opinion publique et le roi lui-même y voient la confirmation de leurs terribles soupçons sur l’impiété des Templiers et leur connivence avec les forces du Mal.

Le roi obtient du pape Clément V la suppression de l’ordre, au concile de Vienne, en 1312. Elle est officialisée le 3 avril 1312 par la bulle  » Vox in excelso », bien qu’il soit tout à fait exceptionnel qu’un ordre religieux soit purement et simplement dissous. Le 3 mai 1312, le pape affecte le trésor des Templiers à l’ordre concurrent des Hospitaliers, à l’exception de la part ibérique qui revient aux ordres militaires locaux. Le roi de France et ses conseillers plaident en faveur de cette solution respectueuse de la volonté des nombreux bienfaiteurs du Temple.

En 1313, sur la base de documents comptables, l’ordre de l’Hôpital restitue 200.000 livres au trésor royal pour solde de tout compte. Le successeur de Philippe, Louis X,  réclamera toutefois un supplément, estimant que son père a été floué. L’affaire est close en 1317, quand le nouveau roi Philippe V reçoit 50.000 livres supplémentaires. Avec l’affaire du Temple, la monarchie capétienne montre qu’elle entend suivre son intérêt politique et ne plus se comporter en vassale de l’Eglise.

La malédiction du grand maître

Au terme d’un procès inique, le grand maître des Templiers, Jacques de Molay, est lui-même brûlé vif à la pointe de l’île de la Cité le 19 mars 1314. Une plaque rappelle le triste sort de cet homme sans envergure qui ne sut pas réformer son ordre quand il en était temps et le laissa disparaître sans réagir.

La légende veut qu’à l’instant de succomber dans les flammes, Jacques de Molay lance une malédiction à l’adresse du roi et du pape, les invitant à le rejoindre dans la mort avant la fin de l’année. Or,c’est ainsi que vont se passer les choses! Quelques semaines après le supplice, on apprend que les belles-filles du roi, Marguerite et Blanche, trompent allègrement leur époux avec des chevaliers de la cour. Jeanne, la soeur de Blanche, est elle-même au courant de leurs frasques. Les amants sont terriblement punis. Ce  » scandale de la Tour de Nesle » ternit la fin du règne.

Le roi Philippe le Bel meurt sur ces entrefaites le 29 novembre d’une maladie que les historiens n’ont pu identifier de façon certaine. Ses trois fils lui succèdent tour à tour avant que la couronne ne passe enfin à une branche cadette de la dynastie des Capétiens, les Valois.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 13 octobre, 2006 |Pas de commentaires »

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