Archive pour septembre, 2006

Les Croisades ont-elles freiné le développement de la pensée islamique ?

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Les Croisades ont-elles freiné le développement de la pensée islamique ?

Par  Houari Bouissa

L’impact des croisades dans l’historiographie arabo-musulmane comme celle de l’Occident a été déterminant dans les rapports entre ces deux mondes. En effet, comment ne pas évoquer la comparaison entre un colonel Nasser, qui après avoir nationalisé le canal de Suez, tient tête aux armées franco-britanniques à Port Saïd en 1956 et l’image de Saladin qui reprend Jérusalem aux croisés en 1187. Comment ne pas évoquer Saddam Hussein qui lors de la première guerre du golfe en 1991 se présente comme le champion du monde musulman et se compare à nouveau à Saladin. On a pu également dire ici et là que le temps des croisades marque le déclin du monde arabe et que toute l’historiographie arabo-musulmane s’est construite en réaction face aux phénomènes des Croisades, comme en témoigne l’attitude de certains intellectuels musulmans face au discours des orientalistes français.

Si ce résultat est indéniable, il faudrait pourtant nuancer l’idée qu’à l’époque des Croisades, le monde arabo-musulman qui est encore le dépositaire d’une des plus grandes civilisations de la planète, en soit arrivé à devenir frileux, intolérant et développant une pensée stérile. En effet, les conséquences des croisades ont été un véritable électrochoc dans l’histoire de la pensée musulmane aussi, il est préférable de parler de réforme des idées plus que de déclin.

La prise de Jérusalem par les croisés en 1099 et leur capacité à créer les Etats latins d’Orient témoignent du désordre qui régnait dans le monde musulman à cette époque. Cependant, il apparaît qu’au niveau de la compréhension qu’ont certains savants musulmans de la portée des évènements s’est soldée par une littérature intéressante et riche. Les conséquences des Croisades ont vu se développer dans le monde musulman un retour à la spiritualité mohammadienne, le développement de la littérature sur les études de religion comparée avec l’affirmation de grands penseurs comme l’Andalou Ibn Hazm et le réformiste Ibn Taymiya. Enfin si les Croisades ont permis ce développement de la spiritualité par le Jihad intérieur, elles ont pu redéfinir des rapports entre l’Occident chrétien et le monde musulman.

Après les grandes conquêtes musulmanes, que les musulmans qualifient de Fath au pluriel foutouhat, ce qu’on peut traduire par ouverture, le monde musulman choisit de privilégier les études de Fiqh, c’est à dire la jurisprudence musulmane, aux dépens de la spiritualité, ainsi, celle-ci, qu’on qualifie déjà de Tassawouf (soufisme) reste relativement marginal dans le monde musulman, l’orthodoxie musulmane choisissant de fixer les règles de la vie religieuse.

Au XIème siècle, la Syrie est aux mains des Seldjoukides turcs. En 1055, ils renversent les chiites bouyides et empêchent l’invasion du territoire abbasside par les Fatimides d’Egypte. A partir du milieu du XIème siècle, ils exercent le pouvoir sur un espace qui va de l’Iran jusqu’ à l’Anatolie et la Syrie. Seulement, leur autorité est remise en cause par le morcellement provoqué par les concurrences pour le pouvoir des différents émirs Seldjoukides. Les Fatimides eux résistent en Palestine.

A la fin du XIIème siècle les croisés profitent évidemment de ces dissensions et s’ils affaiblissent les positions musulmanes en Syrie, leur présence traduit surtout le trouble profond dans lequel est plongé le pays.

La contre croisade des musulmans est entreprise par l’émir Nour Al Din (mort en 1174) gouverneur Seldjoukide qui entreprend de réunir la Syrie autour de l’Islam sunnite. Il encouragea les savants musulmans et parmi eux les plus portés sur la spiritualité, il restaura les madrasas, les ribats…dans lesquels on étudiait les sciences islamiques. C’est son successeur qui reprit Jérusalem aux Croisées en 1187 dans la célèbre bataille de Hattin.

De nombreux savent soufis font construire des ribat afin de participer activement à la défense de Damas, alors menacée par les Croisés. Ceux ci essayèrent de prendre la ville en 1129, mais en vain. Lors de la deuxième croisade en 1148, Conrad III et Louis VII font le siège la ville, mais les hommes de religion, rapportent les chroniqueurs, aiguisèrent tellement l’enthousiasme guerrier des assiéges que ceux ci battirent les Croisés1.

Ces évènements nous font réfléchir sur la notion de Jihad et l’utilisation du mot ribat en Islam. Chez les Arabes anciens, le terme ribat signifiait de « rassembler des chevaux en vue de préparer une razzia »2. A l’époque abbasside, vers le IXème siècle, il a pris une connotation militaire pour désigner un poste fortifié devant protéger un point sur la frontière du territoire musulman contre les attaques des infidèles. Dés lors ce terme va être associé à l’idéologie du Jihad. Mais uniquement dans l’Orient arabe, le ribat devient une sorte d’établissement collectif pour les soufis : on y pratiquait des exercices spirituels plutôt que militaires. Le maître soufi de Bagdad Omar Shihab al Din al Suhrawardi (mort en 1234) fait état de cette mutation de sens dans ses « Awarif al ma’arif« , il y décrit les habitants des ribat comme de véritables hommes de Dieu, car ayant renoncé en ce bas monde. Le grand savant Ibn Arabi, le qualifie par « l’attachement sans relâche (moulazama) de l’âme ». Il affirme qu’il ne faut pas restreindre ce terme à son aspect militaire ; « ainsi le prophète ajoute-t-il a dit que le fait de rester à la Mosquée entre deux prières relève du « ribat ». Dans un hadith le prophète, qui revenait d’une expédition militaire dit : « nous sommes revenus du petit jihad au grand jihad. Les compagnons répondirent « quel est ce grand jihad ? » Le prophète répondit, « celui du cœur ou dans une autre version, la lutte contre les passions. (rapporté par Al Baïhaqi). D’autres ahadith vont également dans ce sens : « le combattant dans la voie de Dieu est celui qui lutte contre son propre ego (Tirmidhi) ou encore : « la meilleure façon de pratiquer le jihad consiste à lutter contre son ego et ses passions (Daylami). Le Coran est également explicite à ce sujet, s’adressant aux croyants : « Oh vous qui croyez ! Soyez endurants et encouragez-vous mutuellement à l’endurance ! Soyez ferme (rabitu) et craignez Dieu » (sourate 3 vers 200)3.

Les juristes musulmans ont généralement donné aux mots ribats et surtout jihad un sens moins spirituel ; mais en revanche, les soufis ont joué un rôle dans la propagation de l’islam sur les différentes marches de son territoire. Pour nous en tenir au rôle défensif, ce que Bruno Etienne a appelé la « guerre juste ».

Lorsque les musulmans auront bouté les Francs hors de Syrie et que régnera la Pax Islamica mamelouk, soit vers la fin du XIIIème siècle, le terme ribat va se vider totalement de son sens militaire ; implanté au cœur du tissu urbain, cet établissement abritera les soufis, ou les personnes âgées ou veuves.

En Syrie les savants soufis resteront dans le souvenir populaire, plus que Saladin, le conquérant de Jérusalem.

Cette tradition soufiste s’est développée également en Occident au contact des croisades, en effet, Thérèse d’Avilla, Raymond Lulle ont été inspirés de cette spiritualité musulmane même s’ils connaissaient peu le soufisme. Cependant, il est arrivé à Raymond de Lulle d’utiliser des termes ou des concepts empruntés à la spiritualité musulmane comme la notion des « Asma Allah al husna ». Il les a retenus en leur donnant une signification chrétienne très superficielle. Il y a donc un habillage de notions chrétiennes par des termes empruntés au soufisme chez Raymond Lulle qu’une véritable compréhension en profondeur.

Michel Chodkiewizc émet l’hypothèse que se sont les juifs convertis au christianisme qui auraient pu jouer un rôle de transmetteur après la reconquête de l’Espagne par les chrétiens, ce qui expliquerait les traces d’influentes femmes musulmanes de haute spiritualité chez Thérèse d’Avilla qui avait d’ailleurs un grand-père juif. Il ne faut pas oublier que les juifs participaient à cette même culture, écrivaient dans la même langue et lisaient les même textes. Ainsi, la légende de la très spirituelle Rabi’a Al A’dawiya est arrivée en Occident dans les chroniques de Joinville. Beaucoup de chrétiens se sont aperçus que l’islam renfermait des ressources spirituelles immenses. Ils ont lu des auteurs musulmans et ils les ont littéralement recopié. Seulement quand il y avait une citation d’un compagnon du prophète, ils écrivaient : « un sage d’entre les nations a dit que… » De même que lorsqu’il y avait un verset du Coran, ils cherchaient un passage de la torah qui pouvait convenir. .

L’autre aspect consécutif aux Croisades est le développement dans le monde musulman de l’étude de la religion comparée, et ce que l’on pourrait appeler la naissance d’un véritable dialogue islamo-chrétien. Deux grands savants sont à citer ici, Ibn Hazm en Andalousie et le réformiste musulman damascène Ibn Taymiya. Les études de religion comparées ne sont pas nées après le phénomène des Croisades. En effet, déjà au Xème et XIème siècle, le savant de Cordoue Ibn Hazm évoquait la condition de la femme dans les religions monothéistes. Asin Palacios montre dans son livre sur Ibn Hazm, que ses réflexions n’existaient pas dans la chrétienté médiévale. Les premières ébauches d’une telle étude ne se manifestèrent qu’à partir du XVI ème siécle à travers les polémiques au cours desquels les Protestants faisaient la critique de ce qu’ils considéraient dans l’Eglise catholique, comme une déformation du christianisme primitif. Les premières études d’histoire des religions ne paraissent en Europe qu’au XVIIème siècle, plus de 700 ans après Ibn Hazm. Asin Palacios souligne que ces conditions étaient réalisées dans l’islam primitif, comme en témoigne le verset : « et invite à suivre le chemin de ton seigneur avec sagesse et bonne exhortation et discute avec eux de la meilleur des façons ».

Ibn Hazm fait preuve d’une très grande érudition biblique, il distingue parfaitement les différentes tendances du judaïsme et fait une véritable critique des textes. Pour le christianisme, il traite avec beaucoup de respect la religion révélée, même s’il considère que les chrétiens ont mal gardé et déformé le message originel.

Cependant, ces notions prennent toute leur ampleur après les Croisades avec l’avènement du réformiste et polémiste Ibn Taymiya, le premier à utiliser le terme de Salafiya pour qualifier sa démarche.

 

Notes :

1 Djihad et contemplation, vie et enseignement d’un soufi au temps des croisades Eric Geoffroy ed Dervy coll. Mystiques et religions 1997.

2 Ibidem

3 Ibidem

Vers 1265, Thomas d’Aquin dédiait au souverain de Chypre un traité sur la royauté qu’il nomme « De regno ad regem Cypri ». Quarante ans plus tard, Ibn Taymiya adresse au prince croisé réfugié dans l’île, une lettre connue sous le nom de « Rissala al Qoubrousiya », épître au roi de Chypre ou encore l’épître chypriote, dans laquelle il demande la libération des captifs au nom de la religion1. L’étude de ce contexte peut nous amener à penser que le monde musulman a déjà sombré dans la décadence comme cela a été souligné par certains auteurs. Mais en regardant de près, on ne peut que constater que cette époque est riche d’enseignement.

En effet, à Chypre a trouvé refuge, l’élite des forces chrétiennes d’Orient : les ordres militaires de l’Hôpital de saint Jean de Jérusalem et du Temple. Les Hospitaliers. En ce début de XIVème siècle, la chrétienté occidentale n’a plus les moyens de ses ambitions levantines et le seul fruit de son irrédentisme sera la prise de Rhodes aux turcs d’Anatolie occidentale par les hospitaliers en 1310. La prise d’Acre en 1291 a consommé la disparition des possessions latines du Levant servant en quelques sorte de rempart sud ouest à la Perse Hulaguide. A la suite de la chute d’Acre de nombreux chrétiens sont capturés et détenus au Caire au début du XIVéme siècle. Beaucoup de Templiers ont été faits prisonniers par les mamelouks lors de la prise de l’îlot de Ruwad fin septembre 1302 et « menés en Babiloine hontouzement »2. Ibn Taymiya a donc pu être en relation avec ces captifs, emprisonné lui-même pour des raisons religieuses.

Quelques années auparavant en 1300, le savant était intervenu auprès des Mongols pour la libération de prisonniers. Mais avec la rédaction de l’Épître chypriote, il ne s’agit plus de prisonniers des Mongols, mais des Francs. Les Francs de Chypre écument régulièrement les côtes de Syrie de Palestine et d’Egypte pour s’y fournir en prisonniers et en esclaves3.

Une remarque du voyageur Ibn Joubayr, qui traversa les Etats Francs de Palestine en 1184, nous éclaire sur la situation des prisonniers musulmans même si ce témoignage est antérieur à la chute d’Acre, « l’une des horreurs qui frappe les yeux de quiconque habite le pays des chrétiens est la vue des prisonniers musulmans, qui trébuchent dans les fers et qui sont employés à de durs travaux et traités comme des esclaves ; et aussi celle des captives musulmanes qui ont aux jambes des anneaux de fer. Les cœurs se brisent à leur vue, mais la pitié ne leur sert de rien ».

Il est possible de penser que le roi croisé à qui est adressée cette missive est sire Johan seigneur de Giblet, baron croisé. C’est en faveur de pauvres innocents qu’Ibn Taymiya écrit à ce roi croisé de Chypre. Très vraisemblablement victimes d’une rafle opérée sur la côte libanaise par les croisés recyclés dans la piraterie, ils ont peu d’espoir de voir jamais réunie la rançon qui leur rendrait la liberté4.

Quand Ibn Taymiya s’adresse à messire Johan de Giblet, c’est parce que la religion veut qu’on traite avec bienveillance prisonniers et esclaves et qu’on se dépense en vue de leur libération. Et puis, il y a cette crainte qu’Ibn Taymiya laisse apparaître à la fin de la lettre où il demande au roi Franc de « s’abstenir de changer de religion » de ses prisonniers. Toutefois, le nombre de Francs qui se convertissent à l’islam et qui deviennent des plus grands défenseurs de la religion de Mohammed était plus important que le nombre de sarrasins qui acceptaient le baptême. Quelques ecclésiastiques spécialistes des choses du Levant n’hésitaient pas à dénoncer la séduction opérée sur les Croisés autant que par le « sensualisme » et la « bestialité » du Paradis coranique. Les prisonniers de guerre et les victimes civiles des raids croisés sur les côtes mamelouks offraient un auditoire de premier choix à l’apostolat des prédicateurs chrétiens. Jacques de Vitry qui fut élu évêque d’Acre en 1217 avait pour habitude d’acheter, ou même d’enlever, de jeunes enfants sarrasins afin de les baptiser. Le franciscain majorquais Raymond Lulle possédait une connaissance de l’arabe, et était partisan de la christianisation des infidèles. En 1301 Lulle est à Chypre, car le bruit d’une victoire de Ghazan Mahmoud, le Mongol, en Syrie circule. Le prêcheur va supplier le roi Henry II de Lusignan d’obliger les musulmans, les nestoriens, les jacobites soumis à son autorité d’assister à ses séances de prédication et de disputer avec lui. Il demandera également au roi de lui permettre d’aller en mission en Egypte auprès du sultan mamelouk comme l’a fait saint François d’Assise. En fin de compte il n’ira qu’à Layas dans la petite Arménie de Héthum II où il tombera gravement malade. Il est permis de se demander ce qu’aurait pu être une rencontre entre de Lulle et Ibn Taymiya. Dans sa lettre à messire Johan de Giblet, il laisse entendre qu’il désirerait se rendre à Chypre. Quant à Lulle, il souhaita se rendre auprès du Sultan mamelouk en 1301-1302.

Dans sa lettre Ibn Taymiya fait la critique du christianisme et vante les mérites de l’islam. Cela n’est pas un acte maladroit pour l’époque, eu égard à la manière dont le plus souvent le « dialogue islamo-chrétien » se pratique alors et la véhémence des critiques proférées à la même époque par certains chrétiens contre l’Eglise romaine. Dans l’Épître chypriote, le savant musulman dénonce les écarts par rapport à la loi de Jésus et les innovations. Rien de semblable aux caricatures concernant le prophète dans les œuvres de polémique anti-musulmane au Moyen Age. Au sein même de l’Eglise certains dignitaires n’hésitent pas à dénoncer la turpitude de leurs pairs notamment au Levant. Vers 1220 l’évêque d’Acre Jacques de Vitry consacre trois chapitres de son « Historia orientalis » à la conception des prélats du Clergé. Ibn Taymiya met en avant, l’idée du jihad armé par rapport aux agissements des chrétiens auxquels le Messie a dit d’aimer leurs ennemis et de leur tendre la joue gauche, mais qui se livrent à des crimes inadmissibles, pour qui a de la religion ou de l’humanité. Dans sa façon d’aller en guerre comme sous nombre d’autres aspects, le christianisme s’avère pour Ibn Taymiya, miné par la désobéissance au Messie, par les passions et les excès. Ainsi, quand le savant damascène écrit au souverain croisé, c’est pour l’inviter à découvrir la dernière religion qui est aussi la première, la religion originelle. Il propose l’islam comme voie médiane entre le Christianisme et le judaïsme. S’il s’attarde à critiquer le christianisme tel qu’il s’est développé après Jésus c’est du fait de ses exagérations et de sa démesure, qu’il s’agisse de l’irréligion des Clercs, des impostures des moines et autres ecclésiastiques et des innovations rituelles.

Le grand savant musulman, en écrivant au Baron croisé, pensait également être lu par ses corréligionnaires. Quelques 13 ans après sa composition en 1317, Ibn Taymiya se vit en effet adresser par les Chrétiens chypriotes un traité d’apologie du christianisme élaboré à partir de la fameuse « lettre à un musulman » de Paul d’Antioche évêque melkite de Sidon au XIIème siècle. C’est d’ailleurs pour répondre à ce traité que le savant musulman a entrepris de rédiger, Al jawab sahih li man baddla din Al Masih, la réponse valide à ceux qui ont remplacé la religion du Messie.

Ainsi, une démarche humanitaire conséquente aux Croisades a conduit à une importante controverse théologique entre Chrétiens et musulmans médiévaux.

Les conséquences des Croisades ont obligé l’Occident chrétien et l’islam à entrer en contact et à développer de nouveaux rapports d’échanges même si ceux ci se faisaient sur la notion de rapport de force.

La rencontre de François d’Assise avec le Sultan d’Egypte lors de la croisade en 1219 est un événement marquant dans l’histoire de la rencontre des religions. Les Dominicains et les Franciscains prenaient le relais des ordres Hospitaliers et Templiers, la prédication réussissait là où les armes avaient échoué, un courant pacifiste et optimiste s’activait pour prêcher la bonne parole.

Quand le Sultan d’Egypte reçut François d’Assise, il l’invita à rester. Ce dernier fut en admiration devant l’appel à la prière et tous ces hommes courbés vers le sol en adoration du Dieu unique. Raymond Lulle franciscain également est partisan d’une politique de mission, de prédication et de discussions philosophico- théologique, il ne refuse pas pour autant le principe de la Croisade mais, conscient de son inefficacité dernière, en réoriente la finalité : préparer le terrain afin de donner aux missionnaires la possibilité d’être entendu. En 1293 déjà il est allé à Tunis dans l’espoir de convertir, par la discussion, les docteurs musulmans. Il retournera en Afrique du Nord en 1307 et en 1314-1315, à Bougie puis de nouveau à Tunis avec un Arsenal d’arguments destinés à prouver aux sarrasins la vérité de la loi chrétienne et la fausseté de celle de Mohammed, expérience qui se terminera par la prison et l’expulsion.

Au XIXème, la personnalité d’Abd El Kader est tout aussi intéressante d’analyser dans ce contexte des nouveaux rapports entre Orient et Occident. En effet, le débarquement des troupes françaises en Algérie pouvait laisser prévoir le même scénario que celui qui s’est produit au XIIème. Cependant l’attitude d’Abd El Kader à partir de son arrestation et sa captivité au château d’Amboise en 1848, suscite l’admiration des notables français, comme Monseigneur Dupuch, ancien évêque d’Alger qui demande déjà sa libération.

Pendant l’été 1860, alors que les Druzes avec la complicité des autorités turques entrent en insurrection contre les Chrétiens de Damas et commettant un véritable massacre, l’émir avec les Algériens de Damas organise des patrouilles pour protéger les Chrétiens. C’est près de 15000 personnes que l’émir sauve de la mort. Il a toujours œuvré pour une rencontre entre l’Orient et l’Occident. Pour lui la modernité ne contredit pas la tradition, comme en témoigne son soutien au projet de Ferdinand de Lesseps de construire le canal de Suez, le 17 novembre 1869. La foi et la spiritualité doivent pour lui s’adapter à la modernité. Ainsi, pense-t-il, l’Occident qui atteint le développement technique et économique, grâce à la Révolution industrielle se doit de renouer avec une spiritualité. Et comme pour tourner la page avec le passé des Croisades, il cite souvent le Hadith suivant : « l’encre des savants est plus important que le sang des martyrs ».

Conclusion :

Les Croisades ont été un véritable électrochoc au niveau de la pensée musulmane. Elle ne marque pas le déclin du monde musulman, mais semble-t-il un renouveau de certaines conceptions religieuses au contact des autres croyances. En réalité tous les mouvements de réforme après les Croisades tenteront de positionner la pensée musulmane par rapport à l’Occident. Tout le mouvement réformiste du XIXème, de la Nahda, tentera d’interpréter le texte sacré en fonction de l’historicité, c’est à dire, de rendre le texte vivant, de montrer que la lecture des évènements contemporains peut nous amener à réfléchir sur le texte.

Il est vrai que nombre d’intellectuels musulmans ont développé une analyse qui s’est voulu le contrepoids du discours orientaliste, celui-ci étant souvent perçu comme un avatar des Croisés. Mais il est amusant de voir en France, aujourd’hui, de jeunes intellectuels musulmans qui renouent, peut être sans le savoir, avec le discours orientaliste, en exerçant une lecture critique des textes religieux par le biais des sciences humaines.

 

Notes :

1 Ibn Taymiya. Lettre à un roi croisé. Al Risâlat al Qubrusiya. Traduction Jean R. Michot ed Tawhid coll sagesses musulmanes 1995.
2 Babiloine étant ici Le Caire.
3 Jean R. Michot op. cité
4 Ibidem

Traduction Jean R. Michot ed Tawhid coll sagesses musulmanes 1995. Babiloine étant ici Le Caire. Jean R. Michot op. cité Ibidem

Houari Bouissa est historien, chercheur au CREN-HNO (Université de Lille III), il travaille sur l’histoire des relations entre les intellectuels français et l’Islam, et plus généralement sur l’histoire des mentalités en France.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 25 septembre, 2006 |1 Commentaire »

CHRONOLOGIE DES CROISADES DATES PAR DATES

42.gifIere Croisade
(1096-1099)

1095
27 novembre Urbain II prêche la première croisade lors du concile de Clermont.

1096
8 mars Départ d’une « armée de pèlerins », conduite par Pierre l’Ermite.
12 avril Pierre l’Ermite est à Cologne.
20 mai Massacre de Juifs à Mayence par l’armée de pèlerins.
6 juillet Concile de Nîmes confiant au comte de Toulouse la tête d’une expédition en terre sainte.
Prise et massacre de Sembin (Hongrie) par l’armée de pèlerins.
Prise et pillage de Belgrade par l’armée de pèlerins.
1 août Pierre l’Ermite et l’ »armée de pèlerins » à Constantinople.
2-6 Pillages des alentours de Constantinople par l’armée de pèlerins.
7 août Les Byzantins font passer le Bosphore à l’armée de pèlerins.
10 août L’armée « populaire » est anéantie par les Turcs près de Nicée.
15 août Départ des armées de Godefroy de Bouillon pour la première Croisade.
3 000 survivants de l’armée de pèlerins se barricadent près de Civitot.
Septembre Les armées de Godefroy pillent Selymbria.
29 septembre Défaite des survivants de l’armée de pèlerins près de Civitot.
Octobre Les armées de Bohémond (Normand) quittent Bari (Italie) pour la première Croisade.
25 octobre Rencontre à Lucques entre Robert de Normandie, Robert de Flandre et Urbain II.
23 décembre Arrivée de Godefroy de Bouillon à la tête des armées croisées à Constantinople.

1097
18 février Victoire de Bohémond (Normand) contre les impériaux et Byzantins à Vardar.
1 avril Arrivée de Bohémond et ses armées à Constatinople.
5 avril Arrivée de Robert de Flandre et Étienne de Blois à Brindisi.
12 avril Prise de Roussa (Byzantine) par Raymond de Saint-Gilles.
21 avril Arrivée de Raymond de Saint-Gilles à Constantinople.
26 avril Arrivée de Robert de Normandie à Constantinople.
30 avril L’ensemble des barons a prêté serment à Alexis Ier.
6 mai Arrivée des premiers Croisés devant Nicée.
Mai Prise de Tyr par les Fatimides.
26 mai-26 juin Les Croisés assiègent Nicée.
19 juin Victoire des armées croisées sur l’armée de secours turque envoyée à Nicée.
26 juin Reddition de Nicée aux Byzantins.
1 juillet Victoire des Croisés à Dorylée contre les Turcs.
13 juillet Division des armées Croisées.
Septembre Prise de Loadicée par Guynemer de Boulogne.
Septembre-octobre Affrontements entre Baudoin et Tancrède à Adana.
13 octobre Jonction des armées croisées près d’Antioche.
20 octobre Arrivée des armées croisées devant Antioche.
21 octobre Début du siège d’Antioche.
Novembre Bohémond s’empare de la forteresse de Harim.
Novembre Baudoin rejoint l’armée de Godefroy de Bouillon.
15 novembre Baudoin quitte l’armée croisée en direction de l’Arménie.
31 décembre Victoire de Robert de Flandre contre les Turcs à Al-Bara.

1098
9 février Victoire de Bohémond contre les Turcs.
Prise de Laodicée par des corsaires anglais pour les Byzantins.
10 mars Prise d’Edesse par Baudouin de Boulogne.
19 mars Construction du fort « Château-Raymond » pour assiéger Antioche.
5 avril Prise d’une citadelle au sud d’Antioche par Tancrède.
4-26 Échecs des tentatives de prise d’Édesse aux Croisés par les Turcs de Kurbuqa.
3 juin Les Croisés s’emparent d’Antioche.
4 juin Victoire turque contre les Croisés près d’Antioche.
Juin Robert de Flandre abandonne la forteresse de la Mahomerie face aux Turcs.
Juin Bohémmond abandonne la forteresse de Malregard face aux Turcs.
7 juin Les Croisés sont assiègés dans Antioche par les armées turques de Kurbuqa.
14 juin Découverte de la « Sainte Lance » à Antioche par Pierre Barthélémy.
28 juin Victoire de Kerbogah permettant la libération des troupes assiégées dans Antioche.
3 juillet Échec du conseil des barons sur la question du contrôle d’Antioche.
26 août Les Fatimides s’emparent de Jérusalem.
8 novembre Désaccord entre Bohémond et Raymond de St-Gilles sur le contrôle d’Antioche.
12 décembre Prise de Ma’arrat par les Croisés.
décembre Révoltes anti-Francs violemment réprimées par Baudouin en Arménie.

1099
13 janvier Départ des armées du comte de Toulouse de Ma’arrat en direction de Jérusalem.
23 janvier Prise de la forteresse de Kalaatel-Hosu (Kral) par les Croisés.
17 février Prise de Tortose par des vassaux du comte de Toulouse.
1 mars Bohémond délivre Guynemer de Boulogne capturé à Laodicée.
14 mars Godefroy de Bouillon et Robert de Flandre rejoignent Raymond de St-Gilles assiégeant Arqa.
10 avril Premier « conseil des barons » sur la conduite des opérations sur Jérusalem.
13 mai Raymond de St-Gilles lève le siège d’Arqua.
6 juin Les armées croisées s’emparent de Bethléem.
7 juin Les armées croisées arrivent devant Jérusalem.
8 juillet Procession autour de Jérusalem.
14 juillet Échec du premier assaut contre Jérusalem.
15 juillet Prise de Jérusalem par les croisés qui vont se livrer au pillage et au massacre de la population.
17 juillet Conseil de barons pour organiser l’élection d’un patriarche ou d’un roi.
22 juillet Godefroy de Bouillon est élu souverain de Jérusalem.
1 août Arnould Malcorne est élu patriarche de Jérusalem.
4 août Débarquement des Fatimides à Ascalon.
12 août Victoire des armées croisées à Ascalon contre les armées égyptiennes.
21 décembre Pèlerinage de Bohémond et Baudoin à Jérusalem.
26 décembre Arnoud Malcorne, patriarche de Jérusalem est déposé.
31 décembre Daimbert est élu patriarche de Jérusalem.

1100
28 avril Bulle du pape Pascal II appelant à la poursuite de la croisade.
Mai Campagne de Godefroy de Bouillon et Tancrède à l’est de Tibériade.
10 juin Arrivée de la flotte vénitienne à Jaffa.
18 juillet Mort de Godefroy de Bouillon, avoué du St-Sépulcre à Jérusalem, son frère Baudouin lui succède.
15 août Bohémond est fait prisonnier par les Turcs seldoukjides.
20 août Tancrède s’empare de Caïffa (Haïfa).
Septembre Départ d’une armée lombarde pour la croisade.
10-12 novembre Arrivée de Baudouin de Boulogne à Jérusalem.
Novembre-décembre Campagne de Baudouin au-delà de la mer Morte.
25 décembre Baudouin est couronné roi.
Prise d’Antioche par les Turcs.

1101
Février Départ de Guillaume II comte de Nevers pour la croisade.
Mars Départ de Guillaume II d’Aquitaine pour la croisade.
Avril Prise d’Arsûf par les armées croisées.
17 mai Prise de Césarée.
Juin Arrivée de Guillaume II d’Aquitaine à Constantinople.
23 juin Prise d’Ankara par les armées croisées.
Août Défaite de Guillaume de Nevers à Eregli.
5 août Défaite des armées croisées à Amasia.
5 septembre Défaite de Guillaume d’Aquitaine à Eregli.
7 septembre Victoire des armées franques de Jérusalem contre les Égyptiens.

1102
Février Prise de Tortose par Raymond de St-Gilles avec l’aide des Vénitiens.
Prise de Loadicée par les Normands aux Byzantins.
17 mai Défaite de Baudouin face aux armées égyptiennes près de de Ramlah.
18 mai Mort d’Étienne de Blois lors de la prise de Ramlah par les Égyptiens.
27 mai Victoire de Baudouin à Jaffa.

1104
Baudoin, roi de Jérusalem invite les Vénitiens en Terre sainte.
28 avril Prise de Giblet avec l’aide des Génois.
26 mai Prise de la ville d’Âcre par Baudouin avec l’aide des Génois.

1104-1105
Défaite des armées croisées près de Harran contre les Turcs.

1105
28 février Mort du comte de Toulouse devant Tripoli.
27 août Victoire des Francs contre les Égyptiens à Ramlah.

1109
Prise de Tripoli par Guillaume Jourdain par les Croisés.
Prise de Beyrouth par les Croisés.

1110
Prise de Sidon par les Croisés aidé par la flotte norvégienne.

1113
Fondation de l’ordre des Hospitaliers de St-Jean-de-Jérusalem par Gérard Tenque.

1115
Défaite de l’atabeg de Mossoul face à Roger d’Antioche à Tell Danîth.

1118
Fondation de l’ordre du Temple par des chevaliers français à Jérusalem.

1119
Défaite et destruction de l’armée d’Antioche face aux Turcomans.

1123
30 mai Victoire navale vénitienne contre les Égyptiens à Ascalon.

1124
7 juillet Prise de Tyr par les Croisés.

1128
14 janvier Concile de Troyes sur la création de l’ordre des Chevaliers du Temple.

1137
Reddition de Mont-Ferrand face à Zengi, atabeg de Mossoul.

1144
31 décembre Les troupes de l’émir de Mossoul s’emparent d’Édesse.

1145
1 décembre Bulle « Quantum Predecessores » d’Eugène III appelant à la seconde croisade.

 

 

2eme Croisade
(1147-1149)

1146
1 mars Nouvelle promulation d’une bulle appellant à la croisade.
31 mars Saint Bernard prêche la deuxième croisade à Vezelay.
Les armées de Jocelin II reprennent Édesse.
27 décembre Conrad III décide de participer à la seconde croisade.

1147
Avril Départ des armées germaniques de Nuremberg.
Mai L’armée germanique quitte Ratisbonne en direction de Constantinople.
Juin Départ de Louis VII en croisade depuis Metz.
4 octobre Arrivée des armées croisées françaises à Constantinople.
Novembre Défaite des armées croisées germaniques à Dorylée.

1148
6 janvier Défaite des armées croisées françaises à Pisidie.
Visite de Conrad III, empereur du Saint-Empire germanique à Constantinople.
Avril Arrivée des armées croisées à Antioche.
Mai Arrivée des armées croisées à Jérusalem.
Juin Les Croisés décident d’attaquer Damas.
28 juillet Les armées croisées lèvent le siège de Damas.

1149
Louis VII lève le siège de Damas marquant la fin de la seconde croisade.

1154
Prise d’Ascalon par les Francs.

1158
Prise de Harim par Baudouin III et Thierry de Flandre.

1173
Traité entre Saladin et Pise.

1175
Saladin devient gouverneur d’Égypte et de Syrie.

1178
Victoire de Saladin contre les Francs à Harim.

1180
Trêve entre les Francs et Saladin.

1181
Traité entre Saladin et Byzance.

1182
Renaud de Chatillon attaque en Arabie une caravane se rendant à La Mecque.

1183
Saladin s’empare d’Alep.

1186
Prise de Mossoul par les armées de Saladin.

1187
Renaud de Chatillon rompt la trève et capture une caravane de Saladin.
31 mai Défaite d’un détachement de Templiers contre Saladin.
3 juillet Une armée franque marche sur Tibériade assiègée par Saladin.
4 juillet Premiers accrochages entre les Francs et Saladin.
5 juillet Saladin écrase les armées chrétiennes à Hattin.
2 octobre Capitulation et prise de Jérusalem par les armées de Saladin.
Appel à la croisade pour aider les états latins d’orient.

 

 

3eme Croisade
(1189-1192)

1189
Début de la troisième croisade.
Départ de Fédéric II pour la croisade de Ratisbonne.

1190
17 mai Victoire de Frédéric II Barberousse contre les Turcs à Konya (Iconium).
10 juin Noyade de Frédéric Ier Barberousse en Cilicie.
4 juillet Départ de Philippe Auguste pour la troisième croisade.

1191
Mai Richard Cœur de Lion s’empare de Chypre alors sous contrôle Byzantin.
20 avril Arrivée de Philippe Auguste devant Saint-Jean d’Âcre.
8 juin Arrivée de Richard Cœur de Lion devant Saint-Jean d’Âcre.
10 juin Prise de Saint-Jean d’Âcre par Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion.
12 juillet Capitulation de Saint-Jean-d’Âcre.
7 septembre Victoire des armées croisées à Arsouf contre les Turcs.
Reprise de Saint-Jean d’Âcre par les croisés.

1192
Août Victoire de Richard Cœur de Lion contre les troupes de Saladin à Jaffa.
2 septembre Traité entre Saladin et Richard Cœur de Lion instaurant une Trêve.

1193
Février Henri VI, empereur allemand capture de Richard Cœur de Lion lors de son retour de croisade.
Mars Libération de Richard Cœur de Lion.

1198
Août Le pape Innocent III appelle à délivrer Jérusalem.

1199
Novembre Thibaud de Champagne prend la tête d’une prochaine croisade.

 

 

4eme Croisade
(1202-1204)

1201
Avril Accord de Venise avec les Croisés en vue de la quatrième croisade.

1202
Juin Arrivée des troupes croisées à Venise.
25 août Venise participe officiellement à la croisade.
Début de la quatrième croisade (Jusqu’en 1204).
Juin Arrivée des troupes croisées à Venise.
Le doge de Venise demande aux Croisés de l’aider à reprendre Zara.
1 octobre Départ des armées croisées de Venise.
Octobre-novembre Soumission des Villes de Trieste et Pula devant les armées croisées.
10 novembre Les armées croisées débarquent devant Zara.
24 novembre Prise et Pillage de Zara (hongroise) par les Croisés.
Le pape excommunie les Vénitiens pour la prise de Zara.
Alexis IV demande de l’aide au Croisés pour récupérer le trône de Constantinople.

1203
Prise de Corfou par les armées croisées.
24 juin Arrivée des armées croisées devant Byzance.
6 juillet Prise de Galata (Byzantine) par les Croisés.
17 juillet Prise de Byzance par les Croisés.
Juillet Fuite d’Alexis III, Isaac II récupère son trône.
1 août Alexis Ange fils d’Isaac II est couronné Basileus associé à Sainte-Sophie.
Les Croisés demandent à Alexis IV d’honnorer le paiement promis.

1204
Janvier Alexis Murzuphle fait assassiner Isaac II et son fils et s’empare du trône.
Janvier Alexis V rejette l’ultimatum croisé, concernant leur promesse de rétribution.
Mars Traité entre E. Dandolo et les barons croisés sur le partage de l’empire byzantin.
9 avril Premier assaut des Croisés contre Constantinople.
12 avril Nouvel assaut des Croisés contre Constantinople.
13 avril Fuite d’Alexis III en Thrace.
13 avril Prise et pillage de Constantinople par les Croisés marquant la fin de la quatrième croisade.

1210
Construction par al-Adil d’une forteresse à Thabor (plaine d’Acre).

 

 

Croisade des enfants
(1212)

1212
Mars-juin Des milliers de pèlerins se rassemblent autour de Nicolas près de Cologne.
Juin Le berger Étienne part remettre une lettre du Christ à Philippe Auguste.
Étienne et ses pèlerins arrivent à St-Denis où Philippe Auguste demande leur dispersion.
20 août Les croisés allemands arrivent à Plaisance.
25 août Arrivés à Gênes, une partie des Croisés se disperse.
Arrivés à Brindisi, l’Église interdit l’embarquement des Croisés.
Les croisés ayant réussi à s’embarquer sont capturés par des pirates.

1213
Appel du pape Innocent III à une nouvelle croisade en terre sainte.

 

 

5eme Croisade
(1217-1221)

1215
Concile de Latran appelant à la cinquième croisade (jusqu’en 1221).

1217
Expédition des rois de Chypre et de Hongrie contre le Mont-Thabor.

1218
24 août Débarquement et siège de Damiette.

1219
Prise de Jérusalem par Jean de Brienne.
5 novembre Prise de Damiette par les Croisés.

1221
12 septembre Défaite des Croisés à Mansourah.
Septembre Évacuation de Damiette par les armées croisées.

1227
29 septembre Excommunication de Frédéric II suite au non respect de ses promesses de croisades.

 

 

6eme Croisade
(1228-1229)

1228
Début de la sixième croisade sous la direction de Frédéric II (jusqu’en 1229).

1229
11 février Traité de Jaffa, Frédéric II récupère Jérusalem, Bethléem et Nazareth.
17 mars Frédéric II reçoit la couronne du royaume de Jérusalem.

1239
« Croisades des barons » qui récupère une partie du royaume de Jérusalem.

1244
Défaite de La Forbie face aux armées musulmanes.
Le Sultan d’Égypte s’empare de Jérusalem.
17 octobre Défaite des armées franco-damastiques à La Forbie contre les armées du sultan d’Égypte.

1245
Juin Le concile de Lyon prêche pour la septième croisade.

1247
Les Turcs s’emparent d’Ascalon.

 

 

7eme Croisade
(1248-1254)

1248
12 juin Départ de Saint-Louis pour la septième croisade.
28 août Saint Louis quitte Aigues-Mortes pour Chypre.

1249
5 juin Débarquement des armées de Saint-Louis devant Damiette.
6 juin Les armées de Saint-Louis entrent dans Damiette que les armées du sultan ont évacués dans la nuit.

1250
8 février Défaite de La Mansourah, Saint-Louis échappe de justesse aux Mamelouks, et son frère meurt au combat.
6 avril Saint-Louis et son armée sont capturés et fait prisonniers.
2 mai Le sultan est reversé par les Mamelouks, une rançon est exigé pour la libération de Saint-Louis.
6 mai Saint-Louis et les survivants de son armée rejoignent Saint-Jean d’Âcre.

 

 

Croisades des Pastoureaux
(1251)

1251
Joseph, moine cistercien appelle à la croisade pour libérer St-Louis.
11 juin Défaite des Pastoureaux à Villeneuve-sur-Cher.

1254
25 avril Saint-Louis quitte Saint-Jean-d’Âcre pour la France.

1260
Le sultan Baïbar s’empare de la Syrie.

1263
Appel d’Urbain IV à la 8eme croisade.

1265
Prise de Césarée par le sultan.

1266
Prise de la forteresse des Templiers à Safet par les armées du sultan.

1267
25 mai St-Louis décide de repartir en croisade.

1268
Prise de Jaffa et de Beaufort par les armées du sultan.

 

 

8eme Croisade
(1270)

1270
16 mars Départ de Saint-Louis pour la huitième croisade.
1 juillet Saint Louis quitte Aigues-Mortes en direction de Tunis.
17 juillet les armées de St-Louis atteignent La Goulette.
3 août Mort de Jean-Tristan comte de Nevers, fils du roi de la dysenterie à Tunis.
25 août Mort de Saint Louis à Tunis son fils Philippe III le Hardi lui succède.
4 septembre Victoire des Croisés contre les armées musulmanes.
20 octobre Victoire des Croisés contre les armées musulmanes.
5 novembre Traité de paix avec les Hafsides mettant fin à la 8eme croisade.

1271
Prise du Crac des Chevaliers (Hospitalier) par le sultan Baïbar.

1285
Prise de Marqab aux Hospitaliers par le sultan Kalaoûn.
Prise de Lattakié aux Hospitaliers par le sultan Kalaoûn.

1289
Qalaoun (Mamelouk) s’emparent de Tripoli.

1291
12 mai Les Mamelouks s’emparent de Saint-Jean-d’Âcre marquant la fin de l’Empire latin.
28 mai Prise de la citadelle du mont Thabor par les troupes du sultan.

1310
Prise de Rhodes que l’on confie aux Hospitaliers.

 

 

Croisade des Albigeois
(1208-1244)

1208
Janvier Assassinat du légat du pape Pierre de Castelnau par un écuyer du comte de Toulouse.
Le pape ordonne de la croisade contre les Albigeois sous la conduite de Simon de Monfort.

1209
Juillet Prise de Béziers et de Carcassonne.

1211
Début du siège de Toulouse par les armées de Simon de Montfort.

1212
Victoire des armées catholiques contre le comte de Toulouse à Castelnaudary.

1213
12 septembre Victoire des armées catholiques contre le comte de Toulouse et le roi d’Aragon lors de la bataille du Muret.

1217
Simon de Monfort, devenu comte de Toulouse est chassé de la ville par une révolte.

1218
25 juin Mort de Simon de Montfort, lors du second siège de Toulouse.

1229
12 avril Traité de Paris, Beaucaire Nîmes et Carcassonne sont rattachés au royaume de France.

1232
Institution de l’Inquisition par le pape Grégoire IX.

1233
Instauration de l’inquisition à Toulouse et dans le Languedoc.

1242
21 juillet Victoire sur Henri III et les Poitevins à Taillebourg et à Saintes.

1243
Janvier Traité de Lorris entre Louis IX et Raymond VII, comte de Toulouse.

1244
20 mars Capitulation de la forteresse cathare de Montségur.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 25 septembre, 2006 |42 Commentaires »

Les Croisades vu par les Bretons

immaginea1.jpgDès les premiers siècles du christianisme, les lieux qui furent le berceau de la Foi étaient fréquentés par de nombreux pèlerins. La conquête de la Syrie par les Arabes rendit ces voyages plus rares. Cependant les khalifes avaient laissé aux Chrétiens le libre exercice de leur culte, et le modique tribut qu’ils exigeaient des pèlerins donnait une garantie à cette tolérance. Mais la tyrannie impie et sanguinaire du khalife Hakem désola l’église de Jérusalem, et les Turcs Seldjoucides, en se rendant maîtres de la Palestine, y portèrent une défiance et une rapacité qui rendaient les voyages d’outre-mer dangereux ou impraticables. Ces conquérants venaient de ravir l’Asie Mineure aux souverains de Byzance, et Constantinople était menacée. La crainte de voir tomber cette barrière de l’Europe avait jeté l’alarme dans l’Occident, pendant que les récits des pèlerins y répandaient parmi les Chrétiens une sainte pitié pour leurs frères d’Orient opprimés. Déjà Sylvestre II et Grégoire VII avaient conçu le dessein d’armer l’Europe contre l’Asie pour la délivrance de Jérusalem. Il était réservé à Urbain II de le mettre à exécution. Ce pontife, sollicité par l’Empereur Alexis Comnène et par le patriarche Siméon, ordonna au pèlerin Pierre l’Ermite de parcourir toute l’Europe, et de préparer les peuples à la guerre sainte. L’enthousiasme qu’excita partout cet ardent apôtre de la croisade avertit Urbain que l’heure du signal était arrivée.

Après avoir tenu un premier concile à Plaisance, pour s’assurer des dispositions du clergé, des seigneurs et du peuple, Urbain convoque une seconde assemblée à Clermont en 1095, où la croisade est décidée. La voix du pontife est répétée dans toutes les chaires chrétiennes, et la France devient le centre d’un mouvement tout à la fois religieux, politique et chevaleresque. Les indulgences de l’Eglise et les richesses de l’Asie attirent une multitude de guerriers de tous rangs sous le drapeau de la croix. Quelques bandes indisciplinées, parties avant le temps sous la conduite de Pierre l’Ermite, de Gautier Sans-Avoir et de Godescale, massacrent les Juifs dans les villes du Rhin. Elles soulèvent contre elles, par leurs brigandages, les pays qu’elles traversent, et sont détruites en Hongrie et en Bulgarie.  

 

Première croisade (1096-1099) 

 Première croisade (1096-1099) prêchée par le pape Urbain II. La croisade des chevaliers (Godefroy de Bouillon, Bohémond, Tancrède) créa le royaume de Jérusalem et plusieurs Etats latins (Antioche, Edesse, Tripoli).  

   

Chef : Godefroy de Bouillon ;

 

   

Alain Fergent, duc de Bretagne ;

   

Chotard d’Ancenis ;

   

Conan, fils du comte de Lamballe ;

   

Guy III, sire de Laval, ainsi que ses cinq frères ;

   

Hervé de Lohéac ;

   

Rivallon de Dinan ;

 

 

 

 

Nota : Lobineau nomme en outre plusieurs autres seigneurs :

   

Raoul, comte de Montfort et de Gaël ;

   

Alain, fils du précédent ;

   

Alain, fils naturel de Conan II ;

   

Alain, sénéchal de Dol ;

Les principaux chefs de la première croisade sont : – Godefroy de Bouillon, duc de la Basse-Lorraine, avec ses frères Baudouin et Eustache, – Robert II, duc de Normandie, – Robert II, comte de Flandre, – Eudes Ier de Bourgogne, – Raymond IV de Toulouse, – Gaston de Béarn, – Bohémond, prince de Tarente, avec son cousin Tancrède de Syracuse, – Adhémar de Monteil, vicaire apostolique. L’Allemagne, alors engagée dans la guerre du sacerdoce et de l’Empire, ne prend aucune part à la première guerre sainte. Les croisés, au nombre de six cent mille, arrivèrent à Constantinople par différents chemins. Ils s’emparent de Nicée sur Kilidge Arslan, sultan seldjoucide d’Iconium (Konich).

La victoire de Dorylée leur ouvre un passage à travers l’Asie Mineure, et ils arrivèrent devant Antioche, réduits à moins de cent mille combattants. Cette barrière de l’islamisme arrête les Chrétiens, et donne le temps aux musulmans d’Afrique et d’Asie de s’armer pour défendre leur religion menacée. Une première armée de Turcs est taillée en pièces sur les bords de l’Oronte, et Bohémond prend Antioche par surprise. Kerbogath, général du sultan de Perse Barkiarok, arrive trop tard pour la sauver, et perd une grande bataille sous les murs de cette cité. Les croisés, victorieux, mais épuisés, marchent vers Jérusalem, que les Fatimites venaient de reconquérir.

Les vainqueurs s’étant rendus maîtres de la Ville Sainte de Jérusalem, en 1099, déshonorent leur victoire par le massacre des Juifs et des Musulmans. Mais, une fois l’ordre rétabli, ils songent à rendre leur conquête durable, en instituant dans la Palestine un gouvernement monarchique. Les principaux chefs défèrent la royauté à Godefroy de Bouillon, dont la pieuse modestie refuse de porter une couronne d’or dans des lieux où le Roi des rois reçut une couronne d’épines. Il prend le titre de Baron du Saint-Sépulcre, et justifie le choix de ses compagnons d’armes par une brillante victoire remportée près d’Ascalon sur l’armée du khalife d’Egypte. Godefroy, mort un an après son élection, n’avait pas eu le temps d’affermir le nouveau royaume. Mais, de concert avec ses barons, il lui avait donné une loi fondamentale qui devait le protéger. Les Assises de Jérusalem introduisaient en Asie le gouvernement féodal, qui fut adopté non seulement dans les états chrétiens de la Syrie, mais aussi dans l’île de Chypre et dans toutes les principautés démembrées plus tard de l’empire byzantin. Le royaume de Jérusalem avait ses grands-fiefs, ses arrières-fiefs et ses bourgeoisies. Au nombre des grands fiefs, on peut compter les principautés d’Antioche et de Galilée, et les comtés d’Edesse et de Tripoli, qui pourtant ne relevaient que du pape. On peut aussi considérer comme vassaux de la couronne de Jérusalem les trois ordres religieux et militaires : – les Hospitaliers et Johannites (ordre de Malte), fondés par Gérard de Martigues en 1100, et dont Raymond du Puy fut le premier grand maître (1121), – les Templiers , qui eurent pour fondateur le champenois Hugues de Payens, en 1118, – l’ordre Teutonique, établi plus tard par Henri Walpot (1190). Les membres de ces associations se dévouaient au service des pauvres pèlerins et à la défense de la terre sainte. A leur exemple, il se forma successivement dans la chrétienté un grand nombre d’ordres religieux et militaires dont les plus célèbres furent ceux de Saint-Jacques d’Alcantara et de Calatrava, en Espagne, et les portes-glaives de Livonie.

Première intervalle des croisades (1100-1147) : Baudouin Ier, prince d’Edesse, succède à son frère Godefroy. Sous son règne arrive une nouvelle armée de croisée conduite par – Hugues de Vermandois, frère du roi de France, – Guillaume VII d’Aquitaine, prince et troubadour, qui confia en partant, dans des poétiques adieux, son jeune fils et sa terre au comte d’Anjou, son voisin, – Etienne, comte de Blois, – Etienne, comte de Bourgogne, – Geoffroy de Vendôme, – Herpin de Bourges, – Hugues de Lusignan, – Welf Ier, duc de Bavière. Ces troupes mal disciplinées, sont détruites dans l’Asie Mineure par le sultan de Roum, et les restes de la première armée sont taillés en pièces à Rama. Les guerriers les plus reculés arrivent à leur tour en Orient. Mais leur chef, le roi Eric I de Danemark, meurt en Chypre vers 1105, et Sigurd se signale en Palestine par d’inutiles exploits. Cependant la mort de Barkiarok ayant donné lieu au démembrement de son empire par les Atabeks et par les Assassius ou Ismaélites, Baudouin profite de ces premières divisions et s’empare de Saint-Jean-d’Acre (Ptolémaïs), de Bérythe et de Sidon. Baudouin II, son successeur, ajoute à ces conquêtes la prise de Tyr. De son côté, Bertrand de Saint Gilles s’empare de Tripoli, qui devient le chef-lieu d’un comté souverain, en 1109. Les Turcomans conservent en Syrie, les petites sultanies de Damas et d’Alep. La conquête de cette dernière ville donne à Zenhi, prince de Mossoul, la supériorité sur tous les autres Atabeks. Il enlève aux Chrétiens la ville d’Edesse, qui est détruite, en 1144. Les brillants succès de son fils Noureddin et la détresse du roi Baudouin III nécessitent une nouvelle croisade. 

 

Deuxième croisade (1147-1149)

 Deuxième croisade (1147-1149) prêchée par Bernard de Clairvaux. Louis VII de France et l’empereur Conrad III échouent devant Damas.  

   

Chef : Louis VII ;

 

   

Jean de Dol ;

   

Geoffroy Gayclip (ou Waglip, ou Guaclief ou Gwasklin), aïeul de Du Guesclin ;

 

 

 

 

 

Les principaux chefs de la deuxième croisade (sous le pontificat d’Eugène III) sont l’empereur Conrad III et le roi de France Louis le Jeune (Louis VII).

Saint Bernard, abbé de Clairvaux, prêche la guerre sainte en France et la provoque en Allemagne. Il la représente à Louis VII comme une expiation de l’incendie de Vitry, et donne la croix à ce prince dans la cour plénière de Vézelay. Conrad la reçoit aussi de ses mains à la diète de Spire. L’empereur se met en marche sans attendre le roi de France, qui part à son tour. Les deux armées sont détruites, l’une après l’autre, dans l’Asie Mineure, par les Musulmans et par la famine, et leurs débris se réunissent à Jérusalem. Louis, Conrad et Beaudouin III vont assiéger Damas. Mais l’entreprise échoue par suite de la division des princes croisés, et les deux rois reviennent en Europe sans armée et sans gloire. 

Deuxième intervalle des croisades (1149-1189) : Noureddin, en s’emparant de Damas, range sous ses lois toute la Syrie musulmane. Des troubles qui s’élèvent en Egypte lui fournissent un prétexte pour y introduire son influence. Saladin en prend possession au nom de ce sultan, et dépose Adhed, dernier khalife Fatimite (en 1171). Deux ans après, un de ses frères va conquérir le Yémen, où il fonde une dynastie Ayoubite qui résidait à Aden. Noureddin étant mort deux ans après, le conquérant de l’Egypte s’en arroge la souveraineté, et y joint bientôt tous les autres états du fils de Zenghi, Saladin commence ainsi la dynastie des sultans Ayoubites (en 1173). Il médite, la ruine du royaume de Jérusalem, et livre au roi Guy de Lusignan la célèbre bataille de Tibériade, qui entraîne la soumission de Saint-Jean-d’Acre et de la Ville Sainte (en 1187). Pendant la captivité de Lusignan, Conrad de Montferrat prétend à la couronne, et rallie à Tyr les débris de la chrétienté de Syrie.

 

Troisième croisade (1189-1192)

 Troisième croisade (1189-1192) prêchée par Guillaume de Tyr après la prise de Jérusalem par Saladin et dirigée par Philippe Auguste et Richard Coeur de Lion. Les croisés ne peuvent reconquérir Jérusalem.  

   

Chef : Philippe-Auguste ;

 

   

Alain IV, vicomte de Rohan ;

   

Guethenoc de Bruc ;

   

Raoul de l’Angle ;

 

 

 

 

 

Les principaux chefs de la troisième croisade (sous le pontificat de Clément III) sont : – l’empereur Frédéric Barberousse, – le roi de France Philippe Auguste, – Richard Coeur de Lion, roi d’Angleterre.

Guillaume de Tyr vient solliciter les secours de l’Occident déjà préparé à la guerre sainte par les exhortations du pape Alexandre III. Il provoque la réunion de plusieurs conciles dans lesquels on décrète l’établissement d’une contribution universelle sous le nom de dîme saladine. Frédéric part le premier avec une armée de cent mille hommes, qui périt presque tout entière en Asie, comme celle de son prédécesseur. L’empereur meurt lui-même en Cilicie (en 1190), et son fils, Frédéric de Souabe, va trouver la mort devant Saint-Jean-d’Acre.

En 1190, les rois de France et d’Angleterre, instruits par l’expérience, renoncent à la route de terre. Ils s’embarquent, l’un à Gênes, l’autre à Marseille, et vont passer l’hiver en Sicile. Les artifices de l’usurpateur Tancrède, les animosités nationales, et surtout le mariage que Richard, fiancé à Alix de France, contracte avec Bérengère de Navarre, brouillent les deux rois et les deux armées. La flotte génoise et celle de Marseille mettent la voile séparément, et Philippe arrive le premier devant Saint-Jean-d’Acre. Richard, ayant relâché à Limisso, dépouille le despote de Chypre, Isaac Commène, et reste maître de cette île, qu’il devait bientôt céder à Lusignan en échange de ses droits sur la couronne de Jérusalem. En 1191, les armées de France et d’Angleterre, réunies aux princes chrétiens de Syrie, s’emparent de Saint-Jean-d’Acre. Après cet exploit, Philippe retourne dans ses états, laissant à Richard une partie de ses troupes. Le roi d’Angleterre signale dans d’inutiles combats sa bravoure chevaleresque, et ne peut conquérir Jérusalem. La retraite des ducs de Bourgogne et d’Autriche l’oblige à conclure une trêve avec Saladin (en 1192). Il s’embarque alors pour l’Europe, mais un naufrage l’ayant jeté sur la côte de Dalmatie, il est arrêté en Autriche par le duc Léopold et livré à l’empereur Henri VI, qui le retient en prison, malgré les prières et les menaces du pape Célestin III, et lui vend ensuite la liberté au prix de 250 000 marcs d’argent.

Troisième intervalle des croisades (1193-1202) : Peu de temps après le départ de Richard, Saladin termine sa glorieuse carrière, admiré des Chrétiens et pleuré des Musulmans. Ses vastes états sont divisés entre les princes de sa famille. Mais Malek-Adhel (Saphadin), son frère, dépouille les fils de ce grand homme, et commence, en 1200, la dynastie Ayoubite des sultans d’Egypte.

 

Quatrième croisade (1202-1204)

 Quatrième croisade (1202-1204)   

   

Chef : Boniface de Montferrat ;

   

   

 

 

 

 

Les principaux chefs de la quatrième croisade (sous le pontificat d’Innocent III) sont : – Baudouin IX, comte de Flandre, – Henri Dandolo, doge de Venise, – Boniface II, marquis de Montferrat, etc …

La mort de l’empereur Henri IV ayant interrompu une croisade déjà commencée, Innocent III s’était hâté d’en publier une nouvelle en 1197. Mais on commençait à se lasser de ces guerres lointaines et ruineuses, et, soit par découragement, soit pour raison politique, les rois de l’Occident restèrent sourds à la voix du pontife. Cependant un grand nombre de seigneurs français s’étant réunis à Ecry-sur-Aisne, et ensuite à Soissons, la croisade y fut décidée, et le curé Foulques de Neuilly alla la prêcher dans les provinces.

En 1202, les croisés donnent le commandement de l’expédition à Boniface de Montferrat, et font un traité avec les Vénitiens, qui s’engagent à fournir les transports, dans un but doublement intéressé. On convient que les Français aideront la Seigneurie à reprendre Zara, tombée au pouvoir du roi de Hongrie. Cette condition une fois remplie, la croisade se trouve encore détournée de son objet par des sollicitations du jeune Alexis l’Ange, qui vient implorer la protection des croisés en faveur de l’empereur Isaac, son père, emprisonné par un autre Alexis de la même famille. La flotte se dirige vers Constantinople, et les croisés détrônent l’usurpateur. Mais l’inexécution des promesses jurées et l’usurpation courageuse de Ducas Murzuphle les arment de nouveau contre Byzance. Les chevaliers français et la flotte vénitienne, ayant concerté une double attaque, enlèvent d’assaut Constantinople réputée imprenable et la livrent au pillage (en 1204). 

Après la prise de Constantinople, et avant même d’entreprendre la conquête des provinces, les chefs de l’armée et de la flotte procédèrent au partage de l’empire et à la distribution des grands offices du palais. Une commission mi-partie de Français et de Vénitiens, conféra la dignité impériale au comte Baudouin, et au doge celle de « despote de Romanie ». Les vénitiens obtinrent en outre le faubourg de Péra, qui fut placé sous l’autorité indépendante d’un baile ou podestat, les îles de Corfou et de Candie, Modon et Coron dans la Morée, et une partie de Négrepont. Le marquis de Montferrat fut fait roi de Thessalonique, et reçut la mission de conquérir son royaume. Othon de la Roche s’avança plus loin, et se fit un lot qui devint plus tard le duché de Thébes et d’Athènes, et qu’il posséda avec le titre de Megas Kyr ou Grand Sire, héréditaire dans sa famille. Le Champenois Guillaume de Champlite soumit une partie du Péloponnèse, et en forma la principauté de Morée ou d’Achaïe, que le jeune Geoffroy de Villehardouin reçut de lui et transmit à ses descendants, après en avoir distribué les seigneuries à ses compagnons d’aventure dans le congrès d’Andravida. Les chefs subalternes de la croisade obtinrent aussi des fiefs et des dignités suivant leur importance ou leur mérite personnel, et l’empire byzantin se trouva transformé en une monarchie féodale. Les Assisses de Jérusalem, déjà adoptées pour le royaume de Chypre, devinrent aussi la loi commune de tous les états féodaux byzantins, qu’un pape désignait sous le nom de Nouvelle France. Les évêques latins prirent la place des prélats schismatiques, et le patriarcat de Constantinople devint une province de l’Eglise romaine. Les îles de l’Archipel, mises au pillage par les Vénitiens et les Génois, formèrent bientôt des seigneuries vassales ou indépendantes de l’Empire. Telles furent celle d’Eubée ou de Négrepont, que la famille véronaise Dalle Carceri posséda concurremment avec les Vénitiens ; celle du duché de Naxos ou de la Dodécanèse, conquis par Marc Sanudo et possédé par ses descendants ; celle du grand-duché de Lemnos, acquis par un autre Vénitien, Philocale Navagiero ; Céa, Mycone, Andros, tombées en proie à de plus obscurs aventuriers. En deçà de la mer Egée, un fils de Henri Dandolo prit possession de Corfou, et commença à Candie une conquête qui coûta soixante ans d’efforts à la république ; mais il laissa le rocher de Malte au pirate génois qui s’en était fait comte. Enfin les Français eurent aussi leur part dans ce démembrement des possessions insulaires de Byzance. Un seigneur inconnu, qui portait deux fleurs de lis sur ses armes, paraît comme comte de Zante (Jachinte), et ses descendants augmentent ce patrimoine de l’île de Céphalonie (Chipelenie), qu’ils eurent à défendre contre les despotes grecs de Durazzo et contre les Vénitiens.

Les rapides conquêtes des Français au delà du Bosphore ne purent empêcher le gendre de l’empereur Isaac, Jean-Thomas Lascaris, de fonder à Nicée un nouvel empire grec, qui devait faire renaître l’ancien. Alexis Commène, Toparque de Colchide, prit à Trébizonde le titre dérisoire d’empereur que lui permirent les sultans Seldjoucides. Un autre Commène, Michel Ducas, fonda à Durazzo le Despotat d’Epire ou d’Albanie, dont le duché thessalien de Vlaquie ou de Néo-Patras devait être un démembrement et une dépendance. Enfin, un puissant citoyen d’Argos, Léon Sgure, se rendit indépendant sur la côte orientale du Péloponnèse, et défendit Corinthe contre les attaques du prince de Morée, du grand sire d’Athènes et du roi de Thessalonique.

La conquête n’était pas encore achevée, lorsque Baudouin tomba entre les mains de Joannice, roi de Bulgarie, à la désastreuse bataille d’Andrinople (en 1205), qui fut suivie de sa mort et de celle de Dandolo. Mais l’empereur Henri vengea son frère sur le fils de Joannice, par la victoire de Philippopoli (en 1207), qui assura aux Français une paix favorable à l’achèvement de la conquête. Toutefois, cette paix ne pouvait être durable. Et l’Empire latin, sans cesse assailli par les Bulgares, les Serviens, les Grecs du Despotat et ceux de Nicée, réduit à la banlieue de sa capitale par les armes de l’empereur Vatace, acheva sa lente agonie, lorsque le lieutenant de Michel Paléologue, Alexis Stratègopule, s’empara de Constantinople par un coup de main qu’il avait hasardé malgré lui (en 1261). Baudouin II de Courtenai n’échappa au vainqueur que pour venir demander à l’Occident des secours toujours insuffisants et mal concertés. L’usurpateur Michel Paléologue, qui avait substitué la dynastie de son nom à celle de Lascaris, reporta le siége de l’Empire grec à Constantinople. Les Génois, qui venaient de conclure avec lui un traité d’alliance offensive, à Nymphée, furent alors rappelés d’Héraclée, où la jalousie vénitienne avait exilé leurs comptoirs et obtinrent en fief le faubourg de Péra, d’où ils firent la loi aux successeurs de Paléologue. 

Quatrième intervalle des croisades (1204-1217) : Les Chrétiens d’Orient, réduits à la possession de quelques places et divisés entre eux, se défendaient à force de courage contre les sultans d’Egypte, dont les états les encerclaient de toutes parts. Ils ne cessaient d’invoquer l’appui de leurs frères d’Occident, mais les croisades ne parlaient plus qu’aux imaginations faibles ou exaltées, et aux ambitions que séduisaient encore ces guerres lointaines. De là une croisade d’enfants en 1212, et l’expédition de Jean de Brienne, roi titulaire de Jérusalem.

 

Cinquième croisade (1217-1221)

 Cinquième croisade (1217-1221)   

   

Chef : André II, roi de Hongrie ;

   

   

 

 

 

 

Les principaux chefs de la cinquième croisade (sous le pontificat d’Honorius III) sont Jean de Brienne, roi de Jérusalem, et André II, roi de Hongrie.

Innocent III avait fait décider cette croisade au concile général de Latran, tenu en 1215. L’empereur Frédéric II, qui devait la commander, s’étant soustrait à cet honneur périlleux, le successeur d’Innocent II désigna, pour remplacer ce prince, le roi de Hongrie, André II. Trois rois se trouvèrent encore une fois réunis à Saint-Jean-d’Acre : André II, Jean de Brienne et le roi de Chypre, Hugues de Lusignan. Celui-ci étant mort après la retraite du roi de Hongrie, que la révolte de son fils Béla et l’insubordination de ses magnats rappelaient dans son royaume, Jean de Brienne n’en fut pas découragé, et résolut d’aller attaquer l’Egypte. Il s’empara de Damiette, malgré les efforts contraires des fils de Malek-Adhel, et il aurait obtenu la restitution de Jérusalem, sans l’obstination du légat Pélage, qui s’opposa à toute espèce de traité avec les Infidèles. Les croisés essuyèrent à leur tour des revers irréparables et subirent une paix humiliante (en 1221). Jean de Brienne, de retour en Europe, donna sa fille Yolande à l’empereur Frédéric II, qui par cette alliance devint roi de Jérusalem.

Cinquième intervalle des croisades (1221-1228) : Il ne se passe rien de remarquable en Syrie ni en Egypte.

 

Sixième croisade (1228-1229)

 Sixième croisade (1228-1229)   

   

Chef : Frédéric II ;

   

   

 

 

 

 

Le principal chef de la sixième croisade est Frédéric II (sous le pontificat de Grégoire IX).

L’empereur Frédéric avait pris la croix depuis quinze ans, et les anathèmes du saint-siége n’avaient pu le décider à tenir sa promesse. Il partit enfin de Brindes, sur l’invitation du sultan Mélédin, qui lui céda Jérusalem sans combat. Frédéric voulut s’y faire couronner roi, mais aucun évêque n’osa donner l’onction royale à un prince excommunié. Menacé de perdre les couronnes d’Italie et de Naples, il hâta son retour en Europe, où il eut à combattre des ennemis plus redoutables que les Musulmans. 

Sixième intervalle des croisades (1229-1248) : L’Orient chrétien et musulman tombe en proie à l’anarchie. L’arrivée de Thibaut de Champagne n’est d’aucun secours aux Chrétiens. Jérusalem, prise et reprise par divers princes Ayoubites, reste enfin à Malek-Saleh, sultan d’Egypte, qui bat les Francs et les Turcs, et s’empare de Damas sur Malek-Ismaïl, avec le secours des Kowaresmiens, que les Mongols avaient chassés de leur patrie. La grande Asie venait d’être bouleversée par Gengis-Khan ; et ses fils, poursuivant ses conquêtes devaient bientôt paraître en Syrie. 

 

Septième croisade (1248-1254)

 Septième croisade (1248-1254) après la chute de Jérusalem aux mains des Turcs en 1244. Echec de Louis IX de France (Saint-Louis).  

   

Chef : Saint-Louis ;

   

   

Mauclerc, duc de Bretagne (1250) ;

   

Guillaume de Bruc ;

   

Raoul Audren ;

   

Hervé et Geoffroy de Beaupoil ;

   

Alain de Boisbaudry ;

   

Hervé de Boisberthelot ;

   

Geoffroy de Boisbilly ;

   

Thomas de Boisgelin ;

   

Pierre du Boispéan ;

   

Olivier de la Bourdonnaye ;

   

Hervé Budes ;

   

Olivier de Carné ;

   

Geoffroy V, baron de Chateaubriand ;

   

Hervé Chrestien ;

   

Bertrand de Coetlosquet ;

   

Raoul de Coetnempren ;

   

Huon de Coskaer ;

   

Henri du Coedic ou Couédic ;

   

Robert de Courson ;

   

Payen Féron ;

   

Payen Freslon ;

   

Payen Gauteron ;

   

Geoffroy de Goulaine ;

   

Guillaume de Gourcuff ;

   

Guillaume de Goyon ;

   

Guillaume Hersart ;

   

Guillaume de Kergariou ;

   

Hervé de Kerguelen ;

   

Macé de Kerouartz ;

   

Geoffroy de Kersaliou ;

   

Robert de Kersauson ;

   

Henry et Hamon le Long ;

 

 

 

   

Alain de Lorgeril ;

   

Jean du Marhallac’h ;

   

Aymeric et Guillaume de Montalembert ;

   

Geoffroy de Montbourcher ;

   

Raoul de la Moussaye ;

   

Roland des Nos ;

   

Geoffroy du Plessis ;

   

Jean de Québriac ;

   

Eudes de Quelen ;

   

Olivier de Rougé ;

   

Gilles de Rieux ;

   

Hervé de Saint-Gilles ;

   

Hervé de Saint-Pern ;

   

Hervé de Sesmaisons ;

   

Hervé de Siochan (Kersabiec) ;

   

Thomas Taillepied ;

   

Aymeric du Verger ;

   

Magé le Vicomte ;

   

Guillaume de Visdelou ;

   

André de Vitré ;

    Certains historiens mentionnent aussi :

   

Guillaume de Kermoisan ;

   

Hervé de Kaerhuel ;

   

Rollan de Kergouet ;

   

Robert de Kehedoc ;

   

Hugues de Kermarec ;

   

Hervé de Kerprigent ;

   

Guillaume de Kersaliou ;

   

Geoffroi de Kersaingily ;

 

Les principaux chefs de la septième croisade (sous le pontificat d’Innocent IV) sont saint Louis et les princes français.

Un voeu peut-être échappé à la douleur, mais renouvelé après la guérison d’une dangereuse maladie, engage saint Louis dans les guerres saintes malgré l’opposition de sa mère, Blanche de Castille. La plupart des princes du sang et des vassaux prennent la croix avec lui, et s’embarquent les uns à Aigues-Mortes, les autres à Marseille. Après un séjour dans l’île de Chypre, le roi de France se décide à attaquer l’Egypte, dont la possession devait assurer celle de la Syrie, comme l’avait prouvé après tant d’autres exemples la conquête récente de Saladin. Il prend possession de Damiette où l’on perd un temps précieux à attendre et à délibérer. Le comte d’Artois est tué au combat désastreux de la Massoure, où périt aussi Fakreddin, lieutenant du sultan Almohadan (en 1250). Le gros de l’armée, surpris par l’inondation du Nil et atteint par des maladies contagieuses, est encerclé par les Musulmans. Louis est fait prisonnier avec ses frères, Charles et Alphonse, et plus de vingt mille Français. La reine Marguerite est assiégée à Damiette. Le saint roi, emprisonné, étonne les Infidèles par sa résignation et sa grandeur d’âme. Pendant la captivité de Louis IX, la milice des Mamelouks se révolte, et massacre Almohadan, dernier sultan de la race d’Ayoub. Ces esclaves guerriers se donnent pour chef Ibegh, et établissent leur domination en Egypte. En 1250, le nouveau sultan traite avec son royal prisonnier, lui rend la liberté moyennant une forte rançon, et rentre en possession de Damiette. Louis s’engage à ne rien entreprendre contre Jérusalem.  

Entre 1250 et 1254, le roi de France abandonne l’Egypte et va descendre en Palestine, où il séjourne quatre ans, malgré les instances de la reine Blanche qui le rappelle dans son royaume, alors livré aux brigandages des Pastoureaux. Condamné à l’inaction par le serment qu’il venait de jurer, il répare les fortifications de Ptolémaïs, Sidon, Jaffa et Césarée, interpose sa médiation entre les princes chrétiens et les états musulmans, et entretient des relations politiques avec le Vieux de la Montagne et le khan des Mongols. La nouvelle de la mort de sa mère le décide à revenir en France. Il laisse en Palestine un corps de chevaliers commandés par le brave Geoffroy de Sargines. 

Septième intervalle des croisades (1254-1272) : Les Mongols arrivent en Syrie en 1259, sous la conduite du khan Houlagou, qui venait de subjuguer les Ismaélites, et de détruire, en 1258, le khalifat de Bagdad. Mais ils sont bientôt chassés de cette contrée par le sultan d’Egypte Bibars-Bondochar. Ce conquérant, fourbe et cruel, bat les Chrétiens et les Musulmans, et s’empare de Damas, de Tyr, de Césarée, de Jaffa et d’Antioche.

 

Huitième croisade (1270-1275)

 Huitième croisade (1270-1275). Mort de Louis IX (Saint-Louis) devant Tunis.    

   

Chef : Saint-Louis ;

 

   

Jean 1er, dit Le Roux, duc de Bretagne ;

   

Guillaume II de Bruc ;

   

Prégent II, sire de Coetivy ;

   

Pierre de Kergolay ;

   

Geoffroy de Rostrenen ;

 

 

 

Les principaux chefs de la huitième croisade (sous le pontificat de Clément IV) sont saint Louis, Charles d’Anjou, et le prince Edouard d’Angleterre.

Les progrès de Bibars, les sollicitations du roi d’Arménie et du khan des Mongols, mais surtout le désir de briser les fers des prisonniers chrétiens, déterminent saint Louis à une seconde croisade, malgré l’opposition du pape Clément IV. Les suggestions intéressées du roi de Sicile, et l’espoir de convertir le puissant Mohammed Mostanser qui venait de fonder le royaume de Tunis sur les débris des Almohades (en 1269), le décident à faire voile vers l’Afrique. L’armée française débarque sur les ruines de Carthage et met le siège devant Tunis. Mais une maladie contagieuse dévaste le camp et frappe de mort le saint roi, qui expire avec le courage d’un héros et la pieuse résignation d’un chrétien. Cependant Philippe le Hardi et Charles d’Anjou dictent à Mohammed Mostanser les conditions de la paix. Le khalife de Tunis s’engage à payer les frais de la guerre (210 000 onces d’or) et les arrérages du tribut dus au roi de Sicile, depuis la mort de Mainfroy. Mohammed Mostanser promet aussi de tolérer l’exercice du culte chrétien dans ses états, et obtient, de son côté, des garanties pour les Musulmans établis dans les pays chrétiens. Les princes français renoncent à l’expédition de la terre sainte et mettent la voile pour la Sicile. Mais de nouveaux désastres les affligent pendant leur retour, et les funérailles de quatre têtes couronnées marquent la fin des croisades.

La ruine des dernières colonies chrétiennes d’Orient, pressentie par le concile général de Lyon en 1274, retardée par les incursions des Mongols et la mort des Bibars, est consommée par la perte de Tripoli, suivie de celle de Saint-Jean-d’Acre, qui tombe, en 1291, au pouvoir du sultan d’Egypte Kalil-Ascraf. Les Hospitaliers, les Templiers et les Teutons, derniers défenseurs de la terre sainte, se retirent d’abord dans l’île de Chypre. Peu d’années après, les Hospitaliers s’établissent à Rhodes (en 1310), les Templiers sont abolis (en 1312), et les Teutons transportent, en 1309, le siége de leur ordre dans la Courlande, où ils venaient de fonder une domination qui convertit et civilisa les bords de la mer Baltique.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 25 septembre, 2006 |1 Commentaire »

Résultats et Influences des Croisades

templier 1256.gifRésultats et Influences des Croisades

On a mis en question, dans ces derniers temps, si les guerres saintes ont été justes, si elles ont été utiles. Il semble qu’on ne saurait contester aux princes chrétiens d’avoir eu pour eux la justice. Auxiliaires des empereurs d’Orient, ils entreprirent de rendre aux Comnènes, les provinces que les Musulmans leur avaient ravies. Héritiers des droits de leurs prédécesseurs et solidaires de leur gloire, ils allèrent demander raison aux Infidèles des anciennes injures faites à l’Europe sans provocation. Chrétiens, il était de leur devoir d’arrêter le débordement de l’islamisme, et de délivrer leurs frères de l’oppression. La seconde question n’est pas susceptible d’une réponse absolue et précise. Il n’est pas douteux que les croisades n’aient été pour l’Europe une source de calamités ; mais elles y ont puissamment secondé le mouvement de vie qui, depuis le milieu du XIème siècle, se faisait sentir dans toutes les parties du corps social. Nous allons indiquer les principales influences de ces guerres religieuses.

Résultats et Influences des Croisades dans L'ordre des Templiers nabull1

Influence immédiate : L’Europe fut sauvée de l’invasion des Turcs, qui devait reprendre son cours après les croisades. Mais elle acheta ce bienfait au prix de son sang et de ses trésors.

 

nabull1 dans L'ordre des Templiers

Influence sur l’Eglise : Les papes accrurent leur puissance spirituelle et temporelle. Ils firent rentrer sous la suprématie du chef de l’Eglise les patriarcats de Jérusalem et d’Antioche, et resserrèrent les liens de la hiérarchie. Les croisades leur donnèrent des prétextes pour éloigner les empereurs, et faire diversion aux entreprises de ces princes contre le pouvoir temporel du Saint-Siège. Chefs suprêmes des expéditions d’outre-mer, les souverains pontifes se trouvèrent placés à la tête de la confédération chrétienne, et les guerres religieuses créèrent des principautés nouvelles dont ils devinrent les suzerains. 

 

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Influence politique : Elle s’exerça : 

1°- sur les Etats : si l’on en excepte les empereurs, les souverains et les républiques de l’Europe trouvèrent tous dans les croisades des moyens d’agrandir leurs domaines ou de fortifier leur autorité. Pour subvenir aux frais de l’expédition d’outre-mer, Herpin, vicomte de Bourges, vendit le Berry à Philippe Ier ; Godefroy, sa seigneurie de Bouillon à l’évêque de Liége. Les Courtenai dissipèrent leur riche patrimoine pour défendre ou recouvrer la couronne impériale de Constantinople, etc .. 

2°- sur la noblesse : elle perdit en puissance et en richesses, mais elle gagna beaucoup en illustration et en distinctions honorifiques. Les ordres de chevalerie établis en Orient réfléchirent leur éclat sur l’Europe, et furent imités dans tous les états chrétiens. Les tournois, nouvellement mis à la mode, charmèrent l’Occident par la représentation des exploits de la guerre sainte, et les guerriers d’outre-mer vinrent étaler dans les cours plénières les magnificences de l’Orient. Les armoiries devinrent nécessaires, et les noms de famille prirent naissance.

3° – sur le peuple : les croisades favorisèrent, plus que tout autre cause, les affranchissements, l’établissement des communes, la mobilisation de la propriété, et, par suite, la formation d’un tiers état.

 

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Influence commerciale et industrielle : L’art nautique fit des progrès importants, dus à la fréquence des voyages, aux profits qu’on en retirait, et aux pratiques empruntées des pilotes levantins. En ouvrant une carrière plus vaste aux spéculations et en facilitant les échanges, la navigation fit participer le commerce aux avantages qu’elle retirait elle-même des expéditions d’outre-mer. Des produits de l’art et de la nature, jusque-là inconnus à l’Occident, y apportèrent de nouvelles jouissances, et quelquefois de nouvelles industries. Les villes maritimes, qui s’emparèrent du commerce de l’Orient, attirèrent à elles la plus grande partie du numéraire de l’Europe, et quelques-unes devinrent de puissantes républiques. De là, la prospérité de Venise, de Gênes et de Pise, de Marseille et de Barcelone. De là, par une action moins immédiate, la richesse et l’activité des villes flamandes, qui furent tout à la fois marchandes et manufacturières, et servirent d’entrepôt entre le Nord et le Midi, entre les ports de la Méditerranée et les villes de la Hanse teutonique. Les cités commerçantes de l’Occident donnèrent plus de sécurité aux spéculations lointaines par l’institution des consuls, plus de loyauté aux transactions journalières par de sages règlements tels que le code d’Oleron, les lois de Wisby, et le Consulat de la mer. L’agriculture, cette industrie des campagnes, s’enrichit de quelques cultures nouvelles. Le mûrier, le blé de Turquie, la canne à sucre, etc .., furent apportés en Europe pour servir un jour à la nourriture du pauvre ou aux besoins du riche.

 

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Influence sur les lumières : Sans exagérer ce résultat des croisades, on peut dire qu’elles avancèrent la civilisation générale par des relations nouvelles des peuples entre eux et l’échange mutuel des connaissances usuelles. Des idées d’honneur et de courtoisie passèrent de la chevalerie dans les moeurs publiques, et anoblirent en quelque sorte la classe des affranchis, qui devait en grande partie aux croisades sa richesse et sa liberté. De nouvelles et grandes inspirations s’offrirent au génie poétique, qui n’en tira toutefois qu’un médiocre avantage. Mais le talent se mit en honneur, et les grands, non contents d’encourager l’art des vers qui célébraient leurs exploits, le cultivèrent eux-mêmes. Un caractère particulier fut imprimé à la poésie, et il en résulta les romans de chevalerie et les chants des troubadours. Par la culture dont elles devinrent l’objet, les langues vulgaires commencèrent à sortir de leur barbarie. Les fréquentes expéditions en Syrie, les relations diplomatiques qu’elles firent naître avec les Mongols, et les voies inconnues qu’elles ouvrirent au commerce, donnèrent sur l’Orient et même sur l’intérieur de l’Asie des notions plus exactes ou toutes nouvelles (Ambassades de G. Rubruquis et de Plan-Carpin, Voyages plus utiles de Marco-Polo). Avec la géographie, l’histoire orientale s’éclaira de quelques lumière. La médecine emprunta aux Arabes le traitement efficace de certaines maladies, ainsi que l’usage de spécifiques mystérieux et surtout l’emploi des talismans, sceaux, bagues, pierres précieuses, dont l’école d’Alexandrie avait jadis accrédité les prétendues vertus. Mais, en mettant les choses à leur juste valeur, les progrès que les sciences de l’Europe durent aux croisades ne sont pas de très grande importance.

(par M. des Michels)

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 25 septembre, 2006 |1 Commentaire »

Prière des  » Chevaliers « 

knights.jpgPrière des  » chevaliers  »
 

Patronne de la Chevalerie fêtée le 22 Juillet Christ Rédempteur, notre
 frère 
et Seigneur, apprends-nous :

à aimer les autres comme Tu nous aimes et à mériter leur affection ;

à souffrir en silence et à préserver notre prochain de la souffrance ;

à nous rendre utiles sans attendre de reconnaissance ;

à être de bons et justes sans penser à être admirés

à consoler ceux qui sont dans la peine ;

à travailler pour ton Eglise et pour ses représentants

à être fiers dans l’adversité et humbles au milieu des honneurs ;

à reconnaître nos fautes et à nous en repentir :

à être francs de cœur et de paroles envers les autres et envers nous,
 pour 
que nos vies soient un chant de louange à ton adresse, et qu’au
 jour où 
elles paraîtront devant Toi, nos âmes soient prêtes à entrer dans ton
 Saint 
Paradis. 

Amen 

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 25 septembre, 2006 |Pas de commentaires »

ET TOI MANTENANT ?

accueil_fondation.jpgEt maintenant toi,

Frère en humanité,

Frère dans le Christ,

Si tu veux agir en compagnie d’Hommes

Sincères bien qu’imparfaits,

Viens avec nous.

Si tu cherches les peines quotidiennes,

La souffrance constante,

Viens avec nous.

Si tu ne crains pas les fracas,

Viens avec nous.

Si tu veux entendre l’appel lancinant

Des tentations perfides,

Viens avec nous.

Si tu veux connaître le doute,

Le désespoir,

Viens avec nous.

Si tu veux ne pas être toujours en train de contempler les étoiles

Si tu veux voir à tes pieds les misères de ce monde,

Viens avec nous.

Si tu veux défendre la veuve,

Protéger l’orphelin,

Viens avec nous.

Si tu veux lutter pour et avec les opprimés,

Viens avec nous.

tu veux abandonner tes métaux au vestiaire,

Repousser le vieil homme,

Oublier ton érudition,

Ta science,

Ton initiation,

Ton ignorance,

Viens avec nous.

Si tu veux que soit venu le moment de mettre en doute,

L’avenir,

La révelation de la veille,

Si tu veux revêtir les habits de noces,

Que cela te rende pareil aux autres,

Tes frères,

Qui que tu sois,

D’où que tu viennes,

Viens avec nous.

Et si tu veux offrir jusqu’à ton dernier centime,

Jusqu’à ta dernière heure,

Jusqu’à ton dernier soupir,

Ton ultime regard,

Si tu veux donner tout.

Tout abandonner,

Pour le service de l’Homme,

Ton prochain,

Servant l’Homme spirituel,

Le Christ,

Alors,

Ne doute pas,

Cherche nous,

A nous , Les pauvres Chevaliers du Christ,

Champions de causes perdues.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 24 septembre, 2006 |4 Commentaires »

AMEN

calice01_s.jpgOMNIA PRAETEREUNT PRAETER AMARE DEUM
TOUT PASSE, SAUF AIMER DIEU

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 24 septembre, 2006 |Pas de commentaires »

Prière que les templiers faisaient dans leurs prisons lorsqu’on leur eut refusé, comme hérétiques, de les admettre à la célébration des saints offices.

schwertgross_pic.jpgDieu éternel et tout-puissant, sage créateur…, sauveur clément et miséricordieux, ô Seigneur, je te demande humblement, et je te supplie de m’illuminer, de délivrer et conserver tous les frères du Temple, et tout ton peuple chrétien, que trouble le scandale de nos malheurs.

0 toi, mon Dieu, toi qui sais que nous sommes innocents, procure-nous notre délivrance, afin que nous accomplissions dans notre humilité, et nos voeux et tes préceptes, afin que nous remplissions ton service pieux et ta volonté sainte : délivre-nous de ces affronts cruels et non mérités que nous causent nos grands désastres, nos terribles épreuves, et nos affreuses tribulations. Nous avons tout souffert jusqu’à présent ; mais nous n’avons plus la force de résister désormais.

Par ta sainte miséricorde, délivre-nous et conserve-nous ; tu sais que nous sommes innocents des crimes dont on nous accuse.

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 24 septembre, 2006 |3 Commentaires »

Précis sur les Templiers

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Neuf des chevaliers français qui avaient suivi Godefroi de Bouillon à la conquête de la terre sainte, se consacrèrent à maintenir la sûreté des routes contre les attaques des infidèles, qui maltraitaient les pèlerins que leur piété conduisait à Jérusalem (1).   (1) Voto se solemniter adstrinxerunt ad vias patriae assecurandas. (Martenne thes. anecd. t.3, p. 627.)
Ces Français furent successivement renforcés par plusieurs autres guerriers. Cette milice généreuse parut bientôt avec gloire dans les champs de bataille, et forma l’ordre religieux et militaire des templiers. Le concile de Troyes l’approuva ; une règle fut donnée aux chevaliers (2). On s’empressa d’accorder des encouragements et des récompenses à leur dévouement et à leurs succès.   (2) Elle est insérée dans l’ouvrage de P. Chr. Henriquez : Privilegia ordinis Cistercensis.
«Ils vivent, disait Saint-Bernard (3), sans avoir rien en propre, pas même leur volonté ; ils sont, pour l’ordinaire, vêtus simplement et couverts de poussière ; ils ont le visage brûlé des ardeurs du soleil, le regard fixe et sévère. A l’approche du combat, ils s’arment de foi au dedans et de fer au dehors ; leurs armes sont leur unique parure, ils s’en servent avec courage dans les plus grands périls, sans craindre ni le nombre, ni la force des barbares. Toute leur confiance est dans le dieu des armées, et en combattant pour sa cause, ils cherchent une victoire certaine ou une mort sainte et honorable. 

0 l’heureux genre de vie, dans lequel on peut attendre la mort sans crainte, la désirer avec joie, et la recevoir avec assurance !»

  (3) D. Bernardi exhortatio ad milites Templi.
Les statuts de l’ordre avaient pour bases les vertus chrétiennes et militaires (4). Il nous reste la formule du serment exigé des templiers : elle fut trouvée en Aragon, dans les archives de l’abbaye d’Alcobaza.   (4) In castitate, et obedientia, sine proprio, velle perpetua vivere professi sunt. Ut vias et itinera ad salutem peregrinorum, contra latronum et incursantium insidias pro viribus conservarent. (Guill. Tyr, liv. 10, chap.7) Militaturi summo regi. (Jac. de Vitr. Hist. Hier. c. 65).
«Je jure de consacrer mes discours, mes armes, mes forces et ma vie à la défense des mystères de la foi, et à celle de l’unité de Dieu, etc. Je promets aussi d’être soumis et obéissant au grand-maître de l’ordre… Toutes les fois qu’il en sera besoin, je passerai les mers pour aller combattre ; je donnerai secours contre les rois et princes infidèles, et en présence de trois ennemis je ne fuirai point, mais quoique seul, je les combattrai, si ce sont des infidèles.» (5)   (5) Juroque me verbis, armis, viribus, et vita defensurum misteria fidei… unitatem dei…. promitto submissionem generali magistro ordinis et obedienltiam… ad bella ultra marina proficiscar, quoties opus fuerit. Contra reges et principes infideles praestabo omne subsidium… a tribus inimicis (si infidèles fuerint) licet solus, non fugiam. {Henriquez, loco citato.)
Leur étendard était appele le Baucéant (6) : on y lisait ces paroles : Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam. C’etait après avoir assisté ou participé aux saints mystères, qu’ils marchaient au combat (7), précédés de l’étendard sacré, et quelquefois en récitant des prières. 

Leur sceau portait cette inscription : Sigillum militum Christi.

L’histoire rappelle souvent la gloire et le dévouement de ces chevaliers.

Des témoignages authentiques prouvent que, fidèles à leur serment et à leur institution, ils respectaient les lois de la religion et de l’honneur. Ce n’est point dans les ouvrages écrits depuis leurs malheurs que l’homme impartial doit chercher quelles étaient les moeurs, la conduite et les opinions des templiers. Rarement des proscrits trouvent des apologistes courageux. C’est aux historiens contemporains de ces chevaliers, c’est aux témoins de leurs vertus et de leurs exploits qu’il faut s’adresser, et on doit surtout compter pour beaucoup les témoignages honorables des papes, des rois et des princes qui, peu de temps après, devinrent leurs oppresseurs.

Aucun historien contemporain n’avait jamais accusé ni même soupçonne les templiers d’être coupables des crimes qu’on leur imputa ensuite.

  (6) Vexillum bipartitum ex albo et nigro quod nominant Beauceant (Jac. de Vitri).
En 1237, sous le magistère d’Armand de Périgord, le chevalier qui portait le beaucéant dans une action où les musulmans avaient l’avantage, tint cet étendard levé jusqu’à ce que les vainqueurs, à coups redoublés, eussent percé tout son corps et coupé ses mains.
Reginaldus de Argentonio, ea die balcanifer…. cruentissimam de se reliquit hostibus victoriam. Indefessus vero vexillum sustinebat, donec tibia cum cruribus et manibus frangerentur. (Math. Paris, Hist. angl. p.503.) 

(7) Divino cibo refecti ac satiati et dominicis praeceptis eruditi et firmati, post mysterii divini consummationem nullus pavescat ad pugnam, sed paratus sit ad coronam. (Art. 1 de la règle)

L’adage, boire comme un templier, a été imaginé qu’après l’abolition de l’ordre, et il ne prouve pas davantage contre eux que l’adage plus ancien, bibere papaliter (8), boire comme un pape, ne prouve contre les pontifes romains. 

Les templiers ne furent jamais dénoncés par les troubadours, et l’on sait que les sirventes de ces poètes hardis ne faisaient point de grâce à la dépravation de leur siècle et attaquaient impitoyablement le pape, le clergé, les princes et les grands.

Dans les quinze dernières années qui ont précédé la proscription de l’ordre, on voit les papes s’interposer en sa faveur auprès des rois d’Angleterre, d’Aragon et de Chypre.

Le concile de Salzbourg, tenu en 1292, avait proposé de réunir en un seul ordre les chevaliers templiers, hospitaliers et teutoniques.

Si les templiers n’avaient joui alors d’une réputation au moins égale à celle des autres chevaliers, aurait-on proposé de réunir ceux-ci à un ordre dégénéré ? et puisque les templiers étaient à eux seuls plus puissants, plus nombreux et plus riches que les hospitaliers et les teutoniques, et devaient transmettre nécessairement aux incorporés leurs maximes et leurs moeurs, n’est-il pas évident que le concile de Salzbourg, qui proposait cette réunion, rendait un hommage solennel à l’ordre des templiers ? Il fut en effet question de réunir les trois ordres. Ce projet donna lieu à un mémoire de Jacques de Molay au pape. L’opinion générale est que cet illustre chevalier ne savait pas écrire, mais dans le mémoire qu’il fit rédiger, on remarque des principes de raison et de sagesse, dont le talent d’un homme instruit pourrait s’honorer.

  (8) M. Baluze, à qui rien n’est échappé de ce qui regarde les moeurs de ce temps-là, a trouvé qu’alors on disait bibere papaliter ; mais on ne trouve dans aucun écrivain antérieur à la suppression du temple, bibere templariter. (Mansuetus J., t.II, p.341).
Le grand-maître craint la discorde parmi les frères réunis : on les entendrait se dire les uns aux autres : «Nous valions mieux que vous : dans notre premier état, nous faisions plus de bien» (9).   (9) Nos melius valebamus, et plura faciebamus bona.
Il paraît que la règle et la conduite des templiers étaient plus sevères que celles des Hospitaliers, puisque le grand-maître ajoute : «Il serait nécessaire que les templiers se relâchassent de beaucoup, et que les hospitaliers se réformassent en plusieurs points» (10). En lisant ce mémoire sur la réunion des ordres, et celui sur les moyens de reconquérir la terre sainte, on reconnaît et on admire dans le grand-maître la franchise, la loyauté et le zèle d’un chevalier animé par la religion et par l’honneur, et qui, surtout, avait droit de traiter avec le pape et les souverains sur les intérêts de son ordre, sans craindre qu’on pût lui reprocher l’inconduite des chevaliers. 

Aussi, avant de seconder les mesures violentes de Philippe-le-Bel, le pape ne put s’empêcher de lui témoigner que les accusations portées contre eux ne pouvaient que le surprendre.

  (10) Multum oporteret quod templarii largarentur vel hospitalarii restringerentur in pluribus. (Baluzius, Vita pap.aven. t.2, p.180).
Le roi d’Angleterre rendit en faveur des templiers un témoignage encore plus honorable. Il écrivit aux rois de Portugal, de Castille, de Sicile et d’Aragon, pour les prier de ne pas ajouter foi aux calomnies qu’on répandait contre l’ordre (11).   (11) Circulaire d’Edouard du 4 decembre 1307 (Rymer, t.3, ad annum 1307).
Il écrivit aussi au pape : «Comme le grand-maître, et ses chevaliers, fidèles à la pureté de la foi catholique, sont en très grande considération et devant nous et devant tous ceux de notre royaume, tant par leur conduite que par leurs moeurs, je ne puis ajouter foi à des accusations aussi suspectes, jusqu’à ce que j’en obtienne une certitude entière» (12). 

Ce témoignage authentique et solennel d’Edouard est d’autant plus précieux, que le grand-maître et les chevaliers français étaient alors dans les fers.

Il n’est pas nécessaire d’examiner les raisons politiques qui déterminèrent ensuite Edouard à faire arrêter les templiers en Angleterre. Il suffit de convaincre le lecteur impartial qu’à l’époque de leur infortune les templiers jouissaient généralement de l’estime publique et que non seulement aucun auteur contemporain, aucun ennemi, ni public, ni secret, ne les avait chargés des crimes dont on les a ensuite accusés, mais que les papes et les rois qui les ont fait condamner, rendaient hautement justice et à leur zèle pour la religion et à la pureté de leurs moeurs.

Les écrivains modernes qui ont adopté l’opinion que l’ordre des templiers était alors dégénéré, ne se sont peut-être pas souvenus que la plupart des chevaliers venaient de s’illustrer par de glorieux efforts contre les musulmans. Le grand-maître s’etait trouvé avec ses chevaliers en 1299 à la reprise de Jerusalem ; après les revers que les armes des chrétiens éprouvèrent encore, les templiers retirés dans l’île d’Arad inquiétèrent longtemps leurs ennemis. Trop faibles cependant pour résister à des armées nombreuses, le grand-maître et ses chevaliers furent réduits à se retirer dans l’île de Chypre, où ils se préparaient à la guerre contre les infidèles, quand le pape appela le grand-maître en France. Il arriva avec un cortège de soixante chevaliers vieillis dans les combats, éprouvés par l’adversité, toujours prêts à verser leur sang et à donner leur vie pour la gloire de l’ordre et la défense de la religion.

Peut-on dire de pareils chevaliers qu’ils passaient leur vie dans les plaisirs et dans l’intempérance ?

Tout à coup les templiers sont arrêtés en France, et poursuivis dans toute la chrétienté. On publie contre eux les accusations les plus graves ; on les suppose coupables de crimes atroces contre la religion et les moeurs.

«Tous les historiens sont d’accord, dit Dupui, que l’origine de la ruine des templiers vient du prieur de Montfaucon et de Nofodei, Florentin, banni de son pays, qu’aucuns tiennent avoir été templier. Ce prieur avait été, par jugement du grand-maître de l’ordre, condamné pour hérésie et pour avoir mené une vie infâme, à finir ses jours dans une prison : l’autre, disent-ils, avait éée, par le prévôt de Paris, condamné à de rigoureuses peines».

Et c’est sur la dénonciation de ces deux misérables, flétris par la justice, et dont l’un avait été chassé de l’ordre pour crime d’hérésie et dérèglement de moeurs, qu’on intente une pareille accusation contre l’ordre entier !

Quelle étrange contradiction !

Si le grand-maître punissait solennellement de tels crimes, pouvait-on supposer que la constitution de l’ordre en fît une loi expresse pour les chevaliers ?

Et si une affreuse corruption eût existé dans l’ordre, aurait-on eu besoin d’attendre que tous les chevaliers fussent jetés dans des cachots, pour répandre contre eux cette étrange et horrible calomnie ?

Avant de discuter en détail la nature de l’accusation, les procédures extraordinaires et irrégulières qui eurent lieu, les prétendues preuves que quelques historiens supposent en résulter, les motifs et les formes des jugements de condamnation, il est nécessaire de présenter le tableau des oppressions que les chevaliers proscrits eurent à subir.

Le grand-maître était dans l’île de Chypre ; on l’appelle en France, sous prétexte de réunir son ordre à celui des hospitaliers. Le 13 octobre 1307, ce grand-maître et cent trente-neuf chevaliers sont arrêtés dans le palais du Temple à Paris. On s’empare de leurs biens et de leurs richesses.

  (12) Et quia praedicti magister et fratres in fidei catholicae puritate constantes a nobis et ab omnibus de regno nostro tam vita, quam moribus habentur multipliciter commendati, non possumus, hujus modi suspectis relatibus dare fidem, donec super iis nobis plenior innocuerit certitudo. (Rymer ibid).
Le roi occupe leur palais (13). 

Le même jour, les autres chevaliers sont arrêtés dans toute la France.

  (13) Dupui
Le roi publie un acte d’accusation qui les qualifie de loups ravissants, de société perfide, idolâtre, dont les oeuvres, dont les paroles seules sont capables de souiller la terre, et d’infecter l’air, etc. (14).   (14) Quorum non solum actus et opera detestanda, verum etiam repentina verba terram sua foeditate commaculant, roris beneficio subtrahunt, et aeris inficiunt puritatem. (Circulaire de Philippe-le-Bel, du 14 septembre 1307).
Les habitants de Paris sont convoqués (15) dans le jardin du roi. Toutes les communautés et paroisses de cette capitale s’y rassemblent ; des commissaires, des moines prêchent le peuple contre ces proscrits.   (15) Die dominica sequenti idiis octobris, publicus sermo factus est in viridario regis ubi primo a fratribus, postea a regis ministris causa captionis eorum intimata est, et praedicti casus tacti, ne populus scandalisaretur de eorum subita captione. erant quippe potentissimi divitiis et honore. In quo sermone fuerunt populus et clerus omnium parrochialium ecclesiarum parisiensium. (Joan. canonic. Sci. Victoris).
Il étaient dans les fers. L’inquisiteur Guillaume de Paris, les interroge ; on les isole de tout conseil ; on laisse manquer du nécessaire (16) ces guerriers qui, par leurs privilèges et leur fortune, marchaient naguère à côte des princes.   (16) Nous vous prévenons, disaient-ils à l’autorité, que les douze deniers qu’on nous donne ne peuvent point nous suffire. Sur ces douze deniers on nous fait payer chaque jour pour coucher, 5 deniers. Pour la cuisine, etc. Pour faire ôter les fers chaque fois qu’on nous fait paraître devant les commissaires et pour les remettre, 2 sols, etc. etc.
On leur refuse les secours spirituels, sous prétexte qu’étant hérétiques, ils sont indignes d’y participer (17).   (17) Catalogue des manuscrits de Baluze, p. 525 : Le Grand-Maître demandait quod posset audire missam et alia officia divina.( Dupui, p.130).
S’ils veulent remplir des formalités de justice, aucun notaire n’ose leur prêter son ministère (18). 

Vingt-six princes ou grands de la cour de Philippe-le-Bel se déclarent leurs accusateurs.

De tout côté, les archevêques, évêques, abbés, princes, chapitres, communautés de villes, bourgs et châteaux envoient leur adhésion.

Le roi et le pape obtiennent de divers princes que les templiers subissent, dans la plupart des autres états de l’Europe, le même sort qu’en France.

  (18) Quod mittatis cum ipsis unum vel duos de notariis, qui de dicta appellatione faciant eis publicum instrumentum, cum non inveniant notarios qui velent ire cum ipsis, ad hoc faciendum. (Dupui, p.167).
Avant que les templiers soient jugés par les tribunaux, avant qu’ils le soient par le concile de Vienne, le pape lance une bulle d’excommunication contre toutes les personnes qui accorderaient aide, secours, retraite, ou conseil à ces infortunés (19). 

On promet la vie, la liberté, la fortune aux chevaliers qui avoueront les crimes dont l’ordre est accusé.

  (19) Nos enim omnes et singulos cujuscumque praeminentiae sint, dignitatis, ordinis, conditionis, aut status, etiamsi pontificali praefulgeant dignitate, qui supra dictis templariis vel eorum alicui scienter publice vel oculte prestabunt auxilium vel favorem, vel alias, ipsos vel aliquos ipsorum receptare vel retinere, aut eis ut praemittitur favere praesumpserint, auctoritate praesentium excommunicationis sententia innodamus… Absolutionem praedictorum praeterquam in mortis articulo, ac relaxationem ipsius interdicti nobis nostrisque successoribus reserrantes… Si qui autem hoc attemptare praesumpserit, indignationem omnipotentis Dei et beatorum Petri et Pauli apostolorum ejus se noverit incursurum. Datum Tolosae, 3 kal. Januarii, pontificatus nostri anno quarto.
Pour les y engager, on leur présente de prétendues lettres du grand-maître, par lesquelles ils sont invités à faire cet aveu (20). 

Lorsqu’ils résistent à tous les genres de séduction, on les livre aux tortures ; on leur arrache des aveux, et si, dans le repos de la douleur, ils se rétractent, on les juge hérétiques, relaps, et on les envoie à la mort, non pas pour avoir commis les crimes dont on les accuse, mais pour avoir révoqué leurs aveux.

  (20) Copiam litterarum magi magistri quibus omnibus fratribus suis intimabat quod haec et haec fuerat confessus et quod idem confiterentur omnes.(Joan. canonic. Sti. Victoris) (Contin. de Guill. de Naugis)
La haine et l’animosité sont telles qu’on déterre et qu’on brûle les ossements des templiers morts avant l’accusation (21). 

La plupart des cent vingt-sept chefs d’accusation que le pape envoya aux commissaires apostoliques, aux inquisiteurs et aux evêques pour diriger les informations, paraîtront absurdes, invraisemblables, et même contradictoires.

Cette accusation suppose que lors de la réception des templiers, on leur faisait une loi expresse d’être impies dans leur croyance et dépravés dans leurs moeurs ; qu’ils reniaient Jésus-Christ ; qu’ils crachaient sur la croix, et souffraient des libertés scandaleuses.

Il serait à la fois superflu et affligeant d’entrer dans des détails à ce sujet.

Au lieu de flétrir la mémoire des persécuteurs des templiers, que ne puis-je rejeter sur l’esprit d’un siècle ignorant la honte et le succès d’une dénonciation absurde, et qui peut-être n’a réussi alors que par son absurdité même !

Dans la foule des traits frappants qui feraient juger de l’esprit du siècle, je citerai l’accusation portée contre la mémoire de Boniface VIII. Philippe-le-Bel ou ses courtisans avaient offert de prouver que ce pape s’était souillé des crimes les plus horribles et les plus détestables, qu’il était heretique, qu’il avait livré son âme au démon, etc. Les témoins avaient été entendus juridiquement, et avaient attesté les faits dénoncés. Il fallut que Clément employât beaucoup d’adresse, de fermeté et de ressources, pour éluder le scandale du jugement qui eût flétri la mémoire d’un pontife.

  (21) Ossa cujusdam dudum defuncti scilicet M. Joannis de Thuro exhumata atque combusta. (Joan. canonic. Sti. Victoris)
Guichard, évêque de Troyes, ne fut-il pas accusé d’avoir causé, par sortilège, la mort de la reine Jeanne de Navarre ? A l’extravagance de l’accusation succéda l’extravagance de la preuve ; des témoins déposèrent qu’il était coupable (22). 

A l’époque de la mort de Philippe-le-Bel, l’animosité et la vengeance obtinrent un grand succès contre Enguerrand de Marigni. On le poursuivit d’abord pour avoir dilapidé les finances. Le comte de Valois, qui voulait perdre Marigni, obtint qu’on arrêtât sa femme et sa soeur. Des témoins déposèrent qu’à la sollicitation de ce ministre elles avaient employé un magicien, nommé Jacques de Lor, pour attenter à la vie du roi en faisant de certaines opérations magiques par le moyen de figures de cire.

On mit en prison le prétendu magicien, qui se pendit de désespoir. Des témoins furent entendus ; le crime parut prouvé ; la femme du magicien fut brûlée comme complice, et Marigni fut condamné à être pendu, nonobstant sa qualité de gentilhomme et de chevalier.

Tel était le siècle où les templiers furent condamnés ; tels étaient les moyens violents que les accusateurs étaient dans l’usage d’employer !

On pourrait donc attribuer aux malheurs des temps et à l’erreur du siècle, autant qu’aux passions de quelques hommes puissants, les vexations cruelles, les accusations absurdes dont les templiers furent les victimes.

  (22) Fleuri, Histoire ecclésiastique, livre 92.
Les personnes qui auraient hésité de croire que l’inquisiteur Guillaume de Paris ait procédé contre les templiers d’une manière cruelle, pourraient-elles récuser les attestations des historiens, les plaintes des accusés, les assertions des juges, et surtout l’instruction que l’inquisiteur avait rédigée pour ses commissaires (23) ? 

Elle porte de choisir des gens sûrs, de les instruire en secret, d’exiger d’eux un serment, en leur annonçant que le roi est informé des crimes de l’ordre par le pape et l’Eglise, de saisir les biens et les personnes des templiers, de les emprisonner chacun à part, de les interroger, et d’employer la torture, s’il est besoin.

On devait offrir le pardon s’ils confessaient ce que l’inquisiteur appelait la vérité, et en cas de refus leur déclarer qu’ils seraient condamnés à mort.

L’inquisiteur indique ensuite les faits dont les commissaires ou la torture doivent obtenir l’aveu. Il recommande de ne rédiger les interrogats et de ne les envoyer au roi, qu’autant que les accusés se seront reconnus coupables.

Quelle procédure que celle qui commence par la torture ! Quels juges que ceux qui commencent par déclarer à l’accusé que s’il n’avoue pas les crimes qui lui sont imputés, il est d’avance condamné à mort ! Quelle partialité que de rédiger seulement les réponses à la charge des accusés !

Et qu’on ne dise pas que ces instructions n’ont pas été exactement suivies.

  (23) Chest la forme, comment li commissaires iront avant en besoigne.
esliront prudhommes puissans du pais sans soupçon, chevaliers, eschevins, consuls,et seront enformes de la besoigne secreement et par serment ; et comment li rois est de ce enformes par le pape et par l’Eglise.
et tantost il seront envoie par cascun leu, peur prendre les personnes et saisir leur biens, et ordener de la garde et iront si enforciement, que li frère et leur mesnie (serviteurs) ne puissent contester.
et auront sergens avenc eus, pour eus faire obeir.
Après ce, il metront les persones sons bone et seure garde, singulièrement à cascun par soi. et enquerront de eus premierement la vérité ; et puis apelerontles commissaires de l’inquisiteur, et examineront diligemment la vérité, et par jehine (torture ou question) se mestier {besoin) est. et se il confessent la vérité, il feront ecrire leur deposition, tesmoins apeles.
C’est la manière de l’enquerre. L’en les amonestera premièrement des articles de la foi, et dira comment li papes et li rois sont enforme par pluiseurs témoins bien creables de l’ordre, de l’erreur et de la bougrerie, que il font especiaument en leur entree et en leur profession.
et leur prometeront pardon, se il confessent la vérité, en retournant à la foi de la sainte Eglise ; ou autrement il convient que il soient à mort condempne…
et doivent li commissaires envoier au roi sus les seaux des commissaires de l’inquisiteur, le plus tost qui il porront, la copie de la deposition de ceux qui confesseront lesdites erreurs, especiaument le reniement de notre Seigneur Jehsu-Crît.
(extrait des instructions donnees par l’inquisiteur Guillaume de Paris, imprimees dans l’ouvrage de J.Dupui, edition de Bruxelles in-12, 1713, t.2, p.318, et in-4, 1751, p.201).
Dupui raconte l’interrogatoire de treize templiers de Caen. 

«Le dernier desdits témoins ne voulant rien confesser, il fut mis à la question, etc.» Divers historiens contemporains parlent des tortures que subirent les templiers (24).

  (24) Plurimi autem ipsorum confiteri minime voluerunt quamvis non nulli ipsorum subjecti fuerint quaestionibus et tormentis. (Vita Clementis V. Auct. Bernardo Guidonis)
Alii autem diversis tormentis quaestionati, seu comminatione vel eorum aspectu perterriti, alii blandis tracti promissionibus et illecti, alii arcta carceris inedia cruciati vel coacti, multipliciterque compulsi sunt. (Contin. de Guill. de Nangis)
Ils n’en furent pas même exempts en Aragon, où on n’osa les condamner. (25)   (25) Le concile de Tarragone, tenu en 1312, parle ainsi des Templiers qu’il jugea : Neque enim tam culpabiles inventi, ac fama ferebat, quamvis tormentis adacti fuissent ad confessionem criminum.
en Angleterre, le concile de Londres décida que si, après les avoir interrogés de nouveau, ils persistaient dans leurs dénégations, ils seraient mis à la question, et qu’elle serait donnée de manière qu’il n’y eût pas mutilation incurable de quelque membre, ni violente effusion de sang (26). 

Les cris de l’indignation, les plaintes de la douleur ont traversé le silence des siècles et sont encore entendus par la postérité. Ceux des templiers qui eurent la vertu courageuse de défendre l’ordre devant les commissaires du pape leur reprochèrent sans cesse que c’était surtout par la crainte ou par l’effet de la torture que l’inquisiteur s’était procuré les aveux dont on se prévalait contre l’ordre.

Toutes ces autorités irrécusables ne permettent plus de douter que le moyen cruel et irrégulier de la torture préliminaire n’ait été employé contre ces proscrits.

Il serait inutile et fastidieux d’examiner les divers interrogatoires qui eurent lieu en France ; mais je dois faire quelques observations sur celui des cent quarante detenus au Temple.

Cet interrogatoire, dont Dupui avait donné la notice, est écrit sur un immense rouleau de parchemin, dans la forme d’un procès libératoire. Il est évident qu’il a été rédigé hors de la présence des accusés, sur les notes successivement prises dans les diverses séances. On reconnaît, dans ce manuscrit, tous les caractères d’authenticité matérielle qu’on exige pour les titres de ce temps là ; mais, quant à l’authenticité morale, il est peut-être permis d’élever de grands doutes. Il est très probable que plusieurs chevaliers, séduits par les promesses, épouvantés par les menaces, ou vaincus par les tortures, firent des aveux ; mais ces aveux, obtenus par la séduction ou arrachés par la douleur, aggravent le crime et l’opprobre des accusateurs.

L’interrogatoire suppose que cent trente-sept chevaliers firent des aveux, peut-être il paraîtra évident que, dans le nombre des cent quarante interrogés, il s’en trouva plus de trois qui résistèrent à la séduction, aux menaces et à la torture.

  (26) Et si… nihil aliud quam prius vellent confiteri, illae fierent absque mutilatione et debilitatione perpetua alicujus membri et sine violenta sanguinis effusione (Rymer, t.3, p.227).
Lorsqu’il fut permis à ceux des templiers qui voulaient défendre l’ordre, de paraître devant les commissaires du pape, soixante-quinze se présentèrent ; dans ce nombre, j’en compte au moins treize (27) des cent trente-sept, qui sont supposés être lors de cet interrogatoire, convenus des crimes imputés à l’ordre.   (27) Ces treize chevaliers sont les 7e, 11e, 30e, 38e, 45e, 59e, 67e, 75e, 100e, 101e, 121e, 127e, 130e.
Pierre de Boulogne, prêtre et procureur-général de l’ordre, âgé de quarante-quatre ans, portait la parole (28).   (28) Voyez les pièces justificatives.
D’après la rédaction de l’interrogatoire, il paraît avoir fait des aveux (29). 

Cependant, il défendit l’ordre avec la plus grande véhémence : il dénonça devant les commissaires la séduction et les tortures qu’on avait employées pour obtenir de quelques chevaliers des aveux mensongers.

Si ces treize défenseurs de l’ordre, et notamment Pierre de Boulogne, qui mettaient tant de zèle et de courage dans leurs assertions, eussent veritablement avoué devant l’inquisiteur les crimes horribles imputés à l’ordre, les commissaires, que l’énergie de cette défense devait à la fois humilier et indigner, eussent-ils manqué de leur objecter qu’ils étaient eux-mêmes convenus de la vérité des crimes dont ils voulaient justifier tous les chevaliers ?

Les expressions mêmes de cette défense prouvent évidemment que ces treize templiers n’avaient encore fait aucun aveu, puisqu’ils disent expressément que si les chevaliers qui en ont fait ne les rétractent pas, c’est parce qu’ils sont tellement accablés de terreur, qu’ils n’osent se rétracter, à cause des menaces qu’on leur fait chaque jour ; et ils demandent que ces infortunés puissent sans péril rendre hommage à la vérité.

Clément V avait regardé comme un outrage fait à son autorité les actes arbitraires qu’on s’était permis contre eux ! Il prétendait que c’était à lui seul de les juger et de les punir.

Il exigea donc que les templiers fussent poursuivis en son nom. Il délégua des commissaires apostoliques, pour prendre une information contre l’ordre.

On avait eu soin de conduire, et de lui présenter, à Poitiers, soixante-douze chevaliers pour confesser les crimes dont on exigeait l’aveu.

  (29) Voyez son interrogatoire, parmi les pièces justificatives.
Quoique un Historien contemporain rapporte (30) que les templiers interrogés par le pape ne cédèrent qu’à la torture, quoique cette forme cruelle de procéder n’eût peut-être rien d’extraordinaire dans le temps, je préfère d’admettre qu’on présenta seulement au pape des chevaliers qui, ayant déja cédé à la douleur ou à la séduction, esperaient qu’à la faveur de leur aveu, ils obtiendraient la vie et la liberté.   (30) Ad quae praedicta aliqui ex eo ordine coeperunt trepidare et ex tormentis coram summo pontifico et rege praedicto confessi sunt. (Chronicon Astense, script. rer. ital., t.12, p.192)
Le sort de ces infortunés était si affreux que l’histoire atteste que plusieurs étaient morts de faim, et que le désespoir en avait porté d’autres à se détruire (31). 

Il eût été très important que Jacques de Molay parût devant le pape, qui se réservait le droit de prononcer sur le sort de ce chef de l’ordre, et de quelques autres. Sans anticiper sur les détails relatifs au grand-maître, je dois remarquer qu’on éluda cette entrevue qui aurait pu jeter un si grand jour sur l’affaire : on nomma des commissaires pour interroger à Chinon le grand-maître et d’autres chefs de l’ordre.

Il est évident qu’on ne voulut presenter au pape que quelques chevaliers, dont on fût très sûr, c’est-à-dire les mêmes qui, apostats de l’ordre, servirent de témoins contre lui, dans cette fameuse information que j’aurai bientôt occasion d’apprécier.

On ne connaît ni les noms, ni les aveux de ces soixante-douze templiers que le pape dit avoir interrogés. Aucun procès-verbal ne fut rédigé ; il n’existe à cet égard que l’assertion du pape. Les agents de Philippe-1e-Bel voulaient seulement fournir au pontife des motifs ou des prétextes contre l’ordre ; ils y réussirent.

Des commissaires apostoliques se rendirent à Paris, et prirent cette fameuse information composée de deux cent trente-un témoins.

Cette information fut produite et lue devant les pères du concile de Vienne. Elle ne leur parut pas offrir des preuves capables de les déterminer à prononcer l’abolition de l’ordre ; et en effet il suffit de quelques observations pour démontrer qu’elle ne mérite pas que l’impartialité du juge ou de l’historien lui accorde la moindre croyance.

La plupart des deux cent trente-un témoins attestent, il est vrai, les prétendus crimes imputés à l’ordre.

L’invraisemblance, l’absurdité, la contradiction de ces prétendus crimes suffiraient pour faire rejeter cette information ; que sera-ce quand on saura de quels témoignages elle était composée ?

Les commissaires apostoliques entendirent en témoins les templiers apostats qui avaient changé leurs rôles d’accusés en celui de dénonciateurs de l’ordre.

Ainsi plusieurs des cent quarante interrogés au Temple, qui par séduction ou par crainte avaient fait des aveux, et qui n’avaient pas la volonté ou le courage de les rétracter furent entendus en témoins.

Ainsi l’on appela de divers lieux les templiers qui, pour sauver leur vie et obtenir leur liberté, avaient cédé aux promesses, aux menaces ou aux tortures.

En rassemblant leurs témoignages suspects et intéressés, on composa cette information.

C’est pour la première fois, peut-être, qu’on a vu des accusés qui obtenaient leur grâce à la faveur de leurs aveux, reparaître ensuite comme dénonciateurs et témoins contre leurs co-accusés.

  (31) Quidam in ipso templo, ut fama proferebat, plures mortuos fuisse, prae inedia, vel cordis tristitia vel ex desperato suspendio periisse. (Joan. canonic. Sti. Victoris)
La très grande partie de ces deux cent trente-un témoins est donc composée de templiers apostats qui, ayant quitté (32) le manteau de l’ordre, avaient été absous par des conciles, et reconciliés avec l’Eglise pour prix de leurs lâches aveux. 

Quelques dépositions sont en faveur de l’ordre, c’est-à-dire qu’elles attestent que lors des réceptions il ne se passait rien que de conforme aux lois de la religion et de l’honneur.

Enfin quelques autres dépositions de témoins étrangers à l’ordre, ne pouvant pas donner des renseignements directs et certains sur le secret du mode de réception, ne méritent aucun egard.

Les pères du concile de Vienne ne firent qu’un acte de justice, en refusant leur assentiment aux prétendues preuves résultantes de cette information.

  (32) Non deferens mantellum ordinis quia voluntarie ipsum dimiserat.
Au surplus, ils n’ignoraient pas que tous ces apostats rassemblés pour déposer contre l’ordre, n’étaient que le très petit nombre des chevaliers (33) et que les autres supportaient leur sort plutôt que de trahir leurs serments et démentir leur vertu (34). 

Ils n’ignoraient pas que cette grande majorité n’avait pas été interrogée, et avait seulement été admise à donner ses défenses par la bouche des soixante-quinze qui comparurent pour l’ordre, et qui parlèrent au nom de cette immense majorité, par-devant les commissaires apostoliques.

Les dépositions contenues dans cette information prise par les délégues du pape, ne sauraient donc être considérées comme formant preuve contre les templiers.

La raison, la loi, l’équité s’accordent à rejeter des dépositions aussi suspectes et aussi intéressées.

On conçoit comment les mêmes individus ont fait des aveux lors de l’interrogatoire du temple, ont été choisis pour paraître devant le pape, et ont ensuite déposé contre l’ordre, par-devant les commissaires apostoliques.

Au reste, sur quoi portaient toutes ces dépositions ?

Elles portaient seulement, ainsi que l’attestent les commissaires eux-mêmes, sur le mode de réception, lorsqu’un chevalier entrait dans l’ordre.

C’etait le même aveu qu’on exigeait partout, et il ne fut pas difficile de l’obtenir.

Les commissaires se décidèrent à clore l’information :

  (33) On lit dans une bulle de Clément V à Philippe-le-Bel, datée d’Avignon 2 nonas maii, Pontificatus quarto anno, que le roi avait témoigné au pape que le retard qu’éprouvait l’affaire des templiers pouvait occasionner de tristes et dangereux effets, puisqu’il avait déjà causé de très grands maux. «Plusieurs des templiers, disait le roi, qui avaient d’eux-mêmes avoué qu’ils étaient coupables, voyant l’affaire traîner en longueur, tombent dans le désespoir, se méfient du pardon ; d’autres au contraire rétractent leurs aveux ; ces retards excitent les murmures du peuple contre votre grandeur et contre moi-même. Il dit que nous ne soucions ni vous ni moi de cette affaire, mais que nous en voulons seulement aux biens que les templiers possédaient.»
Multi enim templariorum ipsorum qui reatum eorum fuerant sponte confessi, intuentes sic ipsum differi negotium, ad desperationem deducti, de misericordia ecclesiae diffidebant ; alii vero revocabant confessiones easdem et in errores pristinos recidebant, quodque propter moras et dilationes praefatas contra nos et tuam magnitudinem populus clamabat et etiam murmurabat dicens quod nec nobis neque tibi de negotio hujusmodi erat curae ; sed de praeda bonorum quae templarii possidebant.
(Bulle inedite de Clément V à Philippe-le-Bel, datée : Avenioni, 2 nonas maii, pontificatus IV anno. elle se trouve cotée n° 19, dans le carton des templiers, n° 3, au tresor des chartres.)
Il fallut donc rassurer les lâches qui avaient fait volontairement des aveux : on leur donna la liberté ; ils renoncèrent à l’ordre et servirent de témoins contre lui. 

(34) Majori et saniori parti viventium pro ipsa veritate sustinenda , sola urgente conscientia. (Défense des 75).

Considérant, disent-ils, que par l’attestation de deux cent trente-un témoins, dont quelques-uns déposent des réceptions faites outre-mer, et des autres témoins entendus dans les diverses parties du monde, contre l’ordre et en sa faveur ; en outre par les aveux des soixante-douze qui avaient comparu devant le pape et les cardinaux ; on est suffisamment instruit, etc. (35). 

Voilà donc à quoi se réduit cette information, que les ennemis des templiers ont présentée comme une preuve irréfragable de leurs crimes et de leurs désordres.

Nul doute que, s’agissant des cérémonies de leur réception, auxquelles les étrangers n’étaient point admis, les dépositions des témoins qui n’avaient pas été templiers, ne pouvaient avoir aucune influence, puisqu’ils parlaient tout au plus d’après des ouï-dire.

Nul doute que les apostats de l’ordre ne pouvaient pas porter valablement témoignage contre lui. Ils étaient évidemment suspects ; la turpitude de leur conduite, l’intérêt personnel et urgent qu’ils avaient à faire déclarer l’ordre coupable, eussent fait rejeter leur témoignage par-devant tous les tribunaux de justice, et à plus forte raison par-devant ceux de l’histoire et de la postérité.

Opposera-t-on que, s’agissant d’un crime clandestin, on ne pouvait en fournir la preuve par des témoins étrangers à l’ordre ; et qu’alors ces témoins apostats devenaient des témoins nécessaires ?

Si, par des actes extérieurs et publics d’impiété, si, par le scandale de leurs moeurs, les chevaliers avaient permis de soupçonner l’existence de ce statut horrible et invraisemblable ; si l’on avait découvert, d’ailleurs, quelque preuve ou indice de ces statuts, alors, peut-être, la justice aurait pu admetttre les dépositions des templiers apostats, et croire qu’il existait dans l’ordre un statut criminel et secret ; ce statut eût paru vraisemblable et presque prouvé par les effets de la conduite impie et dissolue des chevaliers, qui en eût semblé la consequence.

Mais quand on n’articule aucun fait extérieur et public qui permette de justes soupçons ; quand la conduite des chefs de l’ordre et même des chevaliers se trouve justifiée par les attestations les plus honorables, par celles même des papes et des rois qui les ont ensuite persecutés, comment oserait-on appeler témoins nécessaires les apostats de l’ordre, et soutenir d’après leurs dépositions, qu’un pareil statut ait existé, sans motifs, sans intérêt, sans utilité pour l’ordre, ni pour les chefs, ni pour les chevaliers, qu’il eût gratuitement avilis à leurs propres yeux, et à ceux de l’ordre entier !

  (35) Considerantes quod per attestationes ducentorum triginta et unius testium per quorum aliquos deponebatur de réceptionibus factis ultra mare in praesenti inquisitione, et aliorum in diversis mundi partibus examinatorum contra ordinem et pro ipso, una cum septuaginta duobus examinatis per dictum dominum papam et aliquos dominos cardinales in regno Franciae, poterant reperiri ea quae reperirentur per plures, etc (Dupui, p.172.)
et quel doute pourrait tenir contre l’assertion noble et courageuse de ces braves chevaliers qui, du fond de leur prison, fidèles à leurs serments, à la vertu, à la vérité, osèrent, au nombre de soixante-quinze, se porter pour défenseurs de l’ordre opprimé, et parlèrent au nom d’une immense majorité (36) ? 

De pareils témoignages, qui furent punis par un supplice cruel, ne doivent-ils pas prévaloir contre les dénonciations viles et intéressées des apostats, qui rachetèrent leur vie par leur déshonneur ? La défense des soixante-quinze ne fut pas écoutée par les juges du temps ; mais elle le sera par l’impartiale posterité ; il suffit de la transcrire, ou de l’abréger. Je me reprocherais d’ajouter le moindre ornement à son éloquente simplicité et peut-être l’essayerais-je en vain.

  (36) Entre autres, trois cent quarante chevaliers étaient detenus dans dix-neuf maisons d’arrêt.
«Les formes légales (37), disaient-ils, ont été violées envers nous. 

On nous a arrêtés sans procédure préalable.

Nous ayons été saisis comme des brebis qu’on mène à la boucherie.

Dépossédes tout à coup de nos biens, nous avons eté jetés dans des prisons affreuses.

On nous a fait subir les épreuves cruelles de divers genres de tourments.

Un très grand nombre de chevaliers sont morts dans les tortures, ou des suites de ces tortures.

Plusieurs ont été forcés de porter contre eux-mêmes un faux temoignage, qui, arraché par la douleur, n’a pu nuire ni à eux ni à l’ordre.

Pour obtenir des aveux mensongers, on leur présentait des lettres du roi qui annonçaient que l’ordre entier était condamné sans retour, et qu’il promettait la vie, la liberté, la fortune aux chevaliers assez lâches pour déposer contre l’ordre.

Tous ces faits sont si publics et si notoires, qu’il n’y a ni moyen, ni prétexte de les désavouer.

Quant aux chefs d’accusation que la bulle du pape proclame contre nous, ce ne sont que faussetés, déraisons et turpitudes. La bulle ne contient que des mensonges détestables, horribles et iniques.

Notre ordre est pur et sans tache. Il n’a jamais été coupable des crimes qu’on lui impute, et ceux qui ont dit ou qui disent le contraire sont eux-mêmes faux chrétiens et hérétiques.

Notre croyance est celle de toute l’Eglise ; nous faisons voeu de pauvreté, d’obeissance, de chasteté et de dévouement militaire pour la défense de la religion contre les infidèles.

Nous sommes prêts à soutenir et à prouver notre innocence de coeur, de bouche et de fait, et par tous les moyens possibles.

Nous demandons à comparaître en personne dans un concile général.

Que ceux des chevaliers qui ont quitté l’habit religieux et ont abjuré l’ordre, après avoir deposé contre lui, soient gardés fidèlement sous la main de l’Eglise, jusqu’à ce qu’on décide s’ils ont porté un témoignage vrai ou faux.

Quand on interrogera des accusés, qu’il n’y ait aucun laïque, ni personne qui puisse les intimider.

Les chevaliers sont frappés d’une telle terreur qu’il faut bien moins s’étonner s’ils font de faux aveux, qu’admirer le courage de ceux qui soutiennent la vérité, malgré leur péril et leurs justes craintes.

Et n’est-il pas étonnant qu’on ajoute plus de foi aux mensonges de ceux qui pour sauver leur vie corporelle, cèdent à l’épreuve des tourments ou aux séductions des promesses, qu’à ceux qui pour la défense de la vérité, sont morts avec la palme du martyre, et à cette saine et majeure partie de chevaliers qui survivent, et par le seul besoin de satisfaire à leur conscience, ont souffert et souffrent encore chaque jour.»

Telle fut la sublime défense de ces braves chevaliers !

  (37) Processus contra templarios.
J’ai déjà observé que les commissaires du pape devaient se borner à informer contre l’ordre, et ne pouvaient pas prononcer la condamnation individuelle et personnelle des chevaliers. Ce triste soin fut delégué à des conciles provinciaux, à des archevêques ou évêques, qui, chargés d’agir contre les templiers, trouvèrent que les accusés rétractaient leurs aveux, et que ceux qui n’en avaient pas fait, persistaient dans leur dénégation. Ces nouveaux juges en informèrent le pape. Il ne pouvait ignorer que l’inquisiteur et ses délégués avaient commencé les procédures par la torture préliminaire, et il se borna à répondre aux archevêques et évêques que les difficultés qu’ils proposaient se trouvaient décidées par le droit écrit, dont la plupart d’entr’eux étaient instruits, et que ne voulant pas innover, quant à présent, il exigeait qu’on procédât selon le droit (38).   (38) Dubitant etiam, qualiter sic contra pertinaces et confiteri nolentes et contra illos qui suas confessiones sponte factas revocant, procedendum ; super quibus nostras declarationis oraculum postularunt. Cum autem per jura scripta, quorum non nullos vestrum plenam scimus habere notitiam, haec dubia declarentur, et propterea nos ad praesens non intendamus nova jura facere super illis, volumus in praemissis juxta juris exigentiam procedatis. Datum Avenioni, kal. Augusti, ponfificatus nostri anno 4 (Leibnitz, mantissa jar.diploma. t.2, p.90).
Il était dans les principes de la justice et de l’équité de recommencer la procédure devant les nouveaux juges qu’on donnait aux accusés. Mais on craignait que la plupart des templiers ne voulussent plus rien avouer. Alors le pape écrivit à Philippe-le-Bel, qu’il était de principe reconnu que l’information commencée par un juge supérieur ne pouvait pas être terminée par un juge subalterne, surtout quand il s’agissait du pontife romain, auprès de qui réside la plénitude du pouvoir ; mais que cependant pour ne pas entraver l’affaire, et pour l’expédier plus facilement et plus promptement, il consentait que dans les conciles provinciaux on procédât de sa propre autorité, quand même cette manière de procéder ne serait pas conforme au droit (39). 

Le pape décida aussi qu’il ne fallait ni interroger ni informer de nouveau à l’égard de ceux des accusés contre lesquels on avait déjà fait des procédures. Rien ne paraîtra plus monstrueux que cette forme judiciaire, si ce n’est les jugements qui en furent les résultats en France. Le pape avait exigé que l’on jugeât selon le droit.

Le concile de Sens était présidé par le frère d’Enguerrand de Marigni, ministre du roi.

Les informations contre les templiers ne portaient uniquement que sur le mode de réception des chevaliers.

D’après les statuts de leur ordre, le récipiendaire reniait-il Jésus-Christ ? Crachait-il sur la croix ? Etait-il autorisé à la dépravation des moeurs ? etc etc

En supposant qu’ils reniaient Jésus-Christ, on poursuivait les templiers comme hérétiques.

Cependant s’ils faisaient des aveux et demandaient pardon de leurs prétendus crimes, ils cessaient d’être regardés comme hérétiques : on les réconciliait avec l’Eglise.

  (39) Ad dubitationem autem illam praelatorum et inquisitorum eorumdem, videlicet an contra illos vel pro eis de quibus alias per nos extitit inquisitum in provincialibus conciliis sentetiam ferri possit ; duximus respondendum ; certum est enim quod de jure non possunt. Explorati quidem juris est, nec alicui venit in dubium quod coram superiori judice incohata inferiori judicio terminari non possunt ; quomodolibet vel decidi praesertimi coram romano incepta pontifice, penes quem plenitudo residet potestatis. Tamen ne valeat intricari negotium, sed felicius et facilius expediri et praesertim propter enormitatem tanti criminis et horribilitatem facinoris, volumus quod contra ipsos vel pro ipsis in eisdem conciliis auctoritate nostra procedi valeat… Ita tamen quod causae praedictae quae nos movent ad id concedendum, etiam contra juris regulam, in sententiis seu definitionibus expresse ponantur.
(Bulle inédite de Clément V, déjà citée page 61)
Par le jugement du concile de Sens (40), les chevaliers qui avaient fait des aveux et qui persistaient, furent déclarés innocents et mis en liberté. 

Ceux qui n’avaient jamais avoué la prétendue hérésie, qui n’avaient point d’aveux à rétracter, et soutenaient constamment la validité des réceptions, furent condamnes à la prison : ils restaient non réconciliés.

Quant aux autres qui dirent à leurs juges : «Nous avions cédé à la douleur des tortures, mais nous avons révoqué, nous révoquons les faux aveux qui nous avaient été arrachés», le concile décida que, d’après leurs premiers aveux, ils s’étaient reconnus hérétiques ; que rétracter leurs aveux, c’était retomber dans leurs premières erreurs, redevenir hérétiques, et conséquemment être relaps.

  (40) Quidam autem, vestibus illius religionis abjectis et secularibus absumptis, sunt absoluti et liberi demissi.
Nam illi qui praefatos casus enormes de se et de aliis publice confessi sunt et postea negarunt, velut prolapsi combusti sunt.
Qui autem nunquam voluerunt fateri in carceribus detinentur.
Qui vero primo confessi sunt et semper confitentur, poenitentes et veniam postulantes, liberi sunt dimissi.
(Joan. canonic. Sti. Victoris).
Comme hérétiques et surtout comme relaps, ils furent condamnes à être brûlés (41). 

Et ils le furent.

Et ils moururent du moins en martyrs de la vérité, de la vertu et de la religion.

La prévention et l’ignorance ont seules pu avancer que les templiers avaient été punis justement, et punis pour leurs crimes. On voit que les chevaliers qui eurent la lâcheté de se reconnaître coupables furent absous, et qu’on ne condamna au feu que ceux qui rétractèrent leurs aveux.

Qu’on n’oublie jamais cette différence dans les jugements des conciles provinciaux.

Il serait inutile et fastidieux de nous arrêter sur les autres jugements de proscription.

Au lieu d’exciter l’indignation contre quelques tribunaux qui ne sont coupables, peut-être, que d’avoir cédé à l’esprit de leur siècle et aux instigations des ministres du pape et du roi, j’aime mieux reposer mes regards et ceux du lecteur sur les témoignages généreux que les templiers, soit en France, soit en pays étranger, eurent la gloire de rendre à la vérité, et sur la justice que plusieurs de leurs juges eurent la vertu de leur accorder.

Outre les chevaliers qui, en France, osèrent se déclarer les défenseurs del’ordre, et le grand nombre qui furent condamnés à la prison perpétuelle pour n’avoir jamais fait d’aveux, on peut citer honorablement ceux de Metz, qui soutinrent toujours l’innocence de l’ordre, et qui ne furent pas punis de leur courage.

Dans le comté de Roussillon, ils n’avouèrent aucun des chefs d’accusation.

On croit qu’en Bretagne et en Provence, ils furent condamnes à mort, mais ils ne se reconnurent pas coupables.

  (41) Que j’aime à pouvoir opposer à l’injustice de ce jugement, la sagesse de la décision du concile de Ravènes, qui pensa au contraire avec raison que ceux des accusés qui révoquaient les aveux arrachés par les tortures devaient être absous !
Communi sententia decretum est, innocentes absolvi… Intelligi innocentes debere, qui metu tormentorum confessi fuissent ; si deinde eam confessionem revocassent : aut revocare, hujusmodi tormentorum metu, ne inferrentur nova, non fuissent ausi ;dum tamen id constaret. (Harduin concil. general. t.7 p.1317).
A Nismes, il y eut deux enquêtes : les chevaliers interrogés dans la première refusèrent de faire les aveux qu’on exigeait d’eux (42). 

A Bologne et à Ravènes, en Italie, ils furent absous par les conciles.

En Aragon, après être sortis victorieux des tortures, ils furent absous par les conciles de Salamanque et de Tarragone.

En Chypre, ils se livrèrent d’eux-mêmes à la justice, quoiqu’ils fussent armés, puissants et nombreux. Il paraît qu’ils échappèrent à la proscription.

En Allemagne, ils se présentèrent en nombre et en armes au milieu du concile de Mayence : quarante-neuf témoins déposèrent en leur faveur. Les pères de ce concile s’empressèrent de reconnaître leur innocence.

  (42) Catalogue des manuscrits de Baluze, p.525.
Il ne paraît pas qu’en Angleterre ils aient été condamnés à mort ; il nous est parvenu près de cent dépositions des chevaliers anglais, et presque toutes s’accordent à soutenir la légalité des réceptions, à attester la vertu de l’ordre et des chefs, et à nier expressément que l’on crachât sur la croix et qu’on autorisât la dissolution des moeurs, lors de ces réceptions (43). 

Cette diversité de jugements prononcés par les différents conciles est une circonstance, frappante, qui seule suffirait pour prouver l’injustice de la condamnation des chevaliers du Temple.

En effet, pour quels crimes les poursuivait-on ? pour appartenir à un ordre qui, lors de la réception des chevaliers, faisait une loi de l’impiété et de la dissolution des moeurs. C’etait, selon les accusateurs, un statut fondamental auquel tous les récipiendaires étaient soumis.

Si dans plusieurs pays les chevaliers ont été absous, il est évident que l’on y jugeait que le statut n’existait pas, et s’il est ainsi prouvé juridiquement qu’il n’existait pas pour les chevaliers étrangers, il faut alors joindre à l’absurdité et à l’invraisemblance de l’accusation, l’absurdite et l’invraisemblance plus grandes encore que le statut n’existait que pour les chevaliers condamnés en France.

Le concile de Vienne avait été assemblé pour prononcer sur le sort de l’ordre. Une foule de templiers proscrits étaient errants ou réfugiés dans les montagnes voisines de Lyon.

Ce fut sans doute une résolution courageuse et louable que celle qu’ils prirent d’envoyer des députés par-devant les pères du concile de Vienne, pour y plaider la cause de la vertu et du malheur. Les bûchers fumaient encore ; les oppresseurs veillaient toujours sur les proscrits ; la haine n’était pas encore assouvie ; n’importe : ils écoutent ce noble et genereux désespoir qui sied quelquefois à la vertu dans des occasions extraordinaires et solennelles.

Au moment même où on lisait devant les pères du concile de Vienne les informations faites contre l’ordre, paraissent tout à coup neuf templiers, qui offrent de prendre la défense de cet ordre opprimé.

C’était leur droit. Un concile était convoqué contre eux : les maximes de la religion et de la justice exigeaient qu’ils y fussent entendus, puisqu’on devait prononcer sur leur sort, leur fortune, leur gloire et leur réputation, de probité, d’honneur et de catholicité.

C’était leur devoir. Les autres chevaliers le leur avaient légué, du milieu des tortures et du haut des bûchers, où leur dernier soupir avait attesté leur innocence et celle de l’ordre.

Ces neufs chevaliers sont introduits.

Ils exposent franchement et loyalement l’objet de leur mission.

Ils se disent mandataires de quinze-cents à deux mille chevaliers. Ils s’étaient présentés d’eux-mêmes sous la sauvegarde de la bonne foi publique.

Leurs malheurs et leurs proscriptions étaient des titres respectables, surtout devant les pères et le chef de l’Eglise.

Une grande discussion allait s’engager. Le concile seul n’en eût pas été juge : l’Europe, la chrétienté, le siècle, la postérité auraient eu à ratifier ou à condamner le jugement du concile.

Que fit Clément V ? Il m’en coûte de le dire. Mais je dois la vérité à la mémoire de tant d’illustres victimes, au siècle présent, aux vertus mêmes de ces pontifes et de ces prêtres qui, dans des temps plus heureux, font oublier les erreurs de ceux qui les ont précédés. Je dois révéler un secret caché jusqu’à ce jour.

  (43) Ruymer, t. 3. Nova editio conciliorum magnae Britanniae, t.2, Monasticum anglicanum, t.2.
Clément V fit arrêter ces généreux chevaliers ; il les fit jeter dans les fers, et il se hâta de prendre des mesures contre le désespoir des proscrits dont il traitait ainsi les mandataires. Il augmenta sa garde, et écrivit à Philippe-le-Bel, de prendre lui-même des précautions, en lui donnant ces détails que l’histoire aurait peut-être ignorés à jamais, si les circonstances ne m’avaient imposé la loi de les publier (44). 

Le concile de Vienne était composé de trois cents évêques, sans compter les abbés et prieurs, etc.

On conçoit aisément que ce procédé violent de Clément V, ce déni de justice scandaleux excitèrent leur indignation.

  (44) Voyez la lettre de Clément V à Philippe-le-Bel, avec la traduction, parmi les Pièces justificatives.
La lecture des informations prises contre les templiers ne leur offrit point des preuves suffisantes pour les condamner, et d’ailleurs pouvaient-ils ignorer par quels moyens coupables on était parvenu à se procurer des dépositions (45) ? 

Pouvaient-ils accorder quelque confiance à une information, lors de laquelle on avait négligé d’interroger l’immense majorité des chevaliers, qui, comme accusés, avaient le droit incontestable et sacré de donner individuellement leurs moyens de défense, ou de paraître en personne devant le concile ?

Aussi, tous les pères de ce concile, hors un Italien et trois Français, decidèrent-ils qu’on devait, avant tout, entendre les templiers accusés.

Cette délibération, commandée par les lois de la religion et de la justice, ne pouvait qu’amener des résultats qui auraient contrarié les projets du pape, de Philippe-le-Bel et des autres rois qui voulaient disposer des biens des templiers ; mais le pape essaya vainement de fléchir la résistance équitable et courageuse des pères du concile. Il fut réduit à éluder l’autorité sacrée qu’il avait invoquée lui-même ; et, contre le droit et l’autorité des pères du concile, malgré leur décision impérative, il prononça, en consistoire secret, l’abolition provisoire de l’ordre. Le devait-il ?

Le pouvait-il ?

Il serait aisé de répondre à ces questions. Mais qui élèverait encore des doutes sur l’injustice de la proscription de cet ordre, et sur la barbarie du supplice de tant de chevaliers, et de leur illustre chef, Jacques de Molay ?

J’ai dû justifier l’ordre, avant de m’occuper de ce brave et vertueux chevalier.

Il était né en Bourgogne, de la famille des Sires de Longvic et de Raon. Molay était une terre du doyenné de Neublant, au diocèse de Besançon.

Reçu chevalier, vers l’an 1265, il s’était fait connaître à la cour de France, où il fut toujours traité avec distinction. Il avait eu l’honneur de tenir sur les fonds de baptême Robert, quatrième fils de Philippe-le-Bel.

  (45) La plupart des témoins qui trahissaient leur ordre étaient frères servants, inférieurs aux chevaliers. (Guillaume de Tyr, l.12, chap.27, parlant des chevaliers equites, nomme les autres fratres inferiores qui dicuntur servientes).
Ce n’est point le moment de discuter les 231 dépositions, je me borne à transcrire le jugement qu’en a porté M. Moldenhawer qui a traduit et fait imprimer en allemand le Processus contra templarios : «Mon travail, dit-il dans sa préface, p.15, m’a souvent suggéré des observations sur la conduite des commissaires et des chevaliers qui étaient ou défenseurs ou accusateurs de l’ordre, sur la marche du procès, qui par l’interruption la plus noire, la plus infâme, et preparée avec une astuce inouïe, s’éloigna absolument de la direction qu’on avait d’abord annoncé vouloir lui donner… sur l’esprit du temps qui se fait si souvent reconnaître par les traits les plus frappants. Pour le moment je ne publie que les actes tels qu’on les a présentés au pape et au concile de Vienne. les voilà au jour après un laps de près de cinq siècles. Que l’hommeimpartial prononce entre les accusés, les accusateurs et les juges.» (Process gegen der orden des tempelherren, Hamburg, 1792).
Jacques de Molay était absent, quand il fut élu grand-maître à l’unanimite (46). 

Appelé en France par le pape, Jacques de Molay arriva avec un cortège de soixante chevaliers ; il fut bien accueilli par le pape.

Ayant appris que les ennemis de l’ordre répandaient sourdement quelques calomnies, le grand-maître retourna auprès du pape, et demanda lui-même que la conduite de l’ordre et des chevaliers fût examinée.

Cette confiance était permise à sa vertu.

Il paraît que le grand-maître jouissait d’une grande réputation de probité et de bonnes moeurs.

L’amitié et les distinctions honorables qu’il avait obtenues de Philippe-le Bel, les égards du pape, l’attestation du roi d’Angleterre ne laissent aucun doute à ce sujet.

J’invoquerais encore le témoignage même de ses persécuteurs. On ne lui a jamais imputé aucun de ces crimes honteux, aucune de ces dissolutions infâmes, qu’on supposait être autorisées par les statuts de l’ordre.

Cet hommage tacite de ses ennemis est aussi honorable qu’authentique.

Ce chef respectable d’un ordre proscrit, fut jeté inopinément dans les fers, avec les cent trente-neuf chevaliers qui l’entouraient à Paris. L’épreuve des tortures, les menaces de l’inquisiteur, la certitude que les chevaliers seraient condamnés à mort, et que l’ordre serait détruit si on ne cédait pas momentanément aux projets du roi, le désir peut être pardonnable d’épargner le sang des victimes, l’espoir de s’entendre avec le pape et d’apaiser le roi, purent le faire condescendre à un aveu momentané, qui portait avec lui-même sa rétractation, tant il était invraisemblable par son absurdité et par son ridicule. J’admets donc, puisque je le trouve écrit dans l’interrogatoire de l’inquisiteur, et dans quelques historiens, que le grand- maître avait d’abord répondu que, lors de sa réception, il promit d’observer les règles et les statuts de l’ordre, qu’ensuite on lui présenta une croix où était la figure du Christ, qu’on lui ordonna de le renier, et qu’il le renia malgré lui ; et enfin qu’invité à cracher dessus, il avait craché à terre, et une seule fois.

Dès que le grand-maître connut que l’aveu qu’on avait exigé de lui, loin d’amener un arrangement en faveur de l’ordre, pouvait servir de prétexte à de nouvelles injustices et à de cruelles diffamations, il se hâta de donner l’exemple de la rétractation.

Oui, cette rétractation du grand-maître devança celle de tout autre chevalier. Ce fut de la part du chef de l’ordre un rappel courageux aux principes de l’honneur et de la vérité.

Elle fut peut-être plus utile à la cause du malheur et de la vertu, que ne l’auraient été ses dénégations continuelles.

Elle rassura la constance des chevaliers qui n’avaient jamais fait d’aveux, et surtout elle apprit aux faibles qui, en cédant aux tourments, à la crainte, à la séduction, étaient déchus de l’honneur, qu’ils pouvaient encore retourner à leur devoir.

Ainsi l’exemple et le signal du grand maître préparèrent la vertu stoïque et chrétienne de tant de victimes, qui rétractèrent ensuite leurs aveux, et périrent glorieusement pour les avoir rétractés.

Si Jacques de Molay tomba dans une première erreur, cette erreur devint donc pour lui-même, et pour de dignes chevaliers, le sujet d’une gloire nouvelle.

Si non errasset, fecerat ille minus.

Sans cette erreur, peut-être il paraîtrait moins grand.

  (46) Por conformidade de votos sabio eleito Jacobo de Molay.
Como fora eleito ausente seria recebido com grandes acclamaçoens, e com bem fundadas especanças.
Ferreira, Memorias e noticias historicas da celebre ordem militar dos templarios ; Lisboa, 1735, t.1 du supp. p.688).
Que le grand-maître ait été le premier à se rétracter, c’est ce dont il n’est pas permis de douter, d’après le mémoire qu’on trouve au trésor des Chartres, indiqué sous le titre : Mémoires où sont résolues diverses questions touchant les templiers (47). Dans ce mémoire, on observe qu’il avait rétracté ; on ajoute qu’il avait paru revenir à ses premiers aveux, on craint qu’il ne persiste dans sa rétractation. 

Le conseil répond qu’il faut s’en tenir aux premiers aveux.

Cette décision était antérieure au voyage de Chinon.

Il est évident que depuis sa première rétractation, le grand maître a toujours persisté ; s’il eût varié, on n’aurait pas manqué d’en constater la preuve, et il est aisé de démontrer qu’il ne fit plus d’aveux devant les légats du pape, qui osèrent cependant se vanter de les avoir obtenus.

Ce point historique mérite qu’on s’y arrête un instant.

Les conseils du roi crurent nécessaire de faire comparaître par-devant le pape plusieurs chevaliers qui avouassent les crimes dont ils étaient accusés : il n’était pas difficile d’en choisir un certain nombre, vaincus et subjugués par la crainte, ou séduits par les promesses et les bienfaits.

On en trouva soixante-douze dans la multitude des proscrits ; on aurait pu vraisemblablement en trouver davantage, mais le grand point était de présenter les chefs de l’ordre au pape.

On craignait avec raison qu’ils ne se justifiassent, en dénonçant les vexations qu’eux et tous les autres chevaliers éprouvaient depuis longtemps.

Il fallait donc éviter l’entrevue dangereuse du grand-maître et des chefs avec le pape.

Mais, d’un autre coté, c’était donner au pape lui-même des soupçons et des inquiétudes, que de laisser à Paris les chefs de l’ordre, quand on lui presentait quelques chevaliers.

C’était aussi s’exposer aux murmures du peuple, et à la méfiance des rois et des princes.

Les ministres de Philippe-le-Bel trouvèrent un expédient. On transféra, avec les chevaliers,le grand-maître et les autres chefs de l’ordre ; mais on ne conduisit jusqu’à Poitiers que les soixante-douze chevaliers.

Le grand-maître et les chefs restèrent à Chinon, et sous prétexte que quelques-uns d’entre eux étaient infirmes, deux cardinaux vinrent les interroger.

Pourquoi le pape, dans une occasion si importante, dans une affaire qui intéressait si essentiellement la chrétienté, ne se transporta-t-il pas à Chinon, qui n’est qu’à une petite distance de Poitiers ? Pourquoi du moins n’appela-t-il pas à Poitiers ceux des chefs qui n’étaient pas infirmes ? car le pape lui-même avoue qu’ils ne l’étaient pas tous. Pourquoi ne mit-il aucun empressement à entendre lui-même le grand maître qui, dès les premières calomnies, s’était empressé d’accourir auprès de sa sainteté, et de lui attester l’innocence de Fordre ?

Pourquoi enfin, puisqu’on put ramener ces chefs de l’ordre, de Chinon à Paris, ne leur fit-on pas faire le court trajet de Chinon à Poitiers, ayant de les ramener dans leurs prisons ?

Le pape, d’ailleurs, devait être empressé d’entendre Hugues de Peraldo, l’un des chefs de l’ordre, parce que Philippe-le-Bel s’était plaint de ce que les commissaires du pape ayant admis ce chevalier à leur table, il avait profité de cette circonstance pour rétracter ses aveux-precedents.

Quoi qu’il en soit, les commissaires du pape écrivirent au roi que Jacques de Molay, Hugues de Peraldo et d’autres chefs avaient fait des aveux.

Le pape, de son côté, s’en prévalut pour ordonner la poursuite de tons les templiers dans toute la chrétienté.

  (47) Ce rouleau manuscrit n° 32 du carton, Mélange, Templiers, n° 1, paraît avoir été coupé dans la partie supérieure où étaient exposés les faits qui donnaient lieu aux questions sur lesquelles le conseil prononce. Il ne reste donc que les réponses. Elles apprennent que le grand-maître s’était rétracté, peu de temps après ses premiers aveux, elles supposent qu’il avait ensuite renouvelé ses aveux et elles annoncent cependant la crainte qu’il ne persiste dans sa rétractation. Dans cet écrit qui est antérieur au voyage de Chinon, le conseil du roi décide, 1°. que l’on doit s’en tenir au premier aveu, 2°. que l’on ne doit point accorder de défenseur : «à quoi bon donnerait-on un défenseur, si ce n’est (et le ciel en préserve !) pour défendre les erreurs des templiers, qui sont si évidentes par elle-mêmes ? C’est pourquoi l’Eglise tiendrait lieu de défenseur, si elle voyait qu’il y eût lieu de défendre les accusés, mais il n’y a aucun moyen en leur faveur». Atquid ergo dabitur defensor ? nisi, quod absit, ad templariorum defendendos errores, cum rei evidentia reddat rem notoriam ; propterea ecclesia ipsa locum obtinet defensoris, si vidisset quod locus posset esse defensioni, cum tamen nullus sit.
Mais lorsque le grand-maître parut par devant les commissaires qui prirent, à Paris, l’information contre l’ordre, il nia avec indignation d’avoir fait à Chinon,les aveux qu’on lui prêtait, et il demanda de paraître devant le pape (48).   (48) Processus contra templarios.
La seule dénégation du grand-maître, appuyée de toutes les circonstances que j’ai déjà relevées, sur ce qu’on avait empêché son entrevue avec le pape, suffirait peut-être pour convaincre l’homme impartial ou que les cardinaux avaient attesté une faussete, ou, ce qui est peut-être plus vraisemblable, que les agents de Philippe-le-Bel avaient presenté d’autres individus, ce qui était très facile, le grand-maître n’étant vraisemblablement pas connu des cardinaux, n’entendant pas la langue latine dans laquelle on rédigeait la procédure (49), et les formes de ce temps-là n’exigeant point la signature des accusés. 

Mais il me paraît d’ailleurs prouvé d’une manière authentique et incontestable que le grand-maître n’a pas fait cet aveu à Chinon.

Plusieurs bulles adressées parle pape aux divers rois, princes et prelats, et qui annoncent les pretendus aveux du grand-maître faits à Chinon, sont du 2 des ides, date qui correspond au 11 août.

Dans toutes ces bulles, Clément V parle de l’interrogatbîre qu’il suppose fait antérieurement par les cardinaux commissaires apostoliques, et ose se prevaloir des aveux du grand-maître et des autres chefs de l’ordre, pour armer l’opinion publique contre les malheureux templiers.

Rien de plus certain cependant qu’à cette époque du 11 août, le pape ne pouvait annoncer ces aveux, puisque par la lettre que les commissaires apostoliques écrivirent au roi, ils attestent qu’ils ont entendu le samedi après la fête de l’Assomption (15 août), quelques-uns des chefs de l’ordre et, le dimanche suivant, le grand-maître.

Ces commissaires ajoutent que les lundi et mardi d’après, ils ont de nouveau entendu Hugues de peraldo et le grand-maître.

Leur lettre au roi est datée du même jour : mardi après l’Assomption.

Il est donc évident que le 11, le pape annonçait les aveux du grand-maître et des autres chefs, avant même qu’ils eussent été interrogés.

  (49) On était obligé de traduire devant lui en langue vulgaire les interrogatoires et de traduire en latin ses réponses. In confessionibus ipsis eis lectis, et in materna lingua expositis (Spicileg. Dacherii, t.10, p.356, 1ere éd.)
Eis lectae fuerunt de mandato et in praesentia cardinalium dictorum in suo vulgari expositae quilibet eorumdem (Bulle de Clément V, du 2 des ides d’août, an 3 de son pontificat).
Cette contradiction est si frappante et si démontrée, qu’il n’y a aucun moyen de l’expliquer qu’en reconnaissant que l’interrogatoire n’a jamais existé, que les fourbes qui ont trompé à cet égard et le pape et Philippe-le-Bel, ont eu autant de maladresse que de méchanceté. Mentita est iniquitas sibi (50). 

De nouvelles considerations fortifient encore les précédentes.

  (50) Une autre circonstance remarquable touchant l’interrogatoire de Chinon, c’est que d’après les lettres du pape et celles des commissaires eux-mêmes, on suppose que les chefs de l’ordre furent interrogés par trois cardinaux, et par sa lettre rapportee dans le Spicilegium, Dacherii, t.10, p.356, 2e éd.), Clément V annonce que ces commissaires étaient au nombre de cinq. Il joint aux trois autres l’evêque de Preneste et Pierre Colonne.
Dans la supposition des aveux, le pape annonça qne les cardinaux, après que le grand-maître et les précepteurs eurent abjuré l’hérésie, leur avaient accordé, d’après leur prière, l’absolution selon la forme de l’Eglise (51). 

Les cardinaux, en écrivant au roi, lui demandèrent qu’il traitât avec bonté le grand-maître et les autres chefs. Et cependant il est prouvé par les pièces mêmes de la procédure, que quand le grand-maître comparut à Paris par-devant les commissaires apostoliques, il était dans le plus grand dénuement ; il se plaignait hautement de n’avoir pas quatre deniers qu’il pût dépenser pour la défense de l’ordre, ou pour tout autre objet. Il demanda de pouvoir entendre la messe et les offices divins. Il s’obstina à requérir plusieurs fois d’être au plus tôt présenté au pape pour justifier l’ordre devant lui.

Si le grand-maître eût fait à Chinon les aveux qu’on suppose, peut on douter qu’il n’eût aussitôt recueilli le prix de sa complaisance ? L’aurait-on laissé dans une prison et dans un état indigent ?

  (51) Ab ipsis cardinalibus, ab excommunicatione quam pro praemissis incurrerant, absolutionem flexis genibus, manibusque complicatis, humiliter et devote ac cum lacrymarum effusione non modica, petierunt. Ipsi vero cardinales, quia ecclesia non claudit gremium redeunti, ab eisdem magistro et praeceptoribus, haeeresi abjurata expresse, ipsis, secundum formam ecclesiae, autoritate nostra absolutionis beneficium impenderunt (Bulle de Clément V, 2 des ides d’août, an 3).
S’il avait été réconcilié avec l’Eglise, aurait-il été réduit à la nécessité de demander aux commissaires apostoliques la permission d’assister à la messe et aux offices divins (52) ? 

Enfin, s’il eût fait les aveux qu’on supposait, aurait-il osé demander de paraître devant le pape et ces mêmes cardinaux ? Puisque le grand-maître était dans un état d’abjection et d’abandon, puisqu’il était privé des secours spirituels, n’est-il pas évident que c’était à sa rétractation constante qu’il devait un pareil traitement ?

Non, cela ne peut plus être l’objet d’un doute. J’ai cru nécessaire d’y insister pour l’instruction de la postérité, bien plus encore que pour l’honneur de la mémoire de Jacques de Molay : car dût-on admettre quelque faiblesse ou quelque erreur dans le cours de ses revers et de sa vie, sa mort seule suffirait à sa gloire.

Le conseil du roi avait décidé que nonobstant la rétractation du grand-maître, il fallait s’en tenir à son premier interrogat.

Le pape lui-même avait décidé qu’il ne fallait pas interroger de nouveau ni exposer à des rétractations les accusés qui avaient déjà fait des aveux.

Ainsi, malgré la rétractation du grand-maître, après l’interrogatoire du Temple, malgré le démenti formel et judiciaire qu’il avait donné aux cardinaux, qui supposaient de nouveaux aveux faits à Chinon, on jugea le grand-maître, comme si le dernier état des choses eût été de sa part un aveu des crimes imputés à l’ordre et aux chevaliers.

Chacun connaît la manière dont se termina son procès. Le pape s’était réservé de prononcer sur les chefs de l’ordre. Les cardinaux publièrent, dans le parvis de l’église de Notre-Dame, un jugement qui, supposant que le grand-maître avait fait des aveux et qu’il y persistait, le condamnait à la prison perpétuelle.

Le grand-maître et l’un de ses compagnons, au grand étonnement des nombreux assistants, proclamèrent alors la rétractation de leurs aveux, en s’accusant du seul crime de les avoir faits.

Les cardinaux, étonnes, confièrent ces deux prisonniers au prévôt de Paris, pour les garder jusqu’au jour suivant, où ils se proposaient de statuer.

  (52) Les templiers qui, par les aveux qu’on exigeait d’eux, méritaient la faveur d’être réconcilies avec l’Eglise, avaient lors même qu’ils étaient encore détenus prisonniers, l’avantage de participer aux secours spirituels. Voici une quittance de dépense faite pour douze templiers réconciliés, détenus à Senlis.
«A touz ceux qui ces lettres verront et oiront, Robert de Parmentier, garde du ceel de la pévosté de Senlis, Saint. Sachent tuit que pardevant nous vient en present Guillaume de Glarengui, garde de douze templiers réconciliés à Villers St-Pol, en la meson de l’abé Dauchi… reconnut avoir eu et reçu de Renier de Creel, commissaire des biens du temple en la baillie de Senlis… et pour le pretre qui chante les messes au dis templiers trois fois la semaine unt souz.» Doné l’an mil CCC dis au mois de frévrier la veille de la Chandeleur.
La pièce originale en parchemin set rouve dans la collection des manuscrits de M. de Gaignieres à la bibliothèque impériale.
Le roi apprenant cet événement, convoqua aussitôt un conseil, où n’assista aucun ecclésiastique, et il fut décidé que le grand-maître et les chevaliers seraient brûlés sur le champ (53). On voudrait en vain excuser cet acte atroce. 

Le pape ayant ordonné le jugement du grand-maître, et la sentence ayant été prononcée publiquement et légalement, il n’appartenait plus à aucune puissance de la terre de changer le sort des condamnés.

La proclamation que le grand-maître faisait de sa rétractation antérieure publique et judiciaire, n’autorisait point à aggraver la peine.

D’ailleurs, c’était aux seuls juges qui avaient déjà statué, qu’il eût appartenu de statuer encore. Aussi les commissaires apostoliques avaient-ils renvoyé au lendemain.

Le conseil assemblé par le roi devança leur décision et se chargea lui seul de l’odieux d’un supplice ordonné contre toute justice, contre tout droit, contre toute forme.

Le grand-maître monta courageusement sur l’échafaud ; il mourut en chevalier chrétien, en héros martyr.

  (53) Publice de mandato regis Franciae extitit combustus ; qui tamen com concilio praelatorum et peritorum ad aliam paenitentiam peragendam prius fuerant condemnati. Nam Philippus rex Franciae cum consilio suo noluit pati quod, propter revocationem confessionis suae quam prias fecerant, dictus magister militiae templi et multi alii sui ordinis evaderent mortem temporalem, nullo tamen super hoc judicio ecclesiastico convocato, neque ipso expectato. (Vita Clementis V, autore Amalrico Augerii de Biterris).
Et dum a cardinalibus in manu praepositi parisiensis, qui praesens tunc aderat, ad custodiendum duntaxat traduntur, quousque die sequenti deliberationem super iis haberent pleniorem, confestim ut ad aures regis, qui tunc erat in regali palatio, hoc verbum insonuit, communicato quamvis provide cum suis, clericis non vocatis, prudenti consilio, circa vespertinam horam ipsius diei, in parva quadam insula Sequana inter hortum regalem, et ecclesiam fratrum heremitarum posita, ambos pari incendio concremari mandavit. (Continuat. chronic. Guillelmi Nangii).
Son innocence, celle de son ordre et de ses chevaliers ne sont plus révoquées en doute, ne peuvent plus l’être (54). 

La justice des siècles est enfin arrivée pour eux.

  (54) Le grand Arnauld n’avait pas hésité de les croire innocents ; il avait même osé faire de la constance des templiers un argument en faveur des catholiques. «Il n’y a presque personne qui ne croie maintenant que les templiers avaient été faussement accusés de faire faire des impiétés, des idolatries, et des impuretés à tous les chevaliers qu’ils recevaient dans leur ordre, quoique ceux qui les ont condamnés l’aient pu faire de bonne foi, parce qu’il y en eut plus de deux cents qui l’avouaient, et à qui on donnait grâce â cause de cet aveu, mais parce qu’il y en eut aussi, quoique moins en nombre, qui aimèrent mieux être brûlés que d’avoir leur pardon, en reconnaissant ce qu’ils disaient être faux ; le bon sens a fait juger que dix hommes qui meurent, pouvant ne pas mourir en avouant les crimes dont on les accuse, sont plus croyables que cent qui les avouent, et qui, par cet aveu, rachèteat leur vie».
(Apologie pour les catholiques, 1681, t.1, p.360).
Publié dans:L'ordre des Templiers |on 24 septembre, 2006 |Pas de commentaires »

Les Ordres de Chevalerie

130313108RS154286756.jpgOrdre saint Jean de Jérusalem

Chevaliers de Rhodes, Chevaliers de saint Jean d’Acre

Dès le milieu du XIème siècle, des marchands d’Amalfi avaient obtenu du calife d’Egypte l’autorisation de bâtir à Jérusalem un hôpital, qu’ils placèrent sous l’invocation de saint Jean, et où étaient reçus et hébergés les pauvres pèlerins qui venaient visiter la Terre-Sainte. Godefroi de Bouillon et ses successeurs encouragèrent cette charitable institution, et firent, à la maison de Saint-Jean, des donations considérables. Pierre Gérard, originaire de l’île de Martigues en Provence, proposa aux frères qui desservaient cet hôpital de renoncer au siècle, de revêtir un habit régulier, et de former un ordre monastique, non cloîtré, dont tous les membres prendraient le titre d’Hospitaliers. Le pape Pascal II, en nommant Gérard administrateur de l’hôpital confirma le nouvel institut, prit les Hospitaliers sous sa protection, et leur accorda divers privilèges.Les règles de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem ne prescrivaient pas seulement aux religieux qui en faisaient partie les trois vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance. Ces religieux devaient, en outre, joindre l’exercice des armes à la pratique des devoirs de l’hospitalité, afin de défendre le royaume de Jérusalem contre les entreprises des infidèles. L’occasion s’offrit bientôt à eux de sortir d’un rôle purement charitable et de devenir hommes de guerre.Chassés de Jérusalem par Saladin victorieux, qui en avait repris possession (le 19 octobre 1191), les Hospitaliers furent les derniers à quitter la Terre-Sainte, et transportèrent leur hôpital à Margat, après avoir racheté aux Sarrasins plus de mille croisés captifs. Ils y restèrent jusqu’à la fin du siége d’Acre par les chrétiens, siége mémorable, auquel ils avaient pris une part active et glorieuse, et ils allèrent alors s’établir dans la ville reconquise, en adoptant le nom de Chevaliers de Saint-Jean d’Acre. Expulsés encore une fois de leur nouvelle résidence par les infidèles, les Hospitaliers demandèrent au roi de Chypre la permission de se fixer en ses Etats et de reconstituer la maison centrale de leur ordre dans la ville de Limisso, où ils se rendirent par groupes isolés, à mesure que quelques-uns d’entre eux pouvaient se soustraire aux poursuites des flottes musulmanes. C’était un spectacle vraiment touchant de les voir, au sortir de leurs vaisseaux, épuisés par les fatigues de la guerre, couverts de blessures, ne pouvant surtout se consoler d’avoir survécu à la perte de la Palestine. Le grand maître des chevaliers de Saint-Jean d’Acre, Jean de Villiers, convoqua en Chypre un chapitre général, pour délibérer sur le parti qu’il convenait d’adopter à la suite des derniers désastres de la croisade, et pour prévenir l’extinction complète de l’ordre, qui avait été décimé dans la guerre contre les infidèles. Les Hospitaliers de toutes les nations répondirent à l’appel de Jean de Villiers. Jamais assemblée n’avait été si nombreuses depuis la fondation de l’ordre. Les chevaliers présents, entraînés par la parole éloquente du grand-maître, jurèrent de verser leur sang pour recouvrer la possession du Saint-Sépulcre.En dépit des sages mesures conseillées par Jean de Villiers, les Hospitaliers n’étaient plus en sûreté à Limisso. Ils avaient à se garder de deux ennemis également redoutables : les Sarrasins, qui menaçaient sans cesse l’organisation navale et militaire des chevaliers, et le roi de Chypre, qui semblait avoir l’intention de ruiner l’ordre, auquel il venait d’imposer une capitulation onéreuse. Aussi Villaret, le nouveau grand-maître, proposa-t-il, à ses frères d’armes de se retirer dans l’île de Rhodes, de s’y retrancher, et d’y attendre en toute sécurité le moment propice de rentrer en Palestine. Malheureusement, les forces de l’ordre de Saint-Jean n’étaient pas suffisantes pour tenter une si audacieuse entreprise, et le grand-maître invita les chrétiens d’Occident à entreprendre une nouvelle croisade, en tenant le dessein de son expédition secret. Les croisés accoururent en grand nombre, au port de Brindes, en Italie, où le rendez-vous général devait avoir lieu. Le grand maître se contenta de choisir les plus nobles et les mieux armés, avec lesquels il s’embarqua pour l’île de Rhodes. Il réussit à y débarquer sans obstacle sa petite armée, ses vivres, ses machines de guerre, et il commença le siége de la capitale, qui était bien fortifiée et bien pourvue de défenseurs. Ce siége dura quatre ans, au bout desquels la ville fut prise d’assaut. Les autres forteresses du pays subirent le même sort, et l’île se soumit tout entière à la domination des Hospitaliers (en 1310). Ils devaient, pendant plus de deux siècles, avoir à la défendre contre les attaques, sans cesse renouvelées, des infidèles.Sous le magistère de Joubert ou Jacques de Milly, grand-prieur d’Auvergne, les Chevaliers de Rhodes (les Hospitaliers avaient pris et conservé ce nom, en mémoire d’une victoire si glorieuse pour l’ordre de Saint-Jean) repoussèrent une première fois les Turcs Ottomans (en 1455).Cependant, tout danger n’était pas conjuré pour l’ordre de Rhodes. Une rupture semblait imminente avec le sultan d’Egypte, adversaire non moins formidable que Mahomet II, sultan de Constantinople, et les chevaliers étaient encore obligés de tenir tête aux Vénitiens, qui, ayant opéré une descente dans l’île, y avaient commis plus de cruautés et de ravages que les Sarrasins et les Turcs. Le grand-maître Raimond Zacosta, successeur de Jacques de Milly, profita d’un moment de trêve pour élever un nouveau fort, destiné à défendre la ville et le port de Rhodes. Cette forteresse inexpugnable, construite sur des rochers avancés dans la mer, reçut le nom de Saint-Nicolas, à cause d’une chapelle consacrée à ce saint, qui se trouvait enfermée dans son enceinte.Comme les corsaires turcs faisaient des descentes continuelles dans les îles de la religion, nonobstant la cessation des hostilités, le grand-maître envoya sur les côtes de Turquie les galères de l’ordre, qui usèrent du droit de représailles. Mahomet II en conçut un tel ressentiment, qu’il jura de chasser de leur île les chevaliers de Rhodes. Il confia la conduite de l’expédition à Misach Paléologue, renégat grec de la maison impériale, lequel, parvenu au grade de grand vizir, engageait depuis longtemps le grand-seigneur à s’emparer de l’île de Rhodes. Cent soixante vaisseaux de guerre et une armée de cent mille hommes arrivèrent devant Rhodes, le 23 mai 1480. La flotte turque essayait, par des décharges incessantes d’artillerie, de favoriser le débarquement des troupes, tandis que les chevaliers, protégés par les canons de la ville et des forts, s’avançaient dans la mer l’épée à la main, ayant de l’eau jusqu’à la ceinture, et allaient au-devant des barques chargées d’assaillants.Les infidèles parvinrent enfin à prendre terre, et se retranchèrent sur le mont Saint-Etienne. Après que les chevaliers eurent été vainement sommés de se rendre, un ingénieur allemand, qui avait accompagné Paléologue et qui présidait aux opérations du siége, lui conseilla de concentrer d’abord ses efforts sur la tour Saint-Nicolas, dont la prise le rendrait certainement maître de la place. Plus de trois cents coups de canon abattirent le pan de la muraille qui faisait face à la ville, et les Turcs s’élancèrent à l’assaut. Pierre d’Aubusson, grand-prieur d’Auvergne, récemment élu grand-maître, debout sur la brèche, donna aux chevaliers l’exemple du courage : « C’est ici leur dit-il, le poste d’honneur qui appartient à votre grand-maître ».Exaspéré d’une résistance si énergique, le vizir résolut de se défaire de Pierre d’Aubusson par le fer ou par le poison. Mais un ingénieur, qui s’était chargé de cette odieuse commission, fut découvert et mis en pièces par le peuple de Rhodes, au moment même où on le conduisait au supplice.  Misach Paléologue proposa d’ouvrir une conférence, où l’on traiterait de la capitulation. Le grand-maître y consentit, afin d’avoir le temps d’élever de nouveaux retranchements pour remplacer ceux que le siége avait détruits, et l’entrevue eut lieu sur le bord du fossé, entre un des principaux officiers de l’armée turque et le châtelain de Rhodes. L’envoyé du vizir représenta qu’en l’extrémité à laquelle la ville se trouvait réduite, avec ses murailles rasées, ses tours abattues, ses fossés comblés, il suffirait pour s’en rendre maître, d’un assaut de deux heures. En conséquence, il exhorta les chevaliers à prévenir, par une composition honorable, le massacre général des habitants. D’Aubusson, caché à peu de distance, avait entendu les paroles artificieuses de l’officier turc. Par son ordre, le châtelain de Rhodes répondit au vizir que ses espions l’avaient mal renseigné : que derrière les fossés il y avait des retranchements dont la prise lui coûterait bien du monde, que la ville était défendue par des chrétiens, animés tous de la même ardeur, résignés à sacrifier leur vie au triomphe de la religion, et que l’ordre des chevaliers de Rhodes n’engagerait aucune négociation amiable, si le traité devait porter atteinte à son honneur et aux intérêts de la foi.  

 

L’orgueilleux vizir, irrité de cette noble réponse, jura de passer au fil de l’épée tous les chevaliers : il fit même aiguiser un grand nombre de pieux pour empaler les habitants, et, tandis que le feu de son artillerie redoublait d’intensité, il donna le signal de l’assaut. Les Turcs, qui avaient planté leurs drapeaux sur les remparts, en furent chassés par les assiégés, à la tête desquels combattait le grand-maître : cinq fois blessé, couvert de sang, Pierre d’Aubusson refuse de quitter le théâtre du combat, qu’il soutient par son exemple. Ce sublime héroïsme électrise les chevaliers, qui fondent sur les Turcs avec l’énergie du désespoir, et les mettent en déroute complète. Mais ce n’était point une victoire définitive, qui pût assurer aux chevaliers de Rhodes la tranquille possession de l’île, et les tenir désormais à l’abri de l’agression des Turcs. Depuis la mort de Mahomet II, ils eurent entre les mains un précieux otage qui n’était autre que Zizim, frère du sultan Bajazet, et son redoutable compétiteur à l’empire des Turcs.

En 1522, le sultan Soliman II dit le Magnifique, qui avait trouvé dans les archives de son père un compte-rendu exact de l’île de Rhodes, résolut d’y porter la guerre, sous prétexte de punir les chevaliers des pertes qu’ils faisaient éprouver chaque jour à la marine turque, et de paralyser leurs efforts en faveur de la Terre Sainte. Secrètement instruit de l’insuffisance des forces matérielles de l’île, par la perfidie d’André Amaral, chancelier de l’ordre et grand-prieur de Castille, qui ne pouvait pardonner aux chevaliers de lui avoir préféré le grand-maître Philippe de Villiers de l’Ile-Adam, le sultan entreprit ce siége fatal, où la ruse et la trahison furent ses plus puissants auxiliaires. En vain, il rassemble une flotte de quatre cents voiles, une armée de cent cinquante mille hommes et soixante milles pionniers. En vain, il foudroie les remparts du feu de ses batteries, creuse des tranchées et des mines sans relâche, harcèle les assiégés par des attaques incessantes. L’insuccès de ses armes eût certainement lassé sa persévérance, et il se serait décidé à lever le siége, si le traître Amaral ne lui avait pas fait savoir secrètement le mauvais état de la place de la garnison. Les Turcs donnèrent enfin, le 30 novembre, un assaut qu’on supposait devoir être le dernier. Ils pénétrèrent jusque dans les retranchements, et le combat n’en fut que plus terrible. Avertis du danger par le tocsin, le grand-maître, les chevaliers et les habitants accourent de tous côtés et se précipitent sur les ennemis, qui se croyaient déjà vainqueurs et qui sont contraints de battre en retraite. Chagrin et découragé à la suite d’un tel échec, Soliman II prit le parti d’offrir aux chevaliers de Rhodes une capitulation. Il lança, dans la ville, plusieurs lettres qui exhortaient les habitants à se soumettre, et les menaçaient de la dernière rigueur s’ils continuaient une résistance inutile. Villiers de l’Ile-Adam répondit d’abord que les chevaliers de Saint-Jean ne traitaient jamais que l’épée à la main avec les infidèles. Mais il dut céder aux instances impératives des principaux habitants, qui se montraient déterminés à prendre, malgré lui, les mesures urgentes pour sauver la vie et l’honneur de leurs femmes et de leurs enfants. Le sultan ayant arborer une enseigne de paix, le grand-maître en planta une, de son côté, sur le rempart, et demanda trois jours de trêve afin de régler la capitulation. Mais Soliman, craignant que des secours n’arrivassent aux assiégés, rejeta ces propositions, et ordonna que l’assaut fût donné encore une fois. Les chevaliers, réduits à une poignée d’hommes, n’ayant d’autre abri que la barbacane du bastion d’Espagne, obligèrent encore l’ennemi à se retirer. Le lendemain une attaque plus vive de la part des Turcs rejeta dans la ville les défenseurs du bastion, écrasés par le nombre, et les habitants épouvantés vinrent conjurer le grand-maître de reprendre les négociations. Achmet, ministre de Soliman, qui savait avec quelle impatience son maître souhaitait la fin de la guerre, obtint enfin la reddition de Rhodes à des conditions si honorables et si avantageuses, qu’elles témoignaient hautement de l’estime que les vaincus inspiraient aux vainqueurs.Les chevaliers quittèrent l’île, au nombre de quatre mille, sous la conduite du grand-maître Villiers de l’Ile-Adam. Après avoir erré à Candie et en Sicile, ils se fixèrent enfin dans l’île de Malte, que leur céda Charles-Quint, et qui devint définitivement la résidence de l’ordre (en 1530).Trente cinq ans plus tard, à la fin du règne de Soliman II, les Turcs recommencèrent leur attaque, sous prétexte de tirer vengeance de la prise d’un galion des sultanes, chargé de marchandises d’une grande valeur. Mustapha, bacha de Bude, vaillant capitaine, général de l’armée ottomane, débarqua dans l’île le 18 mai 1565. Après quelques escarmouches, les Turcs attaquèrent avec violence le fort Saint-Elme et s’en emparèrent, malgré l’héroïque défense des chevaliers de Malte (tel était le nouveau titre des membres de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem), défense qui dura vingt quatre jours et coûta la vie à quatre mille Turcs, entre autres aux fameux corsaire Dragut, vice soudan de Tripoli. Le fort de Saint-Michel et le bourg, battus en brèche par les canons de siége, furent réduits en poudre. Malte, qui avait perdu deux mille de ses défenseurs, ne résistait plus que grâce au courage invincible du grand-maître Jean de la Valette et d’un petit nombre de chevaliers, tous résolus à mourir jusqu’au dernier pour la religion. Heureusement don Garcia de Tolède, vice roi de Sicile, vint leur porter secours avec soixante galères. Pendant les quatre mois que le siége avait duré, l’armée turque tira soixante dix huit mille coups de canon, perdit quinze mille soldats et huit mille matelots. De son côté, l’ordre des chevaliers de Rhodes avait à pleurer la mort de plus de trois mille combattants. Le grand-maître décréta que chaque année, la veille de Notre-Dame de Septembre, on réciterait des prières publiques dans toutes les églises de l’ordre, afin de remercier Dieu du secours inespéré qui avait délivré les assiégés, et que le jour précédent on célébrerait un service commémoratif en l’honneur de ceux qui étaient tombés pour la défense de la Foi.Depuis lors, la ville et l’île, où resta le siége de l’ordre, ne furent plus inquiétés par les Turcs, et le grand-maître Jean de la Valette fit bâtir la ville neuve de Malte, appelée de son nom cité Valette 

 

 

Ordre de MalteLes membres de l’ordre de Malte étaient partagés en trois classes : les Chevaliers, les Chapelains et les Frères servants. La première classe comprenait ceux que leur grande naissance et le rang qu’ils avaient occupé précédemment dans les armées destinaient au service militaire. On rangeait dans la seconde classe les prêtres et les chapelains, qui devaient remplir les fonctions ordinaires de l’état ecclésiastique et servir d’aumôniers pendant la guerre. En dernier lieu venaient les frères servants, qui n’étaient ni nobles ni ecclésiastiques. Il suffisait pour être admis dans cette troisième classe, de prouver seulement qu’on était né de parents honorables, qui n’avaient jamais exercé des travaux manuels. On distingua dans la suite les frères servants par une cotte d’armes d’une autre couleur que celle des chevaliers. Quant aux aspirants, ils étaient appelés Douats ou Demi-Croix. L’ordre de Saint-Jean de Jérusalem n’existait plus que de nom dans les statuts de l’ordre de Malte, quoique les chevaliers de ce nouvel ordre fussent reconnus, à leur réception, comme « serviteurs des pauvres et des malades ». Il y eut encore longtemps, en Espagne, des dames Hospitalières de Saint-Jean de Jérusalem, qui se consacraient au service des hôpitaux et des œuvres de charité. La noblesse accourait des différentes contrées de l’Europe, pour faire partie de l’ordre de Malte, qui avait définitivement remplacé l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, et qui fut divisé en huit langues ou nations, chacune sous la direction d’un chef suprême, nommé grand-prieur, savoir : Provence, Auvergne, France, Italie, Aragon, Allemagne, Castille et Angleterre. Le chef de chacune des langues portait le titre de Pilier ou Bailli cenventuel. Chaque langue était divisée en une multitude de commanderies, équivalant à des bénéfices ecclésiastiques, mais ne dépendant que de son grand-prieur.L’habit régulier de l’ordre consistait, pour toutes les langues, en une robe noire avec un manteau à pointe de même couleur. Les chevaliers étaient obligés de porter, du côté gauche, une croix de toile blanche à huit pointes, en signe des béatitudes qu’ils devraient toujours avoir en eux, et qui, suivant un document manuscrit conservé à la Bibliothèque de l’Arsenal, étaient : « 1- avoir le contentement spirituel, 2- vivre sans malice, 3- pleurer ses péchés, 4- s’humilier aux injures, 5- aimer la justice, 6- être miséricordieux, 7- être sincère et net de cœur, 8- endurer persécution ». Plus tard, par suite du relâchement qui s’était introduit dans la règle, les chevaliers ont porté une croix à huit pointes, d’or, émaillée de blancs, suspendue sur l’estomac à un ruban noir.Le candidat, qui voulait faire profession sous l’habit régulier de Saint-Jean de Jérusalem, se présentait devant le grand autel, un cierge à la main et couvert d’une longue robe sans ceinture, pour indiquer qu’il était libre. Le chevalier assesseur lui remettait alors une épée dorée, en lui disant : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », pour lui enseigner que son devoir lui commandait de dévouer sa vie à la défense de la religion. On lui passait ensuite une ceinture autour des reins, pour marquer qu’il était désormais lié aux vœux de l’ordre. Le profès brandissait l’épée au-dessus de sa tête, en signe de défi porté aux infidèles, et la remettait dans le fourreau, après l’avoir passée sous son bras comme pour la nettoyer, donnant par là à entendre qu’il se conserverait pur de toute souillure. Le chevalier, chargé de le recevoir, lui posait la main sur l’épaule, l’exhortait à servir les pauvres de Jésus-Christ, à accomplir les œuvres de miséricorde et à se consacrer au service de la foi. Le récipiendaire ayant adhéré à ces exhortations, on lui mettait des éperons dorés, pour marquer qu’il devait voler partout où l’honneur l’appellerait, et fouler aux pieds les richesses du monde. Ensuite on lui présentait un cierge allumé, qu’il tenait à la main, pendant qu’on célébrait la messe et qu’on prononçait un sermon, où l’orateur passait en revue les règles et les devoirs imposés à chaque chevalier. Après quoi, on lui demandait s’il avait des dettes, s’il était marié et fiancé, ou s’il n’était pas attaché à un ordre religieux, enfin s’il souhaitait sincèrement appartenir à l’ordre de Saint-Jean. Après avoir répondu à ces questions d’une manière satisfaisante, il était reçu et mené au grand autel. Là, il prononçait ses vœux sur le missel, et on le déclarait aussitôt investi des privilèges accordés à l’ordre par la cour de Rome. On lui rappelait qu’il devait réciter, chaque jour, cinquante Pater et cinquante Ave, l’office de la Vierge, celui des morts et plusieurs Pater, pour le repos de l’âme des chevaliers trépassés.Pendant qu’on le revêtait du costume des chevaliers, on l’instruisait encore de ses devoirs. En passant les manches, on lui remettait en mémoire l’obéissance qu’il devait à ses chefs. En plaçant la croix blanche du côté du cœur, on lui disait qu’il devait toujours être prêt à donner son sang pour Jésus-Christ qui, par sa mort, a racheté les hommes. Tout était symbole dans les insignes extérieurs de l’ordre de Malte : le manteau noir à pointe, orné du capuce pointu, qui ne se portait que les jours solennels, figurait l’habit de poil de chameau, dont était vêtu saint Jean-Baptiste, le patron de l’ordre. Les cordons, qui attachaient ce manteau autour du cou et qui tombaient sur les épaules, étaient destinés à rappeler la Passion que le Seigneur avait soufferte avec tant de douceur et de résignation. Le manteau de poil de chameau n’était en usage que dans les cérémonies, car les membres de l’ordre portaient à la guerre une cotte d’armes rouge, avec la croix à huit pointes. 

Ordre des Templiers ou Chevaliers du Temple

Vingt ans environ après le premier établissement des Hospitaliers, Hugues de Payens et Geoffroy de Saint-Aldemar, ayant entrepris le voyage d’outremer avec neuf gentilshommes, tous d’origine française, avaient obtenu du patriarche Guarimond et de Baudouin II, roi de Jérusalem, l’autorisation de former une association, dont le but était d’agir, de concert avec les Hospitaliers, contre les infidèles, de protéger les pèlerins et de garder le temple de Salomon. Baudouin leur donna une maison dans l’enclos du temple, ce qui leur fit attribuer le nom de Templiers ou Chevaliers du Temple. Ils menèrent d’abord une vie simple et régulière, se contentant de l’humble titre de pauvres soldats de Jésus-Christ. Leur charité et leur dévouement leur acquirent la bienveillance des rois de Jérusalem et des chrétiens d’Orient, qui leur firent de fréquentes et nombreuses donations.Durant les neuf premières années, de 1118 à 1127, les Templiers n’admirent aucun étranger dans leur communauté. Mais cependant, leur nombre s’étant accru peu à peu, bientôt ils demandèrent au Saint-Siége de vouloir bien confirmer leur institut. Au concile de Troyes (en 1228), Hugues de Payens, assisté de cinq de ses compagnons, présenta les lettres que les frères de la milice du Temple avaient reçues du pape et du patriarche de Jérusalem, avec le titre de leur érection. Le cardinal Matthieu, évêque d’Albe, qui présidait le concile en qualité de légat du pape, leur accorda la confirmation authentique de l’ordre, et une règle spéciale fut écrite pour eux sous la direction de saint Bernard.Les Templiers devaient entendre la messe trois fois par semaine et communier trois fois l’an. Ils portaient l’habit blanc, symbole de la pureté, et le pape Eugène III y ajouta une croix rouge, pour rappeler le vœu qu’ils faisaient d’être toujours prêts à répandre leur sang pour la défense de la religion chrétienne. Leur règle était d’une grande austérité : elle leur imposait l’exil perpétuel et la guerre sainte jusqu’à la mort. Ils devaient toujours accepter le combat, fût-ce d’un contre trois, ne jamais demander quartier, et ne jamais donner de rançon. Quelque pénible que pût être l’observance d’une pareille règle, ils ne pouvaient s’y dérober, en passant dans un ordre moins rigide.Les infidèles n’eurent point d’ennemis plus redoutables que ces pauvres soldats de Jésus-Christ, dont on a dit qu’ils avaient la douceur des agneaux et la patience des ermites, et qu’ils montraient à la guerre le courage des héros, la force des lions. Leur étendard, appelé Baucéant, était mi-parti de noir et de blanc avec ces mots : « Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam » (Ne donne pas à nous, Seigneur, ne donne pas à nous la gloire, mais à ton nom).Suivant la constitution de saint Bernard, l’ordre du Temple se composait de Milites ou chevaliers destinés à commander, de frères servants, désignés sous le nom d’Armigeri, hommes d’armes, et de Clientes ou Clients, serviteurs chargés de vaquer aux soins domestiques. Les vœux des Templiers étaient à peu près semblables à ceux de Saint-Jean de Jérusalem. Ils juraient de vivre dans la chasteté, la pauvreté et l’obéissance. Quelques-uns obtinrent la permission de se marier, mais sous la condition de donner à l’ordre une portion de leurs biens après leur mort, et de ne plus porter l’habit blanc. La marque distinctive des Templiers était, suivant les uns, une croix patriarche rouge, potencée, selon d’autres, une croix à huit pointes, également rouge et brodée d’or. Comme ils faisaient tous publiquement profession d’extrême pauvreté, il leur était défendu de se servir de meubles précieux, d’ustensiles d’or ou d’argent, de porter à la guerre des housses de velours, des casaques armoriées, des écharpes de soie et d’autres habillements superflus. Ils ne devaient avoir qu’une cotte d’armes de laine blanche. Il n’y avait guère plus de cinquante ans que l’ordre du Temple était établi, lorsque les chevaliers tinrent à Jérusalem leur premier chapitre général, où se réunirent trois cents gentilshommes et autant de frères servants, dont la plupart étaient Français. Ils élurent un grand-maître, Gérard de Rederfort, et cette élection les détacha de la juridiction du patriarche de Jérusalem. Le grand-maître transporta le siége de l’ordre de Saint-Jean-d’Acre, et il eut plus d’une fois l’occasion, à la tête de ses chevaliers, de signaler sa valeur contre les forces du sultan Saladin, qui voulut reprendre cette ville peu de temps après et qui fut obligé d’abandonner son entreprise.Les biens des Templiers s’augmentèrent, en peu de temps, d’une façon si prodigieuse, par suite d’aumônes, de donations et de legs testamentaires, que quelques historiens les ont estimés à cent douze millions de revenu. D’autres se contentent de dire que l’ordre possédait des richesses immenses dans la chrétienté, avec neuf mille maisons. En 1129, ils avaient déjà des établissements dans les Pays-Bas. Six ans plus tard, le roi de Navarre et d’Aragon, Alphonse Ier, avait institué l’ordre héritier de ses Etats, mais les chevaliers eurent bien de la peine à occuper quelques villes d’Aragon. Ils se trouvaient alors maîtres de dix sept places fortes dans le royaume de Valence. Ils furent dépositaires, dans leur maison de Londres, de la majeure partie des richesses de la commune d’Angleterre, et le roi Philippe Auguste, au moment de partir pour la Terre Sainte, leur confia aussi ses trésors et ses archives.Les Templiers étaient de véritables hommes de guerre, et l’histoire des croisades est remplie de leurs faits d’armes. Il est peu de chevaliers qui aient acquis autant de gloire dans toutes les expéditions d’outremer. Quoique inférieurs en nombre dans leurs combats contre les infidèles, qui les redoutaient plus que les croisés, ils remportèrent presque toujours l’avantage : la défense de Gaza, la bataille de Tibériade, la prise de Damiette, la croisade d’Egypte, sont des témoins éclatants de leur intrépidité et de leur vaillance.L’ordre du Temple avait atteint l’apogée de sa fortune, de sa prospérité et de sa renommée : il ne pouvait plus que déchoir. Regorgeant de richesses, comblés de privilèges qui les rendaient presque souverains, car ils ne pouvaient avoir d’autres juges que la pape ou eux-mêmes, les Templiers finirent par se corrompre dans ce luxe et dans l’oisiveté. Ils oublièrent le but de leur fondation, dédaignèrent de s’astreindre à leur règle et n’obéirent plus qu’à l’amour du gain et à la soif du plaisir. Leur cupidité, leur orgueil, n’eurent bientôt plus de bornes. Ils prétendirent s’élever au-dessus des têtes couronnées, ils usurpèrent et pillèrent indifféremment les terres des infidèles et des chrétiens.Jaloux des Hospitaliers, ils molestent un gentilhomme, vassal de l’ordre de Saint-Jean, et le chassent d’un château que celui-ci possédait auprès de leur résidence de Margat. De là entre les deux ordres une vive querelle qui s’envenime et se change en une sorte de lutte permanente. Le pape se voit dans la nécessité d’écrire aux grands-maîtres des deux ordres, afin de les exhorter à rétablir entre eux l’union et la paix, à oublier leurs rancunes, si dangereuses pour la chrétienté, si funestes pour les intérêts de la Terre Sainte. Un accord apparent fait cesser les hostilités ouvertes, mais les Templiers n’avaient pas renoncé à leur haine et ils négligent aucune occasion de la faire sentir aux chevaliers de Saint-Jean. Au reste, ils ne se souciaient guère alors de soutenir la sainte cause que leur ordre avait mission de défendre. Ils signent un traité d’alliance avec le Vieux de la Montagne, chef de la secte des Assassins ou Ismaéliens, les plus implacables ennemis de la croix, et le laissent, moyennant un tribut, se fortifier dans le Liban. Ils guerroient contre le roi de Chypre et le prince d’Antioche, ravagent la Thrace et la Grèce, où les seigneurs chrétiens avaient fondé des principautés, des marquisats et des baronnies, prennent d’assaut la ville d’Athènes et massacrent Robert de Brienne, qui en était duc.En effet, la conscience de leur force, de leur richesse et de leur pouvoir avait inspiré aux Templiers une indomptable audace. On leur reprochait surtout leur orgueil, qui était proverbial. Leur foi et leurs mœurs étaient suspectes, et, dès l’année 1273, le pape Grégoire X avait pensé à fondre leur ordre dans celui des Hospitaliers. Au commencement du siècle suivant, le roi de France Philippe le Bel reçut les dénonciations les plus graves sur les désordres affreux dont le bruit s’était déjà accrédité, et il en conféra avec le pape Clément V, qui jugea d’abord les faits reprochés aux Templiers tout à fait invraisemblables. Mais le grand-maître ayant insisté pour que l’on examinât l’affaire régulièrement, le pontife demanda au roi un mémoire sur ce qu’il en savait.

Philippe le Bel voulut procéder lui-même et fit arrêter au même jour tous les Templiers dans ses Etats : à Paris, le grand-maître Jacques de Molai qui revenait de Chypre, fut au nombre des prisonniers. Sur cent quarante chevaliers interrogés à Paris, tous, à l’exception de trois, avouèrent que, dans une initiation secrète, les nouveaux chevaliers devaient renier Jésus-Christ et cracher sur la croix, que de plus des pratiques immorales étaient en usage parmi eux. Il y eut aussi plusieurs qui avouèrent des actes d’idolâtrie. Un érudit contemporain, de Wilcke, ministre protestant d’Allemagne, a résumé les travaux de ses deux coreligionnaires : Moldenhawer, qui découvrit, dans la Bibliothèque nationale de Paris, les actes originaux de l’interrogatoire, et Munter, qui trouva, dans la bibliothèque du Vatican, les actes originaux de la procédure faite en Angleterre. Voici le résumé de Wilcke : « Pour ce qui est de renier le Christ et de cracher sur la croix, ces deux faits sont avoués par tous les témoins, à peu d’exceptions près ». Malgré l’éclat des aveux, le pape Clément V avait réclamé avec fermeté contre le procédé de Philippe le Bel, représentant à ce prince que les Templiers formaient un corps religieux et dépendaient immédiatement du saint-siége, que par conséquent le roi avait eu tort de se constituer leur juge, et qu’il ne pouvait porter la main ni sur leurs biens ni sur leurs personnes. Philippe le Bel, non sans murmures, reconnut le droit du saint-siége, et le pape interrogea lui-même soixante douze Templiers, dont les aveux confirmèrent les premières dépositions reçues à Paris. L’enquête fut ordonnée en Angleterre, en Italie, en Espagne, en Allemagne. Il n’y eut point partout uniformité dans les réponses aux interrogatoires. Les aveux sur les impiétés et les immortalités furent cependant en très grand nombre, sauf en Espagne : les Templiers aragonais, ayant pris les armes, se mirent en défense dans leurs forteresses, ils furent vaincus par le roi Jacques II et mis aux fers comme rebelles ; en Castille, les Templiers arrêtés et cités devant un tribunal ecclésiastique furent déclarés innocents.

Le pape, après avoir constaté la réalité de graves désordres parmi les Templiers, d’après l’enquête générale et les aveux qu’il avait reçus lui-même, persévéra à se réserver le jugement définitif sur l’ordre. Mais il donna pouvoir à tous les évêques du monde chrétien d’instruire directement la cause des Templiers de leurs diocèses, d’absoudre les innocents et de condamner les coupables, selon la rigueur des lois. Le concile provincial de Paris livra au bras séculier ceux qui furent déclarés relaps et contumaces : cinquante neuf furent brûlés à Paris, derrière l’abbaye Saint-Antoine. Un autre concile provincial, tenu à Senlis, remit de même neuf Templiers relaps au juge séculier, qui leur fit subir aussi la peine du feu. On assure qu’au moment du supplice, ces malheureux rétractèrent leurs aveux, en protestant de leur innocence. Dès que les commissaires du pape apprirent ces exécutions, ils suspendirent leur procédure, déclarant que la terreur jetée dans les esprits par ces supplices ne laissait pas aux accusés assez de tranquillité d’esprit pour ce défendre. De plus, les commissaires du pape engagèrent le concile de Paris à agir avec moins de promptitude.

Quand les nouvelles informations recueillies de toutes parts furent suffisantes, le pape Clément V, qui avait convoqué le concile de Viennes pour y terminer cette affaire importante, prononça, le 22 mars 1312, plutôt l’abolition que la condamnation de l’ordre des Templiers, réservant leurs personnes et leurs biens à sa disposition et à celle de l’Eglise. En Espagne et en Portugal, ces biens furent appliqués à soutenir les défenseurs des chrétiens contre les entreprises incessantes des Sarrasins et des Maures. Mais la majeure partie des biens Templiers, particulièrement pour la France, furent transférés aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, qui, en se portant généreusement au secours de la Terre Sainte, continuaient l’oeuvre pour laquelle les Templiers avaient reçu tant et de si riches donations.

Les graves abus et les crimes même qui avaient motivé la suppression de l’ordre n’avaient point heureusement tout envahi. La plupart des Templiers furent mis en liberté et beaucoup en profitèrent pour entrer dans l’ordre de Saint-Jean, en conservant leurs dignités. C’est ainsi, comme le fait remarquer Wilcke, qu’Albert de Blacas, prieur d’Aix, obtint la commanderie de Saint-Maurice, comme prieur des Hospitaliers, et que Frédéric, grand-prieur de la basse Allemagne, garda le même titre dans l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. 

Le pape s’était spécialement réservé le jugement de la cause du grand-maître Jacques de Molai, du visiteur de France et des commandeurs de Guyenne et de Normandie. Des cardinaux légats, plusieurs évêques français et des docteurs de l’Université de Paris, formèrent le tribunal qui devait prononcer au nom du souverain pontife. Après avoir constaté que ces quatre éminents chevaliers avaient réitéré leurs aveux devant une nouvelle commission, le tribunal, convaincu de leur culpabilité, fit dresser un échafaud devant le parvis de Notre-Dame, et, le lundi 18 mars 1314, les chevaliers furent publiquement condamnés à une prison perpétuelle. Mais alors le grand-maître et l’un de ses chevaliers rétractèrent leurs aveux et s’écrièrent qu’ils étaient innocents. Les cardinaux, surpris de cette rétractation, remirent les prisonniers entre les mains du prévôt de Paris, avec ordre de les représenter le lendemain, afin que le tribunal pût délibérer sur ce nouvel incident. Mais Philippe le Bel, apprenant ce qui se passait, réunit précipitamment son conseil, et, le soir même, il fit livrer au feu le grand-maître et le second chevalier qui avaient rétracté leurs aveux réitérés. Ils subirent cet affreux supplice en protestant de leur innocence. Les deux autres chevaliers, ayant persisté à se reconnaître coupables, furent retenus en prison, mais plus tard on les mit en liberté.

 

Autres ordres militaires ou de chevalerie

Il y eut encore, pendant le Moyen âge ou à l’époque de la Renaissance, plusieurs autres ordres de chevalerie, ayant plus ou moins le caractère religieux et militaire. Les principaux et les plus connus sont : – en Espagne, l’ordre des chevaliers de Calatrava, l’ordre des chevaliers teutoniques ; – en Allemagne, l’ordre de la Toison d’Or ; – dans les Pays-Bas, en Espagne et en Autriche, l’ordre de Saint-Maurice ; – en Savoie, l’ordre de Saint-Lazare ; – en Toscane, des chevaliers de Saint-Etienne ; – en France, les ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit, qui furent seulement honorifiques, quoique le premier ordre du Saint-Esprit, fondé en 1352 par Louis d’Anjou, roi de Jérusalem et de Sicile, ait eu pour objet de rétablir une institution chevaleresque et essentiellement militaire en vue d’une nouvelle croisade.

Ordre des chevaliers de Calatrava

Les chevaliers de Calatrava, à qui le fondateur dom Raymond, abbé de Cîteaux, imposa la règle de son monastère (en 1158), se signalèrent par de brillants exploits, surtout contre les Maures d’Espagne et d’Afrique. Les princes qu’ils avaient servis, dans ces guerres qu’on qualifiait de saintes comme les croisades en Orient, leur accordèrent des biens et des privilèges considérables. Les chevaliers, qui faisaient les trois voeux de pauvreté, d’obéissance et de chasteté, portaient une croix rouge fleurdelisée sur un manteau blanc, comme les Templiers. Depuis le règne de Ferdinand le Catholique et d’Isabelle, les rois d’Espagne ont toujours été les grands-maîtres de cet ordre, qui avait acquis et qui conserva longtemps beaucoup d’importance, quoiqu’il ne fût plus qu’une marque distinctive de noblesse. L’ordre d’Alcantara, qui avait eu la même origine que l’ordre de Calatrava, eut aussi les mêmes destinées et la même décadence. Il ne faut pas oublier que l’Espagne était le seul pays qui possédait un ordre militaire de dames. Placentia ayant été défendu héroïquement contre les Anglais par les femmes de la ville, en 1390, le roi de Castille Jean Ier créa en leur honneur l’ordre des dames de l’Echarpe, lequel fut réuni plus tard à l’ordre de la Bande, institué au XIVème siècle pour combattre les Maures.

Ordre des chevaliers Teutoniques

Les chevaliers Teutoniques, dont l’ordre avait été institué en 1128, à Jérusalem, par les croisés allemands, suivaient la règle de Saint-Augustin. Ils avaient en outre, des statuts particuliers, à peu près semblables à ceux des chevaliers de Saint-Jean et du Temple, dont ils obtinrent les immunités. Leur premier grand-maître, Henri Walpot, établit sa résidence près de Saint-Jean d’Acre. L’ordre était divisé, comme celui de Saint-Jean, en chevaliers, chapelains et servants. Les membres portaient, sur un manteau blanc, du côté gauche, une croix noire un peu pattée et ornée d’argent. Pour entrer dans l’ordre, il fallait avoir atteint l’âge de quinze ans, être fort et robuste, afin de résister aux fatigues de la guerre. Les chevaliers, qui faisaient voeu de chasteté, devaient éviter les entretiens des femmes, et il ne leur était même pas permis de donner un baiser filial à leur propre mère, en la saluant. Ils n’avaient, en propre, aucun bien et ils laissaient toujours ouvertes leurs cellules, pour que l’on pût voir à toute heure ce qu’ils faisaient. Leurs armes n’étaient ni dorées ni argentées, et pendant longtemps ils vécurent dans une grande humilité. Le plus célèbre de leurs grands-maîtres, Hermann de Salza (en 1210), reçut du pape Honorius III et de l’empereur Frédéric II, qu’il avait réconcilié avec le saint-siége, de grands biens et de grands honneurs.

Les chevaliers Teutoniques ont conquis la Prusse, la Livonie, la Courlande, et, dès 1283, ils étaient maîtres de tout le pays compris entre la Vistule et de Niémen. En 1309, ils abandonnaient Venise, où le grand-maître avait établi sa résidence ordinaire, vingt ans auparavant, et choisirent Marienbourg pour capitale. L’ordre était alors au plus haut point de prospérité, et sa domination en Allemagne eut pour la Prusse les plus heureux résultats. Mais le luxe altéra bientôt la foi religieuse des chevaliers et des luttes intestines, provoquées par l’élection des grands-maîtres, avaient introduit dans l’organisation de l’ordre Teutonique de nouveaux éléments de décadence. 

Entraîné dans des guerres sans fin contre la Lithuanie et la Pologne, l’ordre, auquel la désastreuse bataille de Grümwald (en 1410) enleva sa bannière, ses trésors et ses principaux défenseurs, dut son salut à Henri de Plauen. Après la mort de cet illustre grand-maître, les chevaliers, qui par le traité de Thorn avaient recouvré leurs possessions territoriales, les perdirent successivement, en peu d’année (1422-1436). Pendant treize ans, le roi de Pologne, Casimir IV, appelé en Prusse par la population que le despotisme des chevaliers avait soulevée, ravagea le pays qu’il s’était chargé de défendre. L’ordre, chassé de Marienbourg et de Konitz, ne conserva plus que la Prusse orientale, sous la dépendance de la Pologne, et le grand-maître, dont Koenigsberg devint la résidence, était prince polonais et conseiller du royaume. Comme la Prusse était un fief de l’Eglise, le grand-maître des religieux connus sous le nom de chevaliers Teutoniques faisait serment de conserver ce fief à l’Eglise et à son ordre. Albert de Brandebourg, dernier grand-maître, était lié par ce serment, et de plus par les trois voeux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance qu’il avait prononcés en entrant dans l’ordre. Pour se débarrasser de la gène de ses serments et de ses voeux, il se fit luthérien et il partagea le domaine de ses religieux avec son oncle, le vieux Sigismond, roi de Pologne, qui lui reconnut, à ce prix, le titre de duc héréditaire de Prusse. Telle fut l’origine de la famille royale de Prusse. Après avoir acquis si facilement un domaine et un titre, Albert de Brandebourg épousa la fille du roi du Danemark. On comprend que l’ordre des chevaliers Teutoniques s’éteignit naturellement.

Ordre des chevaliers de la Toison d’Or

L’ordre des chevaliers de la Toison d’Or ne fut institué qu’en 1449 par Philippe le Bon, duc de Bourgogne et comte de Flandres, pour engager les seigneurs de sa cour à faire, avec lui, la guerre aux Turcs, et pour attacher surtout, par des liens plus étroits, ses sujets au service de l’Etat. La croisade qui avait été le prétexte de la fondation n’eut pas lieu, mais l’ordre subsista et subsiste encore à titre de distinction héraldique.

Cet ordre, placé sous l’invocation de saint André, était à l’origine composé de vingt quatre chevaliers, d’une haute noblesse, exempts de tout reproche. Le duc de Bourgogne éleva ce nombre à trente et un. Charles Quint le porta ensuite à cinquante et un. L’élection des chevaliers se faisait dans les chapitres de l’ordre, à la pluralité des voix. Le signe distinctif est un collier d’or, émaillé de la devise du duc, qui était de doubles fusils (briquets d’acier) et de pierres à feu entrelacées, avec ces mots : Ante ferit quam micat (il frappe avant que la lumière brille). A l’extrémité du collier est suspendue la figure d’un mouton ou d’une toison d’or, avec cette autre légende : Pretium non vile laborum (prix honorable des travaux). Depuis le mariage de Philippe le Beau, fils de l’empereur Maximilien, et de Marie de Bourgogne, avec Jeanne d’Aragon (en 1496), le roi d’Espagne et l’empereur d’Autriche sont, dans leurs Etats, chefs souverains de l’ordre de la Toison d’Or.  

Ordre des chevaliers de Saint-Maurice et de Saint-Lazare

La Savoie eut aussi un ordre de chevalerie militaire, qui s’est perpétué jusqu’à nos jours. Lorsque Amédée VIII, en faveur de qui la Savoie avait été érigée en duché (en 1416) par l’empereur Sigismond, prit la résolution de vivre dans la retraite, il voulut instituer un ordre de chevalerie séculière dont il serait le chef suprême. Il choisit pour résidence un ermitage, qu’il fit construire à Ripailles, auprès du lac de Genève, et plaça le nouvel institut sous la protection de saint Maurice, patron de la Savoie. Les premiers chevaliers, qui n’étaient d’abord que six, eurent pour marque une croix de taffetas blanc, cousue sur leur habit. Mais les ducs de Savoie, successeurs d’Amédée VIII, avaient tellement négligé cet ordre de chevalerie, qu’il allait complètement tomber et disparaître, quand le duc Emmanuel Philibert obtint, en 1572, pour le relever, une bulle de Grégoire XIII. Peu de temps après, une nouvelle bulle papale réunit les chevaliers de Saint-Lazare aux chevaliers de Saint-Maurice.

Les chevaliers prononçaient les trois voeux, comme les anciens chevaliers du Temple, juraient fidélité aux ducs de Savoie, et s’engageaient à combattre les hérétiques, qui, de Genève, menaçaient sans cesse les frontières du duché. L’ordre possédait de riches commanderies et ses principales maisons étaient à Nice et à Turin.

La marque de l’ordre des Saints-Maurice et Lazare était une croix blanche terminée en fleurons, sous laquelle se trouvait une autre croix arrondie de sinople, avec l’image des deux saints. 

Ordre des chevaliers de Saint-Etienne

Quant aux chevaliers de Saint-Etienne, institués en 1562 par Côme de Médicis, devenu grand-duc de Toscane, ils ont joué un rôle actif, surtout dans les combats de mer, qui avaient pour théâtre la Méditerranée, et on les retrouve souvent donnant la chasse aux galères ottomanes, ou bien opérant des descentes sur les côtes des Etats barbaresques. Ils prétendaient, au milieu du XVIIème siècle, avoir délivré, depuis leur création, plus de cinq mille six cents chrétiens captifs, et de quinze mille esclaves.

Cet ordre avait, dans ses usages et cérémonies, des rapports frappants avec l’ordre de Malte. Il était divisé en chevaliers militaires et en chevaliers ecclésiastiques.

Ordre de L’Etoile, Ordre du Navire

Il y eut, en France, plusieurs ordres de chevalerie militaire, créés par les rois, mais leur caractère honorifique les fit considérer comme des récompenses glorieuses offertes aux bons serviteurs de la monarchie plutôt que comme des engagements solennels de prendre les armes dans un but déterminé. Il ne faut pas parler de l’ordre de l’Etoile, qu’on voulait faire remonter au roi Robert et à l’année 1022, mais dont l’origine véritable date seulement du règne du roi Jean II. Les ordres militaires royaux les plus anciens sont ceux que Louis IX institua pour encourager la noblesse à faire avec lui le voyage d’outre-mer, et à prendre part aux croisades. L’ordre de la Cosse de Geneste, fondé en 1254, fut attribué plus tard aux sergents du roi, garde de cent gentilshommes chargés spécialement de protéger la personne royale contre les assassins envoyés par le Vieux de la Montagne. 

L’ordre du Navire, fondé en 1269, ne survécut guère à la seconde croisade de saint Louis, qui l’avait conféré, avant son départ, à ses principaux compagnons de voyage. 

Ordre de Saint-Michel

Louis XI avait établi l’ordre de Saint-Michel en 1469, pour satisfaire à un voeu de son père, qui eut une dévotion particulière à ce saint, l’ange tutélaire et gardien de la France. Déjà l’image du saint était brodée en or sur la bannière du roi. Louis XI créa donc un nouvel ordre de chevalerie militaire, en l’honneur du « premier chevalier, disent les statuts, qui pour la querelle de dieu batailla contre l’ancien ennemi de l’humain lignage et le fit trébucher du Ciel ». L’ordre se composait de trente six chevaliers de noms et d’armes, sans reproche, ayant pour chef le roi qui les avait nommés. Le collier de l’ordre était formé de coquilles d’or avec la figure de saint Michel terrassant le démon. Les chevaliers, outre ce collier, portaient dans les cérémonies un manteau blanc avec chaperon de velours cramoisi.

Ordre du Saint-Esprit

L’ordre du Saint-Esprit fut le dernier ordre militaire que les rois de France aient distribué eux-mêmes, à la fin du seizième siècle, avec l’ordre de Saint-Michel. On les désignait l’un et l’autre sous le nom d’ordres du roi. Henri III, en 1579, créa cet ordre en l’honneur de Dieu, et particulièrement du Saint-Esprit, sous l’inspiration duquel il avait accompli ses « meilleures et plus heureuses actions », suivant les termes des statuts de l’ordre. Depuis son avènement au trône, il préméditait cette fondation, que lui avait conseillée, dès son enfance, la lecture des statuts du premier ordre du Saint-Esprit, institué à Naples, en 1352, par un des ancêtres, Louis d’Anjou, roi de Jérusalem et de Sicile. Ces statuts se trouvaient soigneusement recueillis dans un précieux manuscrit, dont les miniatures représentaient avec un art merveilleux toutes les cérémonies de l’ordre, manuscrit que la seigneurie de Venise avait offert en présent à Henri III, lors de son retour de Pologne. Ce prince emprunta peu de chose néanmoins aux anciens statuts qui avaient été rédigés en vue des services militaires que des chevaliers de l’ordre, au nombre de trois cents, eussent pu rendre à l’oeuvre des croisades en Palestine. Le nouvel ordre du Saint-Esprit, quoique militaire, devait être destiné surtout à réunir autour du roi, qui était le chef suprême, un corps de cent chevaliers, choisis parmi les plus éminents et les plus illustres personnages de la cour, de l’Eglise et de la noblesse. Les insignes de l’ordre étaient un collier composé de fleurs de lis d’or couronnées de flammes émaillées, aux chiffres du roi et de sa femme Louise de Lorraine, avec une croix ornée d’une colombe d’argent, emblème du Saint-Esprit. Les chevaliers paraissaient, dans les assemblées de l’ordre, vêtus de riches manteaux à collet rond, en velours bleu fleurdelisé d’or. Ces assemblées, qui eurent lieu d’abord dans l’église des Augustins, à Paris, où se faisait la réception solennelle des nouveaux membres de l’ordre, furent transportées au Louvre, où elles étaient célébrées avec une pompe extraordinaire. Les statuts enseignaient bien à tout chevalier laïque d’accourir en armes auprès du roi, dès que celui-ci se disposait à faire la guerre pour la défense de ses états et dans l’intérêt de sa couronne, mais ils ne furent jamais scrupuleusement exécutés sur ce point, et l’ordre du Saint-Esprit, tout en conservant son caractère à la fois religieux et militaire dans les cérémonies extérieures, n’eut jamais qu’un rôle d’apparat et de distinction héraldiques, quoique tous les rois se montrassent très jaloux de la nomination des chevaliers qui devaient en faire partie et qui formèrent pendant plus de trois siècles la véritable garde d’honneur de la Maison de France.

(par Paul Lacroix)

Publié dans:L'ordre des Templiers |on 23 septembre, 2006 |Pas de commentaires »
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