Les Croisades vu par les Bretons

immaginea1.jpgDès les premiers siècles du christianisme, les lieux qui furent le berceau de la Foi étaient fréquentés par de nombreux pèlerins. La conquête de la Syrie par les Arabes rendit ces voyages plus rares. Cependant les khalifes avaient laissé aux Chrétiens le libre exercice de leur culte, et le modique tribut qu’ils exigeaient des pèlerins donnait une garantie à cette tolérance. Mais la tyrannie impie et sanguinaire du khalife Hakem désola l’église de Jérusalem, et les Turcs Seldjoucides, en se rendant maîtres de la Palestine, y portèrent une défiance et une rapacité qui rendaient les voyages d’outre-mer dangereux ou impraticables. Ces conquérants venaient de ravir l’Asie Mineure aux souverains de Byzance, et Constantinople était menacée. La crainte de voir tomber cette barrière de l’Europe avait jeté l’alarme dans l’Occident, pendant que les récits des pèlerins y répandaient parmi les Chrétiens une sainte pitié pour leurs frères d’Orient opprimés. Déjà Sylvestre II et Grégoire VII avaient conçu le dessein d’armer l’Europe contre l’Asie pour la délivrance de Jérusalem. Il était réservé à Urbain II de le mettre à exécution. Ce pontife, sollicité par l’Empereur Alexis Comnène et par le patriarche Siméon, ordonna au pèlerin Pierre l’Ermite de parcourir toute l’Europe, et de préparer les peuples à la guerre sainte. L’enthousiasme qu’excita partout cet ardent apôtre de la croisade avertit Urbain que l’heure du signal était arrivée.

Après avoir tenu un premier concile à Plaisance, pour s’assurer des dispositions du clergé, des seigneurs et du peuple, Urbain convoque une seconde assemblée à Clermont en 1095, où la croisade est décidée. La voix du pontife est répétée dans toutes les chaires chrétiennes, et la France devient le centre d’un mouvement tout à la fois religieux, politique et chevaleresque. Les indulgences de l’Eglise et les richesses de l’Asie attirent une multitude de guerriers de tous rangs sous le drapeau de la croix. Quelques bandes indisciplinées, parties avant le temps sous la conduite de Pierre l’Ermite, de Gautier Sans-Avoir et de Godescale, massacrent les Juifs dans les villes du Rhin. Elles soulèvent contre elles, par leurs brigandages, les pays qu’elles traversent, et sont détruites en Hongrie et en Bulgarie.  

 

Première croisade (1096-1099) 

 Première croisade (1096-1099) prêchée par le pape Urbain II. La croisade des chevaliers (Godefroy de Bouillon, Bohémond, Tancrède) créa le royaume de Jérusalem et plusieurs Etats latins (Antioche, Edesse, Tripoli).  

   

Chef : Godefroy de Bouillon ;

 

   

Alain Fergent, duc de Bretagne ;

   

Chotard d’Ancenis ;

   

Conan, fils du comte de Lamballe ;

   

Guy III, sire de Laval, ainsi que ses cinq frères ;

   

Hervé de Lohéac ;

   

Rivallon de Dinan ;

 

 

 

 

Nota : Lobineau nomme en outre plusieurs autres seigneurs :

   

Raoul, comte de Montfort et de Gaël ;

   

Alain, fils du précédent ;

   

Alain, fils naturel de Conan II ;

   

Alain, sénéchal de Dol ;

Les principaux chefs de la première croisade sont : – Godefroy de Bouillon, duc de la Basse-Lorraine, avec ses frères Baudouin et Eustache, – Robert II, duc de Normandie, – Robert II, comte de Flandre, – Eudes Ier de Bourgogne, – Raymond IV de Toulouse, – Gaston de Béarn, – Bohémond, prince de Tarente, avec son cousin Tancrède de Syracuse, – Adhémar de Monteil, vicaire apostolique. L’Allemagne, alors engagée dans la guerre du sacerdoce et de l’Empire, ne prend aucune part à la première guerre sainte. Les croisés, au nombre de six cent mille, arrivèrent à Constantinople par différents chemins. Ils s’emparent de Nicée sur Kilidge Arslan, sultan seldjoucide d’Iconium (Konich).

La victoire de Dorylée leur ouvre un passage à travers l’Asie Mineure, et ils arrivèrent devant Antioche, réduits à moins de cent mille combattants. Cette barrière de l’islamisme arrête les Chrétiens, et donne le temps aux musulmans d’Afrique et d’Asie de s’armer pour défendre leur religion menacée. Une première armée de Turcs est taillée en pièces sur les bords de l’Oronte, et Bohémond prend Antioche par surprise. Kerbogath, général du sultan de Perse Barkiarok, arrive trop tard pour la sauver, et perd une grande bataille sous les murs de cette cité. Les croisés, victorieux, mais épuisés, marchent vers Jérusalem, que les Fatimites venaient de reconquérir.

Les vainqueurs s’étant rendus maîtres de la Ville Sainte de Jérusalem, en 1099, déshonorent leur victoire par le massacre des Juifs et des Musulmans. Mais, une fois l’ordre rétabli, ils songent à rendre leur conquête durable, en instituant dans la Palestine un gouvernement monarchique. Les principaux chefs défèrent la royauté à Godefroy de Bouillon, dont la pieuse modestie refuse de porter une couronne d’or dans des lieux où le Roi des rois reçut une couronne d’épines. Il prend le titre de Baron du Saint-Sépulcre, et justifie le choix de ses compagnons d’armes par une brillante victoire remportée près d’Ascalon sur l’armée du khalife d’Egypte. Godefroy, mort un an après son élection, n’avait pas eu le temps d’affermir le nouveau royaume. Mais, de concert avec ses barons, il lui avait donné une loi fondamentale qui devait le protéger. Les Assises de Jérusalem introduisaient en Asie le gouvernement féodal, qui fut adopté non seulement dans les états chrétiens de la Syrie, mais aussi dans l’île de Chypre et dans toutes les principautés démembrées plus tard de l’empire byzantin. Le royaume de Jérusalem avait ses grands-fiefs, ses arrières-fiefs et ses bourgeoisies. Au nombre des grands fiefs, on peut compter les principautés d’Antioche et de Galilée, et les comtés d’Edesse et de Tripoli, qui pourtant ne relevaient que du pape. On peut aussi considérer comme vassaux de la couronne de Jérusalem les trois ordres religieux et militaires : – les Hospitaliers et Johannites (ordre de Malte), fondés par Gérard de Martigues en 1100, et dont Raymond du Puy fut le premier grand maître (1121), – les Templiers , qui eurent pour fondateur le champenois Hugues de Payens, en 1118, – l’ordre Teutonique, établi plus tard par Henri Walpot (1190). Les membres de ces associations se dévouaient au service des pauvres pèlerins et à la défense de la terre sainte. A leur exemple, il se forma successivement dans la chrétienté un grand nombre d’ordres religieux et militaires dont les plus célèbres furent ceux de Saint-Jacques d’Alcantara et de Calatrava, en Espagne, et les portes-glaives de Livonie.

Première intervalle des croisades (1100-1147) : Baudouin Ier, prince d’Edesse, succède à son frère Godefroy. Sous son règne arrive une nouvelle armée de croisée conduite par – Hugues de Vermandois, frère du roi de France, – Guillaume VII d’Aquitaine, prince et troubadour, qui confia en partant, dans des poétiques adieux, son jeune fils et sa terre au comte d’Anjou, son voisin, – Etienne, comte de Blois, – Etienne, comte de Bourgogne, – Geoffroy de Vendôme, – Herpin de Bourges, – Hugues de Lusignan, – Welf Ier, duc de Bavière. Ces troupes mal disciplinées, sont détruites dans l’Asie Mineure par le sultan de Roum, et les restes de la première armée sont taillés en pièces à Rama. Les guerriers les plus reculés arrivent à leur tour en Orient. Mais leur chef, le roi Eric I de Danemark, meurt en Chypre vers 1105, et Sigurd se signale en Palestine par d’inutiles exploits. Cependant la mort de Barkiarok ayant donné lieu au démembrement de son empire par les Atabeks et par les Assassius ou Ismaélites, Baudouin profite de ces premières divisions et s’empare de Saint-Jean-d’Acre (Ptolémaïs), de Bérythe et de Sidon. Baudouin II, son successeur, ajoute à ces conquêtes la prise de Tyr. De son côté, Bertrand de Saint Gilles s’empare de Tripoli, qui devient le chef-lieu d’un comté souverain, en 1109. Les Turcomans conservent en Syrie, les petites sultanies de Damas et d’Alep. La conquête de cette dernière ville donne à Zenhi, prince de Mossoul, la supériorité sur tous les autres Atabeks. Il enlève aux Chrétiens la ville d’Edesse, qui est détruite, en 1144. Les brillants succès de son fils Noureddin et la détresse du roi Baudouin III nécessitent une nouvelle croisade. 

 

Deuxième croisade (1147-1149)

 Deuxième croisade (1147-1149) prêchée par Bernard de Clairvaux. Louis VII de France et l’empereur Conrad III échouent devant Damas.  

   

Chef : Louis VII ;

 

   

Jean de Dol ;

   

Geoffroy Gayclip (ou Waglip, ou Guaclief ou Gwasklin), aïeul de Du Guesclin ;

 

 

 

 

 

Les principaux chefs de la deuxième croisade (sous le pontificat d’Eugène III) sont l’empereur Conrad III et le roi de France Louis le Jeune (Louis VII).

Saint Bernard, abbé de Clairvaux, prêche la guerre sainte en France et la provoque en Allemagne. Il la représente à Louis VII comme une expiation de l’incendie de Vitry, et donne la croix à ce prince dans la cour plénière de Vézelay. Conrad la reçoit aussi de ses mains à la diète de Spire. L’empereur se met en marche sans attendre le roi de France, qui part à son tour. Les deux armées sont détruites, l’une après l’autre, dans l’Asie Mineure, par les Musulmans et par la famine, et leurs débris se réunissent à Jérusalem. Louis, Conrad et Beaudouin III vont assiéger Damas. Mais l’entreprise échoue par suite de la division des princes croisés, et les deux rois reviennent en Europe sans armée et sans gloire. 

Deuxième intervalle des croisades (1149-1189) : Noureddin, en s’emparant de Damas, range sous ses lois toute la Syrie musulmane. Des troubles qui s’élèvent en Egypte lui fournissent un prétexte pour y introduire son influence. Saladin en prend possession au nom de ce sultan, et dépose Adhed, dernier khalife Fatimite (en 1171). Deux ans après, un de ses frères va conquérir le Yémen, où il fonde une dynastie Ayoubite qui résidait à Aden. Noureddin étant mort deux ans après, le conquérant de l’Egypte s’en arroge la souveraineté, et y joint bientôt tous les autres états du fils de Zenghi, Saladin commence ainsi la dynastie des sultans Ayoubites (en 1173). Il médite, la ruine du royaume de Jérusalem, et livre au roi Guy de Lusignan la célèbre bataille de Tibériade, qui entraîne la soumission de Saint-Jean-d’Acre et de la Ville Sainte (en 1187). Pendant la captivité de Lusignan, Conrad de Montferrat prétend à la couronne, et rallie à Tyr les débris de la chrétienté de Syrie.

 

Troisième croisade (1189-1192)

 Troisième croisade (1189-1192) prêchée par Guillaume de Tyr après la prise de Jérusalem par Saladin et dirigée par Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion. Les croisés ne peuvent reconquérir Jérusalem.  

   

Chef : Philippe-Auguste ;

 

   

Alain IV, vicomte de Rohan ;

   

Guethenoc de Bruc ;

   

Raoul de l’Angle ;

 

 

 

 

 

Les principaux chefs de la troisième croisade (sous le pontificat de Clément III) sont : – l’empereur Frédéric Barberousse, – le roi de France Philippe Auguste, – Richard Coeur de Lion, roi d’Angleterre.

Guillaume de Tyr vient solliciter les secours de l’Occident déjà préparé à la guerre sainte par les exhortations du pape Alexandre III. Il provoque la réunion de plusieurs conciles dans lesquels on décrète l’établissement d’une contribution universelle sous le nom de dîme saladine. Frédéric part le premier avec une armée de cent mille hommes, qui périt presque tout entière en Asie, comme celle de son prédécesseur. L’empereur meurt lui-même en Cilicie (en 1190), et son fils, Frédéric de Souabe, va trouver la mort devant Saint-Jean-d’Acre.

En 1190, les rois de France et d’Angleterre, instruits par l’expérience, renoncent à la route de terre. Ils s’embarquent, l’un à Gênes, l’autre à Marseille, et vont passer l’hiver en Sicile. Les artifices de l’usurpateur Tancrède, les animosités nationales, et surtout le mariage que Richard, fiancé à Alix de France, contracte avec Bérengère de Navarre, brouillent les deux rois et les deux armées. La flotte génoise et celle de Marseille mettent la voile séparément, et Philippe arrive le premier devant Saint-Jean-d’Acre. Richard, ayant relâché à Limisso, dépouille le despote de Chypre, Isaac Commène, et reste maître de cette île, qu’il devait bientôt céder à Lusignan en échange de ses droits sur la couronne de Jérusalem. En 1191, les armées de France et d’Angleterre, réunies aux princes chrétiens de Syrie, s’emparent de Saint-Jean-d’Acre. Après cet exploit, Philippe retourne dans ses états, laissant à Richard une partie de ses troupes. Le roi d’Angleterre signale dans d’inutiles combats sa bravoure chevaleresque, et ne peut conquérir Jérusalem. La retraite des ducs de Bourgogne et d’Autriche l’oblige à conclure une trêve avec Saladin (en 1192). Il s’embarque alors pour l’Europe, mais un naufrage l’ayant jeté sur la côte de Dalmatie, il est arrêté en Autriche par le duc Léopold et livré à l’empereur Henri VI, qui le retient en prison, malgré les prières et les menaces du pape Célestin III, et lui vend ensuite la liberté au prix de 250 000 marcs d’argent.

Troisième intervalle des croisades (1193-1202) : Peu de temps après le départ de Richard, Saladin termine sa glorieuse carrière, admiré des Chrétiens et pleuré des Musulmans. Ses vastes états sont divisés entre les princes de sa famille. Mais Malek-Adhel (Saphadin), son frère, dépouille les fils de ce grand homme, et commence, en 1200, la dynastie Ayoubite des sultans d’Egypte.

 

Quatrième croisade (1202-1204)

 Quatrième croisade (1202-1204)   

   

Chef : Boniface de Montferrat ;

   

   

 

 

 

 

Les principaux chefs de la quatrième croisade (sous le pontificat d’Innocent III) sont : – Baudouin IX, comte de Flandre, – Henri Dandolo, doge de Venise, – Boniface II, marquis de Montferrat, etc …

La mort de l’empereur Henri IV ayant interrompu une croisade déjà commencée, Innocent III s’était hâté d’en publier une nouvelle en 1197. Mais on commençait à se lasser de ces guerres lointaines et ruineuses, et, soit par découragement, soit pour raison politique, les rois de l’Occident restèrent sourds à la voix du pontife. Cependant un grand nombre de seigneurs français s’étant réunis à Ecry-sur-Aisne, et ensuite à Soissons, la croisade y fut décidée, et le curé Foulques de Neuilly alla la prêcher dans les provinces.

En 1202, les croisés donnent le commandement de l’expédition à Boniface de Montferrat, et font un traité avec les Vénitiens, qui s’engagent à fournir les transports, dans un but doublement intéressé. On convient que les Français aideront la Seigneurie à reprendre Zara, tombée au pouvoir du roi de Hongrie. Cette condition une fois remplie, la croisade se trouve encore détournée de son objet par des sollicitations du jeune Alexis l’Ange, qui vient implorer la protection des croisés en faveur de l’empereur Isaac, son père, emprisonné par un autre Alexis de la même famille. La flotte se dirige vers Constantinople, et les croisés détrônent l’usurpateur. Mais l’inexécution des promesses jurées et l’usurpation courageuse de Ducas Murzuphle les arment de nouveau contre Byzance. Les chevaliers français et la flotte vénitienne, ayant concerté une double attaque, enlèvent d’assaut Constantinople réputée imprenable et la livrent au pillage (en 1204). 

Après la prise de Constantinople, et avant même d’entreprendre la conquête des provinces, les chefs de l’armée et de la flotte procédèrent au partage de l’empire et à la distribution des grands offices du palais. Une commission mi-partie de Français et de Vénitiens, conféra la dignité impériale au comte Baudouin, et au doge celle de « despote de Romanie ». Les vénitiens obtinrent en outre le faubourg de Péra, qui fut placé sous l’autorité indépendante d’un baile ou podestat, les îles de Corfou et de Candie, Modon et Coron dans la Morée, et une partie de Négrepont. Le marquis de Montferrat fut fait roi de Thessalonique, et reçut la mission de conquérir son royaume. Othon de la Roche s’avança plus loin, et se fit un lot qui devint plus tard le duché de Thébes et d’Athènes, et qu’il posséda avec le titre de Megas Kyr ou Grand Sire, héréditaire dans sa famille. Le Champenois Guillaume de Champlite soumit une partie du Péloponnèse, et en forma la principauté de Morée ou d’Achaïe, que le jeune Geoffroy de Villehardouin reçut de lui et transmit à ses descendants, après en avoir distribué les seigneuries à ses compagnons d’aventure dans le congrès d’Andravida. Les chefs subalternes de la croisade obtinrent aussi des fiefs et des dignités suivant leur importance ou leur mérite personnel, et l’empire byzantin se trouva transformé en une monarchie féodale. Les Assisses de Jérusalem, déjà adoptées pour le royaume de Chypre, devinrent aussi la loi commune de tous les états féodaux byzantins, qu’un pape désignait sous le nom de Nouvelle France. Les évêques latins prirent la place des prélats schismatiques, et le patriarcat de Constantinople devint une province de l’Eglise romaine. Les îles de l’Archipel, mises au pillage par les Vénitiens et les Génois, formèrent bientôt des seigneuries vassales ou indépendantes de l’Empire. Telles furent celle d’Eubée ou de Négrepont, que la famille véronaise Dalle Carceri posséda concurremment avec les Vénitiens ; celle du duché de Naxos ou de la Dodécanèse, conquis par Marc Sanudo et possédé par ses descendants ; celle du grand-duché de Lemnos, acquis par un autre Vénitien, Philocale Navagiero ; Céa, Mycone, Andros, tombées en proie à de plus obscurs aventuriers. En deçà de la mer Egée, un fils de Henri Dandolo prit possession de Corfou, et commença à Candie une conquête qui coûta soixante ans d’efforts à la république ; mais il laissa le rocher de Malte au pirate génois qui s’en était fait comte. Enfin les Français eurent aussi leur part dans ce démembrement des possessions insulaires de Byzance. Un seigneur inconnu, qui portait deux fleurs de lis sur ses armes, paraît comme comte de Zante (Jachinte), et ses descendants augmentent ce patrimoine de l’île de Céphalonie (Chipelenie), qu’ils eurent à défendre contre les despotes grecs de Durazzo et contre les Vénitiens.

Les rapides conquêtes des Français au delà du Bosphore ne purent empêcher le gendre de l’empereur Isaac, Jean-Thomas Lascaris, de fonder à Nicée un nouvel empire grec, qui devait faire renaître l’ancien. Alexis Commène, Toparque de Colchide, prit à Trébizonde le titre dérisoire d’empereur que lui permirent les sultans Seldjoucides. Un autre Commène, Michel Ducas, fonda à Durazzo le Despotat d’Epire ou d’Albanie, dont le duché thessalien de Vlaquie ou de Néo-Patras devait être un démembrement et une dépendance. Enfin, un puissant citoyen d’Argos, Léon Sgure, se rendit indépendant sur la côte orientale du Péloponnèse, et défendit Corinthe contre les attaques du prince de Morée, du grand sire d’Athènes et du roi de Thessalonique.

La conquête n’était pas encore achevée, lorsque Baudouin tomba entre les mains de Joannice, roi de Bulgarie, à la désastreuse bataille d’Andrinople (en 1205), qui fut suivie de sa mort et de celle de Dandolo. Mais l’empereur Henri vengea son frère sur le fils de Joannice, par la victoire de Philippopoli (en 1207), qui assura aux Français une paix favorable à l’achèvement de la conquête. Toutefois, cette paix ne pouvait être durable. Et l’Empire latin, sans cesse assailli par les Bulgares, les Serviens, les Grecs du Despotat et ceux de Nicée, réduit à la banlieue de sa capitale par les armes de l’empereur Vatace, acheva sa lente agonie, lorsque le lieutenant de Michel Paléologue, Alexis Stratègopule, s’empara de Constantinople par un coup de main qu’il avait hasardé malgré lui (en 1261). Baudouin II de Courtenai n’échappa au vainqueur que pour venir demander à l’Occident des secours toujours insuffisants et mal concertés. L’usurpateur Michel Paléologue, qui avait substitué la dynastie de son nom à celle de Lascaris, reporta le siége de l’Empire grec à Constantinople. Les Génois, qui venaient de conclure avec lui un traité d’alliance offensive, à Nymphée, furent alors rappelés d’Héraclée, où la jalousie vénitienne avait exilé leurs comptoirs et obtinrent en fief le faubourg de Péra, d’où ils firent la loi aux successeurs de Paléologue. 

Quatrième intervalle des croisades (1204-1217) : Les Chrétiens d’Orient, réduits à la possession de quelques places et divisés entre eux, se défendaient à force de courage contre les sultans d’Egypte, dont les états les encerclaient de toutes parts. Ils ne cessaient d’invoquer l’appui de leurs frères d’Occident, mais les croisades ne parlaient plus qu’aux imaginations faibles ou exaltées, et aux ambitions que séduisaient encore ces guerres lointaines. De là une croisade d’enfants en 1212, et l’expédition de Jean de Brienne, roi titulaire de Jérusalem.

 

Cinquième croisade (1217-1221)

 Cinquième croisade (1217-1221)   

   

Chef : André II, roi de Hongrie ;

   

   

 

 

 

 

Les principaux chefs de la cinquième croisade (sous le pontificat d’Honorius III) sont Jean de Brienne, roi de Jérusalem, et André II, roi de Hongrie.

Innocent III avait fait décider cette croisade au concile général de Latran, tenu en 1215. L’empereur Frédéric II, qui devait la commander, s’étant soustrait à cet honneur périlleux, le successeur d’Innocent II désigna, pour remplacer ce prince, le roi de Hongrie, André II. Trois rois se trouvèrent encore une fois réunis à Saint-Jean-d’Acre : André II, Jean de Brienne et le roi de Chypre, Hugues de Lusignan. Celui-ci étant mort après la retraite du roi de Hongrie, que la révolte de son fils Béla et l’insubordination de ses magnats rappelaient dans son royaume, Jean de Brienne n’en fut pas découragé, et résolut d’aller attaquer l’Egypte. Il s’empara de Damiette, malgré les efforts contraires des fils de Malek-Adhel, et il aurait obtenu la restitution de Jérusalem, sans l’obstination du légat Pélage, qui s’opposa à toute espèce de traité avec les Infidèles. Les croisés essuyèrent à leur tour des revers irréparables et subirent une paix humiliante (en 1221). Jean de Brienne, de retour en Europe, donna sa fille Yolande à l’empereur Frédéric II, qui par cette alliance devint roi de Jérusalem.

Cinquième intervalle des croisades (1221-1228) : Il ne se passe rien de remarquable en Syrie ni en Egypte.

 

Sixième croisade (1228-1229)

 Sixième croisade (1228-1229)   

   

Chef : Frédéric II ;

   

   

 

 

 

 

Le principal chef de la sixième croisade est Frédéric II (sous le pontificat de Grégoire IX).

L’empereur Frédéric avait pris la croix depuis quinze ans, et les anathèmes du saint-siége n’avaient pu le décider à tenir sa promesse. Il partit enfin de Brindes, sur l’invitation du sultan Mélédin, qui lui céda Jérusalem sans combat. Frédéric voulut s’y faire couronner roi, mais aucun évêque n’osa donner l’onction royale à un prince excommunié. Menacé de perdre les couronnes d’Italie et de Naples, il hâta son retour en Europe, où il eut à combattre des ennemis plus redoutables que les Musulmans. 

Sixième intervalle des croisades (1229-1248) : L’Orient chrétien et musulman tombe en proie à l’anarchie. L’arrivée de Thibaut de Champagne n’est d’aucun secours aux Chrétiens. Jérusalem, prise et reprise par divers princes Ayoubites, reste enfin à Malek-Saleh, sultan d’Egypte, qui bat les Francs et les Turcs, et s’empare de Damas sur Malek-Ismaïl, avec le secours des Kowaresmiens, que les Mongols avaient chassés de leur patrie. La grande Asie venait d’être bouleversée par Gengis-Khan ; et ses fils, poursuivant ses conquêtes devaient bientôt paraître en Syrie. 

 

Septième croisade (1248-1254)

 Septième croisade (1248-1254) après la chute de Jérusalem aux mains des Turcs en 1244. Echec de Louis IX de France (Saint-Louis).  

   

Chef : Saint-Louis ;

   

   

Mauclerc, duc de Bretagne (1250) ;

   

Guillaume de Bruc ;

   

Raoul Audren ;

   

Hervé et Geoffroy de Beaupoil ;

   

Alain de Boisbaudry ;

   

Hervé de Boisberthelot ;

   

Geoffroy de Boisbilly ;

   

Thomas de Boisgelin ;

   

Pierre du Boispéan ;

   

Olivier de la Bourdonnaye ;

   

Hervé Budes ;

   

Olivier de Carné ;

   

Geoffroy V, baron de Chateaubriand ;

   

Hervé Chrestien ;

   

Bertrand de Coetlosquet ;

   

Raoul de Coetnempren ;

   

Huon de Coskaer ;

   

Henri du Coedic ou Couédic ;

   

Robert de Courson ;

   

Payen Féron ;

   

Payen Freslon ;

   

Payen Gauteron ;

   

Geoffroy de Goulaine ;

   

Guillaume de Gourcuff ;

   

Guillaume de Goyon ;

   

Guillaume Hersart ;

   

Guillaume de Kergariou ;

   

Hervé de Kerguelen ;

   

Macé de Kerouartz ;

   

Geoffroy de Kersaliou ;

   

Robert de Kersauson ;

   

Henry et Hamon le Long ;

 

 

 

   

Alain de Lorgeril ;

   

Jean du Marhallac’h ;

   

Aymeric et Guillaume de Montalembert ;

   

Geoffroy de Montbourcher ;

   

Raoul de la Moussaye ;

   

Roland des Nos ;

   

Geoffroy du Plessis ;

   

Jean de Québriac ;

   

Eudes de Quelen ;

   

Olivier de Rougé ;

   

Gilles de Rieux ;

   

Hervé de Saint-Gilles ;

   

Hervé de Saint-Pern ;

   

Hervé de Sesmaisons ;

   

Hervé de Siochan (Kersabiec) ;

   

Thomas Taillepied ;

   

Aymeric du Verger ;

   

Magé le Vicomte ;

   

Guillaume de Visdelou ;

   

André de Vitré ;

    Certains historiens mentionnent aussi :

   

Guillaume de Kermoisan ;

   

Hervé de Kaerhuel ;

   

Rollan de Kergouet ;

   

Robert de Kehedoc ;

   

Hugues de Kermarec ;

   

Hervé de Kerprigent ;

   

Guillaume de Kersaliou ;

   

Geoffroi de Kersaingily ;

 

Les principaux chefs de la septième croisade (sous le pontificat d’Innocent IV) sont saint Louis et les princes français.

Un voeu peut-être échappé à la douleur, mais renouvelé après la guérison d’une dangereuse maladie, engage saint Louis dans les guerres saintes malgré l’opposition de sa mère, Blanche de Castille. La plupart des princes du sang et des vassaux prennent la croix avec lui, et s’embarquent les uns à Aigues-Mortes, les autres à Marseille. Après un séjour dans l’île de Chypre, le roi de France se décide à attaquer l’Egypte, dont la possession devait assurer celle de la Syrie, comme l’avait prouvé après tant d’autres exemples la conquête récente de Saladin. Il prend possession de Damiette où l’on perd un temps précieux à attendre et à délibérer. Le comte d’Artois est tué au combat désastreux de la Massoure, où périt aussi Fakreddin, lieutenant du sultan Almohadan (en 1250). Le gros de l’armée, surpris par l’inondation du Nil et atteint par des maladies contagieuses, est encerclé par les Musulmans. Louis est fait prisonnier avec ses frères, Charles et Alphonse, et plus de vingt mille Français. La reine Marguerite est assiégée à Damiette. Le saint roi, emprisonné, étonne les Infidèles par sa résignation et sa grandeur d’âme. Pendant la captivité de Louis IX, la milice des Mamelouks se révolte, et massacre Almohadan, dernier sultan de la race d’Ayoub. Ces esclaves guerriers se donnent pour chef Ibegh, et établissent leur domination en Egypte. En 1250, le nouveau sultan traite avec son royal prisonnier, lui rend la liberté moyennant une forte rançon, et rentre en possession de Damiette. Louis s’engage à ne rien entreprendre contre Jérusalem.  

Entre 1250 et 1254, le roi de France abandonne l’Egypte et va descendre en Palestine, où il séjourne quatre ans, malgré les instances de la reine Blanche qui le rappelle dans son royaume, alors livré aux brigandages des Pastoureaux. Condamné à l’inaction par le serment qu’il venait de jurer, il répare les fortifications de Ptolémaïs, Sidon, Jaffa et Césarée, interpose sa médiation entre les princes chrétiens et les états musulmans, et entretient des relations politiques avec le Vieux de la Montagne et le khan des Mongols. La nouvelle de la mort de sa mère le décide à revenir en France. Il laisse en Palestine un corps de chevaliers commandés par le brave Geoffroy de Sargines. 

Septième intervalle des croisades (1254-1272) : Les Mongols arrivent en Syrie en 1259, sous la conduite du khan Houlagou, qui venait de subjuguer les Ismaélites, et de détruire, en 1258, le khalifat de Bagdad. Mais ils sont bientôt chassés de cette contrée par le sultan d’Egypte Bibars-Bondochar. Ce conquérant, fourbe et cruel, bat les Chrétiens et les Musulmans, et s’empare de Damas, de Tyr, de Césarée, de Jaffa et d’Antioche.

 

Huitième croisade (1270-1275)

 Huitième croisade (1270-1275). Mort de Louis IX (Saint-Louis) devant Tunis.    

   

Chef : Saint-Louis ;

 

   

Jean 1er, dit Le Roux, duc de Bretagne ;

   

Guillaume II de Bruc ;

   

Prégent II, sire de Coetivy ;

   

Pierre de Kergolay ;

   

Geoffroy de Rostrenen ;

 

 

 

Les principaux chefs de la huitième croisade (sous le pontificat de Clément IV) sont saint Louis, Charles d’Anjou, et le prince Edouard d’Angleterre.

Les progrès de Bibars, les sollicitations du roi d’Arménie et du khan des Mongols, mais surtout le désir de briser les fers des prisonniers chrétiens, déterminent saint Louis à une seconde croisade, malgré l’opposition du pape Clément IV. Les suggestions intéressées du roi de Sicile, et l’espoir de convertir le puissant Mohammed Mostanser qui venait de fonder le royaume de Tunis sur les débris des Almohades (en 1269), le décident à faire voile vers l’Afrique. L’armée française débarque sur les ruines de Carthage et met le siège devant Tunis. Mais une maladie contagieuse dévaste le camp et frappe de mort le saint roi, qui expire avec le courage d’un héros et la pieuse résignation d’un chrétien. Cependant Philippe le Hardi et Charles d’Anjou dictent à Mohammed Mostanser les conditions de la paix. Le khalife de Tunis s’engage à payer les frais de la guerre (210 000 onces d’or) et les arrérages du tribut dus au roi de Sicile, depuis la mort de Mainfroy. Mohammed Mostanser promet aussi de tolérer l’exercice du culte chrétien dans ses états, et obtient, de son côté, des garanties pour les Musulmans établis dans les pays chrétiens. Les princes français renoncent à l’expédition de la terre sainte et mettent la voile pour la Sicile. Mais de nouveaux désastres les affligent pendant leur retour, et les funérailles de quatre têtes couronnées marquent la fin des croisades.

La ruine des dernières colonies chrétiennes d’Orient, pressentie par le concile général de Lyon en 1274, retardée par les incursions des Mongols et la mort des Bibars, est consommée par la perte de Tripoli, suivie de celle de Saint-Jean-d’Acre, qui tombe, en 1291, au pouvoir du sultan d’Egypte Kalil-Ascraf. Les Hospitaliers, les Templiers et les Teutons, derniers défenseurs de la terre sainte, se retirent d’abord dans l’île de Chypre. Peu d’années après, les Hospitaliers s’établissent à Rhodes (en 1310), les Templiers sont abolis (en 1312), et les Teutons transportent, en 1309, le siége de leur ordre dans la Courlande, où ils venaient de fonder une domination qui convertit et civilisa les bords de la mer Baltique.

Publié dans : L'ordre des Templiers |le 25 septembre, 2006 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 28 juillet, 2008 à 10:55 François TATARD écrit:

    Où peut-on trouver la suite des croisades des chevaliers bretons. Leur retour avec les turcopolezs d’accompagnement, leur réadaptation et leur rôle politico-économique en Bretagne. Les implantations des apports humains d’orient en Bretagne?

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